Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 03:20

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La Via Campesina: Appel pour Durban





 

Les paysans, les paysannes et les peuples indigènes disposent de milliers de solutions pour faire face au réchauffement climatique !

La Via Campesina appelle les mouvements sociaux et l’ensemble de la population à se mobiliser partout dans le monde

Le mouvement international paysan La Via Campesina et son organisation-membre sudafricaine Landless Peoples Movement (Mouvement des Paysans Sans-terre) se mobilisent pour la 17ème Conférence des Parties (COP 17) de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC) qui se tiendra à Durban en Afrique du Sud, du 28 novembre au 9 décembre 2011.

Des caravanes de paysans et paysannes africain(e)s, partiront du Mozambique, de la Tanzanie, du Zimbabwe et d'autres pays pour converger à Durban pour rejoindre d’autres agriculteurs et représentants de mouvements sociaux afin de réclamer la justice climatique.

Les femmes paysannes africaines membres de La Via Campesina, participeront à la 2ème Assemblée sud-africaine des femmes rurales, du 30 novembre au 2 décembre, à Durban (organisée conjointement notamment par La Via Campesina – Région Afrique 1, TCOE, Women on Farms Project, Lamosa, ESAFF, UNAC, Namibian National Farmers Union etc.).

La Via Campesina participera également à la Journée Mondiale d’Action qui aura lieu le 3 décembre, au cours de laquelle, en collaboration avec des centaines d’autres activistes, elle manifestera pour la justice climatique.

La Via Campesina ainsi que d’autres mouvements paysans et de producteurs en Afrique invitent également toutes organisations, alliés et activistes à participer à une Journée spéciale pour l’Agroécologie et la Souveraineté Alimentaire, le 5 décembre à Durban et à travers le monde (co-organisée par ESAFF régional, ESAFF Uganda, ESAFF Zimbabwe, ROPPA, TCOE, Surplus People Project, etc.)

Les négociations sur le climat ont été détournées de leur objectif pour devenir de simples négociations mercantiles

Lors de la conférence COP 16 à Cancun (Mexique), la majorité des gouvernements du monde - à l’exception notable de la Bolivie – se sont assis autour de la table non pas pour trouver une réponse efficace au changement climatique, mais plutôt pour parler gros sous avec les grandes sociétés multinationales qui font trafic de fausses solutions au changement climatique, proposant des fausses mesures comme le programme REDD et autres marchés du carbone, ou encore le développement d’agrocarburants et d’OGM. Ils ont transformé les négociations sur le climat en une immense place de marché où seuls le profit et la spéculation comptent.

De concert, nos différents gouvernements ont fait comme si de rien n’était, fermant les yeux sur l’urgence d’une situation qui condamne l’Afrique et l’Asie du Sud à être littéralement incinérées par l’augmentation des températures. Et, bien sûr, les premières victimes de ces changements climatiques seront les paysannes et les paysans de ces deux continents, puisque l’augmentation des températures crée un environnement encore plus défavorable aux récoltes, au bétail et à la survie des êtres humains. La majorité des gouvernements a choisi d’ignorer les Principes de Cochabamba qui posent pourtant un cadre clair pour élaborer des réponses au changement climatique et protéger notre Terre Mère.

Dans le système climatique actuel, les pays développés et les grandes entreprises polluantes, pourtant historiquement responsables de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre, se voient accorder toutes les dérogations et trucages de chiffres possibles afin de leur éviter d’avoir à réduire leurs émissions. Ainsi, le système des marchés d’émission-carbone et les mécanismes de compensation permettent aux pays industrialisés et aux entreprises de continuer à consommer des ressources et à polluer comme avant, tout en payant des petites sommes, sans commune mesure avec la réalité de leur impact sur le climat, dans le but d’aider les populations pauvres des pays en développement à réduire leurs émissions. En réalité ces entreprises font deux fois du profit : d’une part en continuant à polluer et d’autre part en vendant des fausses solutions aux États. Pendant ce temps là, des initiatives présentées comme étant une solution au problème climatique, comme le programme REDD, dépouillent les populations pauvres de la plupart de leurs différents droits en matière d’usage des ressources naturelles : ils ne peuvent plus accéder aux forêts communautaires. Au même moment, des grands groupes financiers apparaissent sur le marché foncier et y accaparent d’immenses territoires fertiles, dont ils expulsent les agriculteurs afin d’y pratiquer la monoculture ou pour spéculer sur les marchés des crédits d’émission carbone.

Nous connaissons les principales sources d’émissions qui altèrent le climat : elles sont générées par les multinationales agroalimentaires qui imposent une agriculture industrielle essentiellement tournée vers l’exportation et la production d’agrocarburants. Mais elles sont aussi le fruit d’un système de transports uniquement basé sur la voiture individuelle, au détriment des transports en communs. Enfin, elles sont causées par les activités industrielles polluantes et prédatrices de ressources pratiquées par les différentes entreprises multinationales. Si nous ne parvenons pas à imposer des engagements réels et contraignants qui forceront les pays développés à changer ce système, alors nous échouerons à prévenir l’incinération effective de nos terres agricoles et la destruction de notre capacité à nourrir le monde.

Les chiffres sont unanimes ; ce sont nous, les paysans et paysannes travaillant sur de petites exploitations qui produisons aujourd’hui la vaste majorité des aliments consommés sur la planète. Or aujourd’hui, nous, et la nourriture que nous produisons, sommes mis en danger par les changements climatiques et l’augmentation des températures. Les dates de semis deviennent imprévisibles tandis que les sécheresses, les ouragans et les moussons deviennent plus intenses.

A l’inverse – et encore une fois les chiffres sont unanimes – c’est nous qui détenons les clés des solutions les plus importantes, efficaces et scientifiquement prouvées face au changement climatique, à travers nos systèmes de production locale d’aliments selon des méthodes agroécologiques, produits par des paysannes et des paysans, selon les principes de la souveraineté alimentaire.

A lui seul, le système de transport d’aliments sur de longues distances, qui est à la base du système alimentaire mondial capitaliste, est responsable d’au moins 44% des émissions totales de gaz à effet de serre. Ces aliments pourraient facilement être cultivés localement. Mais l’agriculture détruit également le climat par l’usage excessif de ressources fossiles comme le pétrole et les intrants chimiques dérivés du pétrole. Le modèle de production est basé sur la monoculture et les pratiques industrielles, il engendre la déforestation et la destruction des écosystèmes en vue de la réalisation de plantations industrielles aboutissant à des “déserts verts”.

