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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 03:20


 

 

Les altermondialistes dans les médias : les nouveaux « sans papier » ?

http://goudouly.over-blog.com/article-les-altermondialistes-dans-les-medias-les-nouveaux-sans-papier--37426174.html

 

Si initialement les altermondialistes ont été dans les petits papiers des médias français, ceux-ci tendent à leur consacrer de moins en moins de « papiers », c’est-à-dire d’articles. Cela montre à quel point l’effet d’agenda des médias est important. En outre, l’abondante couverture par les médias généralistes des affrontements de Londres en marge du G20 et surtout de Strasbourg en marge du sommet de l’OTAN tendent à confirmer l’idée que le « cadrage » des mouvements de contestation n’a pas vraiment changé depuis les manifestations de Seattle il y a pourtant dix ans de cela.

L’effet d’agenda des médias réside dans leur capacité à pouvoir sélectionner certaines informations au détriment d’autres et à les porter à la connaissance du public, donc à pouvoir mettre en pleine lumière certaines informations et à en laisser d’autres dans l’ombre. Il s’agit d’un pouvoir fondamental et la lutte pour cette mise à l’agenda des médias, c’est-à-dire pour que ceux-ci relatent un événement, est souvent terrible. C’est en particulier le rôle des services de communication et des relations presse que de tenter d’influencer cet « agenda ».

 

Les mouvements sociaux ou les mouvements altermondialistes s’efforcent eux aussi par des campagnes ou des mobilisations d’inscrire certains sujets à l’agenda médiatique. Cela paraît d’autant plus important que lorsque les médias, et tout particulièrement la télévision, ne parlent pas d’un événement, c’est un peu comme si celui-ci ne s’était pas produit aux yeux du grand public. La médiatisation lui donne une sorte de sacralisation publique. Or, cette médiatisation ne signifie pas nécessairement que l’événement en question est important, mais plutôt qu’il est pourrait-on dire « médiatisable » et notamment « télégénique » : il sort de l’ordinaire, il peut même être spectaculaire et des images sont disponibles.

 

Une autre caractéristique essentielle de ce caractère « médiatisable » réside dans le fait que le téléspectateur peut s’identifier au sort des protagonistes ou des victimes dudit événement. C’est toute la différence entre la faible médiatisation du dernier Forum social mondial (FSM), qui s’est déroulé à Belém au Brésil du 27 janvier au 1er février 2009, et la couverture importante accordée aux affrontements de Strasbourg au début du mois d’avril. A l’évidence, des images d’affrontements spectaculaires et en partie incompréhensibles en plein cœur d’une ville française vont bien davantage retenir l’attention du téléspectateur français moyen que des images de débats souvent techniques lors d’ateliers de travail dans le cadre d’un FSM en Amazonie ou même de manifestations de militants amérindiens dont le sort est loin de ses préoccupations quotidiennes. Les événements de Strasbourg seront en toute logique en haut de l’agenda médiatique, tandis que le FSM en Amazonie sera relégué en fin de journal ou en pages intérieures, voire en brève, même si celui-ci a tout de même attiré plus de 100 000 participants

 

Circonstances aggravantes, si les premiers forums sociaux – Forum social mondial (FSM) à Porto Alegre au Brésil entre 2001 à 2003, puis en 2005, Forum social européen (FSE) à Florence en 2002, puis dans la région parisienne en 2003 – ont été assez médiatisés en France, cela ne semble plus être le cas depuis le forum de Londres de 2004 pour le FSE et depuis le dernier forum de Porto Alegre de 2005 pour le FSM. Le dernier FSE en date, qui s’est déroulé à Malmö (Suède) du 17 au 21 septembre 2008, est passé quasiment inaperçu. Cela s’explique aussi en partie par le fait que le travail concret d’un journaliste est souvent malaisé dans le cadre des forums sociaux. Ceux-ci sont généralement organisés dans des lieux éloignés, ce qui représente un coût certain pour une rédaction. Qui plus est, l’absence de porte-parole, de points de presse, de conférences plénières avec de grandes figures depuis 2005 ou de thématique générale, la dimension souvent technique et abstraite des débats, l’éparpillement des activités (plus de 2 000 organisées par exemple à Belém en 2009) font que le travail n’est pas du tout simple pour un journaliste présent sur place. Cela ajouté à une certaine forme de routinisation des manifestations et des contre-sommets et à l’absence de plus en plus notable d’affrontements puisque les sommets sont souvent organisés dans des lieux difficiles d’accès et non pas au sein d’une grande ville, comme ce fut le cas à Seattle, Gênes ou Strasbourg, les rédactions en sont rapidement venu à penser que le mouvement s’essoufflait.

