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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 04:08

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LE DENI



Il y a une attitude et un sentiment encore plus grave et dangereuse, après un conflit, que l’amertume et l’abattement, c’est le déni.

Savoir que l’on a été battu peut-être la source d’un sursaut, d’une prise de conscience, d’une révision de l’attitude qui a conduit à l’échec. Le déni, lui, c’est l’aveuglement et la persistance dans l’erreur. C’est la démission non seulement au moment de la lutte mais le refus de reconnaître la réalité après… s’interdisant ainsi de tirer les leçons de l’échec, stérilisant toute possibilité future de victoire.


UN ECHEC BIEN PREPARE

Sur la question des «régimes spéciaux», il faut être clair: le gouvernement n’a rien cédé. Le chef du gouvernement parle d’un «tournant historique»,… il a raison.

Sont remises totalement en question les dispositions socialement progressistes qui faisaient bénéficier certains salariés de régimes de retraites avantageux.

Jamais, à aucun moment, nous n’avons entendu des responsables nationaux syndicaux, (sauf SUD à propos de la pénibilité de certaines professions…), à fortiori politique, demander un alignement de tous les régimes de retraites sur les régimes les plus avantageux… et en appeler sur ce thème à l’opinion publique. Ce «terrain idéologique» a été exclusivement laissé au Gouvernement… et qui s’en est donné à cœur joie.

Pourquoi?


Probablement pour deux raisons:
-         ils, les syndicats, savaient dès le début que le Gouvernement ne lâcherait pas;
-       ils, toujours les syndicats, ont un mode de raisonnement comptable et gestionnaire identique à celui des gestionnaires du capital: il faut réformer le système des retraites dans le sens de la rentabilisation.

Bien sûr, ils ne l’avoueront jamais, ils ne peuvent pas le reconnaître au risque de se déconsidérer définitivement.

Pourquoi alors cette comédie? Il n’y a pas eu certainement concertation, mais assurément complicité objective :

-       le Gouvernement voulait passer à tout prix  avant la grande réforme des retraites de 2008 où l’on passera de 40 annuités à 41… pour le moment…- mais en sauvegardant une attitude dite «positive»… d’où ces appels incessants, indécents et cyniques au «dialogue» alors qu’il ne lâchait rien, et n’a rien lâché;

-       les syndicats ne pouvaient pas «laisser passer»… au regard de leur base c’était une attitude impossible à tenir. Il fallait sauver les apparences.



LA PROIE ET L’OMBRE

Les organisations syndicales ont lâché la proie pour l’ombre. La proie, c’étaient les acquis sociaux dits : «régimes spéciaux». Ce sont eux qu’elles avaient pour mission de défendre, et s’étaient engager à défendre. C’était d’ailleurs cela, et uniquement cela, qu’attendait, et pour laquelle luttait, la base salariée.

Le Gouvernement a décidé de revenir sur ces acquis au lieu de les étendre, ce qui est parfaitement possible, à l’ensemble des salarié-e-s.  Ferme sur le principe, et ne voulant pas ridiculiser les syndicats dont il a besoin pour maintenir la paix sociale, il a lâché quelques miettes: des avantages financiers pour les salariés déjà embauchés et quelques aménagements qui passeront plus tard à la trappe. Le principe lui a été maintenu et rien ne l’a fait fléchir.

Certains diront: «il vaut mieux cela que rien». Soit, mais alors disons le clairement, ne jouons pas sur les mots. Disons que l’on a lâché sur l’essentiel pour se contenter de l’accessoire, ce que le Gouvernement a bien voulu concéder. Ne faisons pas croire qu’il y a une victoire.

La défaite n’est d’ailleurs pas seulement celle des salariés qui ont lutté, c’est une défaite de l’ensemble des salarié-e-s. C’est une défaite qui sonne le glas d’une lutte générale des salarié-e-s pour la réduction du temps d’activité professionnelle et l’amélioration des conditions de vie. Les syndicats se sont d’ailleurs toujours refusés à faire de cette lutte un exemple, ce qu’elle est incontestablement. Pourquoi?

Ce recul qui se veut tactique n’est en fait qu’une authentique défaite stratégique pour tous les salarié-e-s. On sauve petitement quelques avantages financiers pour les présents, mais l’on sacrifie les générations futures, celles et ceux qui arriveront plus tard sur le «marché du travail»… car on a mis le «doigt dans l’engrenage», le système ne va pas en rester là.

Les directions syndicales font miroiter à leur base la «possible remobilisation»…

Mais de quoi s’agit-il au juste?  D’être vigilant!

Mais vigilant à quoi?  Aux négociations?

Mais chacun sait que les négociations ne vont pas porter sur le principe, objet au départ de la lutte, mais seulement sur les miettes qu’est prêt à accorder le Gouvernement pour justement faire de l’élimination de ce principe la règle générale applicable à tous: l’allongement de la durée du temps de travail.

Autrement dit, toute cette tactique n’est qu’un leurre pour faire «passer la pilule».


POURQUOI CE DENI?

On est généralement en situation de déni, lorsque la réalité est trop difficile à supporter, ou à faire supporter et/ou lorsque ce qui se passe est inavouable.

On assiste à la fois à un déni syndical et à un déni gouvernemental, qui ne sont tout de même pas de même nature.

Coté syndical : si les syndicats veulent montrer leur utilité il faut qu’ils apparaissent comme offensif,… et qu’ils obtiennent satisfaction, surtout quand ils ont affirmé poussé par leur base que «ce n’était pas négociable».

L’expérience a montré que leur position était intenable… Ca c’est inavouable. Il faut donc tricher avec la réalité : à la fois montrer sa force (la grève) et cacher sa faiblesse (on négocie le couteau sous la gorge). La subtilité finale consistant à dire : «Le gouvernement a été contraint sous la pression à négocier»… Ce qui n’est évidemment pas la vérité. D’ailleurs une grande partie de la base n’est pas dupe, même si elle ne le dit pas… n’ayant pas d’autre alternative.

Côté gouvernemental: l’exercice est moins difficile. Le Gouvernement et le patronat ne veulent cependant (différence avec la stratégie «thatchérienne») faire perdre la face aux syndicats. Ceux-ci doivent demeurer des relais capables de canaliser la colère de la base et d’être les seuls interlocuteurs à qui on cèdera, pour la forme, quelques miettes… Stratégie qui a toujours bien marché.


La vie syndicale, comme d’ailleurs la vie politique n’est ainsi faite que de faux semblants, d’attitudes ambiguës qui ne disent jamais ce qu’elles sont et qui apparaissent comme on voudrait qu’elles apparaissent.

Tout est faux dans ce que nous voyons au Parlement, à la télévision, … On nous fait jouer un pièce dont nous sentons bien qu’il y a «quelque chose qui cloche», mais dont ne sait ni qui est le scénariste, ni le metteur en scène, … et dont ne savons plus très bien quel pourrait être le dénouement.

Le citoyen n’existe plus, nous ne sommes que des acteurs manipulés et pour supporter cette situation nous nous affublons d’un masque qui nous trompe lorsque nous nous regardons dans une glace et qui déroute notre voisin lui-même victime de son masque.

Bas les masques!


Patrick MIGNARD

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Published by Patrick Mignard - dans -*- goudouly
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