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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 03:02



En dépit des incantations des ténors politiques

http://goudouly.over-blog.com/article-reprise-economique-la-grande-illusion-38733645.html

Reprise économique, la grande illusion

Alternant décrochages et rémissions, l’économie mondiale cahote au milieu du gué. Mais déjà deux trajectoires divergent. Celle des acrobates de la finance, qui traversent au sec et retrouvent le bonheur des bonus ; celle des salariés, submergés sous les eaux noires de la récession. Un an après la chute de la banque Lehman Brothers, ni les uns ni les autres ne croient plus aux annonces de « régulation ». Laissé libre par les pouvoirs politiques, le capitalisme reprend sa course folle. Comme s’il ne s’était rien passé.

Par Laurent Cordonnier

Alors même que la crise économique et financière, qui a pris un tour spectaculaire depuis l’automne 2008, n’en finit pas de répandre ses méfaits, le printemps 2009 a vu fleurir toutes les incantations imaginables en vue d’un retour rapide de l’être aimé : la croissance. Pas un seul signe du destin n’a été négligé : le frémissement (précaire) des indices boursiers ; la remontée (chancelante) du cours des matières premières et des énergies fossiles ; la décélération des suppressions d’emplois aux Etats-Unis et les prévisions de croissance encourageantes de la Réserve fédérale (Fed) ; l’actualisation (de + 0,1 point !) des prévisions de la Banque de France concernant le produit intérieur brut (PIB) du pays en 2009 ; l’amélioration des perspectives affichées par le Fonds monétaire international (FMI) concernant la croissance mondiale en 2010 ; le rebond de la production industrielle en mai et juin en Allemagne ; le résultat « légèrement bénéficiaire » de la Société générale au second semestre 2009 et les jolis profits de la banque d’investissement Goldman Sachs au deuxième trimestre ; le remboursement anticipé des aides fédérales par les banques américaines ; etc. Après la floraison du printemps, la moisson de l’été : l’Allemagne, la France et le Japon auraient connu une progression de leur PIB au second semestre.


Sans même s’appesantir sur la fragilité de ces prédictions, il vaut la peine de se demander si la lueur qu’elles annoncent au bout du tunnel n’est pas, tragiquement, le phare d’un train qui vient dans l’autre sens... Mais, même si les scénarios les plus optimistes devaient se réaliser (1), le chômage continuerait de grimper tout au long des années 2009 et 2010, en raison même de la faiblesse attendue du redémarrage. La zone euro pourrait connaître courant 2010 un taux de chômage officiel de 11,5 % (contre un point bas de 7,5 % début 2008). Rien que pour la France, où près de 180 000 emplois ont disparu au dernier trimestre 2008  (2), l’Unedic prévoit 591 000 suppressions de postes en 2009. Aux Etats-Unis, où 7 millions de personnes ont déjà perdu leur emploi, le rythme toujours effarant de 331 000 destructions de postes par mois de mai à juillet (après 645 000 en moyenne entre novembre 2008 et avril 2009) fait craindre pour fin 2009 un taux de chômage à 10 %.

Au total, l’Organisation internationale du travail (OIT) entrevoit de 39 à 59 millions de chômeurs de plus dans le monde, et 200 millions de travailleurs supplémentaires qui devront s’habituer à vivre avec moins de 2 dollars (1,40 euro) par jour. Or ce ne sont pas les perspectives de croissance molle annoncées par l’ensemble des instituts de prévision qui permettront d’effacer rapidement l’ardoise.


Si jamais celles-ci se réalisent... Car il faudrait être bien imprudent pour affirmer que tout rebond catastrophique de la crise est d’ores et déjà exclu. Il reste sans doute en place des bombes à retardement dont on ne connaît ni la longueur de la mèche, ni la charge explosive. La dégradation de la situation économique, en provoquant une montée significative des défauts de remboursement sur les crédits (de la part des ménages et des entreprises), pourrait bien, par exemple, alimenter un second tour de revers financiers pour les banques, lesquelles doivent s’attendre, selon la Banque centrale européenne (BCE), à de nouvelles pertes — de l’ordre de 283 milliards d’euros — en 2009. On ne se demandera pas si elles pourront le supporter... du fait qu’elles savent pouvoir compter sur la générosité du public.

