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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 03:13

Développement durable : marketing écolo ?


 

La Confédération nationale des Junior-Entreprises a organisé un débat sur les enjeux du développement durable à Sciences Po-Paris en présence d’Yves Cochet, Michèle Pappalardo, et Claude Jeandron, directeur adjoint au DD du groupe EDF. Confrontation.
 

     
Face aux crises de tous ordres – économique, social et écologique – qui dénotent la fin d’une époque, le développement durable peut-il apporter une réponse cohérente et systémique ? A l’heure où les ressources naturelles se raréfient, le développement durable n’est-il pas un concept trompeur ? Ne faudrait-il pas plutôt parler de décroissance ? Le modèle de développement des pays industrialisés n’est pas généralisable, car il n’y aura pas assez de matières premières pour tout le monde. Ainsi, selon Yves Cochet, député des Verts de la 11ème circonscription de Paris, invité à ouvrir le débat organisé le 5 novembre à Science-Po Paris à l'initiative de la Confédération nationale des Junior-Entreprises, le problème n’est pas technique, il s’agit de mettre en oeuvre un projet de civilisation équitable, puisque les ressources de la planète sont limitées. La décroissance, pour des raisons matérielles, est inéluctable, car les limites de notre monde ne sont pas extensibles. La seule solution est de réduire nos consommations d’énergies fossiles pour éviter de se retrouver au pied du mur, selon le député des Verts. Du reste, nous y sommes déjà, mais nous ne voulons pas l’admettre, tant nous sommes encore dans le déni, entretenu par une rhétorique gouvernementale, qui, à l’instar de Christine Lagarde, ministre des finances, parle de « croissance négative » plutôt que de récession, alors qu’il faudrait évoquer une « décroissance positive », un concept qui serait davantage en adéquation avec les évolutions actuelles.
Sans aller jusqu’à accréditer l’hypothèse d’une inéluctable décroissance, Michèle Pappalardo, déléguée interministérielle au développement durable, en appelle à une utilisation plus mesurée des ressources de notre planète : on peut aujourd’hui vivre selon un mode de vie comparable au nôtre avec 40 à 50% d’énergie en moins. Au lieu de cela, on gaspille, alors qu’il faut découpler notre croissance d’avec nos consommations de matières premières. D’autant qu’on est aidés par l’augmentation des prix des énergies fossiles. La contrainte prix va nous inciter à lancer des politiques d’économies d’énergie et de lutte contre le gaspillage.

Inefficacité énergétique

Mais ces politiques tardent à se mettre en place, pour des raisons structurelles. Selon Yves Cochet, le lancement du programme électronucléaire français, dans les années soixante-dix, a entraîné la multiplication par quatre de la consommation d’électricité en France : une aberration thermodynamique. L’entreprise EDF, représentée par Claude Jeandron, se dit pourtant intrinsèquement concernée par le développement durable : le développement durable renvoie à une dimension sociale et sociétale : maintenir la fourniture d’énergie pour les familles modestes, tout en utilisant des moyens de production propres. Propres, le nucléaire et les énergies renouvelables le sont, dans la mesure où ce sont des énergies non carbonées, selon le directeur adjoint au développement durable du groupe EDF. Et un logement chauffé à l’électricité ne consomme pas plus qu’un logement chauffé aux énergies fossiles, répond-il, en écho à la remarque d’Yves Cochet. Ainsi l’inefficacité énergétique est-elle générale, que l’énergie soit d’origine fossile, ou nucléaire, comme le souligne Michèle Pappalardo : on est vraiment des gaspilleurs, alors que le premier gisement d’énergie, ce sont bien les économies d’énergie. Mais alors, pourquoi une telle gabegie ? Comment une entreprise qui vend de l’électricité peut-elle être intéressée à vendre moins d’électricité ?, s’interroge Claude Jeandron. Par une redéfinition de son métier : à l’avenir on ne fournira pas seulement un produit électricité, on fournira aussi un produit de service et un diagnostic énergétique : on produira de l’énergie moins carbonée et on vendra de l’éco-efficacité énergétique.

Découplage ou bénéfices

Dans l’immédiat, il s’agit d’isoler les logements et de changer la manière dont les activités sont implantées sur le territoire, pour réduire la facture transports. Cet objectif, revendiqué par le Grenelle de l’environnement, est, de fait, selon Michèle Pappalardo, plus atteignable que faire 20% d’énergies renouvelables. Yves Cochet renchérit : c’est le point sur lequel nous sommes le plus d’accord. La plupart du temps, les grands offreurs pensent qu’il faut simplement changer d’énergie. Or il faudrait investir d’abord dans l’isolation des maisons et les économies d’énergie. Pour autant, je ne crois pas que les producteurs d’énergie soient décidés à moins produire !. Et de demander à Claude Jeandron si EDF serait prête à découpler la vente d’électricité de ses revenus, comme c’est le cas des compagnies électriques en Californie. Tous les six ou douze mois, les autorités californiennes fixent un chiffre d’affaires qui couvre les coûts de production et assure un bénéfice aux entreprises. Si elles vendent plus, elles rétrocèdent le bénéfice aux consommateurs. Ce système permet à la Californie d’assurer une fourniture suffisante et sûre à ses résidents, tout en maintenant son niveau de consommation d’électricité par habitant 40% au-dessous de la moyenne nationale des Etats-Unis. La plus grande entreprise de Californie, Southern California Edison, a ainsi économisé quatre milliards de kilowattheures de 2002 à 2007, soit l’équivalent de la consommation actuelle d’un demi million de ménages. Pour l’heure, la stratégie d’EDF repose sur un mix énergétique à dominante nucléaire : sur ses 36 milliards d’euros d’investissements, elle en consacre 3,3 milliards au projet de réacteur nucléaire EPR, et autant à l’éolien. Selon Claude Jeandron, cette double stratégie n’a pas de raison d’évoluer avec la crise économique. L’objectif de rachat de British Energy par EDF confirme la tendance, qui accrédite plutôt le renforcement dans le domaine du nucléaire plutôt que dans celui des renouvelables…

Agnès SINAI


1/ La revue durable, n°31, octobre-novembre 2008, et www.energy.ca.gov

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Published by Goudouly - dans -*- environnement
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