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En campagne

13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 03:39


Deux notes (ci-dessous) viennent percuter l'actualité générale.

D'une part l'étude de Jean-François Bayart, chercheur au CNRS-Ceri, sur les coûts migratoire en terme social, financier et humain, et l'analyse du livre de Serge WEBER, "Nouvelle Europe, Nouvelles migrations" par Bénédiste Michalon, se télescopent avec l'arrivée d'un nouveau président aux Etats Unis d'Amérique.
Alors que nous venons de vivre durant 10 ans une accélération de l'histoire mondiale dans le plus mauvais sens du terme, à cause d'un manque de rigueur intellectuelle "du plus grand dirigeant du monde occidental" dont le président de la République française n'est qu'un avatar, le peuple américain nous redonne espoir en nommant une personne qui cumule les signes extérieurs de différences.

Pour autant je ne me fais aucune illusion sur la politique économique qui sera menée, même si là aussi une nouvellle accélération devrait se produire dans les huit mois à venir compte tenu de la faillite économique que les Etats Unis seront obligés d'annoncer et qui aura de graves répercussions sur le monde entier. Des décisions seront prises et c'est à cette aune là que nous pourrons juger des intentions économiques de la nouvelle équipe américaine.

Quoiqu'il en soit, le nouveau président ne peut pas être pire que l'actuel. Ce n'est pas possible !

La polititique d'intégration des différences est source de richesse et d'intelligence, c'est la seule règle qui peut être comprise à ce jour du résultat des élections américaines.
Je ne crois pas que la France aujourd'hui, compte tenu des décisions migratoires prises, soit en capacité d'avoir cette même attitude.
Nous voilà mal partis...à moins que l'exemple vienne d'ailleurs !

Dominique Mourlane


Les coûts du malthusianisme migratoire

Les contribuables financent simultanément deux politiques contradictoires, celle de l'endiguement de l'immigration et celle du soutien à la francophonie Selon Karl Polanyi, les "embargos sur l'immigration", à la fin du XIXe siècle, ont conduit à la Première Guerre mondiale et au fascisme. Nous commettons les mêmes erreurs. Migrations et voyages sont mis en suspicion, voire criminalisés. Or les classifications de "migrants" et de "clandestins" n'ont rien de naturel. Elles sont construites politiquement et administrativement. Ce sont des lois et des décrets qui fabriquent les clandestins en rendant impossible l'obtention d'un statut légal. La lutte contre l'immigration clandestine ne fait que grossir les rangs de cette dernière en rendant encore plus improbable l'accès à un titre de séjour ou de circulation.

Les coûts de ce cercle vicieux sont élevés. Coût financier: les contrôles, le temps consacré par les entreprises ou les
particuliers à des démarches administratives ubuesques constituent des dépenses improductives. Coût économique:
Marseille a perdu sa position marchande au profit d'Istanbul et de Dubaï et le tissu des entreprises liées aux circulations migratoires est bridé, alors qu'il est créateur de richesses et d'emplois. Coût social: les migrants stigmatisés, leur intégration devient plus délicate. Coût diplomatique: la circulation des migrants s'érige en contentieux entre les pays du Nord et ceux du Sud. Coût "hégémonique": le traitement des migrants ou des voyageurs par les pays industrialisés démocratiques alimente une sourde colère à leur encontre. Coût philosophique: les embargos sur l'immigration se soldent par de nombreuses atteintes aux droits de l'homme. Coût humain: les victimes de cette politique se comptent par centaines.

Coût de l'incohérence: en France, les contribuables financent simultanément deux politiques contradictoires, celle de
l'endiguement de l'immigration et celle du soutien à la francophonie, l'application de la première gênant au quotidien celle de la seconde; ils financent également les politiques d'ajustement structurel en Afrique subsaharienne, dont l'une des conséquences, la libéralisation des filières agricoles, a intensifié les flux migratoires. Enfin, ces embargos sur l'immigration, à l'image de tous les embargos, alimentent une florissante économie criminelle de leur propre contournement.