A ce stade de la crise, on ne peut pas non plus exclure le risque d’un krach obligataire * (les astérisques renvoient au glossaire), qui proviendrait d’une défiance croissante des « investisseurs » vis-à-vis des titres de la dette publique (une défiance des « rentiers » en réalité : ceux qui placent leur épargne en achetant ces titres et qui font précisément tout l’inverse d’une dépense d’investissement). Craignant, à tort ou à raison, que les montants astronomiques que les Etats devront emprunter en 2009 et 2010 pour financer leurs déficits ne conduisent à une augmentation des taux d’intérêt *, et anticipant cela en même temps qu’ils redoutent une augmentation des défauts de remboursement de la part des Etats, les rentiers pourraient se montrer de plus en plus réticents à détenir des obligations publiques.


La baisse du prix des obligations qui s’ensuivrait (et qui équivaudrait à une hausse des taux d’intérêt) viendrait alors prendre à la gorge les Etats, en augmentant la charge des intérêts au moment même où leur dette explose. A moins que les politiques ne redécouvrent les vertus de l’impôt, ou que les autorités monétaires n’acceptent de refinancer les dettes publiques * à des taux quasi nuls, la sortie se fera comme toujours par le bas : au moyen de coupes claires dans les services publics ou les programmes sociaux (3). Ce qui, en retour, ne sera pas de nature à soutenir un hypothétique redémarrage de la demande...

Un gendarme aux yeux bandés

Tout cela est de l’ordre du prévisible. Mais où sont les autres bombes ? Dans la faillite annoncée de l’Etat de Californie, dont le budget est corseté par l’obligation de réunir une majorité parlementaire des deux tiers (impossible) pour adopter toute augmentation de taxe ou d’impôts, et qui a commencé de payer ses fournisseurs avec ses propres reconnaissances de dettes ? Dans la débâcle imminente des fonds de pension des fonctionnaires du New Jersey, de Californie, de l’Illinois, indûment sous-dotés et pillés pendant deux décennies par des dirigeants politiques incapables de lever l’impôt, et laminés ensuite par le krach boursier de 2008, qui leur a fait perdre 30 % de la valeur de leurs actifs (4) ? Ou bien dans le château de cartes des quelque 350 000 milliards d’euros de contrats noués autour de produits dérivés * (destinés à couvrir, en principe, des risques de change, de taux d’intérêt ou de défaut de remboursement) qui s’échangent de gré à gré entre les institutions financières ? Leur effondrement, en cas de nouveau séisme, pourrait occasionner de nouvelles pertes avoisinant les 2 500 milliards d’euros (5), soit à peu près les pertes financières dues à la crise des subprime (sans pinailler sur les chiffres après la virgule) (6).


On voudrait se rassurer à l’idée que les Etats-Unis et l’Europe sont en train d’essayer de réglementer ces marchés, en créant ou en fusionnant des autorités de supervision et de régulation, et en prévoyant des mécanismes de compensation. Mais c’est pour partie ce type d’institutions qui n’a pas su prévenir la crise des subprime, pas plus que les scandales du genre Enron, WorldCom ou Madoff. La Securities and Exchange Commission (SEC), le « gendarme » de la Bourse américaine, a mené trois enquêtes, en 1992, 2005 et 2007, sur les pratiques douteuses de M.Bernard Madoff (7) : toutes ont été infructueuses. Cette noble institution, qui passait, dit-on, pour un modèle de régulation et de supervision jusque-là, avait même eu recours de temps à autre aux services de l’ancien président du Nasdaq... pour son expertise concernant l’organisation des marchés. Et, comme à chaque fois en cas d’échec, les moyens financiers et en personnel de la SEC ont été augmentés (8), à croire qu’en matière de régulation financière la maxime Shadock s’applique encore mieux qu’ailleurs : « Plus ça rate, plus ça a des chances de réussir à l’avenir ! »


Cette inconséquence est le sous-produit d’une autre, qui constitue l’arc-boutant de la doctrine libérale : « Autorisons les barbecues au beau milieu de la lande, et prévoyons d’augmenter le nombre de casernes de pompiers ! » Car il ne faut rien faire pour brider l’innovation financière, dont la planète attend encore tant de miracles. C’est ce qu’a rappelé M. Ben Bernanke, président de la Fed, de crainte que le Congrès américain ne laisse libre cours à son penchant régulateur bien connu : « Il ne faut pas tenter d’imposer aux fournisseurs de crédits des restrictions tellement lourdes qu’elles empêchent le développement de nouveaux produits et services à l’avenir. » Pour quels grands biens, se demandera-t-on ? Parce que « l’innovation financière a amélioré l’accès au crédit, réduit les coûts et augmenté les choix (9) ». C’était huit mois à peine après le déclenchement de la crise. Comment ne pas redouter des bombes à retardement, quand les artificiers sont toujours en place ?


