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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 03:52

http://goudouly.over-blog.com/article--le-vivant-les-brevets-ogm-et-l-ecologie-politique-1-55572555.html

 

carte postale de Jane Alexander

FIN DE SIECLE A JOHANNESBURG
NANTES 17-25 OCTOBRE 1997

Arborescence Sud-Africaine. Des artistes en fin de siècle.
South African Arborescence. End of the century's artists.
CRDC NANTES - FRANCE

Jane ALEXANDER
Man with TV.
Technique mixte. 1995.
Programmation : Marylin Martin
Photo © Jane Alexander

Avec le soutien du Crédit Municipal de Nantes

cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.050 - octobre 1997 - LU Nantes
special "Fin de Siècle à Johannesburg"

 

 

Le vivant, les brevets, OGM et l'écologie politique

 

Sommaire :

 

  1. Les outils d'une main mise et leur ressort interne
  2. Arrivée des biotechnologies et privatisation du vivant
  3. Le rôle de l'OMC : un arbitre dévoué
  4. F1/OGM : une logique commerciale implacable s’est mise en place
  5. La question de la faim
  6. La production agricole
  7. La santé face aux PGM (Produits Génétiquement Modifiés)
  8. La pollution due aux PGM / impacts sur l’environnement
  9. L’économie des PGM (Produits Génétiquement Modifiés)
  10. Des solutions sont possibles, mais uniquement dans la globalité !
  11. Les positions libérales de la France et de l’Europe sur les PGM (avec textes complémentaires)
  12. Quelques propositions concrètes pour une agriculture de qualité
  13. Conclusions

 

 

1. Les outils d'une main mise et leur ressort interne

 

Le brevet est un titre de propriété industrielle qui confère à son titulaire non pas un droit d'exploitation, mais un droit d'interdiction de l'exploitation par un tiers de l'invention brevetée.

Comme on le voit c’est un « droit négatif », interdisant à des tiers d'utiliser, produire, importer ou vendre l'invention couverte par le brevet sans le consentement du titulaire. En ce sens, elle s'inscrit parfaitement dans une problématique bourgeoise dont la culture est dominée par la crainte, la sécurité et la conservation de ses biens.

 

Et si l'objectif premier des brevets a été de favoriser les développements techniques et industriels en accordant des droits aux inventeurs qui ainsi sont censés divulguer leurs résultats à la communauté permettant de dégager des moyens financiers afin de promouvoir la recherche et le développement, il s’avère que de nos jours le brevet est une source de spéculation sur l’avenir, une séquestration du savoir qui engendre un appauvrissement de la recherche et de la production de savoir dans le sens de l’utilité sociale et du développement des individus. Aujourd'hui les accords de l'OMC sur le secteur pharmaceutique et les accords sur les ADPIC (propriété intellectuelle) stipulent que la durée de validité d'un brevet est de 20 ans.

 

Une « invention » est brevetable selon les trois critères suivants et une condition supplémentaire :

 

            1- L’invention doit être nouvelle, c'est-à-dire que rien d'identique n'a jamais été           accessible à la connaissance du public, par quelque moyen que ce soit (écrit, oral,   utilisation, ...), où que ce soit, quand que ce soit.

            2- Sa conception doit être inventive, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas découler de         manière évidente de l'état de la technique, pour une personne connaissant le domaine           technique concerné.

            3- Elle doit être susceptible d'une application industrielle, c'est-à-dire qu'elle peut être             utilisée ou fabriquée de manière industrielle (ce qui exclut les œuvres d'art ou           d'artisanat, par exemple).

           

            Une quatrième clause retient que la description complète de l'invention et de la            manière de la reproduire doit être incluse dans le brevet, de manière à ce que le        contenu technique soit disponible lors de la publication de la demande, et à ce qu'à l'expiration du brevet cette technologie soit effectivement disponible dans le domaine   public.

 

La législation des nations et les règles internationales sur le sujet des brevets est pléthorique, même si la meilleure façon d’éviter un brevet est une publication officielle dans les supports autorisés, la quantité de brevets déposés à travers le monde est en perpétuelle augmentation car la démarche consiste à breveter tout et n'importe quoi dans des termes de plus en plus flous qui permettent de s'approprier et de se garantir des secteurs de découvertes. La problématisation en écologie politique montre que le rapport à la connaissance est donc parfaitement similaire à celui d'un terrain que l'on achète dans le but, hypothétique, d'en tirer un jour profit.

 

Malgré ce, la réflexion sur les brevets touche tous les secteurs de recherche et de développement en ce qui concerne leur utilisation et leur utilité sociale. La problématique des logiciels (logiciels libres, open source, copyleft,..) et du coût réel des logiciels n’en est qu’un exemple. Dans les domaines de la protection de l’environnement, du traitement des déchets ou de l’énergie par exemple, des sociétés ont mis à disposition d’une plateforme dite Eco-Patent Commons (EPEC) une trentaine de brevets les jugeant utiles à la société dans son ensemble.

 

2. Arrivée des biotechnologies et privatisation du vivant

 

Dans le vaste monde des brevets, le domaine des biotechnologies fait l’objet d’un débat éthique qui a émergé dans les années 90 avec le développement des organismes génétiquement modifiés (OGM) et le séquençage de l’ADN.

