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Vendredi 25 juillet 2008 5 25 /07 /Juil /2008 03:21

La mort par le travail


Par
sur Mouvements

TRAVAIL. Dans le cadre des négociations en cours sur « le stress au travail », les syndicats français feraient bien de s’inspirer d’urgence de la lutte menée au Japon par les familles de victimes de mort par surtravail : le karôshi. 18 juin 2008.

Les suicides survenus chez Renault et Peugeot l’an dernier sont à l’origine des négociations en cours sur le « stress au travail » (du 7 avril au 2 juillet 2008). Mais à en juger par le rapport Nasse-Légeron remis au ministre du Travail le 12 mars, la question des suicides causés par le travail risque de se limiter à ceux dont le passage à l’acte se produit sur le lieu de travail. Le Japon offre depuis plusieurs années la possibilité aux familles de victimes de suicides imputés au surtravail (karôjisatsu) une reconnaissance en accident du travail donnant droit à pension, quel que soit le lieu du passage à l’acte. À l’origine de cette reconnaissance, il y a la lutte des familles de victimes des morts par surtravail (karôshi) pour les cas d’accidents ou de maladies cérébro- et cardiovasculaires. Par comparaison, en France, il a fallu attendre 2007 pour qu’un cas d’infarctus du myocarde soit reconnu en accident du travail. Cette situation mérite d’autant plus d’attention que les maladies cérébro- et cardiovasculaires représentent actuellement en France la deuxième cause de mortalité pour les personnes en âge de travailler (24-64 ans), entre les cancers et les suicides, et la première au niveau européen, devant les cancers.

Karôshi, la « mort par surtravail » : une catégorie supramédicale, un mouvement social

D’après les sinogrammes qui la composent, l’expression de karôshi peut se traduire « mort par excès de travail », « mort par surmenage au travail », ou plus simplement « mort par surtravail » une expression déjà présente dans le Capital de Marx, à propos d’une jeune modiste morte d’épuisement à la tâche.

Au Japon, la première occurrence de karôshi remonte aux années soixante. Mais c’est surtout à partir des années 1980 que le terme a été popularisé par quelques médecins, bientôt rejoints par des avocats et des familles de victimes. En 1978, le docteur Tetsunojô Uehata présente huit cas d’accidents cérébro-vasculaires et neuf arrêts cardio-pulmonaires au congrès annuel de médecine du travail regroupée sous le titre de karôshi. Cette communication vaudra à son auteur la paternité de l’expression, bien que l’auteur lui-même s’en défende, expliquant qu’elle lui avait été suggérée par les familles de victimes.

Quatre ans plus tard, Uehata publie avec deux collègues une première synthèse de leur expérience, à l’appui de nombreux cas cliniques. Selon eux, l’expression de karôshi est calquée sur celle de karôbyô, « maladies du surtravail », qui avait cours en milieu ouvrier dans les années soixante pour désigner les douleurs articulaires, lombaires, etc. S’ils reprennent le terme de karôshi, c’est à la fois pour se faire comprendre des familles de victimes, et par un choix lexical délibéré pour susciter une large prise de conscience du phénomène dans l’espace public. Dans la foulée de ces publications médicales, un réseau de syndicalistes et d’avocats se met en place, au début dans la région d’Osaka, puis à Tokyo, et progressivement à travers tout le pays. Ils apportent leurs conseils pour porter en justice les cas refusés par le Bureau du travail qui statue sur les demandes de reconnaissance en accidents du travail et maladies professionnelles [1]].

En effet, depuis 1961, les arrêts vasculaires cérébraux et les infarctus du myocarde peuvent, théoriquement du moins, prétendre à une reconnaissance en accident du travail. En 1987, en réponse au mouvement social naissant, les maladies cérébro et cardiovasculaires sont également introduites dans le régime d’indemnisation des maladies professionnelles ; la même année, le ministère de la Santé commence à publier les premiers cas reconnus. Il faudra attendre encore dix années pour connaître également le nombre de demandes déposées, ce qui permettra d’accroître la pression sur l’administration afin de réduire le taux de refus.

En 1988, un groupe d’avocats met en place un numéro d’appel, « Karôshi 110 », d’abord à Osaka puis au niveau national qui, après la parution d’un ouvrage collectif en 1989, suscite l’attention des médias et oblige le gouvernement japonais à réagir. Traduit en anglais l’année suivante, ce livre connaît un retentissement international [2]. En retour, questionnés par leurs confrères étrangers, les médecins japonais sont incités à publier leurs travaux en anglais.

Certains médecins insistent sur les horaires de travail élevés au Japon et la soumission des salariés à ces horaires - y compris les heures supplémentaires non ou partiellement payées- pour des motifs culturels ou conjoncturels. La plupart tentent de mesurer le plus objectivement possible l’impact de la surcharge horaire de travail sur les accidents et maladies cérébro et cardiovasculaires. D’autres enfin, souvent des médecins du travail plus liés aux industriels, s’efforcent de minimiser l’impact du facteur travail dans la survenue de ces accidents et maladies, en niant de surcroît une quelconque validité scientifique au terme de karôshi.

Dans les articles qui plaident en sa faveur, le concept de karôshi est étendu à d’autres contextes socioculturels que le Japon, en affinant le modèle de Karasek sur l’écart entre travail prescrit et latitude pour le réaliser. Il ne s’agit plus seulement de mesurer l’impact objectif de la surcharge horaire, mais d’apprécier aussi les conséquences psychosomatiques du processus de travail, ce qui rejoint les travaux de l’école française de psychologie et psychodynamique du travail. Cependant, le temps de travail objectif est lui-même l’objet de controverse par un hiatus entre-temps de travail prescrit et temps de travail réel : ce qui est pris en compte dans le calcul des heures, où et quand s’arrête le temps de travail.

Dans un contexte de crise économique, l’année 1995 voit la première hausse significative du nombre de personnes reconnues en maladies professionnelles pour infarctus et embolies cérébrales, passant de moins d’une dizaine de cas à quatre-vingt-un. En 2001, le gouvernement a assoupli les critères de reconnaissance, mais de manière plus quantitative, impliquant dorénavant de prouver un total de plus cent heures supplémentaires dans le mois qui précède la survenue de la maladie (ou de la mort), ou bien une moyenne de 80 heures et plus durant les six derniers mois. Le nombre de cas admis est alors monté à 150, pour doubler l’année suivante autour de 300, un chiffre qui reste stable depuis malgré l’augmentation des demandes jusqu’en 2006 (encore plus de 900 l’an dernier). À partir de 2002, les statistiques font également apparaître les cas mortels, c’est-à-dire les karôshi

stricto sensu.

Karôjisatsu, le suicide par surtravail

Autre conséquence possible d’une crise économique et financière aggravée, en 1999, le nombre annuel de suicides au Japon est redevenu un des plus élevés au monde. En 1998, Hiroshi Kawahito, un avocat à l’initiative du numéro d’appel « Karôshi 110 », publie un livre sur le karôjisatsu, « suicide par surtravail », qui devient rapidement un best-seller. Le terme de karôjisatsu qui sera également repris dans la littérature médicale regroupe à la fois les suicides attribués au contexte professionnel, et en amont du suicide, le vaste champ des troubles psychologiques. Malheureusement pour les intéressés, cela s’est fait sur la base très restrictive de la nosographie ICD-10 (International Classification of Diseases) de l’OMS. D’inspiration comportementaliste, sa méthodologie exclut des approches plus fines comme la psychodynamique du travail. Ceci explique le taux très élevé de demandes refusées. Ce système a toutefois le mérite d’exister ; en Europe, à l’exception de la Suède, très peu de pays permettent pour l’instant une reconnaissance des troubles psychopathologiques en maladie professionnelle.

Pour le professeur Uehata qui a mis en place une association afin d’assurer un premier conseil médical aux familles de victimes de karôshi et karôjisatsu [3]], le problème est loin de se limiter aux seuls accidents et maladies cérébro et cardiovasculaires pour ce qui concerne le karôshi, et les troubles mentaux entraînant un suicide. L’aspect quantitatif du volume horaire, le surtravail proprement dit, reste une donnée objective très importante. Mais il conviendrait aussi d’appréhender plus avant la pathogenèse des aspects qualitatifs, organisationnels ou structurels du travail et de l’emploi, ce que résume bien en français l’expression de « maltravail ». Au Japon, quoique réducteur, le biais du dénominateur commun de surtravail (karô) a cependant permis d’identifier plus vite qu’ailleurs la part du facteur travail dans la morbidité et la mortalité cérébro et cardiovasculaires d’une part (karôshi), les troubles psychologiques et les suicides d’autre part (karôjisatsu).

Même si le problème est loin d’être réglé compte tenu des enjeux socioéconomiques et du rapport de force globalement défavorable pour les travailleurs, la traduction effective de ces expressions « paramédicales » de karôshi et karôjisatsu par le système public d’indemnisation peut être considérée comme une victoire du mouvement social et syndical au Japon. En France et en Europe, cette expérience est vraiment digne d’intérêt pour tous ceux qui tiennent à préserver le système solidaire de sécurité sociale (les syndicats, la société civile et la « main gauche de l’État »). Et ce d’autant plus que de leur côté, les entreprises continuent de s’inspirer de nouvelles organisations industrielles comme le système Toyota, sans se préoccuper de leur impact sur la santé publique, ou pire, en travestissant cet impact par le biais d’une gestion interne on ne peut moins transparente.

Un cas emblématique chez Toyota

Comme l’explique avec humour un OS de Peugeot-Sochaux : « Pijo avait chargé une clique de techniciens d’imposer le management sauce nippone dans ses usines françaises. (…) On s’appelle par notre prénom. On réfléchit ensemble afin que l’usine produise toujours davantage. Mais on est en rivalité constante avec le plus proche collègue, l’équipe voisine, la chaîne d’à côté. (…) Ce dont Peugeot ne nous parle pas, c’est du karoshi. » [4]

Le 30 novembre 2007, Hiroko Uchino, la veuve d’un salarié de Toyota à Nagoya a gagné le procès qui l’opposait à l’inspection du travail. Ken’ichi, son mari, est mort brusquement d’un infarctus du myocarde en 2002 à l’usine. Il avait tout juste 30 ans. Par sa position intermédiaire d’« expert », un statut ambigu entre celui de group leaderteam leader (chef d’équipe), il était astreint à de nombreuses heures supplémentaires non comptabilisées en tant que telles. Néanmoins son épouse a pu établir que dans les trois mois précédant sa mort, il avait effectué un total de 255 heures supplémentaires, ce qui fait environ 4 heures 20 par jour ouvré. D’après la loi japonaise, cette charge horaire dépasse largement le nombre d’heures permettant aux ayants droit une reconnaissance en accident du travail (supra). Mais l’entreprise et l’inspection contestaient ce chiffre, refusant d’intégrer les temps de réunions et des diverses activités lui incombant, y compris les heures effectuées pour les cercles de qualité. Suite à cette décision judiciaire, et après une entrevue en décembre avec le ministre de la Santé et du Travail, le 7 mars 2008, Mme Uchino a finalement obtenu gain de cause du Bureau du travail de la ville de Toyota. Revenant sur sa décision, celui-ci admettait enfin la mort de son mari en accident du travail. À l’issue de cette décision et du débat qu’il a soulevé à l’échelon national, la direction de Toyota vient récemment (22 mai 2008) d’accepter d’inclure les temps de réunion consacrés aux cercles de qualité ; d’autres entreprises s’apprêtent à faire de même. (contremaître) et celui de

Tous les maux du travail ne proviennent bien sûr pas du seul toyotisme. Mais tant que les entreprises ne seront pas tenues de publier leurs chiffres (une question essentielle par rapport au « trou de la Sécu »), et tant qu’une pression maximum sera exercée sur les employés pour ne pas faire une demande de réparation en accident du travail ou maladie professionnelle, il sera très difficile de comparer le caractère pathogène de telle ou telle organisation du travail (le toyotisme ou autre). On pourrait d’ailleurs se demander s’il y a des alternatives au toyotisme aujourd’hui, tant ce système de production est devenu la référence de tous les industriels bien au-delà du seul secteur automobile, par le biais des nombreux cabinets de conseil qui proposent d’appliquer ces méthodes à tous les secteurs d’activité.

Conclusion

La lutte pour la reconnaissance menée au Japon par les associations de victimes de mort et suicides par surtravail, karôshi et karôjisatsu, pourrait servir de référence pour la France, en veillant à ne pas se limiter aux cas survenus sur le lieu de travail. Il conviendrait aussi de placer ces morts brutales sur un continuum pathologique résultant à la fois du surtravail et du « maltravail », depuis les « infrapathologies » ou signes précoces que constituent les maladies de peau, les troubles digestifs et les insomnies jusqu’aux accidents cérébro et cardiovasculaires et les suicides, en passant par les troubles musculo-squelettiques, les cancers, les pneumoconioses, etc.

Par Dominique - Publié dans : -*- goudouly
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Jeudi 24 juillet 2008 4 24 /07 /Juil /2008 03:53

CEPRID
Sur Le Grand Soir 


L’Empire yankee et l’Agence Centrale d’Intelligence (CIA), l’USAID, l’Institut Républicain International (IRI), l’Institut Démocratique National (NDI) et d’autres institutions nord-américaines spécialisées dans la subversion, actions séparatistes et déstabilisation de gouvernements cohabitent publiquement pour conspirer avec les oligarchies boliviennes et leurs organisations de droite fascistes comme le Comité Civique et l’Union Juvénile de santa Cruz, afin de renverser le gouvernement de Evo Morales et créer ainsi des petites républiques in-dépendantes qui serviraient les classes dominantes et les intérêts géopolitiques des États-Unis et les transnationales qui ont pillé les ressources naturelles des Départements de Santa Cruz de la Sierra, Beni, Pando, Tarija et Cochabamba.

L’obscure CIA qui cherche l’anti patrie, la trouve chez les oligarchies et dans les grandes entreprises de communication sociale, leurs alliés naturels pour renverser les gouvernements progressistes et démocratiques qui sont dangereux pour les objectifs de domination impériale. En Bolivie. La CIA est entrée dans l’étape finale de « l’Opération Demi Lune » qui a comme objectif final de concrétiser les plans séparatistes qui veulent achever d’étouffer le gouvernement d’Evo Morales.

Les plans de la CIA et des autres entités états-uniennes sont exécutés, à La Paz, sous le contrôle direct de l’Ambassadeur Philip Goldberg, qui s’est spécialisé dans les affaires de déstabilisations dont il a acquit une longue et extraordinaire expérience lors de la séparation et l’éclatement de la Yougoslavie et dans la proclamation du Kosovo comme nouvel État qui est devenu une immense base militaire et politique des Etats-Unis, dans la zone conflictuelle et stratégique des Balkans. Pour son « travail » en Bolivie, Goldberg a été proposé à la récompense du prix « Diplomatie pour la Liberté » qui est offert par le Département d’État aux fonctionnaires qui ont accompli avec succès les projets dessinés par la Maison Blanche, le Secrétariat de la Sécurité Nationale, le Pentagone et la CIA.

« L’Opération Demi Lune » a pour but de renverser Evo Morales, premier Président indigène de Bolivie. En référence a l’accusation de Pablo Estefanía, fondée sur les déclarations d’une personne de l’opposition « déçue » et des plans de déstabilisation de la CIA contre la Bolivie. L’informateur affirme que la CIA a établi des alliances économiques et politiques avec les oligarchies et l’opposition radicale dans les droites, parmi lesquelles certaines sont d’essence fasciste. Dans leurs plans, la CIA n’est pas embarrassée qu’il advienne des actions violentes et qu’elles puissent causer la mort de centaines de boliviens indiens, la mort n’a pas d’importance parce que le séparatisme dirigé par les « blancs » a des racines profondes dans la discrimination raciale qui a stimulé la haine pathologique vers tout ce qui se rapporte à l’indien.

La CIA avait débuté ses activités déstabilisatrices et séparatistes avec une étude détaillée large et profonde, de la situation politique bolivienne et s’était infiltrée dans les partis et les mouvements sociaux qui appuient Evo Morales, ensuite elle s’est concentrée dans les oligarchies et les partis politiques de l’opposition. Dans la première phase, elle a recouru, également, aux moyens de communication sociale afin de provoquer une guerre médiatique contre le Gouvernement légitimement constitué. À travers les entreprises de communication dans les mains des secteurs dominants, grâce à des techniques de guerre psychologiques, elle a effectué une guerre sale en diffusant toute sorte de rumeurs, de mensonges, d’exagérations et des dommages au moyen de manipulation, déformation et désinformation. Elle a visé ainsi à tromper la population indigène et blanche-métisse qui soutient Evo Morales.

