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En campagne

24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 03:19


Adresse aux initiateurs du NPA


Cher(e)s camarades,

Forts de la popularité d'Olivier Besancenot, vous proposez de lancer une nouvelle organisation politique, surnommée le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Consternés par l'état de la gauche, nous sommes ravis que vous fassiez une proposition. On ne peut malheureusement pas en dire autant des autres organisations de la gauche critique : PCF, Verts, gauche du PS n'ont à ce jour rien soumis de tel. Nous avons manqué une occasion historique de bâtir une force nouvelle avec l'échec de la candidature unitaire antilibérale en 2007. Si vous avez votre part de responsabilités, nous sommes prêts à passer outre aujourd'hui, tant les torts sont partagés.


Pourtant, plusieurs éléments nous incitent à la prudence. Si nous sommes d'accord avec la nécessité de créer une nouvelle force, la question est de savoir quelle organisation constituer et comment. Le dépassement de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) par le nouveau parti sera-t-il réel ou de pure forme ? Il est troublant de constater la posture de fermeture de la LCR à l'égard des différents acteurs et courants de la gauche naguère appelée "antilibérale", au moment même où l'organisation est censée s'ouvrir et muter. Les rencontres initiées par la LCR auprès de ses partenaires potentiels restent quasi introuvables.

La volonté de s'adresser aux seuls "héros du quotidien", au détriment des forces constituées de la gauche de gauche, n'est-elle pas une manière de construire à partir de la seule matrice trotskiste ? Si nous sommes convaincus des limites d'une construction "par le haut" de la force nouvelle - ces tentatives ont, il est vrai, à plusieurs reprises échoué ces dernières années -, nous pensons que l'on ne peut faire l'impasse sur la recherche active d'un spectre suffisamment large de sensibilités, de cultures et de traditions de la gauche d'alternative pour pouvoir engager un mouvement populaire et durable. Si la LCR s'est ouverte aux catégories populaires, elle est encore très loin d'être le "grand parti de la classe ouvrière" ! Avez-vous, au fond, renoncé réellement à rester purs entre vous, dans l'attente du Grand Soir ?

Pensez-vous que la LCR possède, à elle seule, les ressources pour fabriquer le parti politique dont la gauche a besoin, capable de rivaliser avec le PS ? L'enjeu est de résister à cette droite arrogante qui démantèle les acquis sociaux, joue sur les peurs et promeut à tous les niveaux la concurrence entre les individus. Il est urgent de répartir les richesses autrement, de changer de modèle de développement, de repenser les conditions de nos libertés et la définition de nos droits.

Une posture uniquement défensive ne fera pas le compte. Or, le concept phare du NPA, l'"anticapitalisme", ne contient-il pas cette limite dans son intitulé même ? Se définir "pour" et non "contre", porter un projet et non un cahier de revendications, nous semblent des conditions incontournables pour convaincre et faire avancer nos objectifs. Car nous avons à concourir sérieusement dans le cadre démocratique, ne serait-ce que pour le transformer.

On nous rétorquera que la rue, la grève, la contestation sont les moteurs des ruptures. C'est vrai. On en a aussi vu les limites, en 1968 ou en 1995. Faire l'impasse sur la traduction des contestations dans le champ politique attise les conservatismes. L'enjeu est de construire un autre rapport de force interne à la gauche et de combattre la division du travail : "au PS la gestion et à nous la contestation". Enfin, vous prônez l'indépendance vis-à-vis du PS : cela nous convient, à la condition de ne pas fermer le débat sur les conditions et les formes de cette indépendance.

En dépit de ces préoccupations qui rendent de très nombreux militants actuels ou potentiels frileux à votre égard, qu'est-ce qui nous séduit ? Une proposition nouvelle (enfin), nous l'avons dit. Un enthousiasme partagé, notamment dans les catégories populaires, pour les prises de parole d'Olivier Besancenot qui donnent un coup d'air frais à des débats politiques poussiéreux et ronronnants. Une clarté de positionnement : à gauche, pas un peu, pas en tortillant ni en s'excusant, mais franchement.

