Le sens de Copenhague
Le Monde du 05.12.09
Hervé Kempf

Que la conférence de Copenhague se conclue par un "échec" ou par un "succès" est une question assez secondaire. Car ce moment dramatique n'est pas un achèvement, mais le point d'émergence des forces puissantes qui se meuvent sous la surface de l'actualité, des battements longs de l'aventure humaine.
De quoi s'agit-il, en réalité ? De la mise en scène de la contradiction qui s'est forgée au long de la révolution industrielle entre une logique économique et la contrainte écologique. Le développement des forces productives a conduit à un niveau jamais atteint de la richesse matérielle collective et de la productivité du travail, mais au prix d'une destruction massive de l'environnement naturel. D'abord insensible, elle commence maintenant à perturber le fonctionnement de la biosphère, menaçant de rompre l'équilibre toujours fragile des tensions qui caractérise les sociétés humaines.
Quel est maintenant l'enjeu pour la civilisation devenue planétaire ? De laisser se creuser cette contradiction, au risque du chaos. Ou de faire décroître et transformer les forces productives - devenues, en réalité, destructrices - pour rétablir un équilibre pérenne entre l'activité humaine et la biosphère. D'exprimer, en fait, un nouveau développement : qui ne serait plus matériel, mais mental, cognitif, relationnel. Ou, s'il est possible d'employer un mot provocant : un développement spirituel.
Comment se définit le paysage du premier plan, par rapport à cet horizon ? La contradiction s'exprime par le fait que la paix sociale dépend d'une surproduction qui aggrave la crise écologique. Comme l'a révélé un rapport publié le 28 novembre par la Chambre économique européenne de Chine ("Overcapacity in China"), l'empire du Milieu est en état de surproduction massive, exagérée par une relance, début 2009, qui a encore augmenté les capacités manufacturières.
La Chine ne peut maintenir son précaire équilibre social qu'au prix d'une croissance frénétique. Mais celle-ci dépend de la capacité de consommation des pays occidentaux, qui a atteint ses limites en raison de l'endettement de ceux-ci. L'endettement, d'ailleurs, n'est que l'autre nom de la surconsommation. Aucun dirigeant, cependant, d'un côté ou de l'autre, n'ose remettre en cause la surproduction ou la surconsommation : cela impliquerait un bouleversement de l'ordre social, caractérisé des deux côtés par une très grande inégalité.
Or réduire les émissions de gaz à effet de serre ne peut se faire, à court terme, qu'en réduisant la production matérielle, pour privilégier des activités beaucoup moins polluantes.
Voilà l'essence de la contradiction que Copenhague illustre. Il faut la dénouer autrement que par l'explosion sociale généralisée, ou par la guerre.
Mais elle ne se résoudra pas sans la réduction des inégalités, clé d'une politique économique moins destructrice.

http://goudouly.over-blog.com/article-le-marche-des-fous--38603794.html
par Hervé Kempf
L'idéologie capitaliste - selon laquelle le marché peut résoudre tous les problèmes - a atteint ces derniers jours un sommet dans l'absurde. On a appris, grâce au député européen Vert Claude Turmes, que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, bloquait un "projet" d'action sur l'efficacité énergétique. Ce texte est censé rendre contraignante pour les Etats membres une réduction de 20 % de leur consommation d'énergie et proposer des mesures pour atteindre cet objectif. Réduire la consommation d'énergie est le meilleur moyen de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
La raison de ce blocage par la Commission ? La mise en oeuvre de l'efficacité énergétique pèserait sur les prix du marché du carbone. En effet, si l'on économise l'énergie, on émet moins de gaz carbonique. Donc il y a moins de "droits d'émission" sur le marché. Donc leur prix baisse. Or la Commission européenne - avec l'aval des Etats membres - a fondé l'essentiel de sa stratégie de lutte contre le changement climatique sur le marché des émissions.
On en vient donc à refuser le plus efficace pour privilégier... un moyen qui n'a pas encore vraiment fait ses preuves. Mis en oeuvre depuis 2005, il avance cahin-caha de chute des prix en fraude à la TVA. Le cours de la tonne de CO2 y est en ce moment à 15 euros, en dessous de la taxe sur l'énergie que vont payer les consommateurs français. En fait, les règles de son fonctionnement, résultat du compromis avec les industriels qu'il concerne, sont trop laxistes : le prix qui se forme reste donc trop bas pour inciter à réduire les émissions rapidement.
Par le biais d'un autre type de marché, dit "mécanisme de développement propre", l'Union européenne entend par ailleurs éviter de réaliser sur son territoire une grande partie de ses engagements de réduction. Mais vraiment, il me faudrait dix articles comme celui-ci pour bien expliquer le fonctionnement de tout le dispositif. Le marché du carbone est à peine plus simple que le marché des produits dérivés, si vous voyez ce que je veux dire.
Le problème de fond est qu'il revient à confier la gestion de la lutte contre le changement climatique à l'industrie financière. Celle-ci a causé la crise que l'on sait, et démontré sa capacité à échapper aux contrôles des Etats. Faites-vous confiance à Goldman Sachs pour agir dans l'intérêt de l'humanité sur le marché du carbone ? En fait, tant que la puissance publique - qui, en principe, porte l'intérêt commun - n'aura pas repris le contrôle du système financier, on ne peut remettre au marché le soin de lutter contre le changement climatique.
A court terme, une chose est claire : l'Union européenne doit se fixer de vrais objectifs d'économie d'énergie. Si elle y renonce, elle perdra toute crédibilité face au changement climatique, et, surtout, le principal moyen d'y faire face.
Courriel : kempf@lemonde.fr

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Depuis des années, les lobbies de l’agrobusiness s’activent dans les coulisses des négociations sur le climat !
Alors que la quinzième Conférence des Parties (COP 15) sur les Climats, organisée par les Nations Unies à Copenhague, approche, un nouvel accord doit être signé pour la période post-2012. Il est de plus en plus évident que l’agrobusiness essaye de tirer profit de l’énorme marché des crédits carbone. Sous le terme d’ « agriculture de conservation », Monsanto et ses autres alliés des biotechnologies ont infiltré la FAO (l’Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation) et la Convention Cadre sur les Changements Climatiques des Nations Unies (UNFCCC) dans le but d’obtenir des crédits carbone pour l’agrobusiness. La certification volontaire pour le soja Roundup Ready « responsable » sponsorisé par le WWF et une nouvelle méthodologie pour les Mécanismes de Développement Propre [1] sont deux étapes importantes pour accéder à ce marché de trois milliards de dollars.
Article de Javier Rulli pour "La soja mata" avec l’aide de Stella Semino du "Grupo de Reflexión Rural". Traduction : Christian Berdot, Amis de la Terre.
Les propositions d’inclure l’agriculture dans les mécanismes de compensation du carbone s’appuyent essentiellement sur les changements de méthodes de labourage et la réduction des émissions de méthane et d’oxyde nitreux. Toutes ces méthodes sont regroupées sous le concept général d’ « agriculture de conservation » qui se base sur trois principes : perturbation minimale et couverture permanente du sol, plus rotation des cultures. C’est avec le consentement explicite de la FAO et de l’UNFCCC, que l’on retrouve sous le nom d’ « agriculture de conservation », des méthodes culturales très différentes les unes des autres. En fait, ce label recouvre toute une série de systèmes allant de l’agriculture biologique jusqu’à l’agriculture industrielle des OGM avec « semis direct » (No-till en anglais ou « sans labourage ») . Ce label leur permet d’être certifiées comme durables et de prétendre ainsi à l’obtention de crédits carbone.
Le « semis direct » est une technique qui permet de ne pas labourer, ni de creuser le sol. Les graines sont semées en rayon. D’une façon générale, le semis direct est considéré comme une pratique favorable à l’environnement, qui accroît le taux de matière organique dans le sol et réduit son érosion. Par contre, dans le cas des monocultures industrielles de soja Roundup Ready, une partie de cette technique est utilisée en conjonction avec d’autres pratiques très préjudiciables pour l’environnement.
En fait, des crédits carbone pour le « semis direct » représenteraient un soutien économique massif pour les monocultures de soja modifié génétiquement (GM) en Amériques du Nord et du Sud et soutiendraient la promotion de ce type d’agrobusiness dans d’autres régions de l’hémisphère Sud.
Les monocultures de soja GM sont un modèle de production qui n’est en aucune façon durable. En Amérique du Sud, la production de soja de ce type est un des principaux facteurs de la déforestation, du changement d’affectation des sols, de la destruction de la biodiversité et des violations des droits humains. De plus, ces plantations sont à la base de l’industrie des aliments pour animaux qui est aussi une des principales causes des changements climatiques. Le fait de labelliser cette agriculture comme « durable », simplement parce qu’elle implique moins de labourage, c’est tomber dans un réductionnisme absurde et aveugle.
Le rapport « Agriculture et changements climatiques : problèmes réels et fausses solutions », publié en 2009, présente les principales propositions concernant l’agriculture, pour un accord sur le climat post-2012. On y trouve un panorama d’informations sur l’impact réel qu’ont sur les climats, les pratiques agricoles actuelles et celles proposées pour l’accord après-Kyoto. Dans cet article, cependant, nous voulons nous concentrer spécifiquement sur quelques cas concernant les monocultures de soja.
En Amérique du Sud, 41 millions d’hectares sont cultivés en soja. Une proportion croissante de cette culture utilise des semences modifiées génétiquement, les sojas Roundup Ready (RR) sous brevet Monsanto. L’Argentine, le Brésil et le Paraguay sont en tête de liste des 7 pays produisant du soja GM dans le monde.
Aujourd’hui, la méthode la plus utilisée avec le soja Roundup Ready est la technique du « semis direct ». Cette technique combinée à la tolérance à un herbicide conférée par transgénèse, a rendu possible l’expansion et l’intensification de la production, tout en réduisant les coûts de main d’oeuvre. La culture a pu être étendue à des sols sur lesquels il n’était pas possible de produire auparavant.
Pour l’agrobusiness, l’utilisation combinée des sojas GM et du « semis direct » est un succès économique. Lorsque le glyphosate est répandu sur les monocultures de soja, toutes les plantes meurent sauf le soja GM, ce qui simplifie beaucoup le travail lié au contrôle des mauvaises herbes. Le désherbage mécanique (avec l’utilisation de charrue) est remplacé par le désherbage chimique. Par contre, le « semis direct » rend indispensable l’utilisation d’herbicides pour désherber : en fait la meilleure façon de désigner cette méthode agricole devrait être « semis direct chimique ». L’association des monocultures de soja RR et du semis direct ont entraîné une augmentation exponentielle des volumes globaux de pesticides utilisés ainsi que des millions de dollars de profit pour les industries des semences et de la chimie. L’échelle de production est passée à des monocultures de milliers d’hectares, nécessitant un minimum de main-d’oeuvre (2 personnes pour 1000 hectares), la gestion des mauvaises herbes ne reposant plus que sur des machines et des avions pour épandre les pesticides.
L’expansion du soja RR provoque une contamination massive, du fait de l’utilisation intensive des pesticides. Elle provoque une perte de biodiversité importante, mais, dans des pays comme l’Argentine ou le Paraguay, les habitants doivent vivre aussi dans des conditions de « guerre chimique ». Des études menées dans ces deux pays montrent que, dans les zones de production du soja, les taux de malformation sont plus élevés.
Selon le dernier communiqué du "Grupo de Reflexión Rural", intitulé « Crédits carbone pour les système de semis direct et de monoculture de soja », l’AAPRESID - l’association des agriculteurs argentins pratiquant le semis direct - a avancé la posssibilité d’inclure le semis direct dans les Mécanismes de Développement Propre. C’était lors d’une réunion qui a eu lieu en 2005 entre le ministre de l’Environnement, Atilio Savino, le responsable du bureau argentin des Mécanismes de Dévelopement Propre, Hernan Carlino et les représentant des principaux producteurs de soja et de l’industrie.
L’AAPRESID est une des principales plateformes d’agrobusiness et fut fondée en 1998 sous le contrôle de Monsanto. Parmi les autres membres, on compte BASF, Syngenta, Bayer, Dow et de nombreuses autres entreprises importantes.
Le lobbying de l’AAPRESID pour obtenir des subventions « climat » n’est pas surprenant puisqu’actuellement en Argentine, près de 17 millions d’hectares sont cultivés avec du soja GM en semis direct, ce qui représente 20% de la surface mondiale. L’Argentine joue un rôle clé sur la scène internationale, lorsque les thèmes biotechnologies et agrobusiness sont abordés.
C’est Lorenzatti, le coordonateur général de l’AAPRESID qui a commencé à développer l’idée d’une certification environnementale, basée sur les systèmes agricoles avec semis direct. Depuis lors, l’AAPRESID a poussé activement en faveur de ce projet, lors d’événements liés à la FAO, comme le « Congrès International de l’Agriculture de Conservation », en y présentant le « Miracle du semis direct en Argentine », sans bien sûr mentionner ni le soja, ni les OGM, ni les pesticides et encore moins l’étendue des dégâts sociaux et environnementaux que les monocultures de soja ont infligé à la région. C’est sous sa présidence en 2008, que l’AAPRESID a officiellement lancé le nouveau programme d’Agriculture Certifiée (AC) qui, selon elle, est conçu pour « améliorer la gestion des exploitations et optimiser l’efficacité des ressources utilisées ». Le programme est un protocole pour l’Agriculture Certifiée, basé sur un système de « Bonnes Pratiques Agricoles ». Le protocole est la première étape d’une série de « Services Environnementaux » auxquels les producteurs de soja peuvent participer. Pour l’instant, ce programme se concentre sur l’Argentine, mais a vocation à devenir un fournisseur mondial de services. Par l’intermédiaire du label AC (Agriculture Certifiée), l’AAPRESID développe une entreprise de certification qui pourra, dans le futur, avoir qualité de contrôleur national pour les Mécanismes de Développement Propre.