Dans la seconde étape, la CIA s’est concentrée profondément dans les secteurs de l’opposition et dans les oligarchies. Elle avait organisé des liens très forts avec chaque secteur afin d’attiser la haine envers l’indien Président, et exaspérer les classes dominantes qui furent persuadées que seul, leur profil, correspondait pour gouverner la Bolivie. Dans cette phase, la CIA a eu recours à l’USAID et à d’autres institutions états-uniennes comme le IRI et le NDI afin qu’avec leurs programmes elles convergent vers les plans séparatistes et déstabilisateurs, dans lesquels elles possèdent une grande spécialisation. Dans cette étape, l’USAID a financé le voyage aux Etats-Unis, des Préfets de Santa Cruz, Tarija, Cochabamba et Beni. À travers les institutions états-uniennes, spécialement l’USAID, la CIA a obtenu toutes sortes d’appuis et, particulièrement, financier, aux processus d’autonomie séparatiste des Départements pour lesquels les préfets ont menés campagne tous frais payés.

L’ingérence de l’empire dans les affaires intérieures de la Bolivie, atteint un cynisme et une impudence jamais égalés. En collaboration avec la grand presse et ses agences internationales attelées au capital transnational, ils provoquent le mouvement séparatiste et recourent au fur et à mesure à d’autres organisations étrangères comme c’est le cas pour la « colonie croate en Bolivie » qui représente un secteur blanc – élitiste empreint d’une tendance fasciste et, par conséquent, des politiques de l’extrême droite qui s’expriment dans une féroce opposition à Morales. Le groupe croate est composé, entre autres, par les séparatistes Marincovich, Radich, Culhis, Tadich, Acaminivich, Matcovich, Petrachevich, Sitich. Ces secteurs croates avaient été expulsés de la Yougoslavie et recrutés par la CIA qui les aida à s’insérer en Bolivie, par le biais de résolutions des dictateurs boliviens au service de Washington.

La nation camba

Les croates, unis à des immigrants espagnols, allemands et même libanais forment ce que l’on nomme la « nation camba » qui est un paradis pour les droites extrémistes et les fascistes blancs. Les dictateurs avaient protégé ces criminels nazis qui arrivèrent en Bolivie, de même que la mafia italienne, dont les descendants sont maintenant les leaders du séparatisme qui, s’il triomphait, leurs procurerait d’immenses fortunes, s’accaparant les terres et les riches commerces des hydrocarbures. Le sénateur vénézuélien Carlos Wimmer a affirmé que ces secteurs sont ceux qui « nourrissent en armement ces groupes fascistes, comme l’Union Juvénile de Santa Cruz, coordonnée par des groupes nazis qui se constituent en paramilitaires ».

La grand presse bolivienne, états-unienne et internationale, en hommage à la liberté d’expression de la pensée et du droit à l’information des peuples, taisent et occultent la présence effective de militaires séparatistes qui bénéficient de conseil, d’entrainement et d’appui direct de militaires professionnels du Brésil et de Colombie. Ainsi, le séparatiste Comité Civique de Santa Cruz, dirigé par le croate Branco Marincovich compte sur l’appui de l’empire de Bush, de la CIA, des néonazis, des mafiosi et des transnationales parmi lesquelles : Repsol, Chaco, Andina, Transredes.

La CIA fut spécialement prudente au moment d’établir des liens avec la jeunesse oligarchique de Santa Cruz et des autres Départements séparatistes. Au moyen de l’USAID, elle offrit l’aide et la collaboration a un Centre de l’Université San Xavier, programmé pour diriger les manœuvres pour la prise des terres et des ressources naturelles, elle finança et dirigea l’entrainement et la formation des groupes juvéniles de Santa Cruz qui créèrent ensuite l’Union Juvénile Cruceñista [de Santa Cruz], groupe paramilitaire fasciste qui le 4 mai, le jour du référendum séparatiste, avait organisé plusieurs affrontements violents contre les secteurs populaires comme le Plan Tres Mil de Santa Cruz, opposé au processus oligarchique. Ce groupe de l’Union Juvénile utilise les symboles et les couleurs de l’Allemagne fasciste d’Hitler et a été entrainé à des stratégies et des tactiques militaires. L’empire et la CIA, n’auront apparemment aucun scrupule éthique pour liquider le gouvernement socialiste d’Evo Morales.

La CIA achève ses travaux en couverture. Dans la phase suivante de « l’Opération Demi Lune » elle a travaillé intensément sur une série d’opérations psychologiques destinées à saturer le pays de propagande négative, exécuter la guerre médiatique pour exacerber les sentiments séparatistes fondés sur la plus aberrante haine raciale. Le comble du cynisme fut atteint par le recrutement d’un étudiant de la Fondation Fullbright afin qu’il localise les cubains et les vénézuéliens en Bolivie. Le jeune dénonça ce fait et l’Ambassadeur Goldberg dut faire des excuses au gouvernement d’Evo Morales. La CIA entrera en phase finale par le recrutement d’officiers des Forces Armées et de la Police de Bolivie pour qu’ils prennent la tête d’un soulèvement armé qui destituera Evo Morales.

La CIA coordonne les activités opposées à Evo Morales à l’intérieur de la Bolivie et à l’étranger. Ainsi la Chambre Bolivienne-Américaine de Commerce dont le siège est New York finance une partie des projets séparatistes des Préfets de Santa Cruz, Beni, Pando, Cochabamba et Tarija. « L’Opération Demi Lune » doit se conclure avec succès au mois de juin de cette année, mais elle pourrait aller jusqu’au mois d’août, mois où va s’effectuer le référendum révocatoire. Dans ce processus la guerre médiatique va se poursuivre avec l’usage intensif de toutes les stratégies et techniques de la guerre psychologique dont la CIA est spécialiste et qui est souvent utilisée dans tous les coins du monde. L’autre stratégie utilisée par la CIA dans ses opérations cachées est celle de « diviser pour régner. Actuellement elle se donne du mal pour créer des divisions entre les Forces Armées et Policières loyales envers le Gouvernement d’Evo Morales.

Dans le secteur civil, en plus des référendums, la CIA prépare le terrain pour provoquer le mécontentement populaire si elle parvient au succès de ses plans de déstabilisation économique, qui créeront le chaos et provoqueront la paralysie du pays avec l’aide des grèves, chômage, manifestations de protestation et d’appui, des marches, des blocages de routes et l’occupation de terres par des indigènes pauvres. Tout le plan est financé par les oligarchies et l’Ambassade des Etats-Unis en Bolivie, au point qu’Ammy Webber, citoyenne yankee, n’a pas caché sa participation comme conseillère de l’opposition à Santa Cruz de la Sierra. La tête visible de l’opposition séparatiste est composée par Manuel Jesús Suárez Ávila qui a été secrétaire particulier de Sánchez de Lozada, le fatidique Goni, Juan Manuel Arias, représentant de l’oligarchie de Santa Cruz, le Président du Sénat majoritaire à l’opposition, Oscar Ortiz et rien de moins que cet autre états-unien : James Carville, le fameux publiciste.

La CIA est à son comble et elle se promène en Bolivie malgré qu’Evo Morales avait dénoncé publiquement qu’il avait démantelé en 2006, une agence maintenue par la CIA dans le propre Palais du Gouvernement. Le Président Evo Morales avait dit : « Après deux ou trois mois (d’avoir assumé la Présidence) nous nous apercevons que dans le Palais il y avait une agence de la CIA à la charge d’un ex général de la Police ». La CIA est audacieuse et la CIA ne pardonne pas, d’où ses efforts désespérés d’en finir avec le Président Morales, seulement cette fois-ci, les plans de la CIA sont condamnés à l’échec parce que la Bolivie et Morales comptent avec l’appui de la majorité du peuple bolivien et avec la solidarité combative de l’immense majorité des peuples latino-américains.

La conjuration oligarchique

La sécession, le séparatisme, l’autonomie ne méritent seulement que répudiation de la part de tous les peuples libres et démocratiques de notre Patria Grande : l’Amérique Latine. Dans le document Bolivie : la conjuration oligarchique, diffusée dans Rebelión et le Réseau Voltaire, il est affirmé : « Sous le caractère de l’illégalité, et à travers des recours frauduleux et antidémocratiques, les autorités oligarchiques de la province de Santa Cruz de la Sierra, Bolivie, ont réalisé un référendum pour faire approuver un « statut autonomique » aberrant, qui stipule que le gouvernement central devrait transférer ses facultés souveraines à l’administration locale : parmi les 44 compétences que les gouvernants de Santa Cruz voudraient s’approprier, on souligne l’administration des ressources naturelles, la gestion fiscale, la répartition agraire, le contrôle du transport routier, ferroviaire, aérien et fluvial, la direction des télécommunications et jusqu’au contrôle aérien au moyen de radars, ainsi que la sécurité de l’ordre public, qui dans le droit constitutionnel bolivien est dépendant du gouvernement central. Pour le dire brièvement, le projet des oligarques de Santa Cruz n’est pas autonomique mais sécessionniste, et il implique un processus de désintégration de la nation, comme aucun autre statut d’autonomie dans le monde ne l’a planifié, sauf peut-être ceux qui ont été réalisés par les régions irakiennes kurdes et chiites sous l’occupation militaire des Etats-Unis.

Le président Evo Morales a hautement rejeté le référendum oligarchique de Santa Cruz et a été emphatique en soutenant que c’est le gouvernement états-unien qui est à la tête de la conspiration, on s’est rendu compte que c’est à partir de Washington qu’est venu l’encouragement du prétendu statut autonomique de Santa Cruz, afin de négocier avec l’oligarchie locale l’accès aux gisements de pétrole, de gaz et des ressources hydriques de la région.

De son côté, Emir Sader, soutient : « Aujourd’hui, une des modalités qui renferme le racisme, c’est le séparatisme, les tentatives de délimiter les territoires de la race blanche, en s’appropriant et privatisant les richesses qui appartiennent à la nation et à son peuple. Nous connaissions déjà ces intentions sous la forme des quartiers riches qui cherchaient à se définir en tant que municipalités, afin que la part des impôts prélevée obligatoirement de leurs immenses richesses, reste dans leur escarcelle pour augmenter les bénéfices de leurs quartiers retranchés, derrière lesquels ils cherchaient à isoler et défendre avec une sécurité privée, évidemment, leurs styles de vie privilégiés ».Sader dénonce que le référendum séparatiste est une expression oligarchique, raciste et économique car ils veulent garder l’usufruit des richesses de Santa Cruz pour leur propre bénéfice et parce que les oligarques veulent, en plus, empêcher que le gouvernement d’Evo Morales poursuive son processus de réforme agraire et qu’il l’étende à tout le pays. L’oligarchie des propriétaires terriens, cherche à se réserver le droit de disposer de la concentration des terres dans leurs provinces, pour continuer d’exporter du soja transgénique et pour accumuler les richesses, non pas pour le pays et le peuple bolivien, mais seulement pour elle seule. Il soutient que le projet d’autonomie est raciste parce que leur presse oligopole ne cache pas leurs préjugés contre les indigènes, contre Evo Morales. Elle ne laisse pas opposer à sa race blanche la grande majorité du peuple bolivien, celui qui a été séculairement exploité, discriminé, opprimé, humilié.

On peut évaluer qu’entre 55% et 60% de la population de la Bolivie est indigène : quechuas et aymarás sont une majorité d’un conglomérat où vivent d’autres groupes comme les chiquitanos, guaraníes, ayoreos, guarayos, pausernas, chiriguanos et d’autres minorités ethniques. Malgré la majorité indigène, se sont les blancs et les blancs-métis qui ont dominé pendant 500 ans, ceux-là mêmes qui, naturellement, n’aiment pas qu’un indigène soit Président de la République et encore moins que se soit un indigène qui ait commencé à arracher les privilèges ataviques. C’est dans cette réalité que se trouve la genèse de la haine du blanc-métis envers l’indigène Président, de même que dans la situation économique qui change radicalement avec la nationalisation des hydrocarbures et des ressources naturelles. Les oligarchies boliviennes, fidèles à leurs commerces avec les transnationales veulent des républiques qui leur soient propres, afin que les riches ressources des hydrocarbures, du bois et de la métallurgie soient dans leur propriété privée et non dans la propriété du peuple dans son ensemble.

À ce sujet, Fernando Bossi, haut dirigeant du Mouvement Bolivien des Peuples soutient : « En premier l’argent, ensuite l’étain, plus tard le gaz et le pétrole, les ressources naturelles ont toujours été pillées, durant 500 ans par l’oligarchie en complicité tour à tour avec les empires (Espagne, Angleterre et Etats-Unis). C’est sur ce chemin de l’exploitation et de la violation, devant la poussée féroce de l’oligarchie chilienne que la Bolivie perdit sa sortie vers la mer. Ensuite ce fut une guerre sanglante contre le Paraguay, guerre inventée par les entreprises pétrolières Standard Oil (l’actuelle Exxon des Etats-Unis) et la Shell (Angleterre). Plus de 200.000 morts entre paraguayens et boliviens ont faits couler leur sang sur le territoire inhospitalier du Chaco, où les entreprises impérialistes pensaient trouver du pétrole ».

Le pétrole a toujours été la cause originelle de l’empire et des oligarchies. C’est pour cela qu’elles ont choisi Santa Cruz comme base de leurs opérations contre le gouvernement d’Evo Morales. Santa Cruz de la Sierra qui avec les départements de Tarija, Pando et Beni forment la Media Luna [Demi Lune] limitrophe avec le Paraguay. C’est le nom qu’a choisi la CIA pour développer son opération de déstabilisation et séparatiste, parce que cette Demi Lune concentre toute la richesse du pays : hydrocarbures, élevage, agriculture et bois. 44% du PIB de toute la Bolivie est réalisé dans cette région, selon Bossi.

« Le prétexte pour renverser le gouvernement d’Evo, est alors, le thème des autonomies, ce qui veut dire : ne pas se laisser gouverner par les indiens de l’ouest. Si le pays n’est plus à nous – analysent-ils – nous nous séparons et construisons notre propre pays, L’Altiplano [les hauts plateaux] pauvre à l’Ouest pour les indiens, et pour nous l’Est riche et vigoureux. Cette idée est étayée en permanence à partir de l’Ambassade des Etats-Unis et de la Confédération Internationale pour l’Autonomie Régionale, CONFILAR, une espèce d’internationale latino-américaine qui noyaute les principaux représentants des oligarchies, de Zulia au Venezuela, de Guayaquil en Équateur et de Santa Cruz en Bolivie » informe Fernando Bossi dans son essai sur la situation autonomique de Santa Cruz.

Le président Evo Morales a exprimé dans ses courageuses dénonciations, que devant l’OEA, l’Ambassadeur des Etats-Unis se fait le défenseur de la séparation des départements boliviens. Les Etats-Unis dirigent la conspiration, et devant l’OEA l’Ambassadeur a été ravi de la division de la Bolivie. Evo avait dénoncé également, que l’Ambassadeur a célébré les manœuvres anticonstitutionnelles et a aidé les groupes de pouvoir qui ne veulent pas l’égalité pour nos peuples.

Le Président de la République de Bolivie, Evo Morales, a exprimé avec patience et sagesse : « Parlons d’autonomie, non pas pour l’oligarchie, mais pour les peuples avec qui nous luttons. Ces groupes (séparatistes) qui viennent de perdre leurs privilèges, ont été depuis longtemps dans le Palais, ils ont gouverné et ont permis que l’on pille notre pays, nos ressources naturelles, y compris les ressources de base, de même que la privatisation de nos entreprises, et maintenant ils envisagent de nouveau ce système qui démontre son véritable intérêt : Le contrôle économique ».

tribunalpazecuador@yahoo.com

CEPRID

Traduction : Esteban

Par Dominique - Publié dans : -*- goudouly
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Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /Juil /2008 03:23


La vie des autres...avec EDVIGE



Signer la pétition "L’honneur perdu d’Edwige" : ici

Un décret publié le 1er juillet 2008 au Journal officiel institue un nouveau fichier dénommé EDVIGE, organisant le fichage généralisé et systématique de « toutes personnes âgée de 13 ans et plus » «ayant sollicité, exercé ou exerçant  un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle  institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». En clair, tous  les citoyens ayant un jour souhaité s’investir pour leur cité.

