Le CHATEAU DE DURBAN sur ARIZE, est un lieu d’expérimentation des énergies
renouvelables, d’éco-construction bio-climatique et d’économie solidaire.
La restauration de la CHAPELLE va nous permettre de :
- mieux intégrer les solutions actuelles et de diffuser les techniques d’éco-construction dans le patrimoine bâti, en utilisant des méthodes de restitution des volumes plus écologiques et économiques,
- créer en Ariège, un espace de rencontres et d’échanges, de création et récréation culturelles et artistiques, un lieu d’ouverture au monde.
L’Association MILLE PATTES organise le 22 OCTOBRE 2006 :
1) une visite commentée du château (historique, architecture, projet) à 14 h
2) un atelier de construction d’une hutte igloo en terre en 6 étapes
- la 1ère étape est déjà terminée : mise en place de la structure en
noisetier et remplissage en terre-paille : de 2,5 m de diamètre avec une porte et 3 petites fenêtres, elle a été créée durant le Rassemble Vrai en Mai 2006 pendant une semaine de chantier permanent.
- le 22 Octobre, 2 ème étape du chantier : mise en forme avec du
torchis (intérieur et extérieur) afin de préparer la 3^ème étape : enduit épais en terre.
- Les prochaines étapes seront composées de couches successives
d’enduits qui rendront la hutte imperméable.
Participation libre.
Repas indien possible : 6 Euros avec réservation.
Contact : Vishwan : 06 74 39 41 23
Venez partager cette aventure !
Association MILLEPATTES
Château Saint Barthélémy
09240 DURBAN SUR ARIZE
Tél. : 06 79 39 59 78
Durban.millepattes@laposte.net
Lorsque Monsieur SARKOZY, avec la bénédiction du Gouvernement VILLEPIN,
s'attaquait au « plus grand squat de France », il pensait boucler cette
« affaire » en un tour de main. Mal lui en a pris car malgré les violences des
expulsions, les rafles et autres expulsions qui continuent comme l'atteste
le « coup fourré » du Consulat malien ce week-end, le collectif des 1000 a
résisté à tous les assauts et est plus que jamais débout pour des papiers et
le relogement...
Engagés dans la voie d'une lutte déjà longue parce que datant au moins de
2003, les 1 000 ont été d'une patience légendaire tant leur chemin a été
fait de promesses piétinées sur fond de manouvres dilatoires et de mépris,
de pressions et d'intimidations. Ainsi, sauvagement chargés avec familles et
enfants le 17 août 2006, accueillis au gymnase « Belle Image » par Monsieur
Jean-Yves LEBOUILLONNEC, Maire de Cachan, soutenus par des organisations,
des élus et citoyens venus de partout, ils n'ont cessé de développer des
initiatives et des actions dont les échos résonnent au-delà de la France et
de l'Afrique, si l'on en juge par les messages et les visites de solidarité
venant de partout. Disons-le clairement, c'es le gouvernement qui par son
bras armé, Monsieur SARKOZY, aveuglé par la haine et le mépris, a voulu
comme il est de coutume, faire des 1000 un instrument électoral mais se
retrouve dans un bourbier dont il aurait pu se passer. C'est lui qui, dans
cette langueur estivale d'alors, a voulu se tirer la couverture dans cette
surenchère continue de dualité au sommet du pouvoir entre les deux factions
saillantes de la droite en concurrence avec l' « affront national » dont
elles sont une vulgaire copie. Il a dès lors imposé un corps à corps que
les 1000 ont toujours rejeté, préférant le dialogue et des solutions viables.
Dans ce sens, il devient incompréhensible, que les autorités, après leurs
solutions qui ne sont qu'une manière de déplacer les problèmes au lieu de les
affronter, refusent les vraies solutions même provisoires, comme ces
propositions concrètes du Conseil général et surtout de la Mairie de
LIMEIL-BREVANNES. Cela dit, même si il n'y a pas encore d'issue positive à
cette épreuve aussi difficile que dramatique, les 1000 par leur sérénité et
leur manière de prendre de la hauteur ont d'ores et déjà gagné la médaille
d'or de la dignité, pour avoir été un exemple pour l'organisation et la
mobilisation, faisant incontestablement du gymnase, un centre national,
voire international de fraternisation, de réflexion et d'actions,
entre immigrés et français dans la diversité du comité de soutien,
des élus, des citoyens pour la défense des droits de tous.
Dans cette lutte exemplaire de résistance au déni de droit faite de
chasses aux enfants, d'expulsions pour séparer épouses et enfants de leurs
maris, 6 hommes aux cursus et motivations différents mais aux revendications
partagées ont librement décidé de mettre leur vie en danger en guise de
révolte contre les injustices flagrantes qui frappent le Collectif des 1000
mais aussi tous ceux qui partagent leur sort de sans droit en ce XXIe
siècle, dans le « pays des droits de l'Homme ».
Ils sont à leur 28 ème jour de grève de la faim et ont atteint de ce fait
le seuil critique mais continuent avec courage et détermination à lutter à
leur manière pour des papiers, pour un logement au nom du Collectif des
1000.
Cette lutte dans sa généralité a directement ou indirectement continué à
participer à l'unification du mouvement des sans-papiers en particulier, du
mouvement démocratique, dans sa globalité. C'est pourquoi, il devient plus
qu'urgent de s'activer pour la régularisation de tous les sans papiers, le
retour des expulsés, l'arrêts des détentions et des expulsions, car le
mouvement des sans papiers malgré ses difficultés objectives et subjectives
n'est pas encore défait parce que refusant de se mettre à genou face à ce
gouvernement inhumain. C'est pourquoi, il y a urgence à préparer dans
l'unité les différentes initiatives en cours ou à venir.
Fait à Cachan, le 18 septembre 2006
Portrait n°1 : Seydou TOGOLA, porte parole des grévistes
Jusqu'à la fameuse journée du 17 août 2006, Seydou TOGOLA travaillait. Mais
pour faire « face à cette situation de harcèlement sans fin, de ce jeu de
cache-cache continu fait d'humiliations parce qu'étant sans-papier », il a
arrêté pour trouver une solution définitive à ce problème par la réflexion
et l'action collectives.
A la question quelle est ta nationalité, sa réponse a fusé : « Je suis né
dans ce pays où les producteurs et l'Etat n'ont aucune prise sur le cours du
coton avant, pendant et après sa production.»
Cet ancien travailleur à la Compagnie Malienne pour le Développement du
Textile (CMDT) sait de quoi il parle, lui qui a assisté de prés ou de loin
avec d'autres collègues les vagues de licenciements, de départs volontaires,
de démissions et autres tumultes qui ont secoué la vie de la Compagnie ces
dernières années, non seulement au Mali mais aussi dans toute la sous région
africaine, amenant les entreprises à mettre souvent la clef sous le
paillasson, faute de moyens face à des produits de la concurrence sauvage de
produits moins chers d'ailleurs, malgré l'ingéniosité et le savoir-faire du
personnel local.
Pour changer de vie, participer activement à la solidarité familiale et
réaliser ses propres projets, il se retrouve chez un ami avant de gagner le
bâtiment F « du plus grand squat de France ».
Cette grève de la faim est pour moi à la fois un engagement personnel,
collectif et général. Il me faut des papiers et je suis conscient que cela
n'est et ne sera possible que dans une action collective organisée et
diversifiée.
Sans préjuger de l'issue de notre action, une chose est claire : il y a eu
un « avant gymnase ». Il y aura un « après gymnase ». Que Monsieur SARKOZY
ou ceux qui pensent et agissent comme lui expulsent autant qu'ils le
voudront mais une chose est sûre : ils ne pourront pas arrêter la mer avec
leur bras tant que les rapports entre les pays riches en général et la
France en particulier ne tiendront pas compte de nos intérêts, tant que les
rapports inégalitaires et de domination qui ont prévalu continueront. »
Portrait n° 2 : O.R.
Pour des raisons qui lui sont propres et que nous respectons, O.R. n'a pas
souhaité que son identité soit affichée.
Toutefois, il a indiqué que son histoire avec sa femme est utile à conter.
Voila un monsieur qui, résidait chez un ami mais s'est retrouvé grâce à ses
compétences en robinetterie et en électricité au cour du bâtiment F tant le
Collectif ne pouvait plus se passer de ses services dans le site dont le
délabrement s'accélérait. ..