Nous pouvons réduire drastiquement voire même éliminer ces émissions en transformant le système alimentaire sur la base de la souveraineté alimentaire, c'est à dire en produisant localement pour une consommation de proximité un production durable variée basée sur les familles et les communautés paysannes.

L’agroécologie n’est pas à vendre !

Nous rejetons toutes les tentatives pour étendre le marché des émissions carbone et des mécanismes de compensation de type REDD aux systèmes de puits de carbone, même quand ces initiatives sont déguisées par la Banque Mondiale sous la forme de mesures de soutien aux petites exploitations agroécologiques ou bien à une “Agriculture respectueuse du climat”. Les raisons de ce refus sont les suivantes :

  • Tout comme c’est le cas du REDD pour les forêts, le carbone de nos sols deviendra majoritairement la propriété d’entreprises polluantes du Nord. On nous demande tout simplement de vendre et de privatiser notre carbone.
  • Le marché volontaire des puits de carbone ne sera rien d’autre qu’un nouvel espace pour la spéculation financière, ce qui veut dire que tant que les agriculteurs ne toucheront que quelques centimes, les spéculateurs amasseront des profits substantiels.
  • Il s’agit simplement d’une nouvelle façon pour les pays et industries polluants de se soustraire à leurs véritables obligations en matière de réductions réelles d’émissions.
  • C’est également un moyen pour déplacer l’attention portée aux émissions massives de carbone produites par l’agriculture industrielle et l’agrobusiness, surtout dans les pays du Nord, afin de transférer le fardeau de la réduction des émissions sur les épaules des paysans du Sud, alors que rien n’est fait pour réduire les émissions causées par l’agriculture industrielle.
  • Si nous paysannes et paysans, signons un accord sur les puits de carbone, nous allons perdre notre autonomie et le contrôle sur nos systèmes agricoles. Ce seront des bureaucrates de l’autre côté de la terre, des gens qui ne connaissent rien à nos sols, à nos pluies, à nos pentes, à nos systèmes alimentaires locaux, à notre économie familiale, etc., qui décideront des méthodes agricoles que nous devrons utiliser ou ne pas utiliser.
  • L’agroécologie procure une somme de bienfaits pour l’environnement et les moyens d’existence des paysans. Par contre, en réduisant la contribution des pratiques agroécologiques à la seule valeur du carbone séquestré, non seulement on dévalue les autres bénéfices de ces pratiques, mais on peut également créer des incitations perverses à altérer ces pratiques (et ouvrir la porte aux technologies telles que les OGM) dans l’unique but de maximiser le carbone plutôt que de valoriser les autres apports de l’agroécologie.
  • Cette initiative est inséparable de la tendance néolibérale à vouloir convertir absolument tout (la terre, l’air, la biodiversité, la culture, les gènes, le carbone, etc.) en capital, lui attribuant une valeur monétaire qui permet ensuite de négocier ces éléments sur un marché spéculatif quelconque.
  • Si la valeur actuelle - relativement faible - du carbone séquestré devait augmenter sur le marché spéculatif, cela pourrait générer une nouvelle course à l’accaparement des terre afin de s’emparer des crédits pour les puits de carbone, étant donné que la concentration des terres est un prérequis si l’on veut rendre rentables les crédits liés au puits de carbone.

Comment l’Agroécologie devrait être soutenue par les politiques publiques

  • Soutenir les programmes de formation de paysan-à-paysan gérés par les organisations paysannes
  • Soutenir les écoles de formation en agroécologie gérés par les organisations paysannes
  • Mettre fin à toutes les subventions directes et indirectes à l’agriculture industrielle
  • Bannir les OGM et tous les produits chimiques agricoles dangereux
  • Fournir des crédits à la production aux agriculteurs qui produisent de manière agroécologique
  • Réorienter les appels d’offres publics pour la fourniture d’aliments aux hôpitaux, écoles, etc., vers l’achat à un prix équitable d’aliments écologiques produits par des petits producteurs
  • Soutenir les marchés de producteurs écologiques pour la vente directe aux consommateurs
  • Transformer les cursus de formation agricoles afin de les concentrer sur l’agroécologie et la méthodologie du transfert de connaissances de paysan-à-paysan
  • Créer des incitations en vue d’établir un prix de vente équitable pour les aliments locaux produits de manière écologique
  • Etc.

Engagements de La Via Campesina

Alors que nous ne cessons d'exiger de nos gouvernements qu'ils prennent la question du changement climatique à bras-le-corps, nous nous engageons à bâtir l’agroécologie et la Souveraineté Alimentaire depuis la base. Nous nous engageons en faveur des mesures concrètes suivantes:

  1. Nous allons continuer à renforcer le mouvement pour l’agroécologie à la base afin de nous adapter aux changements climatiques en cours.
  2. Nous nous efforcerons de “garder le carbone dans le sol et dans les arbres” dans les territoires sous notre contrôle, en promouvant les pratiques agroforestières, la plantation d’arbres, la conservation de l’énergie, mais aussi en luttant contre l’accaparement des terres par les entreprises minières et les plantations industrielles.
  3. Nous allons continuer à faire pression sur les gouvernements à tous les niveaux afin qu’ils adoptent la souveraineté alimentaire comme étant la solution au changement climatique.
  4. Nous allons poursuivre la lutte contre l’inclusion de l’agriculture paysanne et de l’agroécologie dans les mécanismes des marchés du carbone.
  5. Nous allons poursuivre notre lutte pour la réforme agraire afin que la terre soit redistribuée aux paysannes et aux paysans qui pratiquent une agriculture durable et contre toute usurpation de terres.
  6. Nous allons construire un puissant mouvement qui fera entendre la voix des paysans et des paysannes et nous seront présents avec d’autres secteurs de la société civile à la conférence climatique COP-17 de Durban ainsi qu’à la Conférence de Rio +20 au Brésil. Nous y porterons le message comme quoi nous nous opposons aux fausses solutions proposées pour soi-disant lutter contre le changement climatique et nous exigerons l’adoption des Principes de Cochabamba. Nous mettrons en avant les bénéfices de l’agriculture paysanne durable et de la souveraineté alimentaire en tant que principales et réelles solutions pour lutter contre le changement climatique.

