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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 03:38



Technologies vertes : la nouvelle course aux armements chinoise

http://goudouly.over-blog.com/article-technologies-vertes-la-nouvelle-course-aux-armements-chinoise-40000375.html

 

par Robert F. Kennedy Jr.

Sur Contre Info

Au moment où les commentateurs notent la fin de non-recevoir sur l’éventualité d’un partenariat de type G2 opposée par le président chinois au président américain en visite officielle ; où la perspective d’un accord global sur le climat à Copenhague bute sur les divergences d’intérêts entre pays émergents et pays riches ; où l’occident semble empêtré dans des pesanteurs que l’on peut percevoir comme idéologiques mais qui ne sont peut-être que celles d’une oligarchie crispée sur des avantages acquis, l’impressionnant bilan des avancées chinoise dans secteur des technologies vertes établi par Robert F. Kennedy remet quelques pendules à l’heure. Dans un monde où les technologies cruciales de demain ne seront pas forcément celles qu’imaginent le bloc occidental (nano, NTIC, biotechs...) mais plus prosaïquement celles qui permettront d’affronter concrètement le défi du climat et de l’énergie, les plus modernes et les plus réactifs ne sont pas ceux que l’on croît. La Chine fait plus que tailler des croupières aux États-Unis : elle est en train de gagner la bataille commerciale des technologies énergétiques alternatives au pétrole qui, si leur bilan écologique n’est pas forcément toujours vertueux, vont à tout le moins dans le sens de la diminution des gaz à effets de serre et dans la prise en compte du pic pétrolier. Les grands pays émergents du BRIC ont de bons atouts en main dans un 21ème siècle qui devra être peu ou prou écologique : paradoxalement, ne pas abriter en son sein les plus grandes compagnies pétrolières et les plus grands trusts financiers peut mettre à l’abri de certains immobilismes dévastateurs. Alors que dans le même temps, l’occident prend lui un retard pratiquement suicidaire à s’adapter aux crises qu’il a pour une bonne part provoquées. PB.

 


Par Robert F. Kennedy Jr, Huffington Post, 19 novembre 2009


Entravée par l’opposition des grands émetteurs de carbone et de leurs alliés à courte vue du Capitole [le siège du congrès US], l’administration Obama a reconnu cette semaine qu’elle reviendrait de Copenhague sans que soient pris de nouveaux engagements en vue de contrôler les gaz à effet de serre. De même, le Congrès fait marche arrière sur la promesse pourtant judicieuse de l’administration d’imposer un prix raisonnable sur le carbone. L’explication ultime de blocage, c’est l’attitude traîtresse de la Chambre de Commerce américaine, toujours prête à caresser obséquieusement Big Oil et King Coal dans le sens du poil plutôt que de se soucier de ses devoirs envers notre pays, et qui combat chaque effort en vue d’accélérer la transition de l’Amérique vers une économie de marché dé-carbonisée .

La Chambre de Commerce continue à prétendre stupidement qu’un effort pour accroître l’efficacité et l’indépendance énergétique du pays mettrait en quelque sorte l’Amérique en désavantage concurrentiel par rapport à la Chine. Pendant ce temps, les Chinois se sont positionnés de façon habile et stratégique pour reprendre à l’Amérique son avance autrefois substantielle dans le secteur des énergies renouvelables. La Chine nous rendra bientôt aussi dépendants de sa technologie verte durant ce siècle que nous l’avons été du pétrole saoudien au siècle précédent.

Car les Chinois s’engagent dans cette concurrence dans les technologies de l’énergie comme s’il s’agissait d’une course aux armements. La Chine investit autant ou plus dans les technologies vertes qu’elle ne le fait pour son armée, dépensant des centaines de milliards de dollars chaque année dans les énergies renouvelables et dans l’amélioration des infrastructures des réseaux de distribution. Ces investissements, si nous ne réagissons pas vigoureusement, provoqueront une érosion du leadership américain dans les technologies vertes et assureront la domination de la Chine.