Ne pouvant pas se marier dans son propre pays du fait de pesanteurs
sociales avec celle qu'il aime, ne pouvant pas se marier dans le pays de sa
femme qui est sous le coup d'une convulsion politique inachevée mais au
racisme et aux secousses avérés, ce couple à la vie ballottée a convenu de
se retrouver en France, « pays des Droits de l'Homme et des amoureux » pour
braver les interdits insensés qui les frappaient de délit d'amour. Derrière
ce plombier vivant de petits boulots se cache un pharmacien et un
informaticien de première main qui n'attend que des papiers pour mener une
vie normale avec son inséparable femme, elle aussi Ingénieure en Mécanique
industrielle et titulaire d'une Licence en Comptabilité et Audits de
Sociétés.
Portrait n° 3 : Sékou DAFFE
Sékou Daffé était un commerçant dont les affaires marchaient bien.
Malheureusement, à trois reprises, son échoppe d'alimentation sera la cible
d'incendies aux origines inconnues. Las de cet acharnement du sort, il se
retrouve en France entre les acharnements de lois à la fois cyniques et
iniques, si ce n'est entre les mains au moins d'un marchand de sommeil,
menteur, arnaqueur et voleur.
Aujourd'hui, n'eut été cette grève de la faim qu'il assure aussi avec
beaucoup de sagesse, il serait peut-être entrain de nettoyer des vitres, de
laver des carreaux ou de mener d'autres activités du monde des BTP.
Dernièrement, avant son expulsion « du plus grand squat de France », son
cour balançait pour savoir s'il devait porter plainte ou pas contre un
ancien patron véreux et félon comme ça fait légion de nos jours (depuis les
lois SARKOZY) qui, après l'avoir employé pendant un mois et 15 jours, refuse
toujours de le payer sous prétexte qu'il n'a pas de papiers !
« Le Collectif des 1000 m'a réveillé et la faim de ces derniers temps m'a
rendu conscient d'une force que je n'avais pas soupçonné en moi .
Aujourd'hui, je suis convaincu qu'on pourra aller très loin, en plus de la
solidarité plus loin que je ne l'avais imaginé et je souhaite que cette
lutte soit un temps qui compte dans la dignité de nous autres immigrés qui
vivons en France ».
Remonté contre le Consulat du Mali qui « nous a trahi pour nous avoir
approché, donné des assurances pour parer à d'éventuelles expulsions sans
qu'on ait rien demandé, qui en a profité pour avoir nos coordonnées pour
que les nôtres se fassent expulse. Qquelle honte ! ».
Cela dit, il ne demande comme tout le monde qu'une chose : avoir ses
papiers à travers le Collectif pour continuer à vivre honnêtement et
normalement comme tout bon citoyen avec sa femme et son enfant d'un an et
huit mois..
Portrait n° 4 : Salim Z.
Salim n'a en vérité jamais demandé de papiers. En effet, aux dires de son
entourage et selon ses propres constats, il ne voulait pas participer à une
loterie administrative pour voir son dossier rejeté même si des éléments
sérieux et probants l'accompagnent. Il dit être de ce « pays où les de
généraux pillent les richesses nationales au moment où le peuple crève de
faim »
Salim a été amené d'écourter ses études dans son pays natal afin de
subvenir aux besoins familiaux en se retrouvant plus tard comme artisan du
bâtiment. A son arrivée en France et depuis, il se retrouve dans les mains
d'autres moins expérimentés, se tapant souvent tout le boulot mais se
retrouvant toujours avec moins de sou qu'eux... dont il a eu des moments à
faire bénéficier de son expérience.
Pour la grève même, il indiquera : « Il faut comprendre qu'au bâtiment F
nous vivions dans l'esprit d'une vraie famille. Cette grève est une réponse
personnelle à la détresse de mes autres frères et aux pleurs et peines de
mes sours et de nos enfants. Les épreuves que nous avons subies ensemble ces
dernières années nous ont approchées plus qu'autre chose. C'est pourquoi,
pour moi, je ne mets pas en vérité ma vie en danger pour des papiers mais
plutôt attirer l'attention de l'Etat et des différentes autorités pour plus
d'humanité car je n'ai rien d'autre à offrir comme réponse à cette détresse
humaine. Je hurle cette misère pour que ces « hauts de la haut » , ces
grands messieurs qui sont au pouvoir prennent leurs responsabilités pour
mettre fin à cette dramatique situation qui n'honore pas la France »
Portrait n°5 : Bourahima YAOUDA
« J'étais tôlier et je m'en sortais très bien et n'avais aucunement pensé
quitter mon pays pour me retrouver en France ou ailleurs. Mais tout d'un
coup, le pays a basculé dans un état de transe surréaliste et de divisions
ethnique, géographique, politique.
Menacé de mort, j'ai tout lâché pour me retrouver ici. Apparemment, ce pays
qui a connu une sérieuse nuisance politique différemment appréciée connaît
aujourd'hui une affaire de déchets toxiques comme pour ne pas arranger les
choses. Qui n'aime pas son pays ? Est-ce que parce que je serais musulman et
que tel autre serait d'une autre religion que nous n'avons pas le droit de
vivre, de vivre ensemble ? La France ne devrait-elle pas s'interroger sur sa
politique dans notre pays où il ne fait plus bon vivre à cause de la haine
qui a été installée entre compatriotes qui ont toujours vécu ensemble ? Tout
ça à cause de la politique politicienne, tout ça à cause de la politique de
la France dans notre pays, tout ça à cause de la « Françafrique »
Comme tous les autres, j'aspire à une vie normale et demande ma
régularisation et celle des autres : les autorités seront responsables de ce
qui m'arrivera car m'a vie a été gâché là-bas et elles veulent m'empêcher de
vivre ici. Des papiers pour tous ! »
Portrait n° 6 : Ramdane HAMADI
Ramdane était administrateur dans une société d'Etat. Refusant de
participer aux « jeux » de magouilles et de vol, il a été mis au placard
pour ne pas avoir participé à ces systèmes de concussion et de corruption
bien rôdés comme on en voit un peu partout dans les pays sous-développés.
Déçu de ces pratiques, où il argue qu' « il ne peut y avoir de corrompus
sans corrupteurs », il démissionne et se met à son propre compte mais, pour
gagner des marchés, il fallait verser des bakchichs.
Finalement, il plaque tout et se retrouve en France attiré qu'il a été par
les valeurs de « Liberté », d' « Egalité » et « Fraternité ».
Mais très vite, il se rendra compte que la France est en réalité
l'original de la situation de photocopie que je pensais m'être départie
depuis l'Algérie.
Pourquoi, bloquer les régularisation et vouloir nous donner en offrande au
patronat ? Pourquoi, les organisations même celles qui se réclament des
travailleurs ne voient en nous que des immigrés alors que nous sommes quand
même des travailleurs aussi? Est-ce que nous nous sommes plus une
composantes du monde du travail ? Doit-on laisser faire pour que après nous,
ils s'attaquent aux droits des autres, français ou pas ?
Tout cela cache des choses pas très clair et je me pose beaucoup de
questions. Mais rien ne pourras me faire dévier pour la défense de nos
droits élémentaires pour les papiers, le logement, l'école, le travail.
Sinon cela signifierait que la barbarie s'est installée et a même gagné.
Cela signifiera la fin de la civilisation... »
Dossier réalisé par Sékou DIABATÉ
Président de Initiatives et Actions Citoyennes pour la Démocratie et le Développement
avec l'accord des grévistes de la faim.
Cette suite d'articles de presse ou d'extraits de livres analyse ce que chacun de nous ressent de manière empirique (et plus particulièrement à la fin du mois, quand il tombe bien avant le 31)
Les phrases soulignées le sont par moi.
La prise de conscience à lieu. L'organisation des classes ne semble pas encore mûre.
Bonne lecture

Un ouvrier sur deux dit avoir « perdu » à la RTT
Les salariés âgés, les bas revenus et les ouvriers estiment que leur situation professionnelle s'est dégradée depuis la réduction du temps de travail. Ils dénoncent massivement les effets des 35 heures sur les salaires.
