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Mardi 20 novembre 2012 2 20 /11 /Nov /2012 06:23

http://goudouly.over-blog.com/article-contrat-tacite-des-gens-qui-dorment-112578498.html

 

 

carte postale de Annette Griesche & Christophe Monterlos

... die ich liebe. annette

lennart christian jean-pierre monterlos
* 26.06.2006 / 17h08 / 3850g / 54cm

annette griesche & christophe monterlos

 

Sur The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture

cARTed Series n.211 - août 2006 - Siouville

Contrat tacite des gens qui dorment 

 

Mes chers amis,
 
Le 11 septembre marque le triste anniversaire d'une catastrophe hautement symbolique pour l'humanité.
 
Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l'approbation tacite d'une sorte de contrat passé avec chacun d'entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu:
 
 
1) J'accepte la compétition comme base de notre système, même si j'ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l'immense majorité des perdants.
 
2) J'accepte d'être humilié ou exploité à condition qu'on me permette à mon tour d'humilier ou d'exploiter quelqu'un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale.
 
3) J'accepte l'exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que la prise en charge de la société a ses limites.
 
4) J'accepte de rémunérer les banques pour qu'elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu'elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits (qui serviront a dévaliser les pays pauvres, ce que j'accepte implicitement). J'accepte aussi qu'elle prélèvent une forte commission pour me prêter de l'argent qui n'est autre que celui des autres clients.
 
5) J'accepte que l'on congèle et que l'on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s'écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année.
 
6) J'accepte qu'il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère qu'on le fasse lentement en ingérant ou en inhalant des substances toxiques autorisées par les états.
 
7) J'accepte que l'on fasse la guerre pour faire régner la paix.
J'accepte qu'au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la défense. J'accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d'armes et faire tourner l'économie mondiale.
 
8) J'accepte l'hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu'il s'agisse d'une énergie coûteuse et polluante, et je suis d'accord pour empêcher toute tentative de substitution s'il s'avérait que l'on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l'énergie, ce qui serait notre perte.
 
9) J'accepte que l'on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états décrètent qu'il s'agit d'un ennemi et nous encouragent à le tuer.
 
 
10) J'accepte que l'on divise l'opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l'impression de faire avancer le système. j'accepte d'ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu'elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux.
 
11) J'accepte que le pouvoir de façonner l'opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd'hui aux mains d'affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis convaincu du bon usage qu'ils en feront.
 
12) J'accepte l'idée que le bonheur se résume au confort, à l'amour, au sexe, et la liberté d'assouvissement de tous les désirs, car c'est ce que la publicité me rabâche toute la journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai: je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie.
 
13) J'accepte que la valeur d'une personne se mesure à la taille de son compte bancaire, qu'on apprécie son utilité en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu'on l'exclue du système si elle n'est plus assez productive.
 
14) J'accepte que l'on paie grassement les joueurs de football ou des acteurs, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l'éducation et de la santé des générations futures.
 
15) J'accepte que l'on mette au banc de la société les personnes agées dont l'expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète (et sans doute de l'univers) nous savons que l'expérience ne se partage ni ne se transmet.
 
 
16) J'accepte que l'on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et combien j'ai de la chance de vivre en occident. Je sais qu'entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous.
 
17) J'accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent l'avenir de la vie et de la planète.
 
18) J'accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu'on me le signale explicitement. J'accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l'agroalimentaire de breveter le vivant, d'engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l'agriculture mondiale.
 
19) J'accepte que les banques internationales prêtent de l'argent aux pays souhaitant s'armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu'il vaut mieux financer les deux bords afin d'être sûr de gagner de l'argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s'ils ne peuvent pas rembourser les emprunts.
 
20) J'accepte que les multinationales s'abstiennent d'appliquer les progrès sociaux de l'occident dans les pays défavorisés. Considérant que c'est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu'on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de l'homme et du citoyen, nous n'avons pas le droit de faire de l'ingérence.
 
21) J'accepte que les hommes politiques puissent être d'une honneteté douteuse et parfois même corrompus. Je pense d'ailleurs que c'est normal au vu des fortes pressions qu'ils subissent. Pour la majorité par contre, la tolérance zéro doit être de mise.
 
 
22) J'accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l'agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances cancérigènes interdites en occident.
 
23) J'accepte que le reste de la planète, c'est-à-dire quatre milliards d'individus, puisse penser différemment à condition qu'il ne vienne pas exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d'expliquer notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives.
 
24) J'accepte l'idée qu'il n'existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé. Et si nous sommes doués d'une conscience et d'un langage, ce n'est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte.
 
25) J'accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu'aujourd'hui tout ceci n'existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous l'entendons sans cesse dans nos discours politiques.
 
26) J'accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées pour l'explication du mystère de nos origines. Et j'accepte que la nature ait pu mettre des millions d'années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants.
 
 
27) J'accepte la recherche du profit comme but suprême de l'Humanité, et l'accumulation des richesses comme l'accomplissement de la vie humaine.
 
28) J'accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de nos océans. J'accepte l'augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de poisons chimiques et d'éléments radioactifs dans la nature. J'accepte l'utilisation de toutes sortes d'additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c'est qu'ils sont utiles et sans danger.
 
29) J'accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu'elle nous mène vers une catastrophe sans précédent.
 
30) j'accepte cette situation, et j'admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l'améliorer.
 
31) J'accepte d'être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux pas mieux.
 
32) J'accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes soucis. J'accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez.
 
33) J'accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste matrice que vous placez devant mes yeux pour m'empêcher de voir la réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie.
 
 
Si vous êtes contre, vous pouvez toujours mettre en oeuvre les ressources de l'amitié et de l'amour, de la fraternité et de la responsabilité partagée, réfléchir, concevoir, oser et tisser, comme le permet l'Internet... tout retard rapproche du néant.
 
 
Fait par amitié sur la Terre, le 11 septembre 2003

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Lundi 19 novembre 2012 1 19 /11 /Nov /2012 05:47

http://goudouly.over-blog.com/article-les-dix-strategies-de-manipulation-de-masses-112576981.html

carte postale de Armand le Poète
 

Armand le Poête
"Mes plus beaux poêmes d'amour"
(extraits)
ed. Gros Textes

Sur The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.101 - juillet 2000 - Oëx & Genève

 

Les dix stratégies de manipulation de masses

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. »
Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.


