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  • : Le blog de la rue Goudouly
  • Le blog de la rue Goudouly
  • : Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 03:14

Témoignages

 

Couserans-Palestine : en direct de Palestine.

 

Huguette Lagarde nous fait parvenir son carnet de jour

 

19/05/08

 Ce matin, j'ai rencontré des enseignantes de français dans un lycée de la ville : 1000 
élèves. J'ai surtout discuté avec une inspectrice sur le travail, l'importance de l'école
pour les jeunes ici, leur goût pour les études, leur désir de réussite, qui a un sens
personnel mais aussi plus général, en particulier dans l'apprentissage du français.
   
 A travers l'apprentissage du français particulièrement, les élèves veulent envoyer le 
message que, malgré la situation qui fait tant de mal aux personnes, ils font vivre la
vie du mieux possible et sont heureux d'échanger avec le monde. La bibliothécaire
travaille avec les professeurs de français : ensemble elles choisissent un thème pour
l'année ; cette année c'était la violence, et elles travaillent sur ce thème: une fois par
semaine, une moitié de classe va à la bibliothèque, l'autre moitié reste avec le
professeur.
   
 Les élèves font des recherches... et produisent un document qu'elles vont me 
photocopier. On pourra faire des expos: je pense déjà a faire une exposition au
lycée, en ville...
   
 Elle m'a aussi parlé du travail qui est fait dans 2 lycées de la vieille ville, où les 
jeunes ont plus de difficultés : environnement économique + la violence
répétée des soldats israéliens pour qui la vieille ville est une cible permanente.

 

 

20/05/08

La vie semble aller son train, en tout cas, à mes yeux, qui ne savent pas
forcément voir. Tout à coup la tragédie éclate : avant hier soir, un jeune
de 16 ans a été abattu par un soldat à un check-point. Le soldat a interprété
un geste du jeune selon sa propre peur : le jeune sortait son téléphone
portable, le soldat a tiré deux fois et l'a tué. C'est une partie du quotidien.

 

21/05/08

J'ai rencontré L. une amie de A. chez qui je loge. Le fils de L. a
été tué lors d'une incursion de l'armée israélienne, au cours d'une période
où l'armée a de nouveau envahi Naplouse. Il s'enfuyait par les toits,
car les jeunes sont toujours menacés. Il a été repéré par les soldats
depuis la montagne d'en face et abattu à quelques mètres de la chambre
de ses parents.

Son père en perdu la parole. Pendant 6 mois il s'est rendu sur la tombe
de son fils et est mort.

 

22/05/08

 Famille de A. chez qui je loge. Quatre cousins : trois d'entre eux totalisent 
plus de vingt ans d'emprisonnement.
 Son père ; sept ans. 
   
 *Les mères ne dorment plus* : 
   
 Une voisine de A. (qui me loge) : Lors des dernières incursions de l'armée 
(janvier-février, les médias n'en pas parlent en France), une nuit, c'est
toujours la nuit, les soldats ont forcé la porte et emmené son fils de 16 ans.
 Il est en prison. 
 Elle est autorisée à le voir une fois par mois. 
 Ils n'ont pas le droit de se parler. Seuls les yeux parlent et les mains. 
   
 *Ils prennent les jeunes de préférence*. 
 Leur motif non déclaré: déstabiliser, effrayer, décourager, humilier, casser 
les potentialités de résistance.
   
 *Et pourtant, les enfants étudient dans les écoles*. 
 L'école est un lieu essentiel dans la vie des jeunes car ils y passent de bons 
moments, me dit l'inspectrice de français que j'ai rencontrée à l'école Rashda,
près du centre de jeunes du Medical Relief.
 Les écoles (lycées) ont un partenariat avec le Consulat de France, dans le cadre 
de la Francophonie, pour l'apprentissage du français. Ils travaillent en particulier
sur des projets d'une année, où tous les niveaux sont concernés. Par exemple,
cette année, ils ont travaillé sur la violence. Je ramène un exemple de leur travail.
   
