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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 03:33


Fiasco annoncé sur le climat

Article paru dans l'édition du 10 décembre 2008 du journal L'Humanité

 

 

La conférence de l'ONU sur le changement climatique, qui se tient du 1er au 12 décembre dans la ville polonaise de Poznan, ne débouchera sur rien. Il y a peu, cet événement était encore présenté comme une étape déterminante dans la construction d'un accord qui devrait prendre le relais du protocole de Kyoto à partir de 2013. L'objectif étant d'obtenir un cadre qui fasse consensus à la fin de l'année 2009 lors de la conférence de Copenhague, Poznan ne pouvait pas être un échec. Malheureusement, l'horizon s'est brutalement assombri, tant du point de vue de la conjoncture économique que sur le plan des indicateurs environnementaux. Du coup, la communauté internationale se prépare au fiasco.


Première mauvaise nouvelle, la crise de la finance mondiale et de l'économie réelle est partie pour s'installer durablement. Or, les gouvernements et les institutions ont clairement annoncé leurs priorités. Ainsi, l'Allemagne n'a pas attendu d'entrer techniquement en récession pour préciser qu'aucune entrave à la compétitivité de ses entreprises ne serait tolérée, quand bien même il s'agirait de protéger l'environnement. Un front anti « paquet climat-énergie » se structure au sein de l'Union européenne autour des pays de l'Est, de l'Italie et de l'Allemagne. Le projet communautaire de lutte contre le changement climatique, déjà très critiquable par sa timidité et ses divers recours aux mécanismes de marché, risque donc de fondre comme un vulgaire glacier. Soyons lucides. Malgré l'enjeu de cette conférence de Poznan, les esprits sont ailleurs. Des sommes qu'aucun Etat n'a jamais pu réunir pour protéger l'environnement sont mobilisées pour sauver le système financier. Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) dispose d'un budget annuel d'à peine 60 millions de dollars. Le plan Paulson pèse ses 700 milliards de dollars. Cette disproportion se passe de commentaire.


Deuxième signe maléfique planant au dessus des négociateurs : les données sur les émissions de gaz à effet de serre. Le bilan 2006 vient de tomber. Il est très mauvais. En 1997, à Kyoto, les pays d'économie de marché et d'Europe de l'Est (pays dits « de l'annexe 1 ») ont pris l'engagement de réduire de 5,2% leurs émissions d'ici fin 2012, en adoptant pour référence l'année 1990. Un premier pas, peut-être, mais d'une modestie incroyable. D'une part, les Etats-unis ne ratifieront pas le protocole de Kyoto, et d'autre part, entre 1990 et 1997, les rejets des pays restants avaient déjà baissé d'au moins 4,8%! Cette baisse a continué entre 1997 et 2000 pour une raison simple : les industries vétustes des pays de l'Est s'étaient effondrées. Ce phénomène, qui n'a rien à voir avec un quelconque engagement des Etats, a permis d'afficher une diminution des rejets. Mais tout ceci est terminé. Entre 2000 et 2006, les émissions des pays de l'annexe 1 ont augmenté de 2,3%. De l'aveu même de l'ONU, la légère baisse constatée certaines années est intégralement imputable à la conjoncture, c'est à dire au prix des énergies ou à la clémence des hivers. Les pays d'économie de marché ou en transition non seulement ne respectent pas leur engagement, mais contribuent même directement à l'aggravation du problème.


En parallèle, les rejets des pays en développement explosent, puisqu'entre 1997 et 2007, les émissions mondiales ont augmenté de 35%. Ces chiffres effrayants sont bien évidemment liés au développement des économies émergentes. Mais la recherche du profit maximum qui pousse les grandes entreprises à délocaliser porte une très lourde part de responsabilité. L'impact de la production réalisée dans ces pays pour être exportée puis consommée par les occidentaux est estimée à 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Et tout indique que cette tendance va s'accentuer, le libre-échange étant toujours considéré comme la valeur suprême.


La communauté internationale est donc prise au piège de ses propres politiques. Trente années de dérégulation ont permis de transférer le pouvoir aux multinationales, et de placer les véritables lieux de décision à l'abri de la souveraineté populaire. L'environnement, tout comme la crise financière, révèle à quel point nous aurions besoin de régulation, et à quel point les moyens de la mettre en oeuvre ont soigneusement été déconstruits.


Que peut-il donc se passer à présent? La conférence de Poznan donne le même spectacle déplorable que les précédentes, où se négocient des économies de bouts de chandelles qui alimenteront au passage la finance carbone. Par exemple, il est question de récompenser par l'intermédiaire de crédits-carbone valorisables en Bourse les mesures de lutte contre la déforestation! Mais nous pouvons également anticiper la suite. La récession de l'économie provoquera une baisse des émissions de gaz à effet de serre. Sous la présidence de Barack Obama, les Etats-unis prendront des engagements en matière de climat... qu'ils seront libres de ne pas respecter, à l'image des pays soumis aux objectifs de Kyoto. Ce que l'on ne manquera pas de nous présenter comme de grandes avancées sera encore une fois une illusion qui pourra s'effacer à la première occasion. Nous sommes bien loin de la rupture avec le capitalisme néo-libéral et le libre-échange dont nous aurions plus que jamais besoin.



Aurélien BERNIER


Auteur du livre « Le climat, otage de la finance », 2008, éd. Mille-et-une-nuits.

Secrétaire national du Mouvement politique d'éducation populaire (M'PEP – www.m-pep.org).

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Published by Aurélien Bernier - dans -*- environnement
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