Dans le monde du travail, près de 10 ans après leur instauration, les 35 heures font presque l'unanimité... contre elles. Une écrasante majorité de patrons estiment aujourd'hui qu'elles ont été « mauvaises » pour la croissance, les entreprises et l'emploi. Mais ce point de vue est désormais partagé par 60 % des salariés. Ces derniers ont beau avoir conscience d'être, en théorie, les principaux bénéficiaires de la réduction du temps de travail, ils se montrent de plus en plus sceptiques sur ses effets réels. 1 sur 2 (47 %) estime même que sa situation s'est plutôt détériorée depuis le passage aux 35 heures.
Ce sentiment est très diversement perçu selon les catégories de salariés : plus ils sont âgés, touchent des revenus modestes et évoluent à un niveau hiérarchique bas, plus le ressentiment est fort. 1 ouvrier sur 2 dit avoir « perdu » à la RTT (contre 43 % qui y ont « gagné »). Les revenus modestes ne sont que 35 % à s'estimer gagnants (et 56 % perdants).
A l'inverse, 1 cadre supérieur sur 2 pense que la réforme leur a profité (contre 37 % qui estiment y avoir perdu). L'effet de génération, lui aussi, est important : les seuls à y être en majorité favorables sont les moins de 35 ans. C'est avant tout l'impact, « négatif » pour 6 sondés sur 10, des 35 heures sur les salaires - a fortiori dans le secteur privé (58 %, contre 49 % dans le secteur public) - et sur la charge de travail qui est décrié.
De nouveaux assouplissements
Les salariés, se démarquant ainsi des organisations syndicales, se montrent donc prêts à une remise en cause de la réforme du temps de travail. Mais sous quelles formes, et de quelle ampleur ? Les salariés penchent en priorité (40 %) pour de nouveaux assouplissements, auxquels ils adhéreraient d'autant plus qu'ils s'accompagneraient en contrepartie de revalorisations salariales. Mais ils sont une proportion équivalente à préconiser une approche plus radicale, soit par une « réforme en profondeur » (23 %), soit par la « suppression » (14 %) pure et simple des 35 heures.
7 patrons sur 10 sont eux aussi partisans de tourner rapidement la page, 39 % par la suppression et 32 % par une réforme en profondeur. Il ne reste que 20 % de salariés (et 3 % de dirigeants) à défendre encore la «généralisation » de la réduction du temps de travail (10 %) ou son « maintien en l'état » (10 %).
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Inquiétude et colère chez les salariés à revenus modestes
Les ouvriers et, plus généralement, les salariés à revenus modestes se disent inquiets pour leur avenir et en colère contre le niveau des salaires.
Perte de motivation, stress et pessimisme : dans l'attente d'une « rupture », les salariés affichent un moral en berne. Un mot résume la situation : l'« inquiétude », sentiment le plus fréquemment retenu (35 %) par les salariés sondés pour qualifier leur état d'esprit actuel, aussi bien dans le public que dans le privé. Cette inquiétude augmente avec l'âge et atteint un niveau très élevé chez les plus de 45 ans (43 %). La désillusion gagne en moitié de carrière, les moins de 35 ans étant les seuls à mettre plus en avant des sentiments positifs - motivation (49 %) et satisfaction (32 %) - que négatifs. L'entreprise semble confrontée à une cassure avec sa base. Outre l'inquiétude, particulièrement marquée chez les ouvriers (46 %), les revenus modestes expriment avant tout de la « colère » (28 %) et du « stress » (26 %).
Incapacité d'épargner
Au cour du malaise : les salaires. En 10 ans, indique Ipsos, « les préoccupations sur le pouvoir d'achat n'auront jamais été aussi fortes ». Près d'un salarié sur deux (44 %) affiche comme attente « prioritaire » une amélioration de son revenu - 2 fois plus qu'en 2001 - et une large majorité (70 %) se dit dans l'incapacité d'épargner. L'inquiétude est d'autant plus présente qu'ils ne voient pas d'éclaircie à l'horizon. Les prévisions des dirigeants ne seront pas de nature à les faire changer d'avis. Certes, ceux-ci restent «confiants» sur l'évolution de leur santé économique de l'activité, mais ils sont en même temps circonspects sur leurs capacités à embaucher (72 % de pessimistes) et à revaloriser les salaires (52 %), a fortiori dans les entreprises de moins de 200 salariés.
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JACQUES DELORS PRÉSIDENT DU CONSEIL DE L'EMPLOI, DES REVENUS ET DE LA COHÉSION SOCIALE : « Les Français ont encore envie de travailler »
« C'est la confirmation d'un climat d'inquiétude en France. La question du stress, qui est liée dans une certaine mesure à cette inquiétude et apparaît comme un élément dominant chez les salariés, est centrale. Je note aussi qu'un clivage très marqué ressort entre les générations en ce qui concerne la motivation et la satisfaction. Je ne trouve pas paradoxal de voir cohabiter chez beaucoup de salariés de la motivation et de l'inquiétude. Cette dernière est liée à des éléments plus généraux : la peur de la mondialisation, un certain mécontentement... Mais la motivation affichée par certains montre que les Français ont encore envie de travailler et de se réaliser au travail. Les jeunes sont motivés, ce qui est encourageant. »
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LOUIS CHAUVEL SOCIOLOGUE, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS À L'IEP PARIS « Quelque chose de grave se passe »
« En 2000, les salariés voyaient les salaires recommencer à augmenter après 20 ans de stagnation. C'était l'époque de la bulle Internet, il y avait l'espoir d'être reparti pour 30 ans de croissance, comme au temps des Trente Glorieuses. Depuis, la bulle a éclaté, il ne reste plus de marges de croissance et en même temps, le vrai coût de la vie, le prix des logements, a plus que doublé. Les gens voient bien que les salaires ne permettent plus de vivre, que quelque chose de grave se passe. Les salariés et les patrons sont réalistes sur l'évolution des salaire : on voit mal aujourd'hui d'où pourrait venir la croissance. Notre système privilégie avant tout les rentiers. Avec ce type de politique économique, les salariés et les entrepreneurs sont dans une situation de blocage. »
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La dangereuse dérive des classes moyennes
La société française ne sait plus où elle va, diagnostique le sociologue Louis Chauvel qui étudie l'évolution des classes moyennes
Pourquoi parler de « dérive » ?
Notre société est traversée de paradoxes. La société française est très inquiète de la croissance des inégalités, alors qu'elle est l'une des rares à ne pas avoir connu d'explosion des inégalités. Notre société est très protégée par l'État-providence, mais angoissée par son avenir. Notre société est riche, mais terrorisé par la crainte de la pauvreté En résumé, nous savons où nous sommes, mais nous ne savons absolument pas où nous allons. Nous ne savons plus ce qu'est le progrès.
Tout le monde est également concerné ?
Il existe une profonde fracture entre les générations, que ne montrent pas les statistiques. En moyenne, les taux de pauvreté n'ont pas augmenté. Sauf que, dans les années 1980, les pauvres, c'était les vieux en cours de disparition. Aujourd'hui, les pauvres sont les jeunes, avec plein d'avenir dans la pauvreté.
Dont les jeunes de la classe moyenne ?
Oui, le mouvement anti-CPE a bien montré l'angoisse des bac 3, bac 5, qui anticipent un avenir de catégories intermédiaires précarisées. Sans l'aide d'un patrimoine venant des parents, une vie de confort moyen, avec un logement décent, leur est devenue impossible.
D'où la polémique sur les taux d'intérêt et l'euro fort
Oui, cette politique économique favorise ceux qui détiennent déjà un patrimoine, et défavorise ceux qui essaient de produire le patrimoine de demain. L'économiste Keynes expliquait que l'inflation était une forme d'euthanasie des rentiers - là, nous sommes dans une situation d'euthanasie des jeunes salariés. A terme, il faut craindre des tensions très fortes entre des actifs qui craignent l'effondrement du système et des retraités qui ne sont pas tous riches et bien portants, mais dont une proportion importante vit dans des conditions bien meilleures que les retraités d'avant, et aussi que les retraités du futur, la génération aujourd'hui au travail.
Quelles conséquences entraîne la dérive des classes moyennes ?
