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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 03:10


par Rock NIANGA

Depuis des années, le mouvement social mondial dénonce l’abandon de leur souveraineté alimentaire par les pays dits pauvres et annonce que la dépendance aux importations se paiera un jour au prix fort. Ce jour est arrivé…

L’Afrique et d’autres régions du Sud continuent à égrainer leur chapelet de malheurs d’origine capitaliste. Depuis plusieurs semaines, des émeutes de la faim qui se sont déclenchées au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Egypte, au Burkina Faso (les pays qui sont cités sont les pays qui ont connu des émeutes, mais la flambée des prix des produits alimentaires touche tous les pays africains) et d’autres pays du tiers-monde prouvent à suffisance que le système économique actuel, piloté par le monde capitaliste, est émaillé d’insuffisances mettant aujourd’hui à mal les engagements du millénaire pris par toutes les nations du monde pour la lutte contre la pauvreté. Le discours officiel explique l’origine de cette crise alimentaire par les faits suivants : la demande accrue de céréales pour la production de biocarburant, l’augmentation de la demande en aliments de bétail, le changement climatique, l’augmentation du prix du carburant sur le marché international et le faible financement de l’agriculture des pays sous développés.


Origine climatique

Dans certains pays, le changement climatique dû au réchauffement climatique est un facteur qui explique la baisse de la production agricole. Cela ressemble à un fait naturel dont l’homme n’est pas responsable. Bien entendu, non ! Depuis plusieurs décennies, les spécialistes de l’environnement avaient tiré la sonnette d’alarme par rapport au degré considérable d’émissions de gaz à effet de serre d’un certain nombre des pays dont les USA, reconnus comme les plus grands pollueurs du monde et resté tel malgré les pressions de conférences internationales (Rio en1992, Kyoto en1997, La Haye en 2000) et différentes réunions internationales. La dernière en date est celle de Paris. Au cours de ces assises, les USA ont été au centre des critiques portant sur sa résistance à la politique de la diminution de ces émissions de gaz à effet de serre. Le non respect des règles de l’environnement planétaire par les USA et d’autres grands pollueurs tels que la Chine, l’Union Européenne, l’Inde…menace l’agriculture à l’échelle mondiale et contribue massivement à la crise alimentaire qui met en danger la vie des populations du Sud et par conséquent affecte les économies des pays touchés : « Le changement climatique rendrait encore plus difficile la capacité du monde à nourrir une population croissante. », a déclaré Kandeh K.Yumkella, le Directeur général de l’Organisation des Nations Unis pour le Développement industriel (ONUDI) le 09 Avril 2008 lors du premier forum mondial pour l’agro-industrie tenu à New Delhi, en Inde. Comment un pays sous-développé dont 38 à 40% du budget de l’Etat sont consacrés chaque année à une dette extérieure qui, en réalité, a déjà été remboursée plus de dix fois peut faire face à un grand fléau comme le changement climatique ?


Origine liées à la production du biocarburant

La production du biocarburant est l’un des facteurs de la crise alimentaire. C’est un élément gênant au besoin alimentaire et paraît comme concurrentielle au besoin humain et animal. Si, hier, par exemple 80% de la production de l’espace agricole ou des capitaux étaient réservés à l’agriculture destinée à l’alimentation humaine et 20% à la production des aliments de bétail, aujourd’hui, la production du biocarburant vient en quelque sorte gêner la production alimentaire et crée un grand déficit. Très mobilisés par la production de biocarburant, les pays riches ne fournissent plus aux pays du sud les mêmes quantités des produits agricoles à cause de l’augmentation croissante de la demande de biocarburant. Et ce déficit affecte rapidement les pays du Sud car ils sont depuis les années 1980 tributaires de l’extérieur à cause des mesures impopulaires et anti-sociales de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International.
Plus grave encore ! Au moment où la communauté internationale déplore cette activité agricole à cause de ses effets sur le plan alimentaire, la Banque mondiale en fait la promotion. Elle a, en effet, lancé un concours destiné à la recherche du développement agricole du biocarburant bien que cela semble en contradiction avec les aspirations de l’humanité tout entière préoccupée par le déficit alimentaire. La clôture des inscriptions de ce concours a eu lieu ce 21 Avril 2008. Cette institution ne prépare-t-elle pas une autre crise alimentaire ?


