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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 03:03


Rêve générale

Qu’attend l’Europe capitaliste de la réforme universitaire ?

par Ivan Lavallée, professeur des universités

publié dans l’Humanité du 2 mai 2009


L’originalité du système public d’enseignement supérieur et de recherche français s’est forgée au cours des siècles. Si le CNRS n’a que soixantedix ans, la tradition universitaire française remonte au XIIIe siècle et la création de la Sorbonne, et au XVIIe siècle avec l’ancêtre de l’Académie des sciences. Cette histoire est marquée par la liberté du savant ou du sorbonnard, à l’image du sulfureux Villon, symbole de la résistance d’intellectuels à la mainmise de l’Église ou du pouvoir royal sur la pensée et l’édition (i.e. l’Encyclopédie). Avec le programme du CNR et le statut de la fonction publique, les dirigeants politiques d’alors, gaullistes ou communistes, ont promu une recherche et un développement technologique qui a fait de la France une des toutes premières puissances scientifiques et technologiques mondiales, avec un rapport coût/performance digne de respect, en dépit de ce qu’une campagne insidieuse, menée par le président de la République lui-même, tend à faire croire. Un grand secteur public et nationalisé marque encore, bien que sérieusement mis à mal depuis, l’originalité française.


Ce dispositif de recherche et d’enseignement supérieur publics d’État, de grandes entreprises nationales (France Télécom, EDF-GDF, SNCF…) et de grands organismes comme le CEA, l’INRA ou l’INSERM, contribue à irriguer le tissu industriel français, à tel point d’ailleurs que les grandes entreprises privées n’investissent que très peu dans la recherche, ce qui va marquer et structurer durablement le tissu industriel français et expliquer, en partie, la situation actuelle et l’enjeu de la crise. En effet, le recul et la dégradation du service public ont conduit des organismes aujourd’hui privatisés à supprimer leur département de recherche (France Télécom, EDF…), ce qui crée une situation nouvelle dans le tissu économique et de recherche français.


D’autre part, les contradictions impérialistes, la défaite des pays socialistes, l’affaiblissement idéologique du mouvement révolutionnaire, et plus précisément du PCF, ont conduit à une intégration européenne, à l’anglo- saxonne, de plus en plus poussée. Le rapport Balladur sur le dépeçage du territoire français en grandes régions, la version sarkozyenne de l’autonomie des universités, la transformation du CNRS en agence de moyens et la multiplication des organismes bureaucratiques de gestion et de contrôle de la recherche sont à mettre en parallèle avec l’objectif d’une Europe supranationale de la concurrence libre et non faussée, qui vise à faire disparaître le « service public à la française » et à mettre « au pas » de l’industrie, et donc du profit immédiat, ce système de production de savoir et de connaissance. Dans cette optique, qui n’écarte aucun expédient idéologique, y compris la réécriture de l’histoire et sa falsification (par exemple le vote au Parlement européen sur l’amalgame nazisme-communisme), l’enseignement se voit attribuer, dans le cadre d’un système normalisé de la maternelle à l’université, le rôle de former une main-d’oeuvre adaptée stricto sensu au marché du travail européen (employabilité). À la recherche échoit la tâche de fournir aux PME le gadget qui permet de réaliser un maximum de profit avec un minimum d’investissement, dans un minimum de temps. C’est le sens du processus d’unification des systèmes d’enseignement et de recherche lancé à Bologne dans une Europe dominée par la social-démocratie, la contre-réforme actuelle étant lancée alors par deux ministres socialistes. Dans le même mouvement, la production de valeur, de plus-value, s’est considérablement déplacée du travail dit manuel (travail simple) vers l’intellectualisation du travail, en fait, vers le travail de création.


La plus-value associée à la vente d’une automobile provient aujourd’hui plus du bureau d’études que de la chaîne de fabrication. L’enjeu pour le capital est de mettre la main sur ce qui forme et génère cette force de travail. Pour ce faire il lui faut reconstituer le continuum qui va de la recherche à la production, contrôler tous les segments de la chaîne. La privatisation des grands services publics a permis de casser la chaîne qui assurait la cohérence de la spécificité française, il s’agit maintenant de passer au dernier maillon fort, le système d’enseignement supérieur et de recherche. Il s’agit là d’un enjeu structurant pour le capital, tant en France qu’en Europe, Sarkozy l’a dit. C’est la raison pour laquelle un recul majeur du pouvoir sur ce point serait un élément de blocage du système tout entier et une remise en cause de la construction européenne. C’est la raison aussi, pour laquelle, le mouvement, né dans les milieux de la recherche et de l’enseignement supérieur, ne peut aboutir qu’en trouvant un second souffle dans une convergence avec les luttes sociales qui démarrent et une alternative politique ; la solution n’étant que politique, il n’y a pas de demi-mesure possible.

 

Ivan Lavallée

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Published by Goudouly - dans -*- actualité
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