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  • : Le blog de la rue Goudouly
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En campagne

16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 03:32

Rapport moral et d’orientation
25 janvier 2008

Lors de la dernière assemblée générale, Alter avait pris la décision de ne pas s’engager directement dans la campagne électorale des présidentielles et législatives de 2007.
Nous avions jugé que ce cycle d’élections nationales serait un reliquat de l’histoire politique du XXè siècle, ne laissant guère de place à l’amorce du renouvellement politique que nous appelons de nos vœux depuis 2004. Nous avions en particulier diagnostiqué que, cette fois encore, les logiques des appareils politiques existants allaient s’imposer.

Depuis plusieurs années, nous avions affirmé que les élections locales et européennes de 2008 et 2009 offriraient la première occasion d’inscrire Alter dans le champ électoral. Après trois années d’un travail lent et minutieux sur l’élaboration de textes d’orientation qui donnent à notre association politique une identité lui permettant de ne pas apparaître comme une organisation de plus dans le grand fourre-tout de la contestation du néolibéralisme, nous avons fait le choix de rendre publics deux textes au début de l’automne 2007 : l’un « Ne plus attendre » étant un appel à un engagement politique constructif autour d’un projet en vue de participer aux élections, l’autre une synthèse de nos principales orientations.

Malgré les adhésions enregistrées depuis quelques semaines, l’écho de sympathie rencontré par cette démarche ne se traduit pas encore, chez beaucoup de nos sympathisants, par une volonté d’engagement à nos côtés. Nombreux sont celles et ceux qui saluent la lucidité du diagnostic que nous portons et la justesse de notre travail de construction d’un projet cohérent. Mais, dans le climat de désillusion qui prévaut aujourd’hui, nombreux sont celles et ceux qui attendent de voir l’émergence concrète de ce que nous tentons de bâtir avant de prendre la décision de nous rejoindre.

Notre tâche principale est alors d’expliquer qu’il n’existe pas d’autre choix que de participer directement à la construction d’une force de renouvellement.

Inapte à produire un modèle de société alternatif, la gauche s’en va vers l’annulation :

  • Du parti socialiste ne sortira aucune contre-proposition au modèle économique dominant. Ce parti a même perdu toute crédibilité dans sa capacité à mettre en œuvre une politique sociale de correction à la marge des dégâts causés par le néolibéralisme. Les français ne sont pas dupes de la part d’hypocrisie qui se cache derrière la réprobation de façade à l’encontre de certaines mesures sociales du gouvernement actuel. Elles auront, dans l’esprit de nombreux dirigeants socialistes, l’avantage d’avoir été prises en cas de retour au gouvernement. Cette hypocrisie saute ouvertement aux yeux sur la question du nouveau traité européen que les parlementaires PS s’apprêtent à laisser ratifier, alors que le contenu du texte est quasi-identique à celui que le peuple français (comme la majorité des électeurs socialistes) avait repoussé par la voie du référendum, et que les socialistes s’étaient engagés en faveur d’un nouveau référendum pendant la campagne présidentielle. Quant au jeu funeste de la personnalisation du pouvoir, il est devenu, à l’échelle nationale ou locale, la raison de vivre des dirigeants, petits moyens ou grands, de ce parti.
  • Les Verts ont atteint un état avancé de décomposition interne. Ils apparaissent de plus en plus pour ce qu’ils sont : une succursale du parti socialiste dont les membres sont surtout soucieux de faire fructifier un petit pactole électoral.
  • Le Parti communiste poursuit, malgré tous ses efforts, un déclin dont la dimension historique est devenue évidente aux yeux de ses propres dirigeants. Sa grande perméabilité à des idées qu’il avait farouchement combattues quand il avait encore la force de le faire, ne suffit pas à le réoxygéner. De nombreux militants profitent cependant de ce processus pour concasser l’ossature des raisonnements inopérants du passé.
  • Aveuglée par la victoire que ses dirigeants historiques ruminaient depuis toujours sur le PC, la LCR se berce d’une illusion. Elle appartient désormais au paysage et n’en demande pas beaucoup plus, abritée derrière une rhétorique de la Révolution qui la tient éloignée des responsabilités. Uniquement soucieuse de l’emporter dans son propre camp, elle s’accommode de la complicité envoûtante des médias et ses militants désabusés s’enivrent à leur tour au venin de la personnalisation du jeu politique.
  • La tentative inconsidérée d’un José Bové et de ses compagnons de route égarés était vouée à la figuration pathétique qui nous fut offerte. Sans accabler quiconque, nous pouvons réaffirmer avec force que rien ne peut se bâtir sur un tel manque de substance.