Même sans céder à la paranoïa, on peut nourrir de très sérieux doutes sur la capacité des économies capitalistes « avancées » à rebondir dans un avenir proche. Il subsiste en effet un certain nombre de contraintes d’ordre macroéconomique qui n’ont pas été dépassées, loin de là, durant la crise ; des contraintes si solides qu’elles devraient faire renoncer au qualificatif de « conjoncturelles » dont on les affuble si souvent.

Les niveaux d’endettement public, qui sont certes encore loin d’atteindre les records historiques enregistrés après la seconde guerre mondiale, pourraient, selon le FMI, approcher ou dépasser les 90 % du PIB en 2014 pour un certain nombre de pays, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Belgique — et même plus de 200 % pour le Japon —, sous l’effet conjugué de la baisse des rentrées fiscales due à la récession, des politiques répétées de baisse d’impôt, et du ralentissement de l’inflation. L’endettement des ménages, qui a fonctionné pendant vingt ans comme un substitut à la progression (stoppée) des salaires dans la formation de la demande de biens de consommation, atteint lui-même des sommets.


Les dépenses publiques et la consommation des ménages, ces deux piliers essentiels de la formation de la demande globale dans l’économie, ne seront par conséquent pas très vaillantes dans les années qui viennent. Quant à la demande extérieure, régulièrement entravée par une monnaie surévaluée * (du moins dans la zone euro), elle se met à fonctionner comme un frein mécanique dès que s’esquisse la moindre perspective de reprise, du fait de la volatilité accrue des prix des matières premières et de l’énergie.

En raison de la diminution des réserves facilement accessibles, renforcée par des politiques d’investissement quasi rentières dans l’exploration, l’extraction et le raffinage des énergies fossiles, et du fait que la spéculation s’est massivement engouffrée sur ce type de marchés ces dernières années, la facture énergétique se met à exploser avant même que ne se matérialisent les espoirs de reprise qui fondent ces spéculations.


Or les revenus dépensés à l’étranger pour importer le précieux liquide ne sont pas compensés, à court terme, par une demande venant en sens inverse des pays producteurs et s’adressant aux entreprises des pays consommateurs. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estimait en 2004 qu’une augmentation durable du prix du baril de pétrole de 25 à 35 dollars pouvait engendrer une diminution de 0,4 point de croissance dans les pays membres (et de 0,45 en Europe) (10). Que dire lorsque le prix du baril repassera de 60 dollars à 150 dollars... et quand 0,4 point de PIB représente à peu près l’effet attendu du plan de relance français ?

La même question vaut pour les excédents commerciaux gigantesques que la Chine entretient avec les Etats-Unis et l’Europe. Le problème n’est pas, à cet endroit, que les Etats-Unis siphonnent l’épargne du reste du monde pour financer leurs impressionnants déficits : il est que les Chinois surépargnent. Ce phénomène provient certes, pour une part, du taux d’épargne structurellement élevé des ménages, mais, plus sûrement encore, sur les six ou sept dernières années durant lesquelles l’excédent commercial chinois a été multiplié par trois (de 3 % à 10 % de son PIB), des surprofits gigantesques réalisés par les firmes industrielles installées en Chine et tournées vers l’exportation ou la substitution des importations passées. La captation qu’elles ont opérée sur la demande mondiale est venue gonfler les profits du secteur industriel, lesquels ont fait grimper de 7 points le taux d’épargne brute des entreprises depuis le début des années 2000.


Ces profits épargnés, et cette épargne excédentaire des ménages chinois, créent, par leur non-retour dans la demande mondiale, les déficits commerciaux qu’ils se plaisent ensuite à financer. Ce jeu creuse dans la demande globale, en face de chaque tentative de reprise économique, un trou de 168 milliards d’euros pour l’Europe et de 268 milliards de dollars pour les Etats-Unis (187 milliards d’euros) (11).