Corollairement, ils nous privent des bénéfices que procurerait un régime plus libéral. L'immigration a été l'un des facteurs explicatifs de la croissance soutenue des Etats-Unis et de leur capacité d'innovation. L'Espagne confirme l'apport de l'immigration et de la régularisation des sans-papiers au dynamisme économique, au renflouement des caisses des assurances sociales, à l'entrée des femmes sur le marché du travail. Et l'Union européenne est dépendante d'une reprise de l'immigration pour garantir sa reproduction démographique. Peut-on imaginer politique plus absurde que la nôtre?

Jean-François Bayart : chercheur au CNRS-Ceri


Nouvelle Europe, nouvelles migrations. Frontières, intégration, mondialisation


L’ouvrage de Serge Weber propose une synthèse particulièrement efficace sur les migrations dans l’Europe élargie. De nombreux travaux emploient les expressions de «nouvelles migrations», «nouvelles configurations migratoires» à propos de l’Europe, mais souvent sans réellement expliquer ce qui fait la nouveauté de ces situations. En cinq parties et avec cinq arguments magistraux, Serge Weber explique pourquoi l’Europe se trouve aujourd’hui face à des questions inédites en matière de migrations internationales, auxquelles elle répond de façon très paradoxale, ambiguë voire incohérente.


La première des nouveautés réside dans les mutations des formes migratoires en elles-mêmes (chap. 1), déployées entre capacité d’action des migrants et besoins des pays de destination, dont les marchés du travail mais aussi les démographies ne pourront se maintenir vivaces sans migrations. Ces besoins, réels mais pas toujours reconnus par les gouvernements, les placent en effet en porte-à-faux avec des considérations électoralistes. Bien des contradictions actuelles en matière de politique migratoire viennent de cette difficulté initiale. Loin d’être passifs et soumis aux politiques de gestion des flux, les migrants d’aujourd’hui ont un profil très différent de celui des années de l’après-guerre, profil défini avant tout par une grande capacité à circuler, de manière fréquente, dans des espaces étendus. Ceci leur permet d’affronter les politiques d’entrée et de séjour des États dans lesquels ils cherchent à immigrer, ce qui ne va pas sans requérir une inventivité, une résistance, et une aptitude à mobiliser des ressources multiples.


En effet, et c’est une seconde nouveauté, la politique des entrées en Europe est écartelée entre des exigences contradictoires qui rendent la tâche particulièrement difficile pour les migrants et candidats à la migration.


L’outil Schengen a vu son rôle complètement inversé: d’un soutien à la circulation interne de l’UE, il est devenu le principal instrument de contrôle et de coercition sur les frontières externes de l’Europe communautaire (chap. 2). C’est ainsi que, loin d’une déterritorialisation des États et de la construction européenne face aux flux des personnes, on constate à l’inverse un renforcement du rôle du territoire et de son contrôle dans la mise en œuvre des politiques européennes — ici avec l’exemple des migrations (p. 22; p. 109) – et, de ce fait, de la construction et de la consolidation d’une entité politique, économique et sociale «Europe». La sécurisation du territoire semble tenir lieu de gouvernement et s’appuie sur des techniques de plus en plus perfectionnées mais dont l’auteur remet l’efficacité en question: les fichiers numériques, les visas Schengen, la soumission du droit d’asile aux politiques migratoires.


Ce renversement politique a des conséquences territoriales, politiques et sociales fortes (chap. 3). Si l’Europe est à nouveau définie par ses frontières, alors il lui faut les consolider et les faire protéger. Cette tâche incombe aujourd’hui aux nouveaux États membres, dont beaucoup sont situés sur la nouvelle frontière orientale de l’UE. Elle incombe aussi à ceux qui sont en dehors de l’Europe communautaire: pays du Sud de la Méditerranée, Ukraine ou Moldavie. Son importance est telle que, selon l’auteur, elle conditionne les relations de partenariat entre l’UE et ses voisins. Et ce à travers la politique européenne dite de «voisinage» à l’Est tout comme à travers les politiques de co-développement au Sud. La constitution d’un glacis protecteur sur les marges européennes provoque en outre de grands changements pour les États concernés: buttant sur les dispositifs de contrôle des migrations élaborés au centre de l’Europe, les migrants finissent par s’installer dans ces États qui étaient auparavant des espaces de transit. Ainsi «s’est fabriqué un “ordre spatial” qui correspond à un “ordre social”dont le sommet est bien le cœur de l’Europe» (p. 45).