Il est également prévu de ficher tout individu, groupe ou organisation dont l’activité est susceptible de troubler l’ordre public et de permettre aux services de police d’effectuer des enquêtes administratives pour l’accès à certains emplois ou à certaines missions, sur la base des éléments figurant dans le fichier EDVIGE.

L’enregistrement des données à caractère personnel n’a aucune limite, ni dans  le temps ni dans son contenu, puisque pourront être répertoriées toutes les informations relatives aux fréquentations, au comportement, aux déplacements,  à l’appartenance ethnique, à la vie sexuelle, aux opinions politiques,  philosophiques et religieuses, au patrimoine, au véhicule etc….

Si le décret du 14 octobre 1991 permettait déjà aux Renseignements Généraux de récolter et détenir des informations sur les personnes majeures impliquées dans le débat public, EDVIGE étend considérablement le champ des données collectables, comme les motifs justifiant le fichage.

En effet, il s’agit aujourd’hui d’informer le gouvernement sur des individus engagés et non plus de lui permettre d’apprécier une situation politique économique ou sociale.

Malgré les recommandations du Conseil de l’Europe et les nombreuses réserves de la CNIL concernant ce fichier, le gouvernement fait le choix d’adopter un mode de recensement des populations particulièrement attentatoire aux libertés et au respect de la vie privée.

De même que la rétention de sûreté a vocation à prévenir d’un crime hypothétique, EDVIGE pourra avoir vocation à se prémunir contre toute forme d’opposition.

En effet, comment ne pas rapprocher EDVIGE (on s’interrogera au passage sur le choix d’un prénom féminin) d’un contexte autoritaire plus global qui remet en cause l’indépendance des médias, comme celle de la Justice, et qui mène une lutte permanente contre les acteurs du mouvement social ?

Cette dimension nouvelle du fichage politique introduit, au prétexte toujours bien commode de l’ordre public, un moyen puissant de dissuasion de toute forme de contestation ou d’opposition citoyenne.

Le Syndicat de la magistrature appelle à la mobilisation contre la mise en place de ce fichier d’inspiration anti-démocratique et examinera toute forme d’action juridique pour empêcher sa mise en oeuvre.




Décret n° 2008-632 du 27 juin 2008 portant création d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « EDVIGE »

NOR: IOCC0815681D

Le Premier ministre,

Sur le rapport de la ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales,

Vu le code de procédure pénale, notamment son article 777-3 ;

Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, notamment son article 26 (I à III) ;

Vu le décret n° 85-1057 du 2 octobre 1985 modifié relatif à l'organisation de l'administration centrale du ministère de l'intérieur et de la décentralisation, notamment son article 12 ;

Vu le décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l'application du I de l'article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ;

Vu l'avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés en date du 16 juin 2008 ;

Le Conseil d'Etat (section de l'intérieur) entendu,

Décrète :

Art. 1

Le ministre de l'intérieur est autorisé à mettre en œuvre un traitement automatisé et des fichiers de données à caractère personnel intitulés EDVIGE (Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale) ayant pour finalités, en vue d'informer le Gouvernement et les représentants de l'Etat dans les départements et collectivités :

1. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif, sous condition que ces informations soient nécessaires au Gouvernement ou à ses représentants pour l'exercice de leurs responsabilités ;

2. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ;

3. De permettre aux services de police d'exécuter les enquêtes administratives qui leur sont confiées en vertu des lois et règlements, pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées.

Art. 2

Conformément aux dispositions de l'article 6 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, et dans la stricte mesure où elles sont nécessaires à la poursuite des finalités mentionnées à l'article 1er du présent décret, les catégories de données à caractère personnel enregistrées dans le traitement mentionné à l'article 1er et concernant des personnes physiques âgées de treize ans et plus sont les suivantes :
- informations ayant trait à l'état civil et à la profession ;
- adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques ;
- signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement ;
- titres d'identité ;
- immatriculation des véhicules ;
- informations fiscales et patrimoniales ;
- déplacements et antécédents judiciaires ;
- motif de l'enregistrement des données ;
- données relatives à l'environnement de la personne, notamment à celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle.

Les données collectées au titre du 1 de l'article 1er du présent décret ne peuvent porter ni sur le comportement ni sur le déplacement des personnes.
Le traitement peut enregistrer des données à caractère personnel de la nature de celles mentionnées à l'article 8 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée. Celles de ces données autres que celles relatives aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou à l'appartenance syndicale ne peuvent être enregistrées au titre de la finalité du 1 de l'article 1er que de manière exceptionnelle.
Il est interdit de sélectionner une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules informations.
Le traitement ne comporte pas de dispositif de reconnaissance faciale à partir de la photographie.
Les données concernant les mineurs de seize ans ne peuvent être enregistrées que dans la mesure où ceux-ci, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.
Les données collectées pour les seuls besoins d'une enquête administrative peuvent être conservées pour une durée maximale de cinq ans à compter de leur enregistrement ou de la cessation des fonctions ou des missions au titre desquelles l'enquête a été menée.

Art. 3

Dans la limite du besoin d'en connaître, sont autorisés à accéder aux informations mentionnées à l'article 2 :
les fonctionnaires relevant de la sous-direction de l'information générale de la direction centrale de la sécurité publique, individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur central de la sécurité publique ;
les fonctionnaires affectés dans les services d'information générale des  directions départementales de la sécurité publique ou, à Paris, de la préfecture de police, individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur départemental ou, à Paris, par le préfet de police.
Peut également être destinataire des données mentionnées à l'article 2, dans la limite du besoin d'en connaître, tout autre agent d'un service de la police nationale ou de la gendarmerie nationale, sur demande expresse, sous le timbre de l'autorité hiérarchique, qui précise l'identité du consultant, l'objet et les motifs de la consultation.

Art. 4

Le traitement et les fichiers ne font l'objet d'aucune interconnexion, aucun rapprochement ni aucune forme de mise en relation avec d'autres traitements ou fichiers.

Art. 5

Conformément aux dispositions prévues à l'article 41 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, le droit d'accès aux données s'exerce auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. Le droit d'information prévu au I de l'article 32 et le droit d'opposition prévu à l'article 38 de la même loi ne s'appliquent pas au présent traitement.

Art. 6

Sans préjudice de l'application de l'article 44 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, le directeur général de la police nationale rend compte chaque année à la Commission nationale de l'informatique et des libertés de ses activités de vérification, de mise à jour et d'effacement des informations enregistrées dans le traitement.

 Art. 7

Le présent décret est applicable sur tout le territoire de la République.

Art. 8

Le présent décret entre en vigueur le jour de l'entrée en vigueur du décret n° 2008-631 du 27 juin 2008 portant modification du décret n° 91-1051 du 14 octobre 1991 relatif aux fichiers gérés par les services des renseignements généraux et du décret n°2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l'application du I de l'article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978.

Art. 9

La ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales est chargée de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait à Paris, le 27 juin 2008.

François Fillon

Par le Premier ministre :

La ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales,

Michèle Alliot-Marie
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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /Juil /2008 03:16


DECLARATION DE LA COORDINATION POPULAIRE COLOMBIENNE A PARIS


Ingrid Bétancourt est libre. La Coordination populaire colombienne (CPCP) à Paris s'en  réjouit pour elle, pour sa famille, ses amis, et tous les comités qui l'ont soutenue. C'est un épilogue heureux après plus de six ans d'attente.

Le peuple colombien est toujours otage.

Le « triomphe » des militaires et du gouvernement d'Uribe n'est pas une bonne nouvelle pour nous : C'est une légitimation de la logique guerrière et des pratiques totalitaires. Une bulle médiatique de plus qui permet
d'occulter la para militarisation du régime, la violation quotidienne des Droits de l'Homme, les assassinats systématiques des opposants politiques, syndicalistes, journalistes, défenseurs des Droits de l'Homme.

Nous ne pouvons oublier qu'en Colombie, près de quatre millions de personnes ont été déplacées de force à l'intérieur du pays, en majorité à cause des groupes paramilitaires. Ces groupes, qui agissent seuls ou avec
des membres des forces armées, ont fait disparaître au moins 15.000 personnes ; ils les ont enterrées dans plus de 3.000 fosses communes ou ils ont jeté leurs cadavres dans les fleuves. Ils ont assassinés plus de
1.700 indigènes, 2.550 syndicalistes et plus de 5.000 membres de l'Union Patriotique. Régulièrement, ils torturent leurs victimes avant de les tuer.

Entre 1982 et 2005, les paramilitaires ont perpétré plus de 3.500 massacres et ils ont volé plus de six millions d'hectares de terres. Depuis 2002 et leur supposée "démobilisation", ils ont assassiné 600 personnes chaque année. Ils ont réussi à contrôler 35% du Parlement. De 2002 à aujourd'hui, des soldats de l'Armée régulière ont commis plus de 950 exécutions, la plupart en "maquillant" des paysans en guérilleros.
Récemment, en janvier 2008, les paramilitaires ont commis 2 massacres, 9 disparitions forcées, 8 homicides alors que l'Armée a perpétré 16 exécutions extralégales. Depuis le début de cette année, 28 syndicalistes ont été assassinés.

En Colombie, les agents de l'Etat et les paramilitaires violent les Droits de l'Homme et le droit humanitaire. De nombreux groupes paramilitaires ne se sont pas démobilisés. Maintenant ils se font appeler "Aigles Noirs". De
nombreux para politiques ont des charges publiques ou diplomatiques. En septembre 2007, il y avait 39 affaires. Aujourd'hui, en juillet 2008, il y a plus de 60 parlementaires et hauts fonctionnaires mis en cause dont bon nombre sont en prison). Le président Alvaro Uribe lui-même et son entourage sont mis en cause. L'élection présidentielle de 2006 menace d'être invalidée  par une sentence de  la Cour suprême de justice après qu'une parlementaire ait été reconnue coupable de subornation par cette même cour.

Avec la libération d'Ingrid Betancourt par les militaires, c'est "La Mano Fuerte" qui gagne. Nous ne pouvons que regretter que la guerrilla n'ait pas libérés plus tôt tous les otages. Ou mieux, qu'elle n'ait jamais eu recours aux enlèvements. Cette victoire est un coup très dur pour les guerrilleros, mais c'est surtout un coup terrible pour l'opposition politique démocratique.

Il va être encore plus difficile de faire entendre une voix divergente dans ce pays en faveur d'une solution politique du conflit, de l'échange humanitaire des prisonniers, en faveur de la vérité, de la justice et de la réparation intégrale pour les victimes.

Alors oui : Bravo pour Ingrid. Mais nous pleurons pour la Colombie, sans pour autant baisser les bras.

Paris, 3 juin 2008.
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 03:31





14 juillet en France

 

Le jour du 14 juillet je reste dans mon lit douillet

La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas…

 

21 mai 1880 Benjamin Raspail dépose le 14 juillet sur les fonds législatifs…en commémorant le 14 juillet 1790, car celui de 1789 est jugé trop sanglant.

C’est pourtant la prise de la Bastille et la fin de l’ancien régime qui sont commémoré par la population française. La fête de la Fédération (14 juillet 1790) n’étant de fait que le premier anniversaire de la prise de la Bastille.

 

Nos « élites » savent toujours mieux que quiconque ce qu’il nous faut.

On ne fête pas la prise de la Bastille, mais son ombre.

 

« On » refuse le vote des français sur la question de l’Europe (2005), « on » réalise un holdup parlementaire.

« On » annule le vote populaire irlandais, en poursuivant le processus européen.

« On » n’écoute pas le français et l’européen qui refuse les OGM de manière largement majoritaire (85 et 75 %), « on » les impose.

 

Tout ceci est si simple, si loin de nos préoccupations.

ILS savent mieux que nous. C’est sûr.

 

Prenons nous en charge.
Préparons la suite…

…tout de suite

 

Car si nous ne nous occupons pas de nous, d'autres s'en chargent,

en particulier ce 14 juillet 2008.

 

Dominique



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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /Juil /2008 03:21


Par Jean Zin



Alors que les menaces écologiques se font de plus en plus pressantes, on peut s'étonner du léger des solutions qu'on prétend y apporter, pas du tout à la hauteur des enjeux et sans une véritable vision globale. Au lieu d'une écologie-politique collective et réaliste, on nous vend plutôt habituellement une écologie individualiste et moralisante, que ce soit dans sa version religieuse ou libérale, mais, en dehors de quelques marginaux, il n'est jamais question, ou presque, d'une véritable alternative au productivisme qu'on impute à l'avidité humaine plus qu'au système du profit.

 On en appelle soit à la conversion des esprits et des coeurs, soit à de simples mesures techniques ou incitations financières, comme s'il était devenu impossible en tout cas de changer un système mondialisé, au moment même où il y aurait tellement besoin pourtant de dispositifs politiques concrets, du local au global, pour adapter notre système de production aux nouvelles forces productives tout autant qu'aux nouvelles contraintes écologiques. On n'y échappera pas, quelles que soient les résistances et les conservatismes. Dès lors, la question n'est pas tant celle de l'ancien système, ni de simplement le brider par des lois, des luttes ou par nos prières, que de savoir par quoi le remplacer et d'en construire un autre plus adapté à notre temps, combinant une inévitable relocalisation de l'économie avec toutes les institutions du travail autonome et du développement humain.

Hélas, les instruments principaux d'une alternative au salariat productiviste comme à la mondialisation marchande paraîtront sans doute bien exotiques par rapport aux modèles de référence et à nos habitudes de pensée, voire complètement hors de propos : monnaies locales, coopératives municipales, revenu garanti ! Il n'y a pas d'autre alternative pourtant, ni libérale, ni autoritaire, ni morale.

La confusion des esprits


Avec notre entrée dans l'ère de l'information, de l'écologie et de l'unification du monde qui en résulte, nous vivons sans doute un des plus grands bouleversements que l'humanité a pu connaître, périodes de rupture où les idées changent, où d'anciennes évidences se renversent, où les esprits s'égarent et l'incertitude domine. Les anciennes idéologies et les réponses qu'elles donnaient se révèlent complètement inadaptées à notre nouvelle situation. Tout est à repenser mais il y a de nombreux écueils sur le chemin. Il faut bien avouer qu'il n'y a pas de solution simple car nous sommes ici face à un problème particulièrement difficile et complexe.

Si on se met dans la perspective de l'histoire des idéologies, on peut caractériser notre moment historique comme celui du passage d'une hégémonie presque totale du néolibéralisme, depuis plus de 30 ans, à celle toute opposée d'une écologie régulatrice, ce qui ne veut pas dire qu'on sache encore très bien ce que cela signifie entre conceptions mystiques et technocratiques. Ce changement de paradigme est cependant d'autant plus problématique que là où le "laisser-faire" pouvait s'arranger de l'imperfection de l'information et des marchés, l'écologie-politique porte en elle l'exigence paradoxale de la prévision et de l'action publique malgré ce manque d'informations et l'incertitude du monde, passage de l'histoire subie à l'histoire conçue. L'accès à ce nouveau stade cognitif dans nos interactions globales avec un milieu incertain et fragile ne va pas du tout de soi, cumulant à la fois les difficultés du principe de précaution et de la construction d'une intelligence collective. Il y faudrait une "démocratie cognitive" très éloignée de nos démocraties de marché actuelles, ainsi que le retour d'un certain collectivisme même s'il est bien différent de l'ancien (il faut le souhaiter!), réfutant l'individualisme libéral par la coopération tout en valorisant l'autonomie de la personne. Cette conscience collective est encore bien hésitante mais elle a déjà commencé à prendre corps pourtant, notamment dans les conférences sur le climat.

Il faut dire qu'en dehors du GIEC, lui-même assez critiquable dans sa modération politique, cette "intelligence collective" a plutôt brillé par son absence jusqu'ici. Il n'y a pas de quoi être optimiste devant l'égarement général, en particulier sur les conceptions mêmes de l'écologie : "Dans la plus grande confusion se mêlent développement durable, sauvegarde de la nature, crise de l'énergie et altermondialisme. Chacun semble persuadé de la nécessité d'une alternative écologiste sans avoir la moindre idée de la façon d'y parvenir, jusqu'à dénier son caractère politique et social pour se contenter d'un catastrophisme sans nuances, de bonnes intentions, de grandes déclarations et de petits gestes..." (L'écologie-politique à l'ère de l'information, è®e, 2006).

