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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 03:05



Pour faire du fric, Bush conduit le capitalisme du désastre exploiteur de la souffrance du monde


Naomi Klein, 3 juillet 2008


​​​​Dès que le baril de pétrole a dépassé 140 dollars, même les animateurs les plus enragés des médias de droite ont dû faire ressortir leur image de marque populiste en consacrant une partie de chaque spectacle à dénigrer la grosse industrie pétrolière. Certains ont été jusqu'à m'inviter pour une conversation amicale sur un nouveau phénomène insidieux : « le capitalisme du désastre. » Ils vont d'habitude bien, jusqu'à ce que ça se gâte.


​​​​Par exemple, l'animateur de la radio « conservatrice indépendante » Jerry Doyle et moi avons eu une conversation parfaitement aimable sur les sordides compagnies d'assurance et les hommes politiques ineptes quand ça s'est produit : « Je crois que j'ai un moyen rapide de faire baisser les prix, » a annoncé Doyle. « Nous avons investi 650 milliards de dollars pour libérer une nation de 25 millions d'habitants. Ne devrions-nous pas tout simplement leur demander de nous donner le pétrole ? Ça devrait se faire tanker après tanker, comme l'embouteillage de circulation entrant dans le Tunnel Lincoln, le Lincoln puant, à l'heure de pointe avec des lettres de remerciement du gouvernement irakien. . . Pourquoi ne prenons-nous pas tout simplement le pétrole ? Nous avons investi pour libérer un pays. Je peux résoudre le problème de faire tomber le prix de l'essence en dix jours, pas dix ans. » Il y avait quelques problèmes avec le plan de Doyle, bien entendu. Le première est qu'il décrit le plus grand casse de l'histoire du monde. Le second est qu'il est trop tard : « Nous » sommes déjà en train de mettre à sac le pétrole de l'Iraq, ou du moins sur le point de le faire.


​​​​Dix mois se sont écoulés depuis la publication de mon livre La stratégie du choc : La montée d'un capitalisme du désastre, où je soutiens que la méthode favorite aujourd'hui pour remodeler le monde dans l'intérêt des compagnies multinationales est d'exploiter systématiquement l'état de peur et de désorientation qui accompagne les moments de grand choc et de crise. Avec le monde entier ébranlé par de multiples chocs, il semble que ce soit un bonne époque pour voir comment et où est appliquée la stratégie.


​​​​Et les capitalistes du désastre ont été occupés par les pompiers privés déjà sur les lieux dans incendies de forêt au nord de la Californie, jusqu'à la saisie des terres frappées par le cyclone en Birmanie, en passant par le projet de loi sur le logement se frayant un chemin au Congrès. Le projet de loi contient peu d'entrave au logement abordable, déplace la charge du prêt hypothécaire sur le contribuable, et fait en sorte que les banques qui ont fait des prêts douteux obtiennent quelques dividendes. Pas étonnant qu'il soit connu dans les couloirs du Congrès comme « Le plan de crédit suisse, » d'après l'une des banques qui l'ont généreusement proposé.



Désastre d'Iraq : Nous l'avons ruiné, nous l'avons (juste) acheté


​​​​Mais ces cas de catastrophes sont du capitalisme d'amateur par rapport à ce qui se déroule au Ministère du Pétrole irakien. Cela a commencé par des contrats de service annoncés sans appel d'offres pour ExxonMobil, Chevron, Shell, BP et Total (ils n'ont pas encore été signé, mais sont toujours en cours). Payer des multinationales pour leur expertise technique n'est pas inhabituel. Ce qui est étrange, c'est que ces contrats sont presque toujours destinés à des sociétés de services pétroliers, pas aux compagnies de première importance dont le travail est l'exploration, la production et la possession de la richesse carbonée. Comme le signale Greg Muttitt, l'expert pétrolier londonien, les contrats ont un sens seulement dans le contexte de procès-verbaux dans lesquels les pétroliers de première importance ont revendiqué leurs droits de premier refus sur les contrats ultérieurs distribués pour la gestion et la production des gisements pétroliers irakiens. Dit autrement, d'autres entreprises seront libres de faire une offre pour ces contrats futurs, mais ces entreprises gagneront.