Origine liée à l’augmentation de prix du pétrole

Dans les pays du Sud, notamment en Afrique, la situation alimentaire s’est avérée précaire à cause de l’augmentation du prix du carburant qui affecte considérablement les prix des denrées alimentaires locales. Quand les grands médias de l’Occident abordent cette augmentation du prix de carburant, ils ne font allusion qu’à la flambée des prix du baril qui frappe d’abord les pays riches. Ils oublient la flambée des prix qui a eu lieu depuis 2006 à cause de l’arrêt immédiat des subventions du carburant et surtout de l’augmentation des produits pétroliers à la pompe sur instructions de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Dans plusieurs pays d’Afrique, même les plus grands producteurs de pétrole, les denrées alimentaires locales ont connu une augmentation des prix avant cette flambée des prix du carburant au niveau international dès que ces mesures impopulaires ont été appliquées. Cette augmentation se fait d’une manière graduelle.
Le Congo Brazzaville en est à sa deuxième augmentation et dans les prochains jours une autre inflation des denrées alimentaires aura lieu à cause de la troisième augmentation du prix du carburant et aussi de la première augmentation du prix de l’électricité et de l’eau imposée par les mêmes institutions financières internationales. Dès son retour de Washington en Juin 2006, le chef de l’Etat congolais l’avait annoncé à la presse en ces termes : « Il a été demandé au gouvernement de réduire le déficit de 20 milliards de FCFA, cette année, le déficit de la CORAF[Raffinerie congolaise] (…). Il en va de même de l’électricité et de l’eau, des mesures que nous devons discuter avec les partenaires de la Banque mondiale et du FMI. On prendra toujours une série de mesures allant dans le sens de la révision des prix même si ces mesures sont graduelles. Nous devons à notre peuple la vérité de dire que ces mesures seront prises de manière graduelle. ». Le Congo attend donc fiévreusement d’autres inflations des prix de l’eau et de tous les produits alimentaires dont la fabrication ou la conservation nécessite l’électricité.
Prenons donc garde ! Pour l’augmentation du prix pétrole sur le marché international, la question est abordée dans un but précis : faire porter la responsabilité de cette crise alimentaire aux pays membres de l’Organisation des Pays Producteurs et Exportateurs de Pétrole (O.P.E.P) et plus particulièrement à deux pays : le Venezuela de Hugo Chavez et l’Iran de Mahmoud Ahmadine Jad qui aujourd’hui, exprimant leurs souverainetés, ne se plient pas aux exigences occidentales, surtout américaines, d’augmenter la production pétrolière pour baisser les prix.


Origine financière

La crise alimentaire actuelle est due à la faiblesse des dépenses allouées au secteur agricole. Dans son rapport de 2008 intitulé l’Agriculture au service du développement, la Banque mondiale, sans en assumer la responsabilité, souligne que cette crise est due au faible financement de l’agriculture dans les pays pauvres. Seulement 4% de l’aide publique au développement va à l’agriculture dans les pays pauvres et 4% des dépenses publiques totales sont affectées à l’agriculture, souligne ce rapport. Reste à poser à cet instant la question de savoir pourquoi les budgets alloués au secteur agricole dans les Etats africains, pourtant pourvoyeurs de capitaux, sont à un niveau si bas. Le faible financement du domaine agricole est dû à l’application de la politique des Institutions de Breton Woods imposée presque à tous les pays du Sud. En effet, pour que les pays du Sud trouvent assez de capitaux pour rembourser leurs dettes vis-à-vis de leurs créanciers du nord, la Banque Mondiale (sous l’influences des Etats-Unis) et le Fond Monétaire International (sous l’influence européenne) ont imposé depuis 1982, suite à la crise de la dette déclenchée au Mexique, une austérité budgétaire à tous les pays. Cette mesure consiste à privilégier le paiement de la dette au détriment des budgets sociaux (santé, éducation, transport, agriculture…) de ces pays pauvres. Cette austérité inscrite dans les Plans d’Ajustement Structurel (PAS) aujourd’hui baptisés Initiative Pays Pauvres Très Endettés (I.P.P.T.E) a deux objectifs. Le premier est de sacrifier les budgets sociaux des pays du Sud pour amasser le maximum de capitaux destinés au service de la dette publique extérieure. Ainsi, les pays du sud consacrent en moyenne 38% à 40% de leurs budgets chaque année pour la dette contre 4% pour l’agriculture. En 2006, au Congo Brazzaville, sur un budget annuel de 1000 milliards 376 millions 907 mille fcfa, la part allouée au Ministère de l’agriculture a été de 2 milliards 432 millions 944 mille fcfa (0,2%) contre 448 milliards de fcfa pour la dette (45%). La dette d’abord ! Il faut noter que la loi de finance 2006, comme d’autres loi de finances précédentes, est toujours examinée par les institutions financières internationales, notamment le Fond Monétaire international, avant d’être soumise aux parlementaires pour le vote. Ce budget avait été soumis à l’Assemblée Nationale et au Seéat avec un retard de cinq mois car les Institutions de Bretton Woods trouvaient trop colossale le volume de l’enveloppe destinée au social !