3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.


4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.


5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…


7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…


9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…


10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Mardi 13 novembre 2012 2 13 /11 /Nov /2012 05:00

http://goudouly.over-blog.com/article-la-crise-pour-les-nuls-112357391.html

 

Home Collection Postcards Contacts

 

carte postale de Clara Auguste

Mon père est un artiste


Clara AUGUSTE
1993

 

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.004 - décembre 1993 - Equeurdreville
special "Club des Chi-Arts" - Mes parents sont des artistes

 

 

 

 

LA CRISE POUR LES "NULS"

Comment en est-on arrivé là?

(tout le monde va enfin piger) 

Trouvé sur le www et arrangé par mes soins      

 

Jef est propriétaire d'un bistrot. Il réalise soudain que tous ses clients sont des alcoolos qui faute de moyens ne peuvent plus fréquenter son bistrot.

Il imagine alors un plan marketing génial:

"Picole aujourd'hui, paie demain"

Il tient rigoureusement à jour son carnet de "poufs", ce qui équivaut donc à consentir un prêt à ses clients.

Chiffre d'affaires et bénéfices explosent et son bistrot devient vite, sur papier, le plus rentable de la citée.

Ses clients s'endettant chaque jour davantage, acceptent sans rechigner des augmentations régulières du prix du godet, gonflant ainsi (toujours sur papier) les marges du bistrot.

Le jeune et dynamique représentant de la banque de Jef, se rendant compte que ce tas de poufs sont en fait des contrats à terme (Futures) et donc représente un actif, propose des crédits à Jef avec les poufs en garantie.

Sa trouvaille géniale vaut au banquier visionnaire un plantureux bonus.

Au siège de la banque, un trader imagine alors un moyen pour se faire de belles commissions : il convertit les poufs en PICOLOBLIGATIONS.

Les Picolobligations sont alors "titrisées" (converties en paquets de titres négociables) afin d'être vendues sur le marché à terme.

Confiants à l'égard de leur banquier et avides de hauts rendements, les clients ne captent pas que ces titres qui leur sont fourgués comme "obligations AA", ne sont en fait que des poufs d'alcoolos sans garanties.

Les Picolobligations deviennent la star des marchés, on se les arrache et leur valeur crève tous les plafonds.

Un beau matin, un "risk manager" oublié dans les caves de la banque se réveille et signale qu'il est temps de demander à Jef que ses clients règlent leurs poufs.

Jef essaie, mais la plus part de ses clients ne bossant pas, ... broquette.

La banque exige alors le remboursement du crédit et le bistrot fait logiquement faillite, vire ses employés entraînant la faillite de ses fournisseurs en bibine qui, à leur tour, virent également leurs employés.

Le cours des Picolobligations chute brutalement de 90%.

La dépréciation de cet actif vaporise les actifs et donc les liquidités de la banque.

Problème : sa banqueroute ruinerait trop d'électeurs ("too big to fail" qu'on dit)

La banque est donc renflouée par l'Etat.

Ce renflouement est financé par de nouvelles taxes prélevées chez des employés, les classes moyennes et un tas de gens qui ne picolent pas et qui n'ont jamais mis les pieds dans le bistrot du Jef..

Compris ?

Continue de ne pas jouer en bourse !!!

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Lundi 12 novembre 2012 1 12 /11 /Nov /2012 05:33

http://goudouly.over-blog.com/article-pour-en-finir-avec-la-competitivite-112220808.html

carte postale de Christophe Meyer

Christophe Meyer
Atelier Volant

Maison/Home
http://dessindujourdechristophe.blogspot.fr/
http://www.christophemeyer.net/
http://twitter.com/christophemeyer
http://www.facebook.com/christophe.meyer

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Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.254 - février 2010 - Paris

 

Pour en finir avec la compétitivité

(rapport Attac/Copernic)

 

Après avoir annoncé un nécessaire « choc de compétitivité » souhaité par la droite et le MEDEF, le gouvernement souhaite désormais construire un « pacte de compétitivité » sur l’ensemble du quinquennat de François Hollande, inspiré par les mesures préconisées par le rapport Gallois. La rengaine est connue : notre pays souffrirait d’un déficit de compétitivité dû, entre autres, à un coût du travail trop élevé. Qu'en est-il vraiment ?

(Consulter le rapport en PDF)


À travers ce rapport, Attac et la fondation Copernic se penchent sur les difficultés de l'économie française et sur les idées reçues autour de la compétitivité. Pour ses auteurs, la diminution du coût du travail, prônée par le rapport Gallois n'est en rien une solution à la crise, de manière globale, ni à la désindustrialisation en particulier. L'accent mis sur le coût du travail masque l'essentiel, notamment l'envolée des dividendes qui grèvent les investissement de R&D.


Les mesures annoncées par le gouvernement constituent un ralliement aux dogmes libéraux, selon lesquels les salaires et la protection sociale seraient la cause de nos difficultés, les dépenses publiques devraient diminuer, et la TVA anti-sociale serait une solution. Il est pourtant urgent de sortir de cette logique qui créé les conditions d’une concurrence de tous contre tous, d’un état de guerre économique permanent qui appauvrit les populations et détruit les équilibres écologiques.


Ce contre-rapport montre comment la compétitivité, tant vantée, s’avère en fait être une voie sans issue, économiquement absurde et socialement destructrice : c’est un autre modèle de développement qu’il faut aujourd’hui promouvoir tant pour des raisons écologiques que pour des raisons sociales. Ce nouveau modèle de développement doit être fondé sur les principes de la coopération, de la rupture avec un consumérisme destructeur, de la réponse aux besoins sociaux, de la réduction des inégalités et de l’ouverture d’une transition écologique.


Lire le rapport : Pour en finir avec la compétitivité, Attac / Fondation Copernic, 7 novembre 2012

 

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Dimanche 11 novembre 2012 7 11 /11 /Nov /2012 05:47

http://goudouly.over-blog.com/article-pourquoi-rien-ne-change-t-il-alors-qu-on-sait-qu-il-faut-changer--112186084.html

carte postale de NOF

"Pornographistes"
Extrait du projet "slogans®" - "sentences®" archives multimédia.

NOF
NANCY

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cARTed Series n.018 - juillet 1995 - Le Pré de Malon

 

 

Pourquoi rien ne change-t-il alors qu’on sait qu’il faut changer ?