​​​​Une semaine après que les marchés de services sans appel d'offre aient été annoncés, le monde a entrevu pour la première fois son prix réel. Après des années de pressions directes en coulisses, l'Iraq a officiellement ouvert tout grand six de ses principaux gisements pétroliers, constituant environ la moitié de ses réserves connues, à des investisseurs étrangers. Selon le Ministre du Pétrole irakien, les contrats à long terme seront signés d'ici un an. Bien qu'en apparence sous contrôle de l'Iraq National Oil Company, les entreprises étrangères garderont 75 pour cent de la valeur des contrats, ne laissant que 25 pour cent à leurs partenaires irakiens.


​​​​Ce genre de ratio est inconnu dans les riche États pétroliers arabes et perse, où obtenir la majorité du contrôle national sur le pétrole fut la définition même de la victoire dans les luttes anticolonialistes. Selon Muttitt, jusqu'à présent l'hypothèse est que les multinationales étrangères pourraient être introduites pour développer de tout nouveaux gisements en Iraq sans prendre la direction de ceux qui sont déjà en production, et qui n'exigent par conséquent qu'un minimum de support technique. « La politique a toujours été d'attribuer ces gisements à l'Iraq National Oil Company, » m'a-t-il dit. En ne donnant que 25 pour cent au lieu des 100 pour cent prévues à la compagnie irakienne, c'est un renversement complet de cette politique


​​​​Qu'est-ce qui a donc rendu possible un marché aussi dégueulasse dans un Iraq qui a déjà tant souffert ? Ironiquement, ce sont les souffrances de l'Iraq, sa crise sans fin, qui est avancée pour expliquer l'accord qui risque de priver sa trésorerie de sa principale source de revenus. La logique se présente ainsi : l'industrie pétrolières irakienne a besoins du savoir-faire étranger parce que des années de sanctions l'ont privé des nouvelles techniques et l'invasion et la poursuite des violences l'ont dégradée davantage. Et l'Iraq a besoin d'urgence de recommencer à produire du pétrole. Pourquoi ? À nouveau, à cause de la guerre. Le pays est brisé en plusieurs morceaux, et les milliards distribués aux firmes occidentales pour les contrats sans appel d'offre n'ont pas réussi à reconstruire le pays. Et c'est là que les nouveaux contrats sans appel d'offre ont un rôle à jouer : ils soulèveront plus d'argent, mais l'Iraq est devenu une telle place traîtresse, que les principales compagnies pétrolières doivent être amenées à prendre le risque d'investir. Ainsi, l'invasion de l'Irak a adroitement crée l'argument en faveur de son pillages.


​​​​Plusieurs des architectes de la guerre en Irak ne prennent même plus la peine de nier que le pétrole était un facteur important de motivation. Dans l'émission « Les faits » de la Radio Publique Nationale, Fadhil Chalabi, l'un des principaux conseillers irakiens aux préparatifs de l'invasion de l'administration Bush, décrivait dernièrement la guerre comme « un mouvement stratégique des États-Unis d'Amérique et du Royaume-Uni pour leur présence militaire dans le Golfe afin de sécuriser les fournitures de pétrole pour l'avenir. » Chalabi, qui a servi comme Vice-Ministre du pétrole irakien et a rencontré les principaux pétroliers avant l'invasion, a décrit cela comme « un objectif principal. »


​​​​L'invasion de pays pour s'emparer de leurs ressources naturelles est illégale en vertu des Conventions de Genève. Cela signifie que l'énorme tâche de reconstruction des infrastructure irakienne, dont son infrastructure pétrolière, est de la responsabilité financière des envahisseurs de l'Iraq. Ils devraient être forcés de payer des réparations. (Rappelons que le régime de Saddam Hussein a payé 9 milliards de dollars au Koweït en réparation pour son invasion en 1990.) Au lieu de cela, l'Iraq est contraint de vendre 75 pour cent de son patrimoine national pour payer la facture de l'invasion et de l'occupation hors-la-loi.



