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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 03:55


 

Au cœur des tractations sur le changement climatique

http://goudouly.over-blog.com/article-au-coeur-des-tractations-sur-le-changement-climatique--41675210.html


Inquiétudes et tensions accompagnent les préparatifs de la Conférence sur le climat organisée par les Nations unies à Copenhague en décembre prochain. L’enjeu est de taille : le protocole de Kyoto s’est transformé en marché des émissions carbone au profit des pays pollueurs. Ecologistes et lobbies industriels fourbissent leurs armes.


Supplément ONU

Par Agnès Sinaï

Coauteure de Sauver la Terre, Fayard, Paris, 2003, d’une série documentaire, Terriens amers, paradis perdus, diffusée sur Arte en 2006, ainsi que d’un documentaire, Planète en otage, disponible auprès des Films du Village.

 

Sur Le Monde Diplomatique


Un niveau jamais atteint depuis huit cent mille ans : la concentration mondiale de CO2 serait désormais proche de 385 parties par million (ppm). Cet excédent ne provient pas des cycles naturels. Puisant sans relâche dans les ressources de la Terre, l’homme est maintenant une puissance tellurique, capable d’interférer avec les grands cycles de la planète : c’est l’ère de l’anthropocène, qui voit l’humanité devenir le pivot géologique du monde par sa capacité à modifier le climat.

Sous l’égide de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC) de 1992, la dérive de l’effet de serre fait l’objet d’une tentative de régulation globale. Le protocole de Kyoto (1997), issu de cette convention, détermine les termes et la novlangue de complexes tractations : il enjoint les pays industrialisés, pollueurs historiques, de réduire leurs émissions de 5,2 % entre 1990 et 2012. Malgré cet objectif modeste, le bilan reste mitigé (1). Les émissions des pays industrialisés signataires de Kyoto ont augmenté de 9,9 % entre 1990 et 2006, mises à part celles des pays de l’Est européen, la Russie en premier lieu, qui ont chuté de 37 % en raison de la désindustrialisation consécutive à la chute du bloc soviétique.

Pour éviter une interruption du dispositif, c’est en 2009, dernier délai, que les pays ayant ratifié Kyoto doivent élaborer un nouvel accord, lors de la Conférence de Copenhague (Danemark), en décembre prochain. Il s’agit d’engager les pays émetteurs à atteindre leur pic d’émission le plus tôt possible, afin d’entamer dès 2015 la descente carbonique. Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) préconise une baisse des émissions de CO2 comprise entre 25 % et 40 % d’ici à 2020, et de 85 % d’ici à 2050  (2).

Les négociations se jouent entre deux pôles : les instruments de marché contre les normes environnementales. Au fil des années, le protocole de Kyoto s’est éloigné de l’esprit de la convention-cadre, devenant un objet commercial plutôt qu’un objet politique de régulation onusienne. Sur le marché carbone, chaque Etat dispose d’un quota d’émission de CO2, les entreprises qui émettent moins que leur quota pouvant vendre des droits d’émission.

Gigantesque marché carbone

Avec l’Emission Trading Scheme de janvier 2005, l’Union européenne a finalement cédé aux lobbies, qui ont récolté pour l’industrie lourde plus de quotas qu’ils n’en avaient besoin. Le groupe ArcelorMittal a ainsi reçu, en 2008, un surplus de 32 % d’une valeur de 536 millions d’euros. Si ses émissions en Europe ont crû entre 2005 et 2007, le groupe a perçu une plus-value de l’ordre de 800 millions d’euros en vendant son excédent de quotas. Ce qui ne l’a pas empêché de licencier six cents personnes dans le bassin de Charleroi en Belgique.

Il existe une autre échappatoire possible : les entreprises pourront acheter des crédits d’émission dégagés par des projets de dépollution ailleurs dans le monde, au lieu de réaliser un effort de réduction à la source. Selon les termes du « paquet énergie-climat » adopté par l’Union en décembre 2008, 80 % des efforts de baisse pourront donc être externalisés, en échange d’investissements dans des projets de développement propre (MDP) dans les pays du Sud. Le gouvernement chinois ne s’y est pas trompé : il réclame aux Occidentaux une réduction à la source de 40 % de leurs émissions d’ici à 2020, plutôt que par le biais de MDP. Absurdes, ces options reviennent à reporter sur les autres pays — ceux qui n’ont pas accès au marché international du carbone — la charge des réductions réelles des émissions.

