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Dimanche 25 mars 7 25 /03 /Mars 04:11

 

Un double objectif dans l’origine de la mise en place des « chemins de la découverte » :

·         Expérimentation de nouvelles démarches de transmission et d’acquisition de savoirs, en direction des publics que nous avions du mal à appréhender par les modes de transmission « traditionnels » déjà à l’œuvre dans l’association.

·         Clarifier les contours possibles de notre action dans le champ de la culture, en prenant en compte les spécificités et buts de l’association.

·         Développer notre approche de l’éducation populaire à l’intersection de la culture et de l’acquisition des savoirs.

 

Définition UNESCO de la culture, adoptée à la conférence MONDIACULT à Mexico en 1982 :

« La culture est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels, matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. La culture englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances. »

Nous retenons particulièrement de cette définition de la culture, les notions de possible diversité et de nécessité du vivre ensemble.

ATTAC n’a pas pour vocation le développement artistique en tant que tel, par contre, en tant qu’acteur culturel, nous devrions arriver à préciser la nature des liens que nous souhaitons développer et les questionnements et analyses auxquelles nous pouvons participer, à partir de notre cœur d’ouvrage : l’éducation populaire.

 

Des constats :

La destruction du savoir et de la culture en temps de paix, met à jour :

·         Le remplacement des connaissances, définies selon des critères scientifiques et pédagogiques, par des compétences adaptives modelées selon les critères des décideurs de la sphère économique.

·         Désengagement de l’état, des services publics (d’enseignement, culture, recherche …) dans la validation des connaissances incontournables, comme dans leurs financements.

·         Dévalorisation de la culture comme transmission intergénérationnelle au profit d’une culture caractérisée par l’éphémère et le territorial, adaptée à une conception consumériste de la vie en société, rendant impossible une inscription dans l’histoire et l’esprit critique qui l’accompagne.

·         L’émergence d’une « Novlangue », dont la fonction principale est la mise en place d’une idéologie qui prétend par principe rejeter toute idéologie.

 

Ces bouleversements  et plus généralement cette conception de la transmission, fonctionnent de plus en plus implicitement sur le fait que les démocraties peuvent fonctionner même lorsque les citoyens, le peuple, ne sont pas éduqués. Et cela sous divers prétextes, tous plus réducteurs et déconnectés les uns des autres : respect des minorités à posséder leur propre culture, respect de la culture « jeune », toute transmission qui s’accompagne d’une exigence  est intrinsèquement élitiste …

C’est ici une certaine idée de l’universalité des savoirs qu’il est question d’abolir et non l’évolution de leurs questionnements  par la prise en compte des spécificités de notre époque.

Il semble donc qu’aujourd’hui il ne suffit pas de « changer » le monde : il faut avant tout, parfois, le conserver, le préserver, pour pouvoir le transformer. Il nous faut être « conservateur » authentique, au sens ou aucun homme qui s’affiche conservateur n’accepterait de l’être.

 

Effondrement du développement culturel : Culture d'élite, culture de masse ou culture populaire ?

Culture d'élite:

La culture dite élitiste est réellement en crise. La notion de culture telle que nous l'utilisons majoritairement et institutionnellement aujourd'hui est un champ pavé de bonnes intentions, mais complètement piégé. Cette approche de la culture questionne l'accès des populations aux biens, produits, pratiques et services culturels, mais jamais l'idée même de ce que produit cette culture dans notre société.

Jusque dans les années 70, cette culture était au moins prometteuse d'une chose : une possible ascension sociale. Aujourd'hui ni la culture, ni l'éducation ne sont plus garantes de ce progrès social.

L'état culturel d'une société, d'un groupe se donne à lire aussi dans l'usage et les multiples formes d'expression et de manifestation de sa citoyenneté, de son urbanisme, de la teneur du lien social, de la solidarité ... Mais aussi dans la capacité de ses membres à revendiquer, de leur détermination à agir, intervenir, exercer leur citoyenneté.

Vu sous cet angle le déficit culturel actuel semble beaucoup plus profond que ne le traduisent les statistiques concernant la fréquentation des seules pratiques culturelles et artistiques !

La culture serait elle un combustible et non un avoir cumulé ou un supplément d'âme ?

Nous touchons ici une des limites de cette culture qui dans sa démarche comme dans les faits produit l'exclusion de tout ce qu'elle n'inclue pas.

 

Peut être parce qu'elle fonctionne sur un présupposé qui est que la culture nous est extérieure, sur un a priori qui est l'incomplétude culturelle potentielle de certains membres de la population ?

Alors que la culture n'est pas hors de nous. N'est ce pas en la vivant ensemble que nous l'inventons ?

Culture de masse :

La culture de masse est cette conception appauvrie de la culture qui résulte de la séparation du travail d’avec … le « jeu ». Cette organisation du loisir, temps sensé être « vide » d’action et de sens, dont l’organisation a été prise en main par les mêmes forces marchandes qui se sont préalablement occupées du travail.

En conséquence, la culture devient ce passe temps destiné à nous distraire. D’où la nécessité impérieuse de biens, produits, services culturels prêts à consommer. L’espace culturel et artistique ainsi dégagé de toute relation directe d'avec les enjeux de société devient le lieu suprême de la libre expression, qui vient légitimer que les autres sphères puissent en être dépourvus (le travail, l’espace public, le politique …). Il est possible de critiquer le travail au théâtre, mais plus à l'usine ou au bureau.