Dominique Méda

5 novembre 2012

Sur Reporterre

 


D’abord parce que la crise nous tétanise et bloque les innovations possibles, alors que nous avons besoin de celles-ci plus que jamais. La crise sociale et de l’emploi nous garotte entièrement. Il y a une complète contradiction entre court terme et long terme : au nom du long terme, nous devrions changer radicalement nos modes de production, revoir le rythme de la croissance, consommer différemment et, à mon sens, moins. Mais à court terme nos gouvernants pensent qu’il faut plus de consommation, plus de production, pour avoir plus d’emplois et de revenus.


Désormais nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que le PIB est un indicateur qui nous mène dans le mur mais nous n’avons jamais autant réclamé plus de croissance...


Ensuite, nous sommes tétanisés par notre incapacité à savoir qui doit commencer et par où nous devons commencer. Pour qu’une action ait une chance d’avoir une certaine efficacité, il faut qu’elle ait obtenu un soutien européen mais nous ne parvenons pas à déterminer des alliances européennes.


Nos mouvements sociaux et écologiques en France sont fragmentés, les objectifs sociaux et écologistes apparaissent désormais comme contradictoires, en France et en Europe (on ne parle plus d’Agenda Vert, la Spring alliance bat de l’aile), il n’y a pas de revendications écologiques et sociales communes en Europe... Je pense que c’est un des points fondamentaux. Les mouvements sociaux et écologistes ne parviennent pas en Europe à proposer une alternative commune et claire, ni le chemin pour y parvenir.


Quant à la question de savoir qui doit commencer et si un pays peut engager seul sa transition (vers la transition écologique, les énergies renouvelables, la décroissance de certaines productions et consommations, la reconversion de certains secteurs), elle reste complètement irrésolue et bloquante. La concurrence généralisée qui s’est installée à l’intérieur de l’Europe et dans le monde empêche de développer de "bonnes" alternatives, le risque de perdre est trop grand. L’absence de coopération organisée est dramatique.


Et donc, alors que désormais nous savons que la menace de changement climatique nous contraint à prendre des décisons fortes dans une fenêtre temporelle trés étroite, nous restons tétanisés par manque d’une alternative crédible portée par une alliance de mouvements sociaux et écologistes, par exemple par une aillance des syndicats et des consommateurs pour un emploi de qualité et des produits de qualité.


Pour moi, la question la plus "bloquante" est celle de la croissance et de son indicateur : le PIB [produit intérieur brut]. Tant que nous resterons les yeux braqués sur cet indicateur nous ne pourrons changer ni les comportements des entreprises ni les politiques publiques. Il nous faut absolument changer d’indicateurs, adopter des indicateurs complémentaires au PIB pour mettre en évidence les erreurs auxquelles nous conduit l’adhésion exclusive à cet indicateur et pour dessiner un autre chemin, un autre modèle.


Il nous faut aussi sortir du langage exclusivement économique et monétaire et parvenir à décrire le monde que nous voulons avec un autre langage.


Enfin, susbsiste la question lancinante du chômage ; nous sommes en train de nous lancer dans un programme de flexibilisation du marché du travail alors que le chômage a de nouveau atteint des sommets et qu’il faudrait partager l’emploi.


 

Source : Courriel à Reporterre

Dominique Méda est titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales (Collège d’études mondiales /Dauphine).

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Vendredi 9 novembre 2012 5 09 /11 /Nov /2012 03:20

 

http://goudouly.over-blog.com/article-apprendre-de-l-amerique-latine-112162150.html

 

carte postale de La Sauce aux Sons

L'Orchestre à vingt centimes
Fanfare rurale de musicalité durable

Contact : Vincent Touret - La Sauce aux Sons

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.162 - novembre 2003 - Bretteville Besançon Sète & Bourges
Special "10e Anniversaire de cARTed"

Depuis 1998 et la première élection de Hugo Chavez au Venezuela [1], un nouveau cycle politique s’est ouvert en Amérique latine. Il se caractérise par l’émergence, dans une majorité de pays [2], d’une nouvelle gauche du progrès humain au pouvoir. Partout, elle s’est appuyée sur le développement d’un fort mouvement des idées et des luttes sociales contre les politiques néolibérales et les oligarchies inféodées à Washington. Elle a en commun, au-delà de la diversité de ses acteurs et des expériences en cours, d’avoir tiré le bilan de l’échec et de l’écroulement du communisme d’Etat, en même temps que de celui de la conversion aboutie de la social-démocratie en un social-libéralisme d’accompagnement et de rafistolage du système capitaliste globalisé. En Amérique latine, cette social-démocratie là s’est dissoute comme projet théorique et comme stratégie. Ayant renoncé au dépassement du capitalisme, et au nom d’une ruineuse stratégie d’accompagnement du système, elle a finalement permis, et même organisé, le démantèlement des sociétés latino-américaines. Elle s’est effondrée électoralement dans plusieurs pays. Enfin, elle s’est parfois même retournée contre le peuple (Caracazo de 1989 au Venezuela).

C’est le premier enseignement que nous offre le scénario latino-américain : les peuples écrasés par le rouleau compresseur néolibéral (démantèlement de l’Etat et des services publics, libéralisations et privatisations, austérité généralisée, etc.) peuvent renverser l’ordre établi qu’ils ne sont pas condamnés à subir. Il nous indique également comment des systèmes politiques et institutionnels établis depuis des décennies peuvent, dans certaines conditions historiques, s’effondrer rapidement en entraînant dans leur fulgurante chute des partis (conservateurs et sociaux-démocrates) incapables de résoudre les problèmes concrets des populations.

Les processus de transformation sociale et démocratique en Amérique latine nous montrent que – pour construire un rapport de forces durable dans la société contre les pouvoirs économiques et financiers et leurs représentants et divers relais qui subsistent largement en dehors du pouvoir d’Etat, notamment dans les sphères économiques, institutionnelles, médiatiques et internationales –, il faut poursuivre des objectifs qui s’inscrivent dans une radicalité concrète [3], elle-même rendue possible par la mise en place d’une méthode permanente : l’implication populaire.

