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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 03:34

Boycotter les "boys cotés"?

Les médias ont lancé un nouveau divertissement : faut-il boycotter les JO ? Et comme d’habitude, la question ne fait pas l’objet d’un débat, mais permet à l’idéologie "bien pensante"? de chanter à l’unisson une partition classique glorifiant les valeurs humanistes, qui s’incarneraient, entre autres, dans le sport et particulièrement par les JO. Valeurs inaltérables, qui ne risqueraient donc pas d’être entamées par le caractère policier du pays d’accueil qui, au contraire, sera ainsi touché par la grâce humaniste. Pourtant, défendre les fameuses valeurs humanistes devrait conduire à répondre positivement à la question ainsi posée. Pas seulement parce qu’ils se déroulent en Chine. Mais parce que les JO n’ont rien à voir avec le discours lénifiant sur l’esprit sportif, la tolérance, la fraternité universelle et autres foutaises. C’est d’abord de sordides tractations financières, c’est aussi la glorification de la compétition qui suscite, au niveau collectif, le pire des chauvinismes, et, au niveau individuel, la recherche effrénée de l’exploit, forme particulièrement aliénante de l’exploitation de l’effort humain, au mépris de toute dignité. Enfin, c’est l’occasion pour les Etats, y compris les pires, de manifester leur puissance nonobstant la nature réelle des régimes politiques de ceux-ci.

Rafraîchir la mémoire.

En cette époque d’obsession mémorielle, on peut s’étonner de l’amnésie qui frappe nos choristes de l’humanisme. Rappelons donc quelques dates éclairantes.

En 1936, c’est Berlin qui fut choisi pour accueillir les JO. Un débat eut lieu à la Chambre des Députés pour savoir si l’on devait les boycotter. Les députés de gauche, y compris communistes, se sont abstenus, seul Mendès-France vota pour le boycott. Cependant, d’autres jeux furent organisés à Barcelone avec tous les sportifs qui refusaient d’aller à Berlin. Ils furent d’ailleurs interrompus par l’entrée de Franco en Andalousie et donc le début de la Guerre Civile. A noter que la majorité des sportifs présents, français en particulier, restèrent sur place et s’engagèrent auprès des Républicains. Quant à Hitler, s’il fut irrité par la victoire de Jesse Owens il n’en resta pas moins raciste et s’empressa d’aider Franco avant de plonger l’Europe dans l’horreur. Il serait temps de soigner l’amnésie de tous ceux qui prétendent aujourd’hui que la tenue des jeux à Pékin aura un effet positif sur le régime en place.

En 1968, les jeux se tinrent à Mexico. Dix jours avant l’ouverture, la police mexicaine avait tiré sur une manifestation d’étudiants (massacre de la Place des Trois Cultures). Par ailleurs, on peut penser qu’à cette occasion l’Union Soviétique et les Etats-unis affirmèrent leur puissance et leur haute valeur humaniste en raflant la majorité des médailles. La même année, les chars soviétiques entraient à Prague et le napalm américain arrosait le Viêt-Nam.

Dans le même ordre d’idée, en 1978, la coupe du monde de football se tint en Argentine, où la torture était devenue le sport national, en concurrence avec le foot. Un mouvement actif milita en France pour le boycott, mais se heurta, comme d’habitude, aux irréductibles défenseurs des suprêmes valeurs sportives, qu’il ne fallait surtout pas pervertir par des considérations politiques. Tout laisse à penser que dès que les sportifs mondiaux eurent libéré les stades, ceux-ci furent réoccupés par les tortionnaires argentins afin de reprendre leur funeste fonction, conseillés par les experts américains.

Amnésie, sottise ou malhonnêteté expliquent les contorsions intellectuelles actuelles pour à la fois protester contre la répression chinoise et maintenir la participation aux Jeux. On assiste à une débauche d’hypocrisie imbécile : rappeler, la main sur le cœur, les valeurs de l’olympisme, en citant d’abondance le pauvre Coubertin, et feindre d’ignorer la machine politico financière qui préside à l’organisation de cette manifestation, en totale contradiction avec ces valeurs.

