Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vous Êtes Arrivé

  • : Le blog de la rue Goudouly
  • Le blog de la rue Goudouly
  • : Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
  • Contact

Pour le plaisir

Recherche

Mémoire Classée

En campagne

17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 03:33



Conversation virtuelle avec Monsieur Obama: Futurologie politique

Adolfo Pérez Esquivel

Buenos Aires, Café Tortoni, mois d’août 2009.
 
J’ai invité Barack Obama à prendre un café au traditionnel Café Tortoni, avenue de Mai à Buenos Aires. Il est arrivé de Washington pas mal perturbé et très préoccupé. Il m’a dit que la Maison Blanche était pleine de fantômes et que, certains jours, il ne pouvait pas dormir car ils faisaient beaucoup de bruit et le matin, quand il va dans le Bureau Ovale, il trouve tout sans dessus-dessous. Pour moi, je ne crois pas aux fantômes, mais puisqu’il le dit, c’est sûrement ainsi.
 
Mon cher Barack, je crains que tu aies bien des problèmes car, ici aussi, nous avons nos fantômes qui parcourent le pays en faisant des ravages et en désorganisant tout. Je me réjouis que tu sois venu jusqu’ici et que nous puissions converser tranquillement. Le café est bon mais j’aurais préféré t’inviter à prendre quelques « matés » amers bien de chez nous; cependant, considérant que tu vivais des situations pleines d’amertume, comme par exemple celle du coup d’État au Honduras, je n’ai pas voulu te rendre les choses encore plus amères.
Tu vas avoir besoin d’un guide spirituel qui va faire quelques exorcismes à la Maison Blanche pour en expulser les fantômes, car ils risquent fort de te compliquer la vie.
 
Voici que les militaires honduriens se précipitent à Washington pour informer qu’ils ont bien accompli les ordres en faisant le coup d’État contre le Président Zélaya, tel qu’il avait été programmé. Maintenant, ils veulent leur récompense et les décorations d’approbation sur leurs épaules. Ils sont tous là comme des chiens de chasse qui attendent que leur maître leur fasse une caresse ou leur jette un os.
Mon cher, tout ceci met en évidence que tu es bien arrivé à la tête du gouvernement mais non au véritable pouvoir. Tu dois reconnaître qu’ils t’ont donné un bon coup de pied dans l ‘arrière train et qu’ils n’ont pas de pitié. Ils vont t’en faire voir dans tous les domaines. Comment trouves-tu ce café ? Est-ce que tu te sens toujours bien ?...
 
Ce coup d’État civico-militaire au Honduras représente une menace pour tout le continent. On cherche à y imposer une « dictature douce », (una dicta-blanda). C’est un test pour voir quelle sera la réaction des gouvernements et des sociétés. Cela me paraît être une bonne chose que tu aies déclaré la non reconnaissance du nouveau corps diplomatique hondurien. C’est de ta part un geste clair en défense du droit des peuples. Mais tu sais très bien que les choses ne sont souvent qu’apparences et ne reflètent pas la réalité. Déjà, la Secrétaire d’État, Hillary Clinton, dit que Zélaya, (le Président hondurien élu légitimement) commettrait une grave imprudence s’il revenait au Honduras.
 
Tu devrais savoir que la dignité a un coût et que Zélaya ne peut pas se tenir tranquille sans rien faire en attendant qu’Hillary lui dise ce qu’il doit faire. Imposer à nouveau les coups d’État, c’est très dangereux pour tout le reste du monde.
Il faut à tout prix que tu prennes des décisions claires et concrètes pour aider le président Zélaya à reprendre sa charge de Président du Honduras, sans conditions et sans impositions du Pentagone, de la CIA et du Département d’État. Est-ce que tu es au courant de la brutale répression des militaires honduriens contre le peuple et de la persécution et de la censure contre les journalistes ?... Pour justifier l’injustifiable, la dictature de Micheletti (le président putschiste) accuse de tous les maux le Président du Venezuela, Hugo Chavez. Tu sais très bien que la CIA est spécialisée dans la déstabilisation des gouvernements et sait comment provoquer les coups d’État.
Puisque ton visage ne manifeste aucun signe d’étonnement, c’est donc que tu n’ignores pas ce qui se passe. Dis-moi Barack pourquoi les États Unis veulent établir trois bases militaires de plus en Colombie?… Ne me dis pas que c’est pour lutter contre le trafic de drogue, car je ne le crois pas et personne ne le croit.
 
Je viens d’être informé que ton gouvernement et le Commandement Sud de ton armée investissent des millions de dollars pour promouvoir la « démocratie » au Venezuela, en Bolivie et en Équateur, ces trois pays qui sont en train de construire d’autres modèles de société, modèles qui justement ne sont pas ceux qui intéressent les États Unis.
 