Non à l’accaparement des terres au nom du climat !

Notre carbone n’est pas à vendre !

L’agriculture paysanne n’est pas à vendre !

Les méthodes de production agroécologiques des petits paysans refroidissent la planète !

Globalisons la lutte ! Globalisons l’Espoir !


 

 

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- environnement
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Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 06:14

http://goudouly.over-blog.com/article-bientot-nous-aurons-faim-84613633.html

 

Bientôt nous aurons faim !

Bientôt nous aurons faim !

Gérard Le Puill

 

Le titre de ce livre n'a rien d'une provocation et l'auteur ne prétend nullement que les rayons de nos grandes surfaces seront vides dans les prochains mois. Mais la sélection par l'argent rend déjà difficile l'accès des populations pauvres au besoin vital de manger tous les jours. Y compris dans les pays riches.

La volatilité durable et les flambées soudaines des prix agricoles - sous l'influence des fonds spéculatifs et sur fond de laisser faire les principaux décideurs politiques de la planète - sont lourdes de menaces pour la souveraineté et la sécurité alimentaire des peuples.

L'enjeu majeur du XXIe siècle sera de nourrir une population mondiale qui va passer de 7 à 9 milliards d'habitants dans un contexte de raréfaction des superficies agricoles disponibles, de réchauffement climatique, d'assèchement de certaines nappes phréatiques, de cherté du pétrole et du gaz dont l'agriculture intensive est une grande consommatrice.

Demain il faudra produire plus en utilisant moins d'engrais, de carburants, d'eau, de pesticides. Toutes les terres agricoles devront être utilisées de manière durable en fonction de leur potentiel agronomique.

Cette agriculture de précision ne pourra plus seulement être pilotée par la main invisible du marché, elle-même motivée par la seule recherche du profit, comme l'imaginait Adam Smith au XVIIIe siècle et comme veulent encore le croire les économistes libéraux. Ce livre explique comment il est possible de produire autrement et à moindre coût.


Journaliste honoraire et spécialiste des dossiers agricoles, Gérard Le Puill collabore à plusieurs publications dont l'humanité, l'Humanité-Dimanche, l'hebdomadaire agricole La Terre, le magazine syndical Vie Nouvelle. À l'Humanité, il a obtenu le prix Artémis en 1997 pour un article sur le biotope du tétras lyre, puis le Grand prix du journalisme agricole en 1998 pour le portrait d'un vigneron.

Fiche technique

  • Reliure : Broché
  • Page : 291 p
  • Format : 21 x 15 cm
  • Poids : 399.00 g
  • ISBN : 978-2-35593-124-6
  • EAN13 : 9782355931246
  • 20,00 - 19,00 € Indisponible chez l'éditeur
Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- copinage
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 03:32

http://goudouly.over-blog.com/article-l-agonie-de-l-euro-84389976.html

 

L’agonie de l’Euro

L’agonie de l’Euro


La crise de l’Euro est désormais entrée dans sa phase terminale, comme cela a été prévu à la fin de 2010. La crise actuelle est appelée à s’aggraver, rythmée par le défaut de la Grèce (octobre ou novembre), le déclenchement de la crise Espagnole et une crise bancaire généralisée dans les pays de la Zone Euro. Le temps de la crise s’impose désormais aux politiques. Les conditions de gouvernance de la zone Euro sont clairement inadaptées, mais les conditions de réformes de cette dernière sont incompatibles avec la temporalité de la crise. Nous sommes donc face à l’agonie de l’Euro.

par Jacques Sapir

 
I - La crise de la zone Euro connaît depuis ces dernières semaines une accélération dramatique.
 

Celle-ci apporte le démenti le plus cinglant aux attitudes de déni de réalité dans lesquelles les responsables français, de la majorité comme de l’opposition, se sont pour la plupart enfermés. Désormais nous sommes en présence de la situation suivante :
 
 
  1. La crise grecque a pris une tournure clairement incontrôlable.Un défaut de ce dernier pays ne peut plus être évité. Il peut seulement être retardé. Il peut survenir à partir du mois d’octobre 2011, même s’il est encore probable qu’il se produira entre novembre et décembre 2011. Ce défaut ne fait sens que si la Grèce sort de la zone Euro, ce qui pourrait survenir soit immédiatement soit dans un délai de 6 à 8 semaines après le défaut. Les conséquences sont alors les suivantes :
    1. La crise Grecque impose de fournir de 2012 à 2019 de 340 à 380 milliards d’Euros à ce pays, et ceci sans tenir compte d’une possible aggravation de son déficit et des besoins d’autres pays qui sont estimés à plus de 1000 milliards.
    2. Ce défaut est déjà clairement anticipé par les principales banques européennes. Mais le processus de transmission des « mauvaises dettes » à la BCE est loin d’être achevé.
    3. L’Allemagne a d’une certaine manière déjà « acté » de la sortie de l’Euro par la Grèce comme le montre le plan de soutien pour ses propres banques.
    4. Il est clair désormais que dans un certain nombre d’établissements bancaires européens on se prépare à la fin de la zone Euro. Les positions qui seront prises dans les jours qui suivent pourraient avoir des effets cumulatifs.
  2. Avec le défaut et avant la sortie de la Grèce de la zone Euro, la spéculation se déchaînera contre le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie (et peut-être la Belgique). Elle se combinera avec une crise sociale grave en Espagne liée à l’interruption des allocations chômage pour une partie des chômeurs arrivant en fin de droit. Cette crise obligera l’Espagne à demander l’aide du Fond Européen de Stabilisation Financière (FESF) pour des montants excédant largement ce qui est pour l’instant prévu.
    1. Hors la Grèce, les besoins à court terme (2014) peuvent être estimés à 90 milliards pour le Portugal, 50 milliards pour l’Irlande, de 250 à 300 milliards pour l’Espagne. C’est donc un total de 390 à 440 milliards d’Euros qu’il faudra fournir pour les pays déjà en difficulté.
    2. Ce calcul laisse dans l’ombre le fait qu’avec l’aggravation de la spéculation, l’Italie et la Belgique devraient dès le début de 2012 demander une aide supplémentaire.
    3. Par ailleurs le rythme de la crise en Espagne est aujourd’hui imprévisible. Si une accélération se produit, les sommes nécessaires augmenteront en conséquences.
  3. La combinaison de (1) et (2) a déjà été partiellement anticipée par les marchés depuis début août et a entraîné une chute dramatique et spectaculaire de la capitalisation des banques européennes. La chute de la capitalisation des banques européennes aura des conséquences importantes à court terme :
    1. La nécessité d’une recapitalisation de ces banques va se faire jour à très court terme. Elle sera massivement impopulaire dans tous les pays en raison du précédent de 2008.
    2. La crise mettra en évidence le caractère largement factice des « stress-tests » conduits au printemps dernier et qui excluait tout défaut sur la dette souveraine d’un État membre. Les sommes nécessaires, en dépit des dénégations des ministres, pourraient bien être supérieures à 200 milliards d’Euros.
    3. En France, il faut s’attendre à une dégradation de la note des banques qui précèdera celle de l’Etat.
    4. Le risque d’un run bancaire ne peut plus être totalement écarté. Il pourrait nécessiter une nationalisation de l’ensemble du secteur bancaire.
  4. On assiste désormais à un phénomène de fatigue de l’Euro, qui se caractérise par :
    1. Une incapacité des gouvernements à trouver des solutions qui soient à la fois communes et efficaces.
    2. Un sentiment qui gagne l’opinion et les gouvernants, en dépit du déni de réalité qui prévaut encore, comme quoi la bataille est perdue.
    3. Une opposition croissante entre les pays de la zone Euro sur les solutions tant présentes que futures.
 