Le lobbying de l’AAPRESID et de son entreprise « Agriculture Certifiée » est intense au niveau international, comme, par exemple, lors de la conférence de l’Union européenne, intitulée « Changements climatiques : le sol peut-il faire la différence ? ». Cette conférence avait lieu à Bruxelles, en juin 2008, et était organisée par Mr Stravos Dimas, commissaire à l’Environnement, et Mr Luc Gnacadja, secrétaire général, aux Nations Unies, de la Convention pour la lutte contre la Désertification
En 2007, Carlino devint le président du comité exécutif des Mécanismes de Développement Propre (MDP) jusqu’en 2008. Il n’oublia pas les orientations de l’AAPRESID et ce fut durant la 13ème Conférence des Parties (COP13) à Bali que les crédits carbone pour le semis direct furent mentionnés pour la première fois. En plus, durant son mandat en 2007, la première méthodologie à petite échelle pour ces MDP fut approuvée et incluait la production de soja. Le projet consistait à inoculer aux semences de soja des bactéries fixant l’azote, afin de diminuer l’apport en engrais. Ce projet était développé par Becker Underwood. Les premières mesures allant vers une certification des monocultures de soja étaient prises.
Par inoculation, on entend l’insertion artificielle de la bactérie Rhizobia dans la semence. Les Rhizobia sont des bactéries du sol qui fixent l’azote de l’atmosphère, après s’être établies à l’intérieur des nodules racinaires des légumineuses (fabacées). De cette façon, les légumineuses enrichissent le sol après la récolte, d’importantes quantités d’azote restant dans le sol, disponibles pour la culture suivante. Comme le soja n’est pas une espèce originaire d’Amérique du Sud, les semences doivent être traitées artificiellement avec la bactérie afin de fixer l’azote. L’azote est l’élément nutritif le plus commun dans de nombreux sols et est généralement fourni par les engrais. L’utilisation d’engrais a cependant des conséquences environnementales graves.
Toujours en 2007, Monsanto rejoint la Bourse des Changements Climatiques (Climate Change Exchange ou CCX). Il s’agit du seul programme volontaire nord-américain, avec des réductions des émissions de gaz à effet de serre, légalement contraignantes, et qui procède à l’enregistrement et à la commercialisation. D’après Carbon Trade Watch, cette compagnie est une des bourses d’échanges les plus influentes dans le monde. CCX a été développée par 28 grandes entreprises comme Ford, DuPont ou BP Amoco. Monsanto n’a pas pour but de gagner des crédits carbone en entrant sur le marché. Son principal onjectif est de développer « des produits qui aident les agriculteurs à pratiquer le labourage de conservation et à augmenter leurs rendements pour satisfaire les besoins croissants en nourriture des humains et de l’élevage, tout en conservant ou même en améliorant l’environnement ».
Monsanto a, dans ce but, établi une plateforme mondiale de traitement des semences, passant deux accords séparés, l’un avec Becker Underwood et l’autre avec Plant Health Care Inc, afin de fournir des traitements brevetés de semences, pour le maïs, le soja et le coton. Monsanto projette de proposer les traitements de semences dès la saison 2009 et de traiter tous les sojas Roundup Ready 2 Yield avec cette bactérie qui fixe l’azote. L’entreprise projette aussi de travailler pour trouver une solution pour le traitement de ses semences pour son coton Deltapine et son maïs Smart Stax dans les années qui viennent.
La même année en octobre, la FAO et le Centre d’Information sur les Technologies de Conservation organisaient aux Etats-Unis, avec le support technique de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, une « Consultation sur l’Agriculture de Conservation comme Compensation Carbone ». La discussion portait sur l’intégration des activités agricoles dans le marché du carbone. Le Centre d’Information sur les Technologies de Conservation est un centre de recherches agricoles qui comprend parmi les membres de son conseil, des acteurs de l’industrie comme Monsanto, John Deere, l’ONG The Nature Conservancy, l’Institut des Engrais (Fertilizer Institute), ou bien encore Syngenta et CropLife America.
Dans le rapport concluant la consultation, on peut trouver sous la plume de Theodor Friedrich de la FAO et de Karen Scanlon du Centre d’Information sur les Technologies de Conservation une reconnaissance indirecte de l’agriculture intensive industrielle. Même si elle ne mentionne pas directement les biotechnologies, on y trouve en effet cette phrase : « Etant donné que de plus en plus de personnes dépendent d’agriculteurs de moins en moins nombreux, il est impératif que chaque exploitation, non seulement contribue à l’approvisionnement mondial en nourriture, humaine et animale, en fibre, en combustibles, mais encore qu’elle joue un rôle essentiel en s’attaquant aux changements climatiques ». Le document se termine par un appel aux organisations agricoles, aux ONG environnementales, aux banques internationales de développement et aux gouvernements des pays pour « mobiliser leurs ressources dans le but d’influencer la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Le but est qu’elle inclue l’agriculture de conservation en tant qu’option viable dans la lutte contre les changements climatiques et que celle-ci soit qualifiée pour les mécanismes du marché du carbone dans les négociations post Kyoto ».
En 2008, le Congrès états-unien présentait une nouvelle loi Climat qui, d’après un analyste du marché du carbone, était généralement considérée comme « le déclenchement de la prochaine ruée d’investissements pour faire passer le marché à la vitesse supérieure ». La nouvelle loi Climat ouvre grand les portes pour les compensations agriculture. Un avantage supplémentaire est que l’organisme de régulation traditionnel, le Ministère de la Protection de l’Environnement états-unien est maintenant remplacé par le Ministère de l’Agriculture. Si les conditions de la Conférence des Partis pour signer l’accord post 2012 incluent l’agriculture comme compensation carbone et suivent le modèle états-unien, ce serait une bouée de secours financière pour l’agrobusiness après la crise financière. Comme le notait le "Grupo de Reflexión Rural" dans son communiqué, on s’attend à ce que « la spéculation financière, qui est actuellement en crise, suite à la débâcle des subprimes, se recycle par l’intermédiaire des Crédits Carbone et des nouvelles opportunités qu’il va offrir. »
En juillet 2009, la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques approuva finalement la première méthodologie pour les MDP. Ce projet élimine l’utilisation des engrais sur les légumineuses lors d’une rotation cuturale légumineuse-herbe. La méthodologie agricole s’appuie sur la technologie de fixation de l’azote, brévetée par Becker. Cette technologie fut développée par Amson Technology LC, une firme de consulting dans la réduction des gaz à effet de serre et la durabilité, Becker Underwood Inc et Perspectives GmbH, une société Point Carbon, fournisseur de solutions de marché de réduction des gaz à effet de serre de grande qualité. Un document préparatoire de la méthodologie montre que tout le document est orienté vers la rotation soja-maïs et se base sur la méthodologie développée précédemment dans les projets de Becker au Brésil. Le communiqué du "Grupo de Reflexión Rural" questionne le caractère innovatif de cette méthodologie : « Qu’auraient à faire, dans un futur proche, les producteurs de soja en Argentine pour ajouter à leurs déjà énormes profits, les Crédits Carbone ? En fait et de manière surprenante, rien de plus que ce qu’ils n’aient fait depuis durant ces treize dernières années… ». Est-ce que cette nouvelle méthodologie des Mécanismes de Développement Propre va être approuvée ?
Un mois plus tard, Monsanto signait un accord en Argentine, avec l’AAPRESID pour rejoindre le Système d’Agriculture Certifiée. D’après Bernardo Calvo, président de Monsanto pour les Amériques Centrale et du Sud, cette démarche fait partie de l’Engagement pour une Production Durable (Sustainable Production Commitment) de Monsanto pour 2030, année où la compagnie projette de doubler les rendements de production et de diminuer simultanément l’utilisation des ressources naturelles.
La Table Ronde sur le Soja Responsable (RTRS) est une large coalition comprenant de grands groupes industriels et des groupes environnementalistes comme le WWF. Depuis 2004, elle essaye de développer une série de critères « durables » pour la production intensive en monoculture du soja en Amérique du Sud. Les critères de la Table Ronde n’excluent pas les OGM, ce qui n’a rien d’étonnant puisque Monsanto et Syngenta l’ont rejoint en février 2009. Ces dernières années, le WWF a aussi fondé la Table Ronde sur l’Huile Palme Durable (RTSO), l’Initiative pour une Meilleure Canne à Sucre (BSI) et la Table Ronde sur les Biocarburants Durables (RTSB). Le WWF joue un rôle clé en permettant aux plus grandes sociétés de l’agrobusiness de se donner un semblant de responsabilité sociale et environnementale et en leur permettant d’écoblanchir la production de matières premières mondiales (souligné par le traducteur). Ces initiaitves ont aussi pour but de détourner, de fausser et d’affaiblir les accords politiques internationaux. Les critiques contre la Table Ronde pour le Soja Responsable sont largement reprises au sein des mouvements sociaux et écologistes en Amérique du Sud. Aucun de ces mouvements ne participe à cette Table Ronde.
Début 2009, après la 4ème Conférence de la Table Ronde sur le Soja Responsable, on peut lire dans la déclaration de Campinas qu’un des premiers objectifs en est la réduction des gaz à effet de serre. Les critères de durabilité comprennent des directives sur les bilans carbone des exploitations en liaison avec l’utilisation de combustible et la qualité du sol (en tenant compte de l’agriculture de conservation, la rotation des cultures et une fertilisation équilibrée). Les critères de la RTRS ont servi de cadre pour les critères de l’ "Agriculture Certifiée" de l’AAPRESID. Et l’AAPRESID est aussi membre de la... RTRS.
En juin 2009, un communiqué de presse de la RTRS, la Table Ronde sur le Soja Responsable, mentionnait pour la première fois des crédits carbone en liaison avec les forêts et la protection du sol. Pour Jason Clay, l’expert agricole du soja qui dirige le travail du WWF avec les marchés internationaux : « Le challenge maintenant est de trouver les mécanismes pour récompenser les agriculteurs qui protègent les forêts et les sols en leur permettant de vendre des crédits carbone à côté de leur soja ». Pour lui, « C’est une situation gagant-gagnant. Les forêts et les sols sont protégés, les producteurs ont une source de revenus supplémentaire et les grossistes et propriétaires de marques peuvent maintenant acheter du soja responsable comme un moyen de diminuer leur empreinte carbone. Cela change la nature même du soja et en fait un tout nouveau type de produit »(Souligné par le traducteur). Auparavant, Clay avait promu « la rotation culture intégrée x bétail avec Zéro labourage » dans la région amazonnienne comme un moyen de diminuer la déforestation, mais récemment il a changé de discours et a commencé à parler de crédit carbone.
Pour finir, le lobby des biotechnologies est prêt pour Copenhague et il semble bien qu’il ait un orde du jour proche de celui des grands groupes environnementalistes. Dans un document récent de l’association états-unienne de lobbying des biotechnologies, BIO, un des objectifs surprenants était de chercher à collaborer avec le WWF. D’autre points à aborder dans le nouveau traité sur le climat, sont les menaces concernant les enjeux liés à la propriété intellectuelle. Quand aux avantages, il peut s’agir du potentiel d’aides et de subventions pour les fournisseurs de biotechnologies et des incitations gouvernementales pour le développement international des biotechnologies. Les recommandations incluent aussi, ce qui ne surprendra personne, une collaboration étroite avec les Etats-Unis et les gouvernements amicaux.
Avant que la 15 ème Conférence des Parties ne se tienne, il y a encore beaucoup à rechercher et révéler sur la course de l’agrobusiness pour accéder au marché des crédits carbone. Il est cependant urgent qu’un débat critique commence aussi entre organisations et autres mouvements, afin qu’une stratégie d’action et un message clairs, forts et sans concession se dégage contre « l’offensive climatique » de l’agrobusiness. En ce moment les slogans des mouvements sociaux comme « La petite agriculture durable refroidit la terre » pourraient s’avérer ne pas être suffisants pour contrer l’avance massive de la machinerie de l’agrobusiness sur la scène des changements climatiques. Il est nécessaire d’identifier et de dénoncer les acteurs du lobby des multinationales comme Monsanto et les autres entreprises de biotechnologies.
Mais il est aussi important de mettre en lumière le rôle que jouent les grandes ONG environnementalistes, comme le WWF (Fond Mondial pour la Nature), le TNC (The Nature conservancy), l’UICN (l’Union Mondial pour la Nature) [2] dans ces processus multipartites sur la Responsabilité Sociale des Entreprise et de renforcer leur rejet » (Souligné par le traducteur).
[1] Principe du MDP : Un Etat ou une entreprise de l’Annexe I (pays développés) investit dans un projet de réduction desémissions de gaz à effet de serre (GES) dans un pays en voie de Développement (PED). En échange des réductions constatées, un volume équivalent d’Unités de Réductions d’Emissions Certifiées (UREC, Certified Emission Reduction) lui est délivré. Cet investisseur pourra vendre ces Unités sur le marché ou les déduire de ses obligations internationales de réduction.