A Poznan (Pologne), lors de la précédente conférence de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur le climat, en décembre 2008, les associations environnementales américaines se réjouissaient des projets de l’administration Obama. Elles déchantent.

Adopté de justesse le 26 juin dernier par la Chambre des représentants, l’American Clean Energy and Security Act (Acesa) va donner le coup d’envoi à un gigantesque marché carbone américain. Les grandes entreprises de l’énergie se voient créditer d’une manne de quotas de CO2, dont seuls 15 % seront mis aux enchères, c’est-à-dire vendus aux industriels et non pas accordés gratuitement par les Etats, en compensation des 17 % de réduction d’émission que le texte leur assigne d’ici à 2020 par rapport à leur niveau de 2005. L’ensemble du secteur charbonnier, le Big Coal, a obtenu d’être exempté d’efforts jusqu’en 2025. Quelque deux mille trois cent quarante lobbyistes, représentant sept cent soixante-dix entreprises, veillent au grain.

Selon M. Robert Shapiro, ancien sous-secrétaire au commerce de M. William Clinton, « nous sommes sur le point de créer un nouveau marché qui va brasser des milliards de dollars d’actifs financiers en produits sécurisés, dérivés et spéculés à Wall Street, du même type que ces marchés à terme et autres bulles inflationnistes qui finissent par éclater. Si le marché carbone devient la loi, il va exploser, donc Wall Street met la pression sur les sénateurs pour faire voter le projet (3). » Les subprime carbone sont la prochaine étape mais les régulations financières existantes sont inadaptées au contrôle des marchés de CO2. Supprimer les subventions aux énergies fossiles, qui représenteraient 300 milliards de dollars (200 milliards d’euros), serait plus efficace à la source (4).

La lutte contre le changement climatique s’est transformée en marché mondial des indulgences à l’avantage des pays industrialisés.

Le contre-projet des pays du Sud

Au tour de passe-passe des quotas vient s’adjoindre la nouvelle panacée : la séquestration du CO2 émis par les centrales à charbon, qui sont à l’origine d’un quart des émissions de la planète. Transformées en gaz, les impuretés seraient injectées dans des nappes aquifères où elles demeureraient sagement enfouies pour des siècles. Cette géo-ingénierie modifierait la composition du sol tout en permettant aux puissances industrielles de continuer à se gaver d’énergie. De la Chine à la France, des Etats-Unis aux pays de l’Est, cette technologie coûteuse draine des milliards d’euros de subventions publiques, et se monnaiera sous forme de crédits carbone sur les marchés à terme de la spéculation sur l’atmosphère.

Pour parachever le système, le mécanisme « réduction des émissions liées au déboisement et à la dégradation des forêts » (REDD) est à présent l’enjeu d’un nouveau casino qui encouragera la mainmise sur les terres des compagnies d’exploitation du bois et de la pâte à papier en échange de crédits d’émission. A l’ère de l’anthropocène, la nature est sommée de se transformer en une machine à absorber les excès humains.

Sans se faire d’illusions, les puissances du Sud ont préparé pour Copenhague un contre-projet de traité climatique (5). Inquiet, M. Yvo de Boer, le secrétaire général de la convention climat des Nations unies, met en garde les négociateurs (6) : « Je ne cesse d’entendre ceux qui affirment que l’action sur le climat peut être retardée, que nous pourrons survivre à une augmentation de deux degrés de la température mondiale, que nous pouvons en toute sécurité réduire les coûts et contourner les écueils, et qu’il y a d’autres priorités. Je suis convaincu que cela va mener à un désastre global. »


(1) Lire Aurélien Bernier, « Faut-il brûler le protocole de Kyoto ? », Le Monde diplomatique, décembre 2007.

(2) Intergovernmental Panel on Climate Change, Fourth Assessment Report. Climate Change 2007 : Synthesis Report, www.ipcc.ch

(3) Rachel Morris, « Could cap and trade cause another Meldown ? », Mother Jones, San Francisco, 8 juin 2009.

(4) Programme des Nations unies pour l’environnement, Reforming Energy Subsidies : Opportunities to Contribute to the Climate Change Agenda, Genève, août 2008.

(5) Cf. le projet de traité de Tuvalu et la proposition de « protocole de Copenhague » du Costa Rica : www.unfccc.int/2860.php

(6) Conférence de presse d’Yvo de Boer du 14 août 2009, Bonn (Allemagne). www.unfccc.int/press/items/2794.php

 

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Published by Goudouly - dans -*- environnement
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