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Vendredi 15 décembre 2006 5 15 /12 /Déc /2006 07:14
Cette suite d'articles de presse ou d'extraits de livres analyse ce que chacun de nous ressent de manière empirique (et plus particulièrement à la fin du mois, quand il tombe bien avant le 31)
Les phrases soulignées le sont par moi.
La prise de conscience à lieu. L'organisation des classes ne semble pas encore mûre.
Bonne lecture





 Un ouvrier sur deux dit avoir « perdu » à la RTT 
Les salariés âgés, les bas revenus et les ouvriers estiment que leur situation professionnelle s'est dégradée depuis la réduction du temps de travail. Ils dénoncent massivement les effets des 35 heures sur les salaires.
Dans le monde du travail, près de 10 ans après leur instauration, les 35 heures font presque l'unanimité... contre elles. Une écrasante majorité de patrons estiment aujourd'hui qu'elles ont été « mauvaises » pour la croissance, les entreprises et l'emploi. Mais ce point de vue est désormais partagé par 60 % des salariés. Ces derniers ont beau avoir conscience d'être, en théorie, les principaux bénéficiaires de la réduction du temps de travail, ils se montrent de plus en plus sceptiques sur ses effets réels. 1 sur 2 (47 %) estime même que sa situation s'est plutôt détériorée depuis le passage aux 35 heures.

Ce sentiment est très diversement perçu selon les catégories de salariés : plus ils sont âgés, touchent des revenus modestes et évoluent à un niveau hiérarchique bas, plus le ressentiment est fort. 1 ouvrier sur 2 dit avoir « perdu » à la RTT (contre 43 % qui y ont « gagné »). Les revenus modestes ne sont que 35 % à s'estimer gagnants (et 56 % perdants).

A l'inverse, 1 cadre supérieur sur 2 pense que la réforme leur a profité (contre 37 % qui estiment y avoir perdu). L'effet de génération, lui aussi, est important : les seuls à y être en majorité favorables sont les moins de 35 ans. C'est avant tout l'impact, « négatif » pour 6 sondés sur 10, des 35 heures sur les salaires - a fortiori dans le secteur privé (58 %, contre 49 % dans le secteur public) - et sur la charge de travail qui est décrié.

De nouveaux assouplissements
Les salariés, se démarquant ainsi des organisations syndicales, se montrent donc prêts à une remise en cause de la réforme du temps de travail. Mais sous quelles formes, et de quelle ampleur ? Les salariés penchent en priorité (40 %) pour de nouveaux assouplissements, auxquels ils adhéreraient d'autant plus qu'ils s'accompagneraient en contrepartie de revalorisations salariales. Mais ils sont une proportion équivalente à préconiser une approche plus radicale, soit par une « réforme en profondeur » (23 %), soit par la « suppression » (14 %) pure et simple des 35 heures.

7 patrons sur 10 sont eux aussi partisans de tourner rapidement la page, 39 % par la suppression et 32 % par une réforme en profondeur. Il ne reste que 20 % de salariés (et 3 % de dirigeants) à défendre encore la «généralisation » de la réduction du temps de travail (10 %) ou son « maintien en l'état » (10 %).

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Inquiétude et colère chez les salariés à revenus modestes

Les ouvriers et, plus généralement, les salariés à revenus modestes se disent inquiets pour leur avenir et en colère contre le niveau des salaires.

Perte de motivation, stress et pessimisme : dans l'attente d'une « rupture », les salariés affichent un moral en berne. Un mot résume la situation : l'« inquiétude », sentiment le plus fréquemment retenu (35 %) par les salariés sondés pour qualifier leur état d'esprit actuel, aussi bien dans le public que dans le privé. Cette inquiétude augmente avec l'âge et atteint un niveau très élevé chez les plus de 45 ans (43 %). La désillusion gagne en moitié de carrière, les moins de 35 ans étant les seuls à mettre plus en avant des sentiments positifs - motivation (49 %) et satisfaction (32 %) - que négatifs. L'entreprise semble confrontée à une cassure avec sa base. Outre l'inquiétude, particulièrement marquée chez les ouvriers (46 %), les revenus modestes expriment avant tout de la « colère » (28 %) et du « stress » (26 %).

Incapacité d'épargner
Au cour du malaise : les salaires. En 10 ans, indique Ipsos, « les préoccupations sur le pouvoir d'achat n'auront jamais été aussi fortes ». Près d'un salarié sur deux (44 %) affiche comme attente « prioritaire » une amélioration de son revenu - 2 fois plus qu'en 2001 - et une large majorité (70 %) se dit dans l'incapacité d'épargner. L'inquiétude est d'autant plus présente qu'ils ne voient pas d'éclaircie à l'horizon. Les prévisions des dirigeants ne seront pas de nature à les faire changer d'avis. Certes, ceux-ci restent «confiants» sur l'évolution de leur santé économique de l'activité, mais ils sont en même temps circonspects sur leurs capacités à embaucher (72 % de pessimistes) et à revaloriser les salaires (52 %), a fortiori dans les entreprises de moins de 200 salariés.