Celle-ci passe, en premier lieu, par l’organisation de processus constituants pour refondre le système politique et le jeu démocratique, le développement et la multiplication des formes de consultation des populations (élections, référendum, référendums révocatoires, etc.), la démocratisation du spectre médiatique (soutien à la création de médias communautaires, renforcement de services publics de l’information, lois anti-concentration, etc.), le développement de l’éducation, le renforcement de la démocratie participative à tous les échelons (certains Latino-américains parlent de « démocratie protagonique »).

De ce point de vue, l’Amérique latine est loin des clichés médiatiques qui abondent sur les supposées dérives « autoritaires » des expériences en cours. Elle invente au contraire de nouveaux processus politiques historiques dans lesquels les forces populaires – et en particulier les pauvres comme sujet politico-social – construisent leur émancipation à travers la mise en place de politiques concrètes qui, progressivement, ouvrent la voie à une transformation plus profonde des structures de la société. Et ce, dans le cadre d’un vif conflit démocratique assumé dans lequel les forces associées aux régimes antérieurs continuent – avec de nombreux soutiens extérieurs et médiatiques – d’agir.

Dans ce bras de fer permanent, les positions des classes moyennes formées au cours des périodes passées – ou émergentes dans le cadre des processus actuels qui ont réduit la pauvreté et élevé le niveau global de richesse dans chaque pays – seront influentes pour observer l’évolution du rapport de forces et les perspectives d’approfondissement – ou de stagnation – des politiques de rupture.

Dans tous les pays où elle se déploie, la gauche latino-américaine construit l’Etat social lorsque celui-ci disparaît progressivement dans nos sociétés sous la pression de la globalisation et sous le prétexte de la crise. Cette gauche latino affirme – et c’est aussi un enseignement – que l’investissement dans des politiques de justice sociale constitue un facteur de progrès et de prospérité pour la société.

L’Amérique latine est la seule région du monde dans laquelle une fissure s’est produite dans l’hégémonie du néolibéralisme. L’ « autre gauche » latino-américaine fait la démonstration qu’il est possible de faire autrement lorsque la volonté politique s’installe, face aux marchés, au poste de commandement.

Et cette région n’est pas n’importe laquelle. Elle concentre en effet de formidables richesses convoitées dans le nouveau jeu géopolitique mondial à l’heure de la crise systémique du capitalisme. L’Amérique latine rassemble 1/3 des ressources mondiales d’eau potable, d’immenses réserves en hydrocarbures, en gaz, en minerais divers, en métaux rares, la plus grande biodiversité au monde, le plus important potentiel agricole, etc.

Dans ce contexte, elle est le laboratoire de nouvelles formes d’intégration régionale qui cherchent à bâtir la souveraineté et l’indépendance du sous-continent et de ses peuples face aux prétentions hégémoniques des puissances tutélaires traditionnelles de la région (Etats-Unis et pays européens). Qu’il s’agisse de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) crée en 2004, de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) fondée en 2008 ou de la Communauté des Etats de l’Amérique latine et de la Caraïbe (Celac) lancée en 2011, toutes ces initiatives et regroupements de pays conçoivent les voies de l’intégration régionale par des mécanismes qui ne consacrent pas le marché et le libre-échange au cœur des processus, mais les principes de coopération, de solidarité et de complémentarité.

C’est notamment pour toutes ces raisons que les progressistes du monde doivent s’intéresser à l’Amérique latine. Celle-ci est une source d’inspiration en ce sens qu’elle offre un terrain d’élaboration et d’expérimentation unique pour certaines politiques qu’ils promeuvent. Elle permet aussi d’en observer les contradictions, les limites et les réussites.

L’Amérique latine offre, par exemple, le cadre d’un débat inédit au sein de la gauche et des mouvements sociaux sur la question du modèle de développement qu’il convient de construire au-delà du post-néolibéralisme. Au cœur de celui-ci se trouve la question environnementale alors que le modèle de développement latino-américain se caractérise par le fait qu’il organise l’intégration des pays de la région aux marchés internationaux via une reprimarisation des économies [4].

L’Amérique latine permet enfin de comprendre comment les acteurs sociaux et politiques se mobilisent et se mettent en mouvement pour faire bouger les lignes dans des sociétés meurtries par les oligarchies et le néolibéralisme. Et ce, tandis que notre continent s’enfonce dans une crise économique, sociale et démocratique d’une ampleur jamais connue depuis les années 1930 et dont les principaux responsables sont les mêmes [5] qui ont saccagé les sociétés latino-américaines… avant que celles-ci ne se rebellent.

N.B : une version première de ce texte est déjà parue dans le journal A Gauche (octobre 2012).

Notes

[1] Ce dernier a été réélu le 7 octobre 2012 pour un nouveau mandat. Voir le dossier de Mémoire des luttes « Elections au Venezuela »

[2] Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Nicaragua, Paraguay (avant le coup d’Etat de 2012), Pérou, Uruguay, Venezuela.

[3] Il s’agit de politiques visant à organiser une réappropriation par la puissance publique des ressources nationales et des sphères économiques et financières abandonnées à la finance, à élargir le périmètre de la propriété sociale, à consolider l’accès des populations – notamment pauvres et indigènes – aux droits fondamentaux et à développer de nouveaux droits sociaux et environnementaux, etc.

[4] L’Amérique latine s’intègre à la mondialisation par le biais du développement considérable de ses exportations de matières premières, minières et agricoles vers les marchés internationaux, principalement ceux d’Asie et de Chine. La part des produits primaires dans la production globale des richesses augmente dans la plupart des pays de la région. Et ce, au détriment de la part des produits industriels et à haute valeur ajoutée. Lire Bernard Duterme (dir.) Etat des résistances dans le Sud. Amérique latine. Syllepse, coll. « Alternatives Sud », Paris, 2012 et Pierre Salama, Les économies émergentes latino-américaines.- Entre cigales et fourmis. Armand Colin, Paris, 2012.

[5] Fonds monétaire international, marchés financiers, auxquels s’ajoutent en Europe la Commission européenne et la Banque centrale européenne.

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Jeudi 8 novembre 2012 4 08 /11 /Nov /2012 03:16
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carte postale de Jean-Luc André

Jean-Luc André

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Comme on pouvait s’y attendre, tous les dignitaires présents et passés des institutions européennes ont bruyamment salué l’attribution du prix Nobel de la paix à l’Union européenne (UE). Elle leur a permis, au moins pendant quelques jours, de se re-légitimer face à des opinions publiques de plus en plus eurosceptiques. Peine perdue : ces opinions sont largement restées indifférentes ou goguenardes, et parfois scandalisées, tant cette opération de communication leur paraissait à mille lieues de leur réalité vécue des politiques de l’UE. Et encore les médias ont-ils été relativement discrets sur le fait que le président du comité Nobel qui a attribué le prix, le Norvégien Thorbjorn Jagland (dont par deux fois le pays a refusé l’adhésion à l’UE), n’est autre que le secrétaire général de l’autre institution européenne, le Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 Etats, dont les 27 membres actuels de l’UE.

