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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 03:45
Dessin de presse : Leçon de démocratie à Moscou.
dessin de Philippe Tastet

Howlett: "Sarkozy, c'est une suspension de la démocratie"

La semaine prochaine paraît un essai des plus féroces contre la fausse rupture et l’exploitation de l’émotivité à l’œuvre dans les pratiques sarkozyennes du pouvoir. "Triomphe de la vulgarité" est un essai politique et philosophique. Son auteur, Marc-Vincent Howlett, n’est pas encore connu du public, mais sa colère, la justesse de sa rhétorique et la précision de ses attaques lui feront rencontrer… notre époque. Rencontre, en avant-première.

"Triomphe de la vulgarité": un titre qui tombe bien, qui sonne vrai et juste dans la France de 2008, celle du trou noir "bling bling". A l’heure où l’on distingue un peu moins facilement intellectuels de droite et intellectuels de gauche, Howlett est de ceux qui repositionnent les curseurs.

 

C’est sous le coup non pas d’une colère, mais de ce que Marc-Vincent Howlett qualifie lui-même d’une "dépression politique" qu’est né ce livre. Jusqu’ici, cet ancien de la Gauche Prolétarienne, aujourd’hui enseignant à l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués à Paris, n’avait écrit que sur Rousseau ou Tchekhov.

 

La semaine prochaine, il fera paraître un essai qui, plus que tout article ou livre déjà paru sur l’occupant de l’Elysée, pointe les déviances politiques à l’œuvre dans la "France d’après". Un livre qui statue sur le trafic d’influence ourdi par la droite sarkozyenne sur nos émotions, installant un régime qui est devenu une "démocratie empathique". Une cristallisation qui libère une "vulgarité triomphante". Dont le livre va analyser les points d’encrage.

La "démocratie empathique"

"Nous sommes entrés dans une période de normalisation comme on en a rarement connu: tout concourt à ce que "Tout-un-chacun" se reconnaisse au travers d‘un petit nombre de valeurs et s‘y conforme."

Ainsi débute l’ouvrage. Pour Howlett, cette banalisation du citoyen, qui gomme ce qui fait nos différences, et donc nos complémentarités, est une trace de rabaissement. De vulgarité. La base du populisme: la société n’est plus une somme de particularismes complémentaires, capables de passer des contrats sociaux et de construire une utopie, mais est un conglomérat de visages semblables, qui dont le chef ne sera que le plus petit dénominateur commun.

 

Nicolas Sarkozy n’est, en aucune manière, un homme politique nouveau et novateur. Howlett ne manque pas de rappeler, d’ailleurs, la constante de ses mesures avec celles des précédents gouvernants (sécurité sociale, transports, éducation). Et pointe, avec une férocité enjouée, le clone qu’il est:

"il voudrait se faire passer pour autre, il n’est que le clone de ceux qu’il admire. Il sera Poutine et/ou Bush. Il veut nous persuader qu’il va changer la face du monde en regardant le monde en face ; mais ce n’est pas le monde qu’il regarde. Giscard d’Estaing voulait regarder la France au fond des yeux. Nicolas Sarkozy, lui, regarde ses pairs."

La nouveauté de cet essai réside dans le fait que ce n’est pas sur la peoplisation, sur le "bling-bling", ni sur la politique migratoire et discriminatoire, ni sur le libéralisme décomplexé qu’il s’attaque à la vulgarité du nouvel occupant de l’Elysée. C’est sur son rapport au pouvoir et à l’Histoire. Howlett va directement au nerf: Sarkozy, largement élu au suffrage universel, serait une "suspension de la démocratie" nous dit-il dans cet entretien. Ce, non seulement du fait du rôle minime joué aujourd’hui par le Parlement, mais de la "démocratie empathique" qu’il incarne.