Dans son rapport 2008 (version provisoire en 2007), la Banque mondiale fait le constat suivant : « La puissance de l’agriculture pour le développement a trop souvent été sous-utilisée (…) le développement par l’agriculture n’a souvent même pas été considéré comme une option. Les pays en développement connaissent trop fréquemment un sous-investissement et un mal-investissement. ». Tout en dénonçant le « mal-investissement », c’est-à-dire les crédits mal orientés, la Banque mondiale accorde une somme de 20 millions de dollars au Congo Brazzaville en Juin 2007 destinée à financer un projet agricole pour une période de cinq ans d’une valeur de 40 millions.
Ce projet est réparti en quatre phases :
- la première, d’une valeur de 4,71 millions de dollars consiste à renforcer les capacités des agents du Ministère dans le domaine de la pêche et des fermes ;
- la deuxième phase, d’une valeur de 16 millions de dollars, est destinée à réhabiliter et construire des routes rurales afin de permettre aux agriculteurs et aux fermiers (qui n’existent plus d’ailleurs) d’écouler leur production ;
- la troisième phase, d’une valeur de 7,6 millions de dollars, doit aider les petits fermiers à se familiariser aux nouvelles techniques pour accroître leur production ;
- la quatrième phase, d’une valeur de 4,7 millions de dollars, est destinée à la coordination et à la gestion des activités du fameux projet. Voilà ce que la Banque mondiale qualifie de bon investissement. Cela ne constitue-t-il pas vraiment un mal investissement ? Cette somme pouvait permettre de créer une véritable unité de production agricole.

La situation est similaire au Cameroun, dragon de l’Afrique centrale, qui, malgré sa puissance agricole, a connu des émeutes de la faim. En 2007 sur un Budget annuel de 2.251 milliards de fcfa, seulement 40 milliards 129 millions de fcfa (soit 1,8%) ont été alloués au Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural et 10 milliards 41 millions de fcfa (0,4%) au Ministère de l’Elevage, des Pêches et de l’Industrie Animale. Les deux ministères en charge du développement rural ont donc reçu au total 2,2% du budget total. Et n’oublions qu’une bonne partie de cette somme n’arrive pas aux bénéficiaires à cause de la corruption. En effet, une étude menée en 2004 par l’Association Citoyenne de Défense des Intérêts Collectifs (ACDIC) démontre que sur 100 fcfa alloués au développement rural, 5 fcfa seulement arrivent à la destination finale. En effet, la corruption a atteint un niveau record depuis que les salaires des agents de la fonction publique camerounaise ont été rabattus suite aux injonctions liées aux Plans d’Ajustement Structurel.
Au-delà de l’objectif de faire payer la dette, il s’agissait pour les pays du Nord d’éliminer l’agriculture des pays du Sud qui, dans les années 80, constituait le pilier de la politique de l’autosuffisance alimentaire, et de détruire la base d’industrialisation, agroalimentaire notamment, amorcée après les indépendances afin de rendre le Sud dépendant des grandes firmes agro-alimentaires du Nord. Cet objectif a été atteint également.
En vérité, si les pays étaient alimentairement souverains, on ne parlerait pas de cette crise. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : aujourd’hui, les pays mis sous le joug des institutions financières internationales sont tous exposés à la faim.


Des solutions "intéressées" à la crise alimentaire.

