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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 03:37


Répondre à l'intolérance par la laïcité

http://goudouly.over-blog.com/article--repondre-a-l-intolerance-par-la-laicite-43976578.html

Dans le MONDE du 30.01.10

e titre en apparence provocateur n'est pas la dernière attaque contre la laïcité ou le slogan prosélyte d'une secte en vogue. Il est une forme de réponse, tirée de l'histoire du XXe siècle, à ceux qui prétendent rechercher ailleurs que dans le coeur et dans l'esprit la définition de l'identité nationale.
Quand mon grand-père a fui l'Allemagne nazie, en 1933, après avoir fui les pogroms polonais quelques années plus tôt, il ne s'est pas demandé où aller. Ce ne pouvait être qu'en ce pays rêvé, ainsi défini dans son yiddish maternel, "gliklish wie gott in Frenkreich", heureux comme Dieu en France. Naturalisé français, mon grand-père avait l'habitude, chaque 8-Mai, 14-Juillet et 11-Novembre d'arborer fièrement un drapeau tricolore à la fenêtre de son appartement. Il n'avait pas besoin de débat sur l'identité nationale pour savoir qui il était et pourquoi il aimait la France.

A l'instar d'Emmanuel Levinas, il pensait que s'interroger sur son identité c'est un peu l'avoir perdue ; mon grand-père a choisi la France parce que c'était la patrie des droits de l'homme, de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. Il a choisi la France parce que c'était le pays où, en 1927, Bernard Lecache avait créé la Ligue contre les pogroms, à l'occasion du procès de Samuel Schwartzbard, jugé pour avoir abattu le nationaliste ukrainien Simon Petlioura, qu'il tenait pour responsable des pogroms qui avaient décimé sa famille.


Il a choisi le pays dont la justice avait permis à l'avocat Henry Torrès d'obtenir l'acquittement de Schwartzbard. La Ligue contre les pogroms est devenue la Ligue contre l'antisémitisme (LICA), puis, sous l'impulsion de Jean Pierre-Bloch, successeur de Bernard Lecache, la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). Le "r" et le "a" de la Licra sont désormais indéfectiblement liés, comme les racines de la même révolte et les ailes du même combat. Héritière des réfugiés d'hier, la Licra ne peut se taire quand est en cause le sort des réfugiés d'aujourd'hui, ou quand la parole xénophobe se libère, à l'occasion d'un débat qui mêle dangereusement identité nationale, immigration, immigration clandestine, et religion.


La Licra sait mieux que quiconque où mène la dénonciation des boucs émissaires. Elle sait aussi que les mots peuvent être aussi dangereux que les actes. La lutte contre les discriminations, le racisme et l'antisémitisme a besoin d'associations fortes et solidaires. Leur différence ne doit pas porter sur l'identité de la minorité qu'elles sont présumées représenter ou défendre, mais sur la spécificité de leurs actions, en fonction de leur histoire et de leur expérience.


Le racisme anti-Noir, anti-Maghrébin et anti-Juif est l'expression d'un seul et même rejet de l'autre, supposé différent. Les bagarres entre "blacks" et "beurs", les insultes entre "beurs" et "feujs", la concurrence mémorielle entre "blacks" et "feujs" sont autant de victoires pour ceux qui font commerce de les haïr tous. C'est aux associations, et notamment à la Licra, de faire comprendre que la mémoire de la Shoah n'est pas exclusive de celle de l'esclavage, de la traite négrière et du génocide arménien, et que le conflit israélo-palestinien n'a pas à être reproduit dans nos cités entre juifs et musulmans. S'il en est hélas la conséquence, le communautarisme n'est pas une réponse au racisme.

Il appartient aux associations de le combattre, fût-ce contre les élus, quand ils croient pertinent d'en appeler au prêtre, à l'imam et au rabbin lorsque survient dans les banlieues telle ou telle agression antisémite ou antimusulmane. Les associations doivent également investir d'une même voix le combat pour la laïcité. Refuser le voile intégral dans l'espace public et les horaires aménagés pour les femmes dans les piscines et les gymnases, ce n'est pas porter atteinte à une communauté religieuse mais défendre le lien social, ciment de notre démocratie.


Permettre aux médecins et chirurgiens d'exercer leur art, dans nos hôpitaux et cliniques, sans considération de la religion de leurs patients et surtout de leurs patientes, ce n'est pas nier leurs croyances mais respecter le droit à la santé pour tous. Le rôle des associations antiracistes n'est pas seulement de dénoncer, de combattre et de poursuivre en justice, il est aussi de prévenir, de former et d'aider. C'est ce qu'a entrepris la Licra dans le domaine du sport, et notamment du football.


Des partenariats sont mis en oeuvre avec les autorités judiciaires et de l'éducation nationale pour aider à la sensibilisation et à la formation des magistrats et des enseignants, et avec le monde de l'entreprise pour aborder, sans faux-semblants, la question des discriminations dans le monde du travail. La meilleure réponse aux dérives du débat sur l'identité nationale est d'avoir des associations vigilantes et responsables, soucieuses de défendre les valeurs fondatrices de la République.


C'est en France et nulle part ailleurs que Bernard Lecache a constitué la Licra, et c'est en France et nulle part ailleurs que mon grand-père, à l'instar de tant d'autres réfugiés, a trouvé asile. Il ne peut y avoir plus bel hommage à la France que de rêver être "gliklish wie gott in Frenkreich".


A nous de faire en sorte que le rêve soit réalité...


Alain Jakubowicz

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Published by Rue Goudouly - dans -*- actualité
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