Le programme de relance économique de la Chine prévoit de consacrer 38% des dépenses aux technologies vertes, à comparer aux pauvres 12% du programme de relance américain. En 2013, les technologies vertes représenteront 15 pour cent du PIB chinois. Alors que les États-Unis ont prévu de tripler leur production éolienne d’ici 2020, la Chine va multiplier sa propre capacité par douze, atteignant une capacité de production éolienne de plus du double de celle de l’Amérique. Et tandis que les États-Unis devraient augmenter leur production d’énergie solaire d’un modeste 33% d’ici à 2020, la production d’énergie solaire en Chine devrait augmenter de 20 000%.

Les investissements chinois dans les technologies solaires ont si puissamment stimulé la croissance d’un marché intérieur dans ce secteur que les fabricants de panneaux solaires chinois sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux que leurs homologues américains, et qu’ils sont parvenus à une production à faible coût beaucoup plus rapidement que ceux-ci. Les entreprises chinoises inondent désormais le marché américain avec des panneaux solaires à bas prix et dévastent un secteur manufacturier américain qui se préparait à créer des dizaines de milliers d’emplois pour notre économie en difficulté.

Des centaines de fabricants solaires américains voient maintenant leurs perspectives devenir désastreuses. BP Solar, Evergreen, et General Electric ont déjà annoncé la fermeture de leurs usines américaines de panneaux solaires et leur délocalisation, principalement vers la Chine. Le fabricant leader du secteur solaire en Amérique, Applied Materials, a ouvert la plus grande installation de recherche privée sur l’énergie solaire du monde en Chine. Aujourd’hui, parmi les dix principaux fabricants de panneaux solaires, un seul est américain.

La plus grande installation de panneaux solaires aux Etats-Unis comporte 70 000 panneaux, débitant 14.2 mégawatts, sur la base de l’Air Force de Nellis, dans le Nevada. L’installation fournit plus de 25% des besoins en électricité de la base, et permet au Pentagone d’économiser un million de dollars annuellement sur sa facture d’énergie, mais les panneaux ont été fabriqués par Suntech Power Holdings, un conglomérat chinois. Même sur le marché du film solaire mince, un des derniers refuges de la domination américaine, les profits se réduisent face à la concurrence chinoise.

L’année dernière a vu pour la première fois l’Amérique construire plus d’unités de production d’électricité éolienne que le total des nouvelles unités de production au charbon ou au pétrole. Nous avons été les premiers au monde pour les installations éoliennes durant plusieurs années, et l’industrie éolienne représente déjà plus d’emplois aux USA que celle de l’extraction du charbon. A un moment, les États-Unis jouissaient d’une domination mondiale dans la fabrication des éoliennes, avec de grandes perspectives de création d’emplois.

Pourtant, aujourd’hui, parmi les cinq principaux fabricants de turbines éoliennes, un seul est américain. Pendant que le Congrès s’amuse, la Chine nous bat à plate couture. Le Shenyang Power Group a récemment signé un accord pour devenir le fournisseur exclusif de turbines pour le plus grand projet éolien des États-Unis, un complexe de 145 km² et de 600 mégawatts dans l’ouest du Texas. Le projet créera 2800 nouveaux emplois - 2400 en Chine, mais seulement 400 aux États-Unis.

Comme l’a noté Lu Jinxiang, le directeur général de l’actionnaire majoritaire de Shenyang : « Ce n’est que le commencement ... [les États-Unis] sont une cible idéale. » La Chine est également prête à nous ravir notre position dominante dans les batteries et les voitures électriques, et est déjà loin devant l’Amérique quant au rendement énergétique des carburants automobiles.

Les républicains de Capitol Hill vont bientôt s’apercevoir que la course aux armements du 21ème siècle se déroule déjà, et se joue avec un pays totalitaire qu’ils appelaient il n’y a pas si longtemps « la Chine rouge ». Mais l’Amérique ne gagnera pas en alignant plus d’ogives et de meilleures fusées. Nous ne pouvons l’emporter qu’en investissant massivement dans les technologies vertes et en soutenant les innovations américaines dans ce domaine.


Robert F. Kennedy Jr est universitaire et avocat,

spécialiste des questions environnementales.

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Published by Goudouly - dans -*- environnement
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