La crise est là, les émeutes de la faim se multiplient, alors les "sauveurs" apportent maintenant les solutions ! On voit aujourd’hui sur les chaînes de télévision, les soi-disant donateurs apporter de l’aide aux démunis du sud, des sacs de riz, du lait ou de haricots portant l’inscription « made in USA ». Conscient de la possibilité du déclenchement de telles crises et du risque de leur ampleur, conséquence des différentes politiques conçues dans les bureaux luxueux de Washington, Londres ou Paris, les USA avaient créé comme mesures d’accompagnement, depuis les année 1980, un fonds d’aide alimentaire et un stock de millions de tonnes de céréales. C’est sûrement grâce à ce fonds que les USA se font les plus grands pourvoyeurs d’aide alimentaire du monde. En Afrique, le pays de l’oncle Sam a déjà « aidé » l’Ethiopie, l’Erythrée, le Soudan et l’Afrique du Sud et il a déjà accordé plus de 2,1 milliards de dollars en 2007 à soixante dix-huit pays du monde. Pour la crise actuelle, le Président américain George W. Bush s’engage à accorder 200 millions de dollars aux pays les plus touchés. Cette décision fait suite à l’appel d’aide d’urgence aux pays les plus touchés avant le 1er Mai 2008, appel lancé par Robert Zoellick, le vétéran de la guerre d’invasion de l’Irak placé à la tête de la Banque mondiale pour faire la volonté de la Maison Blanche et des intérêts privés des grands capitaliste du pays de l’oncle Sam en remplaçant Paul Wolfowitz un autre vétéran, de la guerre du Vietnam cette fois, qui avait promis à l’humanité d’aller en guerre contre la corruption en Afrique. Malheureusement, il a été lui-même pris la main dans le sac !

Alors, le geste américain peut-il être un acte charitable ? Loin de là ! Les soi-disant aides accordées par les USA ne constituent guère de la philanthropie. C’est du commerce d’argent. Dans le monde capitaliste, le monde dans lequel l’argent prime sur l’homme, il n’y a pas de sentiment ni de philanthropie, une telle situation offre de bonnes occasions de faire des placements rentables c’est-à-dire des prêts qui rapportent à long terme.
Pour G. W. Bush les pays développés ont la responsabilité d’aider les peuples affamés. La famine est une peste car elle fait peur par son ampleur. En effet, d’après Robert Zoellick dans un discours intitulé « De la conduite des affaires économiques en temps difficile » prononcé à l’approche des réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale, « trente trois pays du monde sont en proie à des troubles sociaux suite à la flambée des prix des aliments et de l’énergie. Dans ces pays où l’alimentation représente entre la moitié et les trois-quarts de la consommation, il n’ y a pas de marge de survie ». Dans ce discours, comme alternative, le Président de la Banque Mondiale fait appel à la mobilisation de 1% (soit un montant de trente milliards de $) des actifs des fonds souverains, créés par les pays ayant un excédent de ressources par rapport à leurs besoins immédiats. Ces fonds sont en monnaie étrangère. Actuellement, plus de vingt pays détiennent des fonds souverains, parmi lesquels la Chine, l’Australie, Singapour, la Norvège, le Canada et la Russie). Ces fonds sont aujourd’hui estimés à trois milliards de dollars pour secourir l’Afrique subsaharienne. De même la Banque Mondiale et ses partenaires qu’elle appelle au secours de l’Afrique trouve là aussi une occasion (la faim) pour faire des placements rentables en prétendant faire des "aides" qui sont en réalité des prêts avec intérêts destinés à perpétuer la dette. Ainsi, 800 millions de dollars ont été promis par la Banque Mondiale à titre de prêts pour l’agriculture.
La crise alimentaire actuelle est une œuvre bien préparée pour les affaires. Chacun peut donc se servir des moyens dont il dispose pour faire ses placements.


Les véritables solutions à la crise alimentaire

Si la Banque mondiale, le FMI et les pays riches veulent résoudre le problème de la crise alimentaire pour sauver ces milliers de vies humaines aujourd’hui en danger, ils doivent procéder à l’annulation de leurs créances envers ces pays touchés pour libérer les budgets à allouer à l’agriculture dans ces pays car l’insuffisance financière du secteur agricole, comme l’a souligné Robert Zoellick, est au cœur de cette crise. Un financement consistant dans le domaine produit toujours de très bons résultats.