 
II - Cette situation va conduire à un enchaînement rapide dans les mois qui viennent, enchaînement qui va rendre obsolète un bon nombre de positions politiques.

 
Le véritable défi qui est posé à la classe politique consiste à être capable d’anticiper les événements et de réagir en conséquence.
 
  1. L’Euro, dans sa forme actuelle est condamnée. Les moyens évoqués pour stabiliser puis résorber les déséquilibres tant conjoncturels (comme la hausse rapide du poids des dettes souveraines) que structurels (le déficit de croissance avec le reste du monde développé, le phénomène d’euro-divergence entre les pays) sont aujourd’hui soit insuffisants soit politiquement impossibles.
    1. Les Eurobonds.Cette idée est désormais dépassée. L’émission de titres de dettes englobant les pays à risques et les pays réputés « sains » aurait un taux d’intérêt prohibitif.
    2. La monétisation des dettes.Une monétisation des dettes pourrait être faite par la BCE directement en faveur des États et non comme aujourd’hui en rachetant aux banques des titres publics. Mais un certain nombre de pays de la zone Euro s’y opposent.
    3. Une stabilisation volontariste de la dette.Outre qu’elle semble largement impossible dans de nombreux pays, si cette politique était appliquée, elle plongerait la zone Euro dans une profonde dépression que recréerait de la dette par disparition des ressources fiscales.
  2. La poursuite de la politique actuelle tentant de sauver l’Euro va provoquer d’ici quelques mois une grave crise dans les relations franco-allemandes. L’opposition entre les deux pays est désormais systématique. La Chancelière, Mme Merkel, est aujourd’hui politiquement affaiblie et ne peut, sans se suicider électoralement, faire accepter à l’Allemagne l’ampleur de la contribution nécessaire. Cette dernière est estimée à 2% du PIB par an pendant 7 ans en transferts fiscaux et 4% du PIB par an et sur la même période en charge d’emprunts supplémentaires. Il faut donc décider aujourd’hui ce qui est le principal, la « survie » de l’Euro au prix d’un affrontement permanent entre les deux pays, qui risque in fine de compromettre son objectif, ou de bonnes relations entre les deux pays.
  3. Les conséquences sur la France de cette politique risquent d’être dramatiques.Non seulement la contribution que notre pays devra verser, directement ou indirectement, sera lourde, mais les conséquences combinées sur la croissance d’une politique d’austérité draconienne et d’un taux de change surévalué nous condamneront à une longue période de récession et à une accélération du processus de désindustrialisation que nous connaissons déjà.
  4. L’Euro importe moins que le principe de coordination monétaire.Plus que l’Euro, c’est le principe d’une coordination des politiques monétaires qu’il faut sauver. Si des dévaluations sont inévitables, il faut les accepter mais faire en sorte qu’elles ne sortent pas d’un cadre pré-établi. Pour cela, il importe de limiter les espaces de spéculations en contrôlant les mouvements de capitaux et en interdisant un certain nombre d’opérations sur les marchés. Ces mesures auraient du être prises dès le début de la crise en 2008. Il faut tirer les leçons de pourquoi il n’en fut rien et comprendre qu’une gouvernance active n’est pas possible avec un grand nombre de pays. C’est pourquoi il faut accepter de passer du principe de coopération (dont le meilleur exemple est la monnaie unique) au principe de coordination et à terme soit faire évoluer l’Euro, soit le recréer comme une monnaie commune.
 
 
L’agonie de l’Euro peut durer de six à dix-huit mois.
Ses conséquences politiques peuvent être dramatiques tant à l’intérieur de chaque pays (et des élections sont prévues dans de nombreux de ces derniers en 2012 et 2013) qu’au sein de l’Europe.
Dans la situation actuelle, la meilleure des solutions consisterait en une dissolution de la zone qui permettrait de mettre en avant immédiatement les institutions nécessaires à une transition ordonnée. À défaut d’une telle solution, il convient de se prémunir contre les effets les plus néfastes de cette agonie en prenant les mesures unilatérales de sauvegarde qui ont été détaillées dans des documents ultérieurs et, le cas échéant, en sortant de l’Euro.
Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 05:55

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carte postale de Muriel Falhun

"Ils rêvaient qu'ils volaient"

MURIEL FALHUN

 

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.010 - novembre 1994 - Tours

Une Constituante, vite !

par André Bellon*

 

Face aux menaces qui pèsent sur la planète, devant les recompositions de la géopolitique mondiale, les élites françaises et plus généralement occidentales restent soumises à un discours qu’elles ont elles-mêmes fabriqué et conforme à leurs intérêts restreints. Elles considèrent toute contestation des contraintes générées par la mondialisation ou par leur construction européenne comme un délit de blasphème.
Notre pays affronte une crise exceptionnelle, doté qu’il est d’un gouvernement qui a perdu tout pouvoir autonome tout en justifiant des politiques aux conséquences économiques et sociales catastrophiques et d’un peuple à qui on refuse tout pouvoir politique dans une remise en cause continue des instruments de fonctionnement normaux de la démocratie. Le retour à la démocratie impose l’élection d’une Assemblée Constituante pour en finir avec des institutions qui génèrent des régimes de plus en plus hors sol.