Si le monde du vivant a été longtemps exclu du brevetable, c’est Louis Pasteur qui en 1873 obtint le premier brevet pour un organisme vivant (une souche de levure utilisé dans la fabrication de la bière) ouvrant ainsi la porte à la brevetabilité du vivant. En 1930, aux Etats-Unis avec le Plant Patent Act, et en 1960 en Europe avec le système des Unions de Protection des Obtentions Végétales (UPOV), des règles se sont installées en ce qui concerne plus particulièrement le domaine des variétés végétales. Les variétés végétales sont protégées par les certificats d’obtentions végétales (COV) distincts des brevets par des exceptions aux droits d’exclusivité de l’obtenteur : recherche expérimentale, élaboration de nouvelles variétés, production de semences dites « de ferme » à partir de la récolte de l’année précédente.

A partir de cette période, les possibilités de brevetage vont s’étendre rapidement avec la brevetabilité des procédés microbiologiques et des produits obtenus à leur issue (1963, convention de Strasbourg), puis la brevetabilité des micro-organismes, et enfin le brevet sur les bactéries modifiées qui permet de s’approprier les organismes pluricellulaires (animaux).

 

Les législations nationales, forts diverses, sont de plus en plus soumises aux accords sur les droits de la propriété intellectuelle liés au commerce au plan international (ADPIC) crée en 1992 par les accords de Marrakech qui ont préparé la création de l’organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Même si les textes de l’ADPIC, difficiles à interpréter, tendent à exclure du domaine du brevet « toute invention dont l’exploitation serait contraire aux bonnes mœurs, les procédés de modification de l’identité génétique des animaux de nature à provoquer chez eux des souffrances ou des handicaps corporels sans utilité pour l’homme ou l’animal, ainsi que le corps humain et ses éléments en leur état naturel », la brevetabilité aussi des gênes humains est en cours de route en différents points de la planète (voir le projet de génome humain).

A cela, il faut rajouter pour la partie qui nous intéresse le Codex Alimentarius créé en 1963 par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) et l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) afin d'élaborer des normes alimentaires, des lignes directrices et d'autres textes, tels que des Codes d'usages, dans le cadre du Programme mixte FAO/OMS sur les normes alimentaires. Les buts principaux de ce programme sont la protection de la santé des consommateurs, la promotion de pratiques loyales dans le commerce des aliments et la coordination de tous les travaux de normalisation ayant trait aux aliments entrepris par des organisations aussi bien gouvernementales que non gouvernementales. Ce codex, sous un aspect philanthropique, est le bras séculier en bout de la chaîne alimentaire, pour normaliser (entre autre !) nos habitudes alimentaires sous prétexte et au nom de notre santé.

Là encore, la considération de cette privatisation du vivant comme une « simple » lutte économique et sociale est extrêmement réducteur. Le paradigme actuel, en vigueur depuis 200 ans, s'attache à imposer comme filtre que le rapport économique est le seul valable face à la totalité du réel, qu'il est le seul rationnel, celui qui est logique et qu'il est le seul à être porteur de sens et d'objectivité. Par rapport économique, il faut entendre que l'utilité, la fonction, l'intérêt d'une chose, quelle qu'elle soit, n'existe que sous l'angle économique, et que les seules finalités du développement personnel et collectif sont le capital-propriété, le travail-salarié et la production. Ces trois concepts, majeurs dans le paradigme bourgeois, sont la finalité du monde. Voilà pourquoi, l'écologie politique explique que la démarche de privatisation du vivant, de sa réduction à un bien et une propriété, relève d'une démarche éthique et culturelle propre au paradigme de l'ère industrielle, qui se traduit dans le productivisme.

Contrecarrer cette privatisation du vivant (ou d'autres choses) ne trouvera de solution que dans la sortie de ce prisme sous lequel sont pensés le rapport à soi, le rapport à autrui, le rapport au monde.

 

3. Le rôle de l'OMC : un arbitre dévoué

Avec les règles et législations qui dirigent le monde du vivant et le partage des connaissances, l’OMC est la grande organisatrice de ce monde par, en particulier, l’instance qu’est l’UPOV et de son outil le COV.

L’UPOV, organisation intergouvernementale qui a son siège à Genève a été établie par la Convention internationale pour la protection des obtentions végétales. La Convention a été adoptée à Paris en 1961, et celle-ci a été révisée en 1972, 1978 et 1991. L’objectif de la Convention est la protection des obtentions végétales par un droit de propriété intellectuelle.

 

Le COV garantit au sélectionneur :

  • la protection de la dénomination de l'invention,
  • le monopole quasi exclusif sur la vente des semences pendant une durée de 20 à 30 ans.

Pour l'agriculteur, le COV laisse le droit de prélever une partie de sa récolte pour la ressemer, en payant un montant réduit ; c'est ce qu'on appelle le privilège de l'agriculteur.

De plus, la mise au point d'une nouvelle variété à partir d'une variété protégée par un COV est permise, et cette nouvelle variété peut être mise sur le marché sans que son inventeur ne doive rien au détenteur du COV. Il faut cependant que la nouvelle variété puisse se perpétuer indépendamment de la première variété. C'est l'exemption en faveur de l'obtenteur.

Il faut encore mentionner l'exemption de la recherche qui permet aux chercheurs d'utiliser gratuitement la variété protégée dans leurs travaux.

Ces caractéristiques distinguent le COV du brevet car, tout en reconnaissant la performance intellectuelle de l'inventeur et en garantissant à celui-ci un retour sur investissements, il met le savoir à disposition de tous.