[2] Alors que pendant des années les associations se sont opposées au projet inutile de l’A65 (Bordeaux-Pau), aujourd’hui le Conseil Régional d’Aquitaine crée un "Fond carbone" pour compenser. Compenser quoi ? La fonte de la banquise ? L’avancée des déserts ? Toujours est-il, qu’il y a toujours une ONG écologiste pour donner crédit à ces pantalonnades... Extrait du journal local : "Cette manière de rembourser la « dette écologique » de l’autoroute a suscité l’intérêt de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Une organisation qui regroupe des gouvernements, des ONG et des experts bénévoles répartis dans 160 pays. Hier, Sebastian Winkler, son directeur général Europe, a signé, en Béarn, une convention associant Eiffage au programme « Compte à rebours 2010 » qui est destiné à lutter contre la perte de la biodiversité dans le monde. Cette initiative découle du sommet mondial sur le développement durable organisé en 2002 à Johannesburg. "
L’UICN n’en sort vraiment pas grandie !

La menace écologique en vue ne pèse pas uniquement sur la survie de l’humanité. Elle pèse également sur ses valeurs, puisqu’en l’absence de réactions à la hauteur de l’enjeu, il est probable que la démocratie disparaîtra tout bonnement de la surface du globe, la menace sur la survie se transformant en lutte des uns contre les autres pour survivre. Dans l’objectif d’éviter ce sombre avenir, Jean-Pierre Dupuy propose ici de revisiter quelques fausses idées à propos de l’écologie politique, afin de la défendre - puisque c’est elle qui porte sur la place publique les inquiétudes que les scientifiques nourrissent dans le secret de leurs laboratoires : l’écologie politique n’est ni un anti-humanisme, ni l’ennemie de la science, de la technique et de la démocratie libérale, ni simple responsabilité vis-à-vis des générations futures. Elle n’est pas non plus régression des démocraties dans l’univers sacré et ses apocalypses, poursuit l’auteur, tout en assurant qu’un catastrophisme apocalyptique (qui peut être d’inspiration religieuse, et qui doit être laïc) est plus que jamais nécessaire : sans lui, les démocraties ne prendront pas à bras le corps la question écologique, de sorte qu’elles seront balayées par les catastrophes et les crises à venir. Le pessimisme, parfois, peut éviter que l’irréparable ne soit commis… (DA)
1. Le monde s’est rapproché de l’apocalypse de deux minutes
Le 17 janvier dernier, le physicien Stephen Hawking, le découvreur des trous noirs, et l’astronome royal Sir Martin Rees, qui occupe la chaire d’Isaac Newton à Cambridge, ont avancé l’aiguille des minutes de l’horloge de l’apocalypse de deux minutes. Nous ne sommes plus qu’à cinq minutes de minuit, minuit signifiant conventionnellement le moment où l’humanité se sera annihilée elle-même.
L’horloge de l’apocalypse (Doomsday clock) a été mise en place en 1947 par un groupe de physiciens atomiques qui, choqués par le largage des bombes sur Hiroshima et Nagasaki, avaient lancé en 1945 une revue, qui existe toujours, de réflexion sur l’arme de destruction massive par excellence, le Bulletin of Atomic Scientists. En 1947, ils fixèrent la grande aiguille à 7 minutes avant minuit. C’était le début de l’ère nucléaire. Depuis lors, l’aiguille a été avancée et retardée 17 fois. C’est en 1953, lorsque l’Amérique et l’Union soviétique testèrent la bombe à hydrogène à neuf mois d’intervalle l’une de l’autre que l’aiguille se rapprocha le plus de minuit, à 2 minutes seulement. Après l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide, elle s’éloigna à 17 minutes, pour revenir à 7 minutes de minuit en 2002, après les attentats terroristes du 11 septembre 2001.
Nous sommes aujourd’hui à 5 minutes de minuit, plus près donc qu’en 1947. Les arguments avancés par les physiciens pour justifier leur sinistre pronostic méritent réflexion. Il y a d’abord que nous sommes entrés dans un deuxième âge nucléaire, marqué par la prolifération et le terrorisme. Le tabou sur l’usage de la bombe qui s’établit après Hiroshima et Nagasaki est en train de perdre de sa force, le temps et l’oubli faisant leur œuvre. Mais, pour la première fois dans l’histoire de l’horloge de l’apocalypse, un argument qui n’a rien à voir avec la menace nucléaire est mis en avant : les risques liés au changement climatique.
Les plus grands scientifiques du moment reconnaissent donc que l’humanité peut recourir à deux types de méthode pour s’éliminer elle-même : la violence intestine, la guerre civile à l’échelle mondiale, mais aussi la destruction du milieu nécessaire à sa survie. Ces deux moyens ne sont évidemment pas indépendants. Les premières manifestations tragiques du réchauffement climatique, ce ne seront pas la montée des océans, les canicules, la fréquence des événements extrêmes, l’assèchement de régions entières, mais bien les conflits et les guerres provoqués par les migrations massives que l’anticipation de ces événements provoquera. Les attendus du prix Nobel de la paix attribué conjointement à Al Gore et au GIEC ont bien mis ce point en exergue.
A noter que les scientifiques mentionnent une autre menace qui pèse sur la survie de l’humanité : la course incontrôlée et déchaînée aux technologies avancées et à leur convergence, en particulier la convergence entre les nanotechnologies et les biotechnologies.
L’un de ces savants conclut : « Les scientifiques ne devraient pas se dérober à leur devoir de se faire les porteurs de mauvaises nouvelles. Ils feraient preuve d’une négligence coupable à se comporter autrement. »
2. La survie et les valeurs
Notre civilisation est en crise. Le mode de développement scientifique, technique, économique et politique du monde moderne souffre d’une contradiction rédhibitoire. Il se veut, il se pense comme universel, il ne conçoit même pas qu’il pourrait ne pas l’être. L’histoire de l’humanité, va-t-il même jusqu’à croire dans ses délires les plus autistiques, ne pouvait pas ne pas mener jusqu’à lui. Il constitue la fin de l’histoire, une fin qui rachète en quelque sorte tous les tâtonnements qui l’ont péniblement précédée et par là même leur donne sens. Et pourtant il sait désormais que son universalisation, tant dans l’espace (égalité entre les peuples) que dans le temps (durabilité ou « soutenabilité » du développement), se heurte à des obstacles internes et externes inévitables, ne serait-ce que parce que l’atmosphère de notre globe ne le supporterait pas. Dès lors, il faut que nous disions sans détour ce qui pour nous compte le plus : notre exigence éthique d’égalité, qui débouche sur des principes d’universalisation, ou bien le mode de développement que nous nous sommes donné. Ou bien le monde que nous disons développé s’isole, ce qui voudra dire de plus en plus qu’il se protège par des boucliers de toutes sortes contre des agressions que le ressentiment des laissés pour compte concevra chaque fois plus cruelles et plus abominables ; ou bien s’invente un autre mode de rapport au monde, à la nature, aux choses et aux êtres, qui aura la propriété de pouvoir être universalisé à l’échelle de l’humanité.
La survie de l’humanité ne peut se faire à n’importe quel prix. A quoi lui servirait de se sauver elle-même si elle en venait à perdre son âme ? Or la panique qui s’emparerait des peuples de la Terre s’ils découvraient trop tard que leur existence est en jeu risquerait de faire sauter tous les verrous qui empêchent la civilisation de basculer dans la barbarie. Les forces de l’esprit et les valeurs de justice seraient balayées. Il existe donc une double menace, qu’il faut analyser simultanément : la menace sur la survie et la menace sur les valeurs. On doit empêcher que la seconde se nourrisse de la lutte contre la première. Ce double défi ne peut être relevé que par une nouvelle alliance entre la science, l’éthique et la politique qui exigera de chacune des trois composantes une transformation radicale.
On a pu dire que la notion de catastrophe à éviter est en voie de remplacer dans l’imaginaire politique celle de révolution à préparer. Ce mouvement est inévitable, mais il est indispensable d’en dégager la face positive. C’est au moment même où elle comprend que sa survie est en danger que l’humanité prend conscience d’elle-même et de son unité. Il lui revient de se donner les moyens de continuer la tâche civilisatrice que son histoire a fait émerger. La reconquête du sens et de l’esprit est la chance à saisir en ce moment de crise.
C’est dans ce contexte que j’entends poser la question de la démocratie. Les démocraties modernes sont-elles à même de prévenir les catastrophes annoncées ? Ne faudrait-il pas un tout autre régime politique, du type technocratie éclairée ou, pire, une forme d’écofascisme, pour assurer la survie ? Les peuples démocratiques, assoupis dans le confort individualiste des sociétés de consommation, trouveront-ils les ressorts nécessaires pour se transformer en citoyens responsables, prêts à organiser une mutation profonde de leur mode de vie ? En cas de catastrophe majeure, les démocraties résisteraient-elles aux vents de la barbarie ?
Dans nos sociétés, c’est ce qu’on appelle l’écologie politique qui porte en grande partie sur la place publique les inquiétudes que les scientifiques nourrissent dans le secret de leurs laboratoires. Mais l’écologie politique a très mauvaise presse. La médiocrité de ses performances électorales n’a d’égale que l’image désastreuse qui est la sienne, en général, aux yeux des penseurs de la chose politique. Quand on ne souligne pas ses origines fascistes, on affirme qu’elle est foncièrement incompatible avec les valeurs, tant morales que politiques, de la démocratie et, plus généralement, de la modernité scientifique et technique. La préoccupation écologique resterait prise dans les rets de la structuration religieuse des sociétés archaïques ou traditionnelles. Les hommes se sentiraient punis pour avoir franchi des limites sacrées.
Je voudrais illustrer, sinon défendre, la thèse suivante, qui s’exprime en deux propositions dont il convient de saisir la compatibilité :
a) Non, il n’y a pas d’incompatibilité intrinsèque, bien au contraire, entre les exigences de la survie et l’assomption pleine et entière des valeurs de la modernité démocratique, libérale, laïque, scientifique et technique. Ceux qui affirment le contraire le font en général pour mieux ridiculiser et écarter les préoccupations dites écologiques, qui sont en fait celles de la survie.
b) Comme nos démocraties actuelles ne sont pas prêtes, le scénario le plus probable est en effet qu’elles seront balayées par les catastrophes et les crises à venir.
J’illustrerai cette double proposition sur cinq points.
3. L’écologie politique, ce serait le summum de l’anti-humanisme,
car l’amour de la Nature ne serait que le masque de la haine des hommes. Je ne passerai pas beaucoup de temps à écarter cette affirmation imbécile, proférée pourtant par des esprits qui se veulent ou se croient éclairés. Il n’y a pas plus d’amour de la Nature dans la décision de la préserver afin de nous préserver, nous, qu’il n’y a de haine de la Nature dans sa destruction. Les hommes ne détruisent pas la Nature parce qu’ils la haïssent. Ils la détruisent parce que, se haïssant les uns les autres, ils ne prennent pas garde aux tiers que leurs coups assomment au passage. Et la Nature figure au premier rang de ces tiers exclus. L’indifférence et l’aveuglement tuent beaucoup plus que la haine.
La destruction de la Nature engendre la violence, et la violence détruit la Nature. Nous sommes pris dans ce cercle, et il nous faut en sortir.
4. L’écologie politique, ce serait le rejet de la science et de la technique,
puisque la science et la technique ont vocation à nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature, ambition cartésienne incompatible avec le respect de cette même Nature. Pour faire bonne mesure, on ajoutera, naturellement, que l’écologie politique entend nous ramener à l’éclairage à la bougie, voire à l’âge de pierre. Or « le déploiement du fait démocratique est intimement solidaire de l’appréhension technicienne et transformatrice de l’univers naturel, comme il l’est du mode subjectif de la rationalité, toutes nouveautés qui ne s’entendent en leur unité qu’à partir du foyer commun que fournit la dissolution de l’ancienne structuration religieuse du monde (1) ».
Je crains que cette accusation sommaire témoigne d’un aveuglement par rapport à une double mutation de notre rapport technique à la nature. Certes, l’humanité a toujours dû se garder de deux types de menaces : la force de la nature et la violence des hommes ; les tremblements de terre qui effondrent les cités glorieuses et la barbarie de la guerre qui massacre, mutile, viole leurs habitants. C’est en apprenant à mieux connaître la nature que les hommes ont réussi partiellement à la dompter ; c’est en devenant plus lucide sur les mécanismes de la haine et de la vengeance qu’ils ont compris que l’on peut s’entendre avec ses ennemis et qu’ils ont bâti les civilisations. Mais il existe depuis toujours un troisième front sur lequel il est beaucoup plus difficile de se battre, car l’ennemi, c’est nous-mêmes. Il a nos propres traits, mais nous le reconnaissons pas et tantôt nous le rabattons du côté de la nature, tantôt nous en faisons une Némésis haineuse et vengeresse. Le mal qui nous fond sur la tête depuis ce troisième front est la contrepartie de notre faculté d’agir, c’est-à-dire de déclencher des processus irréversibles et qui n’ont pas de fin, lesquels peuvent se retourner contre nous et prendre la forme de puissances hostiles qui nous détruisent.
Or le fait totalement inédit qui caractérise nos sociétés fondées sur la science et la technique est que nous sommes désormais capables de déclencher de tels processus dans et sur la nature elle-même. Avec une prescience extraordinaire, Hannah Arendt analysait dès 1958 cette mutation de l’action dans son ouvrage majeur Human Condition (2). Les sécheresses, cyclones et autres tsunamis de demain, ou tout simplement le temps qu’il fera, ce temps qui depuis toujours sert de métonymie à la nature, seront les produits de nos actions. Nous ne les aurons pas faits, au sens de fabriqués, car l’activité de fabrication (poiesis pour les Grecs), contrairement à l’action (praxis), a non seulement un commencement mais aussi une fin, dans les deux sens du terme :but et terminaison. Ils seront les produits inattendus des processus irréversibles que nous aurons déclenchés, souvent sans le vouloir ni le savoir.
