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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 03:28
carte postale de Chez Anabelle & Jean-Pierre

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Pourquoi le M’PEP ne signera pas la "déclaration du Klimaforum"

http://goudouly.over-blog.com/article-pourquoi-le-m-pep-ne-sugnera-pas-la-declaration-de-klimaforum--44171350.html

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)


Lors du sommet sur le climat organisé à Copenhague par l’ONU en décembre 2009, les coalitions Climate Justice Now et Climate Justice Action ont élaboré un document intitulé « plate-forme des peuples pour la justice climatique ».


Climate Justice Now ! (CJN !) est une alliance mondiale de 160 organisations (Friends of the Earth, Via Campesina, Focus on Global South, Third World Network, Jubilee South…), née à Bali en 2007. Elle considère qu’il est impossible de dissocier enjeux climatiques et enjeux sociaux et qu’il faut sortir de notre modèle de développement productiviste.


Climate Justice Action (CJA) est un nouveau réseau mondial d’individus et de groupes qui rejette les « fausses solutions basées sur le marché » discutées actuellement, et qui dénonce la mainmise des grosses sociétés sur les négociations climatiques. Elle est notamment composée de Terra de Direitos (Brésil), Focus on the Global South, Rising Tide (USA), Friends of the Earth, the Indian Social Action Forum… CJA ne souscrit pas aux méthodes de lobbying utilisées par d’autres groupes qui étaient à Copenhague en décembre 2010 et ne demande pas aux dirigeants de signer un accord car, selon CJA, le processus mené par les Nations Unies n’améliore pas la situation, il l’empire.


Ces deux coalitions ont élaboré un texte à Copenhague intitulé « plate-forme des peuples pour la justice climatique » et invitent à le signer.


Bien que ce texte comporte de nombreux points avec lesquels il est en accord, le M’PEP ne signera pas cette déclaration pour deux raisons : elle contient des aspects démagogiques qui ruinent sa crédibilité ; elle reste très ambigüe sur des questions essentielles.


I.- LA « PLATE-FORME DES PEUPLES POUR LA JUSTICE CLIMATIQUE » CONTIENT DES ASPECTS DÉMAGOGIQUES QUI RUINENT SA CRÉDIBILITÉ

Cette « plate-forme » prône un « abandon complet des carburants fossiles dans les trente prochaines années, avec des objectifs chiffrés contraignants dans un délai de cinq ans. » Cette affirmation ne nous parait pas sérieuse.

Rappelons que sans énergie il n’y a pas de transport, pas d’industrie, pas d’agriculture, pas de chimie, pas d’électricité… La pertinence de cette « plate-forme » nécessite de répondre à plusieurs questions, à l’horizon de 30 ans :

  • quelle est la disponibilité des énergies fossiles ?
  • peut-on se passer d’énergies fossiles ?
  • doit-on abandonner globalement et complètement les énergies fossiles ?

A.- Quelle est la disponibilité des énergies fossiles ?

L’énergie primaire (énergie nécessaire pour obtenir une énergie utilisable appelée « énergie finale ») conditionne l’économie mondiale et représente environ chaque année 10 milliards de tonnes d’équivalent pétrole. Elle est représentée pour 90% d’énergie fossile non renouvelable [41% pour le pétrole, 21% pour le gaz, 21% pour le charbon et 7% pour le nucléaire] «  [1] . Le reste (10%) est représenté par les énergies renouvelables qui proviennent du soleil (énergie hydraulique, énergie solaire, énergie éolienne, énergie de la biomasse) et de la Terre (énergie géothermique).

Énergie primaire dans le monde en 2004

  • Pétrole 35 %
  • Charbon 25 %
  • Gaz 21 %
  • Nucléaire 6 %
  • Biomasse (bois, déchets) 10 %
  • Hydraulique 2 %
  • Géothermie, solaire, éolienne 0,5 %

Les réserves en énergies fossiles sont l’addition de trois types de réserves : les réserves « prouvées » (existence physiquement prouvée, dont le taux de récupération est fonction des conditions techniques et économiques du moment), les réserves « probables » (existence probable dont la récupération est estimée pour un futur proche) et les réserves « possibles » (existence considérée comme possible dont la récupération est estimée pour un futur non déterminé). La notion de « réserve », sans autre précision, signifie généralement l’addition de 100% des réservées prouvées, 50% des réserves probables et 25% des réserves possibles.

La durée des réserves des énergies fossiles, c’est-à-dire la durée de consommation au rythme actuel, est donc de deux ordres : les réserves prouvées disponibles et les réserves ultimes .

Nature Réserves prouvées Réserves ultimes
Pétrole 40 ans 130 ans
Gaz 66 ans 157 ans
Charbon - > 200 ans
Uranium 70 ans 100 ans


La disponibilité des réserves dépasse le siècle. Ce que l’on peut retenir est que les conséquences du réchauffement climatique à l’échelle planétaire, dû à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, se posent bien avant l’épuisement des ressources conventionnelles en énergie fossile. De nombreuses réserves d’énergie fossile conventionnelles (en particulier le charbon) et non conventionnelles (sables bitumineux) sont encore disponibles et ne seront pas le facteur déclenchant d’une remise en question de nos modes de développement.