Les classes moyennes sont le noyau central de la société. Si elles partent à la dérive, c'est donc un peu l'ensemble de la société qui ne sait plus très bien où est son avenir Car dans les années 1970, elles ont porté une idéologie de progrès économique, d'avenir radieux, qui culmine avec la victoire de la gauche en 1981. Le rêve s'est éteint vers le milieu des années 1980, avec la « parenthèse » de la rigueur au nom du franc fort - pour revenir à la question précédente. On a entretenu le rêve à crédit, en faisant des dettes qui pèsent sur les générations suivantes. Et les catégories populaires, qui pouvaient espérer monter dans l'ascenseur social, voient au contraire aujourd'hui les classes moyennes s'effondrer sur elles. Tout cela fait évidemment le jeu des extrémismes.
Propos recueillis par Francis Brochet « Les classes moyennes à la dérive », de Louis Chauvel (Seuil, 10,50 euros).
...
Cette France qui souffre mais qui veut vivre debout sur sa terre et qui ne demande rien d’autre que la justice, je veux parler en son nom. C’est à cette France que je veux dédier toute mon action et donner toute mon énergie.
La France qui souffre ce n’est pas seulement celle des exclus, celle des désespérés, celle des laissés-pour-compte, celle des sans-domicile, celle des pauvres sans travail.
La France qui souffre c’est aussi celle des travailleurs pauvres, de tous ceux qui estiment ne pas avoir la récompense de leur travail, de leurs efforts, de leurs mérites. Celle qui sait qu'avec le SMIC on n’arrive plus à se loger, celle des temps partiels subis, celle des mères isolées qui ne peuvent pas travailler à temps plein parce qu’elles n’ont pas les moyens de faire garder leurs enfants. C’est la France des salariés de l’industrie qui vivent dans la hantise des délocalisations, des cadres qui redoutent à 50 ans de faire les frais de la prochaine réorganisation et de ne plus avoir de place dans l'économie et la société. C'est aussi celle des artisans, des agriculteurs, des pêcheurs écrasés de charges et de contraintes et qui n’arrivent plus à faire face. C’est la France des classes populaires qui a peur de l’exclusion et celle des classes moyennes qui a peur du déclassement.
C’est la France pour laquelle le futur est vécu comme une menace alors que je veux tant qu'il soit une espérance.
C’est aussi la France du « non » qui n’est pas la France du refus du monde ou de l'Europe mais la France qui n’en peut plus de subir, la France qui ne se sent ni écoutée, ni entendue, ni respectée.
Ce « non » n’est pas celui d’une France qui n’aspire qu’à se replier sur elle-même. C’est celui d’une France qui ne veut pas cesser d’espérer et qui demande qu’on lui donne des raisons d'y croire.
C’est le cri d’une France qui ne veut plus que l’on décide sans elle.
Un rappel historique conduit toujours à la réalité sur le terrain.
Pierre Stambul de l'Union Juive Française pour la paix se charge ici de nous retracer en quelques lignes l'histoire d'Israël et de la Palestine.
En mettre en lien avec la carte présente sur ce blog : histoire d'une colonisation
La guerre qui se déroule depuis plus de 60 ans entre Israël et la Palestine est
devenue centrale. La plupart des guerres et des bouleversements de la région
sont liés à la question palestinienne. Les problèmes fondamentaux du droit des
peuples, de l’égalité, du colonialisme, du droit international ou de l’impunité
de régimes qui commettent des crimes de guerre sont posés par ce conflit.
*Une destruction méthodique et préméditée*
Un peu d’histoire pour comprendre cette guerre :
l’immigration continue de Juifs venus principalement d’Europe à partir du début
du XXe siècle a progressivement marginalisé le peuple palestinien en le
dépossédant de sa propre terre. La volonté des institutions juives de créer un
Etat Juif où les Non-Juifs seraient, soit expulsés, soit réduits à une condition
de citoyens de seconde zone a abouti à la guerre de 1948-49. Cette guerre que
les Israéliens appellent guerre d’indépendance et que les Palestiniens appellent
la Naqba (la catastrophe) a abouti à l’expulsion programmée de 800.000
Palestiniens (les 3/4 de la population) de leur pays. L’Occident et les
institutions internationales ont favorisé ou laissé faire cette « purification
ethnique ». C’était une façon facile de se laver de leur responsabilité
collective dans l’antisémitisme européen et le génocide Nazi. Sauf que le peuple
palestinien n’avait pas la moindre responsabilité dans ces crimes.
C’est une idéologie au départ très minoritaire parmi les Juifs, le Sionisme, qui
a créé l’Etat d’Israël. Dès le départ, cette idéologie manifeste un caractère
ultra-nationaliste en niant totalement les droits et même l’existence du peuple
autochtone. En accaparant les terres (toutes les terres des Palestiniens
expulsés sont confisquées dès 1950) et en en convoitant sans cesse de nouvelles,
le projet sioniste est un projet colonial. Les Israéliens auraient souhaité
réussir ce que les Nord-Américains ont réussi avec les Amérindiens ou les
Australiens avec les Aborigènes : marginaliser les Palestiniens à un point tel
qu’ils ne soient plus capables de revendiquer quoi que ce soit. Pendant très
longtemps en Israël, on parlait « des Arabes », les Palestiniens n’avaient pas
d’existence. Le Sionisme n’est pas une idéologie religieuse, mais c’est dans une
lecture partiale de « la Bible » qu’il va trouver la justification de son projet
fou de « regrouper tous les Juifs du monde dans un seul Etat ». Dès les années
50, l’immigration massive des Juifs du monde arabe est organisée. Israël devient
un pays hyper militarisé et un avant-poste de l’impérialisme américain au
Moyen-Orient.
La fin du XXe siècle est une succession de guerres de conquêtes. En 1967, les
Israéliens occupent les 22% de la Palestine qui leur avaient échappé 20 ans
auparavant.
Aussitôt, la colonisation commence. Les colons qui sont souvent des intégristes
religieux, mais parfois aussi des banlieusards attirés par des logements à bas
prix accaparent les meilleures terres et l’eau de la région. Les Palestiniens
s’accrochent à leur terre. La première Intifada révèle au monde entier un peuple
qui combat à main nue une des armées les plus puissantes. Depuis 1967, 650000
Palestiniens ont connu la prison. Certains y sont depuis plus de 30 ans. Il y a
11.000 prisonniers aujourd’hui.
Expulsée de Jordanie puis du Liban, la direction palestinienne résiste. L’OLP
reconnaît en 1988 Israël dans ses frontières de 1949. C’est une concession
énorme. Les Palestiniens renoncent à 78% de la Palestine historique. Ce
processus aboutit aux accords d’Oslo (1993). Pourquoi ce processus a-t-il
échoué ? Parce que jamais les Israéliens n’ont songé à évacuer les colonies
(50.000 nouveaux colons s’installent entre Oslo et l’assassinat de Rabin). Parce
que jamais les Israéliens n’ont accepté la moindre égalité des droits entre eux
et les Palestiniens. Parce que 25% de la société israélienne est gangrenée par
des idées intégristes voire fascistes (aujourd’hui Avigdor Liebermann est
ministre). Parce que les gouvernements israéliens n’imaginent comme Etat
palestinien qu’une espèce de bantoustan formé de cantons isolés, privés de
terre, d’eau, de ressources naturelles et d’unité.
Depuis la deuxième Intifada, une destruction systématique de la société
palestinienne est à l’œuvre. Un mur balafre la Cisjordanie, coupant les
villages, détruisant les terres agricoles , isolant des zones promises à
l’annexion. La construction du Mur a été condamnée par la Cour de La Haye, mais
le gouvernement israélien se moque du droit international et procède par fait
accompli. 750 check points rendent la vie des habitants impossible, empêchant la
population de se déplacer, d’étudier, de se soigner. Les exécutions extra
judiciaires se multiplient. La bande de Gaza est devenu un véritable
« laboratoire ». La population y est enfermée, affamée, soumise à des attaques
incessantes (plus de 400 assassinats ces six derniers mois). Privé de toute
perspective de vie normale, le peuple palestinien a exprimé son refus en votant
pour le Hamas. L’Europe a répliqué en coupant les vivres. C’est l’agressé qui
est sanctionné, l’agresseur ne l’a jamais été. Même impunité lors de l’attaque
contre le Liban cet été. 34 jours de guerre et 1.400 morts principalement
civils. Le Sud-Liban a été détruit et de nombreux crimes de guerre commis. Il y
a un consensus tragique en Israël pour dire que Hamas ou Hezbollah = terrorisme
et pour trouver « moral » de tuer 20 civils pour abattre un « terroriste ».