Ce bel optimisme de façade cache une réglementation, sous couvert de sécurité alimentaire (codex alimentarius) et d’identification des semences (catalogue officiel des espèces et variétés) qui porte atteinte à la biodiversité.

Le coût d’inscription d’une variété au catalogue officiel des espèces et variétés est de l’ordre de 10 000 euro par variété inscrite. Cet aspect financier des choses pointe le fait que seules les variétés de grande diffusion seront enclines à être inscrites faisant ainsi obstacle aux petites productions locales et donc à la biodiversité.

 

Cet exemple montre dans la réalité comment d’un texte général (le COV), indiquant la volonté, entre autres, de préserver la production de semences de ferme, l'aspect financier tend à empêcher la réalisation de ce vœu pieux.

L’amplification de ce phénomène est compété par un nouveau système appliqué à ce jour dans la sylviculture : la provenance certifiée. Ce système, n’en doutons pas, a un bel avenir qui se traduira bientôt en termes juridiques dans bien des domaines.

 

4. F1/OGM : une logique commerciale implacable s’est mise en place.

 

Les hybrides F1 sont des variétés issues de croisement de parents choisis par des sélectionneurs sur la base de leurs qualités précises. Ces croisements cherchent à marier les différentes qualités sélectionnées pour donner un avantage à la nouvelle génération (effet hétérosis) : vigueur accrue, qualité gustative, rendement, précocité...

 

Les plantes issues de semences de variété F1 sont homogènes et toutes identiques : taille, goût, couleur, comportement, résistances, conservation...

Par contre les qualités des semences hybrides sont perdues par leur descendance ce qui impose un rachat par le paysan de semences d’une année sur l’autre.

 

Sur le principe qu’ « on ne peut vendre à quiconque ce qu’il produit ou ce dont il dispose déjà à satiété » au début du XIXème siècle des gentilshommes-agriculteurs anglais imaginent, suite à leurs observations et à la mise au point de la technique de l’isolement, le système commercial de vente des semences aux agriculteurs en faisant perdre à ces derniers leurs compétences de sélectionneurs pour se l’approprier exclusivement. Au XXème siècle la technique de l’hybridation met au point cette approche de l’isolement au détriment de la l’approche de l’amélioration, instituant une technique de l’expropriation dans la mesure où les caractéristiques individuelles d’une génération à la suivante ne sont pas conservées (dépression consanguine). Il s’agit simplement d’une mystification scientifique sur laquelle le monde des semenciers s’est constitué au détriment des paysans, rendant l’achat des semences au fil du temps obligatoire. Cette démarche est très exactement la même que celle des semenciers actuels ! Elle est le prélude à l’arrivée des Organismes Génétiquement Modifiés !

Un OGM est défini par la règlementation européenne comme « un organisme dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ». La modification en question consiste en le transfert d’un ou de quelques gènes depuis un autre organisme (de la même espèce ou d’une autre espèce), ou l’inactivation de gènes.

En croisant des plantes, comme Mendel ses petits pois et Morgan ses mouches, l’homme transfère depuis longtemps des gènes d’un organisme à un autre. L’hybride F1 serait-il donc un OGM qui s’ignore ? Pas tout à fait, car, à la différence du F1, l’OGM a été obtenu non par reproduction, mais par modification ciblée de son génome grâce à une intervention humaine hors de toute mécanique de reproduction et de croisement. C’est donc essentiellement la méthode qui fait la différence, et non le but atteint.

Quelles sont les conséquences de cette différence de méthodes ? Dans le cas du croisement naturel faisant intervenir la reproduction, ce sont des milliers de gènes qui sont échangés de façon aléatoire. Il y a donc tout un travail de sélection au fil de génération.

Pour l’OGM, l’expérimentateur choisit le ou les quelques gènes à insérer dans le génome. Pour introduire un caractère dans une variété et répondre à des besoins et des environnements particuliers, il fallait donc une dizaine d’années ou plus au sélectionneur pour croiser et recroiser les différentes générations jusqu’à obtenir le résultat voulu, alors que quelques mois suffisent pour obtenir un OGM.

Autre conséquence biologique grave : l'OGM permet de s’affranchit de la barrière entre espèces. Le sélectionneur ordinaire ne peut marier que des variétés d’une même espèce, ou des espèces proches : un des critères qui définit l’espèce (mais qui est sans cesse remis en cause) est justement l’étanchéité du matériel génétique de chacune l’une envers l’autre. Mais pas le généticien qui fabrique un OGM ! La technique a su s’affranchir de la barrière interspécifique en trouvant le moyen de placer directement dans un génome un gène d’une autre espèce. Ceci a des conséquences graves car la mécanique biologique par reproduction comporte des principes d'équilibre, de rejet, de viabilité, autant de mécanismes que la fabrication d'OGM ignore complètement !

Les techniques sont également très différentes. Pour modifier génétiquement une plante, on n’agite plus une fleur sur une autre. Une méthode a été développée dans les années 60. On repère un caractère susceptible d’améliorer une variété de maïs, la résistance à un parasite par exemple (la pyrale, le plus connu, qui a la fâcheuse habitude de forer des galeries dans les tiges de maïs. Une larve de pyrale sur une tige altère le rendement de 5%. Vingt larves = zéro rendement !). Après avoir localisé le gène en question, on l’intègre dans le plasmide d’une bactérie. Le « plasmide » est un morceau d’ADN circulaire distinct de l’ADN du chromosome de la bactérie, et qui se multiplie de façon autonome.

