A quelques heures d'un pire possible mais pas certain, soyons debout pour réaffirmer nos valeurs.

Je lis avec beaucoup d'intérêt l'interview de Loïc Wacquant dans Libération qui reflète exactement mon état d'esprit et ma pensée.

Loïc Wacquant est le la même famille politique que moi, une gauche de la gauche influencée par Bourdieu (dont il était l'un des élèves), critique vis à vis du social libéralisme et d'un virage sécuritaire de la gauche.

Mais, mais, mais...

A hurler (sans avoir forcément tort) aux chiens de garde, nous en avons oublié les hyènes (je refuse d'assimiler l'état-major sarkozyste à ce magnifique animal qu'est le loup).

A maudire Jospin, Strauss Khan, les oui ouistes, on a fait preuve d'une naïveté totale à sous-estimer non l'adversaire, mais l'ennemi, qui pendant ce temps là préparait ses blindés.

Non, je ne donne pas dans la repentance!

Juste dans le constat.

Non, je ne rejoins pas le PPA (parti de la presse et de l'argent) de centre gauche si prompt à vilipender et à enterrer la gauche qu'ils osent appeler «archaïque».

Je fais un constat, et un pari.

Celui d'un dialogue avec des socio-démocrates honnêtes, (et pas forcément leurs affidés de la finance et de la presse) qui croient sincèrement que dans un rapport de force ultra-hostile créé par la mondialisation et le libéralisme effréné, les seules marges de manoeuvre étaient de limiter les dégâts selon le modèle nordique. et que toute promesse de gauche plus ambitieuse s'avèrerait intenable et malhonnête.

Avec eux (délestés de leurs boulets, les Peyrelevade, les Besson, les Christian Blanc, les Attali, les Allègre), je veux débattre. Sans rien renier de mes convictions. Sans cesser de croire qu'un autre monde est possible (et si , dirigeants d'ATTAC, vous aviez continué votre boulot d'éducation populaire au lieu de laisser de redoutables conflits de chapelles et manipulations personnelles casser l'outil, on n'en serait pas là!)
Il y a bien deux gauches (au moins!) en France. A ceux qui ne croyaient possible que de "limiter les dégâts", je demande d'être visionnaires. Et à ceux de notre bord, d'affuter notre pensée.


Parce que les catastrophes de l'avenir vont nous donner raison.

Parce que le désastre écologique annoncé va contraindre à relocaliser une partie de l'économie.

Parce que les apprentis sorciers du néoconservatisme et de l'ultralibéralisme à tout crins sont en train , partout de se casser la gueule, de Bush à Blair, et que si la France élit Sarkozy, elle ne fera que s'offrir une crise de ringardisme à retardement (oui, je sais, ça peut faire pas mal de dégâts en 5 ans).

Parce que dans tous les domaines – économie, sécurité du monde, rapports Nord-sud, environnement, santé, et surtout, surtout, culture et pensée) , le néolibéralisme s'est lamentablement planté et conduit à la catastrophe. Parce que les inégalités renforcées rendent le monde toujours plus explosif.

Parce que l'info la plus importante de ces quinze derniers jours est passée inaperçue: la Banque mondiale (à laquelle Paul Wolfovitz a fini d'enlever son peu de crédibilité) a admis qu'elle avait fait une erreur en voulant réduire ou supprimer l'intervention de l'Etat, et casser l'agriculture traditionnelle, dans les pays les plus pauvres!

(C'était dans Le Monde, il y a trois semaines environ)...

Parce que la raison est dans les analyses d'un Stiglitz, d'un Rancière, d'un Balibar les appels à une limitation de la croissance, dans la critique éclairée de l'horreur soi-disant économique.
Parce qu'il y a cinquante, ans, c'est un René Dumont qui avait raison.
Combien de catastrophes faudra-t-il pour nous en convaincre?

Notre défaite (cele de la gauche antilibérale au premier tour) est culturelle. Elle est celle de la pensée face à TF1.Alors, rassemblons nos forces. Dans tous les domaines, ( culture, social, économie, éducation, environnement) lançons ledébat. et faison en sorte qu'il soit si vigoureux, si argumenté, voire si provocateur, que même les quotidiens matinaux et vespéraux des marchés et leurs hebdomadaires ne puissent l'ignorer.

Et ce débat, ayons le avec toutes les forces démocrates sincères, même "sociales libérales": nos arguments sont forts. Et face aux hyènes,il n'est plus temps de se regarder en chiens de faïences!

C'est à notre tour de briser les tabous ( ©Fontenelle, salut à toi!) de la pensée ultradroitière qui se veut "silencieusement" majoritaire!

Et surtout, amis, amis, allez voter!
Je rejoins Ariane Mnouchkine et son dernier appel. Limiter les dégâts est une attitude noble. Surtout vis à vis de ceux qui en seront les premières victimes: combien de vies aurait épargnées l'élection de Kerry contre Bush?