Le 29 mai 2005, avec une participation d’environ 70%, 55% des électeurs ont rejeté le traité constitutionnel européen. Les élites, toutes tendances confondues, ont méprisé ce vote et font passer en force un traité jumeau, dit de Lisbonne. En septembre-octobre 2010, des millions de citoyens ont manifesté contre une réforme des retraites.

La réforme fut tout de même adoptée par le Parlement sur injonction présidentielle. Si le vote est l’attribut indispensable de la démocratie, celle-ci ne saurait se résumer à cela. Elle doit permettre l’expression des enjeux. Dire que, parce qu’il est élu, le Président de la République a tout pouvoir, apparente plus le régime à une monarchie qu’à une République. Lorsque les principaux partis sont d’accord sur l’essentiel, en particulier en matière économique, lorsque les directives de Bruxelles priment sur la loi nationale, la formule de « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » employée dans l’actuelle Constitution apparaît comme une agression et un mépris.  

 
 
Si le peuple, souverain théorique, ne peut exprimer et voir appliquée sa volonté, ni par les urnes, ni dans la rue, alors comment ? Par le désespoir ? La violence ? Il ne faut pas s’étonner de la montée de l’abstention, 60% aux élections européennes, 55% aux cantonales, ou de la désaffection vis-à-vis des grands partis dont le 21 avril 2002 a été un symbole si fort. Il ne faudra pas s’étonner des dégradations ultérieures.
Les institutions et le jeu des partis ne permettent plus de représenter la réalité de la société, ne permettent plus de répondre aux défis d’un monde en transformation et c’est aussi de ce fossé entre électeurs et élus que profite le Front national. Le pays a besoin d’institutions reconnues comme légitimes par les citoyens, de couches moyennes vivaces, toutes choses en voie d’extinction.
Certains tentent de réformer le système institutionnel de l’intérieur, en lançant une énième rénovation ou en cherchant le candidat (centriste, écologiste, communiste, gaulliste…) idéal pour l’élection présidentielle. Si ces tentatives sont respectables, elles sous-estiment ce que l’expérience des trente dernières années a révélé : les logiques institutionnelles, les jeux partisans et la nécessité des alliances les vouent presque sûrement à la marginalité.


Le peuple européen : un mythe


Certains cherchent à résoudre la quadrature du cercle en appelant à une Constituante européenne, manière de faire avaliser la prééminence de l’Union par la récupération du terme au bénéfice d’un mythique peuple européen ; d’autres demandent une 6ème République. Ces propositions font l’impasse sur une évidence : pour recréer une dynamique démocratique, les institutions ne peuvent être octroyées ; la reconstruction institutionnelle doit émaner du seul acteur politique reconnu et légitime : le peuple français.


Seule une Assemblée constituante élue au suffrage universel direct en France peut répondre à cette exigence fondamentale.
Facteur de repolitisation, elle revitalisera une société anesthésiée par les faux débats et la course obscène au coup médiatique et à l’intérêt personnel dont les conseillers en communication de l’extrême gauche à l’extrême droite se délectent.
Aujourd’hui, la crise politique et sociale est tellement évidente que la question est surtout de savoir comment va s’opérer le changement qui s’impose. Pour tous ceux qui refusent les options violentes et qui souhaitent que la participation des citoyens à la vie politique marginalise les extrêmes, la Constituante offre une alternative constructive et démocratique au découragement et au fatalisme. Elle devra définir les moyens (institutions, financement de la vie politique, participation des citoyens…) nouveaux permettant à la fois la redynamisation de la démocratie, le renouvellement des élites et la redéfinition du pays dans un monde en profonde mutation.
 

A.B.


Site : www.pouruneconstituante.fr


*André Bellon, ancien président de la Commission des Affaires Étrangères à l’Assemblée nationale et président de l ‘Association pour une Constituante a publié cette tribune dans l’édition du 6 juillet dernier du Monde.

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 06:00

http://goudouly.over-blog.com/article-l-heure-de-la-demondialisation-est-venue-82308174.html

 

 

carte postale de Georges Papalexandrou

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10 ans d'études,
Duchamp d'étude...
galerie-duchamp.com

Georges PAPALEXANDROU

"Cerf 3", février 2008
Le Havre, France
Crayons de couleur sur papier

Sur The cARTed Picture Show

Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.233 - septembre 2008 - Yvetot
special "Iconoclasses Galerie Duchamp"

L’heure de la démondialisation est venue

Contre le piège d’une alternance factice 

  
Bernard Cassen / Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

Mémoire des luttes est l’un des partenaires de la rencontre « Remue-méninges à gauche » [1] qui a lieu à Grenoble les 26, 27 et 28 août. L’association y organise un débat sur la démondialisation auquel ce texte se veut une contribution.

Face à un phénomène nouveau, les mots se bousculent pour le désigner jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par s’imposer. C’est ce qui est arrivé, en français, avec le terme « altermondialisme ». Il est entré dans le champ politique en 2001-2002. Il désigne la nébuleuse mondiale d’organisations et de réseaux qui se sont reconnus peu ou prou dans le slogan des Forums sociaux mondiaux, « Un autre monde est possible », repris de l’association Attac (créée en juin 1998) qui l’avait elle-même emprunté au titre d’un article d’Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de mai 1998. Il est intimement lié aux moments de haute visibilité médiatique qu’ont été les Forums, depuis celui de Porto Alegre de 2001, et les grandes manifestations contre l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, etc., depuis Seattle en décembre 1999.

« Altermondialisme » a succédé à « anti-mondialisme », concrétisant le passage d’une posture de simple refus de la mondialisation libérale à la mise en avant de politiques alternatives. Une façon de démentir le fameux TINA ( There is no alternative) de Margaret Thatcher.