Cela permet aussi l’orchestration de la subversion  propre à la création artistique,  à grands renforts de critères esthétiques, de politiques culturelles, et d'aide à l'accessibilité …Le payeur étant le décideur ! On peut critiquer le travail au théâtre mais … pas trop, ou de façon incompréhensible pour le public concerné !

En clair … Il devient très difficile de trouver un lieu d’analyse des enjeux du travail aujourd’hui !

Et tout cela s'accompagne de la destruction de la mémoire collective, par substitution d’une starification des acteurs, des idées, des courants de pensées momentanés qui traitent toutes les idées, les programmes politiques, les controverses, les conflits … comme des éléments interchangeables et donc également oubliables et dénués de signification.

Le « temps libre » doit il être organisé en temps de consommation, pour que le temps de travail puisse continuer à n'être qu'un temps de production?

La culture peut elle être réduite à cette sphère des « agitations ludiques distrayantes» loin de toute prise en compte de ce qui forme au quotidien le vivre ensemble des citoyens ?

Culture populaire :

La culture ne se décrète pas plus qu'elle ne se mets « sous cloche » : elle existe et évolue.

Il semblerait que c'est lorsqu'il est possible de réhabiliter un espace citoyen commun entre social, économie et politique que la culture peut prétendre au qualificatif de « populaire », au sens de « celle du peuple », de « tout le peuple ».

La culture d'élite tient sur la promesse d'une ascension (voir d'une distinction) sociale, qui viendra « récompenser » l'effort d'acquisitions des « preuves » d'appartenance à cette culture.

La culture de masse, elle, est entretenue par la mise à disposition de produits,  biens, services  de consommations culturelles, ou l’accumulation (de CD, de livres, de « toiles » …) tient lieu de culturation. Et ou le « gavage » forcé assouvi une certaine  nécessité de … remplissage.

La culture populaire, aujourd'hui ne peut plus être réduite, résumée, à ce qu'il resterait du folklore d'une classe sociale ou d'une époque (arts et traditions populaires).

C'est la remise en lien entre culture/éducation et savoirs/citoyenneté, qui réinjectera des questionnements et pratiques culturelles dans toutes les sphères de notre société (travail, vie privée, associations, quartier …) et permettra peut être de faire émerger de réelles expériences culturelles populaires aujourd'hui ?

 

Quand la culture ne se réduit pas aux Beaux Arts.

Les pratiques culturelles et artistiques, sont aussi un moyen de reconstruire du lien là ou les réflexes de solidarité se font rares, une façon de reconstruire un espace de parole publique.

Dans l'émergence de tout courant artistique quel qu'il soit, est présente même de façon diffuse, la ou les nécessités historiques du moment.

Les nouvelles émergences artistiques et culturelles de notre époque esquissent les contours de la société de demain. L'évolution vers des formes de citoyenneté active est maintenant un mouvement irréversible.

Cette évolution dessine depuis quelques années un retour vers le réel : l'investissement des créateurs dans l'action artistique est de plus en plus en lien avec le tissu social.

L'ampleur et la signification de cette évolution ne peut plus échapper aux acteurs eux même : lieux de travail, travaux et productions collectifs, théâtre et cinéma qui s'appuient sur la réalité du public rencontré, métissages des pratiques et ancrages culturels d'origine ...).

Cette évolution est également marquée par la rencontre des pratiques amateurs et professionnelles pour le moins porteuses de sens.

Elles permettent à des personnes, en se confrontant à un processus d'émancipation, d'entrer dans le champ politique, alors qu'elles n'y avaient et n’y auraient peut être jamais mis les pieds.

Les formes d'expression sont aussi à l'instar de l'acquisition des connaissances, un moyen d'accéder à une représentation du monde, grâce à la mise à distance permise par la transposition artistique.

Mais cette dynamique doit s'élaborer et vivre au niveau local, ce qui ne veut pas dire se restreindre à des problématiques de « clocher ». La globalité peut très bien se penser localement en adossant la réflexion sur des situations vécues.

Un échange approfondi avec les populations qui vivent sur les marges les plus arides du paysage social produit du sens pour l'ensemble de la population. Si la culture s'en va dialoguer avec la vie, la politique ne saurait échapper très longtemps à un mouvement analogue.

Et ceci est déjà vécu violemment par les institutions représentatives.

 

L'éducation populaire n'est donc désespérément pas l'art d'éduquer les masses, mais celui  de (re)mettre en lien les enjeux culturels et politiques d’une société pour produire une réelle éducation populaire citoyenne.

C'est bien d'une culture de la transformation sociale dont il s'agit. Et ... tous les savoirs y ont leur place.

 

La question qui semble se poser à nous aujourd’hui en tant que mouvement d’éducation populaire est :

« De quelle culture avons-nous besoin, aujourd’hui, pour être, devenir, rester des citoyens dans ce monde ? »

  Sabine Jauffret

Ces réflexions ont évolué aussi à partir de l’étude de plusieurs documents, que je vous recommande :

-          « Pour une culture citoyenne » J.Michel Leterrier.Les éditions « Les points sur les i ».

-          « Culture populaire ou culture de masse » Christopher Lasch. Avant propose de J-Claude Michéa.Edition Climats. Cahors, 2001.

-          « Quand l’action artistique revitalise la démocratie. » 29/01/2000 - Article d’analyse. Marc Le Glatin. (sur le site d’Attac France ).

Par Sabine Jauffret - Publié dans : -*- goudouly
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