 23/05/08 
 *J'aborde la question de deux états / un état* avec Ghassan Hamdan, le 
responsable du Medical Relief pour la région de Naplouse, et il me semble qu'il a
de plus large responsabilités : il vient de participer a une réunion internationale à
Bethléem sur les problèmes économiques en Palestine occupée...
 A ses yeux l'idée d'un seul état est une vue d'intellectuels idéalistes, qui oublient 
la réalité. Une sorte de fuite en avant causée par le découragement.
 Pour lui la solution d'un état palestinien est la seule solution...Il me dit que la 
majorité des Palestiniens partage ce point de vue.
   
 Hier soir nous devions nous rendre a une fête chez les Samaritains. L'armée en 
a décidé autrement. Tout était fermé par les soldats.
   
 Aujourd'hui vendredi, c'est "dimanche". 
   
 25/05/08 
 *Sabbah* 
   
 *Sabbah a 42 ans, elle a 6 enfants dont 5 vivent avec elle. Son mari a fait un AVC il 
y a 3 ans ; il a perdu l'usage de la parole et est paralysé. Elle le garde avec elle. Sa fille
ainée est mariée et vit à Dubai. Un de ses fils, qui a fini ses études d'ingénieur en
communication veut la rejoindre à Dubai dans l'espoir d'y trouver du travail. Il ne
veut pas y rester plus de 5 ans. Pourquoi ? Parce que si vous restez hors de Palestine
occupée 7 ans ou plus, vous perdez la nationalité ; vous n'avez plus le droit de revenir
(ils reviennent sans droits). C'est Israël qui décide de tout cela. Par exemple le père d'A.
n'a pas de carte d'identité. Il espère l'obtenir bientôt.
 Si vos enfants naissent hors de Palestine, ils n'auront pas la nationalité palestinienne. 
   
 Sabbah a du mal avec son plus jeune fils. Il y a beaucoup de violence entre eux.  
 Elle a peur pour lui. 
   
 Elle ne dort pas après une heure du matin. 
   
 25/05/08 
 *Leyla* 
   
 J'ai déjà parlé de Leyla (son fils de 16 ans abattu alors qu'il voulait échapper aux soldats 
israéliens).
   
 Elle a été mariée à l'âge de 14 ans à un homme de 52 ans. A 19 ans, elle avait déjà 4 
enfants. Elle en eu 2 de plus par la suite. Elle a 44 ans (son mari est mort tout de suite
après son fils).
   
 Elle ne dort pas ; ses yeux ont des cernes noirs et profonds. Mais de temps en temps 
elle exprime beaucoup de vitalité et d'envie d'une vie plus gratifiante.
 Sa plus jeune fille est adorable (enfin, ce que j'en vois). 
   
 Vendredi, c'était le 5 e anniversaire de la mort de son fils, donc elle m'a invitée à 
dormir chez elle avec Aiesheh. Un tableau de 2 m. de haut, représentant son fils était
posé à l'entrée de sa maison dans la vieille ville.
   
 Elle est fortement opposée à ces mariages arrangés et précoces pour les filles. Cela 
devient plus rare.
   
 Visiblement elle apprécie sa liberté et aimerait reprendre son nom de jeune fille, mais 
d'après ce que j'ai compris, ce n'est pas possible.
   
 Elle a quelque chose de très jeune et spontané.  
 Entre des moments d'abattement, elle esquisse des pas de danse. 
 Elle fait ses prières avec assiduité. 
   
   
 26/05/08 
 *La bibliothèque municipale* 
   
 *_Un bâtiment de la fin de l'époque ottomane situé dans un parc. Trois cents personnes 
y passent chaque jour.
Une fois par semaine un "salon littéraire" se tient dans le parc, autour de la fontaine.
Les géraniums de près de deux mètres de haut éclairent le parc. C'est paisible et
pourtant tout le monde sait que du haut des deux montagnes qui surplombent la
vallée l'armée israélienne menace.
   