Une fois l’ADN intégré dans le plasmide, on offre à la bactérie le milieu de culture qui assurera une multiplication optimale du gène étudié (ou bien le multipliera par une technique particulière, sans bactérie, la PCR). On récupère ensuite tous les plasmides, que l’on introduit dans une autre bactérie, qui a la propriété d’injecter de l’ADN de plasmide dans les cellules de plantes, et permet ainsi de produire des OGM. Mais ce n’est qu’en voyant pousser la plante que le sélectionneur-généticien saura si le gène a bien été intégré au sein du génome de son OGM et si, par d’autres mises en culture, le gène s’exprimera dans la descendance comme il l’a fait dans sa plante d’origine.

Car le problème posé par les OGM est le suivant : si rigoureuses que soient les techniques utilisées, le résultat est une affaire de probabilité ; nul ne sait dire de quelle façon le gène transféré s’intègre ni comment le site (toujours au hasard) de son intégration influe sur son expression... Il faut donc faire le bon choix parmi la collection d’OGM produits, ce que le sélectionneur, en principe, sait faire.

La technique s’étant améliorée, le paysan se retrouve encore plus éloigné de sa profession, n’ayant plus aucune ressource pour reproduire ses semences. La démarche commerciale n’ayant aucune limite (et une seule éthique : le productivisme) elle associe à une PGM (plante génétiquement modifiée) un ensemble de produits phytosanitaires issus de la même firme produisant la PGM.

Le paysan devient de plus en plus un simple technicien de surface agricole dont il ne maîtrise plus rien, c'est à dire « qu'il n'en connaît plus rien » non seulement sur sa compétence, mais également sur son existence, sa vie et la maîtrise qu'il en a. En d'autres termes : il perd son autonomie au sens où il perd sa capacité critique à l'égard de sa propre existence... nous retrouvons bien ici la problématique de la privatisation du savoir comme un élément indiscutable du fonctionnement du productivisme ; élément qu'il est fondamental de relier à ce qu'est, par définition, un brevet, et au fait que la prolétarisation en écologie politique n'est pas seulement une perte de compétence technique se traduisant par une perte de rapport de force politique, mais il s'agit surtout d'un phénomène de domestication des individus dans le but de les asservir psychologiquement.

Dans la suite de cette série de documents, il sera essentiellement question des PGM. La recherche sur les OGM d’une manière générale et l’utilisation d’OGM dans le secteur de la santé pour la reproduction de médicaments, ou bien le séquençage du génome humain et de la thérapie génique ne sont pas pris en compte et méritent d’autres développement qui sortent du champs investi ici.

 

5. La question de la faim

La question de la faim est l’argument majeur utilisé pour faire accepter les nécrotechnologies (biocides) rebaptisées par les entreprises internationales du secteur de l’agro busines « sciences de la vie ». A la date de juillet 2010, la planète compte 6.8 milliards d’humains et l'on peut estimer que ce chiffre atteindra les 9 milliards dans quarante ans (2050).

Cette annonce régulière sur l’expansion démographique interroge et suscite beaucoup de craintes que les agro-semenciers utilisent pour mettre en avant leur savoir faire auprès des instances internationales telles l’OMC, la FAO, l’OMS etc. Cette approche par le domaine de la faim a permis au dernier G8 en juin 2010 d’aborder la question en ces termes : « la santé des femmes ». Ce thème dissimule en réalité une réflexion sur la planification des naissances. Car il faut enrayer la croissance démographique. Certains lobbys ou leaders politiques sont déjà sur ce terrain en réclamant par exemple en France que les allocations familiales soient inversement proportionnelles au nombre d’enfants, récompensant les familles à enfant unique.

Décidément, les allocations familiales seraient la panacée à bien des problèmes dans notre pays. Il y a lieu à se poser la question des familles dans nos sociétés et ce que nos dirigeants veulent en faire !

Nous nous retrouvons dans une configuration à double détente où d’un côté les agro-semenciers tentent et obtient les feux verts pour diffuser leurs produits afin de participer à l’alimentation mondiale, et d’un autre côté les instances internationales profitent de l’occasion pour mettre en place discrètement une régulation des naissance.

Dans la réalité, l'expérience montre que l’alphabétisation et l’éducation des populations, et en particulier des femmes, sont une bien plus sûre manière de venir à bout d’une croissance démographique déraisonnable pour que la terre puisse s’en accommoder dans le niveau de vie que nous nous sommes fixés. Car pour battre en brèche certains apôtres « d'une forme de décroissance à tout craint » vantant un néo-malthusianisme, il y a mieux à penser en terme de bien-être, d'autonomie, d'abondance et de démocratie, car la faim naît de la pauvreté des gens du Sud, alors que la production mondiale est aujourd'hui suffisante pour satisfaire largement l’ensemble de la population au-delà de 10 milliards d’habitants sur la terre (il faut 200 kilos d'équivalent céréales par an pour nourrir un habitant, et la production mondiale totale est déjà de 330 kilos par habitant, les 130 excédents actuels allant vers les usines d’aliments pour bétail ou bien vers les bio-carburants).

