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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 03:50

Monnaie et crédit

par Michel Lasserre

(1) Historique



La monnaie métal

La monnaie est un bien qui a pris différentes formes durant sa longue histoire. Dans l'Antiquité méditerranéenne, le bétail et le grain ont joué le rôle de monnaie tout autant que les métaux (cuivre, argent, or). L'or est un métal rare, malléable et inaltérable. Ces différentes qualités en font un moyen d'échange et de réserve de valeur reconnu depuis des millénaires. 

Les premières "pièces frappées" apparaissent vers la fin du VIIe siècle av JC. Elles portent une effigie qui apporte la garantie d'un souverain ou d'une communauté.  La frappe leur donne une valeur précise, valeur correspondant normalement au poids du métal (or, argent, cuivre) qui la constitue. Il n'est alors plus nécessaire de la peser pour connaître sa valeur. 

La monnaie métallique frappée devint pratiquement la seule monnaie utilisée pendant deux millénaires.

Au cours du Moyen-age, la monnaie circulait peu en Europe, il faut dire que le mode de production féodal ne la nécessitait guère. Les impôts étaient payés en nature, soit sous forme d'une partie de la production agricole, soit sous forme de corvée, et il en était de même pour une partie du paiement des travaux relevant de l'artisanat. Les communautés, essentiellement rurales, vivaient en quasi autarcie dans un système de relations sociales où le phénomène monétaire était secondaire. 
L'usure (prêt contre intérêt, crédit rémunéré) était contraire aux principes de la religion et officiellement interdite dans notre pays depuis 789 (Charlemagne), ce qui défavorisait nettement l'usage des pratiques monétaires. La monnaie d'or ou d'argent était principalement utilisée pour le commerce de biens de luxe, et circulait surtout dans les foires et dans les circuits internationaux. 

Des pratiques bancaires, qui existaient déjà dans l'Antiquité méditerranéenne, réapparurent dans l'entourage des marchands :

- au XIVe siècle la monnaie de papier fit son apparition avec la lettre de change , elle permettait d'éviter le transport du métal en s'y substituant temporairement. 

-  l'escompte, qui permet de se faire régler immédiatement une lettre de change  

- les compensations sur livre de compte permettaient aux banquiers de compenser leurs créances et dettes réciproques. 

Il est important de bien comprendre ces deux pratiques monétaires, car elles sont au coeur des systèmes bancaires d'hier comme d'aujourd'hui.

  

  Lettre de change : Un commerçant achète des marchandises. Au lieu de payer immédiatement en monnaie "sonnante et trébuchante", il fournit un document où il s'engage à ce que le fournisseur puisse être payé par son banquier ou toute autre personne désignée. 

  Ce procédé permet à un commerçant vénitien, qui se rend à Amsterdam ou sur une Foire pour effectuer des achats,  d'éviter d'emporter du métal précieux pour régler ses dépenses. Il créera une "lettre de change" que le fournisseur se fera compenser par son banquier. 

  Cette technique financière permet un délai entre la livraison et le paiement, délai qui peut être précisé sur la lettre "payable le....". Ce délai correspond à un crédit. 

  Le fournisseur pourra éventuellement transférer cette lettre de change à un de ses propres créditeurs pour régler une dette ou effectuer d'autre achats, elle pourra ainsi passer par plusieurs intermédiaires avant son règlement définitif.

  Le chèque d'aujourd'hui est une évolution de la lettre de change.

 

  Escompte :  Un producteur fourni des marchandises à un détaillant, ce dernier le règle par l'intermédiaire d'une lettre de change payable au terme de trois mois. Le producteur la porte à sa banque, celle-ci lui règle immédiatement la somme en question (moins sa commission). Le banquier récupérera lui-même cette somme auprès du détaillant à l'échéance de la lettre de change.



  Compensation sur livre de compte : Technique de règlement entre plusieurs parties débitrices et créditrices les unes vis à vis des autres, limitant l'usage des moyens de paiement au règlement du solde net de ces diverses opérations. 

  Prenons l'exemple de deux banquiers, l'un de Venise et l'autre d'Amsterdam. Plusieurs clients du banquier de Venise sont créditeurs ou débiteurs des clients d'un banquier d'Amsterdam, lequel a lui même des clients créditeurs ou débiteurs du même banquier de Venise.

 Ces deux banquiers n'auront pas besoin de se transmettre mutuellement la totalité des  fonds nécessaires à ces transactions, mais seulement le solde net. Si l'un doit globalement 200 000 Florins à l'autre, et que l'autre lui doit 190 000 Florins, ce ne sera pas un total de 390 000 Florins qui aura besoin d'être transféré, le premier fera seulement parvenir 10 000 Florins au second.

De nos jours, les banques commerciales compensent quotidiennement leurs avoirs réciproques à partir de leur compte auprès de la Banque Centrale.



La monnaie papier (monnaie fiduciaire)

En 1609, la Banque d'Amsterdam prend en dépôt les différentes monnaies métalliques que lui apportent les commerçants, et met en circulation des billets. 
Le montant de billets émis correspondait à la valeur du métal déposé à la banque, les billets se substituaient simplement au métal et n'étaient pas une véritable monnaie qui s'ajoutait à celui-ci. 
Le métal précieux déposé était la contrepartie des billets, et ces derniers étaient détruits quand le déposant récupérait son or ou son argent. 

