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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 03:08


En Bolivie, le paysan indien a-t-il droit de jouir des droits de l’homme ?

BLEITRACH Danielle
Sur Le Grand Soir
 
Pendant que la presse française condamne les FARC, elle tait ce qui se passe dans toute l’Amérique latine, la violence faite aux pauvres, aux paysans, aux Indiens et qui a obligé ceux-ci à faire face, à s’armer ou à mourir. Cette presse aux ordres tait ce qui se passe en Bolivie et qui illustre bien à quel point la haine de classe peut prendre un visage atroce de haine raciale.

Une groupe de jeunes nervis à Sucre (la capitale administrative du pays) se sont emparés hier 25 mai d’un groupe de paysans indiens et, là sur la place, ils ont été dépouillés de leurs vêtements et contraints de répéter sous la menace des phrases racistes . Il ne s’agit pas d’un acte isolé. La violence raciste se déchaîne contre la majorité de la population. On tente de les intimider pour qu’il ne s’opposent pas aux tentatives séparatistes de l’oligarchie alliée aux multinationales.



LA PAZ, le 25 mai. – Le gouvernement bolivien face à de tels actes de violence contre les paysans et les pauvres des villes a choisi la voie de la démocratie, et il a porté plainte devant les organismes judiaciaires en expliquant que si ceux-ci aux mains de l’oligarchie à Sucre rejetaient la plainte, le gouvernement porterait la plainte au niveau international auprès des organismes internationaux des droits de l’homme

Alors qu’il participait à l’émission El Pueblo es Noticia, de la radio publique Patria Nueva, le vice-ministre de la coordination avec les mouvements sociaux, Sacha Llorenti, a souligné qu’il revenait au ministère public de la République d’identifier les responsables des agressions contre des paysans.

Llorenti a rendu responsables les autorités du département du sud de Chuquisaca pour avoir distillé la haine et refusé de recevoir le président Evo Morales, à l’occasion du 199e anniversaire du Cri de la liberté de l’Amérique, qui devait assister à une manifestation populaire pour remettre des projets sociaux au profit de la région.

Il a aussi souligné que les affrontements à Sucre n’étaient pas isolées, et rappelé que les partis d’opposition et traditionnels ont pris la voie de la violence pour empêcher les transformations sociales, en faveur des plus démunis.

Ces faits - qui ne sont pas isolés - illustrent la violence raciale qui peut régner en Amérique latine, en particulier contre les descendants des indiens. Comment, quand ils tentent de changer les choses par la démocratie, ils ont devant eux une oligarchie violente avec des hommes de main qui massacrent, humilient. Cette violence, je l’ai découverte au Mexique, dans les Chiapas. J’ai été bouleversée par le regard perdu des populations originaires. Puis, pire encore j’ai vu sur la place centrale de Mexico un groupe de paysans à qui les propriétaires terriens et leurs groupes paramilitaires volaient les terres. Ils avaient un masque bleu de chirurgien. Ils l’ont baissé et j’ai vu qu’ils s’étaient cousu la bouche pour dire le silence de la loi les concernant. Ce silence est aussi celui de nos médias qui n’expliquent pas les populations déplacées, fuyant l’horreur en Colombie. Et qui se taisent sur ce qui se passe en Bolivie. Je vois l’humiliation de ces pauvres gens mis à nu et contraints de se traiter eux-mêmes d’animaux… Comme pour leur faire payer la majorité du peuple des pauvres qui soutient le gouvernement d’Evo Morales. Un gouvernement qui veut que son peuple se réapproprie les ressources, les reprenne aux multinationales, pour donner la santé, pour apprendre à lire, avec l’aide d’un autre peuple pauvre, étranglé par le blocus, Cuba.

La colère ne cesse de m’envahir quand je vois "les belles âmes" de nos médias critiquer les pauvres qui résistent à l’ignominie et considérer que les Etats-Unis qui soutiennent les assassins et les tortionnaires est une "grande démocratie". Pourquoi ? Parce qu’elle élit un G.W.Bush ?

Mais qui prendra le partie de tous ces pauvres torturés, humiliés ? Et ce sont eux que l’on traite avec haine, contre lesquels on multiplie les campagnes... Ce qu’on leur reproche, c’est de chercher les voix d’une vraie démocratie, celle où les pauvres savent que les institutions sont destinées à améliorer leur vie, à leur donner le droit à la parole.

Danielle Bleitrach


Ils nous détestent parce que nous sommes le miroir dans lequel se reflète leur échec et leur déroute historique


Bolivie : le délit de la rébellion indigène

Paysans à genoux sur la place de Sucre

obligés d’assister à l’autodafé de leurs ponchos.

QUISPE Jubenal
 

La Bolivie aujourd’hui, vit sous la plus cruelle et effrayante dictature xénophobe des patrons blessés dans leur orgueil dément. Si vous ne l’avez pas déjà vue, observez cette video. http://es.youtube.com/watch?v=5RXUk... .. (NDT)

Ces faits sont advenus le 24 mai à Sucre, capitale de la Bolivie et creuset du métissage Bolivien.