Mais pour cette ligne de pensée productiviste, la pauvreté est à l’origine de la faim, et il faut donc augmenter les rendements et améliorer les variétés en particulier dans les pays pauvres. Sauf que l'écologie politique a pu montrer que l’amélioration variétale, telle que proposée par le modèle productiviste (sous forme capitalisme ou soviétique), nécessite toujours plus d'engrais de synthèse (d'où pollution, efforts industriels énormes, etc. ) et une protection phytosanitaire engendrant des coûts monétaires et environnementaux en pleine explosion avec une dépendance accrue envers la pétrochimie (industries, pression sur les ressources, etc. ) et les nécrotechnologies. On le comprend : le système productivisme, né du paradigme de l'ère industrielle, produit bien plus de dégâts collatéraux qu'ils ne résout de problèmes concrets. Ainsi, son poids sur les populations, les sociétés, les individus et le monde ne peut être que croissant. La leçon est simple : il ne peut pas être « moralisé », « réorienté » ou « mieux maitrisé » puisque c'est bien son fonctionnement intrinsèque et sa finalité éthique (l'économisme) qui est à revoir complètement.

Ainsi, le système actuels des bourses d’aliments et des subventions allouées va d’abord profiter aux productions mécanisées laissant sur le bord de la route les paysans du Sud et en particulier de l’Afrique où la production d’aliments de première nécessité n’est pas en progression. Les multinationales sont présentes pour inciter à la mono production exportatrice diminuant ainsi le nombre d’agriculteurs et faisant grossir les villes côtières créant plus de misère. Le même phénomène existe en Asie, et en Amérique du Sud.

Si on prend le cas de la France, par l’intermédiaire d’une redistribution foncière il y aurait création d’emplois si le monde agricole revenait à une production fermière rémunératrice et adaptée aux contraintes modernes. Les solutions sont donc ailleurs dans un autre modèle de production, et donc un autre modèle de société.

 

6. La production agricole

 

Changer de modèle implique d’observer les modèles déjà connus et de les divulguer, même si ils vont à l’encontre des agro-semenciers. Donc de changer le rapport au savoir, c'est à dire de refuser la privatisation pour aller vers le libre accès (qui permet, en agriculture, l'autonomie intellectuelle et technique du paysan).

 

L'énergie alimentaire que nous dépensons, vient du soleil, via le mécanisme de la photo-synthèse, avec l'aide du carbone de l'air.  Idéalement, il faudrait faire en sorte que pas un rayon de soleil ne retombe à terre. Il faut aussi que la plante soit correctement alimentée en eau et pas trop exposée au vent. Il faut donc des haies, des arbres d'ombrage pour créer un micro-climat qui permette de poursuivre le plus longtemps possible la photo-synthèse.

 

Ensuite, on se nourrit aussi de protéines végétales. Pour cela, il faut de l'azote que l'on trouve dans l'air ou dans les légumineuses (trèfle, luzerne, haricot, arachide, soja, acacia), qui sont capables de fixer ce gaz pour fabriquer des protéines végétales.

 

Enfin, on a aussi besoin d'éléments minéraux, dans le sol, qui sont moins renouvelables. Certaines plantes sont capables d'aller chercher ces minéraux en profondeur dans le sol, pour les recycler ensuite dans la couche arable en éléments fertilisants. L'acacia, par exemple, permet de créer un micro-climat très fertile.

 

De fait, il faut travailler en circuit court, sur la gestion des cycles de l'eau, du carbone, de l'azote et des éléments minéraux. Donc, en oubliant la monoculture, la « chimisation », les tracteurs, mais en travaillant sur l'association des variétés pour faire une agrobiologie renouvelable. Il est nécessaire de recréer des zones de haies, des associations variétales complémentaires, re-localiser la production, mais aussi les centres de décisions, voilà des orientations qui en plus de créer de nouveaux emplois, préserveraient la terre et modifieraient qualitativement notre alimentation en se soustrayant aux dictats des enquêtes d’opinions et des grandes surfaces de distribution.

L’objectif et la vocation de l’agriculture, c'est de faire de « bons produits », bons aussi pour la santé, en revenant aux principes fondamentaux de l'agronomie. Dans les urgences françaises, il faut reconstituer l'humus de nos sols, remettre de l'azote dans la terre par les légumineuses et rediversifier nos agricultures. Voilà un schéma qui va à l’encontre de l’agrochimie et des OGM.

Mais « bons produits » veut également dire des produits qui ont du goût, du caractère, c'est à dire des produits qui forment le goût, éduque les sensations et ainsi forment le psychisme des individus, car il n'y aura pas de société Républicaine sans individus aptes à remplir pleinement leur rôle de citoyen. Or, le citoyen est un être éduqué, sensible, nourri et enrichi par des goûts et des perceptions qui sont des élément essentiels dans son apprentissage de la vie. Il n'y a pas de citoyen pensable hors de l'apprentissage du savoir, mais aussi hors de l'expérience du sensible ; et l'alimentation, en tant qu'expérience vécue dès le plus jeune âge, est un élément indispensable dans la constitution d'un individu équilibré.

 

7. La santé face aux PGM (Produits Génétiquement Modifiés)

 

Les risques des PGM pour la santé (individuelle et/ou publique) peuvent se lister ainsi :

 

1. Risque toxique lié à l'ingestion des pesticides par le consommateur

Aucune étude indépendante n’a pu aller jusqu’au bout pour garantir l’innocuité des PGM sur la santé. Une grande étude sur les risques ou l’absence de risque serait très utile pour les consommateurs.

 

2. Risque lié à l’ingestion d’insecticide fabriqué par certaines plantes OGM (dit insecticide protéique, qui n’a  jamais été évalué)

Là aussi, aucune étude n’a été réalisée sur l’ingestion du principal trait de caractère que porte les PGM de grande production : un insecticide

 

3. Risque microbiologique avec une aggravation possible de la résistance aux antibiotiques (transférée par des gènes marqueurs)

Là le sujet a été si flagrant que la nécessité de supprimer les antibiotiques comme marqueur génétique de l’avantage inséré est nécessaire.