En janvier 2008, la revue Utopie critique et Mémoire des luttes ont proposé le concept de « post-altermondialisme » [2] pour désigner les articulations possibles entre mouvements sociaux, partis et gouvernements progressistes sur des objectifs précis, comme la lutte contre le changement climatique. Le Sommet de Cochabamba, convoqué par le président bolivien Evo Morales en 2010, en a constitué un bon exemple. Le post-altermondialisme ne s’oppose pas à l’altermondialisme : il en est seulement un des prolongements possibles.

Un concept nouveau, et qui dérange

Et voilà qu’un nouveau concept de la même lignée vient de faire irruption dans le lexique politique français : celui de « démondialisation ». Il est développé dans au moins trois livres récents : celui de Georges Corm, Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs font remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, dans son livre publié en 2002 Deglobalization : Ideas for a New World Economy.

En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans un article publié en novembre 1996 « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser », publié dans le n° 32 (novembre 1996) de Manière de voir, publication bimestrielle du Monde diplomatique. A l’époque, il n’avait pas pris pied dans le débat public [3]. Les mots aussi doivent attendre leur heure… Et celle de la démondialisation semble venue…

Si l’on en doutait, il suffit de voir la virulence des réactions que ce concept a suscitées dans des secteurs que l’on attendait (les libéraux de toute obédience), mais aussi dans d’autres que l’on n’attendait pas (certains altermondialistes d’Attac). La raison est la même dans les deux cas : dans la mesure où Arnaud Montebourg en a fait l’un des mots d’ordre de sa campagne des « primaires » du Parti socialiste en vue de la désignation de son candidat à l’Elysée, le thème de la démondialisation cesse d’être confiné aux débats au sein de la gauche critique pour s’installer dans le panorama électoral national et acquérir ainsi une légitimité et une « respectabilité » politiques dépassant le cercle des convaincus.

 On peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle, dans une tribune publiée le 6 juin 2011 sur le site Médiapart et intitulée « Démondialisation et altermondialisme sont deux projets antagoniques », neuf membres du Conseil scientifique d’Attac - en fait les principales figures de la direction de l’association -, ont cru pouvoir affirmer, sur un ton polémique et sentencieux, que la démondialisation était « un concept superficiel et simpliste ». En n’hésitant pas, au passage, à mettre en scène la grosse – et scandaleuse - ficelle d’une prétendue convergence avec les thèses du Front national.

Sans jamais les nommer ou les citer, ils s’en prenaient, en les travestissant, aux thèses de Jacques Sapir, Arnaud Montebourg et Emmanuel Todd. Ce qui leur a valu deux répliques d’un nouvel intervenant dans le débat, Frédéric Lordon : l’une dans son blog du Monde diplomatique, « Qui a peur de la démondialisation » [4] ; l’autre dans le numéro d’août 2011 du mensuel : « La démondialisation et ses ennemis ».

Derrière un mot, une orientation stratégique

Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants d’Attac, altermondialisme et démondialisation ne sont pas des concepts antagoniques, mais appartiennent à la même famille. Dans le premier cas, il s’agit d’un faisceau de revendications et de propositions très diverses (en raison même de l’hétérogénéité des protagonistes) et dont le principal dénominateur commun, tel qu’on peut le reconstituer de l’extérieur, est l’impératif de l’accès universel aux droits [5].

La démondialisation, elle, est une orientation stratégique visant, par l’action aussi bien politique (élections, institutions et gouvernements) que citoyenne (luttes des mouvements sociaux notamment), à reprendre concrètement à la sphère économique et financière les énormes pouvoirs que l’instance politique lui a délibérément abandonnés, et qui sont à la source de la crise systémique actuelle du capitalisme. Sans cette orientation, pratiquement aucune des propositions altermondialistes n’a la moindre chance d’aboutir.

L’objectif de la démondialisation est simple à formuler, mais autrement difficile à atteindre : tendre à ce que le périmètre de la prise de décision démocratique coïncide le plus possible avec celui de la capacité de régulation des flux économiques et financiers. Ce qui pose la question du statut de l’espace national.

Le national : un levier et pas un « repli »

Même s’il faut s’efforcer de se donner des objectifs convergents pour des mobilisations sociales à l’échelle régionale (européenne pour nous) et mondiale, ce périmètre est seulement national pour l’instant. Il faut en exploiter toutes les potentialités en utilisant les failles ou les faiblesses de l’adversaire. Et cela sans se laisser impressionner par la dénonciation de l’ « unilatéralisme », poncif d’une partie de l’extrême-gauche et du mouvement altermondialiste, et qui revient à reporter tout changement de cap en France aux calendes européennes ou mondiales, c’est-à-dire à un futur dont on sait qu’il n’adviendra pas. Après tout, le 29 mai 2005, les citoyens français n’ont pas attendu que les autres le fassent pour voter « non ».

Toutes les expériences de rupture concrètes de ces dernières années ont montré que ce n’est pas aux niveaux mondial ou régional, mais bien au niveau national, qu’il a été possible de faire bouger les lignes et même de remporter des victoires. Cela, soit par les actions de gouvernements soutenus par les mouvements sociaux (comme en Amérique latine), soit par la pression sur des Etats de mouvements populaires capables de mobiliser les populations (comme dans le monde arabe).

Les trois moteurs de la mondialisation libérale – également promus par les traités européens au statut de « libertés fondamentales » - sont la liberté de circulation des capitaux, la liberté des investissements et la le libre-échange des biens et des marchandises. Et cela non seulement au sein de l’UE, mais aussi entre l’UE et le reste du monde. Ce sont donc ces trois moteurs qu’il faut brider et soumettre au contrôle démocratique.

Le néolibéralisme a défini son terrain d’intervention : c’est la planète tout entière, sans frontières d’aucune sorte. La question est de savoir si, pour le combattre, il convient de se placer sur ce même terrain ou s’il faut en choisir d’autres et, au lieu d’une guerre de tranchées au niveau mondial, mener une guerre de mouvement, voire une guérilla aux échelons inférieurs. Tout dépend du rapport de forces.

C’est précisément pour le verrouiller à leur avantage que les organisations multilatérales comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OCDE, ainsi que les institutions européennes, sans oublier les G7, 8 ou 20, ont été créés. Elles savent n’avoir strictement rien à craindre d’une confrontation avec leurs adversaires à ce niveau. Elles peuvent même se payer le luxe de « dialoguer » publiquement avec eux, comme certains de leurs membres l’on fait lors de la téléconférence-débat « Porto Alegre contre Davos » organisée lors du premier Forum social mondial en 2001, et à laquelle participa notamment le méga-spéculateur George Soros en personne.