La prise de conscience écologique


La première difficulté, c'est effectivement de faire le bon diagnostic, d'arriver à une bonne évaluation des risques écologiques, ce qui est loin d'être évident. Devant les incertitudes, la nécessité d'agir peut toujours être mise en doute par certains, avec plus ou moins de virulence, jusqu'à parler de "psychose collective" à propos du réchauffement climatique ou de "complot des écologistes" ! Cela témoigne du moins que les écologistes sont partout désormais, même dans les gouvernements, et que les irresponsables sont devenus minoritaires. Malgré la difficulté d'établir la vérité des faits et d'y appliquer le principe de précaution, c'est en l'absence de certitude (mais pas d'informations inquiétantes) que l'opinion scientifique puis mondiale a fini par se décider à réagir devant l'ampleur des risques, à part quelques uns qui se voudraient plus malins que les autres et détenir une vérité au nom de convictions intimes qui n'ont plus grand chose de scientifique. Cela n'empêche pas qu'on peut se tromper et que de nouvelles données peuvent toujours modifier nos prévisions. Malgré cela, considérée il y a peu encore comme une préoccupation de rêveurs, il n'y a pas de doute que l'écologie s'impose désormais comme prioritaire au niveau planétaire et transforme profondément nos conceptions politiques en devenant la nouvelle idéologie dominante, pour de fortes raisons matérielles (les questions étant matérielles et non pas idéologiques, il ne faut pas s'étonner qu'il n'y ait aucune unité idéologique des écologistes sur les réponses à donner).

Au niveau le plus immédiat la hausse du pétrole a pu servir d'élément amplificateur, comme au moment du premier choc pétrolier et de l'émergence des premiers mouvements écologistes, mais, aujourd'hui, ce qui motive l'hégémonie idéologique de l'écologie, c'est d'abord le réchauffement climatique qui s'accélère. Il faut d'ailleurs souligner que la période est un peu moins favorable à cette prise de conscience, malgré les mauvaises nouvelles qui s'accumulent, dès lors que nous connaissons temporairement un léger refroidissement dû à La nina. On voit notre difficulté à se projeter dans le long terme et notre sensibilité extrême à l'immédiat !

Plus fondamentalement, sans doute, l'écologie s'impose du fait de la globalisation elle-même et du caractère global des problèmes qu'elle provoque. C'est notre destin planétaire commun qui nous rassemble mais c'est aussi la conséquence de l'ère de l'information qui nous relie et nous fait connaître l'étendue des dégâts, conscience du négatif du progrès ainsi que du déchaînement des sciences et des techniques, avec leur puissance démesurée qui peut se retourner contre nous ; quand le temps est venu d'une post-modernité ou modernité réflexive qui est aussi le temps d'une société post-industrielle. L'écologie politique n'est pas tant un nouveau paradigme ou de nouvelles valeurs, ce n'est pas l'amour de la nature mais l'accès (difficile) à un nouveau stade cognitif, celui d'une conscience planétaire et de la responsabilité de nos actes envers les générations futures. La démocratie en est profondément bouleversée : ce n'est plus l'immanence d'une fondation sur soi-même, c'est la transcendance d'un monde à sauvegarder, ce n'est plus l'immédiateté de la présence mais la projection dans l'avenir, la temporalité de l'être (sa durabilité). Ce n'est plus le pouvoir absolu de la majorité enfin mais une démocratie des minorités, des droits de l'homme et de la diversité, ancrée dans le local : une démocratie de "face à face". C'est encore un effet paradoxal de la globalisation des réseaux et des marchés qu'une pensée globale exige un agir local et une relocalisation équilibrant la globalisation marchande !

L'écologie-politique à l'ère de l'information n'a rien à voir avec un quelconque retour en arrière, ni avec un moralisme puritain, c'est d'abord la conscience des déséquilibres que nous avons produits et la limitation de nos ressources qui devient manifeste avec le développement des pays les plus peuplés. On ne sait pas très bien si la situation est très grave ou désespérée mais on ne pourra plus ignorer désormais ces inquiétantes informations. Une fois admis l'impasse d'un développement qui n'est pas durable, il faudrait lui trouver des alternatives mais, le préalable, c'est d'essayer de comprendre la cause d'un productivisme insoutenable si on veut avoir une chance d'en sortir.

Les problèmes écologiques ne peuvent être séparés de tous les autres problèmes, notamment économiques et sociaux : on ne peut séparer la consommation de la production, ni le travail de la vie. On ne peut changer les consommations qu'en transformant travail, revenus et circuits de distribution, si ce n'est la technique elle-même. On ne peut relocaliser qu'en partant du local mais à condition de l'inscrire dans un projet global et des circuits alternatifs qui fassent système. Pour avoir une chance de changer de système, nous avons besoin de comprendre à la fois le caractère systémique du productivisme et pluriel de l'économie (la pluralité des systèmes).

Le productivisme du capitalisme salarial


Depuis les touts débuts de la société de consommation, les condamnations religieuses et morales d'un appétit effréné de marchandises ont été innombrables. On accuse la nature humaine et le mal qui nous habiterait d'un désir illimité ou d'un égoïsme pervers, alors que la société de consommation est un système historiquement daté et qui est d'autant moins déterminé par l'individu qu'il est soutenu par des politiques keynésiennes, par une publicité omniprésente et par des circuits de distribution de masse. Dans ce capitalisme salarial l'emploi dépend de l'écoulement des marchandises. La société de consommation, c'est la société du travailleur/consommateur séparé de son produit et dépendant du capital (des machines). Rien de naturel là-dedans ! Ce n'est pas une question de valeurs, de bons et de méchants, ni même d'individualisme (qui tient surtout au caractère individuel du revenu).

Le productivisme n'est pas causé par la consommation mais par la logique du profit qui constitue le moteur de l'investissement capitaliste. Les capitaux sont utilisés pour augmenter la productivité (réduire le temps de travail) et dégager un profit par rapport à la concurrence. Les entreprises qui n'améliorent pas leur productivité disparaissent. Il n'y a pas là de décision individuelle mais une pression systémique du marché par la baisse des prix, et, comme l'a montré Bookchin, même des coopératives subissent cette pression du marché, sauf si ce sont des coopératives municipales. Le productivisme du capitalisme salarial est d'ailleurs mis à son crédit lorsqu'il permet le décollage de pays pauvres grâce au "cercle vertueux de la croissance" mais il ne peut s'arrêter, tout est là. C'est en découvrant cette nécessité pour le capitalisme de "créer des besoins" qu'André Gorz est devenu l'un des premiers écologistes anti-capitalistes. On peut dire, en effet, que le capitalisme s'impose par son productivisme puis dure par la société de consommation. Il serait donc tout-à-fait illusoire de vouloir réduire par des préceptes moraux un productivisme qui est structurel et financier !

On ne s'en tirera qu'à construire un système de production non productiviste, ce qui peut sembler impossible sauf que, non seulement la victoire du productivisme précipite sa fin, mais on peut considérer qu'il a fait son temps à l'ère de l'information, du travail immatériel et de la coopération des savoirs. En effet, le productivisme caractérise en premier lieu le salariat industriel avec une force de travail qui se mesure en temps de machine, alors que dans le domaine immatériel, le temps de travail n'est plus linéaire et ne constitue plus une mesure pertinente de la valeur d'un produit. C'est ce qui favorise le travail autonome et les contrats d'objectif plutôt qu'un salariat mesuré par son temps de subordination. C'est un point décisif et trop sous-estimé de la sortie du productivisme, cependant, même si les nouvelles forces productives l'exigent, cela ne se fera pas tout seul pour autant. En effet, pour que le travail autonome soit supportable, et même simplement possible, il a besoin d'un support institutionnel (notamment un revenu garanti et des structures collectives).

Pour une économie plurielle


Construire un nouveau système ne veut pas dire détruire l'ancien. Tout au contraire, le système marchand n'a pu se développer que dans les villes franches de la féodalité avant de pouvoir s'y substituer. L'industrie n'a pas supprimé l'agriculture. Adopter un point de vue systémique et comprendre les écosystèmes comme circuits de matières, d'énergie et d'informations permet d'en montrer toute la cohérence et les interdépendances. On ne peut se contenter de mesures isolées, il faut "faire système", mais cela ne peut signifier en aucun cas dénier la nécessaire diversité des systèmes : chaque système, organisme ou organisation n'est qu'une totalité partielle qui n'épuise pas la totalité des possibles mais doit avoir un fonctionnement spécifique et un espace propre. A rebours de tous les extrémismes et des idéologies simplistes, la coexistence des systèmes doit nous amener à défendre une économie plurielle ou mixte (ce qu'elle est déjà avec les sphères du don, de la gratuité et des échanges marchands). Après les totalitarismes communistes et fascistes, c'est le totalitarisme du marché qu'il faut combattre sans retomber dans un totalitarisme écologiste. Il faut y insister car cela ne va pas de soi : la voie de l'alternative est celle d'une économie plurielle (si chère à Jacques Robin) ni simple réformisme, ni pure idéologie.

Il ne peut s'agir de faire n'importe quoi, ni de tout changer à l'économie et au monde tel qu'il va, mais "seulement" de sortir du totalitarisme marchand, de l'exploitation salariale et du productivisme capitaliste, sans tomber pour autant dans un totalitarisme étatique ni dans toutes sortes d'utopies communautaires, qui auront toujours leurs partisans. L'absence d'alternatives crédibles est d'ailleurs le résultat de ce nouveau totalitarisme qui voudrait faire du marché la réponse à tous les problèmes (l'amour même!). En fait cette tentative de supprimer la pluralité des économies a déjà échoué même si elle a outrepassé ses limites et fait beaucoup de dégâts. La première chose à faire, c'est donc de mettre des limites aux marchés, de les réguler (pas de les supprimer !) pour construire patiemment une économie plurielle combinant les logiques marchandes, publiques et associatives, jouant l'Etat contre le marché et le marché contre l'Etat plutôt que de subir le joug de l'un ou de l'autre.

Le productivisme durable


Le productivisme de la société de consommation n'est certes pas la seule cause des problèmes écologiques et il y a déjà beaucoup à faire pour rendre le capitalisme moins destructeur mais les tentatives de rendre un peu plus durable notre modèle économique sans changer de système rencontrent vite leurs limites, alors qu'elles se présentent, pour cela même qu'elles ne changent rien, comme les seules réalistes qu'elles soient moralistes (frugalité individuelle), libérales (écotaxes) ou étatiques (gouvernement des experts).

Inutile de trop s'appesantir sur le moralisme écologiste de la "simplicité volontaire", même s'il est largement dominant et peu constituer une bonne hygiène de vie, sinon pour souligner qu'il reste entièrement dans le cadre de la société de marché. C'est de l'ordre de la charité chrétienne pour réduire la pauvreté qui a toujours accompagné le capitalisme sans rien y changer, c'est le geste quotidien qui nous sauve ! Son efficacité est nulle, par rapport au nombre de "pauvres involontaires", il a tout au plus valeur d'exemple ou d'exploration de nouveaux modes de vie. On ne peut éliminer complètement cette dimension individuelle malgré tout. Il faudra bien adopter en effet des comportements plus écologiques (trier ses déchets, économiser l'eau) même s'ils ne prennent sens qu'à s'inscrire dans un processus collectif et ne peuvent tenir lieu de politique. Par exemple, il est un fait qu'il faudra limiter la consommation de viande rouge, trop coûteuse en ressources et en énergie, mais cela ne servira à rien de le faire individuellement et c'est aller un peu vite en besogne de vouloir qu'on devienne tous végétariens alors que les poulets et les poissons restent de très bonnes sources de protéines. Il se trouve que ces préceptes sont bons aussi pour notre santé, pas seulement pour l'équilibre planétaire, la viande rouge étant impliquée dans de nombreuses maladies et cancers. En tout cas, si l'écomoralisme ne peut en aucun cas constituer une alternative au capitalisme et à la société de consommation, il faut constater du moins que c'est la forme que prend une prise de conscience écologique qui n'a pas de prise sur les événements sinon au niveau individuel. Il y a aussi des mystiques qui réduisent l'écologie à une vue de l'esprit, une façon d'être au monde... On ne peut en rester là.

Une autre tentative, plus sérieuse, d'adapter notre économie aux limitations écologiques, c'est l'éco-économie de Lester R. Brown, projet qu'on peut dire libéral, corrigeant simplement les mécanismes de marché par des écotaxes censés rétablir une illusoire vérité des prix écologiques. A part ça, il n'y a pas grand chose à changer à notre système de production. Il parle bien de "révolution environnementale" mais uniquement dans le sens d'une nouvelle "révolution industrielle" boostée par de nouvelles énergies et de nouveaux marchés ouverts par l'écologie. On s'écarte tout de même du libéralisme lorsqu'il prône une "économie de guerre" qui mobilise toutes les capacités productives pour inonder le monde d'éoliennes, mais on est très éloigné de toute décroissance. On reste dans le même mode de vie, le même travail, la même industrie, le même productivisme qu'en 39-40 et la même organisation sociale ! Ajoutons à cela qu'on suppose des gouvernements démocratiques, capables et bien intentionnés de par toute la Terre ! Malgré tous ses défauts, c'est un projet qu'on ne peut rejeter complètement (impossible de se passer d'écotaxes) et comme on garde le même système, ce sont des mesures qui peuvent s'appliquer très rapidement. C'est un premier niveau d'intervention indispensable mais cela n'empêche pas d'en reconnaître les limites à rester dans le cadre d'un productivisme débridé et du totalitarisme marchand.

La nouvelle économie sera basée sur un recyclage extensif,
sur les énergies renouvelables et sur un système de transport
diversifié s'appuyant plus sur le rail, les bus, les bicyclettes
et moins sur la voiture. (plan B, p277)

Il faut avouer que la plupart des mesures devenues urgentes peuvent être prises dans le cadre du système actuel : les économies d'énergie (isolation, énergie intelligente), le passage accéléré aux énergies renouvelables (le solaire principalement), la promotion des transports en commun, la généralisation du recyclage, la réduction des pollutions, des prélèvements marins (remplacés par des fermes piscicoles), jusqu'aux activités réparatrices et de gestion de l'environnement (eau, forêts, etc.). Il n'y a rien là qui soit incompatible avec le productivisme, lui ouvrant finalement de nouveaux marchés (éoliennes, panneaux solaires, produits bios, etc.). On ne pourra absolument pas s'en passer mais on ne pourra s'en tenir là non plus. En particulier, les préoccupations écologiques mènent inévitablement au retour à de plus grandes solidarités collectives, donc à une certaine réduction des inégalités, ainsi qu'à la mise en commun de nos ressources. C'est le retour de la politique, si ce n'est de l'Etat.

D'ailleurs, de façon bien plus marginale mais assez inattendue, on voit resurgir des tentations autoritaires, d'autant plus autoritaires qu'il n'y a pas d'alternative et qu'on rajoute une contrainte à un système qui s'y oppose ! Des versions plus soft d'une écologie étatique visent simplement à encadrer l'économie par des normes et réguler les marchés ou piloter les entreprises par les syndicats mais il est difficile que cela ne mène pas à une bureaucratie pesante et un gouvernement des experts où le contrôle des populations commence avec le contrôle des naissances. Le néomalthusianisme qui règne souvent dans ces milieux est la dernière tentative de faire de la population elle-même le problème au lieu de mettre en cause notre mode de développement. C'est assez dangereux mais, ce qui plaide pour cette forme de pouvoir que la Chine pourrait incarner, c'est en particulier "l'écologie industrielle" intégrant au plus près des industries complémentaires pour limiter les pertes et les déchets, ce qui s'accommode assez mal du libéralisme.

Elle devrait «simplement être une tyrannie bienveillante,
bien informée et animée par la juste compréhension des choses».
Ce régime devrait-il être communiste ou capitaliste?
Communiste, non seulement pour la «morale ascétique»,
l'exclusion du profit, mais aussi parce que, sur le plan de la «technique du pouvoir»,
ce régime «paraît être plus capable de réaliser nos buts inconfortables
que (...) le complexe capitaliste, démocratique et libéral» (Hans Jonas).