Qui croyait que le racisme ignorant n’était plus qu’un amer souvenir en Bolivie se trompait. La Bolivie de la « blanquitude » (1) , céée et gouvernée par les patrons, a été et est essentiellement anti-indienne. En 1825, les patrons fondèrent la République de Bolivie dans la Maison de la Liberté de la cité de Sucre en excluant et soumettant les peuples indigènes. Quasiment deux siècles plus tard, la semaine passée, en face de cette même Maison mythique, devant les cameras de la TV, ils ont flagellé les frères indigènes révoltés. Ce fut un acte macabre qui symbolise l’essence ethnodévorante de la Bolivie officielle de la blanquitude.

Face à de tels faits surgissent diverses questions. Où était l’Etat, monopole de la violence légitime ? Est-ce qu’il s’est complètement dissous en Bolivie ? Et si c’est le cas, que fait le gouvernement du camarade Evo Morales, s’il n’y a pas d’Etat à diriger ? Où est-ce que la violence xénophobe des patrons aujourd’hui est autorisée par l’Etat comme un instrument pour l’autodéroute de ses adversaires. Ce sont les questions auxquelles le gouvernement doit répondre. Mais la question de fond est : Pourquoi la Bolivie de la blanquitude hait tant les indiens ? Il y a beaucoup de réponses à cette dernière question.

Ils nous détestent parce que nous sommes le miroir dans lequel se reflète leur échec et leur déroute historique, depuis qu’ils ont fondé la Bolivie, pour construire « la modernité » et la nation métisse bolivienne, à la mesure de leurs intérêts et de leurs aspirations, mais ils ont totalement échoué sur le plan intellectuel et moral. Aujourd’hui, la Bolivie n’est ni "moderne", ni métissée. En deux siècles de gouvernement, ils n’ont réussi qu’à engendrer une bureaucratie cleptomane qui a dilapidé le pays.

Ils ont copié les réformes éducatives, les services militaires obligatoires et utilisèrent l’Etat pour promouvoir des politiques destinées à anéantir nos cultures, mais même là ils ont échoué. Aujourd’hui, comme jamais auparavent, la diversité bolivienne les écrase jusque dans leurs alcoves. Notre présence les insupporte parce que ça leur rappelle leur stérilité et leur incapacité quasi naturelle à réaliser leurs aspirations. Ils patissent d’une chronique anomie (carence d’identité) face aux multiples et dynamiques identités indigènes qui s’autoaffirment de partout à la fois. Ils souffrent d’une profonde insécurité existentielle parce que désormais ils ne peuvent plus s’autoaffirmer en niant et en anéantissant l’Autre. Cette situation pathologique dégénère chez eux en comportements xénophobes. Mais avec ces attitudes, l’unique chose qu’ils gagnent est le mépris national et international. Et ainsi ils s’enfoncent dans la spirale de la solitude.

Ils flagellent nos frères sur les places publiques, comme ils ont fait avec nos parents et grands parents jusqu’à les tuer, parce que notre présence les renvoie à leur réalité shizophrénique. Ils rêvent d’être des occidentaux mais ils portent dans leur sang les gènes indigènes. Ils choient la pratique de la morale libérale, mais leur molle volonté les entraine vers les vices de l’indien qu’ils détestent tant. Ils souffrent d’une profonde shizophrenie culturelle : toujours haissant ce qu’ils sont et rêvant d’être ce qu’ils ne sont pas. Ce sont des pauvres malheureux qui ne savent même pas qui ils sont, et ils ont encore moins, et n’ont jamais eu, une vision claire de la Bolivie en tant que pays. Ils souffrent d’être retenus par l’histoire bolivienne comme autant de minables ayant échoué aussi bien sur le plan intellectuel que moral. Ca leur fait mal parce que désormais des délinquants n’entreront plus dans l’histoire comme des héros nationaux.

Il a été démontré que nous les indigènes sommes ce qu’ils n’ont pu être : le rempart et le bastion de la Bolivinité en construction. Nous avons défende et récupéré les ressources naturelles et la dignité du peuple face aux entreprises multinationales, des monstres avec lesquels les patrons de la Bolivie et de la blanquitude se prostituèrent. Nos victoires pour la Bolivie leur fait mal parce qu’elles démontrent leur échec fatidique. C’est pour cela qu’ils ont humilié nos frères devant la Maison de leur Liberté.

Les bastonnades qu’ont supporté nos pères, mères, frères et sœurs, nous blessent l’âme, mais c’est une douleur féconde parce qu’elle maintient et maintiendra vivante notre subversive mémoire historique. Aux côtés de nos morts sans sépulture qui errent sur les fertiles terres boliviennes en exigeant justice, nous lutterons jusqu’à rendre digne cette vie indigène à laquelle ils nous ont condamnés. Nous ne sommes pas nés pour mourir en chemin, et nous n’avons pas commencé pour défaillir à la levée du jour.