Un propos à la fois idéologique, permettant de garder le cap à gauche, et concret pour parler du quotidien à des millions de gens, des conséquences palpables des politiques réactionnaires comme de la logique capitaliste. Une solidarité avec les luttes quand d'autres traînent les pieds pour apporter leur soutien. Une participation active à la reconquête de l'hégémonie culturelle, en popularisant la nécessité d'une autre répartition des richesses, le soutien aux sans-papiers comme aux paysans du Sud, victimes du productivisme, la défense intransigeante des services publics...

Une gauche fière de son ancrage, en phase avec les mobilisations, qui met en cause tous les rapports de domination, assume le renouvellement générationnel pour parler au monde d'aujourd'hui et propose de dépasser les clivages anciens - Olivier Besancenot a d'ailleurs coutume de dire qu'il n'est pas trotskiste. Ce dernier apparaît comme un jeune homme de son temps, un acteur politique qui donne envie de se battre, de s'engager. Comment la gauche peut-elle profiter, dans la durée, de ses atouts ? Comment traduire en force politique ce que tant de gens attendent de lui, sans pour autant se laisser prendre à la magie des baromètres de popularité, qui lui sont aujourd'hui favorables ?

Dans ce que vous donnez à voir, il existe des contradictions, des ambiguïtés. Une clarification entre une option visant à cultiver le petit pré carré de l'extrême gauche et une autre à même de jouer grand angle permettrait d'emmener le plus d'énergies possible. Tel est le sens de ce message. C'est un débat politique constructif que nous voulons ouvrir publiquement avec vous.


Clémentine Autain, féministe ;
Luc Boltanski, sociologue ;
Elisabeth Claverie, ethnologue ;
Frédéric Lebaron ;
Michel Onfray, philosophe ;
Arnaud Viviant, écrivain et journaliste.


Gauche radicale, chiche !

par Philippe Corcuff, Pierre-François Grond et Anne Leclerc

C'est bien volontiers par cette réponse à votre "adresse" publique (Le Monde du 30 mai) que nous engageons le débat sur notre initiative visant à lancer un "nouveau parti anticapitaliste". Le Parti socialiste dérive vers un parti démocrate à l'américaine, tandis que le Parti communiste se détermine en dernier ressort par l'alliance électorale avec celui-ci. Si le PS semble bien en peine de s'opposer avec efficacité aux politiques brutales imposées par Nicolas Sarkozy, c'est parce que, accélérant sa mutation néolibérale, il partage désormais avec la droite une vision analogue de la société.

L'anticapitalisme est alors pour nous la valeur cardinale autour de laquelle doit se réorganiser une vraie gauche. Nous entendons par anticapitalisme les luttes du monde du travail contre l'exploitation, une nécessaire rupture écologiste avec un capitalisme destructeur des ressources naturelles, les aspirations individuelles à la reconnaissance et à la créativité bafouées, comme le combat contre toutes les formes de domination et d'oppression. L'anticapitalisme n'est pas une posture défensive, mais la proposition d'une rupture avec ce système, appelant la construction d'une autre société.

Avons-nous toutes les réponses et un projet clés en main pour répondre à ce défi ? A l'évidence, non ! Et c'est d'ailleurs un des objectifs de ce parti d'élaborer le programme et la stratégie de l'émancipation de demain. Nous voulons ainsi allier contestation et propositions. Une démarche que nous ne pourrons d'ailleurs pas mener dans un cadre strictement hexagonal, tant la globalisation marchande appelle une internationalisation des luttes et des alternatives.