*La question du Sionisme*
Cette idéologie apparaît en Europe à la fin du XIXe siècle. Alors que la plupart
des Juifs résistent à la montée de l’antisémitisme et s’engagent massivement
dans des mouvements progressistes ou révolutionnaires (souvent en abandonnant la
religion), les Sionistes s’inscrivent totalement à contre courant de cette
évolution. Ils n’ont aucune pensée universaliste, ils s’inscrivent dans le cadre
de la montée des nationalismes européens avec l’idée simpliste : un peuple = un
état. Pour eux l’antisémitisme est inéluctable. La citoyenneté ou l’égalité des
droits sont des leurres. Ils sont contre toute forme de mélange, d’intégration
ou d’assimilation. Ils pensent que les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux. Le
Sionisme repose sur un mensonge fondateur : pour eux la Palestine serait une
« terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Les premiers colons s’emparent
de la terre comme les colonialistes européens l’avaient fait dans leurs
colonies. Au moment la guerre de 48, les Israéliens nieront toute responsabilité
dans le départ des Palestiniens.
Le Sionisme vise quelque part à clore l’histoire juive. La diaspora est
présentée comme une parenthèse alors qu’elle est l’essence même du judaïsme. Le
nouvel Etat d’Israël est présenté comme le centre de toute vie juive. Un Juif
est sommé d’émigrer en Israël ou à défaut, de soutenir inconditionnellement la
politique de cet état. Sinon, il devient un traître ayant « la haine de soi ».
La quasi-totalité des institutions juives laïques ou religieuses deviennent des
officines de propagande pour l’Etat israélien. Cet Etat s’est construit en
contradiction avec les valeurs du monde Juif : universalisme, cosmopolitisme,
pluralisme. Les langues et les traditions des Juifs Arabes, des Séfarades, des
Ashkénazes ont quasiment disparu au profit d’un modèle unique. Cette volonté
d’éradiquer le passé pour construire un « homme juif nouveau » aboutit à une
société malade, imbue de sa supériorité militaire et incapable d’accepter
« l’autre » (le Palestinien) comme son égal.
Sans le génocide Nazi, Israël n’aurait pas existé. Pourtant le Sionisme n’a joué
qu’un rôle marginal dans la résistance juive au nazisme. À partir des années 60,
une instrumentalisation systématique du génocide et de l’antisémitisme est
organisée. Chaque acte antisémite, réel ou supposé, est utilisé pour persuader
les Juifs de venir s’installer en Israël. Le complexe de Massada est développé.
Il s’agit de persuader les Juifs que tout le monde les hait, qu’ils ne peuvent
compter que sur eux-mêmes et que toute critique d’Israël est fondamentalement
antisémite. La propagande martèle « qu’Israël n’a pas de partenaire pour la
paix » et « qu’Arafat est un nouvel Hitler ». Cet enfermement mental provoque
une véritable fuite en avant, criminelle pour les Palestiniens mais suicidaire
aussi pour les Israéliens. Comment peuvent-ils croire s’imposer durablement par
la violence dans la région ?
Des Juifs pour la Paix
En Israël, une petite minorité que nous appelons « les anticolonialistes »
résiste au rouleau compresseur. Ils ne sont pas très nombreux. En 1982, ils
avaient réussi à faire descendre des dizaines de milliers de manifestants contre
la première guerre du Liban. Cette fois-ci, ils n’ont été au plus qu’une bonne
dizaine de milliers quand l’armée israélienne pilonnait le Liban.
Qui sont-ils ?
Des refuzniks (1.400, ce n’est pas rien) qui préfèrent aller en prison plutôt
que de servir dans les territoires occupés, des personnalités politiques comme
Michel Warschawski, des universitaires comme Tanya Reinhart, des historiens
« dissidents » comme Ilan Pappé, des journalistes comme Gideon Lévy ou Amira
Hass. Il y a des groupes politiques : le Hadash (parti communiste qui est
« binational »), le Bloc de la Paix d’Ury Avnery. Il y a les Femmes en Noir et
d’autres associations qui vont sur les barrages pour témoigner. Il y a « les
Anarchistes contre le Mur » qui manifestent régulièrement avec les Palestiniens.
Certaines associations ont des tâches spécifiques comme l’association des
familles endeuillées de Nurit Peled ou Zochrot qui recherche les traces des
anciens villages palestiniens avant la Naqba. Tous ces groupes qui rencontrent
régulièrement les Palestiniens représentent l’espoir d’un futur pacifique possible.
En France, l’Union Juive Française pour la Paix s’est développée à partir de la
deuxième Intifada. Elle fait partie d’un réseau d’associations juives
progressistes européennes dans 10 pays. Par notre présence dans les collectifs
pour la Palestine, nous montrons que la guerre là-bas n’est ni religieuse, ni
communautaire, ni raciale. Elle porte sur la question de l’égalité des droits et
de la justice. Face au CRIF qui prétend parler au nom de tous les Juifs, nous
disons « pas en notre nom ». Nous nous revendiquons d’une autre histoire juive,
celle des militants anticolonialistes ou des résistants au nazisme. Et puis,
nous sommes en première ligne pour empêcher une instrumentalisation du génocide.
Oui l’antisémitisme est un crime (européen). Non, il ne justifie en rien
l’injustice fondamentale faite aux Palestiniens. Cette injustice doit cesser,
c’est le sens de notre engagement.
*Pierre Stambul*
Union Juive Française pour la Paix
Même si je crois que les solutions à apporter passent par d'autres voies que celles posées ici par Laurent Fabius, cet article à un grand intérêt pour la connaissance des régles mises en oeuvre de part et d'autre de l'atlantique et à travers le monde.

Une légende bien établie en Europe attribue aux seules forces du marché l'exceptionnel dynamisme de l'économie américaine au cours des 20 dernières années. En réalité, cette dernière semble davantage résulter de la « main visible de l'État » que celle, réputée invisible - et pour cause... - du marché.
1. Les instruments de la politique industrielle des États-Unis
A. La tradition du « Buy American » dans les commandes publiques
La politique industrielle américaine s'appuie traditionnellement sur le levier des commandes publiques. Dès 1933, le « Buy American Act » prévoit, pour tous les marchés publics, que la moitié des biens achetés soient fabriqués ou assemblés sur le sol américain. En raison de la signature par les États-Unis de l' « accord plurilatéral sur les marchés publics » (1994), la portée de cette loi a été restreinte et celle-ci ne s'applique plus que pour les marchés inférieurs à 7 millions d'euros. Elle reste néanmoins très présente dans les mentalités et les élus américains restent très attentifs au lieu de production des biens faisant l'objet de commandes publiques. Un conseiller économique de l'Union européenne à Washington, cité par la presse, explique ainsi(Le Parisien, 26 octobre 2006) : « Les entrepreneurs européens se plaignent souvent du protectionnisme aux États-Unis (...) Même quand les produits étrangers sont moins chers et plus performants, le gouvernement américain préfère souvent les sociétés locales ».
B. Un fort soutien aux PME dans l'accès aux marchés publics
Lors de la signature de l'accord de l'OMC sur les marchés publics, les États-Unis sont parvenus à sauvegarder une partie de leur arsenal de promotion de l' « achat public américain », à travers une loi de 1953, le « Small Business Act », devenue « Small Business Developpement Innovation Act » en 1982. Ce texte vise à assurer aux PME (moins de 500 personnes) une part minimale dans les marchés publics, soit directement, soit indirectement. Les objectifs minimaux sont d'accorder aux PME 23% des contrats directs et 40% de la sous-traitance. Pour cela, les marchés inférieurs à un montant de 100.000 dollars ou ceux auxquels 2 PME au moins peuvent répondre sont réservés aux PME ; par ailleurs, les entreprises qui se voient attribuer des marchés publics d'un montant supérieur à 1 million de dollars doivent s'engager à en sous-traiter une partie aux PME.
Il est à souligner qu'une administration spécifique (sous la forme d'une agence : Small Business Administration, 150 agents) est chargée de faire appliquer cette loi.