B.- Peut-on se passer des énergies fossiles ?

Durant les 30 à 40 prochaines années, la démographie est amenée à évoluer (6 à 9 milliards d’habitants), la demande énergétique à progresser fortement selon l’Agence internationale de l’énergie (taux de croissance annuel entre 1 et 2%), le développement des pays comme la Chine, l’Inde va se poursuivre avec une technologie énergétique très dépendante du charbon.

L’adaptation des systèmes énergétiques de nos sociétés s’inscrit forcément dans le temps long. Dans ces conditions, il apparaît utopique de pouvoir supprimer en 30 ans les combustibles fossiles, compte tenu du faible poids que représentent les énergies renouvelables (10%) (hydraulique, biomasse), de la durée pour assurer une réelle transition énergétique et des besoins énergétiques pour les personnes. La part des énergies nouvelles est très marginale dans le modèle énergétique mondial, que ce soit l’éolien (0,04%) ou le solaire (0,01%).

C.- Doit-on abandonner les énergies fossiles globalement et complètement ?

Il serait judicieux de baser la transition énergétique sur une triple exigence à l’échelle de 30 ans : (i) la réduction des gaz à effet de serre, (ii) la diminution de l’utilisation des ressources fossiles, (iii) le développement d’alternatives cohérentes. Sur une telle base, les réponses pour chaque pays ne peuvent être que diversifiées parce qu’il n’existe pas de modèle énergétique unique, ni de mode de vie homogène compte tenu du niveau des inégalités à l’échelle planétaire et au sein des sociétés. C’est pourquoi les politiques nationales sont essentielles dans ce processus.

Les pays dotés en charbon (Chine, Inde, États-Unis, Australie) devront privilégier les filières de captation-séquestration du CO2, en vue de produire de l’électricité sans émission de gaz à effet de serre.

La filière électronucléaire (6% de la production mondiale d’énergie) est vue par certains comme l’un des pivots de la transition énergétique, du fait que cette filière est particulièrement économe en émission de gaz à effet de serre. Mais faute d’une avancée technique importante sur la question des déchets et du combustible, la filière a peu d’avenir. Le développement d’autres filières est imaginable à plus ou moins long terme (réacteurs hybrides, fusion nucléaire contrôlée…), bien que celles-ci suscitent de larges réserves.

Les énergies renouvelables sont appelées à être des composantes d’un modèle énergétique futur, mais avec des limites pour certaines d’entre elles. Les coûts de la géothermie sont assez souvent prohibitifs. La faible puissance de l’énergie éolienne constitue un obstacle. L’Allemagne qui possède le tiers de la puissance éolienne mondiale installée (16 GW sur 46 GW) n’en tire que 4% de sa production d’électricité. Le photovoltaïque est en pleine expansion, la production mondiale était de 1 GW en 2004 et son extension concerne pour les 2/3 des installations mises en réseau dans les pays très développés.

L’une des approches la plus élaborée est celle de l’association NégaWatt qui prône un avenir énergétique sobre, efficace et renouvelable. A titre d’exemple, à l’horizon 2050, le scénario NégaWatt propose de doubler l’usage de l’électricité tout en stabilisant la consommation, notamment par un renouvellement du système productif électrique basé sur une combinaison de différentes énergies renouvelables, la fermeture progressive des centrales nucléaires existantes, ainsi que des centrales actuelles thermiques fioul et charbon (non appel à la séquestration du carbone) et le recours à des centrales gaz à cycles combinés. Pour les transports, le scénario proposé envisage une fourniture de carburants assurée à 75% par des énergies fossiles et à 25% par des carburants renouvelables (agrocarburants) bien qu’une telle option soit sujette à débat.

Enfin sur le troisième poste scénario concernant le chauffage, les combustibles restent un vecteur important pour la production de la chaleur : 73 TWh issus de la biomasse et 51 TWh issus des combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon). Pour chacun des 3 scénarios étudiés, électricité, transports, chauffage, à l’horizon 2050, l’usage des énergies fossiles reste présent dans une démarche de transition énergétique.

Au total, la « déclaration des peuples » au Klimaforum sur la suppression en 30 ans des combustibles fossiles ne paraît pas réaliste.

II.- LA « PLATE-FORME DES PEUPLES POUR LA JUSTICE CLIMATIQUE » RESTE TRÈS AMBIGUË SUR DES QUESTIONS ESSENTIELLES

Ces ambigüités portent sur l’analyse de la cause du réchauffement climatique et sur les mesures à prendre pour y faire face.

A.- En faisant porter la cause du changement climatique sur l’ « activité humaine », la déclaration épargne le capitalisme qui est pourtant, en dernière instance, le responsable du problème

Certes, la déclaration évoque « Ce système fondé sur l’appropriation des biens communs locaux, nationaux et planétaires par les élites locales et mondiales ». Mais ce système a un nom : c’est le capitalisme. Pourquoi ne pas le nommer ? Et pourquoi ne pas aller au-delà du constat des inégalités mondiales en nommant, là aussi, les classes sociales responsables de cette situation ?