Traduction Danielle Bleitrach

(1) Je ne trouve pas de terme et c’est dommage pour traduire la blanquitude donc je laisse ce terme et proposerait même que nous l’adoptions. (NDT)

 Bolivia : el delito de la insubordinación indígena


Racisme et violation des Droits de l’Homme à Sucre, en Bolivie

 

            Selon l’usage en Bolivie, samedi 24 mai, la ville de Sucre s’apprêtait à commémorer le premier soulèvement contre l’Espagne coloniale – festivité civique à laquelle participe l’ensemble de la population. Ce qui aurait dû être une fête réunissant les citoyens afin de célébrer les luttes pour l’Indépendance s’est transformé en une journée de furie raciste. La violence qui s’est déchaînée à Sucre contre les paysans indiens n’a nullement ravivé la mémoire des batailles héroïques : ce sont plutôt les heures les plus sombres de l’époque coloniale qui ont paru d’actualité.


Les faits

            Pour la célébration du « Cri libérateur », le Président de la République de Bolivie, Evo Morales, devait venir à Sucre remettre aux délégations paysannes, réunies dans le stade Patria, des fonds destinés à financer des projets de développement ainsi que l’achat d’ambulances. La nuit précédente, des groupes organisés, notamment étudiants, armés de pétards et de dynamite, occupèrent le quartier du stade, décidés à empêcher l’événement. A l’origine de cette initiative se trouve le soi-disant « Comité Interinstitutionnel » qui prétend tracer l’avenir politique de la cité – sans jouir de la moindre représentativité populaire ni de la moindre autorité départementale. Ce Comité est animé par le Recteur de l’Université San Francisco Javier de Chuquisaca, par diverses personnalités universitaires ou de la mairie, par un groupement dénommé « Comité Civico », et par la fédération patronale du département. Tout cela en étroite collaboration avec les leaders de l’opposition du Département de Santa Cruz.       

            En raison du climat de violence instauré depuis la veille, le rendez-vous prévu avec Evo Morales est annulé.

            Quand se présentent les paysans venus des campagnes alentour, accompagnés de leurs représentants traditionnels – tel le maire de Mojocoya –,  ces membres des communautés indiennes, hommes, femmes et enfants, sont attendus aux entrées de la ville et s’y trouvent bloqués. On leur jette des pierres, on les frappe, et même les femmes et les enfants qui gisent à terre sont roués de coups de pied. Autour de Sucre, et dans divers quartiers, des événements d’une extrême violence se produisent : des indigènes sont insultés, poursuivis, volés et contraints de se réfugier dans des maisons qui sont ensuite saccagées.

            Cinquante cinq paysans sont pris en otage et obligés à se mettre torse nu et à marcher mains attachées. Parvenus sur la place principale de Sucre, on les humilie sans que le public proteste, on leur ordonne de faire le tour de la place. Devant le siège des autorités (la Casa de la Libertad), on les force à se mettre à genoux, à embrasser le sol tandis que sont brûlés leurs drapeaux, leurs insignes et leurs vêtements traditionnels. Des groupes de jeunes isolés prennent en otages d’autres paysans, les enferment, les maltraitent, les frappent en leur imposant d’absorber des excréments de poulets.

            On dénombre plus de cinquante blessés ; la presque totalité sont des paysans indigènes dont plusieurs sont dans un état grave. Des médecins de l’hôpital Santa Barbara et de l’hôpital universitaire ont refusé de prodiguer des soins à certains d’entre eux.

            Ces événements inacceptables, reconstitués à partir de nombreux témoignages de paysans, de témoins oculaires et d’articles de la presse locale (El Correo del Sur du 25 mai 2008), pourraient être interprétés comme la conséquence du climat d’affrontement politique que connaît actuellement la Bolivie. En fait, ils trouvent leurs origines dans le resurgissement d’un profond racisme anti-indigène comme le montrent des appels « à tuer les Indiens », « à empêcher qu’ils entrent dans la ville », « à les traiter comme des animaux ». Ces incitations visent à persécuter, dévaloriser et exclure des citoyens boliviens, non seulement à cause de leur extrême pauvreté, mais aussi de leurs origines ethniques.


Refuser l’inacceptable

            Nous appelons donc l’opinion internationale à la plus grande vigilance. Et à empêcher que le climat politique ne débouche sur un racisme institutionnalisé, largement accepté par l’opinion publique bolivienne, dans les rues de Sucre et ailleurs.

            Nous demandons instamment aux autorités de Sucre de ne pas considérer les paysans indiens comme des citoyens de seconde catégorie : ils ont le droit d’exprimer leurs opinions politiques dans tout espace public, et d’appuyer, s’ils le souhaitent, un Président de la République démocratiquement élu. Le rôle des autorités est précisément de faire respecter ce droit inaliénable.

 

Rosalia Martinez,

Ethnomusicologue, Université Paris 8, CNRS, France

Tristan Platt,

Anthropologue et historien, Professeur à l’Université St Andrews, Écosse

Gilles Rivière,

Anthropologue, CERMA-EHESS, Paris, spécialistes des cultures andines et de la Bolivie

 

(Source : El Correo de Sucre, 25 mai 2008)


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Published by Dominique - dans -*- politique
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