 Association culturelle de Naplouse 
   
 Le secteur musique y est le plus actif : grâce à la coopération de Baremboim. De 
nombreux élèves y bénéficient d'un enseignement musical pratiquement gratuit. Mais le
directeur/fondateur tient à ce que les familles participent, même si c'est symbolique.
Il m'explique avec passion que le siège de Naplouse n'est pas seulement l'enfermement
de la ville, et les descentes, les arrestations, l'économie bloquée, les morts... mais que
c'est aussi un siège culturel.
   
 Les destructions répétées dans la vieille ville en sont à ses yeux un des signes les plus 
significatifs car cette vieille ville est un témoignage du passé de Naplouse extraordinaire.
D'autant plus parlant que Nablus al Khadima déborde de vie.
   
 Il a donc créé cette association pour que les enfants et les jeunes puissent exprimer leur 
propre richesse à travers la musique, la peinture... et donner au monde une partie de
cette richesse, qu'Israël s'efforce de détruire, mais, dit-il n'y parviendra pas.
   
 En soirée l'école donne un concert. 
   
 26/05/08 
   
 *L'eau* 
   
 *Un théâtre en plein air a été construit au creux de la vallée (au creux de la ville). Ses 
gradins font un arc de cercle en bordure de l'aqueduc romain qui amenait l'eau à la
ville (Neopolis).
   
 Jusqu'aux années 70, une rivière traversait la ville, allait jusqu'à Tulkarem et se jetait 
dans la mer. De très nombreuses sources l'alimentaient. (400, me dit Madji).
   
 A partir des années 70 la colonisation israélienne s'est développée en  
 Cisjordanie. Les Israéliens se sont emparés des sources : il n'y a plus de rivière à 
Naplouse. Les Naplousis n'ont plus que quatre sources et achètent l'eau aux Israéliens
qui la leur vendent plus cher qu'en Israël.
   
 La colonisation est une source de profits importante pour Israël. 
   
   
 27/05/08 
   
 *Visite aux responsables du Centre Culturel Yafa du Camp de Refugiés de 
Balata*
.
   
 Balata est à quelques minutes en voiture de Naplouse. 
   
 La majorité des familles est originaire de Jaffa. En 1948, ils ont été chassés de Jaffa et 
des villages environnants.
De 1948 à 1952, ils ont vécu dans la montagne, dans des grottes, comme ils ont pu.
Les familles étaient dispersées.
 En 1950/52 avec la création de l'UNWARA, les Nations Unies ont acheté un terrain 
d'un km de côté et ont installé un camp de tentes. Les familles y ont vécu plusieurs
années puis on leur a construit des abris en dur de deux, trois mètres de côté et un toit
de tôle. Peu à peu, ils ont agrandi ces "maisons".
   
 Ils étaient 5000 au départ, ils sont maintenant 24000, toujours sur la même surface. 
   
 30/05/08 
   
 *Balata subit les incursions nocturnes* 
   
 Balata subit les incursions nocturnes de la l'armée très souvent. Il y a deux nuits, deux 
jeunes ont été arrêtés ainsi que trois autres des environs.
   
 Le chômage, la pauvreté, les conditions de vie y sont plus dures qu'ailleurs. Les 
conditions d'enseignement n'ont rien a voir avec ce que j'ai pu voir à l'école Rashda ici
en ville.
   
 Mais le même souci de "sauver" les enfants et les jeunes y est manifeste. En particulier 
dans le Centre Culturel Yaffa où un responsable me décrit l'état psychologique des
enfants déstabilisés par l'occupation. Donc ils organisent au centre des activités
qui donnent aux enfants du temps pour vivre leur enfance.
   
   
   
 *Rectification à propos de la carte d'identité* 
   
   
 Sami directeur du Centre de Jeunes m'a donné une information fausse (que je vous ai 
transmise)
   
 J'ai vérifié auprès de Ghassan : erreur. Je corrige. 
   
 Les Palestiniens qui vivent à l'extérieur gardent leur carte d'identité, mais ils doivent 
renouveler tous les trois ans un document qui leur permet d'entrer et sortir. S'ils ne
font pas le renouvellement, alors ils perdent les droits de la carte d'identité.

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Published by Huguette Lagarde - dans -*- goudouly
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