Par ailleurs, confondre l’appréhension technicienne du monde et le projet de maîtrise, c’est rester prisonnier d’une conception de la technique qui voit en celle-ci une activité rationnelle, soumise à la logique instrumentale, au calcul des moyens et des fins. Mais la technique est précisément aujourd’hui cette capacité de déclencher des processus sans retour. Je citerai simplement ce visionnaire américain de la convergence entre nano- et biotechnologies, convergence qui doit aboutir à la fabrication d’une cellule vivante artificielle, Kevin Kelly : « Il nous a fallu longtemps pour comprendre que la puissance d’une technique était proportionnelle à son ’incontrôlabilité’ [out-of-controlness] intrinsèque, à sa capacité à nous surprendre en engendrant de l’inédit. En vérité, si nous n’éprouvons pas de l’inquiétude devant une technique, c’est qu’elle n’est pas assez révolutionnaire. » Le « nano-rêve » étant en dernière instance de déclencher dans la nature des processus complexes irréversibles, l’ingénieur de demain ne sera pas un apprenti sorcier par négligence ou incompétence, mais par dessein (design). Le vrai design, aujourd’hui, n’est pas la maîtrise, mais son contraire.
On m’accordera que les conditions de possibilité d’une démocratie scientifique et technique changent du tout au tout lorsqu’on passe d’une science qui vise à la maîtrise à une technique qui se donne pour objectif de déchaîner l’immaîtrisable. S’il n’existe pas de société autonome sans principe et capacité d’auto-limitation, on se demande avec inquiétude quelles institutions et quelle culture politiques pourront s’opposer au principe d’illimitation qui aujourd’hui gouverne la dynamique technologique.
5. L’écologie politique serait l’ennemie de l’économie, du marché, et donc des fondements mêmes d’une démocratie libérale.
A quoi l’on oppose que seule une économie voire un capitalisme verts peuvent nous permettre de sortir de la crise écologique tout en respectant les « équilibres sociaux ». C’est vrai dans une certaine mesure, mais dans une certaine mesure seulement. Si, pour résoudre les problèmes sociaux de la France, il faut une croissance de la PIB de 5% l’an, ainsi que le préconise la commission dite Attali, on sort complètement de l’épure : jamais nous ne serons capables de respecter le protocole de Kyoto, dont les exigences, pourtant, sont dérisoires comparé à ce qu’il faut impérativement faire pour éviter un désastre écologique.
Mais il y a bien plus grave. On notera que dans la prospective des conflits et des guerres à venir, telle que la mettent en scène les gardiens de l’horloge de l’apocalypse, il n’a pas été question de ce qu’il est convenu d’appeler la crise de l’énergie. Et pourtant, les ressources fossiles (pétrole, gaz et charbon) s’épuisant à vue d’œil, les pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil bien décidés à rattraper leur retard en un temps record, on voit déjà se profiler une guerre qui sera sans merci entre les grandes puissances consommatrices, lesquelles se battront avec l’énergie du désespoir pour s’approprier qui la dernière goutte de pétrole, qui la dernière tonne de charbon. La tension sur les prix, qui pourrait dégénérer en panique, amplifiée par une crise financière majeure, se fait déjà sentir. Les économistes libéraux en tirent satisfaction, confiants qu’ils sont dans les mécanismes du marché, qui saura selon eux opérer les substitutions nécessaires : les réserves, comme par miracle, se trouveront multipliées, car il sera rentable d’exploiter des gisements difficiles d’accès, des énergies qui n’étaient pas économiques, comme le solaire ou les biocarburants, le deviendront, etc.
Or, si nous voulons éviter le désastre irréversible que serait une augmentation de la température de 3 degrés à la fin du siècle, l’humanité doit s’astreindre impérativement à ne pas extraire du sous-sol dans les deux siècles qui viennent plus du tiers du carbone qui s’y trouve accumulé, sous forme de pétrole, de gaz et de charbon. Conclusion : ce n’est pas de rareté qu’il faut parler, mais de surabondance : nous avons trois fois trop de ressources fossiles. Mais, je l’ai dit, la régulation du marché relayée par la dérégulation des paniques collectives va précipiter tout le monde, tête baissée et tant pis pour les plus faibles qu’on écrase ou piétine au passage, dans une course folle à qui s’emparera des ressources ultimes. Qui, quoi, peut arrêter cette débandade ?
Le libre jeu de la fixation des prix ? Mais les prix ne savent refléter que les raretés relatives, ils ne peuvent en rien gérer l’excès de ressources. Déjà on voit la Chine remplacer massivement le pétrole par le charbon, dont elle dispose en abondance, avec des conséquences écologiques désastreuses, que l’on peut suivre sur les cartes de pollution de la planète. Henri Prévot, du Conseil Général des Mines, estime qu’à moyen terme, le prix du pétrole ne dépassera pas les 70 dollars le baril. C’est qu’il existe une technique, la liquéfaction du charbon, qui produit des hydrocarbures à ce coût de revient. On y recourra massivement, car le charbon est la ressource fossile la moins comptée.
Pour éviter une catastrophe climatique terrifiante, il faudra imposer un prix du carbone très nettement supérieur à ce que la prise en compte de la seule raréfaction des ressources requerrait, et alors même que cette dernière provoquera des conflits d’approvisionnement majeurs. Jamais une démocratie d’opinion n’acceptera ce traitement, sauf si un Etat autoritaire le lui impose, comme cela se produit en économie de guerre.
6. L’écologie politique, s’adressant aux générations futures, ferait intervenir à la table du contrat social des êtres inexistants, parasitant le jeu normal de la négociation collective.
Il est vrai que le recours au langage des droits, des devoirs et de la responsabilité pour traiter de « notre solidarité avec les générations futures » soulève des problèmes conceptuels considérables, que la philosophie occidentale s’est révélée pour l’essentiel incapable d’éclairer. En témoignent éloquemment les embarras du philosophe américain John Rawls, dont la somme, Théorie de la justice (3), se présente comme la synthèse - dépassement de toute la philosophie morale et politique moderne. Ayant fondé et établi rigoureusement les principes de justice qui doivent gérer les institutions de base d’une société démocratique, Rawls est obligé de conclure que ces principes ne s’appliquent pas à la justice entre les générations. A cette question, il n’offre qu’une réponse floue et non fondée. La source de la difficulté est l’irréversibilité du temps. Une théorie de la justice qui repose sur le contrat incarne l’idéal de réciprocité. Mais il ne peut y avoir de réciprocité entre générations différentes. La plus tardive reçoit quelque chose de la précédente, mais elle ne peut rien lui donner en retour. Il y a plus grave. Dans la perspective d’un temps linéaire qui est celle de l’Occident, la perspective du progrès héritée des Lumières, il était présupposé que les générations futures seraient plus heureuses et plus sages que les générations antérieures. Or la théorie de la justice incarne l’intuition morale fondamentale qui nous amène à donner la priorité aux plus faibles. L’aporie est alors en place : entre les générations, ce sont les premières qui sont moins bien loties et pourtant ce sont les seules qui peuvent donner aux autres ! (4) Kant, qui raisonnait dans ce cadre, trouvait inconcevable (« rätselhaft ») que la marche de l’humanité pût ressembler à la construction d’une demeure que seule la dernière génération aurait le loisir d’habiter. Et cependant, il ne crut pas pouvoir écarter ce qui se présente en effet comme une ruse de la nature ou de l’histoire accomplissant en quelque sorte le chef d’œuvre de la rationalité instrumentale : les générations antérieures se sacrifient pour les générations terminales (5).
Notre situation est aujourd’hui très différente, puisque notre problème majeur est d’éviter la catastrophe suprême. Est-ce à dire qu’il nous faut substituer à la pensée du progrès une pensée de la régression et du déclin ? C’est ici qu’une démarche complexe est requise. Progrès ou déclin ?, ce débat n’a pas le moindre intérêt. On peut dire les choses les plus opposées au sujet de l’époque que nous vivons, et elles sont également vraies. C’est la plus exaltante et c’est la plus effrayante. Il nous faut penser à la fois l’éventualité de la catastrophe et la responsabilité peut-être cosmique qui échoit à l’humanité pour l’éviter. A la table du contrat social selon Rawls, toutes les générations sont égales. Il n’y a aucune génération dont les revendications aient plus de poids que celles des autres. Eh bien non, les générations ne sont pas égales du point de vue moral. La nôtre et celles qui suivront ont un statut moral (a moral standing, comme dirait l’anglais) considérablement plus élevé que les générations anciennes, dont on peut dire aujourd’hui, par contraste avec nous, qu’elles ne savaient pas ce qu’elles faisaient. Nous vivons à présent l’émergence de l’humanité comme quasi-sujet ; la compréhension inchoative de son destin possible : l’autodestruction ; la naissance d’une exigence absolue : éviter cette autodestruction.
Non, notre responsabilité ne s’adresse pas aux « générations futures », ces êtres anonymes et à l’existence purement virtuelle, au bien-être desquels on ne nous fera jamais croire que nous avons une quelconque raison de nous intéresser. Penser notre responsabilité comme exigence d’assurer la justice distributive entre générations mène à une impasse philosophique (6).« C’est par rapport au destin de l’humanité que nous avons des comptes à rendre, donc par rapport a nous-mêmes, ici et maintenant. Au chant X de l’Enfer, le poète écrit : »Tu comprends ainsi que notre connaissance sera toute morte à partir de l’instant où sera fermée la porte du futur." Si nous devions être la cause de ce que la porte de l’avenir se referme, c’est le sens même de toute l’aventure humaine qui serait à jamais, et rétrospectivement, détruit. Si nous admettons avec Sartre que le sens du passé est toujours en suspens et que c’est l’avenir qui le détermine, alors l’annihilation de l’avenir est simultanément celle de tout le temps humain.
Pouvons-nous trouver des ressources conceptuelles hors de la tradition occidentale ? C’est la sagesse amérindienne qui nous a légué la très belle maxime : « La Terre nous est prêtée par nos enfants ». Certes, elle se réfère à une conception du temps cyclique, qui n’est plus la nôtre. Je pense, cependant, qu’elle prend encore plus de force dans la temporalité linéaire, au prix d’un travail de re-conceptualisation qu’il s’agit d’accomplir. Nos « enfants » - comprendre les enfants de nos enfants, à l’infini - n’ont d’existence ni physique ni juridique, et cependant, la maxime nous enjoint de penser, au prix d’une inversion temporelle, que ce sont eux qui nous apportent « la Terre », ce à quoi nous tenons. Nous ne sommes pas les « propriétaires de la nature », nous en avons l’usufruit. De qui l’avons-nous reçu ? De l’avenir ! Que l’on réponde : « mais il n’a pas de réalité ! », et l’on ne fera que pointer la pierre d’achoppement de toute philosophie de la catastrophe future : nous n’arrivons pas à donner un poids de réalité suffisant à l’avenir.
Or la maxime ne se limite pas à inverser le temps : elle le met en boucle. Nos enfants, ce sont en effet nous qui les faisons, biologiquement et surtout moralement. La maxime nous invite donc à nous projeter dans l’avenir et à voir notre présent avec l’exigence d’un regard que nous aurons nous-mêmes engendré. C’est par ce dédoublement, qui a la forme de la conscience, que nous pouvons peut-être établir la réciprocité entre le présent et l’avenir. Il se peut que l’avenir n’ait pas besoin de nous, mais nous, nous avons besoin de l’avenir, car c’est lui qui donne sens à tout ce que nous faisons.
Bref, si nous arrivons à comprendre cela, il suffira peut-être d’une forme d’égoïsme rationnel pour que nous trouvions en nous les ressources pour nous sauver tout en sauvant la planète.
7. L’écologie, et la peur de l’Apocalypse qui l’anime, ce serait la régression dans l’univers religieux dont les démocraties modernes ont réussi, non sans mal, à se déprendre.
L’éthique environnementale serait une morale et une religion. Les hommes ayant dépassé les limites sacrées que la Nature, ou Dieu, leur imposaient, ils seraient punis spectaculairement pour cela - à la manière dont les dieux de l’Olympe dépêchaient Némésis pour châtier leur démesure. Mais cela, c’est une histoire grecque qui n’a rien à voir avec le judéo-christianisme. Il y a en effet des rapports profonds entre la catastrophe écologique qui s’annonce et l’Apocalypse, mais le combat écologique n’implique pas de sacraliser la Nature, et l’Apocalypse, ce n’est pas le châtiment divin.
Je crois en effet que la crise présente est apocalyptique, au sens étymologique du mot : elle nous révèle quelque chose de fondamental au sujet du monde humain. Et ce dévoilement porte, comme dans les apocalypses de la Bible, du chapitre 7 du livre de Daniel au livre éponyme de Jean de Patmos, en passant par les apocalypses des évangiles synoptiques, sur la violence des hommes. Des hommes et non pas de Dieu.
Dans l’apocalypse de Marc (13. 1-37), un disciple de Jésus lui fait admirer la splendeur du Temple. Jésus lui répond : « Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Les disciples demandent quand cela se produira, et quels seront les signes annonciateurs. Mais Jésus refuse de se laisser entraîner dans l’excitation apocalyptique. Il désacralise tant le Temple que l’événement de sa destruction. Tout cela n’a aucune signification divine : « Quand vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres, ne vous alarmez pas : il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas encore la fin. On se dressera en effet nation contre nation, et royaume contre royaume ; il y aura en divers endroits des tremblements de terre, il y aura des famines ; ce ne sera que le commencement des douleurs de l’enfantement. » Et plus loin : « Alors, si quelqu’un vous dit : Vois, le Messie est ici ! Vois, il est là !, ne le croyez pas. De faux messies et de faux prophètes se lèveront et feront des signes et des prodiges pour égarer, si possible, même les élus. » La conclusion : « Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. »
Ce texte admirable use du langage apocalyptique pour désacraliser l’Apocalypse. C’est une ruse qui subvertit l’Apocalypse de l’intérieur. Mon « catastrophisme éclairé » n’est que la transposition de cette ruse à notre crise présente.