En revanche, les habitués de Davos ne prendront jamais ce risque au niveau « régional », par exemple européen – imagine-t-on un dialogue télévisé entre Carlos Ghosn et le comité d’entreprise européen de Renault ?- et encore moins au niveau national, c’est-à-dire là où des capacités militantes peuvent être réellement mises en mouvement [6]. Les forces du capital ont parfaitement compris qu’une contestation sociale dans un Forum mondial perdait rapidement de sa puissance au fur et à mesure qu’elle d’éloignait de son « épicentre », jusqu’à n’avoir pratiquement plus d’existence lorsqu’elle arrivait au niveau national.

A l’inverse, l’expérience nous enseigne que des luttes sociales et politiques dans un pays donné peuvent avoir un effet de « contagion » dans d’autres, et ainsi se régionaliser et s’internationaliser. C’est ce que montrent les soulèvements arabes partis de la situation en Tunisie, et les manifestations de masse contre les inégalités en Israël qui s’inspirent directement de l’expérience des Indignés de la Puerta del Sol, eux-mêmes – et la boucle est bouclée – réplique des occupations de places publiques à Tunis et au Caire…

Le « national » n’est donc en aucune manière un substitut de l’ « international » ou de l’ « européen ». Loin de constituer un « repli », il en est au contraire la condition préalable dans une stratégie du faible au fort. On ne comprend pas que de telles évidences, par ailleurs validées par les faits, échappent à l’entendement des « anti-démondialisation » se réclamant de la gauche critique, en particulier au sein d’une partie de l’altermondialisme.

La démondialisation n’est nullement un concept figé, mais dynamique, pouvant se traduire par une série de mesures politiques pratiques, telles, entre autres, celles proposées par les auteurs cités plus haut [7], et qui ne se réduisent pas à la nécessité d’un protectionnisme européen. Son « carburant » est l’exigence démocratique visant à récupérer la souveraineté populaire dans le périmètre où elle peut s’exercer réellement pour réguler les flux économiques et financiers.

En théorie, deux solutions extrêmes sont possibles : ou bien « renationaliser » ces flux, afin qu’ils répondent à une volonté politique nationale exprimée par le suffrage universel - lorsqu’il existe -, ou bien élargir à la totalité de la planète l’espace public démocratique, afin d’exercer un contrôle effectif sur ce qui est déjà mondialisé. On voit bien qu’aucune de ces positions n’est tenable dans son intégralité. D’un côté, en effet, il existe nombre de domaines - ne serait-ce que celui de la lutte contre le changement climatique - qui échappent par nature au bornage des frontières, et, de l’autre, un gouvernement mondial doté de toutes les compétences d’un actuel exécutif national n’est pas envisageable à terme historique prévisible. C’est donc sur l’ensemble des solutions, extrêmes et intermédiaires, qu’il convient, au cas par cas, de jouer.

Ces solutions intermédiaires peuvent prendre deux formes. On peut, à partir des Etats constitués, construire de l’international, c’est-à-dire mettre en commun, graduellement, des fragments de souverainetés nationales sur des questions faisant l’objet d’une délégation librement décidée, limitée, contrôlée - et révocable dans des conditions fixées à l’avance.

L’autre terme de l’alternative consiste à faire évoluer les cadres étatiques vers des ensembles de souveraineté populaire plus vastes. Il ne faut cependant pas confondre cette idée avec celle de regroupements régionaux fondés sur le libre-échange et la « concurrence libre et non faussée ». Ce qui fait la différence, c’est l’existence ou non de mécanismes de régulation politique à fondements démocratiques, susceptibles de faire contrepoids au marché.

L’Union européenne (UE), qui aurait théoriquement pu entrer dans cette catégorie, est au contraire un agent actif de la mondialisation libérale, une véritable machine à libéraliser. Donc un terrain majeur pour une contre-offensive démondialisatrice.

Un « Grenelle » de l’UE pour faire sauter le verrou européen
Dans la mesure où les décisions européennes surplombent et encadrent toutes les autres, et que 75 % des textes qui nous régissent ne sont que des transpositions d’actes législatifs décidés par les instances de l’Union, la question européenne se situe en première ligne de toute démarche de démondialisation.

Dans la perspective des élections présidentielle et législatives, le citoyen doit savoir quelles marges d’action tel parti ou tel candidat voudront bien se donner pour mettre en œuvre un véritable programme de transformation sociale, donc incompatible avec le traité de Lisbonne.

En cas de verrouillage par les institutions européennes, sont-ils oui ou non disposés à prendre des décisions unilatérales de rupture [8] ou au moins, afin d’imposer une négociation, à menacer de les prendre à une date proche et annoncée à l’avance ? Le tollé à attendre de la Commission, de la Cour de justice et de la plupart des dirigeants de l’UE pourrait être rapidement compensé, et au-delà, par le ralliement de nombreux mouvements sociaux d’autres pays, qui feraient à leur tour pression sur leurs gouvernements.

Tout ce qui fait de l’UE un agent actif de la mondialisation libérale devrait être mis sur la table : liberté de circulation des capitaux ; libre-échange ; appartenance à la zone euro, plans de « sauvetage » ; pouvoirs de la Commission et de la Cour de justice de Luxembourg ; statut de la Banque centrale européenne ; dumping social, fiscal et écologique ; primauté de la concurrence, etc. Pour aller, vers une sorte de « Grenelle » (version 1968) au niveau européen.

On objectera, non sans raison, que cela ferait entrer l’UE dans une zone de turbulences sans précédent, et dont les débouchés ne sont pas garantis à l’avance. Ce qui, en revanche, est garanti à l’avance en l’absence de correction de trajectoire à 180 degrés de la construction européenne, c’est l’austérité à perpétuité, l’explosion des inégalités et de la précarité, la dislocation accélérée du tissu social, la poussée de l’extrême-droite et de la xénophobie.

Les libéraux n’ont aucun état d’âme à ce sujet et ils ont déjà fait leur choix, avec comme seul garde-fou la crainte de troubles sociaux majeurs. Par pusillanimité, par confusion mentale entre nation et nationalisme et par européisme béat, la majorité de la gauche social-démocrate et une partie de la gauche critique semblent bien parties pour faire le même, mais par défaut. Elles libèrent ainsi un vaste espace pour les forces qui refusent de se laisser enfermer dans le piège d’une alternance factice.