La politique européenne en matière de migrations est marquée par un autre renversement: la reconnaissance du besoin en migrations et la mise en place d’outils destinés à favoriser «de nouvelles migrations “choisies”» (chap. 4). C’est là que réside l’une des principales ambiguïtés de la politique sur les migrations en Europe. Les besoins en immigration sont à l’heure actuelle reconnus, et donnent lieu à des systèmes de sélection des immigrants à l’échelle de plusieurs pays (Grande-Bretagne, Suisse, France) et de l’UE (avec la «blue card»). Dans le même temps, les États européens sont de plus en plus exigeants sur les critères d’attribution des autorisations d’entrée et de séjour. Une vision de plus en plus répressive est aujourd’hui largement partagée par les États européens, distinguant une immigration-fardeau (l’immigration «subie»), représentée essentiellement par le regroupement familial, d’une immigration bénéfique (l’immigration «choisie»), incarnée par certains types de travailleurs. Cette vision fait également de l’intégration un devoir des migrants, et non une responsabilité de l’État d’installation; ceci est un autre renversement fondamental. L’ensemble produit des sans-papiers… ensuite dénoncés pour leur présence «illégale» sur le sol européen. Serge Weber souligne l’incohérence consistant à mettre en place des dispositifs de sélection et de quotas sur l’immigration, généralement coûteux et peu efficaces, alors même que les régularisations — opérées dans le Sud de l’Europe — ont démontré qu’elles sont «un moyen de recruter sélectivement des travailleurs dans certains secteurs» (p. 95), objectif poursuivi avec les politiques par quotas.


L’ouvrage se conclut sur un problème bien trop souvent considéré comme corrélé aux difficultés d’intégration des migrants: la ségrégation urbaine (chap. 5). L’auteur montre qu’il n’y a pas lieu de recouvrir les deux problématiques sociales, qui ne se rencontrent que ponctuellement. Il souligne que les difficultés d’intégration à la société concernent diverses catégories de population et se demande s’il est pertinent de distinguer celle des migrants, distinction qui relève d’une ethnicisation croissante des rapports sociaux. Il montre aussi que la ségrégation urbaine est un processus beaucoup plus large, qui résulte de politiques publiques fortement territorialisées; en conséquence, elle ne concerne pas uniquement les migrants, mais l’ensemble de la société.


S’il aborde des processus qui intéressent l’ensemble des sciences sociales, l’ouvrage de Serge Weber est bien œuvre de géographe. En matière de migration et de politique migratoire, le territoire demeure un enjeu central. À l’échelle européenne, il participe pleinement à la mise en place des dispositifs de contrôle des flux. À l’échelle locale, il participe de la mise à distance — physique et métaphorique — de certaines catégories sociales, parmi lesquelles les migrants. Face à la mobilité des migrants, les pays européens répondent, individuellement et collectivement, par l’assignation à territoire.


 


Bénédicte Michalon


WEBER S. (2007). Nouvelle Europe, Nouvelles migrations. Frontières, intégration, mondialisation. Paris: Éditions du Félin, 118 p. ISBN: 978-2-86645-641-2. Prix: 10,90 euros.

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Published by Goudouly - dans -*- goudouly
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Dominique 13/11/2008 13:11

MerciDominique

CARAMBAOLE :0114: 13/11/2008 06:59



 
Hello ,un surf matinal de l'actualité
et votre post trés agréable a lire