De même que le communisme n'a pas été beaucoup plus qu'un capitalisme d'Etat, on n'est pas vraiment ici dans une alternative au système de production industriel du siècle passé, seulement au marché et au système libéral-démocratique. Malgré tout ce que peut avoir de satisfaisant pour l'esprit la prise de commande de l'économie par des consciences éclairées, c'est une bonne blague ! L'écologie, si ce n'est l'histoire passée, enseignent au contraire le caractère dévastateur et brutal d'un pouvoir trop centralisé, le besoin de l'autonomie des acteurs et de réponses diversifiées. S'il y avait des tyrannies bienveillantes, plus besoin de démocratie en effet, qui n'est pourtant pas pour rien un ingrédient indispensable des bonnes politiques, comme l'a si bien montré Amartya Sen...

Ici, encore une fois, le court terme peut être très bon...
mais à long terme, ça risque d'être horrible (Hubert Reeves).

Décroissance, relocalisation, travail autonome


Pour contester les dérives gestionnaires de l'écologie et les prétentions d'un "développement durable" qui sert de prétexte à la continuation du pillage de la planète, les écologistes radicaux ont popularisé le thème de la décroissance, clairement en rupture avec le productivisme et la croissance attendue par tous comme le messie ! Ce slogan a le mérite d'attirer l'attention sur la nécessité absolue d'une décroissance matérielle de nos consommations mais il comporte de nombreuses ambiguïtés (comme tous les slogans). Tout d'abord, il est purement quantitatif et n'est pas forcément anti-capitaliste encore moins alternatif lorsqu'on croit pouvoir obtenir la décroissance des consommations par la simple réduction du temps de travail. Ensuite il y a confusion entre croissance matérielle et croissance monétaire (inflation) qui ne sont pas forcément corrélés. Enfin, la décroissance ne peut s'appliquer aux pays pauvres qui n'ont pas besoin de consommer moins mais mieux, c'est le modèle économique qu'il faut changer. La question qui se pose est bien celle de l'alternative, d'une alternative à la fois réaliste et désirable, qui soit véritablement "soutenable".

 Il y a les anciennes réponses. Ainsi, Cuba pourrait servir de modèle de décroissance car l'empreinte écologique y est minimale ! C'est bien sûr, contraint et forcé par le blocus américain que l'économie cubaine a dû réduire ses consommations en essayant de vivre en cercle fermé. La vie n'y est pas si horrible qu'on le dit et la nôtre pas aussi belle qu'on le prétend mais l'échec est patent à ne pouvoir supprimer la pauvreté ni même la faim pour une partie significative de la population, sans compter bien sûr le peu de liberté laissé par un pouvoir qui étend son contrôle jusque dans les villages, et cela, sans avoir besoin d'avoir recours à aucun moyen technique sophistiqué ! Si c'est cela notre avenir, il y a quand même de quoi déchanter. Il n'empêche que, là encore, ce qui semblait mort pourrait reprendre vie par cela même qui avait causé sa perte puisque le socialisme démontre ainsi qu'il est loin d'être aussi productiviste que le capitalisme. Le socialisme produit de la pénurie plus que de l'abondance, voilà qui pourrait devenir un avantage (sauf que cela n'empêche nullement des gâchis gigantesques malgré tout !).

L'expérience historique semble condamner toute alternative à sombrer dans ce socialisme autoritaire d'être pensée selon les anciens modèles révolutionnaires, centralisés, étatiques. Les modèles écologistes sont pourtant très différents, bien plus adaptés à une production de plus en plus immatérielle et en réseaux : ce sont des modèles largement décentralisés, démocratiques, diversifiés et basés sur le local, pas du tout compatibles avec une dictature qu'elle soit verte ou rouge.

C'est le point essentiel sur lequel se retrouvent la plupart des écologistes et des altermondialistes : la nécessité d'une relocalisation de l'économie et donc d'alternatives locales à la globalisation marchande. Il ne s'agit pas d'un retour en arrière ni d'un protectionnisme, ni d'une réduction des questions globales à de petits enjeux locaux, mais d'une revalorisation des échanges de proximité pour réduire les circuits de distribution et rendre tout simplement vivable un monde qui se déterritorialise, le réhabiter. C'est reprendre la question par sa base, une reconstruction bottom-up à partir du local, sans exclure pour autant les processus top-down qui ont leur nécessité aussi. Il ne s'agit pas de tout réduire au local. La difficulté, c'est qu'il faut intervenir à différents niveaux : accords internationaux (climat), régulation du capitalisme (éco-économie), infrastructures nationales, circuits alternatifs, institutions locales. Cependant, la nouveauté apportée par l'écologie, c'est bien de redonner toute son importance au local (penser global, agir local).

Un autre point, qui n'est pas du tout pris en compte par l'écomoralisme ni par l'éco-économie, c'est l'indispensable humanisation du travail. Il faut le répéter, ce n'est pas tant du côté de la consommation qu'il faut prendre le problème, mais du côté de la production, de l'épanouissement du travailleur et de sa valorisation. C'est un véritable retournement et la clé de l'alternative. De plus, et contrairement aux technophobes qui croient pouvoir accuser une technique impersonnelle de tous nos maux, c'est bien là qu'il faut tirer parti de la dématérialisation du travail, du passage de la force de travail à la résolution de problèmes valorisant le travail autonome et permettant de sortir du salariat (de la dépendance emploi/consommation). Pour avoir la possibilité de se passer du salariat et que le travail autonome ne soit pas réservé aux classes supérieures, il y a absolument besoin d'un revenu garanti et de toutes les institutions du travail autonome (coopérative, financement, formation, assistance). Dans cette optique de développement humain et de qualité de la vie, il faudra favoriser aussi les techniques conviviales et de meilleures conditions de travail pour les salariés eux-mêmes. En améliorant ce qui constitue une grande partie de notre vie, nous réduirons l'inhumanité du monde et le besoin de compensations marchandes plus sûrement que par la culpabilisation individuelle. Changer le travail, c'est changer la vie et, en changeant les modes de production on changera complètement les modes de consommation. Reste à savoir comment faire.

Heureusement, la nécessité de relocalisation de l'économie pour équilibrer la globalisation marchande constitue notre chance car c'est ce qui donne l'opportunité d'expérimenter ces alternatives localement, ici et maintenant, sans attendre que le monde entier nous rejoigne ! Le niveau le plus pertinent d'une politique écologiste, c'est bien la municipalité où beaucoup peut être fait, notamment grâce à des monnaies locales (immédiatement disponibles) et la mise en place de coopératives municipales pour abriter les travailleurs indépendants et favoriser les échanges locaux (un peu comme les SEL). Ce sont des outils peu familiers et qu'on ne peut décrire ici mais qui permettraient à l'écomunicipalisme de constituer la base d'une véritable alternative bien qu'il soit difficile d'assurer un revenu garanti au niveau municipal. On ne peut espérer convaincre que ce soit une solution crédible, il faut seulement espérer que quelques municipalités tentent l'expérience et le démontrent. Qu'on sache du moins, qu'avec le tryptique "revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales), on peut dessiner une alternative écologiste réalisable immédiatement et qui n'a pas grand chose à voir avec nos anciennes représentations. C'est peut-être le signe de son caractère irréaliste, ou peut-être bien le signe que nous avons déjà changé d'ère... I

l n'y a pas d'alternative


Dans l'urgence actuelle, notre priorité devrait être à la fois d'établir un diagnostic précis de notre situation et de débattre publiquement des alternatives concrètes dans toute leur complexité. C'est ce qui devrait mobiliser toutes nos énergies. Il serait complètement utopique, en effet, de penser qu'on va pouvoir continuer comme avant, il est devenu évident pour le monde entier que nous devons changer nos modes de production et de consommation confrontés à nos limites matérielles ! L'absence d'alternative à un système dont on sait qu'il n'est pas durable renforce les discours extrémistes, millénaristes, religieux, régressifs, autoritaires, appelant à une rupture totale et un homme nouveau complètement fantasmé. Entre une dangereuse passivité et la surenchère verbale, il faut trouver la voie d'un véritable système de production alternatif dans une économie plurielle, en agissant à tous les niveaux (technique, politique, local, individuel), on n'a pas le choix !

On connaît déjà quelques unes des conditions que devront remplir des alternatives réalistes au productivisme capitaliste. Il faudra qu'elles tiennent compte des contraintes écologiques, bien sûr, mais aussi de ce que nous sommes et des échecs passés, de l'étatisme comme du libéralisme. Il faudra que ce soient des alternatives à dimension collective et même mondiales, adaptées à notre temps (ère de l'information, travail autonome, coopération des savoirs) sans pour autant se contenter d'écotaxes pour réduire l'allure d'un productivisme dont il faut pouvoir sortir progressivement, ce qui veut dire donner une alternative au salariat par les institutions du travail autonome.

Non seulement le productivisme durable se révèle une impasse sociale et démocratique mais il est tout aussi vital de relocaliser l'économie et de réduire la logique marchande dans une économie plurielle (Etat/marché/associations avec des fonctionnaires, des salariés, des travailleurs autonomes). Il nous faudra aussi tirer parti de l'ère du numérique pour "dématérialiser" autant que possible (en remplaçant la matière par l'information). Le capitalisme n'est guère adapté à cette nouvelle économie immatérielle qui est d'ailleurs souvent une économie de la gratuité et de la coopération des savoirs, basée sur les compétences et le développement humain. C'est tout cela qui converge dans la construction d'alternatives locales favorisant les coopérations et l'autonomie individuelle dans une démocratie de face à face.

L'important c'est de penser global, de s'inscrire dans un système de production alternatif combinant production, reproduction et circulation (coopératives, revenu garanti et monnaies locales font système), mais ce n'est pas tout. Il faut aussi être de son temps et donc prendre en compte l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain. De telles alternatives, il n'y en a pas légions et ce serait une illusion de croire qu'il suffirait de "prendre le pouvoir" pour changer le système de production. Il faut du temps et l'effondrement du capitalisme n'apporterait rien de bon. Le scénario d'une économie plurielle permet de jouer sur les 2 tableaux : en commençant par écologiser le capitalisme, en le régulant et en réorientant ses productions vers les besoins écologiques, tout en réduisant progressivement son champ avec la montée en puissance de la nouvelle économie immatérielle et relocalisée.


Il n'y a pas d'alternative : nous devons sortir de la société de consommation et réduire la globalisation marchande tout en tirant parti des technologies numériques. Il y a bien sûr des dimensions idéologiques ou économiques mais ni la morale, ni les taxes n'y suffiront, il faudra des dispositifs concrets et une vision globale qui ne sont pas hors de notre portée. Nous en avons présenté au moins une première approximation, largement inspirée du merveilleux livre d'André Gorz, "Misères du présent, richesse du possible", afin de donner quelque idée de comment il faudra sans doute transformer nos institutions pour un monde plus supportable et sans que cela n'ait rien d'impossible ni d'insurmontable pour peu que se produise l'improbable d'une prise de conscience collective claire et décidée d'éviter le pire...

(Revue Argument, vol 11 no1, automne 2008 : Les écologistes font-ils fausse route ?, Québec)
Par Dominique - Publié dans : -*- goudouly
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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 03:11

Chronique d'une catastrophe planifiée

 

Suicides en masse de fermiers indiens : ce qui se profile à l’horizon

AUTEUR:  Arun Shrivastava, 8 octobre 2006.

Traduit par Pétrus Lombard et révisé par Fausto Giudice

 

 

La vérité émerge lentement. Un rapport du Ministère (indien) de l'Intérieur sur les morts par suicide, indique que, jusqu'à 2003, environ 100 000 fermiers se sont suicidés en six ans en Inde. Le 18 mai 2006, Sharad Pawar, le ministre indien de l'Agriculture a présenté les données à la Chambre Haute (Rajya Sabha), en ajoutant que les enquêtes des gouvernements des États (de l’Union indienne) sur le désarroi agraire démontrent que la principale « cause de suicide est l'endettement». Grâce à l'ingéniosité des statistiques déshumanisées, le ravage total de 100.000 familles de fermiers morts, avec des femmes, des enfants et des anciens, a été tranquillement balayé sous le tapis épais et moelleux du Parlement indien.

L'Inde, avec sa pluviométrie suffisante, son climat chaud, son immense diversité biologique, et ses excellentes pratiques agricoles traditionnelles, n'a aucune raison d'affronter une crise agraire et, étant donné la générosité de la nature, ses fermiers n'ont aucune raison de se suicider. Cet article traite de la manière dont le règne d'une compagnie britannique et de ses boucaniers a entamé en 1760 un processus qui continue à ce jour, ravageant les fermiers du sous-continent, et comment les fermiers indépendants sont en tous lieux de la terre menacés d'extinction.

 

Les fermiers indiens avant le « régime de la compagnie »

Au début du 19ème siècle un paysan indien moyen gagnait sensiblement plus que son homologue britannique, et il n'y avait aucune différence alimentaire importante  entre un paysan et un riche propriétaire indien. Plus révélateur, la tradition voulait que nourrir les étrangers passe en premier, y compris des mendiants, avant la famille attablée pour manger. Les riches ménages ne vendaient pas de lait ni de produits laitiers ; ils étaient distribués librement au sein de la communauté, une pratique qui continua jusqu'aux années 1960 dans beaucoup de régions. La destruction de l'agriculture indienne et la misère de ses fermiers est l'histoire de la cupidité d'une compagnie et de la nature absolument impitoyable d'un petit groupe d'individus en Europe et aux USA qui n'apprécient pas les êtres humains : blancs, bruns, jaunes, ou noirs. Plus vite nous réaliserons cela et prendrons des mesures efficaces, mieux ce sera pour nous et les fermiers.

 

La genèse de du malheur agraire

La désolation agraire commence avec la colonisation de l'Est de l'Inde par une compagnie britannique, la East India Company, vers 1760, avec son système d'impôt foncier exorbitant, qui a forcé les fermiers à accroître l'agriculture de rente (surtout l'indigotier et le coton) sur les meilleures terres, sans payer à leur juste prix les productions. Ils ont systématiquement détruit un système agricole viable, qui nourrissait des millions de gens depuis plus de 6000 ans, et ils ont introduit ensuite des prêteurs sur gages et des extorqueurs de loyers exorbitants pour piéger les fermiers dans la dette.

La méthode coloniale d'utilisation de la terre a mené à de fréquentes ruines des fermes indiennes avec pour résultat la pénurie de nourriture, la famine, les morts en masse, la destruction des terres fertiles, et la destruction du système symbiotique séculaire de culture, d'élevage, et de sylviculture. Tout en ne faisant rien pour soulager la détresse agraire, les responsables coloniaux continuaient à répéter, comme  des perroquets, qu'il y avait trop d'Indiens ! Le document de Henry Waterfield sur la comparaison de la densité de population de l'Inde avec celle de certaines régions européennes est des plus éclairantes : alors que la densité dans l'empire britannique des Indes était de 64 habitants au kilomètre carré en 1875, elle était de 173 en Belgique, 162 en Angleterre, 146 en Saxe, 112 aux Pays-Bas, 92 en Italie, 75 dans l'Empire allemand, 69 en Prusse, et 68 en Suisse. Seuls la France, le Danemark, l'Écosse, le Portugal, l'Espagne et la Grèce avaient une densité de peuplement inférieure à celle de l'Inde. (1)
Les Anglais ont fixé l'impôt sur la terre à cinquante pour cent de la moyenne du produit brut et ont collecté l'impôt en espèces (roupies), ce qui obligeait les fermiers à vendre d'abord leur production pour obtenir du liquide, et à payer l'impôt ensuite. C'était une expérience unique pour la paysannerie indienne. Les coûts de maintien des institutions culturelles et religieuses, les équipements de soins de santé, les écoles, l'infrastructure de l'irrigation, les routes, les serais (lieux où les itinérants pouvaient s'arrêter la nuit, un peu comme les auberges en Angleterre), etc., étaient prélevés en plus de l'impôt foncier, tout au moins pendant les huit premières décennies (1780-1860). Aucune pitié n'était montrée en matière de perception d'impôt : Si la récolte était inférieure à la normale, l'impôt pouvait atteindre plus de 100% de sa valeur. Si le prix des récoltes s'effondrait en raison de moissons exceptionnelle, le fermier perdait encore au profit du percepteur.

