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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 03:10


La crise financière est aussi un conflit Nord-Sud

 par Dean Baker
sur ContreInfo

Les pays en développement les plus faibles sont touchés de plein de fouet par une crise financière mondiale provoquée par des décisions irresponsables prises à des milliers de kilomètres de là, dans les bureaux climatisés de Wall Street, et sur lesquelles ils n’avaient aucune prise ni responsabilité. Pire encore, les mesures de soutien adoptées en occident pour sauver le système renforcent la précarité de leur situation, nous dit Dean Baker, le co-directeur du CEPR, comparant les produits toxiques de la finance à un virus né au Nord qui contaminerait le Sud. Les nouveaux poids lourds du sud, s’en sortent apparemment mieux. Mais si les autorités US décident - ou sont contraintes - de laisser filer le billet vert, les centaines de milliards accumulés dans les réserves des BRIC et du Golfe, fondront eux aussi comme neige au soleil. Quelle que soit leur situation, comment les pays émergents ne tireraient-ils pas la même conclusion ? L’Occident, toujours si prompt à donner des leçons, a pour objectif prioritaire en cas de difficulté de sauver sa mise, même si cela provoque la ruine d’autrui. Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit. Au début des années 1980, Paul Volcker, le gouverneur de la Fed, avait d’un trait de plume ruiné nombre de pays et provoqué la misère de centaines de millions de personnes, en haussant brutalement les taux d’intérêts US pour juguler l’inflation. La crise de la dette du « tiers monde » comme on l’appelait alors, était née. Trente ans plus tard, le Lesotho doit consacrer plus d’argent au remboursement de cette dette infâme qu’à l’éducation nationale, rappelait récemment Desmond Tutu. Mais à la différence des années 1980, l’Occident n’est plus sans contradicteur. Si l’URSS agonisante n’avait alors ni la force ni la volonté de s’opposer à l’Ouest, la Chine, la Russie, le Golfe, ne seront cette fois sûrement pas prêts à se laisser dépouiller sans réagir. Et ce d’autant plus quand la mémoire longue des peuples nourrit non plus seulement de la méfiance, mais un sentiment que Jean Ziegler décrit comme une « haine de l’occident. »

Par Dean Baker, Common Dreams, 12 novembre 2008

Imaginez que les États-Unis aient effectué des recherches sur des armes biologiques et répandu par inadvertance des bactéries mortelles dans l’atmosphère, qui se propageraient rapidement dans le monde entier, semant la maladie et la mort partout dans le monde.

Fort heureusement, les scientifiques américains auraient également mis au point un médicament pour traiter cette maladie, et les Etats-Unis décideraient alors de le partager généreusement avec les autres pays riches et un petit groupe de pays en développement. Les USA, malheureusement, choisiraient aussi de ne pas accorder ce remède à d’autres pays en développement.

Cette fiction décrit assez bien la situation de crise financière mondiale au moment où le G-20 va se réunir à Washington cette semaine. Les génies de Wall Street ont réussi à prendre dans leurs filets l’ensemble du système financier mondial avec la bulle immobilière des États-Unis. Ils ont conçu des instruments financiers exotiques, puis les ont vendus aux investisseurs d’Europe, d’Asie et d’ailleurs.

L’effondrement de la bulle immobilière a provoqué la disparition de milliards de dollars de patrimoine financier dans un système recourant massivement à l’effet de levier. Cela a entraîné une épidémie de défaillance des banques aux Etats-Unis, en Europe et dans les pays où ces établissements avaient acheté la camelote de Wall Street.

Mais cette panique financière a également contaminé des régions du monde où les banques n’avaient pas participé à ce jeu de la bulle immobilière de Wall Street. L’envol vers la sécurité des capitaux a entraîné des retraits massifs de fonds dans des pays comme l’Argentine et le Pakistan, où les banques et les investisseurs sont peu impliqués dans la spéculation de la bulle immobilière. La panique financière a fait fuir les investisseurs des pays en développement pour rechercher la sécurité offerte par les bons du Trésor américain ou ceux des pays développés.

Le remède que les pays riches utilisent contre leur crise financière rend la situation dans le monde en développement encore plus grave. Les gouvernements des États-Unis et des membres de l’Union européenne ont accordé des centaines de milliards de dollars à leurs banques pour les maintenir à flot. Ces gouvernements ont aussi largement garanti les dépôts, ce qui signifie qu’ils sont maintenant aussi sûrs que ces gouvernements eux-mêmes.

Cette injection massive de fonds, allant de pair avec la garantie apportée, donne aux banques des pays riches un énorme avantage concurrentiel sur leurs homologues dans le monde en développement. Les banques en Argentine ou au Pakistan auraient à payer une énorme prime sous forme de taux d’intérêt plus élevés si elles voulaient rivaliser avec les banques subventionnées par les pouvoirs publics aux États-Unis et en Europe qui opèrent maintenant avec la garantie du gouvernement.

Ce protectionnisme (oui, il s’agit de protectionnisme, même si les médias n’utilisent pas ce terme pour décrire ces subventions publiques aux banques) inflige un coût énorme sur le monde en développement. Tout comme ce serait le cas si le monde en développement était laissé seul pour faire face à la bactérie mortelle, la plupart des pays en développement devront faire face à cette crise financière générée par les États-Unis avec leurs ressources propres.

Le G-20 décidera sans doute d’accorder certaines aides, probablement par l’intermédiaire du Fonds Monétaire International, en direction des pays touchés par les retombées de la crise financière de Wall Street. Mais cette aide sera conditionnée et risque d’être insuffisante pour ces pays.

Il n’est pas facile de remédier à cette situation. Mais il devrait être évident pour le monde en développement que la seule façon pour lui de se prémunir des crises récurrentes créées par les pays riches est de disposer d’autres pôles de soutien financier. Plus précisément, si ces pays peuvent mettre sur pied des fonds régionaux, comme l’Amérique du Sud a commencé à le faire avec la Banque du Sud, ils pourront alors espérer s’isoler des chocs financiers provenant des pays riches.

La création de ces fonds régionaux ne sera pas aisée. Ces pays devront accepter des compromis et renoncer à certaines de leurs prérogatives pour permettre à un fonds régional de fonctionner efficacement. En outre, les pays riches seront prêts à faire de grandes concessions pour éviter la création de fonds régionaux efficaces. La plus évidente de ces concessions consisterait à inviter quelques acteurs importants du monde en développement à venir siéger parmi les pays riches, avec un statut de partenaires juniors.

Ces tactiques pourront être couronnées de succès. Toutefois, jusqu’à ce que les pays en développement puissent se tourner vers d’autres sources de capitaux, ils continueront d’être exposés à toutes les crises résultant de l’ échec de la régulation dans les pays riches, et d’en être victime même lorsqu’ils ont géré de façon responsable leurs propres affaires financières. Ce n’est pas juste, mais c’est ainsi que le monde fonctionne.


Dean Baker est le co-directeur du Center for Economic Policy Research (CEPR). Il est l’auteur de « L’Etat providence des conservateurs : Comment les riches utilisent le gouvernement pour rester riche et s’enrichir ». Il est également l’éditeur du blog, « Beat the Press », où il analyse le traitement par les médias des questions économiques.


Sur la dette des pays en développement, lire :

Desmond Tutu : le fardeau de la dette des pays pauvres

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Published by Goudouly - dans -*- politique
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