Rock NIANGA
APASH/CADTM Brazza

 


FMI-FAIM

par Serge Halimi dans le Monde Diplomatique

Le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avaient promis que l’augmentation des flux de marchandises contribuerait à éradiquer la pauvreté et la faim. Cultures vivrières ? Autonomie alimentaire ? On avait trouvé plus intelligent : l’agriculture locale serait abandonnée ou orientée vers l’exportation. Ainsi, on tirerait le meilleur parti non pas de conditions naturelles — plus favorables, par exemple, à la tomate mexicaine, à l’ananas philippin —, mais de coûts d’exploitation plus bas dans ces deux pays qu’en Floride ou en Californie.

L’agriculteur malien confierait son alimentation aux firmes céréalières de la Beauce ou du Midwest, plus mécanisées, plus productives. Quittant sa terre, il irait grossir la population des villes pour devenir ouvrier dans une entreprise occidentale ayant délocalisé ses activités afin de profiter d’une main-d’œuvre meilleur marché. Les Etats côtiers d’Afrique allégeraient au même moment le poids de leur dette extérieure en vendant leurs droits de pêche aux bateaux-usines des pays plus riches. Il ne resterait plus ensuite aux Guinéens qu’à acheter des conserves de poisson danoises ou portugaises |1|. Malgré une pollution supplémentaire générée par les transports, le paradis était assuré. Le profit des intermédiaires (distributeurs, transitaires, assureurs, publicitaires) aussi...

Soudain la Banque mondiale, prescriptrice de ce modèle de « développement », annonce que trente-trois pays vont connaître des « émeutes de la faim ». Et l’OMC s’alarme d’un retour au protectionnisme en observant que plusieurs pays exportateurs de denrées alimentaires (l’Inde, le Vietnam, l’Egypte, le Kazakhstan...) ont décidé de réduire leurs ventes à l’étranger afin — quelle impudence ! — de garantir l’alimentation de leur population. Le Nord s’offusque vite de l’égoïsme des autres. C’est parce que les Chinois mangent trop de viande que les Egyptiens manquent de blé...

Les Etats qui ont suivi les « conseils » de la Banque mondiale et du FMI ont sacrifié leur agriculture vivrière. Ils ne peuvent donc plus se réserver l’usage de leurs récoltes. Eh bien, ils paieront, c’est la loi du marché. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a déjà calculé l’envol de leur facture d’importation de céréales : 56 % en un an. Logiquement, le Programme alimentaire mondial (PAM), qui nourrit chaque année soixante-treize millions de personnes dans soixante-dix-huit pays, réclame 500 millions de dollars supplémentaires.

Ses prétentions ont dû être jugées extravagantes puisqu’il n’en a obtenu que la moitié. Il ne quémandait cependant que le prix de quelques heures de guerre en Irak et le millième de ce que la crise des subprime va coûter au secteur bancaire, généreusement secouru, lui, par les Etats. On peut calculer les choses autrement : le PAM implorait pour le compte de ses millions d’affamés... 13,5 % des sommes gagnées l’année dernière par le seul M. John Paulson, dirigeant d’un fonds spéculatif assez avisé pour prévoir que des centaines de milliers d’Américains seraient réduits à la faillite immobilière. On ignore combien rapportera, et à qui, la famine qui a commencé, mais rien ne se perd jamais dans une économie moderne.

Car tout se recycle ; une spéculation chasse l’autre. Après avoir alimenté la bulle Internet, la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) a encouragé les Américains à s’endetter. Et gonflé la bulle immobilière. En 2006, le FMI estimait encore : « Tout indique que les mécanismes d’allocation de crédit sur le marché de l’immobilier aux Etats-Unis sont restés relativement efficaces. » Marché-efficace : ne devrait-on pas souder ces deux mots une fois pour toutes ? La bulle immobilière a crevé. Les spéculateurs réhabilitent alors un vieil eldorado : les marchés de céréales. Achetant des contrats de livraison de blé ou de riz pour une date future, ils escomptent les revendre beaucoup plus cher. Ce qui entretient la hausse des prix, la famine...

Et que fait alors le FMI, doté, selon son directeur général, de « la meilleure équipe d’économistes qui soit au monde » ? Il explique : « Une des manières de résoudre les questions de famine, c’est d’augmenter le commerce international. » Le poète Léo Ferré écrivit un jour : « Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu’à en trouver la formule. »

Il semblerait qu’on l’ait trouvée.


notes articles:

|1| Lire Jean Ziegler, « Réfugiés de la faim », mars 2008.

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Published by Dominique - dans -*- actualité
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