Insatiable exigence d’accumulation

On a déjà du mal à ranger les contraintes macroéconomiques qui précèdent dans la catégorie des problèmes « conjoncturels », vu leur rôle structurant dans les malformations de la demande effective au niveau mondial. Que dire, alors, des facteurs qui ont configuré pendant plus d’un quart de siècle une sorte d’économie de la dépression — pour reprendre les termes de l’économiste Paul Krugman —, cahotant et trébuchant sans cesse sous le fardeau de la globalisation libérale et de la domination de la finance sur l’entreprise et le travail ? Le terme de « structurel » paraît bien faible pour désigner la nature même du régime d’accumulation du capital qui s’est mis en place au tournant des années Reagan et Thatcher, et dont le point fort, précisément, n’a pas été, du moins dans les grands pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le dynamisme en termes d’accumulation du capital... sans rien dire de ses véritables « points forts » (inégalités sociales, mauvais traitements infligés au salariat, dégâts irréversibles causés à l’environnement). Or tout porte à croire, jusqu’ici, que les piliers de ce régime d’accumulation demeurent en place, et qu’ils vont continuer à tirer la croissance (et le reste) vers le bas.


La clé de voûte du régime d’accumulation financiarisée a été, et reste, la restauration du pouvoir actionnarial sur les grandes firmes cotées en Bourse. Ce retour de l’actionnaire, qui s’est opéré à la faveur de la réhabilitation des marchés financiers dans les années 1980, ne s’est pas fait sous la figure avenante de la veuve de Carpentras (qui, au début du siècle, assistait aux assemblées générales d’actionnaires pour les petits fours), mais à travers la montée en puissance des grands fonds d’épargne collective, lesquels sont parvenus à détenir dès le tournant du millénaire plus de 50 % des actions des entreprises cotées. Ces organismes de placement collectifs (fonds mutuels, fonds de pension, compagnies d’assurance) entrent en concurrence pour drainer l’épargne des catégories aisées de la population. Leurs choix de placements en Bourse et leurs participations aux organes de « gouvernance » des firmes ont fait d’eux une véritable police des marchés d’action, sanctionnant ici les entreprises qui n’auraient pas mis les actionnaires au centre de leur politique, récompensant là celles qui parvenaient à atteindre les fameux 15 % ou 20 % de bénéfices sur les fonds propres (12).

Il va sans dire que ces exigences exorbitantes n’ont été favorables ni à l’investissement ni à la consommation. D’un côté, elles ont conduit les entreprises à réduire drastiquement leurs investissements, pour ne plus engager que les projets susceptibles de les faire correspondre à cette nouvelle norme financière ; de l’autre, elles ont mis une pression considérable sur l’évolution des salaires et de l’emploi, bloquant la consommation salariale.

De ce fait, les piliers de la demande intérieure sont restés atrophiés dans la plupart des pays développés, et les firmes « occidentales » sont allées chercher ailleurs de nouveaux eldorados. Or on ne saurait prétendre que cette piteuse dynamique de la demande globale est en train de s’inverser grâce aux vertus auto-rédemptrices d’une crise qui verrait soudain une économie ployant sous la rente actionnariale se transformer en un capitalisme des parties prenantes, resocialisant l’entreprise pour le bonheur de ses salariés, de ses consommateurs, des territoires qui les accueillent et de la nature.

On devrait dire de même concernant la libéralisation systématique des échanges internationaux de marchandises et de capitaux menée depuis vingt ans sous l’égide de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), puis de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La mise en concurrence de l’ensemble des productions, des projets d’investissement et des travailleurs de la planète a fait de la main-d’œuvre des pays en voie de développement une formidable armée de réserve permettant de tirer en permanence les salaires vers le bas (13).


On ne voit pas, là non plus, ce qui serait susceptible de renverser la tendance à brève échéance. Pour l’heure, avec la récession, le risque serait plutôt que cette pression constante sur les salaires précipite une déflation salariale qui n’est déjà plus une lointaine hypothèse, notamment aux Etats-Unis, où les salaires hebdomadaires se sont mis à baisser du fait de l’érosion du pouvoir de négociation des salariés et de la réduction subie de leur temps de travail. En Europe, avec la construction d’un « espace économique unifié » auquel il manque à la fois un « espace » (une politique fixant des règles aux échanges extérieurs et une politique de change), une « économie » (un taux d’imposition minimum sur les sociétés, un salaire plancher adapté à chaque pays) et une « unité » (par des transferts compensant les inégalités de développement), les politiques de dumping salarial ont encore de beaux jours devant elles.