Les choses changent en 1656 quand la Banque de Suède adopte une nouvelle technique, elle émet toujours des billets contre la valeur du métal précieux qu'elle prend en dépôt, mais elle émet un supplément de billets qui sont utilisés pour escompter des "effets de commerce".

  Effet de commerce : Titre de créance remplaçant un paiement en monnaie. Cette créance peut être payable à vue ou à terme. La lettre de change, la traite, le billet à ordre, le chèque sont des effets de commerce.

 

La pratique de l'escompte était déjà utilisée par les banques, mais jusqu'à cette date la banque rachetait les effets contre de la monnaie métallique, et non contre un simple papier. Les billets de la Banque de Suède restaient toujours convertibles en métal auprès de la banque, mais, pour la première fois, une banque émettait officiellement plus de billets qu'elle n'avait de métal en réserve
Les billets émis ne se substituaient pas à la monnaie métallique mais s'y ajoutaient, et de la monnaie supplémentaire était ainsi créée. La contrepartie de cette monnaie n'était plus seulement du métal précieux, mais du crédit sur des effets de commerce. 
Cette pratique se répandit au cours du XVIIIe siècle et se généralisa au cours du XIXe siècle.

La Banque de France fut créée par Napoléon 1er en 1800. C'était une banque privée dont Napoléon était lui même actionnaire. Elle utilisait bien entendu les méthodes de la Banque de Suède, d'autant plus que le prêt contre intérêt était devenu légal depuis la Révolution. Les billets émis étaient d'un montant élevé, et destinés à circuler pour effectuer de gros règlements. Ils étaient convertibles en or aux guichets de la banque, mais n'avaient pas "cours légal" (ce qui signifie que nul n'était obligé de les accepter en paiement).

Pendant la grave crise économique et sociale de 1848, le gouvernement proclama le "cours légal" (obligation pour tous d'accepter les billets en paiement), et le "cours forcé" (la banque n'échange plus les billets contre de l'or), il y mit fin en 1850. 
En 1870, le cours légal et le cours forcé sont à nouveau proclamés. La convertibilité est rétablie en 1878, mais le cours légal est définitivement instauré. 
Le cours forcé sera rétabli en 1914 , et il durera jusqu'en 1928 où une convertibilité très partielle (seulement contre lingots d'or de 12 kg) sera instaurée jusqu'en 1936. 
Depuis 1936, le billet de la Banque de France a cours légal et forcé.

La montée du billet de banque n'empêcha pas la référence à l'or pendant de nombreuses années, on peut d'ailleurs constater une augmentation régulière de sa valeur en équivalent monétaire :

- le Franc germinal de 1803 équivalait à 322, 58 mg d'or,
- le Franc Poincaré de 1928 équivalait à 65,5 mg,
- le nouveau Franc de 1959, soit 100 anciens Francs, à 180 mg,
- la dévaluation de 1969 le descendit à 160 mg.

Depuis 1969 la valeur du Franc n'a plus jamais été déterminée par rapport à l'or, qui fut officiellement démonétisé en 1976 lors des accords de Kingston. Toute référence à l'or pour exprimer la parité des monnaies devint alors interdite. 
On peut remarquer que si quelques banques centrales ont vendu une partie de leur réserve d'or, elles en conservent néanmoins une grande quantité : environ 2 800 tonnes pour la France et 32 000 tonnes pour l'ensemble des Banques centrales. Cette quantité est très importante vu que l'on estime que seulement 150 000 tonnes ont été extraites par l'homme, et dont 10 000 se seraient perdues. 
Si l'or a officiellement perdu sa place en tant que valeur monétaire, l'existence de ces stocks montrent néanmoins qu'il reste toujours une valeur financière de réserve.

Si de nos jours, la valeur de la monnaie n'est plus directement reliée à un poids d'or donné, on peut toujours acheter de l'or, mais c'est alors en tant que "matière première", et non en tant que valeur monétaire. 
La valeur de l'or de la Banque de France correspondait à  42,2 milliards d'Euros en décembre 2006, alors qu'à la même date la quantité de billets et pièces en circulation s'élevait à 122 milliards d'Euros, et l'ensemble des dépôts bancaires à 1249,6 milliards d'Euros. L'or ne représente donc qu'une petite partie de la contrepartie de la monnaie existante.

 

La monnaie dématérialisée (monnaie scripturale)

La deuxième moitié du XXe siècle voit apparaître de nouvelles pratiques monétaires : l'utilisation du chèque et celle de la carte bancaire entraînent une dématérialisation croissante de la monnaie. Désormais, sa majeure partie n'existe plus que sur des disques durs d'ordinateur.

 


[1] Si les historiens ne s'accordent pas tous sur cette primauté de pratique de la Banque de Suède, ils font en général remonter "l'officialisation" de cette pratique à la même période historique.


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Published by Dominique - dans -*- goudouly
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