L’intérêt principal de ce champ de ruine tient aux divers campements qu’il a fait naître à sa périphérie. De nouveaux militants, souvent jeunes, s’essaient à des formes innovantes d’engagement qui tournent résolument le dos aux constructions anciennes. De ces gestations devrait naître le souffle porteur d’une véritable alternative politique.

Pendant ce temps, la droite, elle, a déjà tourné la page du vingtième siècle. Ne sentant plus le poids des culpabilités passées, quitte à manipuler celles des années quarante, elle attend que les élections locales soient passées pour enclencher la phase la plus décomplexée de son programme revanchard. La sécurité sociale, haute conquête de l’après-guerre, sera bientôt sur la sellette comme en atteste le recours systématique à la baisse de charges sociales pour apaiser les manifestations de mécontentement de diverses catégories d’employeurs ou de salariés. Néocolonialisme et allusions va-t-en-guerre affleurent régulièrement dans les discours officiels. La réaffirmation de l’option répressive face aux effets de la désespérance sociale préfigure le retour de la criminalisation de la misère.

Cependant, la conjonction de la crise financière et de la hausse des prix des matières premières ne tardera pas à induire de nouvelles tensions sur les prix et sur l’emploi. La non réalisation des paris spéculatifs sur une croissance future devrait commencer à lézarder la façade mensongère du capitalisme financier. L’inévitable dégradation de l’environnement économique va nous faire entrer dans une situation sociale périlleuse, qui sera conjuguée à un contexte international à hauts risques.

Les classes moyennes vont, à leur tour, être déstabilisées par les évolutions qui se profilent. L’enjeu consistera à les convaincre de s’engager dans un processus de transformations politiques et sociales allant à l’encontre des intérêts de la minorité dominante. Quel sera le choix des couches moyennes traditionnelles comme les artisans, les petits commerçants ou les agriculteurs, celles qui s’unirent souvent aux couches populaires en 1936, celles qui ont très majoritairement voté non lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel européen, celles qui ont directement intérêt à une relocalisation de l’économie ? Pourquoi seraient-elles moins ouvertes à une transformation du système productif que les salariés qualifiés des couches moyennes et supérieures ? Ceux-ci sont avant tout soucieux de ne pas rater le train de la « modernité » lancé à toute vapeur sur la voie unique de la régression sociale, celle qui devait les épargner. Même quand ils penchent vers la gauche, ils ont le plus souvent peinturluré leur « progressisme » aux couleurs néolibérales. Mais une fois touchés par la précarisation, quelle sera leur attitude ?

Quelle va être la réaction des milieux populaires, dont une part non négligeable s’est laissée attirer par le pouvoir actuel ? L’aspiration à l’ordre est venue progressivement « compenser » une insécurité sociale dont ils ont intégré le caractère « inéluctable », la pression des grands médias se chargeant de confirmer la tendance en vendant par procuration aux plus démunis le rêve de la réussite personnelle, celle de ceux qui leur maintiennent la tête sous l’eau.
Reste la question du communautarisme comme réceptacle du mal être social, phénomène qui ne concerne pas seulement les quartiers populaires. Le nouveau pouvoir, prêt à saper les principes de la laïcité et de la république, est parfaitement disposé à jouer gros sur ce registre.