Dis-moi Barack, est-ce que tu vas continuer longtemps avec la même politique que celle des gouvernements antérieurs ou es-ce que tu veux changer de politique et construire une démocratie qui signifie droit et égalité pour tous et respect de la vie et de la dignité des peuples?… Je te suggère que tout cet argent qu’ils veulent investir dans « la démocratie telle qu’ils la pense », tu l’investisses plutôt pour fortifier la démocratie à l’intérieur des États Unis qui ont tellement de problèmes chez eux de discrimination, de pauvreté, de faim et de chômage. Est-ce que cela te paraît juste ou non?
 
J’ai derrière moi bien des années de travail et d’engagement avec les peuples d’Amérique Latine et, à mon âge, je suis devenu méfiant. J’ai constaté tellement de trahisons, d’abandons et de peurs.
 
Un autre problème préoccupant et qui nous fait tous souffrir, c’est Cuba. Tu penses que pour changer la politique des États Unis envers Cuba, il faut attendre des gestes de changements dans cette île. En fait, depuis presque 50 ans ton pays impose le blocus de façon unilatérale avec la superbe de celui qui est le plus fort.
 
Il semblerait que tu n’as pas de bons exécutants, car le continent latino-américain n’est toujours pas manipulable et tous ses peuples veulent participer en collaborant et ne pas seulement rester spectateurs. Le peuple l’a maintes fois démontré et maintenant, ce sont les Honduriens, de même que les Boliviens et les Vénézuéliens.
 
Celui qui doit changer, c’est ton gouvernement qui viole le droit international et impose des sanctions à un pays souverain. Est-ce que tu oublies toutes les résolutions de l’ONU et de bien d’autres pays qui réclament la fin du blocus et le respect de la souveraineté du peuple cubain?…
 
Exerçons notre mémoire. Te rappelles-tu du président de ton pays, John Kennedy, qui était parvenu à séduire même la belle Marilyne? C’est ce même jeune homme qui a ordonné d’envahir Cuba par la Baie des Cochons et qui as obtenu une vraie cochonnerie qui lui a fait bien du tort. Comment peux-tu penser que Cuba va changer alors que ton gouvernement ne veut pas changer?
 
Pense un peu à ce qui se passerait si ton pays levait le blocus de Cuba sans conditions et qu’alors commence une nouvelle étape de relations basées sur la coopération et le développement des peuples. Tout cela ressemble à de la futurologie politique. Que se passerait-il si tu libérais les 5 Cubains prisonniers en permettant d’abord à leurs épouses de leur rendre visite, ce dont on les empêche depuis près de 10 ans. Tu dis que c’est là un problème qui est entre les mains de la justice, qu’il faut encore attendre et que tu subis de fortes pressions pour ne pas les libérer. De quelle justice parles-tu? Je ne veux pas comme on dit chez nous te faire passer « la facture ». Je veux simplement te rappeler quelques faits et quelques problèmes qui se posent dans la vie des peuples.
 
Je veux encore te raconter quelques actions d’éclat d’un de tes compatriotes qui a fait preuve de cohérence entre le dire et le faire et qui as beaucoup influencé les luttes sociales pour la libération de nos peuples. Il a su assumer la résistance civile comme l’a fait le Mahatma Gandhi lors de la libération de l’Inde et comme Martin Luther King qui a lutté sur ta terre pour la défense des droits civils et contre les discriminations raciales. Je me réfère ici à Henry Thoreau qui a dit: « Toute personne qui aime la liberté doit respecter la loi; il doit la respecter et la faire respecter . » Mais, Thoreau continue en disant:  « Toutes les lois ne sont pas justes et on doit désobéir aux lois injustes jusqu’à ce qu’elles soient supprimées ». Pour rester cohérent avec lui même, il a dû accepter d’aller en prison en assumant le défi de défendre la liberté en refusant de payer des impôts injustes et immoraux au gouvernement des Etats-Unis, impôts qui finançaient alors la guerre contre le Mexique, pays auquel on a arraché une grande partie de son territoire pour l’annexer à ton pays.
 
Dis-moi aussi qui a décidé d’installer davantage de bases militaires nord-américaines en Colombie?… C’est très ennuyeux et périlleux pour le continent.
 
Autre sujet préoccupant, c’est le Moyen Orient. C’est sûr qu‘en ton âme et ta conscience, cela te fait mal que ton prédécesseur George Bush t’ait laissé ce terrain encombré et miné; n’importe quelle chose tu touches… et boum!… cela explose. Ce personnage a vraiment porté tort à ton peuple et au monde entier; il est responsable de crimes de lèse humanité.
 