Il n’est sans doute pas anodin que cet exercice d’auto-promotion intervienne au moment où ce n’est pas la paix, mais un véritable climat d’affrontement social qui prévaut dans nombre de pays de l’UE. Ainsi, le 9 octobre, soit trois jours avant l’annonce de la décision du comité Nobel, Angela Merkel n’a pu se réunir à Athènes avec le premier ministre grec que sous la protection de 6 000 policiers, face à des manifestants qui brûlaient des drapeaux allemands et qui affublaient d’insignes nazis des portraits de la chancelière.

Deux semaines plus tôt, le 25 septembre, des milliers d’Indignés qui assiégeaient le Parlement avaient été violemment réprimés par la police : 60 blessés et des centaines d’interpellations. Le 15 septembre, plus d’un million de Portugais étaient descendus dans les rues des principales villes du pays pour dire « non » aux plans d’austérité du gouvernement de Pedro Passos Coelho. Parmi les slogans que l’on pouvait lire sur les banderoles des manifestants, l’un résumait bien le sentiment général : « Stop au terrorisme social ». Etaient visées non seulement les dirigeants portugais, mais aussi la funeste troïka - Banque centrale européenne (BCE), Commission européenne et FMI – qui constitue le détachement avancé d’une véritable et toute-puissante force d’occupation à laquelle l’UE a fait serment d’allégeance : la finance.

Pour que les choses soient claires, c’est cette « troïka » qui devrait se rendre à Oslo le 10 décembre prochain pour recevoir le prix Nobel, et non pas l’autre « troïka » prévue : les présidents de la Commission, du Parlement européen et du Conseil européen. Et il appartiendrait alors au « sauveur suprême » de l’Europe, Mario Draghi, de prononcer le discours d’acceptation du prix. Dans son allocution, le président de la BCE pourrait reprendre à son compte la célèbre déclaration du méga-spéculateur Warren Buffet, le deuxième homme le plus riche du monde, qui, le 25 mai 2005, affirmait à la chaine de télévision CNN : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».

A l’époque, ces propos étaient destinés au public américain, et ils avaient valeur de mise en garde car Warren Buffet craignait que le système capitaliste ne s’autodétruise par ses propres excès. Sept ans plus tard, ils s’appliquent parfaitement à la situation européenne. Derrière l’invocation obsessionnelle, par tous les gouvernements, de la nécessité de la « compétitivité » (traduction : baisse de la rémunération du travail et démantèlement de la protection sociale), c’est bien une violente guerre sociale qui est en cours dans l’UE. Et la mascarade du prix Nobel de la paix ne pourra pas dissimuler cette réalité.

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Mercredi 7 novembre 2012 3 07 /11 /Nov /2012 03:12
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"Ils rêvaient qu'ils volaient"