Des historiens de l'économie, comme Dharampal, ont calculé que, par exemple, à la présidence de Madras (État actuel du Tamil Nadu), de 1830 à 1840, environ un tiers des terres les plus fertiles, probablement d'une superficie plus grande que la terre cultivable disponible dans les principaux comtés d'Angleterre, sont sorties des cultures parce que, même avec la production vendue comptant à 100%, la demande d'impôt foncier ne pouvait pas être satisfaite. Les Anglais ont appelé ce fait un « déclin important du revenu. » (2)
Cet important déclin des revenus n'a pas arrêté leur expansion territoriale. John Stuart Mill a écrit en 1858 que pas un penny n'a été dépensé par les contribuables britanniques pour la conquête et le contrôle de l'Inde ni pour les régions s’étendant de Sainte-Hélène, sur la côte occidentale de l'Afrique, jusqu'à Hong Kong en Chine. Les ressources, tous les pennies, étaient extorqués aux fermiers de l'Inde. L'Inde était une incroyable vache à lait pour la compagnie.

Pour les fermiers indiens, endurer la faim ou même la sous-alimentation, était une expérience nouvelle, et ils ont exercé des représailles ; l'histoire de 1780 à 1858 offre une longue liste de soulèvements spontanés à travers toute l'Inde.

 

 

Les fermiers indiens recommencent à nourrir des millions de gens

La population indienne s'élevait à 238,4 millions en 1900. Les colonialistes disaient : « trop nombreux, on peut pas tous les nourrir » Elle se monta à 252,1 millions en 1911 et les colonialistes répétaient : «trop nombreux, on peut pas tous les nourrir» En 1947, quand l'Inde est devenue indépendante, les fermiers pouvaient nourrir les 325 millions d'Indiens. En 1991 ils étaient plus de 844 millions et les fermiers les ont alimentés tous ; aucune famine ni débâcle de l'agriculture comme cela arriva à maintes reprises à l'époque britannique. La détresse agraire et les suicides de masse depuis 1997 ont été provoqués par le fait que l'Inde a livré son agriculture aux entreprises étrangères à partir de 1991. Cela conduit à nouveau les fermiers indiens en enfer, et cette fois avec l'entier soutien du gouvernement indien, des responsables du ministère de l'agriculture, et de l’establishment AG-scientific (allusion à une firme US de médicaments). Cette fois, il y a de la méthode dans la folie.

 

Malheur agraire et Loi d'Entreposage

En 1945, en prévision de l'indépendance de l'Inde les économistes de la Reserve Bank of India ont étudié l'endettement des fermiers et fait quatre recommandations clefs :

(a) que les fermiers soient munis d'équipements de stockage scientifique des denrées, dans des entrepôts appropriés, pour réduire au minimum les pertes après les récoltes ;

(b) que des récépissés d’entreposage soient délivrés aux fermiers, qui pourront les utiliser pour emprunter du iquide par le canal bancaire normal, éliminant ainsi leur dépendance aux prêteurs sur gages privés qui font souvent payer un minimum de 60% d'intérêts ;

(c) que chaque entrepôt ait une équipe technique qualifiée travaillant en étroite collaboration avec des agronomes, fournissant des services annexes comprenant le conseil concernant les semences, les engrais, et le stockage scientifique des denrées ; et

(d) le directeur d'entrepôt conseillera les fermiers sur le moment de vendre leur produit afin de maximiser les revenus et éviter les ventes-panique.

 

Alors que les recommandations étaient excellentes, c'est seulement neuf ans après, en 1956, que la loi d'entreposage est passée au Parlement. De 1956 à 1971, pratiquement chaque État a construit un certain nombre d'entrepôts. Le personnel technique employé dans ces entrepôts était en général compétent et résolument motivé ; il travaillait avec les fermiers, les aidait, et apportait un certain degré de stabilité dans la communauté des exploitants agricoles ruraux.

À partir de 1971 le siège des sociétés d'entreposage a changé de place. Il a été permis que la disposition sur les récépissés d'entreposage tombe en désuétude pour différentes raisons, dont la corruption des sociétés d'entreposage et la pression des sociétés d'engrais et de produits chimiques, afin d'allouer plus d'espace à leurs produits. C'était un arrangement pratique : les compagnies obtenaient de l'espace d'entreposage fortement subventionné et les sociétés d'entreposage obtenaient un revenu assuré par le loyer, avec le confort supplémentaire de la paperasserie allégée et pratiquement aucun travail sur le terrain avec les fermiers. Ainsi,  on a mis en échec une excellente stratégie pour sortir les fermiers du désespoir.

En 1966 la situation alimentaire était désespérée à la suite de trois sécheresses consécutives. Le gouvernement US refusa d'autoriser la vente de blé à l'Inde en raison du refus de celle-ci de se plier à la politique US en Asie.
Conformément aux conseils de MS Swaminathan, le gouvernement décida de rendre disponibles aux fermiers des engrais, des pesticides et des semences hybrides, par l'intermédiaire de ces entrepôts, pour le même loyer nominal demandé aux fermiers pour l’entreposage de leurs récoltes. C'est toujours vrai en 2006. Ainsi, de nombreuses entreprises publiques et privées de semences, d’engrais et de produit chimique, ont beaucoup plus bénéficié des équipements d'entreposage existants que les paysans indiens. Les gros propriétaires en ont aussi bénéficié.

 

Les aspects économiques de l'agriculture en Inde : une illustration simple
L'analyse suivante est basée sur les pratiques agricoles, de culture de la pomme de terre, de l'oignon et de quelques légumes, dans l'une des plus grandes régions (en gros 700 kilomètres carrés). La région est au Sud-Est de Patna et jouxte la plaine du Gange. La récolte de la pomme de terre se fait à trois mois et demi, et celle de l'oignon à environ cinq mois et demi aux alentours du mois de mai. Pendant la saison des pluies la région est inondée, donc les gens ont cessé de cultiver le riz. La plupart des fermiers ont oublié le rôle revigorant de la rizière : le développement d'algues sur l'eau stagnante est le procédé de fixation naturel de l'azote au sol. Un cerveau comme Sir Albert Howard a trouvé pourquoi les fermiers de la plaine du Gange ont pratiqué des cultures vivrières, saison après la saison, année après l'année, depuis l'antiquité. Il convient de noter que quand les Britanniques ont forcé les paysans indiens à cultiver le coton et l'indigotier sur les meilleures terres à rizières, ils ont aussi détruit le système de restauration de la fertilité, causant l'effondrement des récoltes d'hiver. Mais arrêtons-nous sur l’année 2004. J'ai constaté que cette année-là, les semences constituaient 20% des intrants, les produits chimiques (engrais et pesticides) environ 32%, le carburant (pour irriguer en drainant l'eau des couches aquifères souterraines) environ 10%, et la main d’oeuvre 38%. Ajoutez ou prenez quelques points du pourcentage, et vous aurez un effondrement des intrants, à la fois pour les récoltes de pommes de terre et d'oignon et cela est largement représentatif des coûts moyens des fermiers dans le Nord de Inde.
À ce coût, les fermiers obtiennent environ sept tonnes métriques [1 tm = 991 kg] de pommes de terre et le même poids d'oignon par bigha (en superficie, 1,59 bigha équivalent à un acre, soit 0,25 ha). Le prix moyen à la ferme et au quintal (100 kilogrammes), sur cinq ans dans les anciennes fermes, est d'environ 200 roupies pour la pomme de terre et 250 roupies pour l'oignon. La perte peut être fixée quelque part entre 10 à 40% à cause du dessèchement, du pourrissement, et des déperditions en transit (selon diverses évaluations du gouvernement). Si le fermier est chanceux, et répond aux prix du marché intelligemment, il peut faire en moyenne environ 2000 roupies la tonne pour la pomme de terre et l'oignon. En d'autres termes, en deux récoltes il peut produire un revenu d'environ 44.500 roupies l'acre par an (environ 1000 dollars). Avec des coûts de production d'environ 38.000 roupies l'acre, le rapport dans les anciennes fermes est d'environ 6500 roupies plus l'épargne sur les coûts de main-d'œuvre, réalisée parce que le ménage entier travaille dans ces fermes. Ce calcul n'inclut ni les pertes après moisson, dues au pourrissement, au dessèchement, et aux déperditions pendant le transport, ni le coût des capitaux empruntés.
Si les 14.440 roupies calculées pour les coûts de main-d'œuvre sont économisées, le revenu net du ménage peut atteindre 20.900 roupies l'acre par an, c'est à peu près le même que celui d'une famille de six personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. La majorité des fermes sont petites (moins de deux hectares) et les petits fermiers marginaux ont moins d'un hectare. Ainsi, un petit fermier marginal peut avoir un revenu maximum d'environ  50.160  roupies à l'hectare (20.900 roupies x 2,4 acres -- ou 1114 dollars par an et par hectare), en excluant le coût des capitaux. Les fermiers obtiennent rarement ce niveau de revenu hypothétique.
Si un fermier finance 50% de ses coûts de production par des emprunts, même à un intérêt de 36% (taux forfaitaire de 3% par mois), il se retrouve dans de graves difficultés financières. Beaucoup empruntent 75 à 100% de leurs intrants parfois à un taux d'intérêt de 40%. Invariablement au temps de la moisson, quand il y a surabondance, les prix s'effondrent. Les petits fermiers et les marginaux n'ont pas les ressources pour louer l'espace d'entreposage afin d'obtenir un prix meilleur plus tard. La vente-panique érode davantage la viabilité financière des fermiers. Ceux qui emmagasinent leur surplus finissent en perdant 10 à 20% du stock à cause de la détérioration et du rabougrissement par dessèchement, ce qui neutralise tous les gains à travers la fluctuation saisonnière des prix.
Si le prix du marché chute de 20%, même si le fermier n'a pas emprunté d'argent, il aura une perte de 2384 roupies (53 dollars) à l'acre. Pratiquement tous les trois ans, les prix s'effondrent d'au moins 30 à 50%, à cause en grande partie des manigances des commerçants, laissant les fermiers profondément endettés. Par conséquent, le discours sur l'aide aux fermiers avec un plus grand accès au marché, une promesse qui a été répétée par chaque politicien et chaque ministre de l'Agriculture depuis 1947, est peu susceptible de résoudre le problème du revenu minimum garanti. Comme montré ci-dessus, les fermiers marginaux ne peuvent pas tirer bénéfice de l'accès au marché ; c’est plutôt le marché qui agit à son gré contre l'intérêt des petits fermiers marginaux.
Cela démontre comment la méthode conventionnelle d'agriculture emprisonne les fermiers petits et marginaux dans la dette, un système de culture qui a été promu par Swaminathan, un établissement de Rockefeller. Swaminathan a exploité à fond la situation alimentaire désespérée en 1966 : sans évaluation critique de notre système de culture autochtone, il a vigoureusement appuyé les méthodes de cultures industrielles, piégeant les fermiers dans l'élévation en spirale des coûts de production financés par la dette. C'est ainsi que les petits fermiers indépendants US ont été décimés, pour être remplacés par une agriculture industrielle. Et c'est ainsi que les fermiers indiens sont détruits.
En dépit du fait que 70% des électeurs indiens sont des petits fermiers marginaux vivant dans 600.000 villages, et malgré le fait que chaque politicien fait une génuflexion selon les rites devant ces pauvres insignifiants à l'époque des élections, pas une fois le gouvernement de l'Inde, ou un quelconque gouvernement d'État de quelque tendance politique que ce soit, n'a fait montre de sérieux pour les sortir de la pauvreté, de la santé précaire, de la malnutrition, ou de l'analphabétisme.

 

L'échec des programmes de développement en Inde
Depuis 1951, l'Inde avait en apparence démarré ses plans quinquennaux pour le « développement planifié » sous influence soviétique, mais étonnamment sa politique agraire était directement sous contrôle et influence des Rockefeller, de la Fondation Ford et de l'USAID. Dans chaque plan quinquennal, l'agriculture et le développement rural étaient la priorité n°1 sur le papier, mais la réalité sur le terrain était fort différente.

 

• Les plus vieux fermiers se souviennent que dans les années 60, chaque responsable du développement agricole parcourait les villages en les encourageant à prendre le « kit gratuit » contenant des semences hybrides, des engrais et des pesticides. Au début, le rendement a augmenté de manière phénoménale. Par exemple, le rendement du blé a augmenté de 500% et celui du riz de 300%. Mais dans le processus de nombreux fermiers ont cessé de mettre de côté leurs graines et sont devenus lourdement dépendants de l'achat des semences hybrides, une politique délibérée pour déqualifier les fermiers.

• Des canaux d'irrigation ont été creusés pour les fermiers dans tout le pays, mais nombre de ceux-ci n'ont jamais obtenu d'eau ; même après trois ou quatre décennies la majorité sont à sec. Seuls quelques-uns, ceux creusés au Pendjab et en Haryana, ont de l'eau parce que les ingénieurs ont détourné les fleuves intarissables de l'Himalaya. Les départements de l'irrigation de la plupart des États sont maintenant faits une mauvaise réputation,privilégiant la corruption et le harcèlement des fermiers sur la construction de canaux qui fonctionnent.

• Le programme rural d'électrification, lancé en grande fanfare dans les années 70, soi-disant pour les fermiers, a été un fiasco. Villages après villages ont vu des poteaux et des fils électriques, certains depuis plus de trois décennies, mais les gens attendent toujours l'électricité. Ainsi les fermiers en sont arrivés à dépendre d'engins diesels pour tirer l'eau des couches aquifères souterraines. Comme ils tiraient plus d'eau, le niveau de l'eau est descendu, exigeant toujours plus de gasoil pour remonter l'eau. Il y a quarante ans, on pouvait atteindre l'eau à six pieds sous terre et construire un puits intarissable d'une profondeur d'environ 12 à 15 pieds. Aujourd'hui on a de la chance si on obtient de l'eau à moins de 120 pieds.

• Le plus grand programme de nutrition complémentaire du monde depuis 1974, dirigé par le gouvernement indien avec l'aide financière d'agences de l'ONU (FAO, Programme alimentaire mondial et UNICEF) et de la Banque Mondiale, censé alimenter  25 jours par mois les femmes enceintes, les mères allaitantes, les adolescentes et les enfants en dessous de 6 ans, fonctionna pendant quatre ou cinq ans dans la majorité des centres de distribution en Uttar Pradesh, l'État le plus populeux de l'Inde. L'alimentation souvent vendue aux commerçants locaux, finit par se transformer en nourriture à bétail dans les exploitations d'élevage industriel ou comme matière première dans l'industrie agro-alimentaire, ou termine dans l'approvisionnement de l'épicerie locale. Le cycle de malnutrition entre les générations s'est perfectionné à un tel point que les fermiers marginaux sont des squelettes ambulants dans la plupart des endroits.

• Le programme d'alphabétisation des adultes, amorcé dans les années 50, a échoué ; trente ans plus tard le nombre d'adultes illettrés a en fait doublé en Inde. En 1988 a été lancée une autre « Mission Nationale d'Alphabétisation », mais en 1993 elle était moribonde. Pendant que beaucoup de régions renvoyaient des chiffres truqués, le recensement de 2001 indique en fait que la majorité des ruraux indiens sont toujours illettré. Dans certains villages aucune femme ne sait lire et écrire. Les ressources ont été détournées mais aucun responsable n'a été poursuivi. La communauté agricole reste illettrée.

• La majorité des fermiers n'ont aucun accès à une eau potable sûre. Le programme d'eau potable approvisionne maintenant en eau de pluie régénérée classique, récoltée dans des structures au niveau de la communauté, mais seulement du réservoir d'eau dans la majorité des villages. Une pompe électrique pour tirer l'eau souterraine et des canalisations chères ont été posées, bénéficiant aux fabricants de ces articles. Les couches aquifères souterraines sont contaminées par des pesticides infiltrés qui les rendent impropres à la consommation. Puisqu'il n'y a pas d'électricité et que la crise énergétique a déjà atteint des proportions explosives, plusieurs de ces ressources deviendront bientôt inexploitables. Par conséquent, les maladies et l'intoxication chimique portés par les eaux sont endémiques en Inde, et ce sont les fermiers qui en souffrent le plus.