Je vais te raconter un conte soufi. Je viens de le lire dans un journal de quartier « La Batouta »: « La Peste cheminait vers Bagdad quand elle a rencontré Nasdurin qui lui a demandé: « Où vas-tu? » « A Bagdad où je vais tuer dix mille personnes ». Quelque temps après, la Peste rencontra à nouveau Nasdurin qui, très en colère, lui dit « Tu m’as menti. Tu m’as dit que tu allais tuer dix mille personnes et tu en a tué cent mille ». La Peste lui répondit: « Je ne t’ai pas menti. J’ai tué dix mille personnes … et les autres sont morts de peur ». La peur paralyse et de la peur à la lâcheté, il n’y a qu’un seul pas. La peur nous affecte tous et réduit nos mécanismes naturels de défense.
 
Obama, il est temps de penser à nouveau et de porter ton regard vers l’intérieur de ton esprit, de savoir écouter le silence de Dieu qui parle à chacun d’entre nous. Combien de morts a provoqué la guerre déchaînée par ton pays contre l’Irak et l‘Afghanistan au nom des raisons les plus perverses et les plus inhumaines que l‘on puisse imaginer?…; la source de toutes ces violences, est-ce que ce n’est pas « le mensonge » qui a été évoqué pour la défense de la démocratie et du droit des peuples?… Ils ont inondé les rivières de sang et ont semé la mort partout.
 
Eduardo Galeano, ce grand écrivain uruguayen a écrit: « Le navigateur navigue bien qu’il sache qu’il n’atteindra jamais les étoiles qui le guident ». Tu te souviens qu’Hugo Chavez, le président du Venezuela t’a offert le livre de Galéano intitulé « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine ». J’espère que tu l’as lu? Si tu ne l’as pas encore lu, c’est cela qui est préoccupant. Comment vas-tu pouvoir comprendre l’Amérique Latine si tu ne connais pas cet ouvrage? Toi qui es encore jeune, essaye de comprendre les peuples et de bien connaître quelle a été la politique de ton pays dans ce continent. Tu seras vraiment étonné.
 
C’est un long et douloureux drame que vivent Israël et la Palestine. Cela nous fait vraiment mal de constater qu’aucun nouvel horizon ne s’éclaire et que l’on continue à semer la mort et la destruction. Israël est passé de l’état de victime à celui de bourreau, violant les droits du peuple palestinien, le soumettant à la violence sociale et structurelle et construisant un mur infâme qui porte tort à toute l’humanité et empêche les Palestiniens d’avoir leur patrie. Ton pays est l’allié principal d’Israël et, tant que cette situation de guerre et d’instabilité continuera, la Paix sera absente de cette région.
 
Et pour finir, Barack, comment ça va chez toi… avec le chômage, le problème économique et l’immigration. Vraiment, les problèmes ne te manquent pas. L’économie mondiale prend l’eau de toutes parts et elle est vraiment contaminée. La crise économique frappe durement les plus nécessiteux, mais tu continues à sauver les banques et non pas les peuples. Il est urgent de revenir aux sources et de commencer à réfléchir à un « Nouveau contrat social  » à l’échelle mondiale; nous en avons bien besoin car nous arrivons à la fin d’une époque blessée par les fausses certitudes, les erreurs et les horreurs. Souviens-toi que la FAO nous signale que, chaque jour, 35 mille enfants meurent de faim dans le monde. C’est ça, le « terrorisme économique » dont on ne parle jamais et qui est pourtant toujours présent dans le monde.
 
Ton gouvernement dépense des millions de dollars dans les armes et les bases militaires pour dominer et pour détruire et non pas pour vaincre la faim, le chômage, la marginalité et l’analphabétisme. Sais-tu Barack de quelle couleur est la faim?… Ceux qui ont faim disent que c’est le jaune; tout devient de cette couleur jusqu’à ce que la mort les libère.
 
Bien! Mon cher Barack, il ne faut pas perdre l’espérance. C’est devenu nécessaire de construire la Paix car elle n’est jamais donnée définitivement et reste toujours une conquête de la conscience et de l’esprit. Il y a beaucoup de réserves dans la vie des peuples. On pourrait encore parler de bien d’autres choses mais ce sera pour une autre fois quand nous parviendrons à nous réunir à nouveau. Cela a été pour moi un vrai plaisir de pouvoir converser avec toi. La prochaine fois je te recevrai avec du maté amer et des galettes frites.
 
Je t’envoie un fraternel « abrazo » solidaire de Paix et de Bien,
Adolfo.


http://www.alainet.org/active/32457

Partager cet article

Repost 0
Published by Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article

commentaires

Paul Laurendeau 15/08/2010 21:06



Moi, la grande futurologie sociologique

http://ysengrimus.wordpress.com/2010/08/15/le-lourd-passe-de-nos-futurologies/

Je reste désormais hautement sceptique…
Paul Laurendeau