Enfin, on ne devrait pas hésiter à ranger, parmi les facteurs structurels qui ont contribué à configurer cette économie de la dépression, la pensée dominante en économie depuis un bon quart de siècle, laquelle a constamment négligé la demande pour se focaliser sur les problèmes qui viendraient brider l’offre : les coûts salariaux trop élevés, les rigidités du marché du travail, la fiscalité confiscatoire sur le capital, la bureaucratie, l’indolence des salariés à chercher du travail, etc. Ne jurant que par le développement de la croissance potentielle à long terme, ses clercs n’ont eu de cesse d’imposer des politiques dites « structurelles » visant à encourager la disponibilité de la main-d’œuvre, le capital humain, le progrès technique...


Ce n’est pas prêter trop d’importance aux idées académiques que de dire qu’elles ont leur part de responsabilité dans la crise actuelle, même si c’est une responsabilité qu’elles désirent partager avec d’autres. Comme le rappelle Krugman : « Le corpus d’idées creuses qui avait des prétentions à l’appellation d’“économie du côté de l’offre” est une doctrine loufoque qui aurait eu peu d’influence si elle n’avait pas fait appel aux préjugés de rédactions médiatiques et d’hommes riches (14). » Une fois passées les exubérances keynésiennes de cette période carnavalesque, on peut craindre que le loufoque redevienne « tendance ». En témoigne l’inébranlable président de la BCE, M. Jean-Claude Trichet, revenant aux sources de son inspiration pour dégager les grandes orientations de la politique macroéconomique :

« En ce qui concerne les politiques structurelles, il convient d’intensifier de plus en plus les efforts visant à soutenir la croissance potentielle dans la zone euro. (...) En particulier, les réformes des marchés de produits sont nécessaires pour favoriser la concurrence et accélérer la restructuration et la croissance de la productivité. En outre, les réformes des marchés du travail doivent faciliter un processus approprié de fixation des salaires et la mobilité de la main-d’œuvre entre les secteurs et les régions. Dans le même temps, de nombreuses mesures adoptées ces derniers mois pour soutenir certains compartiments de l’économie devront être annulées progressivement et en temps opportun. Il est essentiel que l’accent soit désormais mis sur le renforcement de la capacité d’ajustement et de la flexibilité de l’économie de la zone euro, conformément au principe d’une économie de marché ouverte dans un régime de libre concurrence (15). »

La lueur au bout du tunnel...

Laurent Cordonnier.

Economiste, maître de conférences à l’université Lille-I. Auteur de Pas de pitié pour les gueux, Raisons d’agir, Paris, 2000.

 

NOTES

(1) Retour de la croissance mondiale au second semestre 2010 selon le FMI et la Fed, dès le début de l’année 2010 selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

(2) Informations rapides, Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), Paris, 15 mai 2009.

(3) Comme le conseille déjà l’OCDE, sans craindre la contradiction, dans sa note sur les Etats-Unis : « Il conviendra, lorsque la reprise sera bien engagée, de rétablir la viabilité des finances publiques en réduisant les déficits budgétaires et en s’attaquant au problème du gonflement des dépenses sociales. » Perspectives économiques de l’OCDE, n° 85, Paris, juin 2009.

(4) Cf. « The public pension bomb », Fortune, New York, 12 mai 2009.

(5) D’après Darrell Duffie, professeur à l’université Stanford (Californie), cité par Le Monde, 16 mai 2009.

(6) Le FMI estime à 2 800 milliards d’euros les pertes que les agents économiques ont dû enregistrer dans leurs comptes depuis le début de la crise, dont les deux tiers pour les banques ; « Perspectives de l’économie mondiale », FMI, avril 2009, p. 9.

(7) Lire Ibrahim Warde, « Bernard Madoff, à la barbe des régulateurs de la finance », Le Monde diplomatique, août 2009.

(8) La SEC dispose de plus de 3 500 employés et d’un budget de près de 1 milliard de dollars. Cf. Les Echos, Paris, 16 et 17 mai 2009.

(9) Le Figaro, Paris, 18 et 19 avril 2009.

(10) « Analysis of the impact of high oil prices on the global economy », International Energy Agency, mai 2004.

(11) Chiffres pour l’année 2008 du Census Bureau concernant les Etats-Unis et d’Eurostat concernant les vingt-sept pays de l’Union européenne.

(12) Lire Isabelle Pivert, « La religion des quinze pour cent », Le Monde diplomatique, mars 2009.

(13) Lire Jacques Sapir, « Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis », Le Monde diplomatique, mars 2009.

(14) Paul Krugman, Pourquoi les crises reviennent toujours, Seuil, Paris, 2000.

(15) BCE, conférence de presse du 2 juillet 2009.

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