Choc pétrolier : Ou vous nous donnez l'Arctique, ou plus jamais vous ne conduirez


​​​​L'Irak n'est pas le seul pays au cœur d'une attaque à main armée liée au pétrole. L'administration Bush a activement recours à une crise apparentée, la montée en flèche du prix du carburant, pour relancer son rêve de forage dans l'Arctic National Wildlife Refuge (ANWR, refuge naturel national en Arctique). Et les forages offshore. Et dans le roc de schiste compact du Bassin de Green River. « Le Congrès doit faire face à une dure réalité, » a déclaré George W. Bush le 18 juin. « À moins que les membres soient disposés à accepter le niveau douloureux du prix actuel de l'essence, ou même encore plus élevé, notre pays doit produire plus de pétrole. »


​​​​C'est le Président en tant qu'Extorqueur en chef, avec le pistolet de la pompe à essence braqué sur la tête de son otage, qui se trouve être le pays tout entier. Donnez-moi l'ANWR, ou tout le monde passera ses vacances d'été dans son arrière-cour. Le dernier hold-up d'un Président fumiste.


​​​​Malgré les FOREZ LÀ-BAS, et les FOREZ MAINTENANT, distribuer moins d'autocollants en faveur des forages dans l'ANWR devrait avoir peu d'impact visible sur l'approvisionnement pétrolier mondial, comme le savent très bien les partisans du forage. L'argument : ça pourrait néanmoins faire baisser le prix du pétrole, ne se fonde pas sur des aspects économiques solides, mais sur de la psychanalyse de marché : forer « enverrait un message » aux spéculateurs en pétrole signalant qu'il y a davantage de pétrole en route, ce qui les amènerait à commencer à parier sur la baisser des prix .


​​​​Deux remarques découlent de cette approche. Tout d'abord, essayer de déstabiliser les hyperactifs spéculateurs en matières premières est ce qui se fait pour gouverner dans l'ère Bush, même au milieu d'une situation d'urgence nationale. Deuxièmement, ça ne marchera jamais. S'il y a une chose que nous pouvons prédire du comportement récent du marché pétrolier, c'est que le prix va continuer à monter sans se soucier du fait que de nouvelles sources sont annoncées.


​​​​Prenez l'énorme boom pétrolier en cours dans les sables bitumineux avérés en Alberta, au Canada. Pour les spéculateurs, les sables bitumineux (parfois appelé pétrole des sables) sont identiques aux propositions de sites de forage de Bush : ils sont à proximité et parfaitement sûrs, depuis que l'accord de libre-échange nord-américain contient une disposition interdisant au Canada de couper l'approvisionnement des États-Unis. Et, sans fanfare, le pétrole de cette source en grande partie inexploitée est déversé sur le marché, si bien que le Canada est maintenant le plus grand fournisseur pétrolier des États-Unis, surpassant même l'Arabie Saoudite. Entre 2005 et 2007, le Canada a augmenté ses exportations vers les États de près de 100 millions de barils. Pourtant, en dépit de cette importante augmentation dans la sécurité des approvisionnements, le prix du pétrole a tout le temps été en augmentation.


​​​​Ce ne sont pas les faits qui conduisent la poussée vers l'ANWR, mais la pure stratégie de la doctrine de choc : la crise pétrolière a créé des conditions rendant possible de vendre une politique auparavant irrecevable (mais très rentables).