"Il ne faut pas tomber de l’armoire"?

La Chine n’a pas eu l’initiative de ces Jeux, elle a été choisie, en toute connaissance de cause de la nature du régime. Mais déjà à l’époque, on expliquait que la Chine changeait et que justement cette désignation accélèrerait son évolution vers la démocratie. Qu’à quelques mois de ces jeux, elle se permette d’agir comme elle le fait au Tibet, montre au contraire qu’un tel honneur rend arrogant, comme Hitler jadis. Et c’est cette puissance arrogante qui rend lâche. La Chine est, ici comme dans d’autres domaines, maître du jeu. Qui, en effet, peut prévoir sa réaction dans le cas d’un boycott de la part des pays occidentaux alors qu’elle possède, par exemple, la majorité de bons du Trésor américains (1/3 de la dette américaine) et que le capitalisme mondial est dans une interdépendance de plus en plus asymétrique avec l’économie chinoise. Affaire de prudence diplomatique qui n’a pas grand-chose à voir ni avec les droits de l’homme ni avec les prétendues vertus humanistes du sport, sans parler de la fascination des capitalistes occidentaux vis-à-vis du modèle chinois qu’ils rêvent d’imposer aux salariés occidentaux.

Contrairement au poète Maïakovski qui disait "Quand une fleur pousse dans mon jardin, c’est un acte politique"?, on peut ne pas souscrire à l’idée que tout est politique. Mais, il est absurde de penser que le sport échapperait à l’environnement idéologique du moment et maintiendrait allumée, en toute circonstance, la flamme de la fraternité universelle. Ainsi, dans les années 30, la mode idéologique était aux mouvements de masse avec uniforme, défilés et spectacles sportifs militarisés (des communistes aux fascistes, des socialistes aux catholiques). Le champion dans cette catégorie était sans conteste l’Allemagne Nazie qui fut choisie en 36 pour accueillir les JO. Pendant la guerre froide, on prit la précaution de choisir des terrains neutres, mais les deux camps chauffaient à blanc leurs troupes sportives pour gagner la guerre des médailles. Au moment du "dégel"?, on eut l’imprudence d’organiser les jeux à Moscou, ne prévoyant pas l’invasion russe en Afghanistan, d’où le boycott des Etats-Unis. Après la chute du mur de Berlin et la victoire du capitalisme par abandon de l’adversaire, en 96 c’est Atlanta, capitale de coca-cola, qui fut préférée à Athènes, capitale de l’olympisme. Aujourd’hui dans le cadre de la mondialisation hyper compétitive, c’est encore le champion de cette catégorie, la Chine, qui a été récompensé, au grand dam de ce doux rêveur de Delanoë.

La guerre de Troie sportive aura bien lieu et les champions sont entraînés avec la même intensité que des troupes de commando. Chaque pays compte sur ses boys, comme on nommait les GI naguère, pour décrocher le plus de médailles et devenir ainsi des golden boys. Golden boys, ils ne le sont pas seulement par les médailles remportées, mais aussi parce que quelques-uns bénéficient, très inégalement d’ailleurs, d’une autre récompense de la part des groupes qui les sponsorisent et que tous transmutent leur cote sportive en cote financière au profit de ces mêmes groupes. Donc, si l’on refuse à la fois la "peoplelisation"? et la marchandisation du sport, il faudrait boycotter les boys cotés. Au moins, ceux qui revendiqueraient une telle décision ne risqueraient pas d’être traités de populistes. Ils pourraient même craindre de ne pas être populaires, si cette revendication n’était pas accompagnée d’une réflexion militante sur les dérives du sport spectacle, et donc pointer clairement, dans ce domaine comme dans d’autres, l’opposition entre universalisme et mondialisation affairiste, entre populaire et people.                                 

Jean-Claude COIFFET Président du Cercle Condorcet de Bordeaux

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Published by Dominique - dans -*- politique
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