Les résultats de cette politique sont spectaculaires : les sources disponibles montrent que les PME américaines décrocheraient environ 40% des marchés publics (soit environ 100 milliards de dollars par an), contre 11% en moyenne en France et 5% en Europe. L'Europe, qui n'avait pas fait valoir de réglementation de cette nature lors de la signature de l'accord sur les marchés publics n'a aujourd'hui pas l'autorisation de mettre en ouvre un tel régime, alors même que le total des commandes publiques au sein de l'Union atteint aujourd'hui 1500 milliards d'euros. Malgré les demandes répétées de la part de plusieurs États-membres et de nombreuses PME innovantes, la Commission n'a pas repris à son compte l'objet d'égaliser les droits des PME européennes avec ceux des américaines.
Pour mettre en évidence l'intérêt de cette démarche, il convient de rappeler que les PME américaines ont contribué, pendant les années 1990, à 75% de la croissance de l'emploi ; dans cet ensemble, les entreprises de moins de vingt personnes ont contribué à 50% des emplois créés. Un grand nombre de ces PME réussissent à se transformer en grandes entreprises : parmi les 1000 plus grandes entreprises mondiales, on compte 9% d'américaines créées après 1980, contre seulement 5% d'européennes.
C. Une politique de la concurrence moins dogmatique qu'en Europe
La politique de la concurrence ne revêt pas le même visage selon qu'elle est conduite d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique. Deux différences essentielles doivent être pointées :
1. Il n'existe pas aux États-Unis de politique visant à limiter l'attribution ou le niveau des aides d'État ; la seule limitation juridique aux aides d'État est celle qui résulte de l'application du droit de l'OMC, moins contraignant que celui que se donne l'Union européenne. A l'inverse, le contrôle strict des aides d'État par la Commission européenne peut constituer un handicap compétitif pour les entreprises européennes. Ainsi, l'aide versée en 2003 à Alstom a nécessité d'importantes contreparties de la part de l'entreprise (cessions de filiales) alors que ses concurrents extra-européens peuvent bénéficier d'aides comparables sans avoir à envisager une quelconque contrepartie ;
2. Les autorités américaines de la concurrence sont moins hostiles que leurs homologues européennes à la constitution de « champions nationaux ». Plusieurs exemples récents montrent qu'elles ont pu laisser se constituer (Microsoft) - ou se reconstituer (ATT) - des géants dont la taille leur permet d'imposer leurs normes au reste du monde. A l'inverse, la commissaire européenne à la concurrence, Mme Kroes, récuse régulièrement le concept de « champions européens ». En agissant de la sorte, l'Europe se prive d'un instrument de puissance : les grandes entreprises exportent non seulement des produits, mais également des normes de comportement et un modèle de société.
D. Une large utilisation des subventions pour stimuler l'effort de R et D
Une partie importante de l'aide aux entreprises passe par des subventions destinées à soutenir l'effort de recherche dans des domaines liés - de façon parfois lointaine - avec la défense, la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. C'est notamment grâce à des crédits publics destinés à la sécurité intérieure qu'ont été financés les réseaux Wi-Fi (accessibles à tous gratuitement : ménages, PME...) dans plusieurs villes américaines, comme Philadelphie. De même, les enjeux de santé publique font l'objet d'une forte mobilisation : face à la grippe aviaire, le Congrès a voté plus de 7 milliards de dollars de crédits pour subventionner l'industrie des vaccins aux États-Unis (industrie qui, par ailleurs, affichait un net retard par rapport à sa concurrente européenne...).
E. La régulation des OPA
La loi américaine permettant de bloquer des OPA contraires aux intérêts stratégiques du pays a été votée au début des années 1980. Dans la mesure où les « intérêts stratégiques » ainsi protégés font l'objet d'une définition floue, son utilisation est aisée : elle a notamment été mise à contribution pour refuser la prise de contrôle de la société Unocal (7ème compagnie pétrolière américaine) par un investisseur chinois, ou encore le rachat de six ports américains par une compagnie publique de Dubaï. Les société américaines peuvent utiliser des « pilules empoisonnées » destinées à décourager les OPA hostiles (il s'agit le plus souvent de bons de souscription en actions dont la distribution aux actionnaires permet de diluer la part de l'assaillant dans le capital de la société cible).
La France ne s'est dotée d'un dispositif de ce type qu'en 2006. Une différence notable subsiste : aux États-Unis, les instruments de défense face à une OPA sont créés sur décision du conseil d'administration. En France, ce pouvoir est dévolu aux actionnaires, ce qui en rend la mise en ouvre plus lourde et l'efficacité plus incertaine.
2. Les résultats de la politique industrielle américaine
La portée des dispositifs énumérés ne doit pas être surestimée : ils ne permettent pas de traiter toutes les difficultés et les États-Unis connaissent, comme l'Europe, le phénomène des délocalisations et la désindustrialisation. Toutefois, l'efficacité du soutien public à l'innovation apparaît sans ambiguïté ; dans ce domaine, le volontarisme de l'État - qui tranche avec l'idéologie du « laissez faire » qui prévaut aujourd'hui à l'échelon européen - se traduit par des résultats positifs, dont les plus notables sont rappelés ci-dessous :
les dépenses de R et D sont de 2,7% du PIB aux États-Unis, contre 2,2% en France et 1,9% en moyenne en Europe. En valeur absolue, le total des dépenses de recherche aux États-Unis est supérieur de 260 milliards de dollars à celui de l'Europe, soit une somme représentant plus de trente fois le budget communautaire annuel consacré à la recherche !
le nombre de chercheurs pour 10.000 actifs est de 81 aux États-Unis, de 60 en France et de 49 en Europe ; dans le seul secteur des entreprises, toujours pour 10.000 actifs, il est de 70 aux États-Unis, de 30 en France et de 25 en Europe ; les dépense de recherche des PME américaines sont huit fois supérieures à celles des PME européennes !
les dépenses pour l'enseignement supérieur représentent 2,7% du PIB aux États-Unis contre 1,1% en France et en Europe. La population américaine des 25-64 ans compte 37% de diplômés du supérieur, contre 23% en France et 24% en Europe.
Conclusion
Si le différentiel de croissance entre l'Europe et les États-Unis devait persister sur la tendance des 10 dernières années, la richesse européenne par habitant en 2030 ne représenterait plus que 50% de celle des États-Unis. Malgré une population supérieure à celle des États-Unis, l'Europe ne pourrait pas faire contrepoids à la puissance américaine.
Pour tous ceux qui croient que l'Europe doit jouer un rôle dans le monde, un sursaut est urgent. Pour cela, il est nécessaire de sortir de l'incantation (les objectifs de Lisbonne, sans moyens correspondants), de renouer avec un volontarisme économique et politique qui est à l'origine de la construction européenne (CECA ou Euratom) et surtout de renoncer à un « laissez faire » que les autres économies, à commencer par les États-Unis, se gardent bien d'appliquer à elles-mêmes.
A lire pour en savoir plus : Alain Villemeur, La croissance américaine ou la main de l'État, Paris, Seuil, 2007.

*AFP (21/02/07)
Les Palestiniens espèrent un geste du Quartette, Israël une ligne dure
*Par Sakher ABOU EL-OUN
GAZA, 21 fév 2007 (AFP) - Les Palestiniens ont exhorté le Quartette qui se réunit mercredi à Berlin à faire un geste envers leur gouvernement d'union alors qu'Israël l'a appelé à maintenir la pression sur ce cabinet.
"Nous espérons que le Quartette va adopter une approche positive envers le gouvernement et ne pas recourir aux pressions et au blocus", a déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement palestinien sortant contrôlé par le Hamas, Ghazi Hamad.
"Le gouvernement d'union représentera tout l'échiquier politique et rien ne justifie une position négative du Quartette à son égard", a-t-il ajouté.
La réunion du Quartette, organisée en Allemagne, pays qui assure la présidence tournante de l'UE, réunit, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, et son homologue russe Sergueï Lavrov.
Ce groupement a imposé un boycott diplomatique et financier au gouvernement palestinien depuis l'arrivée à sa tête en mars 2006 du Hamas, considérée comme une organisation terroriste par Israël, Washington et l'Union européenne.