 

Cette expression d’essoufflement que l’on retrouve très souvent dans les commentaires ou sous la plume de journalistes, au moins depuis 2005, devient d’ailleurs une sorte de lieu-commun sur le mouvement. En clair, pour une grande partie de la presse, il ne se passe plus grand chose sur le front de l’altermondialisme. Celui-ci n’a donc plus sa place dans l’agenda médiatique : les altermondialistes n’ont de fait plus droit à des « papiers ».

L’effet de cadrage des médias correspond à la façon dont ceux-ci vont généralement présenter un sujet, à l’« angle » qu’ils vont choisir selon la terminologie journalistique. Ils jouent par conséquent un grand rôle sur la façon dont le public va percevoir le sujet en question et ce qui risque de rester dans sa tête à ce propos quelques mois ou même plusieurs années après les événements.

Le « cadrage » d’un sujet par les médias constitue par conséquent une sorte de fabrique d’abord de l’air du temps, puis des idées reçues sur celui-ci. Or, nul ne l’ignore, la violence commise par certains éléments radicaux en marge des manifestations altermondialistes constitue, pour les médias, le sujet le plus « accrocheur », certains diront « racoleur », dans le traitement de cette forme de contestation, bien évidemment au grand désarroi des militants et des sympathisants.

 

Ceci ne concerne pas bien entendu la seule contestation altermondialiste. La couverture de l’activité des mouvements sociaux met elle aussi souvent l’accent sur les faits de violence : des violences commises par des « casseurs » en marge des manifestations étudiantes ou lycéennes jusqu’aux récentes affaires de séquestrations de dirigeants d’entreprises par leurs salariés. Comme on l’a vu, les affrontements de Strasbourg attribués à des « black blocs » ont ainsi fait l’objet d’une couverture médiatique sans commune mesure avec celle du FSM de Belém.

 

Mais au-delà de la couverture des violences qui ont été commises, on peut voir aussi à quel point le cadrage des événements de Seattle, c’est-à-dire la manière dont les médias ont relaté ces événements, continue d’influencer leur façon de traiter les mobilisations altermondialistes. Seattle, ce sont bien entendu les manifestations qui se sont déroulées à l’occasion de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fin 1999 et la première fois que les médias vont parler des contestataires de la forme prise par l’actuel processus de mondialisation.

 

Les perturbations dans l’organisation du sommet – la cérémonie d’ouverture a dû par exemple être annulée –, les violences commises par des activistes cagoulés et vêtus de noir, les fameux « Black blocs », le couvre-feu décrété par les autorités locales, la masse des manifestants qui défilèrent dans les rues de la ville et l’échec des négociations commerciales multilatérales vont susciter l’attrait des médias du monde entier.

 

Une foule de manifestants bigarrés, déguisés par exemple en tortues de mer géantes, des militants radicaux tout de noir vêtus, des policiers revêtant des tenues à la Robocop, des officiels et des forces de l’ordre quelque peu désemparés, des affrontements, des vitrines brisées, José Bové distribuant environ 200 kilogrammes de roquefort aux manifestants…, tout ceci a contribué à créer un véritable « spectacle médiatique » en direct. L’apogée de ce « spectacle » qui a tenu en haleine le téléspectateur pendant plusieurs mois avec une sorte de montée aux extrêmes en matière de violences et de répression par les forces de l’ordre a été bien entendu le sommet du G8 de Gênes (Italie) en juillet 2001 où les violences commises par les manifestants et la répression féroce des forces policières ont fait quelque 200 blessés et causé le décès de l’activiste Carlo Giuliani.