MURIEL FALHUN

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A ceux qui l’ignoraient encore, la crise révèle que les marchés financiers sont devenus les acteurs principaux de l’actuelle conjoncture économique en Europe. Ils incarnent un changement fondamental : le vrai pouvoir – jusqu’à présent détenu par les politiques – est passé entre les mains des spéculateurs boursiers et d’une cohorte de banquiers tricheurs.
Chaque jour, les marchés mobilisent des sommes colossales. Leur action collective peut renverser des gouvernements, imposer des décisions politiques et soumettre des peuples. Ces nouveaux « maîtres du monde » ne s’embarrassent de nul souci du bien commun. La solidarité n’est pas leur problème. Encore moins la préservation de l’Etat providence. Une seule rationalité les motive : l’appât du gain. Mus par l’avidité, spéculateurs et banquiers en viennent à se comporter comme des mafias avec une mentalité de chacals. Ils agissent dans une totale impunité.
Depuis le début de la crise, en 2007, à cause de leur comportement rapace, aucune réforme sérieuse n’est parvenue à réglementer les marchés, ni à discipliner les banquiers. Malgré l’ampleur des critiques formulées contre l’ « exubérance irrationnelle » du système, le comportement des acteurs financiers n’a pas changé. Il demeure vénal et cynique.
Certes, les banques jouent un rôle clé dans le système économique. Et les risques liés à leurs activités traditionnelles – stimuler l’épargne, fournir des crédits aux familles, financer les entreprises, soutenir le commerce – sont limités. Mais depuis la fin des années 1990 et la généralisation du modèle de « banque universelle » qui a ajouté toutes sortes d’activités spéculatives et d’investissement, les dangers pour les épargnants ont explosé. Ainsi que le nombre de fraudes, de tromperies et de scandales.
On se souvient notamment de la « tricherie du siècle », réalisée par la puissante banque d’affaires américaine Goldman Sachs qui domine aujourd’hui l’univers financier. En 2001, elle avait mis tout son savoir-faire au service du gouvernement conservateur grec pour aider Athènes à maquiller ses comptes [1]. La Grèce put ainsi remplir - en apparence - les critères exigés par l’Union européenne (UE), intégrer la zone euro et disposer de la monnaie unique.
Mais quelques années plus tard, en pleine convulsion économique, la découverte du trucage provoqua une véritable déflagration qui allait faire trembler l’ensemble de l’Union européenne. Résultat : « Tout un continent plongé dans la crise de la dette souveraine ; un pays, la Grèce, mis à genoux ; récession, licenciements massifs, chute du pouvoir d’achat des salariés ; liquidation des avantages sociaux ; coupes budgétaires, misère… » [2]
Quelles sanctions pour les auteurs d’une telle fraude ? Mario Draghi, ancien vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe, et donc au courant de la tricherie, fut promu à la tête de la BCE… Quant à Goldman Sachs, elle perçut, pour ce maquillage des comptes, une prime de 600 millions d’euros… Confirmant ainsi un vieux principe : en matière de grandes fraudes organisées par les banques, l’impunité est la règle.
Les petits épargnants espagnols peuvent en témoigner. L’an dernier, ils avaient acheté des actions de Bankia le jour de l’entrée de cette banque en Bourse. Ignorant alors que cet établissement financier n’avait nulle crédibilité et que la valeur de son action, selon les agences de cotation, était déjà proche des obligations pourries…
Les épargnants faisaient confiance à Rodrigo Rato, le président de Bankia et ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Celui-ci n’hésitait pas à déclarer, quelques jours avant d’être obligé à démissionner et peu avant que l’Etat espagnol soit contraint d’apporter 23,5 milliards d’euros au capital de Bankia pour en éviter la faillite : « Notre situation est d’une très grande solidité en ce qui concerne notre solvabilité et aussi du point de vue des liquidités [3]. »…
Il est vrai que, moins d’un an auparavant, en juillet 2011, Bankia avait apparemment réussi les « épreuves de résistance » réalisées par l’ European Banking Authority (EBA). Bankia avait en effet obtenu un Core Tier One Capital (niveau de fonds propres) estimé à 5,4%, alors que le minimum exigé n’était que de 5% [4]. Ce qui donne une idée de l’incompétence et de l’ineptie de l’EBA, organisme européen chargé de garantir la solidité des banques…
D’autres personnes peuvent également témoigner de l’impudence des banquiers. En particulier, les victimes, en Espagne, du scandale des « participations préférentielles », des titres très complexes et très risqués qui ont siphonné l’épargne (environ 26 milliards d’euros…) de quelque 710 000 familles… [5] Les banques leur ont fait croire qu’il s’agissait de placements à revenus fixes à risque zéro. Alors que ces « participations préférentielles » ne sont pas protégées par le fonds de garantie des banques. En cas de manque de liquidités, celles-ci ne sont donc pas obligées de rendre le capital initial, ni même les intérêts.
Ce « scandale du siècle » a démontré que les victimes espagnoles de tromperies bancaires ne peuvent compter ni sur la protection de la Banque d’Espagne, ni sur celle de la Commission nationale du marché des valeurs (équivalent de l’Autorité des marchés financiers) [6]. Ni, bien entendu, sur celle du gouvernement de Mariano Rajoy, qui continue d’aider massivement les banquiers tout en poursuivant une politique austéritaire très brutale avec les citoyens.
Mariano Rajoy a même demandé à l’Union européenne un crédit d’environ 100 milliards d’euros destiné à étayer le système bancaire menacé de banqueroute. En même temps, les banques espagnoles favorisaient la fuite massive de capitaux à l’étranger. De janvier à septembre 2012, quelque 220 milliards d’euros ont ainsi officiellement fui l’Espagne [7]… Une somme deux fois supérieure à l’aide demandé à l’UE pour sauver le système bancaire espagnol.
Au cours des derniers mois, à l’échelle internationale, les scandales financiers n’ont pas cessé. Rappelons, pour mémoire, quelques uns des plus marquants : la banque HSBC a été accusée de blanchir les colossales sommes d’argent de la drogue des narco-trafiquants du Mexique. Lancée dans des spéculations démentielles, la JP Morgan a pris de tels risques qu’elle a perdu environ 7,5 milliards d’euros et ruiné des centaines de clients… C’est également ce qu’a fait la Knight Capital qui, en une seule nuit, a perdu 323 millions d’euros à la suite d’une spéculation automatique à haute vitesse pilotée par ordinateur.
Mais le scandale qui provoque la plus grande colère à l’échelle mondiale est celui du Libor. De quoi s’agit-il ? L’Association des banquiers britanniques propose chaque jour un taux interbancaire appelé « London Interbank Offered Rate  » ou Libor. Le calcul de ce taux est effectué par l’agence Reuters qui, quotidiennement, demande à une vingtaine de grandes banques à quel taux elles ont obtenu un crédit. Et elle établit une moyenne. Comme c’est le taux auquel se prêtent des liquidités les banques entre elles, le Libor devient une référence fondamentale pour l’ensemble du système financier mondial. Il sert notamment à déterminer les taux (variables) des crédits immobiliers auxquels empruntent les familles (en zone euro, l’équivalent du Libor est l’Euribor, calculé sur la base de l’activité d’une soixantaine de grandes banques).
Toute variation du taux du Libor – aussi petite soit-elle – peut entraîner des conséquences gigantesques puisqu’on estime que, à l’échelle de la planète, le volume des crédits liés au Libor dépasse les 350 000 milliards d’euros…
Quelle était la fraude ? Plusieurs des banques qui servent de référence pour établir le Libor se sont concertés et ont décidé en commun de mentir sur leurs taux, faussant ainsi tous les contrats dérivés, soit notamment les crédits accordés aux familles et aux entreprises. Et cela durant des années.
Les investigations en cours ont démontré qu’une dizaine de grandes banques internationales – Barclays, Citigroup, JP Morgan Chase, Bank of America, Deutsche Bank, HSBC, Crédit Suisse, UBS (Union des Banques Suisses), Société Générale, Crédit Agricole, Royal Bank of Scotland – se sont organisées entre elles pour manipuler le Libor.
Cet énorme scandale montre que la délinquance se trouve au cœur même des finances internationales. Et que, probablement, des millions de foyers ont payé des intérêts de crédit immobilier faussés. Nombre de familles ont dû renoncer à leurs logements. D’autres en ont été expulsées parce qu’elles ne parvenaient plus à payer des intérêts artificiellement manipulés [8].
Une fois encore, les autorités chargées de veiller au bon fonctionnement des marchés ont préféré fermer les yeux. Nul n’a été condamné, à l’exception de quatre comparses [9]. Toutes les banques impliquées poursuivent leurs activités comme d’habitude.
Jusqu’à quand les démocraties pourront-elles supporter une telle impunité ? En 1932, aux Etats-Unis, le président Herbert Hoover chargea Ferdinand Pecora, fils d’immigrés italiens devenu procureur de New York, d’enquêter sur la responsabilité des banques dans les causes de la Grande Crise de 1929. Le rapport de Pecora fut dévastateur. Il qualifia les banquiers new-yorkais de « banksters  » (banquiers gangsters). Sur la base de ce rapport, le président Franklin D. Roosevelt prit la décision de protéger les citoyens contre les risques de la spéculation financière. Il sanctionna l’ensemble du secteur bancaire en lui imposant le « Glass-Steagal Act » qui établit (jusqu’en 1999) une incompatibilité entre deux sortes d’activités : les banques de dépôts et les banques d’investissement.
Qu’attendent les gouvernements de la zone euro pour adopter une mesure identique ?