Nous ne considérons pas que les institutions actuelles constituent un cadre démocratique suffisant pour rendre possible une véritable rupture avec le système grâce à la seule victoire électorale. Car il n'y a pas deux sphères étanches, celle de l'économie capitaliste d'un côté et celle de l'Etat de l'autre, mais les intérêts sociaux dominants contribuent à structurer les logiques étatiques. Par ailleurs, c'est un constat historiquement assez banal que ceux qui ont conquis le pouvoir gouvernemental pour changer la société ont souvent été pris par lui, oubliant la transformation sociale. On ne peut donc plus faire aujourd'hui l'économie d'une critique libertaire dans le rapport au pouvoir d'Etat.

Toutefois, il ne s'agit pas pour nous d'évacuer la question du pouvoir. La LCR a d'ailleurs déjà dit depuis plusieurs années qu'elle était prête à soutenir une expérience gouvernementale qui inverserait le cours néolibéral des politiques dans la perspective d'une sortie du capitalisme. Nous mettons simplement en garde contre les illusions électoralistes, qui feraient l'impasse sur les affrontements face à la résistance prévisible des classes dominantes comme sur l'inertie bureaucratique des institutions existantes. Ce qui appelle des mobilisations sociales d'ampleur comme l'invention à la base de formes d'auto-organisation qui cassent la logique hiérarchique des relations entre gouvernants et gouvernés, dans le développement des libertés individuelles.

Sur ce plan, l'indépendance vis-à-vis du PS constitue une condition de base. Cela n'exclut pas des combats communs contre la droite. Mais le "nouveau parti anticapitaliste" n'a pas vocation à être une force supplétive et finalement subordonnée au PS : nous voulons bâtir une hégémonie émancipatrice parmi les opprimés. Sans raccourci. Par contre, la discussion que vous souhaitez sur "les conditions et les formes" de l'indépendance à l'égard du PS est nécessaire.

Vous nous interrogez également sur la sincérité de notre démarche. C'est pleinement légitime, tant il est rare qu'une organisation prenne l'initiative de son autodissolution dans une force plus large. La LCR seule ne serait-elle pas tentée par un ravalement de façade plutôt que par la création d'un véritable nouveau parti pluraliste ? Si un ou plusieurs partenaires nationaux font aujourd'hui défaut pour donner plus de dynamique au processus, c'est sans doute davantage par absence d'accord politique, ou par conservatisme, que par manque de volonté de notre part. Nous avons discuté et interpellé la plupart des forces à gauche du PS. Nous ne cesserons pas d'ailleurs ce processus de discussion.

Le nouveau parti a vocation à regrouper les anticapitalistes, les révolutionnaires, les écologistes radicaux, les féministes, ceux qui refusent les discriminations systématiques qui affectent les populations issues de l'immigration, les antilibéraux, les altermondialistes, des militants communistes et socialistes, des anarchistes, des syndicalistes, des animateurs d'expériences alternatives locales, mais aussi les "héros du quotidien", celles et ceux qui ne sont plus représentés. Bien loin de la seule "matrice trotskiste"...

En fait, nous n'avons pas posé une opération de recomposition politique entre divers courants organisés comme préalable à la reconstruction d'une force anticapitaliste. Nous sommes avertis des échecs passés : les premières tentatives de ce type dans la renaissance d'une gauche de gauche datent déjà d'une quinzaine d'années. Vous soulignez comme nous les limites des constructions par le haut, ce qui ne veut pas dire que des décantations politiques ne pourront pas surgir à tel ou tel moment du processus.

L'urgence, c'est toutefois d'agir et de proposer une alternative. Discutons de tous ces problèmes ensemble, comme le font des milliers de femmes et d'hommes dans les collectifs d'initiative en ce moment même. Nous y sommes prêts dès maintenant. Sur ces bases, le processus est en construction, non bouclé à l'avance, et nous espérons que vous pourrez y participer.


Philippe Corcuff est sociologue et militant de la LCR ;

Pierre-François Grond est membre du bureau politique de la LCR ;

Anne Leclerc est membre du bureau politique de la LCR.


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Published by Dominique - dans -*- politique
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