Rudolf Otto définissait le sacré comme tremendum et fascinosum. Rappelons-nous l’exaltation, pour ne pas dire l’exultation de la planète lorsque le tsunami de décembre 2004 provoqua une chaîne quasi-mondiale de solidarité. Beaucoup crurent alors que l’humanité était devenue une et que la fin des temps était proche. Des sentiments semblables s’étaient déjà exprimés avec plus de force encore après les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Le spectacle était sublime, on parla d’Armaggedon. L’Evangile a par avance démythologisé tout cela. Ce n’est pas Dieu qui se venge cruellement des hommes, le Sauveur n’a pas enfin raison des méchants. La seule leçon délivrée par Jésus est : prenez garde, veillez !
Dans la tradition apocalyptique vulgaire, l’Apocalypse est la fin des temps. La révélation est donnée à la dernière ligne, comme dans un roman policier banal. Mais tout chrétien conséquent croit que la catatstrophe-révélation a déjà eu lieu, non pas à la fin, mais au milieu de l’histoire, avec la mise à mort du Christ, la Passion. Le sens de l’histoire appartient à une temporalité qui n’est pas celle de l’histoire, précisément, mais celle de l’éternité. Cela se voit au fait que les apocalypses synoptiques font annoncer à Jésus une catastrophe, la destruction du temple par Titus en 70, qui appartient à son avenir mais est déjà pour elles du passé, tout en mettant dans la bouche du Christ des propos tirés du livre de Daniel !Dans le temps de l’histoire, l’éternité se dit au futur antérieur. Quand le moment sera venu, l’histoire de ce monde sera devenue l’éternité. En attendant, vous n’avez qu’une chose à faire : veillez, et ne vous laissez pas prendre à la fascination des grandes catastrophes.
Nous trouvons dans cette auto-démystification de l’Apocalypse tous les ingrédients de ce que devrait être le combat écologique, fût-il, comme il doit l’être, complètement laïque. Il n’existe aucune limite que le sacré ou la Nature, ou la Nature sacralisée, nous imposent. Or il n’y a de liberté et d’autonomie que par et dans l’autolimitation. Nous ne pourrons trouver les ressources de celle-ci que dans notre seule volonté libre. Mais garde à la tentation de l’orgueil !. Si nous nous contentions de dire que l’homme est responsable de tous les maux qui l’assaillent, jusques et y compris les catastrophes naturelles, à l’instar de Rousseau après le tremblement de terre de Lisbonne, nous perdrions la dimension de transcendance que préserve l’apocalypse désacralisée. Le catastrophisme éclairé consiste à se projeter par la pensée dans le moment de l’après catastrophe et, regardant en arrière en direction de notre présent, à voir dans la catastrophe un destin - mais un destin que nous pouvions choisir d’écarter lorsqu’il en était encore temps. C’est une ruse qui, pour nous inciter à veiller, nous enjoint de faire comme si nous étions les victimes d’un destin tout en sachant que nous sommes seuls responsables de ce qui nous arrive.
J’assume entièrement cette dimension religieuse de l’écologie, pour la bonne raison que toute pensée des questions dernières est inévitablement prise dans le religieux. Mais l’erreur à dénoncer est la confusion du religieux et du sacré. Il en va de la possibilité d’une écologie politique qui ne verse pas dans le moralisme voire dans le fascisme, et qui reste compatible avec les valeurs et les principes d’une démocratie moderne.
Jean-Pierre Dupuy, philosophe des sciences, est professeur à l’Université de Stanford en Californie.
Ce texte est issu d’une communication au colloque « La légitimité démocratique en question », Programme Legicontest (ANR), Université Paris Descartes, Sorbonne, 18-19 octobre 2007.
(1) Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, Tel, Gallimard, 2002, p. 84.
(2) Traduction française : Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy, 1961 [voir pages 259-261.]
(3) Seuil, 1987 (origin. 1971).
(4) Théorie de la justice, section 44, « Le problème de la justice entre les générations ».
(5) Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.
(6) A ce propos, une anecdote circule dans le milieu des astrophysiciens. A la suite d’une conférence donnée par l’un d’entre eux, quelqu’un dans la salle pose la question : « Combien de temps avez vous dit qu’il va se passer avant que le soleil vaporise tout ce qui se trouve sur la terre ? ». Entendant de nouveau la réponse : « six milliards d’années », le questionneur pousse un soupir de soulagement : « Ah bon, Dieu merci ! J’avais compris six millions ». Anecdote rapportée par Martin Rees in Our final hour, A Scientist’s Warning : How Terror, Error, and Environmental Disaster Threaten Humankind’s Future in this Century - on Earth and Beyond, Basic Books, New York, 2003, p. 182. La plaisanterie marche mieux en anglais, jouant sur l’allitération billion/million.

http://goudouly.over-blog.com/article-37094815.html
1. « Copenhague » c'est quoi ?
La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de Copenhague, qui se déroulera du 7 au 18 décembre 2009, a comme objectif d’accoucher d’un accord qui donnera une suite au Protocole de Kyoto négocié en 1997, ratifié par 175 pays, et entré en vigueur en février 2005 après la ratification de la Russie. Le principe de donner une suite au Protocole de Kyoto, qui arrive à son terme en 2012, a été arrêté lors de la Conférence de Bali en 2007 alors que le GIEC venait de remettre son 4ème rapport qui montrait que pour limiter les effets pour la planète et ses habitants, il fallait limiter l’augmentation de la température moyenne du globe à 2°C, ce qui nécessite de stabiliser les émissions mondiales de GES par rapport à leur niveau de 1990 avant 2020, et de les réduire de moitié d’ici 2050. Rappelons que le Protocole de Kyoto prévoyait un engagement chiffré d'atteindre en 2012 une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 37 pays industrialisés d'environ 5 % en moyenne par rapport à 1990.
Le traité de Copenhague qui sera (peut-être ??) signé devrait appliquer ainsi différentes mesures, dont :
le développement des énergies renouvelables
la réduction du recours aux énergies fossiles
l'amélioration de la performance énergétique des bâtiments
les contraintes sur certaines industries polluantes
le recours aux véhicules moins émetteurs de CO2
le développement des transports collectifs...
… et le rôle de la forêt dans le stockage du gaz carbonique et dans la régulation du climat mondial.
Ce dernier point semble particulièrement dangereux car il s'oriente dans la droite ligne des droits à polluer, où le droit de respirer, bientôt, nous sera compté. Dans ce projet notre planète est à un tel seuil écologique critique que le fait de posséder des forêts sera monnayé en tant qu'élément essentiel de la survie de l'ensemble de la planète.
Par ailleurs le sommet devrait décider du financement des différents programmes de réduction d'émissions de gaz à effet de serre ainsi que des aides financières et technologiques apportées au pays en voie de développement.
Les réunions préparatoires au sommet de Copenhague se sont succédées en 2008 et 2009 afin d'essayer d'aboutir à un accord ambitieux fin 2009. Pour cela, ont été sollicités le GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat), des experts des océans, des glaciers, mais également de l'économie, de la santé, y ont participé les Nations Unies, des ONG et les États,...
Voilà en gros les données du problème...
2. Les forces en présence
Plusieurs acteurs sont en présence pour négocier ces accords.
Les gros émetteurs de GES
Se distinguent deux groupes : d'un côté, les grands émetteurs de gaz à effet de serre que sont la Chine (21% des émissions anthropiques de GES), l'Union Européenne (14%) et les États-Unis (20%) ; et d'un autre côté, il faut distinguer l'Inde et la Russie avec respectivement 4 et 6% de GES. Compte tenu de leur poids politique et économique à l'échelle de la planète un accord sans intégrer au moins les 3 principaux émetteurs de GES n'aurait aucune chance d'aboutir à des résultats concrets.
Les pays émergents
Ils se sont alignés (peu ou prou) derrière la Chine et souhaitent faire porter la responsabilité de la situation écologique aux 3 principaux pays émetteurs (Chine, USA et Europe). Dans ce contexte un des arguments forts de la Chine est d'attribuer la cause de l'augmentation des GES à la demande de biens à destination des pays développés, mais manufacturés dans les pays émergents. Ce qui revient à mettre en évidence que les pays développés « font faire » leur émission de carbone par les pays pauvres. Il y a aussi toute une exportation des industries polluantes à destination des pays émergents à considérer.
Les victimes
Essentiellement l'Afrique, à l'exception de l'Afrique du Sud, et ils réclament la réparation aux pays producteurs de gaz à effet de serre qui aujourd'hui exploitent leurs pays et les maintiennent sous pressions (dette du tiers monde, exportation des industries polluantes, exploitations de richesses naturelles, concurrence agricole déséquilibrée, etc.).
3. Les stratégies ou le poker menteur ?
Pour comprendre, il faut savoir que, pour tous, le postulat de base est le développement économique au détriment des autres... soit en préservant des parts de marché, soit en en acquérant de nouvelles... en gros, la course du renard libre dans un poulailler. Et malgré cet état de fait, les accords de Copenhague doivent introduire des règles environnementales contraignantes.
Le scénario idéal pourrait se construire comme suit : l'Union Européenne et les États-Unis proposent une politique ambitieuse proche du consensus scientifique et, par là même, tenteraient d'attirer les pays développés qui, devant l'élan provoqué, feraient tomber la Chine et les pays émergents dans l'escarcelle sur la base d'une réduction des émissions de GES.
Cependant, il est difficile d'espérer en un tel déroulement, car qui va croire que les pays développés, tels les États-Unis et l'Europe, vont se mettre à brider leurs exigences économiques et financières pour sauver la planète. En fin de compte n'oublions pas qui dirige ces états...
L'Europe a ouvert la danse avec le « paquet climat-énergie » qui est bien en deçà de ce qui avait été discuté, en particulier au printemps 2007, et qui réduit fortement l'efficacité écologique nécessaire pour agir sur le climat. De son côté, aux États-Unis, l'administration Obama a fort à faire pour convaincre les deux forces politiques en présence (Démocrates et Républicains), surtout pour réussir à se distinguer de la politique catastrophique menée par l'administration Bush.
Les Européens, fort de leur avance (bien que minime dans les faits avec le « paquet climat-énergie ») voudront relâcher leur effort pour inciter les États-Unis à se mettre au niveau européen. La Chine, pour sa part, compte les points dans cet échange bilatéral entre les deux puissances et essaiera de se dédouaner tant que faire se peu en reprenant l'antienne vue plus haut sur la responsabilité écologique.
Si nous récapitulons : un accord à Copenhague paraît donc possible autour de trois idées :
1- Un engagement fort de réduction de la part des pays les plus développés ;
2- La mise au point d'un mécanisme de financement pour utiliser des fonds venant des pays du Nord vers les États pauvres afin de les aider à faire face au changement climatique ;
3- Des engagements des pays émergents à agir, voire à réduire leurs émissions à long terme.
« Simple comme un bonjour » ... si les forces financières ne s'en mêlent pas.
4. Les 5 options possibles pour l'issue de Copenhague
1- La première issue possible suivrait les recommandations des ONG, des scientifiques et de l'Union Européenne : impératif écologique pour éviter une augmentation de +2°C de la température moyenne du globe (limite au delà de laquelle les scientifiques expliquent n'avoir pas de précédent durant toute l'histoire de la Terre). Cette limite conduit à diviser par deux des émissions de GES très rapidement avec une réduction des émissions de 80 à 85 % pour les pays industrialisés d'ici 2050. Cette issue est déjà annoncée comme un échec, mais il convient de la regarder de près dans les discussions car elle pose le but à atteindre du point de vue de la préservation de l'écosystème : elle est le référent.
2- La deuxième issue possible est d'appliquer purement et simplement le protocole de Kyoto, c'est-à-dire en rester à une réduction de 5% des émissions de GES d'ici 2012. Dans ce cadre le sommet de Copenhague ne sert à rien. Nous pouvons considérer cette voie comme irréaliste aujourd'hui en 2009 compte tenu des espérances en cours.
3- Le financement pourrait permettre de réaliser les objectifs admis. Mais tous les acteurs économiques sont d'accords pour dire que l'argent est parti (en fumée !) dans le règlement de la crise financière et le soutien aux banques. Pour autant, on peut se poser la question : étaient-ils prêts à financer les options concernant la préservation de l'écosystème ? ... et à cela rien n'est moins sûr, surtout quand on se rappelle que l'on entendait dire à longueur d'ondes : « les caisses sont vides »... avant ladite crise financière où mystérieusement, les caisses se sont révélées pleines pour recapitaliser les banques.
4- Une quatrième option possible existe dans la proposition faite par les États-Unis d'organiser des accords bilatéraux... avec tous les risques que cela renferme de négociations entre ceux qui ont le pouvoir économique et militaire (le Nord) et ceux qui ne l'ont pas (le Sud). Il y a fort à craindre que cette option ouvre la voie à un marché des droits à polluer et au chantage des pays du Nord sur ceux du Sud en terme d’exploitation voire de production.