Impact du prix des aliments : Les OGM ou la famine


​​​​Intimement liée au prix du pétrole, la crise alimentaire sévit dans le monde. Non seulement le prix élevé de l'essence fait grimper le coût des aliments, mais le boom des agro-carburants a brouillé la démarcation entre nourriture et carburant, écartant les producteurs vivriers de leurs terres et encourageant la spéculation galopante. Plusieurs pays d'Amérique Latine ont fait pressions pour réétudier la campagne en faveur des agro-carburants et faire reconnaître la nourriture comme un droit, et non pas comme une simple marchandise. John Negroponte, le Ministère des Affaires Étranges des États-Unis, a d'autres idées. Dans un même discours offrant l'engagement étasunien pour l'aide alimentaire d'urgence, il a demandé instamment aux pays de lever leurs « restrictions aux exportations et leurs droits de douane élevés » et d'éliminer les « obstacles au recours à de nouvelles techniques de production de plantes et d'animaux, notamment à la biotechnologie. » De l'aveu général, c'était encore une subtile arnaque, mais le message était clair : les pays pauvres feraient mieux d'ouvrir un peu leurs marchés agricoles aux produits étasuniens et aux semences génétiquement modifiées, sinon ils pourraient risquer de voir leurs aides coupées.


​​​​Les cultures génétiquement modifiées sont apparues comme la panacée à la crise alimentaire, du moins selon la Banque Mondiale, le président de la Commission Européenne (le temps de « prendre sur soi ») et le Premier Ministre britannique Gordon Brown. Et, bien entendu, les compagnies agro-alimentaires. « Vous ne pouvez aujourd'hui nourrir le monde sans organismes génétiquement modifiés, » a dit récemment Peter Brabeck, président de Nestlé, au Financial Times. Le problème avec cet argument, du moins pour l'instant, est qu'il n'existe aucune preuve que les OGM augmenteraient le rendement des cultures, et ils les diminuent souvent.


​​​​Mais, même s'il y avait une simple clé pour résoudre la crise alimentaire mondiale, voudrions-nous vraiment qu'elle soit entre les mains des Nestlé et Monsanto ? Que nous en coûterait-il de l'utiliser ? Au cours des derniers mois, Monsanto, Syngenta et BASF ont racheté frénétiquement des brevets de soi-disant semences de plantes « préparées pour le climat, » qui peuvent pousser dans la terre desséchée par la sécheresse et la salinité des inondations.


​​​​En d'autres termes, des plantes faites pour survivre dans un avenir de chaos climatique. Nous savons déjà jusqu'où ira Monsanto pour protéger sa propriété intellectuelle, espionnant et poursuivant les agriculteurs qui osent épargner des semences d'une année pour la prochaine. Nous avons vu les médicaments brevetés du SIDA refusés pour soigner des millions de gens en Afrique sub-saharienne. Pourquoi les cultures brevetées, « préparées pour le climat, » seraient-elles différentes ?


​​​​Pendant ce temps, parmi tous les discours enthousiasmants sur la nouvelle génétique et les techniques de forage, l'administration Bush a annoncé un moratoire de deux ans au maximum sur les nouveaux projets d'énergie solaire sur les terres fédérales, à cause, apparemment, de soucis environnementaux. C'est la dernière frontière du capitalisme du désastre. Nos dirigeants négligent d'investir dans les techniques qui préviendront réellement un avenir de désordres climatiques, choisissant plutôt de travailler main dans la main avec ceux qui complotent des plans novateurs pour tirer profit du chaos.


​​​​La privatisation du pétrole irakien, assure la domination mondiale des cultures génétiquement modifiés, en abaissant les dernières des barrières commerciales et en ouvrant les derniers refuges naturels . . . Il n'y a pas si longtemps, on cherchait à atteindre ces objectifs par des accords commerciaux courtois, sous le sobriquet anodin de « mondialisation. » Maintenant, cet ordre du jour disqualifié est forcé de rouler sur le dos d'une série de crises, se vendant lui-même comme une médecine qui sauve la vie d'un monde dans la souffrance.



​​​​Naomi Klein est une journaliste primée, chroniqueuse syndiquée à l'international et au New York Times, auteur du best-seller mondial, , d'un best-seller antérieur, , et de, entre autres, .La stratégie du choc : La montée d'un capitalisme du désastreNo LogoJournal d'une combattante : Nouvelles du front de la mondialisation


 

Original : http://www.thenation.com/doc/20080721/lookout
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

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Published by Dominique - dans -*- goudouly
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