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JACQUES DELORS PRÉSIDENT DU CONSEIL DE L'EMPLOI, DES REVENUS ET DE LA COHÉSION SOCIALE : « Les Français ont encore envie de travailler »

« C'est la confirmation d'un climat d'inquiétude en France. La question du stress, qui est liée dans une certaine mesure à cette inquiétude et apparaît comme un élément dominant chez les salariés, est centrale. Je note aussi qu'un clivage très marqué ressort entre les générations en ce qui concerne la motivation et la satisfaction. Je ne trouve pas paradoxal de voir cohabiter chez beaucoup de salariés de la motivation et de l'inquiétude. Cette dernière est liée à des éléments plus généraux : la peur de la mondialisation, un certain mécontentement... Mais la motivation affichée par certains montre que les Français ont encore envie de travailler et de se réaliser au travail. Les jeunes sont motivés, ce qui est encourageant. »

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LOUIS CHAUVEL SOCIOLOGUE, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS À L'IEP PARIS « Quelque chose de grave se passe »


« En 2000, les salariés voyaient les salaires recommencer à augmenter après 20 ans de stagnation. C'était l'époque de la bulle Internet, il y avait l'espoir d'être reparti pour 30 ans de croissance, comme au temps des Trente Glorieuses. Depuis, la bulle a éclaté, il ne reste plus de marges de croissance et en même temps, le vrai coût de la vie, le prix des logements, a plus que doublé. Les gens voient bien que les salaires ne permettent plus de vivre, que quelque chose de grave se passe. Les salariés et les patrons sont réalistes sur l'évolution des salaire : on voit mal aujourd'hui d'où pourrait venir la croissance. Notre système privilégie avant tout les rentiers. Avec ce type de politique économique, les salariés et les entrepreneurs sont dans une situation de blocage. »

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La dangereuse dérive des classes moyennes

La société française ne sait plus où elle va, diagnostique le sociologue Louis Chauvel qui étudie l'évolution des classes moyennes


Pourquoi parler de « dérive » ?
Notre société est traversée de paradoxes. La société française est très inquiète de la croissance des inégalités, alors qu'elle est l'une des rares à ne pas avoir connu d'explosion des inégalités. Notre société est très protégée par l'État-providence, mais angoissée par son avenir. Notre société est riche, mais terrorisé par la crainte de la pauvreté En résumé, nous savons où nous sommes, mais nous ne savons absolument pas où nous allons. Nous ne savons plus ce qu'est le progrès.

Tout le monde est également concerné ?
Il existe une profonde fracture entre les générations, que ne montrent pas les statistiques. En moyenne, les taux de pauvreté n'ont pas augmenté. Sauf que, dans les années 1980, les pauvres, c'était les vieux en cours de disparition. Aujourd'hui, les pauvres sont les jeunes, avec plein d'avenir dans la pauvreté.

Dont les jeunes de la classe moyenne ?
Oui, le mouvement anti-CPE a bien montré l'angoisse des bac 3, bac 5, qui anticipent un avenir de catégories intermédiaires précarisées. Sans l'aide d'un patrimoine venant des parents, une vie de confort moyen, avec un logement décent, leur est devenue impossible.

D'où la polémique sur les taux d'intérêt et l'euro fort
Oui, cette politique économique favorise ceux qui détiennent déjà un patrimoine, et défavorise ceux qui essaient de produire le patrimoine de demain. L'économiste Keynes expliquait que l'inflation était une forme d'euthanasie des rentiers - là, nous sommes dans une situation d'euthanasie des jeunes salariés. A terme, il faut craindre des tensions très fortes entre des actifs qui craignent l'effondrement du système et des retraités qui ne sont pas tous riches et bien portants, mais dont une proportion importante vit dans des conditions bien meilleures que les retraités d'avant, et aussi que les retraités du futur, la génération aujourd'hui au travail.

Quelles conséquences entraîne la dérive des classes moyennes ?
Les classes moyennes sont le noyau central de la société. Si elles partent à la dérive, c'est donc un peu l'ensemble de la société qui ne sait plus très bien où est son avenir Car dans les années 1970, elles ont porté une idéologie de progrès économique, d'avenir radieux, qui culmine avec la victoire de la gauche en 1981. Le rêve s'est éteint vers le milieu des années 1980, avec la « parenthèse » de la rigueur au nom du franc fort - pour revenir à la question précédente. On a entretenu le rêve à crédit, en faisant des dettes qui pèsent sur les générations suivantes. Et les catégories populaires, qui pouvaient espérer monter dans l'ascenseur social, voient au contraire aujourd'hui les classes moyennes s'effondrer sur elles. Tout cela fait évidemment le jeu des extrémismes.

Propos recueillis par Francis Brochet « Les classes moyennes à la dérive », de Louis Chauvel (Seuil, 10,50 euros).
Par Marielle & Dominique - Publié dans : -*- actualité
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