5- Enfin la dernière issue est celle choisie par la France avec la fameuse taxe carbone en prônant l'action individuelle et la culpabilisation. En ne nommant pas les vrais responsables cette issue semble... sans issue. Cette option est par ailleurs très révélatrice d'un nouvel ordre mondial concernant le climat : la majorité, qui dispose de faibles revenus, cesse de polluer en se serrant la ceinture et en payant au prix fort le CO2 émis dans leur vie quotidienne, tandis qu'une minorité de nantis peuvent payer le CO2 leur permettant d'aller, en hélicoptère, jouer au golf en Andalousie (là où les habitants sont déjà rationnés en consommation d'eau).
5. La parole aux spécialistes du climat
Avant de laisser parler les financiers en décembre 2009, il est bon d'écouter un instant les scientifiques qui se sont réunis, en mars à Copenhague, lors d'un congrès International Scientifique sur le Changement Climatique intitulé « Risques mondiaux, défis et décisions ». La communauté scientifique a formulé 6 recommandations :
1- Les tendances climatiques :
Les observations récentes confirment que, compte tenu des hauts niveaux d’émissions [des gaz à effet de serre] observés, le pire scénario du GIEC (ou même pire encore !) est en train de se réaliser. Pour de nombreux paramètres-clefs, le système climatique est déjà en train de changer au-delà du schéma de variabilité naturelle dans lequel notre société et notre économie sont nées et se sont développées. Ces paramètres incluent la température moyenne de surface du globe, l’augmentation du niveau des mers, les dynamiques [d’interaction] entre l’océan et les calottes glaciaires, l’acidification des océans et les évènements climatiques extrêmes. Il existe un risque significatif pour que nombre de ces tendances s’accélèrent à l’avenir, conduisant à un risque accru de changements climatiques abrupts ou irréversibles.
2- Les déstabilisations sociales :
La communauté scientifique a fourni de nombreuses informations afin d’aider aux discussions sur « les dangers du changement climatique ». Les observations récentes montrent que les sociétés sont fortement vulnérables, même à des niveaux modérés de changements climatiques, et que les pays ou les communautés pauvres sont particulièrement exposées à ces risques. Des élévations de température au-dessus de 2°C seront très difficiles à gérer pour nos sociétés actuelles, et augmenteront le niveau de perturbations [sociales] dues au climat durant le siècle à venir.
3- La stratégie à long terme :
Une atténuation [des émissions de gaz à effet de serre] rapide, soutenue et efficace, basée sur une action coordonnée au niveau régional (continent) et local (pays) est requise pour éviter « un changement climatique dangereux », indépendamment de la façon dont on le définit. Des objectifs trop limités pour [l’échéance] 2020 augmentent le risque de dépasser des points de basculement, rendant la possibilité d’atteindre les objectifs de 2050 encore plus difficile. Retarder la mise en place d’actions d’atténuation efficaces augmente significativement les coûts sociaux et économiques à long terme de l’adaptation et de l’atténuation.
4- La dimension de l'équité :
Le changement climatique a et aura assurément des effets fortement différenciés sur les populations dans, et entre, les pays et les régions du globe, pour cette génération et les générations futures, et sur les sociétés humaines et la Nature. Un filet de protection efficace et bien conçu aux fins de l’adaptation [à ces changements] est nécessaire pour les personnes les moins à mêmes de faire face aux impacts du changement climatique, et une stratégie d’adaptation commune, mais différenciée, est nécessaire pour protéger les pauvres et les plus vulnérables.
5- L’inaction est inexcusable :
Il n’y a aucune excuse à l’inaction. Nous avons maintenant suffisamment d’outils et de compétences – économiques, technologiques, comportementales, et de pilotage – pour agir efficacement face au défi du changement climatique. Mais ils doivent être vigoureusement et largement mis en œuvre pour accomplir la transformation sociétale nécessaire à la « décarbonation » des économies. Une vaste gamme de bénéfices résultera d’un effort concerté pour modifier aujourd’hui notre [modèle] économique de l’énergie, y compris l’augmentation des emplois dans le secteur des énergies durables et soutenables, la réduction des coûts du changement climatique pour la santé et pour l’économie, la restauration des écosystèmes et la revitalisation des services que ceux-ci [nous] rendent.
6- Faire face au défi :
Pour accomplir la transformation de la société requise pour faire face au défi du changement climatique, nous devons surmonter un nombre significatif de contraintes et saisir des opportunités essentielles. Cela inclut de réduire l’inertie des systèmes économiques et sociaux ; de tabler sur le désir grandissant des opinions publiques pour que les gouvernements agissent contre le changement climatique ; de supprimer les subventions implicites et explicites aux activités polluantes ; de réduire l’influence des intérêts particuliers qui augmentent les émissions et réduisent nos capacités d’action ; d’être capable de favoriser le passage d’une gouvernance inefficace et d’institutions faibles vers une gouvernance innovante des États, du secteur privé et de la société civile ; et d’engager les sociétés dans une transition vers des normes et des pratiques qui renforcent la soutenabilité.
6. Conclusions
Les scientifiques réunis en congrès n'en sont pas encore à demander explicitement un changement de société... mais ils ne sont pas loin d'en tracer le chemin.
Dire que le capitalisme et son productivisme ne sont pas les outils adaptés pour arriver à rendre notre Terre vivable est de moins en moins une hérésie et semble rentrer dans de plus en plus de consciences. De fait, il apparaît de plus en plus que la « position écologique pour l'écologie » (« environnementalisme ») est une impasse tant elle peut se traduire par des politiques d'injustices sociales généralisées (où les riches seraient les seuls à pouvoir continuer à vivre et à polluer au détriment de l'existence même des populations).
Ainsi, la position écologique la plus solide est celle qui repose sur une critique fondamentale du productivisme et du modèle de développement capitaliste. Cette critique remet en cause radicalement le mode de fonctionnement de nos sociétés et tend à questionner les axes fondateurs de nos existences et des rapports que nous entretenons avec les autres et avec la Nature. Sans prendre de gros risques, il apparaît clairement que seule cette remise en cause nous poussera à inventer de nouvelles exigences et de nouvelles voies de développement pour nos sociétés et les individus qui y vivent.
En ce sens, la restriction actuelle à de purs choix environnementalistes pour les discussions de Copenhague (réduisant les problèmes aux seuls gaz à effet de serre) n’augurent rien de bon qu'à une prise de conscience des pouvoirs en place et, par voie de conséquences, pour l’avenir de notre planète.
La solution est dans la volonté
Quelles sont les issues possibles de ce sommet ?
La relocalisation des activités productives, tant industrielles qu'agricoles dans le but d'aller vers l'autonomie des grandes régions du globe.
L'arrêt de la politique des avantages comparatifs.
La ré-instauration de mesures protectionnistes, ce qui sous-entend d'abandonner les principes du « libre échange » et du « marché libre ».
La garantie de la souveraineté et de la sécurité alimentaires pour chaque pays, donc l'arret des politiques de subventions aux exportations, et une politique agricoles tournée vers l'extensif (notamment en Europe, première plaque tournante de l'agriculture mondiale).
L'augmentation de l'aide publique au développement, contrôlée par les populations.
La construction d'un service public de l'environnement, voire d'un organisme mondial de l'environnement, passant par la mise en place d'une fiscalité environnementale sans détour.
La suppression du report des coûts sur la société et la prise en charge directe par les entreprises des coûts de traitement des déchets issus de la production est un passage obligatoire pour une prise de conscience et une meilleure efficacité.
Un contrôle des entreprises dans les aides reçues en fonction de leur comportement sur le volet social et environnemental, assorti de vrais moyens de contrôles (conditionnalité des aides publiques)
La taxation des émissions de CO2 et de la production nucléaire sur les Etats, basée dans un premier temps sur le PIB en attendant la transformation de cet indicateur de « richesse ».
La réforme du code des marchés publics intégrant les données environnementales et sociales.
Revenir à l'administration de certains prix par l'État.
Le développement d'un « copyleft » pour les technologies d'intérêt environnemental, social et sanitaire.
L'action au niveau international associant réellement les citoyens.
La redéfinition et la volonté de redonner un sens au développement durable hors de la logique financière.
La création du statut de « biens communs de l'Humanité », qui ne peuvent pas entrer dans le fonctionnement des marchés.
La révision du système d'évaluation des économies, tel le PIB, qui ne repose que sur des indices de croissance économique. Envisager des indices de bien être et de croissance du bonheur des individus et des populations pour guider les politiques publiques.
La lutte contre la corruption & les paradis fiscaux.
Cette liste d’éléments de réflexion va bien au-delà du sommet de Copenhague, mais envisage notre planète, donc nos sociétés, d’une autre manière où l’humain et son environnement serait central.
Ces questions seront soigneusement évitées à Copenhague ; de ça nous pouvons déjà être certains...comme elles seront évitées à la 7ème conférence ministérielle de l’OMC trois semaines plus tôt (du 30 novembre au 2 décembre 2009 à Genève). Il faudra bien à un moment globaliser les luttes sur les instances internationales car si nous ne le faisons pas...eux ne se privent pas de globaliser leurs solutions économiques, sociales et environnementales au niveau planétaire.
Dominique Mourlane
La conférence de Copenhague est souvent désignée par l’abréviation COP15 qui signifie 15ème conférence annuelle des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC)
Le Protocole de Kyoto est un élargissement de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques issue du Sommet de Rio de 1992
Gaz à effet de serre. Les GES pris en compte dans les accords internationaux sont le dioxyde de carbone ou gaz carbonique (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O) et trois gaz fluorés (les hydrofluorocarbures HFC, les perfluorocarbues PFC et l'hexafluorure de soufre SF6).
A l'idée d'une taxe carbone à l'importation qui commence à se faire jour dans les pays développés, la Chine brandit la menace d'une taxe à l'exportation, considérant que “c'est le consommateur qui doit payer, pas le producteur”.
Kyoto
La gouvernance sur le climat repose aujourd’hui (avant la conférence de Copenhague)
sur deux traités internationaux fondamentaux :
la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques
((CCNUC ou UNFCCC) ouverte à ratification en 1992 et entrée en vigueur
le 21 mars 1994. Elle a été ratifiée à ce jour par 189 pays dont les États-Unis
et l’Australie
le protocole de Kyoto qui découle de la CCNUC a été ouvert à ratification le
16 mars 1998, et est entré en vigueur en février 2005.A ce jour il est ratifié par
172 pays à l’exception notable des États-Unis.
Le protocole de Kyoto, négocié au sein de l’ONU, s’étend sur la période 2005 – 2012
dont Copenhague doit prendre le relais en décembre 2009 afin de prolonger Kyoto
au-delà de 2012.
Kyoto est le premier accord international visant à réduire les émissions de gaz à effet de
serre.
Les objectifs du protocole, somme toute peu ambitieux, affichent une réduction de
5.2% des émissions de GES pour 2012 (valeur 1990).
Cet accord a été signé à l’origine par 39 pays industrialisés (annexe B) qui se sont
engagés sur des limitations ou réductions chiffrées des émissions, sans la signature des
USA et concerne 6 GES considérés comme la cause principale du réchauffement
climatique (annexe A).
Le protocole de Kyoto a été le lieu de création également du marché de permis
d’émission de GES échangeable entre les parties de l’annexe B (système
« cap and trade » : plafond d’émission autorisée (cap) et possibilité d’échange (trade))
avec possibilité de revente sur le marché sous forme d’ERU (ou URE) Unité de
Réduction des Émissions, dans le cadre du mécanisme d’application conjointe (MAC).
Un autre mécanisme a vu le jour aussi lors de ce protocole, nommé mécanisme de
développement propre (MDP) identique au précédent système et intégrant des
entreprises d’un pays membre de l’annexe B et de pays pauvre non membres.
Dans ce cadre l’unité de transaction est l’Unité de Réduction Certifiée des Émissions
(CER ou UCRE).
Le texte du protocole de Kyoto en français :
http://unfccc.int/resource/docs/convkp/kpfrench.pdf

Pour y voir clair, il faut comprendre le point qui est le notre, l’époque qui est la notre, au sens où elle est le stade dans lequel le capitalisme va achever sa course. Il est désormais dans une
crise structurelle qui n’est pas celle de 1929, et qui n’est donc pas une « crise », mais une « mutation » : car « l’après » sera différent
« d’aujourd’hui » (ces aspects ont été longuement développés au sein de ReSPUBLICA). Reste à décider comment se fera cette mutation : pacifiquement, ou … ?!
Le fait est que les périodes de crises sont des filtres, des révélateurs, des distillateurs, car elles exacerbent les positions, cristallisent les schémas de
pensées et donc rendent les affrontements de plus en plus inévitables, mais aussi de plus en plus clairs et limpides.
Le capitalisme repose sur un paradigme bourgeois qui a étendu sa domination éthique et culturelle depuis environ 200 ans. Ce paradigme, qui réduit la totalité du réel à la seule sphère
économique, a forgé des esprits, des mentalités, et sa mise en pratiques (pratiques qui étaient à l’origine celles de la seule classe bourgeoise) s’est généralisée à des millions de gens. La
réduction de la totalité du réel à la seule vision économique ?! C’est à dire : la réduction du monde vivant, des êtres humains, des sentiments, de la connaissance, du bien être, de la création,
du plaisir, des sciences, les activités, les liens, etc. L’économisme ne permet de comprendre le réel que sous l’angle de l’économie, et il est dans toutes les pratiques, y compris dans celle de
la réflexion.
Et la commission Stiglitz est à cet égard une parfaite illustration de ce paradigme : elle s’intitule « Mesure de la Performance Économique et du Progrès
Social » !
Rien que cela !
Et à qui confit-on le soin de définir le « progrès social » ?
À une population souveraine… ?!
Non. À des experts… mais quels experts ?!