 

Pour Howlett, ce jeu incessant avec nos émotions et avec son image est "une façon de se désinscrire de l’Histoire". Une forme dévoyée de la représentation du peuple, qui ignore les différences entre individus. Par là-même, en voulant défendre les valeurs de ce peuple, il le méprise. Et fait semblant de "lui redonner sa voix en la lui prenant". Par ce fait, Sarkozy se désinscrit de la politique. Et va sur l’intime. Là encore, en feignant de pouvoir partager l’intime de tout-un-chacun, il ment, essayant de "faire croire qu’il est l’égal de tous les autres alors qu’il dispose de tous les pouvoirs et de toutes les richesses qui caractérisent l’exception".


"Une rupture en retard"

Le citoyen est perdant. La démocratie aussi, et Howlett de pointer précisément en quoi:

"Par un renversement paradoxal de l’Histoire, la république démocratique affiche sans scrupule les formes de l’absolutisme."

L’argument a, avouons-le, plus de pertinence que les "Sarko facho!" entendu durant la campagne… D’autant que, pour Howlett, cette rupture est d’autant plus inexistante que "le présent de Nicolas Sarkozy, c’est le passé".



Appel à la vigilance

"Triomphe de la vulgarité" délimite très clairement ce qui a permis à l’époque contemporaine de trouver dans la droite sarkoziste non pas un président, mais une incarnation. Trois étapes: impudeur, vulgarité, bêtise. Dont on s’aperçoit qu’elles valent pour les individus que nous sommes autant que pour une société.

 

Pour lui, deux figures ont permis plus que d’autres à l’impudeur d’avoir voix au chapitre: Tapie et Sarkozy. Dès lors, il y a peu de l’impudeur à la vulgarité. La vulgarité chiraquienne résidait dans le fait que l’ancien président refusait de tenir la moindre de ses paroles. Celle de son successeur réside dans son absence de suivi dans les idées. Dissimulée par un flot incessant de "bombes" lancées au débat (dernière en date: la proposition abandonnée cette semaine sur la Shoah). Et par son omniprésence.

 

L’enfant le plus légitime de la vulgarité est la bêtise. Aussi, écrit-il, si on laisse agir la "tyrannie de la vulgarité", on laisse libre court à une irrationalité nouvelle. Passant du triomphe de la vulgarité à la dictature de celle-ci.

 

"Triomphe de la vulgarité" est un essai philosophique et politique. Mais c’est aussi, in fine, un très rageur appel à la vaillance démocratique.


Howlett est un ancien soixante-huitard, membre de l’UJCML puis de la gauche Prolétarienne. "Triomphe de la vulgarité" compte donc une partie entière sur Mai 68, en quoi il ne voit pas une révolution, mais l’apparition d’une génération qui était aussi morale que la précédente, voir plus radicale dans son envie de morale, y compris à travers le gai-savoir et la lucidité tragique que le mouvement incarnait. Citant Deleuze, Howlett voit dans Mai 68 non pas une révolution, mais l’expression d’un "devenir-révolutionaire sans révolution".

 

C’est alors, dans la dernière partie de l’ouvrage, que l’intellectuel Howlett, évoquant l’éducation, l‘enseignement de l’Histoire, la gauche et la droite, se place dans le champ intellectuel des années 2000. En opposition frontale à Luc Ferry, et en recherche de partenariats des possibles avec Onfray, et plus encore avec feu Bourdieu, avec Jacques Rancières ou Gilles Lipotevsky.

 

"Triomphe de la vulgarité", par la distinction de sa démonstration, s’inscrit en tout cas clairement dans un combat. Où il contribue, dans les années 2000, à donner un rôle à la pensée. Une haute idée des idées.

Entretien réalisé à Paris le 29 février 2008

"Triomphe de la vulgarité" de Marc-Vincent Howlett – Eds de L’Olivier – 223 p. – 16.50€

A voir aussi: l’intégralité de l’entretien avec Marc-Vincent Howlett, non monté. Y sont évoquées de manière plus large les thématiques abordées dans cet article, mais aussi Mai 68, Berlusconi, Sarkozy, démocratie et libéralisme, les arrivées au pouvoir de De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac.
(Durée: 50 minutes environ)

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Published by Dominique - dans -*- copinage
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