 

4. Apparition possible de nouveaux virus pathogènes par recombinaisons virales.

Des études sont nécessaires là aussi.

 

5. Effets allergisants des OGM, très sommairement étudiés.

Des cas ont été répertoriés lors de consommations publiques sur certains produits allergènes telle la tomate Flavr Savr qui a été retirée de la consommation (résistance à un antibiotique la kanamycine), mais on constate que dans les états où les OGM sont utilisés depuis longtemps (USA et Canada par exemple) la proportion d'individu souffrant d'allergies graves aux féculents est en forte augmentation.

 

6. Effets des OGM non prévisibles, ou « l’effet Pusztai » (risque de modification de l’expression habituelle des gènes).

Là, les effets ont été constatés

 

7. Risques des OGM liés au franchissement délibéré de la barrière des espèces

De nombreuses études existent et ont imposé des barrières de protection concernant la production en pleins champs de PGM.

 

 

8. La pollution due aux PGM / impacts sur l’environnement

 

Les risques de pollution et d’atteinte à l’environnement sont beaucoup plus connus que les questions liées à la santé, car le bon sens paysan permet de voir les choses. A cela, il faut ajouter que le poids financier de la séparation des filières (PGM et non PGM) incombe à la filière non PGM, car les risques de pollution d’un non PGM par un PGM est plus grand lors du transport des graines moissonnées.

 

Peuvent être répertoriés les éléments suivant en ce qui concerne les risques pour l’environnement :

 

1. réduction de la biodiversité due à l’agressivité des caractères compétitifs que les plantes OGM (dites PGM) expriment vis à vis de la flore et de la faune.

 

2. dispersion des transgènes par voies de pollinisation, avec risque de dissémination de gènes de résistance à des herbicides par exemple. Des « mauvaises herbes » résistantes aux herbicides totaux apparaîtront alors qui nécessiteront l’emploi de pesticides encore plus toxiques pour s’en débarrasser.

 

3. se pose aussi la question de la coexistence de différents systèmes agraires puisque des cultures n’utilisant pas d’OGM peuvent être polluées.

 

4. adaptation des prédateurs aux toxines transgéniques qui deviendront inefficaces et destruction d’insectes auxiliaires utiles.

 

5. modification possible de microorganismes du sol

 

6. accentuation de la pollution par les pesticides

 

Rappels : 71%  des OGM sont des plantes prévues pour supporter des traitements herbicides et 28% sont des plantes prévues pour sécréter leur propre insecticide : 99% des plantes OGM sont donc des « plantes à pesticides » ! En effet, les plantes OGM ont été présentées au public comme étant des plantes appelées à résoudre, outre la faim dans le monde, les problèmes de pollutions par les pesticides, en réduisant l’emploi de ceux-ci en agriculture.

Or, les firmes de l’agro-industrie ont vu, avec l’exploitation agricole industrielle des OGM, la possibilité d’augmenter la vente de certains pesticides par la commercialisation de plantes OGM résistantes à ces herbicides particuliers, comme le fameux « Round Up ».

Le principe est simple : quand des semences sont tolérantes à un herbicide, elles sont les seules à le supporter et le produit tuera donc toutes les autres « mauvaises herbes » du champ. Pour les firmes, le bénéfice est double car elles vendent à la fois leur semence OGM (plus chère que la semence classique) et leurs pesticides. La culture du soja transgénique résistant au Round Up aux Etats-Unis a conduit à une augmentation des ventes de cet herbicide de 72% depuis 1997.

 

9. L’économie des PGM (Produits Génétiquement Modifiés)

 

L’économie politique sur les PGM peut se résumer en utilisant un article de Jean-Pierre Berlan (paru dans « le Passant ordinaire » en 2001), article où peu de choses ont été modifiées pour l’actualiser :

 

Qui produit des PGM ?

 

Un petit nombre de firmes transnationales dominent maintenant les deux domaines jumeaux de la biologie appliquée, celui de l'agriculture (de la génétique agricole pour être précis) et celui de la santé. Ces firmes chimiques et pharmaceutiques cherchent à se reconvertir dans les « sciences de la vie » parce que les résistances sociales à l'emploi des produits chimiques dangereux pour les hommes, les animaux et la vie en général se multiplient, que les coûts de la recherche et de l'agrément de nouvelles molécules croissent, et que la rentabilité de ce secteur baisse. Elles veulent donc reconvertir leur capital dans le domaine qui offre, de leur point de vue, des profits illimités, celui du « vivant ». Pour paraphraser Descartes, elles veulent se rendre « comme maîtres et possesseurs du vivant ».

Ces firmes produisent des pesticides, des fongicides, des herbicides, des bactéricides, des gamétocides. Leur technologie emblématique est Terminator, une transgénèse qui permet de produire des plantes qui produisent un grain stérile.

Quelques noms de producteurs de PGM :

ADVANTA, ALTADIS, ARVATIS, AVENTIS, BASF, BAYER, BIOGEMMA, CFS, DOW AGROSCIENCES, DU PONT DE NEMOURS, GNIS, LIMAGRAIN, MAISADOUR, MERISTEM THERAPEUTICS, MONSANTO, PIONEER, SYNGENTA ...

