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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 03:46


Le souverainisme, voilà l'ennemi !

 Crise financière ou guerre du Caucase, le politologue Alain Duhamel a trouvé la cause de tous nos maux : le « souverainisme » (Libération, 11 septembre 2008). « Myopes », les « souverainistes » professeraient le repli frileux derrière les frontières nationales à coup de « contre-vérités », de « fantasmes » et de « mensonges éhontés ». Pour Duhamel, l’heure est grave car « depuis plusieurs années, les souverainistes n’ont cessé de marquer des points ». Leur plus terrible forfait : l’échec du traité constitutionnel européen qui explique la paralysie de l’Europe face à la crise économique.

Mais qui sont ces souverainistes ? Depuis quelques années, ce mot émaillent les babillages médiatiques, le plus souvent de manière négative. Pour la très (très) inégale « encyclopédie » d’Internet wikipedia, les corrélats du mot sont ainsi un mélange qui sent, à quelques exceptions près, le musée des horreurs : chauvinisme, revanchisme, irrédentisme, ethnocentrisme, communautarisme identitaire, nationalisme ethnique, etc. La presse conforme emploie souvent le mot « souverainisme » avec un autre repoussoir (le populisme) et, comme Duhamel, l’accole pêle-mêle à toute sorte de joyeusetés comme l’épuration ethnique dans les Balkans, la surévaluation de l’euro (si, si, c’est la faute aux souverainistes parce qu’ils empêchent l’Europe de se fédéraliser… ) ou… la perte d’influence de la France (cherchez l’erreur).

A lire ce flot d’images contradictoires et repoussantes, on reste évidemment confondus par l’indigence des analyses des politologues de cour et des journalistes à gages. La généalogie du mot, entré tout récemment dans les dictionnaires, met un peu de raison dans cette pluie d’anathèmes. Le mot souverainisme viendrait du Québec où il désigne le courant de pensée qui milite pour l’affirmation politique de cette province canadienne, voire pour obtenir son indépendance. En France, il est apparu plus récemment, lors du débat sur la ratification du traité de Maastricht en 1992. Bien sûr, il est chargé d’ambiguïté, mais d’autant plus qu’il n’est utilisé dans le débat public que comme repoussoir. Lever ces ambiguïtés impose de rappeler et critiquer les utilisations du terme. Ainsi, pour le député européen « souverainiste » Paul-Marie Coûteaux (Le Monde, 23 mars 2000), ce terme allie la souveraineté populaire et la souveraineté nationale comme « instrument d'action collective dans les vastes filets de la mondialisation ». Il le relie à la recherche du « Bien Commun qui s'appela longtemps Respublica et qui se nomme aujourd'hui la République.» Si ces phrases peuvent sonner doux en elles-mêmes à des oreilles républicaines, elles sont trop souvent utilisées par des groupes ou des personnages qui sont bien éloignés des principes républicains !

Ainsi, « souverainisme » fonctionne comme un écran de fumée qui nous éloigne de la réalité et Duhamel et Coûteaux se répondent dans des rôles trop convenus pour être honnêtes. En revanche, avec la référence à la construction européenne, la question qui fâche émerge. Dans nos démocraties post-modernes, qui est le souverain ? A qui appartient la légitimité politique ? Duhamel fait régner la plus épaisse confusion : pour lui, les commissaires européens « ne sont pas des technocrates sans légitimité démocratique » mais « des hommes politiques choisis par des gouvernements élus » (Libération, 11 septembre 2008). La démocratie, pour lui, ce n’est pas compliqué finalement puisqu’il est tout à fait normal d’être gouverné par des gens qu’on n’a jamais vus, désignés par un aréopage de ministres qu’on n’a pas élu après des discussions dont on ne sait rien.

Souverainisme : sommes-nous obligés de reprendre à notre compte un mot aussi chargé d’ambiguïtés et dont nos ennemis se servent plus que nous ? Pourquoi reprendre des concepts écrans qui nous empêchent de poser avec netteté les termes du débat ? Pourquoi ne pas parler clairement ? Qu’est-ce qu’un partisan de la souveraineté populaire ? C’est un démocrate, c’est un républicain. La République mérite que les citoyens se la réapproprient à l’heure où on piétine leurs libertés. C’est elle la grande empêcheuse de dominer en rond car elle rappelle une vérité bien gênante : nous sommes tous strictement égaux du point de vue politique et aucune assemblée d’experts, de commissaires européens ou de sages conseillers n’aura jamais la légitimité de prendre, sans l’aval des citoyens, la moindre décision.

Anne-Cécile Robert

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Published by Goudouly - dans -*- politique
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