Aux termes d'un accord conclu à la Mecque en Arabie saoudite le 8 février, le président palestinien Mahmoud Abbas, chef du parti Fatah, et le numéro un du Hamas Khaled Mechaal, le futur gouvernement d'union s'engagera à "respecter" les accords israélo-palestiniens conclus dans le passé.
Or, pour lever ces sanctions, le Quartette exige que tout gouvernement palestinien reconnaisse clairement le droit d'Israël à l'existence, ainsi que les accords israélo-palestiniens conclus dans le passé tout en renonçant à la violence.
Israël et les Etats-Unis ont rappelé ces conditions lors d'une réunion tripartite lundi à Jérusalem entre Mme Rice, M. Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
"Nous appelons le Quartette à lever le blocus et à reconnaître le gouvernement d'union", a ajouté M. Hamad, affirmant que le futur cabinet, qui sera dirigé par le Premier ministre sortant issu du Hamas Ismaïl Haniyeh, était doté d'un programme "susceptible d'ouvrir la voie à un processus politique sérieux en vue de mettre fin à l'occupation.
"Nous avons clairement fait savoir que nous n'allons pas entraver l'action diplomatique du président Abbas et que les négociations politiques sont du ressort de l'OLP mais n'avons rien entendu de positif de la part d'Israël", a-t-il dit.
Il a fait état de "signes positifs" de la part de l'Europe, de la Russie et de l'ONU tout en déplorant la position américaine "caractérisée par le rejet et l'opposition" à tout geste envers le nouveau cabinet.
En Israël, la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, a réitéré la ligne dure de son pays envers le prochain cabinet et émis le voeu que le Quartette fera de même.
"Il est important que la communauté internationale continue à respecter ces conditions qui ne sont pas négociables", a affirmé Tzipi Livni à la radio militaire.
"Israël pour sa part ne mènera aucune négociation sur ces conditions et j'espère que personne ne fera de concession sur cette question", a-t-elle souligné.
Un responsable au bureau du Premier ministre israélien s'est montré optimiste sur les chances de voir le Quartette "réaffirmer ses conditions".
"Les Etats-Unis et l'Allemagne sont fermes sur ce point, en revanche des doutes existent sur l'attitude de la Russie", a ajouté ce responsable sous couvert d'anonymat.
Au lendemain de la réunion du Quartette, l'Allemagne doit accueillir M. Abbas qui a entame mercredi une tournée en Europe pour l'exhorter à donner une chance au gouvernement d'union.
Outre Berlin, M. Abbas doit se rendre à Londres et à Paris. Chirac recevra Abbas
*22/02/2007 - AFP
L'ONU s'inquiète du déclin du niveau de vie des Palestiniens
*JERUSALEM, 22 fév 2007 (AFP) - L'ONU s'est inquiété dans un rapport publié jeudi du déclin du niveau de vie des Palestiniens en raison d'une détérioration de la situation économique qui affecte aussi la "sécurité alimentaire".
"L'affaiblissement de l'économie conduit à un déclin notable du niveau de vie", affirme le rapport, élaboré par deux agences de l'ONU, le Programme alimentaire mondiale (PAM) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
"La montée du chômage et de la pauvreté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, s'ajoutant à une asphyxie économique, pose un grave défi à la sécurité alimentaire, laissant de nombreuses familles entièrement dépendantes de l'aide extérieure", ajoute le rapport.
"La maigre existence des plus pauvres familles dépend entièrement de l'aide et elles sont privées d'électricité et de chauffage et utilisent de l'eau provenant de sources malsaines pour préparer leur nourriture. Cela pose un risque pour leur santé à long-terme", a affirmé dans le communiqué Arnold Vercken, directeur du PAM dans les territoires palestiniens.
Selon le rapport, 34% des Palestiniens souffrent d'insécurité alimentaire et 12% autres sont menacés.
"L'assistance alimentaire à elle seule ne peut enrayer ce déclin. Il faudra pour cela une croissance économique qui nécessite dialogue politique et stabilité", a ajouté M. Vercken.
Selon le rapport, la dégradation de la situation est largement due aux restrictions israéliennes sur le commerce et les mouvements des Palestiniens, notamment en ce qui concerne la bande de Gaza qui dépend "presque entièrement" des produits alimentaires importés.
Le gouvernement palestinien issu du mouvement islamiste Hamas est boycotté par les donateurs occidentaux depuis son entrée en fonctions en mars 2006 mais ces derniers ont continué à offrir des aides aux populations palestiniennes directement ou à travers des ONG humanitaires.


(New York, le 20 septembre 2007) – Alors que les Nations Unies et l’Union africaine se préparent à déployer au Darfour la plus vaste mission de maintien de la paix jamais mise sur pied dans le monde, les forces gouvernementales soudanaises, les milices « janjawids » alliées, les rebelles et ex-rebelles ont le champ libre pour attaquer les civils et les travailleurs humanitaires, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
La situation au Darfour qui, au départ, était un conflit armé entre des rebelles et le gouvernement s’est muée en une lutte violente et confuse pour le pouvoir et les ressources, mettant
aujourd’hui en présence forces gouvernementales, milices janjawids, rebelles, ex-rebelles, et bandits.
Cette situation complexe ne devrait toutefois pas faire oublier la responsabilité de Khartoum dans les attaques aériennes et terrestres menées aveuglément, sa complicité dans les attaques perpétrées par les Janjawids contre les civils, le fait qu’il ne réclame pas de comptes aux violateurs des droits humains, et son refus de mettre sur pied une force de maintien de l’ordre capable de protéger les civils.
« La nouvelle mission de maintien de la paix au Darfour aura besoin de moyens et d’un soutien politique pour protéger les civils », a déclaré Peter Takirambudde, directeur à la division Afrique de Human Rights Watch. « Des sanctions ciblées devraient être imposées à l’encontre du Soudan s’il entrave les opérations de paix et autorise les attaques contre les civils ».
Le rapport de 76 pages, intitulé « Darfur 2007: Chaos by Design – Peacekeeping Challenges for AMIS and UNAMID » (Darfour 2007 : Un chaos délibéré – Les défis de l’AMIS et de l’UNAMID pour maintenir la paix), décrit la situation actuelle des droits humains au Darfour. Des études de cas réalisées récemment sur tout le territoire du Darfour
illustrent comment la prolifération des acteurs armés et l’incapacité du gouvernement à renforcer l’autorité de la loi – en particulier de la police – contribuent aux exactions.
Après avoir été déplacés de chez eux, les civils se retrouvent bloqués dans des camps pour personnes déplacées à l’intérieur du pays. S’ils se hasardent à en sortir pour mener une activité agricole, ramasser du bois à brûler ou rentrer chez eux, ils risquent d’être battus, violés, dévalisés ou tués – généralement par les Janjawids et les ex-rebelles. Les étrangers qui occupent aujourd’hui leurs terres paralysent toute perspective de paix durable et de retour des déplacés. Des combats entre tribus arabes ont causé des centaines de morts supplémentaires et déplacé des milliers de personnes.
Le rapport décrit les moyens cruciaux que doivent employer la nouvelle mission de maintien de la paix, la Mission conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine au Darfour (UNAMID) et la communauté internationale pour procurer une meilleure protection aux civils et remédier aux lacunes qui ont entravé la mission actuelle de l’Union
africaine, l’AMIS (Mission de l’Union africaine au Soudan).
Human Rights Watch a appelé les Nations Unies et l’Union africaine à déployer l’UNAMID sur une grande échelle et de façon stratégique et à lui octroyer une grande capacité de réaction rapide. L’UNAMID devra effectuer des patrouilles régulières de jour comme de nuit (notamment le jour au moment du marché et du ramassage du bois), employer des unités de maintien de l’ordre bien entraînées et bien équipées, et compter en son sein des inspecteurs des droits humains qui pourront rendre compte publiquement de leurs conclusions (dont des experts spécialisés dans la violence sexuelle et basée sur le genre ainsi que dans les droits des enfants).
Le plein déploiement de l’UNAMID pourrait prendre de nombreux mois.
Dans l’intervalle, le soutien promis par la communauté internationale à l’AMIS doit être fourni. Les forces de maintien de la paix au Darfour doivent reprendre immédiatement leurs activités de protection, notamment les patrouilles lors du ramassage du bois. Ces patrouilles peuvent contribuer à décourager les exactions mais en de nombreux endroits, elles sont suspendues depuis plus d’un an.