Des économistes… et rien que des économistes !
Dans les faits, que propose cette commission : de ne pas dépasser le PIB, qui pourtant réduit la politique à suivre la boussole de la production-consommation (du superflu, bien plus que du
nécessaire… profits obligent…).
Mieux ! Cette commission montre qu’elle a parfaitement connaissance des alternatives, mais ne parvient pas à la rupture avec son modèle, avec ce qui la « sacre ».
Autre fait révélateur : la proposition de la commission d’utiliser « l’Epargne Nette Ajoutée » qui est un indicateur (issu de la Banque Mondiale,
autrefois dirigée par Stiglitz…) qui effectue une monétarisation de tout ! Education, environnement, protection sociale, chômage, loisirs, bien-être, consommation, etc. tout est réduit à de
la monnaie, à de la valeur en argent. Même logique…
Pire ! Le PIB montre son insuffisance également en tant qu’indicateur « unique » (comme dieu unique, prophète unique, penseur unique… etc.). Comme si un médecin pouvait juger de l’état
de santé en n’utilisant que la température ou la couleur de la langue de son patient… ridicule !
Mais il faut voir au delà et comprendre que l’indicateur unique incarne cette volonté de réduire le réel, donc… d’en combattre la richesse et la diversité, les équilibres, entre d’autre terme :
la réalité.
Bref, nous avons là des esprits vissés, incapables de voir la nécessité de dépasser le paradigme actuel et qui ne font que tourner en rond, proposant des recettes dont les simples fondements de départ les rendent caduques car ne poursuivant, au final, que la même logique déjà à l’oeuvre depuis 200 ans : la réduction de tout le réel à la seule sphère économique au détriment de l’humain, de l’écosystème et du lien social. Mais ne rigolons pas ! Cette logique d’enfermement est aussi présente à gauche… et nous pouvons dire que la gauche ne sera à même de jouer son rôle que lorsque les forces novatrices seront majoritaires en son sein ; c’est à dire celles ayant intégré tous les enjeux du dépassement du paradigme actuel.
Alors la gauche sera la gauche, et elle offrira un projet alternatif, au lieu de la chimère des trente glorieuses et d’un PIB (teinté de verdure et de social) affichant +8 % de croissance par an…
Dépasser un paradigme veut dire dépasser des pratiques (un paradigme n’est qu’un concept pour illustrer les forces psychologiques et sociales qui sont à l’oeuvre).
L’ENA, en réduisant tout à la seule monnaie, illustre la psychologie du paradigme actuel : les dépenses pour l’éducation peuvent « tout naturellement » compenser des absences de
dépenses pour l’environnement ou pour la santé.
Hélas, la réalité du monde est bien plus complexe, plus riche, plus sensible. Il n’est pas possible de mesurer le réel avec un indicateur unique !
Ainsi, il nous faudra un indicateur « composite », c’est à dire constitué de plusieurs points indépendants qui ne pourront pas être additionnés. Car il est important de regarder –
indépendamment ! – le bien-être social et individuel, la pression environnementale, la répartition de la richesse ainsi que les conditions de vie réelles des individus. Mais ceci oblige à une
redéfinition de ce qu’est une politique de « progrès social », donc à remettre directement en cause les fondements du paradigme actuel et son productivisme. Or, et c’est peut-être le
point le plus révélateur de la commission, elle a eu pour tâche de réunir des experts pour indiquer ce qu’est le « progrès social », alors que ce sujet est l’enjeu de tout un peuple, de
toute une communauté de destin (le Pacte Républicain… ). Mais là encore, il était impossible pour des esprits moulés dans l’économisme, de rompre avec leurs fondements de pensées et se rendre
compte qu’il appartient à la souveraineté populaire de bâtir son projet de société. Pourtant, le référendum sur le TCE en 2005 a mis en évidence qu’un tel débat est possible, qu’il est fécond et
qu’il rompt les clivages habituels, ceux que l’on croient gravés dans une société. 2005 a montré que les individus peuvent prendre en charge ce débat politique, riche et complexe, et qu’ils
peuvent définir ce qu’est le progrès social. Mais les tenants du paradigme actuel craignent la délibération publique, ils craignent la souveraineté populaire et par là même s’éloignent de cette
population en créant les règles propices à cet éloignement.
De fait, la commission Stiglitz-Sen est une illustration du paradigme actuel qu’il nous faudra bien dépasser. Dans cette optique, d’autres se sont essayés, avec des efforts pour des propositions concrètes novatrices, par exemple le FAIR (Forum pour d’Autres Indicateurs de Richesses) ou l’initiative du BIP40. Ces exemples montrent que la sortie pacifique du capitalisme est possible, et que ces forces sont à l’oeuvre aujourd’hui même, dans notre pays. Mieux, ils montrent que la sortie ne se fera pas sur le mode de l’affrontement, mais sur le mode de « l’abandon », c’est à dire très concrètement par tout ce qui permettra l’autonomisation des individus-citoyens à l’égard du système production-consommation actuel, afin qu’ils puissent construire et fonder sur d’autres bases leur communauté de destin au sein du Pacte Républicain.

Le fait que la taxe carbone soit une épine dans le pied du gouvernement n’est un secret pour personne.
Le fait que le PS s’en saisisse pour se faire mousser et régler des prises de positions de pouvoir interne à sa structure sans rien proposer de structurant en retour est aussi évident pour tout le monde.
Le fait que la direction politique des Verts ne sachent plus se démarquer politiquement qu'en s’orientant seulement vers de la surenchère « verdiste » est noté par l’ensemble de la classe politique.
Mais, car il y a toujours un mais, il faut bien repartir d’éléments concrets pour essayer d’y voir clair et tenter d'avancer tout de même.
Une épine
Le gouvernement en place, par la volonté de Nicolas Sarkozy, a, pour raison électoraliste essentiellement, mis en place un Grenelle de l’environnement qui a rendu quelques conclusions, qu’il voudrait ou qu'il faudrait bien mettre en application, mais qu’aucun industriel n’envisage sérieusement de réaliser.
Les participants à ce sommet national sur les questions environnementales, de bonne fois pour la plupart, ont proposé une multitude de solutions en souffrance d’application.
Entre temps se sont mis en place de manière factuelle les commissions :
- Stiglitz – Sen (Joseph Stiglitz et Armatya Sen, prix Nobel d’économie) en charge de développer une « réflexion sur les moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives » et d'élaborer de nouveaux indicateurs de richesse
- Taxe Carbone présidée par Michel Rocard (PS) plus précisément nommée « contribution climat-énergie », afin d’envisager pour la France de combler son retard en matière de taxation de l'énergie.
Le Grenelle de l’environnement comme la commission Stiglitz-Sen ont pu brosser les limites du système et nommer la croissance comme un problème, sans aller au fond de la question…mais la tentative est à noter, quand la commission Taxe Carbone n’a fait que chercher des solutions financières sans tenir compte de l’environnement et des causes.
Il faut analyser au passage le score de la liste Europe Ecologie lors des élections européennes de juin 2009. Ce score a pour beaucoup modifié la composition du paysage politique français et a conduit les différents partis politiques à envisager la question de l’environnement de manière plus ou moins heureuse.
Sauf qu’aujourd’hui l’UMP et ses partenaires, en charge de la direction de la France, sont en panne d’inspiration pour donner de véritables orientations environnementales autre qu’une taxation sur le plus grand nombre, histoire de faire culpabiliser d’un côté, de remplir les caisses de l'État de l’autre et de rappeler quelques vieux principes économiques essentiels pour les intérêts qu’ils défendent : faire payer un peu à beaucoup de personnes, plutôt que beaucoup à un petit nombre.
Il faut revenir aux raisons de la notion de Développement Durable inclus en substance dans le rapport Meadows (Halte à la croissance ?) en 1972.
Le club de Rome, composé de grands commis des structures internationales, d’entrepreneurs, d’associatifs, de scientifiques, d’économistes, de fonctionnaires nationaux et internationaux, à l'initiative d' industriels qui financent leurs travaux, a pour but de « proposer des solutions ayant trait à la "gouvernance" mondiale dans son aspect environnemental ».
Le principal créateur de ce club est David Rockefeller.
Une lecture peut être donnée à ces indications : le capital s’inquiète de l’épuisement des ressources naturelles nécessaires à sa propre croissance.
Dans cette lecture on peut voir que le souci n’est pas humain mais financier.
Les grandes lignes du développement durable seront de fait développées quelques années plus tard (1987) dans le rapport Brundtland faisant apparaître l’interconnexion entre l’environnement, l’économie et le social.
Nous sommes en 2009 et le capital n’arrive toujours pas à régler cette équation, d’où la nécessité de grandes annonces pour faire apparaître un rideau de fumée.
La mousse
Quelle est la position du parti socialiste sur la question ?
Le débat interne se règle par voie de presse. On comprend bien que ce sont d’autres enjeux qui se jouent là, à plus long terme, ainsi qu’une incapacité au dialogue.
Mais quelque choix que fasse le PS dans cette espace il apparaît que les questions de fond... ne remontent pas à la surface.
Et pourtant à force de tourner autour du pot il apparaît bien le fond du problème... la croissance, le productivisme, le libéralisme, le capitalisme.
Passeront-ils le pas ?
La lutte est atroce au sein de cette structure en fin de vie.
Et puis les Verts les talonnent, certainement pas pour longtemps, tant les questions écologiques deviennent incontournables.
Mais l’écologie est-elle compatible avec le libéralisme ?
Ne pas répondre à cette question conduira à des solutions partielles où le consommateur, la petite entreprise, seront pris en otage et serviront de « pompe à fric ».
Même si nous n’en connaissons pas encore toutes les subtilités ni quelles solutions sont préconisées à ce jour par la commission « contribution climat-énergie » et l'arbitrage présidentiel, il semble que nous nous orientons inéluctablement vers une taxation des consommateurs, des petites entreprises tout en épargnant les structures industrielles et financières internationales qui dépendent du marché des gaz à effet de serre.
Pour reprendre ce qui a déjà été écrit par Aurélien Bernier en d'autres lieux1 : « Le principe est en effet de taxer les énergies fossiles en fonction des gaz à effet de serre qu’émettent leur combustion à hauteur de 32 euros par tonne de carbone dans un premier temps, puis d’accroître progressivement le niveau des prélèvements. Les factures de carburant, de gaz, de fuel et peut-être d’électricité, augmenteront donc à partir de 2010. Le gouvernement tente de faire passer la pilule en promettant un chèque «vert» censé compenser la taxe pour les ménages les plus modestes. Mais la ficelle est grosse. D’une part, cette compensation sera calculée sur les consommations directes d’énergie. Or, si le prix de l’énergie augmente, les prix des biens et des services augmenteront proportionnellement. Le chèque vert ne compensera jamais intégralement ces hausses. D’autre part, ce type de mesure peut prendre fin à tout moment. Aucune garantie n’a été donnée sur la pérennité de ce chèque, et nous pouvons parier qu’il sera de courte durée. Enfin, la baisse des cotisations patronales est déjà programmée, avec ses conséquences prévisibles : aucune embauche, aucune augmentation de salaire, mais une bénédiction pour les profits des grands groupes.»
C’est oublier bien vite, et mentir à la population, que ce sont les grands conglomérats industriels et financiers qui organisent le commerce mondial en dépeçant la terre de ses ressources.
C’est oublier bien vite que cette taxe carbone les exonère, pour leur permettre de fonctionner sur le système des droits à polluer échangeables, par un jeu boursier de quotas carbones2.
Alors le parti socialiste est-il prêt à nommer les véritables responsables de la crise écologique, sans culpabiliser les consommateurs ? Non. Et pourtant de véritables mesures doivent être mises en place pour permettre aux consommateurs de réorienter leur consommation. Mais pour cela il faut des schémas directeurs dont seuls les États sont en charge, mais pour cela il faut une véritable volonté politique pour se battre contre le libéralisme.
Le parti socialiste est-il prêt à cela ?
L’écoblanchiment ou green wahsing
L’émergence attendue et encouragée d’Europe Écologie lors des dernières élections européennes, avec l’aide du film documentaire HOME commandité par l'État français et des grandes entreprises, est un grand éclat de rire et un pied de nez.
Il n’est effectivement pas possible de réfléchir à cet épisode sans penser aux affiches de 1968 où un diable rouge éclate de rire sur les murs de Paris.
On a pu se rendre compte des résultats à terme de mai 68 sur le social et des places accordées aux amis des amis, ceux qui ne remettaient pas trop en cause l’ordre établi.
L’opération élection européennes 2009 a été rondement et finement jouée, avec tout d’abord une aide non dissimulée au NPA pour affaiblir la gauche de gauche puis une promotion officielle des thèses sur le développement durable et l’écologie dans la droite ligne du Grenelle de l’environnement via des budgets d’entreprises internationales et un film larmoyant et culpabilisant.
Aujourd’hui Europe Écologie, ou les Verts on ne sait trop qui est qui, souhaite capitaliser son score aux élections européennes. Rien de plus normal. Avoir des élus, influer sur la vie politique, mettre en place le rapport de force n’est-il pas là l’objet de tous groupes politiques ?
Si ce schéma n’est pas accepté il ne faut pas s’approcher de la politique.
Les déclarations sur la taxe carbone sont intéressantes en provenant de ce bord vert : elles inclinent à faire porter le poids de la responsabilité de l’utilisation des énergies fossiles et polluantes aux consommateurs en évitant les producteurs.