 

Notes

[1]  Lire Greg Smith, Pourquoi j’ai quitté Goldman Sachs, JC Lattès, Paris, 2012. Lire aussi un entretien avec l’auteur : http://madeinusa.blogs.nouvelobs.com/un-ex-banquier-accuse-goldman-sachs-plume-les-clients.html

[2]  Página 12, Buenos Aires, 13 mars 2012.

[3]  El País, Madrid, 2 mai 2012.

[4]  En se basant sur ce déplorable rapport, certains « analystes » espagnols affirmaient – il y a à peine quinze mois – que le système bancaire espagnol figurait parmi « les plus solides du monde  »… Voici, par exemple, ce qu’écrivait, à cet égard, un « journal de référence » : « En fait, les grandes banques espagnoles remplissent largement les exigences en matière de capitaux propres, ce qui leur permet de résister à toute éventuelle dégradation extrême de la conjoncture économique au cours de deux prochaines années. » (El País,15 juillet 2011.)

[5]  http://lexpansion.lexpress.fr/.../epargnants-espagnols-ruines-par-des-produits-toxiques

[6]  Plusieurs associations ont mis à disposition des victimes leurs services juridiques. Par exemple : l’Asociación de Usuarios de Bancos, Seguros y Cajas de Ahorro (ADICAE) (adicae.net), et l’Unión de Consumidores de España (www.uniondeconsumidores.info).

[7]  Cinco dias, Madrid, 21 octobre 2012.

[8]  L’Espagne possède l’une des législations les plus dures en la matière. En cas d’impayés, la restitution du logement ne suffit pas à clore le dossier. La banque exige que la famille continue de payer le crédit jusqu’au bout… Depuis 2008, les juges espagnols ont ordonné plus de 400 000 expulsions, jetant des dizaines de milliers de familles à la rue.

[9]  La banque Barclays a été condamnée à payer une amende de 365 millions d’euros. Elle a licencié son président Marcus Agius. Son directeur général, Bob Diamond, considéré comme l’un des principaux responsables de la fraude, a été contraint à la démission… moyennant des indemnités estimées à 2,5 millions d’euros.

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Jeudi 13 septembre 2012 4 13 /09 /Sep /2012 20:24

 

Grande manifestation unitaire le 30 septembre !

 

Soumis à ratification tel qu’il a été signé par Nicolas Sarkozy, le Pacte budgétaire est un véritable Traité d’austérité qui aggrave davantage les politiques néolibérales. Nous demandons qu’un large débat démocratique ait lieu afin que les citoyen-es puissent se prononcer sur ce sujet décisif. Une grande manifestation unitaire à Paris le dimanche 30 septembre, 13h30 à Nation

A l’appel de Aitec-IPAM, AC !, ANECR, Attac, CADTM, Cedetim-IPAM, CDDSP, CGT FINANCES, CNDF, Les Économistes Atterrés, Fondation Copernic, Front de gauche – Parti communiste français – Parti de gauche – Gauche unitaire – FASE – République et Socialisme – PCOF – Convergence et Alternative – Gauche anticapitaliste, Jeunes Communistes, Les Alternatifs, Mémoire des luttes, M’PEP, Marches Européennes, NPA, Réseau Éducation Populaire, Résistance Sociale, SNESUP-FSU, Sud BPCE, Transform!, UD CGT 93, 94, 75, 77, Union des FAmilles Laïques, Union Syndicale de la Psychiatrie, Union syndicale Solidaires.


Ce contenu a été publié le Pacte par Collectif pour un audit citoyen.

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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Samedi 1 septembre 2012 6 01 /09 /Sep /2012 08:05

 

 

carte postale de Illusion Production

Illusion Production

Dame de Coeur

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LE RÔLE DE L’ÉTAT ET SON ÉVOLUTION

http://goudouly.over-blog.com/article-le-role-de-l-etat-et-son-evolution-109622622.html


Par Anicet Le Pors,

ancien ministre communiste,

Conseiller d’État honoraire

Institut d’histoire de la CGT – 5 avril 2012

http://anicetlepors.blog.lemonde.fr/2012/04/05/le-role-de-letat-et-son-evolution/


 

Résumé

Anicet Le Pors, dans ce texte, dénonce ceux qui veulent « gommer ces singularités » de la France « pour mettre l’État de ce pays aux normes de l’Union européenne ». Il fait sienne la position du philosophe Marcel Gauchet pour qui « le programme initial du sarkozysme, c’est un programme de banalisation de la France ». C’est contre cette déstructuration de la France que se dresse Anicet Le Pors.
Dans la première partie de son texte, il analyse le passage de la IIIe à la IVe République, et les constitutions de la IVe et de la Ve République. Sur la IVe République, il se démarque de l’idée largement répandue – notamment par ceux qui voulaient imposer le régime autoritaire de la Ve République – du caractère intrinsèquement néfaste de la constitution de la IVe République qui comprenait en particulier la proportionnelle aux élections législatives. Anicet Le Pors préfère le régime parlementaire au régime présidentiel. Pour lui les arguments selon lesquels cela aurait pour conséquence « de faire entrer le Front national au Parlement, ou bien que la priorité est la constitution d’une majorité forte plutôt que la fidèle représentation du peuple ne sauraient y faire obstacle. C’est au débat politique et non à la technique électorale de faire les majorités, de définir la voie à suivre et d’exprimer par la loi la volonté générale ». Il dénonce évidemment la dérive bonapartiste du régime autocratique de la Ve République.
Dans la seconde partie de son texte, Anicet Le Pors mène une réflexion sur l’établissement de ce qu’il appelle une « démocratie institutionnelle ». Il se prononce, à ce propos, contre l’idée d’une VIe République. Pour lui, l’invocation de ce slogan permet de faire l’impasse sur les questions de fond et de ne rien dire du contenu. Il range dans cette même catégorie l’idée d’une « constituante » qui est, elle aussi, une « facilité ». Anicet Le Pors lance alors « des questions à débattre ». Il les regroupe en six catégories : la souveraineté, la démocratie directe, la loi, l’exécutif, l’État de droit, l’État et le citoyen.
On lira avec intérêt les 5 annexes qui accompagnent ce texte.