Human Rights Watch a appelé le Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Union africaine et l’ensemble de la communauté internationale à imposer des sanctions ciblées à l’encontre du gouvernement soudanais et d’autres parties au conflit s’ils se mettent en défaut de respecter certaines conditions essentielles pour une amélioration de la situation des droits humains au Darfour.
En l’occurrence, toutes les parties au conflit devraient mettre fin aux attaques perpétrées contre les civils. Le gouvernement soudanais devrait s’abstenir d’utiliser illégalement les couleurs ou les emblèmes de l’ONU et de l’AMIS sur ses avions. Il devrait également cesser de soutenir les milices janjawids qui commettent des violences et mettre en place des programmes en vue de les désarmer.
Khartoum devrait faciliter le déploiement rapide de l’AMIS et de l’UNAMID et toutes les parties au conflit devraient faire en sorte que les forces de maintien de la paix puissent mener à bien leur mandat sans encombre. Le gouvernement, les milices, les rebelles et ex-rebelles devraient permettre un meilleur accès à l’aide humanitaire et Khartoum devrait mettre un terme à sa politique de consolidation du nettoyage ethnique par l’occupation et l’utilisation des terres.
Enfin, les autorités soudanaises devraient mettre fin à l’impunité en coopérant pleinement avec la Cour pénale internationale (CPI), notamment en exécutant les mandats d’arrêt. Elles devraient promouvoir la responsabilisation des criminels en entreprenant des réformes juridiques et d’autres mesures visant à renforcer le système judiciaire du pays.
Début septembre, le gouvernement soudanais a pourtant eu l’impudence de nommer une personne soupçonnée de crimes de guerre internationaux à la co-présidence d’un comité chargé d’entendre les plaintes liées aux violations des droits humains au Darfour. Ahmed Haroun, qui est également secrétaire d’État aux affaires humanitaires, est l’un des deux
hommes faisant l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
« Partout au Darfour, les gens qui vivent dans les camps nous ont confié leur sentiment qu’ils ne pouvaient rentrer chez eux en toute sécurité », a ajouté Takirambudde.
Pour lire le rapport de Human Rights Watch, “Darfur 2007: Chaos by Design – Peacekeeping Challenges for AMIS and UNAMID,” veuillez
consulter :
http://hrw.org/reports/2007/sudan0907/
Pour voir une galerie de photos de Gary Knight/VII illustrant la situation au Darfour en janvier 2007, veuillez cliquer sur :
http://hrw.org/photos/2007/sudan0907/
Pour en savoir davantage à propos du travail de Human Rights Watch sur le Darfour, veuillez consulter :


Pourq uoi cette poussée de violence ? Quel regard portez-vous sur les événements récents à Villiers-le-bel ?
Comme d’autres analystes de la situation des "banlieues", j’avais annoncé que, la situation ne s’étant guère améliorée depuis 2005 (dans certains domaines elle a même empiré), les mêmes causes produiraient les mêmes effets. C’est-à-dire que d’autres émeutes auraient lieu selon le même schéma : la mort de jeunes en relation avec une opération de police. En 2006, il y a déjà eu des mini-émeutes dans plusieurs quartiers (à Montfermeil, à Montpellier) et des incidents très graves dans beaucoup d’autres (par exemple aux Mureaux), tous classés en "ZUS" (zones urbaines sensibles). Cela continue donc. Et on ne voit pas pourquoi cela s’arrêterait puisqu’aucune des causes n’a disparu.
Après 2005, avec l’équipe de recherche qui a fait le livre Quand les banlieues brûlent, nous avions identifié quatre problèmes cruciaux : 1) les relations catastrophiques avec la police, 2) le niveau de l’échec scolaire et le ressentiment envers l’école, 3) le niveau du chômage des jeunes, y compris lorsqu’ils sont qualifiés et 4) le statut global de la population dite "issue de l’immigration" dans la société française. Ils sont toujours là, et ils nourrissent toujours en permanence dans ces quartiers des sentiments de colère, d’injustice, d’exclusion, d’humiliation et de ce que j’appelle la « victimation collective ».
L’action de la police est-elle en cause ?
Les conflits entre une partie de la jeunesse et la police sont permanents. Ils se cristallisent sur la violence des modes d’intervention de la police. Après 2005, on aurait pu penser que la question de la police de proximité allait être remise à l’ordre du jour. Cela n’a pas été fait. A la place, Nicolas Sarkozy a au contraire décidé d’affecter en permanence des compagnies de CRS dans les quartiers. C’est le contraire de la police de proximité...
Le quotidien, c’est celui des contrôles d’identité incessants que les jeunes perçoivent comme des contrôles au faciès et comme des humiliations. C’est aussi le jeu du chat et de la souris entre les jeunes qui roulent en scooter ou en moto (sans casque et parfois de façon dangereuse pour les piétons) et les policiers, comme celui qui a peut-être conduit au drame de Villiers-le-bel (on verra ce que conclut l’information judiciaire). Il y a là un cercle vicieux qui s’est installé depuis des années, dans lequel les policiers sont piégés eux-mêmes et que pratiquement aucun responsable politique n’a le courage de dénoncer comme tel car cela supposerait une réforme sérieuse de l’organisation, de la doctrine et des façons de faire de la police. Cela ne plaît pas à de nombreux syndicats de police. Et cela rencontre manifestement aussi des blocages de type idéologique à droite.
Quelles réponses peut-on imaginer à court terme mais aussi à long terme ?
Si l’on veut que les choses se calment rapidement et durablement après le démarrage d’une émeute, indépendamment de l’action policière, il faut parler des jeunes qui sont morts et de la douleur de leurs familles, leur accorder le statut symbolique de victimes qu’elles réclament. Il faut ensuite assurer la population qu’une enquête vraiment impartiale aura lieu (et non pas s’empresser de vouloir à tout prix dédouaner la police de toute responsabilité). Enfin, il faut leur dire qu’on les entend et que l’on comprend leur colère et leur humiliation. Cela ne veut pas dire que l’on excuse les actes délinquants de certains, mais que l’on prend au sérieux un cri de révolte et de souffrance général. Il faut absolument sortir de l’effet de sidération que produisent les images de voitures qui flambent et de policiers violentés, sortir de la peur de cette jeunesse et sortir des termes mêmes dans lesquels le débat politique enferme notre réflexion.
Il faut essayer de comprendre ce que révèlent ces flambées d’émotions collectives, restituer ce qu’est la vie quotidienne de la jeunesse des quartiers dits sensibles, mesurer les difficultés énormes qu’ils rencontrent pour s’insérer dans la vie sociale lorsqu’ils « galèrent » d’intérims en petits boulots et en période de chômage. Sans emploi, au double sens d’un statut et d’un revenu, il n’y a pas de possibilité d’insertion, pas d’accès au logement et pas de perspective de fonder une famille.
On peut ensuite remonter en amont pour constater que cette situation se prépare aussi à l’école dont de trop nombreux jeunes sortent sans diplôme ou presque et où, ayant la situation de leurs aînés sous les yeux, ils intériorisent précocement l’idée qu’ils n’ont pas d’avenir dans notre société. Enfin, il faut comprendre que la population dite "issue de l’immigration" (pendant combien de générations encore ?), exprime depuis longtemps un besoin de reconnaissance et de dignité auquel la société française ne répond pas, ou bien répond par la peur et la stigmatisation globale, aujourd’hui surtout à travers la figure du délinquant et celle de l’islamiste. Tant que l’on renverra globalement cette image à toute une partie de la population, qui de plus n’est représentée et défendue par personne sur le plan politique, on ne fera que saper toujours plus la légitimité de l’action de l’État. Et, tandis que d’autres donnent des leçons de morale depuis leurs jolis bureaux des centres-villes, ce sont les agents de "première ligne" qui le payent, qu’ils soient policiers, pompiers, enseignants, travailleurs sociaux, etc.
Propos recueillis par Louis Maurin
Laurent Mucchielli est sociologue, directeur de recherches au CNRS, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Il a notamment codirigé Quand les banlieues brûlent. Retour sur les émeutes de novembre 2005 (La Découverte, 2ème éd. 2007) et Les bandes de jeunes, des "blousons noirs" à nos jours (La Découverte, 2007). Site internet : www.cesdip.org