Ne pas faire entrer dans ces orientations les grandes entreprises internationales (Elf Total par exemple), EDF en France, en faisant supporter la responsabilité seulement par le consommateur n'est pas simplement accusateur et culpabilisant mais cela tend l’écologisme porté par ces groupes de pensées vers une religion écologiste au service du capitalisme. On peut se rappeler d’autres autoritarismes en d’autres périodes.
Il ne peut pas être exclu de la réflexion dans le cadre de l’application d’une taxe sur la production carbone l’origine de cette production, les incitations qui sont faites pour cette consommation, le manque de solutions économes d’énergies proposées, la responsabilité au final du dogme libéral et de son corollaire le productivisme.
S’il ne faut pas exclure de la taxe carbone les utilisateurs pour aussi les inciter à réfléchir à leur consommation, il convient de fléchir les grandes productions pour les inciter à proposer sur le marché d’autres types de produits plus économes, mais qui surtout intègrent dès en amont de la fabrication les coûts reportés sur la collectivité.
On le voit, les intégrismes sont dangereux d’où qu’ils viennent et la laïcité doit encore faire entendre sa voix dans ce domaine aussi.
Il suffit de reprendre le dernier communiqué des Verts sur la question pour se rendre compte que les industriels sont épargnés et que seule une taxe importante sur les ménages doit faire avancer les choses... en fait les Verts et Nicolas Sarkozy sont au moins d’accord sur ce point :
La taxe Carbone fait Pschitt Communiqué de presse 28 août
Alors que la conférence de consensus, présidée par Michel Rocard, préconisait de fixer la Contribution Climat Energie à 32 euros la tonne de CO2, le gouvernement s’achemine vers un prix très faible qui ne permettrait pas d’infléchir durablement les comportements.
La proposition de la conférence de consensus avait pourtant fait l’objet d’une large consultation et était déjà très en retrait par rapport à d’autres pays européens comme la Suède, où le prix de la tonne de C02 est de 108 euros. La France, dont la fiscalité environnementale est déjà l’une des plus faibles en Europe (21ème sur 27 selon l’OFCE avec seulement 2,3 % du PIB), risque d’accentuer son retard en la matière. On est bien loin de la "révolution" à laquelle Nicolas Sarkozy appelait dans son discours de clôture du Grenelle de l’Environnement. Faute de promouvoir clairement un chèque vert de compensation pour les ménages les plus modestes, le gouvernement préfère affaiblir sa taxe Carbone, pour n’en faire qu’une mesure très en deça des engagements nécessaires pour faire face aux enjeux climatiques et diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.
S’en remettre qu’aux consommateurs pour diminuer les émissions de gaz à effets de serre ne sera pas suffisant.
Ne pas incriminer le système productiviste actuel est un manque de responsabilité politique.
Les Verts ou Europe Écologie accompagnent le système capitaliste sans le dire.
Mais quoi alors ?
Entre l’épine, la mousse et l’écoblanchiment, n’y a-t-il rien de possible ?
Pourtant d’autres voix se font entendre, faiblement, pour dénoncer le système financier et industriel qui nous pressure et nous fait croire qu’en appliquant des taxes de surfaces nous pourrons poursuivre notre chemin tranquillement.
Le libéralisme a fini de manger son pain pourrait-on croire ! De ça on n’en sera sûr que lors de sa fin. Puisse-t-elle être prochaine !
Instaurer une taxe carbone semble une chose raisonnable à la condition qu'elle ne remplace pas d’autres taxes dans le flot des choix libéraux de diminuer les impôts à la moindre occasion (diminution avant tout pour les plus haut revenus pour un report sur les plus bas salaires par tout un tas d'artifices, dans la lignée de l'école de Chicago).
Mais avant de réfléchir à l’instauration d’une taxe carbone il faut ré-internaliser les coûts de traitement des rejets dans la nature au sein des entreprises polluantes et donner de véritables directives avec des plans définis, quantifiés et arrêtés sur les modifications industrielles à faire pour éviter les rejets dans la nature. Un contrôle et des sanctions efficaces, permettront de rapidement arriver à des résultats efficaces. Peut importe les avantages concurrentiels dans ce cas.
Pour cela une taxe forte aux frontières sur le type d’articles produits de manière polluante est indispensable pour inciter les autres pays à faire l’effort dans ce cadre là.
Supprimons la bourse aux gaz à effets de serres, et rendons aux États le choix de régler ces problèmes écologiques, tout en donnant des directions au niveau international.
L’OMC, même si à terme elle doit disparaître dans sa définition actuelle, doit alors accepter que des règles en matière d’environnement comme de social viennent bousculer les sacro-saintes tables du libre-échangisme.
Il ne doit sous aucun cas y avoir de redistribution de ces taxes vers les entreprises. Cette source financière doit permettre d’une part à payer les contrôles d’une manière indépendante, mais doit permettre à l'État de mener une politique environnementale audacieuse vraiment créatrice d’emplois.
Revenir à des transports en commun efficaces et peu polluants, rechercher une urbanisation humaine et réfléchir à des entreprises à taille humaine de proximité doit aussi permettre de limiter largement l’utilisation énergétique et donc les productions de gaz à effets de serre.
Reconsidérer notre manière de consommer et de nous déplacer permettra aussi de redéfinir notre environnement et notre rôle social.
Une fois ces actions mises en place, mais pourquoi pas en parallèle, introduire des contraintes financières, ou bien des mesures incitatives pour que les consommateurs se tournent rapidement vers des solutions économes et pour appuyer les décisions envisagées par les États.
Travailler dans une démarche démocratique et participative, à l’abri des pressions des lobbys en particulier financiers et industriels, permettra aussi d’accélérer le processus à tous les niveaux.
Ce ne sont quelques pistes qui montrent le refus du libéralisme. Il faudra bien se résoudre à dessiner un nouveau paradigme qui tentera l’équilibre entre l’environnement, le social et l’économie au service de l'Homme.
Sommes-nous à l'aube de cette journée ?
Il nous appartient d'en décider !
Dominique Mourlane
2 idem supra

Nous ne connaissons pas encore tous les détails de la mise en oeuvre de la future taxe carbone préparée par le gouvernement français, mais une chose est sûre : une nouvelle fois, les plus pauvres paieront à la place des vrais responsables de la crise écologique. Le principe est en effet de taxer les énergies fossiles en fonction des gaz à effet de serre qu’émettent leur combustion à hauteur de 32 euros par tonne de carbone dans un premier temps, puis d’accroître progressivement le niveau des prélèvements. Les factures de carburant, de gaz, de fuel et peut-être d’électricité, augmenteront donc à partir de 2010. Le gouvernement tente de faire passer la pilule en promettant un chèque « vert » censé compenser la taxe pour les ménages les plus modestes. Mais la ficelle est grosse. D’une part, cette compensation sera calculée sur les consommations directes d’énergie. Or, si le prix de l’énergie augmente, les prix des biens et des services augmenteront proportionnellement. Le chèque vert ne compensera jamais intégralement ces hausses. D’autre part, ce type de mesure peut prendre fin à tout moment. Aucune garantie n’a été donnée sur la pérennité de ce chèque, et nous pouvons parier qu’il sera de courte durée. Enfin, la baisse des cotisations patronales est déjà programmée, avec ses conséquences prévisibles : aucune embauche, aucune augmentation de salaire, mais une bénédiction pour les profits des grands groupes.
Pourtant, le scandale ne s’arrête pas là. Les principaux émetteurs de gaz à effet de serre dans l’industrie sont déjà soumis au système des droits à polluer échangeables. Ils se voient allouer des quotas carbone qui peuvent être vendus et achetés en Bourse, la loi de l’offre et de la demande fixant le prix « optimum » pour la pollution. Or, les firmes en question seront exonérées de taxe carbone. Alors que le citoyen ou la PME paiera 32 euros à chaque tonne de carbone émise, ces grandes entreprises reçoivent leurs droits à polluer gratuitement. Par exemple, Arcelor-Mittal dispose d’environ 8 millions de quotas par an pour six usines implantées en France, ce qui équivaut à un droit à émettre gratuitement 8 millions de tonnes de carbone. A 32 euros la tonne, le cadeau fait à cette multinationale en l’exonérant de taxe carbone dépasse les 250 millions d’euros par an. Mais ce n’est pas tout. Si ces firmes manquent de droits à polluer, elle les achètent sur le marché où le prix actuel est d’environ 14 euros par tonne, soit moins de la moitié du tarif qui sera appliqué aux particuliers. Enfin, les grands groupes qui ont habilement su pratiquer le lobbying ont obtenu bien plus de quotas qu’il ne leur en fallait. Pour l’année 2008, Arcelor-Mittal disposait d’un excédent de droits à polluer d’un million de tonnes en France. Vendus sur le marché au comptant, ils représentent plus de 15 millions d’euros de bénéfices.
Voilà donc à quoi sert le discours dominant sur l’écologie qui culpabilise le citoyen et sensibilise au problèmes de la planète grâce aux images dépolitisées d’Arthus-Bertrand. A faire accepter des mesures totalement antisociales. L’imposteur Cohn-Bendit, en passe de devenir le meilleur porte-parole du gouvernement, applaudit des deux mains. Il ose même parler de « révolution ». Et tout laisse à penser que nous n’en sommes qu’au début. Grâce à l’argument de la concurrence internationale, les grandes firmes parviendront toujours à éviter la contrainte en Europe tout en redéployant leur activité dans les pays à bas coût de main d’oeuvre. A l’inverse, les petites ou moyennes entreprises et les populations paieront... jusqu’à l’explosion sociale qui pourrait arriver plus vite qu’on ne le pense.
Pourtant, la taxe carbone n’est pas intrinsèquement mauvaise. Elle est comme tous les outils de fiscalité environnementale qui sont utilisés toutes choses égales par ailleurs : injuste et donc inacceptable. Il faut prendre le problème à l’envers. C’est une répartition équitable des richesses qui permettra de promouvoir ou d’exiger des comportements plus écologiques. Il faut taxer le capital et augmenter les revenus du travail avant de mettre en place des contraintes environnementales que les citoyens pourront alors assumer. Pour cela, l’objectif premier doit être de casser le chantage aux délocalisations et de reconstruire une économie locale capable d’amener le plein emploi. Il existe un outil qui permettrait d’y parvenir : le protectionnisme écologique et social. Mais les dizaines d’articles parus récemment dans les médias sur la future taxe carbone ne présentent jamais cette mesure comme un préalable à tout véritable programme de protection de l’environnement. A regarder les profits de multinationales comme Arcelor-Mittal, on comprend très bien pourquoi.
Article publié dans l’Humanité Dimanche, le 27 août 2009.

Le capitalisme vert, fusion entre l’écologie et l’économie capitaliste vient de nous délivrer un exemple typique de ce qu’elle peut transmettre comme idéal ou valeur.
Une entreprise, surfant sur les besoins en économie d’énergie (absolument nécessaire), sur l’économie de marché, le Grenelle de l’Environnement, etc. 1, a inventé une technique permettant au consommateur de restituer au fournisseur officiel (EDF) le « trop plein d’énergie » pour participer à l’équilibre du réseau électrique2.
L’utilisateur (le consommateur) paie le boîtier que lui fourni le fabricant afin d’économiser l’énergie que lui fourni le réseau d’énergie (très bonne idée !).
Le fabricant (du boîtier) (re-)vend à EDF l’électricité ainsi économisée comme source d’énergie et gagne sur deux tableaux.
EDF et la Commission de régulation de l'énergie (CRE) ont dit non : il y a arnaque !
Il est difficile de dire le contraire.
En même temps, la liberté du marché étant décrétée et devant amplifier avec la mise en application du consensus de Lisbonne (une fois que les Irlandais auront ratifié le traité constitutionnel européen, objectif suprême de la commission européenne par les temps qui courent), il est difficile de se plaindre de cette liberté1.
Ce cas, qui deviendra un cas d’école de ce que l’économie verte est capable d’inventer, ne retient en fin de compte qu’un seul financeur : le consommateur final, sans jamais remettre en cause le fonctionnement économique dans lequel nous vivons....et il n’est même pas sûr que la technologie proposée soit source d’économie d’énergie, car le processus de consommation est rendu invisible à l’utilisateur, et tout en lui proposant de diminuer la facture (provisoirement) il lui sera suggéré de se suréquiper sur les économies réalisées.
Dans ce schéma là les économies d’énergies envisagées sont réfléchies pour un accroissement de la consommation.
Il pourrait être étudié une meilleure répartition de l’énergie afin que chacun ait un égal accès.
Pour cela un service public de l’énergie, démocratique, est nécessaire en France (comme dans le monde. Ce devrait être le rôle de l’ONU et des instances internationales) couplé à un service public de l’environnement au service du public et non d’intérêts financiers.
La production d’énergie, source de progrès social, est nécessaire pour le développement des besoins sociaux de la majorité de la population, tout en considérant que l’énergie la moins chère est tout de même celle qui n’est pas consommée.
Dans ce cadre là, c’est bien le processus libéral de production, prenant en otage le consommateur, qui est en cause.
La relocalisation des productions, le rétablissement d’une démocratie locale, le contrôle des flux financiers, le contrôle des énergies par les populations, sont des pistes d’un développement au service du plus grand nombre tout en préservant la santé de notre Terre.
Dominique Mourlane
1 « C'est une décision contraire à la mission de la CRE de servir les intérêts du consommateur, contraire au Grenelle
de l'environnement et contraire aux lois du marché car elle constitue une entrave à la concurrence. »
http://eco.rue89.com/2009/07/19/voltalis-edf-contre-les-economies-denergie?page=1
2 L'électricité ne se stocke pas sur le réseau. Il faut donc à tout instant équilibrer la production d'électricité et la
consommation. http://www.voltalis.com/