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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 03:37

 

École : la Cour des comptes vise la tête du mammouth




Écrit par Arnaud Bihel 

Sur Les Nouvelles

 

Peu après l'Institut Montaigne, la Cour des comptes passe au crible l'Éducation nationale, pour en souligner les carences et préconiser au gouvernement une autre politique scolaire. Mais si les constats, entre les deux rapports, sont les mêmes (une École inégalitaire et pas assez efficace), l'approche est radicalement différente. Quand l'Institut Montaigne laisse imaginer une école aux airs d'entreprise, la Cour des comptes souligne surtout le manque de cohérence du ministère, et insiste sur l'apport des enseignants.


 

« L'Éducation nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves ». Vaste programme, peut-on conclure à la lecture des 200 pages du dernier rapport de la Cour des comptes, rendu public mercredi 12 mai, qui synthétise deux ans de travaux menés entre autres auprès de 60 établissements. Le constat, s'il est noir, n'est pas aussi alarmiste que celui du récent rapport de l'Institut Montaigne (dont on parlait ici). La Cour des comptes estime que, dans les comparaisons internationales, « la France se situe dans une position moyenne, tant sur le plan des résultats que des coûts de son système scolaire. »

Toutefois, ce résultat moyen n'est pas à la hauteur des ambitions de la politique éducative française. En particulier en raison de trois points noirs déjà relevés par l'Institut Montaigne : la France est « le pays de l’OCDE où le retard scolaire à 15 ans est le plus important (...), un de ceux où les écarts de résultats entre élèves se sont le plus accrus entre les deux dernières enquêtes de l’OCDE, et celui où l’impact de l’origine sociale sur les résultats des élèves est le plus élevé. »

Le principal échec du système éducatif français, pour la Cour des comptes, tient au fait qu'il n'a pas su répondre à ces inégalités. La France a mal négocié la « massification » de l'éducation - l'accroissement massif des effectifs d'élèves entre 1960 et 1990. Le système tend « à privilégier les élèves sans difficultés particulières » et échoue à prendre en charge efficacement les élèves en difficulté scolaire, ce qui nécessite dès lors « un traitement urgent et efficace ».


Décalage entre les objectifs et les actions

Ce n'est pas que les tentatives de réformes aient manqué, reconnaît le rapport. Ce qui fait défaut, c'est une logique d'organisation. La Cour accuse : entre les objectifs définis par le ministère et l'utilisation qu'il fait de ses moyens, il y a un « décalage », sinon un gouffre. Car l'Éducation nationale ne sait pas évaluer les politiques qu'elle met en oeuvre ; pire, « dans la plupart des cas », elle ne les évalue même pas. Dans la plupart des cas également, elle « ignore le coût des politiques éducatives qu’elle mène ».


L'essentiel n'est donc pas de « dégraisser le mammouth », mais de le rendre plus cohérent. La Cour des comptes multiplie les exemples illustrant le manque de logique entre objectifs et politique budgétaire. Pour n'en prendre qu'un : le cas du redoublement, dont la France est championne. Une pratique coûteuse et inefficace, juge le rapport. Tout en faisant remarquer que le ministère lui-même, à travers ses objectifs et indicateurs de ses programmes budgétaires, s'est engagé à ce que le taux de redoublement diminue radicalement. Pourtant, rien n'est fait pour qu'il en soit ainsi. Au contraire, même, les établissement sont incités indirectement à encourager le redoublement, dans la mesure où les moyens sont alloués aux établissements scolaires en fonction du nombre d'élèves. Ce qui « revient à favoriser relativement - ou pour le moins à ne pas pénaliser - les établissements qui font le plus redoubler » et ont ainsi davantage d'effectifs.


« Inexplicable » faiblesse des moyens pour le primaire

Pour autant la politique de l'École, en France, n'est pas spécialement coûteuse, reconnaît la Cour des comptes. Le coût de l'enseignement n'est pas plus élevé que dans d'autres pays comparables. Mais là encore, l'échec de l'Éducation nationale tient dans l'usage qu'elle fait de ce budget, dans les déséquilibres qui y apparaissent. Ainsi, le rapport juge « inexplicable que la France soit un des pays de l’OCDE où l’école primaire reçoit le moins de financements publics par rapport au lycée, alors que c’est précisément à ce niveau qu’il convient de commencer à lutter contre les carences scolaires les plus graves. »

Même incompréhension pour l'école primaire en ce qui concerne les effectifs. Une question que l'Institut Montaigne n'avait pas prise en compte, mais que la Cour des comptes analyse. Pour constater que, par rapport aux autres pays de l'OCDE, les élèves dans une classe sont « nettement plus nombreux en primaire (+23 % environ), un peu plus élevés au collège (+8%), mais moins nombreux au lycée (-23%). »

Dès lors, le rapport recommande d' « accroître la part des financements allouée à l’école primaire, en privilégiant le traitement de la difficulté scolaire »

 

Redonner une place centrale aux enseignants

La Cour des comptes va souvent plus loin que l'Institut Montaigne dans l'analyse, elle en prend aussi souvent le contrepied. C'est particulièrement vrai dans le regard qu'elle porte sur les enseignants et autres agents de l'Éducation nationale. Dans ses recommandations, le rapport appelle à « accroître la responsabilité des établissements ». Mais pas pour les faire ressembler à une entreprise, avec ses modes de fonctionnement et de « culture du résultat ». Il s'agit, pour la Cour des compte, de coller au mieux aux réalités, aux inégalités qui existent entre les établissements, pour mieux répartir les moyens en fonction des besoins.

Certes, la notion de « performance » reste au coeur des recommandations. Mais il s'agit ici d'une performance au service des élèves, et pensée par les équipes pédagogiques. Quand l'Institut Montaigne qualifiait les professeurs d'individualistes, la Cour des comptes insiste aux contraire sur « la place centrale qui devrait être » la leur. Car « c’est moins en raison des réformes ministérielles que grâce à l’implication personnelle des enseignants et des autres agents de l’éducation nationale que les politiques éducatives peuvent aujourd’hui se concrétiser au plus près des besoins des élèves. »

Voilà qui soulagera les enseignants, dont le rapport souligne aussi qu'ils sont entre 15% et 20% moins bien rémunérés que la moyenne de leurs homologues de l'OCDE ; pour une fois ce ne sont pas eux, mais leur ministère qui est invité à se remettre en question.

 


Assouplissement de la carte scolaire : les risques de ghettoïsation

Parmi les politiques questionnées par la Cour des comptes : l'assouplissement de la carte scolaire, mesure instaurée en 2007, qui vise à augmenter la liberté laissée aux familles dans le choix de l’établissement de leur enfant. Le rapport souligne les risques que peut impliquer cet assouplissement, en particulier pour les collèges des zones sensibles, avec le renforcement de la « ghettoïsation », et une plus grande concentration des inégalités.
Une enquête du Syndicat national des chefs d'établissement, publiée tout récemment, aboutit au même constat : l'assouplissement de la carte scolaire a de lourds effets négatifs sur les établissements en ZEP (zones d'éducation prioritaire). Ceux-ci « sont en perte marquée d'effectifs, très au-delà des autres ». Et les élèves qui partent sont « ceux qui sont plus favorisés que les autres ». Ainsi, les effectifs des établissements en difficulté s'homogénéisent par le bas, socialement et scolairement.
 

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Published by Rue Goudouly - dans -*- actualité
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