(Pour la rédaction de ce texte, j’ai utilisé certains éléments d’interventions, articles et ouvrages antérieurs. En particulier ma conclusion à Manière de voir n° 32, novembre 1996 ) ; une communication au colloque du M’PEP « Que faire de l’Union européenne » du 11 juin 2011 ; et un article publié dans Politis du 7 juillet 2011.)


[1]  http://www.remue-meninges-a-gauche.fr/index.html

[2]  http://www.medelu.org/spip.php ?article7

[3]  http://www.medelu.org/spip.php ?article688&var_recherche=démondialisation

[4]  http://blog.mondediplo.net/2011-06-13-Qui-a-peur-de-la-demondialisation

[5]  Lire à ce sujet l’ouvrage très documenté de Gustave Massiah, Une stratégie altermondialiste, La Découverte, Paris, 2011.

[6]  Paradoxalement, l’altermondialisme conforte à son corps défendant cette démarche. Il a une présence « supranationale » très forte, en partie grâce aux médias. Sa présence européenne (en dehors du réseau des Attac d’Europe), elle, est marginale comme l’atteste le déclin des Forums sociaux européens et le fait que le mouvement des Indignés se développe en dehors d’elle. Et ne parlons pas du niveau national : sur l’ensemble de la France, en janvier 2008, tout au plus 3 à 4 000 personnes ont participé à la Journée mondiale de mobilisation et d’action convoquée par le Conseil international du FSM. L’année précédente, José Bové, figure emblématique du mouvement alter, avait obtenu 1,32 % des suffrages à l’élection présidentielle…

[7]  Dans l’immédiat, et en attendant une prochaine synthèse critique des différentes propositions, nous renvoyons le lecteur aux textes de ces auteurs, ainsi qu’au livre de Jean-Luc Mélenchon Qu’ils s’en aillent tous. Le candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle n’emploie pas le mot « démondialsation », mais certaines de ses propositions s’inscrivent dans cette même logique.

[8]  En particulier en invoquant le « compromis de Luxembourg » de janvier 1966 imposé par le général de Gaulle à ses partenaires des Six de l’époque, et également appelé politique de la « chaise vide ». Il revient à faire repasser les domaines communautaires régis par la procédure de la majorité qualifiée (ce qui est le cas du marché intérieur, donc des libéralisations en tout genre) à la règle de l’unanimité. Ce qui signifie un droit de veto.


Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Texte Libre




J"ai pris la main d'une éphémère
Qui m'a suivi dans ma maison
Elle avait les yeux d'outre-mer
Elle en montrait la déraison

Elle avait la marche légère
Et de longues jambes de foan
J'aimais déjà les étrangères
Quand j'étais un petit enfant

Les choses sont simples pour elles
Elles touchent ce qu'elles voient
Leur miracle m'est naturel
Comme descendre à contre-voie

Ces femmes d'ailleur sont des gestes
Qui supposent d'autres plafonds
Et des terrasses où l'on reste
Sans fin devant des cieux profonds

Un air en court dans leur mémoire
Contredire au palisir qu'on prend
Et dans la glace de l'armoire
Renaît un monde différent

Terrains brûlés lentes rivières
Où les vapeurs portent là-bas
Par une école buissonière
La canne à sucre et le tabac

Ou bien ce sont d'autres ecales
Dans le goudron des ports brumeux
Sous les aurores boréales
Un bateau à aube se meut

L'une dit les eaux transparentes
Les plongeurs pourpres les coraux
L'autre les barques de Sorrente
L'autre le sang roux des taureaux

Celle-ci parla vite vite
De l'odeur des magnolias
Sa robe tomba tout de suite
Quand ma hâte la délia

En ce temps là j'atais crédule
Un mot m'atait promission
Et je prenais les campanules
Pour les fleurs de la Passion

...

A chaque fois tout recommence
Toute musique me saisit
Et la plus banale romance
M'est l'aternelle pqésie

L'une s'en vient l'autre s'envole
Quatre murs un roman défunt
J'ai perdu son nom ma parole
Qu'en m'en demeure le parfum

Nous avions joué de notre âme
Un long jour une courte nuit
Puis au matin bonsoir Madame
L'amour s'achève avec la pluie

J'ai vu s'enfuir l'automobile
A travers les paupières bleues
Car le bonheur dans cette ville
N'habite que le temps qu'il pleut

Après l'amour
dans Le roman inachevé
Louis Aragon

Queda Prohibido



 

Queda prohibido

 

Queda prohibido llorar sin aprender,

levantarte un día sin saber qué hacer,

tener miedo a tus recuerdos.

Queda prohibido no sonreír a los problemas,

no luchar por lo que quieres,

abandonarlo todo por miedo,

no convertir en realidad tus sueños.

 

Queda prohibido no demostrar tu amor,

hacer que alguien pague tus dudas y mal humor.

 

Queda prohibido dejar a tus amigos,

no intentar comprender lo que vivieron juntos,

llamarles sólo cuando los necesitas.

 

Queda prohibido no ser tú ante la gente,

fingir ante las personas que no te importan,

hacerte el gracioso con tal de que te recuerden,

olvidar a toda la gente que te quiere.

 

Queda prohibido no hacer las cosas por ti mismo,

no creer en Dios y hacer tu destino,

tener miedo a la vida y a sus compromisos,

no vivir cada día como si fuera un último suspiro.

 

Queda prohibido echar a alguien de menos sin alegrarte,

olvidar sus ojos, su risa, todo

porque sus caminos han dejado de abrazarse,

olvidar su pasado y pagarlo con su presente.

 

Queda prohibido no intentar comprender a las personas,

pensar que sus vidas valen más que la tuya,

no saber que cada uno tiene su camino y su dicha.

 

Queda prohibido no crear tu historia,

dejar de dar las gracias a Dios por tu vida,

no comprender que lo que la vida te da,

también te lo quita.

 

Queda prohibido no buscar tu felicidad,

no vivir tu vida con una actitud positiva,

no pensar en que podemos ser mejores,

no sentir que sin ti este mundo no sería igual.

Pablo Neruda




















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