• La majorité des villages n'ont aucun système sanitaire. Dans certaines régions, 93% des ménages ruraux n'ont pas de toilettes. Pendant la Campagne d'Hygiène Totale du gouvernement indien, des toilettes ont été construites dont les eaux usées sont évacuées dans les rues. Des solutions simples comme des toilettes à compostage ont été ignorées. En fait, ces toilettes constituent le plus grand désastre hygiénique du monde.

À quelques rares exceptions près, la même histoire se répète à travers à travers toute l'Inde.
Un point commun à presque tous les programmes indiens de développement rural est qu'ils ne bénéficient ni au peuple, ni aux communautés locales. En fait, ces programmes ne font que causer un colossal gaspillage d'argent du contribuable ; ils créent en réalité des conditions de mort lente par ignorance, saleté et maladie, pour le plus grand profit des grandes entreprises.
Ainsi, tous les programmes cherchant à alléger la misère rurale, à instruire la paysannerie, et à créer l'infrastructure rurale sont faits pour échouer mais aucun fonctionnaire ni aucun politicien ne peuvent être tenus responsable de l'échec. L'administration fonctionne avec des règles qui s'assurent que les individus investis de pouvoir ne peuvent jamais être tenus pour responsables des échecs. Il y a certainement d'excellents fonctionnaires et des politiciens efficaces, mais ils sont invariablement marginalisés. La méthode à l’œuvre dans ce pays est telle que peu de gens peuvent la combattre.


Les machinations du Nouvel Ordre Mondial
Pourquoi les dirigeants élus et les professionnels du service public de la plus grande démocratie du monde gardent-ils délibérément 70% de leur peuple, les fermiers marginaux, dans une dépendance servile continuelle ? Quelque chose de très sinistre se passe ici en Inde, quelque chose d'aussi méprisable que ce qui est arrivé en Union Soviétique il y a environ 70 ans, et qui est arrivé aux USA au cours des 100 dernières années : La décimation totale du fermier indépendant.
Selon John Coleman, « l'une des opérations principales mais peu connues de la Fondation Rockefeller ont été ses techniques de contrôle de l'agriculture mondiale. »

Son directeur, Kenneth Wernimont, a établi des programmes agricoles contrôlés par Rockefeller dans l'ensemble du Mexique et de l'Amérique Latine. Le fermier indépendant est une grande menace pour l'Ordre Mondial, parce qu'il produit pour lui-même, et parce que sa production peut être convertie en capital, lui donnant l'indépendance. En URSS, les Bolcheviks ont cru être parvenus au contrôle total du peuple ; ils furent consternés de constater que leurs plans étaient menacés par l'indépendance obstinée des petits fermiers, des koulaks. Staline ordonna à l'OGPU de saisir toute la nourriture et les animaux des koulaks pour les affamer.

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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 03:10


Aux USA, les fondations sont à présent engagées dans le même genre de guerre d'extermination contre les fermiers US… La Brookings Institution et d'autres fondations sont à l'origine de programmes monétaires mis en application par la Réserve Fédérale pour détruire le fermier US, un remake de la tragédie soviétique en Russie, avec une clause conditionnelle il sera permis au fermier de survivre s'il devient travailleur esclave des trusts géants. »

 

La recherche du Dr John Coleman

http://www.barefootsworld.net/tavistok.html
Les recherches du Dr John Coleman, ancien agent des renseignements du MI6 britannique, jettent une lumière nouvelle qui force à regarder la crise agraire actuelle dans une nouvelle perspective, peut-être jamais explorée avant par les intellectuels indiens, quelle que soit la signification de ce terme, en particulier ceux qui prétendent représenter la société civile ; les intellectuels officiels sont de toute façon des payés à ne rien faire, des acolytes cooptés par les Rockefeller.

 

Premièrement, les banquiers, avant tout les Rockefeller, étaient responsables de la destruction des fermiers indépendants aux USA et cette histoire est en train de se répéter en Inde : détruire la volonté des fermiers marginaux afin de contrôler plus de 700 millions d'indiens pour toujours, condamnés à l'esclavage permanent. Cela fut mis en route par les colonialistes britanniques qui les ont maintenus continuellement affamés pendant 180 ans. Dans l’Inde libre la même politique est poursuivie par l'élite régnante cooptée, en maintenant les fermiers marginaux dans l’illettrisme, la sous-alimentation et sans aucun service de base comme les soins de santé, le système sanitaire, l'eau potable, les écoles, et les routes.

 

Deuxièmement, le fermier indépendant est la plus grande menace pour le pouvoir de l'élite régnante dans le monde parce que le fermier peut produire pour lui-même. Il ne peut pas mourir de faim. Si tous les fermiers indépendants produisaient seulement pour leur consommation personnelle, le reste du monde pourrait mourir de faim, l'élite régnante aussi pourrait mourir de faim (à moins qu'ils mangent du blé martien ou de la viande de Pluton). Le mille carré de Delhi, où vit l'élite régnante indienne, mourrait certainement de faim, mais pas les fermiers. Si les fermiers indépendants et les petits fermiers marginaux refusaient de vendre leur excédent aux multinationales agro-alimentaires, cette décision pourrait détruire le racket mondial de 3200 milliards de dollars sur la nourriture et rendre les gens en si bonne santé que les 466 milliards de dollars de l'industrie pharmaceutique pourraient passer à leur tour à la trappe [1]. Oh non, trop d'argent est en jeu. Par conséquent, la mascarade soignée du gouvernement « favorable aux fermiers », un mécanisme minutieux pour voler l'argent de contribuables au nom des « pauvres fermiers », brillamment manigancée par la gauche et les socialistes (principalement Jawaharlal Nehru et ses subordonnés) depuis 1947. Et tout cet argent, se déversant par milliers de milliards de roupies depuis 1947, n'a ni amélioré le sort des fermiers marginaux, ni aidé à créer une infrastructure rurale viable. L'argent s'est simplement évaporé et aucune question n'a été posée.

 

Troisièmement, les fermiers indépendants et marginaux ont besoin de capitaux pour les labours, les intrants et la connaissance. L'éducation (pour réduire les risques) et les intrants, comme les engrais, les pesticides, et les semences, sont tous contrôlés par de grosses entreprises sous tutelle des grands milieux d'affaires des fonctionnaires du gouvernement, dont les scientifiques de la bureaucratie agricole indienne. L'argent pour acheter ces intrants cruciaux est fourni par les banquiers des USA, de l’Union européenne, d’Australie et de Nouvelle-Zélande et n'est pas fourni par le système bancaire indien, qui est en fait maintenant sous contrôle de la Banque Mondiale et du FMI, lesquels sont à leur tour contrôlés par des ploutocrates comme Baring, Hambros, Lazard, Erlanger, Mirabauld, Fould, Mallett, Rothschild+Morgan, Schroeder, et bien entendu les Rockefeller.

 

Quatrièmement, les fermiers marginaux en Inde sont harcelés de produire pour les multinationales agro-alimentaires, comme PepsiCo et d'autres. Le nom de PepsiCo surgit maintes et maintes fois quand je rencontre les fermiers marginaux du Nord de l'Inde. Leur équipe de terrain avait offert des affaires « lucratives » pour un contrat de fermage, un nouveau concept en Inde. Entamée par le gouvernement précédent du BJP (les Nationalistes Hindous, comme dit la Britannique Blablateuse Corporation (BBC) aurions-nous cru, que veut nous faire croire que les nationalistes hindous sont des frères des Talibans), cette opération vise à louer la terre des fermiers marginaux pour y cultiver les produits dont ont besoin ces multinationales pour fabriquer des produits alimentaires. Cela évincera des millions de fermiers marginaux de leurs fermes et émoussera davantage le savoir-faire de l'agriculture indienne. Où iront-ils, comment passeront-ils leur temps, combien ces multinationales les payeront-elles, si elles les payent intégralement, et restitueront-elles leurs terres aux propriétaires légitimes, ce sont là des questions qui n'habitent pas l'esprit de l'élite régnante indienne. Ce sont des machinations dans la droite ligne de celles de la Compagnie des Indes Orientales. Et le même ordre du jour, du Parti Nationaliste Hindou précédent, est mis au point sous l'actuel gouvernement « laïque », grand favori de Fox, de CNN et bien sûr de la  BBC de gauche, et soutenu avec compétence par la Droite et le Centre-gauche indiens. Ainsi, tous les gouvernements et tous les partis politiques mettent en application le programme des Rockefeller et de leur espèce, à travers les puissantes multinationales ; nous sommes revenu aux années 1760, seuls les noms ont changé.

 

Cinquièmement, tous les maillons de la chaîne d'approvisionnement des fermiers marginaux, en amont comme en aval, sont maintenant sous le contrôle du Big Business. Les entreprises multinationales de semences ont monté des opérations en Inde, certaines font fréquemment la Une pour vol de graines locales (Monsanto et Syngenta). Elles sont responsables, avec des noms illustres comme Swaminathan, de la destruction de la biodiversité indienne. Il convient de noter que l'Inde avait 100.000 variétés de riz ; aujourd'hui à peine 50 sont encore disponibles. Les fermiers dépendent maintenant de ces entreprises multinationales de semences et la première mesure qu'elles ont prises est de préconiser des graines hybrides, souvent volées aux peuples autochtones. Pour ajouter la cerise sur le gâteau à leur vol, maintenant ces multinationales contaminent délibérément les semences locales avec des graines génétiquement modifiées (GM) [2]. Dans 39 États, les semences locales sont maintenant contaminées par des graines GM, comme le rapporte le Dr Mae Ho de l'ISIS au Royaume-Uni.

 

« Dans son exposé majeur, « Le grand vol de gènes », le Dr Claude Alvares révèle comment le gouvernement US a volé des gènes en Inde en connivence active avec des scientifiques comme le Dr MS Swaminathan, qui a été autrefois largement salué comme le  « père de la Révolution Verte », et qui influence toujours les décisions du Ministère de l'Agriculture indien. « Alvares décrit la marginalisation du Dr R H Richharia, brillant spécialiste du riz, qui a combattu tout seul pour préserver un précieux… héritage national (les semences de riz) -- pour ensuite perdre face aux agents US. » (The Illustrated Weekly indien ; pages 6-17, du 23 mars au 5 avril 1986). Ce n'est pas un problème spécifique à l'Inde ; en matière de semences, les fermiers mènent partout une bataille perdue d’avance.

 

Pareillement, les fabricants d'engrais et de pesticides couvrent maintenant la totalité de l'Inde de points de vente locaux vendant des poisons efficaces et les fermiers les utilisent sans chaussures, sans masque facial, pendant que les femmes et les enfants s'asseyent tout près. Les rapports récents d'une ONG révèlent que les cultivateurs de coton de l'État du Pendjab ont de hauts niveaux de résidus de pesticides dans le sang. Les taux de cancer ont augmenté de façon vertigineuse ; des fermiers sont morts empoisonnés par les pesticides.

 

Il n'y a aucune différence dans l'action des voleurs de l'East India Company (1760-1857), les pilleurs de l'Inde britannique (1857-1947) et le gouvernement indien coopté (depuis 1947). Sauf que la forme d'extorsion a changé

Chaque acre d'oignon et de pomme de terre rapporte aux multinationales 523 dollars en semences, gasoil, engrais et pesticides, et rapporte au maximum 464 dollars au fermier, dans des conditions idéales.

Revenu des fermiers (par an et par acre)
Fermiers : 144 dollars US
Économie de main d’oeuvre : 320 dollars (en cas de non-recours  à une main-d'œuvre salariée)
Excédent brut : 464 dollars (coût du capital exclu)

Revenu pour les entreprises (par an et par acre)
Semences : 168,89 dollars
Gasoil : 84,45 dollars
Engrais et pesticides : 270,23 dollars
Total aux entreprises : 523,57 dollars

 

Si le fermier obtient 464 dollars à l'acre, le coût social du revenu additionnel de 320 dollars est énorme : les enfants ne vont pas à l'école, les femmes font un travail éreintant de 16 heures par jour, et la famille vivote tout juste avec deux repas par jour, et parfois même pas ça. D'autre part, le coût environnemental des 523 dollars allant aux distributeurs et aux détaillants des multinationales US et européennes est aussi énorme : ressources en eau épuisées, terre empoisonnée, mort du sol, biodiversité détruite, contamination des semences naturelles par des graines GM, destruction de l'habitat, contamination des gisements naturels d'eau, apparition de maladies inconnues et extension de problèmes de santé comme le cancer, le diabète, les déficiences immunitaires etc.


Ce qui se profile à l’horizon

L'industrie alimentaire mondiale a une valeur 3200 milliards de dollars et s'accroît, probablement vers la valeur de 4000 milliards de dollars. L'industrie alimentaire peut maximiser ses bénéfices seulement en contrôlant les agriculteurs et leur terre ; c'est la logique du business alimentaire.

 

 

Tableau 1 – MARCHÉS GLOBAUX

En millions de dollars    % du total

Semences                                21.000              0,55%

Engrais                                    80.000              2,10%

Pesticides                                 35.400              0,93%

Industrie alimentaire              3.200.000           84,16%

Pharmaceutique                       466.000           12,26%

Total                                   3.802.400                   100,00%

 

Le tableau 1 démontre que les gens ont acheté pour 3200 milliards de dollars de nourriture sur la Terre. Afin de produire les 3200 milliards de dollars de ventes de l'industrie alimentaire, les fermiers ont payé 21 milliards de dollars à l'industrie des semences, 80 milliards de dollars à l'industrie des engrais, et 35,4 milliards de dollars à l'industrie des pesticides. Et chaque industrie est un tueur silencieux. Les gens tombant malades et devenant fragiles, ils ont payé un supplément de 466 milliards à l'industrie pharmaceutique pour faire face aux effets secondaires de cette nourriture, pour rester sains et survivre. Les ploutocrates qui contrôlent les banques contrôlent les semences, les engrais, les industries alimentaires, et ils contrôlent aussi l'industrie pharmaceutique. À travers des agences d’ AID (agences pour le développement international) et des fondations de recherche bien financées ils promeuvent des technologies douteuses [3] et détruisent les systèmes autochtones viables. La complicité du gouvernement indien est partout :

(a) Il a signé la Knowledge Initiative in Agriculture (initiative pour le savoir agraire) avec le meurtrier de masse George Bush à Hyderabad (en mars 2006), sachant parfaitement bien que l'initiative cherche à introduire en douce en Inde des technologies destructrices pour la sécurité alimentaire et les méthodes de culture autochtones ;
(b)
une importante tentative pour déréglementer la sécurité alimentaire en faveur des entreprises transnationales est en cours ;
(c) les fermiers des États d'Uttar Pradesh et du Bihar se sont fréquemment plaints de leur impossibilité à stocker des semences, ce qui indique que des terminators GM sont présents sur le marché en dépit des lois interdisant les semences GM ;
(d) le Comité d'approbation du génie génétique du Ministère de l'Agriculture n'est rien de plus qu'un organisme à donner des coups de tampon ;
(e) les gouvernements occidentaux et les transnationales alimentaires sous l'OMC sont en train de réécrire toutes les règles concernant tous les aliments  (Codex Alimentarius) [4]. Tout cela acculera les fermiers marginaux à la dette et à l'esclavage. Aujourd'hui, pratiquement toutes les méthodes soutenant la santé et la longévité ont été détruites et les gens sont forcés de dépendre des entreprises pour survivre… depuis les semences jusqu'à la nourriture et les médecines, et dans cette globalisation non consentie, la survie des fermiers marginaux n'est pas un problème.

 

La vérité
Un fermier pauvre indien gagne aujourd'hui en s’épuisant à la tâche 144 dollars, soit exactement 12 dollars par mois. Si le ménage entier, enfants de cinq ans compris, cultive un acre, ils pourraient juste gagner 464 dollars de leur maigre exploitation, à condition que tous les facteurs soient favorables, ce qui arrive rarement. Mais les entreprises, leurs distributeurs et leurs détaillants extraient 523,57 dollars de chaque acre travaillé, que le fermier gagne ou non le moindre dollar. La destruction des fermiers indépendants US manigancée par les Rockefeller est répétée ici en Inde.

