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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 03:12


BLEITRACH Danielle
sur Le Grand Soir
 
L’impérialisme en lutte contre son déclin porte partout la guerre, le chaos comme le seul moyen de maintenir sa domination. Partout il crée des poudrières auxquelles il peut au gré des urgences - vraies ou supposées - mettre le feu, diviser intérieurement les pays qu’il veut dominer, empêcher que se reconstitue des forces externes unifiées comme cela se voit actuellement au Moyen Orient, au Tibet, en Colombie. Partout où il trouve un pays qui par ses dissensions internes est devenu invivable pour sa population, il les exaspère et crée les antagonismes là où ils n’existent pas.

La seule réponse possible est la paix, la paix avec les valets et les vendus, pour porter tous les coups sur l’imperialisme. Mais la définition de cet ennemi principal et le refus de la guerre a d’autres dimensions que dans ce texte de présentation des plus beaux discours de Robespierre, Slavoj Zizek explicite, texte dont je partage entièrement les propositions pour une “gauche radicale”.

Nous sommes loin de la mollesse de la gauche anti-libérale, loin de la tiédeur d’une gauche anti-capitaliste qui n’ose même pas proposer les nationalisations… Si la Révolution française a pu être considérée comme la révolution qui met au pouvoir la bourgeoisie, ceux qui disent qu’elle a été inutile et que des réformes auraient suffit ne se trompent pas : la Révolution française, en particulier Robespierre et Saint Just, sont allés infiniment plus loin. Ils sont inassimilables par la bourgeoisie et il y a dans cette révolution une charge utopique, c’est-à-dire une promesse du passé qui exige encore et toujours sa réalisation.

La terreur et la vertu

Si le ressort du gouvernement populaire est dans la paix et la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur ; la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est autre chose que la justice prompt, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu : elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie appliqué aux plus pressants besoins de la patrie” (1)

Slavoj Zizek propose de tirer de Robespierre deux leçons (2) :

La première leçon doit nous conduire à accepter notre passé, nous gauche radicale, de terroriste, même si - ou précisement parce que - il fait l’objet d’un rejet si profond. Face aux critiques des libéraux ou de la droite, la seule alternative à la tiédeur d’une position défensive, minée par un sentiment de culpabilité, est celle-ci : nous devons mieux que nos adversaires, procéder à un solide travail critique. Mais ce n’est pas tout : il nous faut les empêcher de déterminer le champ et l’objet du combat. Cela signifie qu’une autocritique impitoyable doit aller de pair avec l’acceptation courageuse de ce qu’on est tenté d’appeler, paraphrasant la critique portée par Marx contre la dialectique hégélienne, le noyau rationnel de la terreur jacobine.

La dialectique matérialiste assumera sans joie particulière que jusqu’à présent aucun sujet politique ne soit parvenu à l’éternité de la vérité qu’il déploie sans des moments de terreur. Car comme le demande Saint Just : “que veulent ceux qui ne veulent ni vertu, ni terreur ?” Sa réponse est connue : "ils veulent la corruption - autre nom de la défaite du sujet (3)”

Saint Just le dit de façon plus concise encore : "Ce qui produit le bien général est toujours terrible (4)" Ces mots ne doivent pas être compris comme un avertissement contre la tentation d’imposer violemment le bien public à une société, mais au contraire, comme une amère vérité qu’il convient pleinement d’assumer.

Ce constat de Zizek nous pose problème parce qu’il n’existe pas de forces capables d’imposer à la fois terreur et vertu, les seuls moyens d’accoucher cette société capitaliste d’un autre rejeton qui ne soit pas mort né.

Et la violence ? Nous sommes dans une de ces périodes de violence, comme le dit Marlowe, “une société accouche comme une truie dans le sang“. Pour survivre, pour empêcher sa fin, le capitalisme à son stade sénile massacre, détruit, divise. Cela implique des conséquences : plus dure sera la naissance et cela nous n’osons même pas nous l’avouer. C’est pour cela que vous ne voulez pas voir le monde tel qu’il est, par exemple ce milliard d’individus qui vit dans des bidonvilles, boit de l’eau croupie, ne reçoit ni soins, ni éducation… Cette humanité qui s’est remise en marche à la recherche de sa propre survie, rien, aucune barrière, aucune police ne peut arrêter ce déplacement… Si vous osez regarder la réalité, vous saurez que ni les uns n’abandonneront leur domination, ni les autres ne pourront survivre s’ils ne s’en débarrassent pas - y compris par la violence…

D’où la nécessité d’assumer ce noyau rationnel de la vertu et de la terreur, d’en finir avec la culpabilité pour libérer les forces qui demandent à naître. Il faudra imposer le bien public. Croyez-vous que tous ces vautours de la finance, tous ces êtres gorgés de la peine et du sang des êtres humains se laisseront exproprier au son d’un menuet démocratique ?

La terreur est le contraire de la guerre

L’autre point, reprend Zizek, essentiel à ne pas oublier, c’est que la terreur révolutionnaire, pour Robespierre, était exactement le contraire de la guerre.

Robespierre était un pacifiste, non par hypocrisie ou par sensiblerie humanitaire, mais parce qu’il était conscient que la guerre entre les nations était en général un moyen d’occulter la lutte révolutionnaire au sein de chacune d’entre elles. Le discours de Robespierre intitulé “sur la guerre” se révèle aujourd’hui d’une importance particulière : il révèle en lui le pacifiste véritable, qui dénonce avec force l’appel patriotique à la guerre, même si celle-ci est invoquée comme la protectrice de la révolution, parce qu’il voit en elle une tentative de tous ceux qui, pour éviter la radicalisation du processus révolutionnaire, appellent de leurs voeux une “révolution sans révolution”. Il défend donc une position exactement contraire à celle que prennent ceux qui ont besoin de la guerre pour militariser la vie sociale et exercer sur elle un contrôle dictatorial. C’est la raison pour laquelle Robespierre dénonce également la tentation d’exporter la révolution dans d’autres pays, pour les “libérer” de force :

"les français ne sont pas atteints de la manie de rendre aucune nation heureuse et libre malgré elle. Tous les rois auraient pu végéter ou mourir sur leurs trônes ensanglantés s’ils avaient su respecter l’indépendance du peuple français" (5)

Tout ce que je souhaite c’est qu’effectivement les Français se pénètrent de cette conception robespierriste qui dit que l’on exporte pas la révolution et que nul n’aime les missionnaires casqués et bottés.

Le “devoir d’ingérence”, le droit de l’hommisme cher à Bernard Kouchner et aux autres socialistes, c’est bien l’art de porter la guerre à l’extérieur parce que l’on veut “la révolution sans la révolution”, des mots et des proclamations, des outres gonflés de vent, qui ne veulent changer à l’ordre d’un monde qui leur convient si bien, donc qui ne cessent d’exporter la guerre.

Si les français à défaut d’être marxistes se souvenaient des leçons de Robespierre, ils penseraient autrement le monde et leur propre rôle…


(1) Robespierre "Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans l’administration intérieure de la République". 5 février 1794/17 pluviose an II

(2) Robespierre entre terreur et vertu. Slavoj Zizek présente les plus beaux discours de Robespierre chez Stock 2007

(3) Alain Badiou, Logiques du monde, Paris, seuil, 2006, p.98

(4) Saint just, Oeuvres Choisies, Paris Gallimard, 1968, p.330

(5) "Réponse de la Convention nationale au manifeste des rois ligués contre la République, proposée par Robespîerre au nom du Comité de Salut public", 5 décembre 1793/15 frimaire an II

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Published by Dominique - dans -*- goudouly
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