 

Pour quels objectifs ?

 

Maximiser le taux de profit : c'est la règle suprême !

Comment ? En agriculture, plutôt que d'OGM, il s'agit pour l'instant de variétés génétiquement manipulées (VGM). Pour gagner de l'argent avec une VGM, il faut en vendre les « semences » à l'agriculteur, ce qui n'est possible que si l'agriculteur ne peut plus semer le grain qu'il a récolté. Plutôt qu'aux sciences de la vie, ces transnationales s'intéressent avant tout à la non-vie.

En bref, tant que les plantes et les animaux se reproduisent et se multiplient dans le champ du paysan, le capital ne peut ni se reproduire, ni encore moins se multiplier au bilan de l'investisseur des « sciences de la (non-)vie » Aussi invraisemblable que cela paraisse, l'objectif final de notre société et de SA science est d'interdire aux plantes et aux animaux de se reproduire dans le champ du paysan...

Les moyens pour arriver à un tel résultat sont multiples : au XXe siècle, les « hybrides » (des variétés qui ont la propriété de s'auto-détruire dans le champ du paysan) ont été la voie de recherche privilégiée, parfois exclusive, de la recherche agronomique (publique) et de la génétique agricole. Ceci au nom d'un phénomène inexplicable, « l'hétérosis », un mythe créé de toutes pièces dès 1914 pour justifier par la nature la mise en œuvre d'une technique de stérilisation du vivant. Mais de plus en plus les firmes prêtèrent aux « hybrides » coûteux et inefficaces le droit de brevet permettant de socialiser les coûts de faire respecter le privilège qui leur serait ainsi accordé. Elles disposent aussi de la technique Terminator qui permet de rendre stériles les semences de deuxième génération.

 

Avec quelles conséquences ?

 

D’un point de vue économique (en fait, du simple bon sens), toute entrave à la faculté fondamentale du vivant de se reproduire et de se multiplier est un gaspillage qui revient à nous forcer à fermer nos portes et fenêtres pour permettre aux marchands de chandelles de lutter contre la concurrence déloyale du soleil. Pour tout libéral, un tel privilège est un anathème.

Ce même libéral s’élèverait de façon véhémente contre la menace pour nos libertés publiques qu'entraîne un tel privilège. Le faire respecter implique une société policière, comme le montre l'exemple de Monsanto avec les détectives Pinkerton chargés de débusquer les agriculteurs « pirates » ou les détectives qui circulent déjà en France dans les vergers pour y faire des prélèvements à l'insu des agriculteurs.

 

Les transnationales veulent faire du paysan un « pirate » !
Le masque est levé, le « néo-libéralisme » actuel n'est qu'une forme vulgaire du libéralisme. Ainsi, le miracle orwellien du terme « néo » permet-il qu'une doctrine politique cohérente et respectable, même pour ceux qui ne la partagent pas, devienne le moyen de justifier son contraire.

Enfin, toute notre expérience historique dans ce domaine montre que :

la privatisation du vivant (« hybrides », le précédent de la « sélection continue » au XIXe siècle, et dans le domaine animal, les Livres des Origines instaurant un monopole sur le « sang » des animaux) freine le progrès génétique ;

l'existence de puissantes firmes privées entrave le développement de recherches plus utiles mais qui ne leur sont pas profitables. Même lorsque l'idéologie officielle est celle du service public de la recherche, ces firmes canalisent l'effort de recherche publique et en capturent les fruits. A fortiori, lorsque c'est celle de son asservissement comme maintenant. Les carences en matière de recherches agronomiques sur des formes d'agriculture respectueuses de l'environnement, de la santé des producteurs (combien d’intoxications mortelles ou invalidantes d’agriculteurs, de leur famille et d’ouvriers agricoles dues aux pesticides ? Le voile commence à se lever), et du public, vers lequel il convient de s’engager résolument pour éviter le désastre annoncé en matière d’environnement et de santé publique n'a pas d'autre cause.

Si nous suivons cette logique mercantile les transnationales sont en train de s’approprier le vivant, déjà elles se sont accaparé l’eau, demain elles taxeront l’air que nous respirons, après demain elles nous interdirons l’accès au soleil.

 

Selon quels moyens ?

 

Ils sont connus, classiques, mais bien perfectionnés depuis que Georges Orwell les a décrits en 1946. C'est la propagande en novlangue : les effets d'annonce, « percées » et autres « avancées significatives » dans la « maîtrise du vivant », les promesses d'un monde d’abondance, écologique, débarrassé des grandes endémies (en réalité sociales et politiques) que sont l'obésité, le cancer, les maladies mentales, l'alcoolisme, etc. Elles veulent nourrir la planète en protégeant l’environnement !2 Le rideau de fumée du meilleur des mondes dissimule la réalité totalitaire du monde plus profitable qu'il s'agit d'imposer. Les biologistes ne voient pas plus loin que les quelques crédits et quelques postes pour lesquels ils pourront concourir grâce au « partenariat » transnational maintenant obligatoire. Certains rêvent de quelque « percée significative » débouchant sur un brevet et qu’ils pourront déposer en leur nom et commercialiser grâce à la légalisation récente d’une forme inédite de corruption du service public. Dans ces conditions, ne vaut-il pas mieux être employé par l'Etat qui permet de privatiser une « percée significative » que par le privé qui la confisque pour ses actionnaires ?