Le terrain sur lequel sont assises les fondations de notre société est devenu trop meuble pour que l’opposition politique continue à entretenir le flou dans ses projets et dans ses principes. L’ambition de ratisser large serait une erreur stratégique. Cela consisterait à épouser la méthode d’un pouvoir qui, servi par sa capacité de manipulation des médias, l’emportera toujours sur ce registre. Il faut au contraire lui opposer un projet qui, dans l’entendement de chacune et de chacun, finisse par s’imposer comme la seule orientation rationnelle pour éviter les catastrophes environnementales, sociales et géopolitiques qui se préparent. Les questions relatives à la « faisabilité » doivent être traitées avec minutie, mais en restant à la remorque d’une volonté politique qui, lorsqu’elle est appropriée par le plus grand nombre, est un gage de réalisme.

Pour l’ensemble de ces raisons, Alter doit désormais faire connaître et expliquer la cohérence de ses propositions. A l’issue de cette troisième année de réflexion et de production de textes, nous pouvons affirmer que nos idées s’articulent autour de quatre axes principaux :

  • Alter est une force écologiste. La dégradation de l’environnement impose une mutation rapide du système économique. Nous sommes favorables à un bouleversement des modes de consommation, à la décontamination publicitaire, à la relocalisation de l’économie par la remise en cause du libre échange et à la diminution de la production matérielle dans les pays qui ne sont pas pauvres.
  • Alter souhaite un changement radical de l’ordre social. La mutation de l’économie vers la sobriété impose, dans chaque pays comme entre les pays, un nouveau partage des richesses produites. Notre critique du productivisme s’accompagne naturellement d’une critique du capitalisme. La réduction volontariste des inégalités de revenus doit être prolongée par la démocratisation réelle des moyens d’accès à l’éducation, à la culture et à la santé. Ces évolutions ne sont pas compatibles avec la possession des leviers de commande du pouvoir économique par une minorité.
  • Alter est attachée au plein respect de la souveraineté populaire.Ce n’est que dans un espace public commun, permettant des débats à partir de références partagées, qu’un projet politique audacieux peut être inventé et mis en oeuvre. Il n’est pas étonnant que le néolibéralisme, qui aurait beaucoup à perdre à un approfondissement de la démocratie, trouve un allié naturel dans les replis du communautarisme. Seule une république revitalisée, hostile à toutes formes de discriminations et reconnaissant les horreurs commises en son nom, peut mobiliser le plus grand nombre autour d’une transformation en profondeur de la société.
  • Alter est favorable à une refondation de l’Union européenne. Certaines décisions de réorientation de nos modes de production et de consommation supposent un espace expérimental qui dépasse le cadre d’un seul Etat. Mais un accord de fond sur un projet politique ne pouvant émerger à 27 pays, l'Union européenne doit autoriser des regroupements de quelques pays membres sur des objectifs plus ambitieux d'amélioration de la qualité de la vie. Seuls ces espaces de coopération renforcée permettront d’associer les peuples à une véritable construction politique qui prolongera l'action des Etats.

Dans les mois qui viennent, adossée à un ensemble de textes qui précisent son identité, Alter doit savoir garder une capacité d’évolution et de fluidité lui permettant de ne jamais se couper de la réalité. Elle gagnerait sans doute à confronter ses analyses et ses options stratégiques à des cercles de réflexion ou autres associations qui agissent dans les domaines de l’environnement et de la contestation de l’ordre social.

Nous ne devons cependant pas perdre de vue que cette concertation élargie a pour but de définir les contours d’un rassemblement inédit par les contenus qu’il propose, par sa forme, son organisation et sa culture politique. Son appellation peut aussi faire l’objet d’un affinage collectif mais nous conservons la conviction que ce rassemblement ne pourra se faire à partir des partis existants. L’urgence des enjeux environnementaux et sociaux ne nous permettant pas d’attendre le dépérissement lent de ces organisations, le tournant que nous avons pris à l’automne 2007 imprime une obligation pour 2008 : préparer résolument une entrée dans le champ électoral.

 

ALTER

www.alter-m.org

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Published by Dominique - dans -*- politique
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