La déclaration reprend à son compte une idée reçue selon laquelle les « activités humaines » seraient responsables de cette modification du climat. Cette expression est très contestable, et nous la contestons. D’abord, si l’homme, par ses activités, est responsable du changement climatique, pour faire face au changement climatique il faudra donc changer l’homme pour qu’il modifie ses activités. Dès qu’il s’agit de prétendre vouloir « changer l’Homme », il faut se méfier et faire preuve de la plus grande prudence. On a connu, il n’y a pas si longtemps de cela, un système qui ambitionnait de créer un « Homme nouveau » ! Nous avons vu le résultat ! Alors attention.

Ensuite, on ne peut pas comparer l’activité de la tribu des Tupinambas en Amazonie à celle de la sidérurgie aux États-Unis. Les « activités humaines » ne sont pas « neutres » et ne résultent pas d’un processus spontané. Elles découlent du mode de production dominant qui est le capitalisme. C’est pourquoi l’utilisation de l’expression « activités humaines » contribue à dépolitiser le débat et à culpabiliser les individus puisque ce sont leurs activités, supposées choisies selon leur libre-arbitre, qui seraient la cause de ce réchauffement. En vérité, ce ne sont pas n’importe quelles « activités humaines » qui sont responsables de ce réchauffement climatique, ce sont celles qui sont provoquées par la logique du système capitaliste.

Nous regrettons que la déclaration du Klimaforum reprenne à son compte des idées aussi vulgaires.

B.- La nécessité d’un changement du mode de production, trouvant son épanouissement dans un socialisme du XXIe siècle n’est pas évoquée

Si le capitalisme est bien la cause essentielle du réchauffement climatique dans le sens où sa logique entraîne toute l’activité humaine dans une concurrence et un productivisme démentiels, c’est ce système qu’il faut démanteler. Un autre mode de production doit voir le jour, combinant différemment la propriété, l’intérêt général, la coopération internationale, le choix des productions et par conséquent les consommations.

Nous nommons socialisme du XXIe siècle ce nouveau mode de production. Et nous regrettons le flou dans lequel cette déclaration se complait, car il est illusoire de prétendre résoudre la question climatique au sein du capitalisme, même s’il s’agit d’un « capitalisme vert ».

Du coup, toute une série de propositions sont écartées ou présentées de manière ambigüe, comme :

  • L’absence d’une condamnation claire, nette et argumentée des Bourses des droits à polluer.
  • Le silence sur le libre-échange qui n’est pas nommé alors qu’il est une cause majeure du réchauffement climatique, ce qui permet d’éviter de parler de mesures protectionnistes absolument nécessaires pour parvenir à la décroissance du commerce international.
  • L’Union européenne n’est pas citée comme faisant partie des institutions multilatérales, bénéficiant ainsi, à tort, d’un statut privilégié alors qu’elle est souvent beaucoup plus libérale que le FMI, l’OMC et la Banque mondiale réunis.
  • Le rôle néfaste des marchés financiers n’est pas évoqué, alors que leur puissance a des effets particulièrement négatifs sur l’économie réelle, empêchant aux entreprises cotées en Bourse d’adopter des politiques qui s’éloigneraient de la stratégie unique de la « maximisation de la valeur actionnariale ».
  • Silence, également, sur la nécessité de relocaliser l’économie, c’est-à-dire d’interdire aux entreprises d’être les seules à décider de leur lieu d’implantation. Il est nécessaire de rapprocher les lieux de production des lieux de consommation, et pour y parvenir un dialogue international est nécessaire, l’État devant reprendre la main.
  • Enfin, le rôle des nations est oublié, comme si la « communauté internationale » allait pouvoir faire quelque chose. C’est bien au niveau national que les actions peuvent être décidées le plus rapidement et provoquer un effet d’entrainement. Il n’y a rien à attendre des institutions multilatérales (Banque mondiale, Fonds monétaire international, Organisation mondiale du commerce, Union européenne) qui sont les gardiennes et les piliers de l’ordre libéral.

Pour toutes ces raisons, le M’PEP ne signera pas la « plate-forme des peuples pour la justice climatique ». Il souhaite néanmoins poursuivre le débat avec les organisations qui en sont partie-prenante.


JUSTICE CLIMATIQUE : LA DÉCLARATION DU KLIMAFORUM À COPENHAGUE

À Copenhague, les coalitions Climate Justice Now et Climate Justice Action ont élaboré un document intitulé « plate-forme des peuples pour la justice climatique » :

Déclaration du Klimaforum 2009 : Changeons le Système ! Pas le Climat !


Pour voir les déclarations résumées et complétes cliquez


Notes

[1] Changement climatique et transition énergétique : dépasser la crise ». Rapport du Sénat, n° 426, juin 2006.

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Published by Rue Goudouly - dans -*- environnement
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