Les suicides des fermiers indiens servent deux objectifs :

Un, la réduction de la population indienne et de la pression sur les ressources naturelles pour les raisons qui ont été concoctées par les penseurs néo-conservateurs qui contrôlent la politique de Washington. La population mondiale doit être ramenée au niveau de 1750, à 770 millions si la planète veut survivre à l'ère de l'après-pétrole. Cela était connu d'un petit groupe aux USA en 1974 et le plan pour réduire la population mondiale a été mis en marche par Henry Kissinger, endossée par Jimmy Carter, favorisé par Reagan, George Bush senior, Clinton, et maintenant accéléré par Baby  George.

Deux, alors que les ploutocrates mettent en application leur programme à travers l'élite indienne régnante et cooptée, ils extraient autant de profits qu'ils le peuvent, tout en tuant simultanément deux fois plus sur la Terre. Le profit doit être assuré, peu importe l nombre de morts. Et les gouvernements indiens ont été d'actifs complices dans la mise en œuvre de cet ordre du jour depuis 1947. D'abord c'étaient Nehru et sa fille Indira Gandhi qui ont gouverné l'Inde pendant 34 ans. Puis Rajiv Gandhi, fils d'Indira Gandhi, qui a gouverné cette nation infortunée. Aujourd'hui, Manmohan Singh, Montek Singh, Chidambaram, Karat, Sitaram, tout l’establishment politique et bureaucratique, sont responsables de la création des conditions pour réduire la population de l'Inde.
Toute la tragédie c'est que chaque individu sur terre est condamné à mort par l'uranium appauvri contaminant l'atmosphère : chaque personne de chaque classe, couleur, croyance, ou religion. L'élite régnante de Delhi est particulièrement vulnérable. Ils ont respiré de l'air contaminé par de l'uranium appauvri depuis 1991 et ils sont tous condamnés à mort. Combien de temps mèneront-ils une vie normale avant une longue et pénible agonie ? C’est leur problème, pas le mien. Mais ils sont autant responsables de la mort des fermiers qu'ils le seront de leur propre mort et de la mort d'une civilisation antique parce qu'ils n'ont pas vu venir la catastrophe annoncée.
Les deux plus grandes démocraties du monde sont en train d’écrire l'épitaphe des fermiers indépendants et de leurs propres peuple. Toute l'ironie c'est que les pierres tombales des fermiers US sont produites en réalité dans des carrières de pierres de l'Inde par les mains de fermiers excédentaires, tandis que le bois des bûchers des fermiers indiens morts sont obtenus ici, directement ou indirectement, en graissant la patte des fonctionnaires forestiers. Les Illuminati gouvernent, ok !

 

Notes de l'auteur

1- Henry Waterfield, (1875), Mémorandum sur le recensement de l'Inde britannique 1871-72, Londres, Eyre and Spottiswoode, P. 6 ; http://www.chaf.lib.latrobe.edu.au/dcd/page.php?title=&action=next&record=4]
2- Dharampal. L'Inde avant le gouvernement britannique et la base pour la réapparition de l'Inde. 1998. Gandhi Seva Sangh, Sevagram, Wardha, Maharashtra : http://www.swaraj.org/shikshantar/resources_dharampal.html. Il convient de noter que Sevagram a été établi par le Mahatma Gandhi.

Notes du traducteur

[1] D'autres ont les mêmes vues que Arun Shrivastava. De nombreuses maladies de dégénérescence seraient dues au déficit en nutriments essentiels dans les aliments industriels. Les maladies cardio-vasculaires en particulier seraient des états scorbutiques pouvant être soignés rapidement avec de fortes doses de vitamine C, entre autres. Les médicaments de synthèse ne seraient d'aucune utilité, sauf bien sûr pour pérenniser les revenus de l'industrie pharmaceutique...

http://www.laleva.cc/The_Hague/fr/complaint0.html
[2]
Ces multinationales ont des objectifs criminels évidents puisqu'elles cachent au public les rares études complètement indépendantes qui démontrent généralement la dangerosité des OGM :

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=BLE20061102&articleId=3672

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=20061103&articleId=3698
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=GE-20061103&articleId=3687

[3]
Que penser, par exemple, de la chimiothérapie et des rayons pour « traiter » le cancer ? Ces techniques détruisent et font souffrir, alors que dès la fin des années 60 on savait pratiquement vaincre naturellement le cancer. Voir, par exemple, l'histoire de André Gernez, chercheur à l'INSERM : http://www.lesensdenosvies.org/forum/index.php?s=66094fbdbb20d634abeb7b56962995d3&showtopic=710&st=0&#entry8850

http://www.amessi.asso.fr/Protocole-du-Dr-Andre-Gernez-sur

[4] L'usage de plantes utilisées traditionnellement depuis des lustres est aussi progressivement interdit par le Codex Alimentarius. Actuellement, par exemple, on vise à interdire ou à contrôler l'usage de l'ortie, un fertilisant et un pesticide naturel, efficace, sans danger et pas cher.

Autres exemples tirés du livre « Au nom de la science » de Andew Goliszek et Thierry Souccar : L'AFSSAPS a interdit les produits à base de kava, ils gênaient la vente d'anxiolytiques de synthèse chers (un marché de 380 millions d'euros), ou encore les produits à base de millepertuis, un antidépresseur naturel léger sans danger qui était de plus en plus utilisé contre l'anxiété et la dépression, au détriment des produits de synthèse chers et dotés d'effets secondaires pas secondaires du tout...


Original : The People’s Voice   

L'auteur : Arun Shrivastava, Master of Business Administration, au Calcutta Medical College, est conseiller diplômé en gestion.

Traduit de l’anglais en français par Pétrus Lombard, membre associé et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1526&lg=fr

 

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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /Juil /2008 03:27

Pour peu qu’ils soient attentifs à la politique éducative, les Français doivent commencer à perdre totalement leurs repères. Chaque matin, en effet, ils se lèvent avec une école différente de celle avec laquelle ils s’étaient couchés...

Bloc-notes de Philippe Meirieu


Après les coups médiatiques sur Guy Môquet, la Shoah et l’esclavage, ils se demandent ce que le président de la République va bien pouvoir inventer : une journée Clovis dans les maternelles, la lecture obligatoire des attendus du procès de Louis XVI à l’entrée au collège, la récitation du discours de Lamartine sur le drapeau français en seconde, un hommage obligatoire à Louis Papin dans tous les lycées professionnels ? Rien de cela, d’ailleurs, ne serait totalement absurde ! Mais cette juxtaposition n’aurait d’autre sens que de faire croire à la possibilité d’une éducation réduite à des commémorations. Comme si l’inscription dans une histoire et l’enracinement dans une tradition porteuse d’avenir pouvaient se réduire à des injonctions ! Il faut un vrai travail pédagogique en profondeur qui ressaisisse tout cela, fasse émerger les valeurs fondatrices et les relie avec ce qui se vit dans la classe. Il faut des professeurs qui puissent incarner, dans les exigences quotidiennes de l’École, un rapport exigeant à la justice, à la vérité, à la résistance aux préjugés. Il faut des adultes qui tiennent parole dans des établissements à taille humaine, avec des institutions lisibles et équitables : loin des coagulations d’élèves indifférenciés qui errent dans des couloirs anonymes, voient fondre sur eux des orientations trop prévisibles et ne rencontrent que des interlocuteurs si occupés à remplir des enquêtes administratives qu’ils n’ont plus de temps pour les écouter…

Mais, nous dit-on, on y travaille. Et, effectivement, la réformite est à l’œuvre. Après la suppression progressive de la carte scolaire, après l’amputation de deux heures de la semaine scolaire et « le recentrage sur les fondamentaux » à l’école primaire, après la publication annoncée des résultats des évaluations des écoles sur Internet dès la prochaine rentrée, après l’annonce de la mise en place d’un « lycée à la carte » et de la suppression de l’année de formation professionnelle des enseignants, après la création d’une agence de remplacement des enseignants faisant appel à des personnels non fonctionnaires, on se demande bien ce que le ministre va encore inventer ! Mais rassurons-nous, le collège qui, nous dit-on au ministère, va très bien, ne risque pas d’être touché : la gare de triage continuera à fonctionner avec la même efficacité ! Un bon tiers des élèves continuera à s’y perdre dans les dix-huit premiers mois, incapables de s’y repérer, d’organiser leur travail, de préparer leur avenir…

« Maintenir le cap des réformes » fonctionne ainsi aujourd’hui comme une formule magique, permettant de donner aux Français le sentiment qu’on s’occupe de leur École. Certes, on s’en occupe, et de manière systématique. Mais comment ? En inscrivant cette École dans la logique marchande dont il faut tenter de comprendre le fonctionnement.

Le principe : on améliore la qualité de l’éducation en mettant en concurrence les acteurs – professeurs et cadres éducatifs –, les établissements – du premier et du second degré, au sein de l’enseignement public comme entre l’enseignement public et l’enseignement privé – et les institutions – l’Éducation nationale, les collectivités territoriales, les associations.

La conséquence : l’État n’a pas à garantir la qualité du service public, mais doit se contenter de faire jouer les rivalités. Ce qu’on nous présente ici comme le fin du fin de la modernité n’est, en réalité, que le ripolinage de la vieille formule de Mandeville (1670-1733) dans la Fable des abeilles : « Les vices privés font les vertus publiques ».

La méthode : pour accorder le vieux libéralisme à la montée des individualismes, le pouvoir politique doit développer une technocratie évaluative. Il faut fixer des standards, multiplier les tests de toutes sortes, rendre publics les résultats et laisser les parents – dont on fait ainsi des « consommateurs d’école » – développer leurs stratégies personnelles afin de trouver les meilleurs établissements pour leurs enfants.

Le point d’appui : quand les parents ne sont pas contents de ce qu’ils vivent dans une école, de la manière dont ils sont écoutés et pris au sérieux, de l’encadrement et de l’accompagnement de leurs enfants, au lieu de s’impliquer et de militer pour améliorer la situation, ils sont simplement invités à changer d’établissement.

Le gain : plus besoin d’investir dans notre École, ni même d’en former les enseignants car le marché stimule les initiatives et permet d’optimiser le rapport qualité / prix. Plus besoin, non plus, de financer des aides et des dispositifs spécifiques pour permettre aux acteurs de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent : on se recentre sur « le cœur du système » – les classes et les cours « normaux » – et l’on réduit drastiquement tout le reste.

L’implicite : il y aura des gagnants et des perdants, tant du côté des familles que du côté des élèves et des enseignants. Mais, après tout, il en a toujours été ainsi. Et, de plus, l’État, dans sa volonté de soutenir les efforts méritoires, organise la concurrence entre les exclus afin de désigner ceux et celles qui pourront échapper aux ghettos dont ils sont originaires.

La justification : il faut bien que la réussite se mérite d’une manière ou d’une autre. Une École où tout le monde réussirait et serait capable d’accéder aux fondamentaux de la citoyenneté se discréditerait vite aux yeux de ceux – majoritaires, dit-on – qui sont persuadés que le petit nombre des élus garantit la béatitude au paradis. Le « socle commun » ne garantit qu’une insertion a minima ; en le distinguant des objectifs de la scolarité obligatoire, on a institué l’école à deux vitesses dès le plus jeune âge.

La pédagogie : on n’en a pas besoin, car ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas apprendre, c’est leur problème. Ainsi le « pédagogisme » est-il stigmatisé pour son obstination à poser des questions impertinentes. En affirmant qu’il ne suffit pas d’enseigner pour que les élèves apprennent, il fait entrer en compte des variables ni quantifiables ni mesurables : le sujet et son désir, la capacité de l’École à instituer le premier et à susciter le second.

Le corollaire : face aux rancoeurs de ceux qui se sentent abusés ou humiliés, il faut développer un discours autoritariste qui les assigne à une sage résignation. En effet, le discours sur l’égalité des chances a engendré des espérances très largement déçues. Les élèves en échec, de victimes, se retrouvent coupables et, incapables de métaboliser leur exclusion en militantisme social, syndical ou politique, s’expriment par la violence ou les replis identitaires qu’il faut réprimer.

L’avenir : il se conçoit à partir de la vision libérale de la dette, sans aucune considération pour les coûts sociaux à moyen et à long terme de l’échec scolaire. La notion d’investissement est rabattue sur une vision productiviste à court terme. On fait la même erreur que celle qui, en matière d’écologie et d’environnement durable, compromet l’existence de notre planète. Mais, ici, il ne s’agit plus de se demander quel monde nous laisserons à nos enfants – ce que, malheureusement, nous savons –, mais quels enfants nous laisserons au monde – ce qui reste notre dernière responsabilité.

La prévention : dans la conception du libéralisme technocratique et autoritaire, c’est une illusion soixante-huitarde car, par définition, on ne peut pas en mesurer les effets immédiats. Puisque prévenir, c’est empêcher des choses d’avoir lieu, on ne trouve jamais de « raison objective » capable d’en justifier la dépense. La prévention, en effet, ne peut relever que d’un choix politique volontariste, d’un pari sur le futur irréductible à toutes les arguties comptables.

Face à cette logique d’une extrême cohérence, il convient, plus que jamais de travailler à une alternative crédible. Il nous faut une École où l’État garantisse que les missions de service public de tous les établissements sont bien assurées. Une École qui associe véritablement les professeurs et les familles à la définition de l’intérêt collectif. Une École qui promeuve l’inventivité pédagogique au service de tous les élèves. Une École qui promette à ceux qui s’y investissent, quelles que soient leurs origines, des satisfactions intellectuelles de haut niveau. Une École ambitieuse. Une École pour la République et la démocratie.



Par Dominique - Publié dans : -*- goudouly
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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /Juil /2008 03:44



La journée d’Enzo - 3 septembre 2012


DIVERS
 

Enzo est assis à sa place, parmi ses 32 camarades de CP. Il porte la vieille blouse de son frère, éculée, tâchée, un peu grande. Celle de Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d’une grande marque. La maîtresse parle, mais il a du mal à l’entendre, du fond de la classe. Trop de bruit.

La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite qui vient remplacer leur maîtresse en congé pour maternité. Il ne se souvient pas plus de son nom qu’elle ne se souvient du sien. Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie en congé. La vieille dame de 65 ans est là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l’intérimaire avant elle. Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal.

Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les dates des croisades. On l’a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans doute aussi aux vacances. Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il l’a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus payer la cantine.

Il a commencé l’école l’an dernier, à 5 ans. L’école maternelle n’est plus obligatoire, c’est un choix des mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école. Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l’école à 3 ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l’accueil et le goûter n’existent plus, place à la morale, à l’alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se débrouiller seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante élèves chacun comme une garderie. L’école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y ont accès.

Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l’école et ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne peuvent pas l’aider pour les devoirs, ils font trop d’heures supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir à l’école, pour aider son grand-père, qui n’a presque pas de retraite.

Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur (un gendarme en retraite choisi par le maire) a rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais. Enzo n’oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à côté de son père menotté. Il parait qu’il n’avait pas de papiers... Enzo fait très attention :

Chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère.

Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l’assurance, et ses parents n’ont pas les moyens.

L’an prochain Enzo devra prendre le bus pour aller à l’école. Il devra se lever plus tôt. Et rentrer plus tard. L’EPEP (établissements publics d’enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP dans le village voisin, pour économiser un poste d’enseignant. Ils seront 36 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre école.

Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par coeur. Mais sa mère dit qu’il n’y a plus de travail, que ça ne sert à rien. Le père d’Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l’usine est partie là-bas. Il ne l’a pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s’appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la vieille dame disait hier que c’est très bien, la mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !

Il lui tarde la récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune soeur de maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l’école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c’était un syndicaliste qui faisait de la pédagogie. Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini par démissionner.

Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n’est pas payée. Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée, c’est épuisant. » Surtout qu’elle dort dans le salon chez Enzo, elle n’a pas assez d’argent pour se payer un loyer.

Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec l’abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d’Arc et les dix commandements par coeur. C’est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien…

Enzo se demande pourquoi il est là. Pourquoi Saïd a dû partir. Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit. Pourquoi et comment les usines s’en vont en important le travail. Pourquoi ils sont si nombreux en classe. Pourquoi il n’a pas une maîtresse toute l’année. Pourquoi il devra prendre le bus. Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages. Pourquoi on le punit ainsi. Pourquoi il n’a pas de lunettes. Pourquoi il a faim.

Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours et les annonces du gouvernement. Est-ce l’école que nous voulons ?

Marc

Par Dominique - Publié dans : -*- goudouly
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