 

Un exemple de novlangue : « le privilège de l'agriculteur », semer le grain récolté, l'acte fondateur de l'agriculture de nos civilisations. Les hautes autorités en discutent doctement. Où est le privilège ? Respirer ou jouir de la lumière du soleil sont-ils des privilèges ? Prenons garde, ils le deviendront un jour par un tour de passe-passe sémantique. L'histoire ne démontre-t-elle pas avec constance qu'aristocrates et investisseurs ont toujours préféré le privilège de récolter ce qu'ils n'ont pas semé au labeur du paysan de semer ce qu'il a récolté ? Que signifie cette inversion du langage si ce n'est que le vivant appartient aux investisseurs et que ceux qui l'utilisent sont irrémédiablement piégés ?

Observons que dans un pays comme les Etats-Unis, 50 % au moins de la population souffre de formes diverses de malnutrition, obésité surtout, maladies cardio-vasculaires, cancers, carences diverses. Partis après la guerre avec un handicap dans la course au « progrès », les pays européens mettent les bouchées doubles (si l'on peut dire), pour rattraper leur retard dans le domaine de l'obésité qui prend des proportions alarmantes chez les jeunes.

 

La cause principale de ces maladies est connue : l'agriculture industrielle et son prolongement, l'alimentation industrielle. A qui fera-t-on croire que ces problèmes seront résolus avec des OGM, qui marquent au contraire une fuite en avant dans la prise de contrôle de notre alimentation et de l'agriculture par ces quelques firmes ? A qui fera-t-on croire que les OGM, Terminator par exemple, contribueront à résoudre le problème de la faim et de la malnutrition dans le Tiers-Monde ? Amartya Kumar Sen économiste, prix Nobel d’économie en 1998, a démontré avec précision ce que nous savions intuitivement depuis longtemps : ce sont les démocraties, inséparables d'une plus grande égalité de revenus et donc d'une répartition pas trop inégalitaire des moyens de production (la terre en particulier), qui nourriront le Tiers-Monde, non les transnationales qui soutiennent depuis toujours les régimes les plus réactionnaires. Ajoutons que des progrès historiquement inouïs des rendements agricoles depuis la guerre reposent sur la libre circulation des connaissances et des ressources génétiques, en quelque sorte sur leur mondialisation. Les transnationales en veulent la cartellisation. Nouvel exemple de novlangue préparant une formidable régression dont on connaît, depuis le traité de Tortesillas (1494) partageant le monde entre l'Espagne et le Portugal, les funestes conséquences.

 

Ces transnationales venues de la chimie opèrent selon les principes de la persuasion clandestine consistant à manipuler les personnes qui ont la confiance du public, les hommes politiques, les scientifiques, les « régulateurs », de façon à ne pas apparaître en première ligne. Les argumentaires différents, mais grosso modo les vieilles ficelles du Progrès, de l'emploi, de l'écologie (le « Greenwash »3) continuent de servir. Cet argumentaire préparé par des firmes de relations publiques est alors relayé par les media, lesquels sont tenus d’ailleurs par les annonceurs - les mêmes transnationales4 Quant aux scientifiques, circonvenus par les contrats qu'ils sont incités à signer avec ces transnationales, ils se taisent. Ces dernières achètent au coût marginal (la puissance publique supportant le coût des investissements lourds et des salaires) les résultats d'années de recherche et d'accumulation de compétences, et surtout, ces résultats provenant d'une recherche publique possèdent une légitimité sociale et économique qu'ils n'auraient pas s'ils avaient été produits par les firmes. Par exemple, les « hybrides », ces variétés ayant la fantastique propriété de s’autodétruire dans le champ du paysan, soulèveraient beaucoup plus de résistances s'ils avaient été proposés par des entreprises privées. Le paysan aurait des soupçons. Mais comme la recherche « publique » (novlangue, toujours) les proposait au nom de l'intérêt général et qu'il s'agissait d'un nouveau triomphe de la Science...

 

Cette analyse des OGM agricoles vaut pour la santé, moyennant quelques modifications. La théorie génétique actuelle de la maladie avec ses prolongements de « médecine prédictive » ne vise pas autre chose que de faire de toute personne en bonne santé un malade potentiel et de prendre le contrôle de notre santé, comme ces firmes ont pris le contrôle du vivant en agriculture. Il est évidemment plus profitable de transformer des individus bien-portants en malades potentiels que des malades en personnes bien-portantes. C'est aussi plus aisé : chacun de nous est en effet porteur de dizaines de soi-disant « maladies génétiques ». Un tel projet exige que les coûts en soient socialisés et les profits privatisés : le projet génome humain et les différents projets de décryptage ne visent pas autre chose. Les « hybrides » et Terminator sont aussi le fruit de la recherche « publique ».

La maladie génétique nous vole de notre responsabilité individuelle et de notre responsabilité collective (c'est-à-dire politique) sur notre santé. Pour les « politiques », cette naturalisation et individualisation de la maladie sont un souci de moins. Puisque c'est génétique, confions les gènes aux transnationales. L'effondrement final de tout système de sécurité social est proche, ouvrant enfin la voie à un système privé dont le coût est, on le sait, inversement proportionnel aux performances (comparons Angleterre, France, Etats-Unis). Et continuons pour des raisons de profit, à multiplier les polluants, y compris les OGM, autour de nous. Tout ira ainsi pour le mieux, sinon dans le meilleur des mondes possibles, du moins dans le plus profitable.

 

.../...


Dominique Mourlane

 

 

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Published by Rue Goudouly - dans -*- OGM
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