Les médias ont donc continué à voir les altermondialistes tels qu’ils les ont perçus véritablement pour la première fois à Seattle. Ils tendent ainsi généralement à considérer que :

                1) cette forme de contestation a brusquement émergé à Seattle ;

                2) ces mouvements sont extrêmement divers ;

               3) ils prennent une forme souvent assez « folkloriques », comme les défenseurs des tortues de mer (alors surnommés les « Turtles »), ce qui signifie plus ou moins que l’on ne doit pas vraiment les prendre au sérieux ; 

               4) ils peuvent aussi être violents et donc potentiellement dangereux ;

              5) ils sont opposés à la mondialisation, c’est-à-dire selon la vision dominante de cette époque à un processus jugé irréversible, c’est la raison pour laquelle ils sont rapidement appelés par les médias « antimondialisation » ou « antiglobalisation » en anglais ;

              6) ils sont dans une posture « anti », ils donnent l’impression de n’être que dans une position critique, de contestation, sans réellement chercher à formuler de véritables propositions ou alors, si c’est le cas, ces propositions sont jugées utopiques, autre facteur qui devrait amener à ne pas les prendre trop au sérieux et à mettre en cause leur crédibilité ;

             7) enfin, ils sont représentés par quelques leaders ou porte-paroles dont l’un des plus « télégéniques » en France est bien entendu José Bové.

 

Ces différents points sont certes pour la plupart assez éloignés de la réalité, mais ils continuent d'influer sur la perception que l’opinion publique et les élites au sens large du terme peuvent avoir de ce mouvement. Le seul « cadrage » médiatique un peu plus contemporain consistera à mettre l’accent sur son « essoufflement », et ce, à partir de 2004-2005. Le « cadrage de Seattle » explique par conséquent la façon dont les actions des altermondialistes ont tendance à être médiatisées depuis lors.

 

Les médias privilégient ainsi les accès de violence lors de manifestations ; quelques grandes figures « médiatiques » (José Bové) et quelques groupes emblématiques (Attac en France), par exemple au détriment de toute la mouvance chrétienne qui joue pourtant un rôle crucial dans les campagnes et les mobilisations altermondialistes ; les crises et les dissensions (par exemple au sein d’Attac-France en 2005-2006) ; la présence lors de manifestations de personnalités politiques (dans les forums sociaux) ou de « people » (lors d’actions de fauchage de champs de produits génétiquement modifiés) ; ou encore l’anecdotique, comme la gestion des ressources en eau potable lors du rassemblement du Larzac en 2003 ou le point de vue des riverains interrogés par France 3 lors des affrontements qui se sont déroulés à Strasbourg en 2009 (sujet du 12/13 diffusé le 3 avril 2009).

En définitive, l’image des altermondialistes telle qu’elle apparaît dans les médias est souvent très éloignée de la réalité. Ceux-ci sont d’ailleurs souvent tentés d’expliquer ce décalage par la volonté des médias de minimiser leurs actions, voire de les décrédibiliser ou même de les « criminaliser » au nom du néolibéralisme ambiant et des intérêts des groupes économiques auxquels ils appartiennent. Il convient de noter malgré tout qu’on a affaire là à une logique médiatique à laquelle d’autres acteurs sociaux, comme les hommes politiques par exemple, sont soumis de façon implacable.

D’ailleurs, nombre de militants en sont bien conscients et peuvent même chercher à instrumentaliser cette logique médiatique et en particulier ce penchant des médias pour la provocation et la violence. On a pu le voir à plusieurs reprises. Luca Casarini, alors porte-parole du mouvement radical italien Tute Bianche (Tuniques blanches) aujourd’hui dissous et qui s’était illustré dans de nombreuses manifestations par diverses actions de désobéissance civile, déclarait ainsi dans un entretien accordé le 21 juin 2001 à L’Espresso, soit environ un mois avant les manifestations de Gênes : « Nous savons ce qu’il faut faire pour que l’on parle de nous. Quand un journaliste du quotidien Il Giornale me téléphone et me demande, implicitement, de lui livrer un scoop pour la "une", moi je réponds : "à Gênes nous déclarons la guerre aux grands de ce monde". Et ils le mettent en première page. »

Eddy Fougier

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Published by Goudouly - dans -*- associations
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