Sommaire

I.- DEPUIS LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE : UNE HISTOIRE TOURMENTÉE ENTRE RATIONALITÉ ET EMPIRISME

1.1.- La Constitution de la IVème République : rationnelle mais pas raisonnable ?
Histoire
Contenu
Évolution

1.2.- La Constitution de la Vème République : du parlementarisme rationalisé à la dérive bonapartiste
Histoire
Contenu
Évolution

II.- DES ENSEIGNEMENTS SUR LE RÔLE DE L’ÉTAT POUR L’ÉTABLISSEMENT D’UNE DÉMOCRATIE INSTITUTIONNELLE

2.1.- Le contexte
La décomposition sociale
La banalisation sarkozyste
Une VIème République ?

2.2.- Des questions à débattre
La souveraineté
La démocratie directe
La loi
L’exécutif
L’État de droit
L’État et le citoyen

  • ANNEXE I : Les constitutions de la France
  • ANNEXE II : Modifications de la constitution du 4 octobre 1958
  • ANNEXE III : Modifications de la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008
  • ANNEXE IV : Les référendums nationaux en France depuis 1793
  • ANNEXE V : Sur le livre de Arnaud MONTEBOURG et Bastien FRANCOIS LA CONSTITUTION DE LA VIe RÉPUBLIQUE (Odile Jacob, 2005)

Texte intégral

La France est un véritable laboratoire institutionnel : quinze constitutions en deux cent vingt ans (Annexe I). Il n’y a pas de constitution sous l’Ancien Régime, seulement quelques lois fondamentales concernant principalement le roi et des coutumes. Le roi détient son pouvoir « par la grâce de Dieu ». Mais l’affaiblissement du sentiment religieux, le discours des « philosophes » et l’aspiration croissante à plus de liberté et d’égalité font que le pouvoir d’État se sécularise : Philippe le Bel installe le pape Clément V en Avignon, il crée le Conseil d’État du roi, décapite ses créanciers. Puis le pouvoir politique tend à se dissocier de la personne du monarque (Louis XIV aurait soutenu tout à la fois que « l’État c’est moi » et « Je meurs, mais il reste l’État »). Aussi, ne faut-il pas s’étonner que la première exigence des délégués aux États généraux qui se réunissent le 5 mai 1789 soit l’élaboration d’une constitution écrite. Déjà Jean-Jacques Rousseau avait appelé à la conclusion du Contrat social en 1762 et il avait même rédigé deux projets de constitutions, l’une pour la Corse en 1768 et l’autre pour la Pologne en 1771 [1]

Tous ne mettent pas évidemment le même contenu à l’idée de constitution. Les conservateurs souhaitent une mise en ordre formelle des pouvoirs. Les révolutionnaires veulent faire table rase de l’ordre existant. L’idée de reconnaissance et de séparation des pouvoirs de Montesquieu dans L’esprit des lois : exécutif, législatif, judiciaire, s’impose et consacre finalement le rôle de l’État nouveau par le transfert de la souveraineté du Roi à la Nation. Mais une autre séparation s’opère simultanément : celle de cet État, dépositaire de l’a volonté générale et la reconnaissance de droits de l’homme et du citoyen. La traduction de ce double mouvement sera l’existence durable, d’une part d’une constitution écrite, d’autre part d’une Déclaration des droits généralement placée en tête de la constitution. C ‘est encore vrai aujourd’hui.

La première constitution, encore monarchique, intervient en 1791 et nous en sommes à la quinzième, soit une durée de vie moyenne d’environ quinze ans. Lorsque l’on parcourt la succession de ces constitutions, on peut dégager deux lignes de forces : l’une démocratique dont le meilleur exemple est la constitution de 24 juin 1793, dite aussi de l’An I, produite par la Convention ; l’autre autoritaire ou « césarienne », dont la constitution de Louis Napoléon Bonaparte du 14 janvier 1852 est l’exemple le plus caractéristique. L’histoire institutionnelle de la France peut être analysée par référence à ces deux expressions opposées. Afin de caractériser les deux modèles, on peut évoquer quelques-unes de leurs caractéristiques.

La Constitution de 1793, dans une longue Déclaration des droits propose le bonheur comme finalité et donne la plus grande place à l’intervention du peuple. Anti-fédéraliste et antilibérale, il ne s’agit pas pour autant d’un régime parlementaire. Les députés sont élus pour un an, le 1er mai. Les étrangers présents depuis au moins un an peuvent voter et sont éligibles (Thomas Peine, Américain, et Anarchasis Cloots, Prussien seront députés à la Convention. Les citoyens participent à l’élaboration de la loi par leurs assemblées primaires. L’article 35 prévoit le droit à l’insurrection si le gouvernement viole les droits du peuple (« le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »). Dans la constitution est prévu le droit d’asile pour les combattants pour la liberté, refusé aux tyrans. Le gouvernement est constitué en dehors de l’Assemblée. La constitution fut réservée en attendant le retour de la paix, car il fallait un exécutif fort pour conduire la guerre. Finalement, elle ne fut jamais appliquée.

La Constitution de 1852, a été établie après le coup d’État du 2 décembre 1951 pour faire échec à l’expiration du mandat de Louis Napoléon Bonaparte qui devait s’achever en mai 1852 et n’était pas renouvelable. La constitution lui donne tous pouvoirs sur les autres organismes de l’appareil d’État pour un mandat de 10 ans. Un sénatus-consulte lui confèrera la dignité impériale le 7 novembre 1852 sans qu’il y ait besoin de modifier le dispositif institutionnel. Néanmoins, on passera en 1860 de l’Empire autoritaire à l’Empire libéral sous la pression des milieux catholiques et des forces économiques.

Les deux lignes de forces marquent les diverses constitutions, mais dans des proportions variables. Ainsi la constitution de la IVème République se rattache à la première, la constitution de la Vème est un hybride plutôt dominé par l’esprit de la seconde.

 I.- DEPUIS LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE : UNE HISTOIRE TOURMENTÉE ENTRE RATIONALITÉ ET EMPIRISME

La constitution de la IVème République aura duré douze ans, la Vème cinquante-quatre ans cette année, en deuxième position pour la longévité après la IIIème.

 1.1.- La Constitution de la IVème République : rationnelle mais pas raisonnable ?

Histoire

Le régime de Vichy a supprimé la Constitution de la IIIème République du 25 février 1875 et s’est attaché à traduire en institutions sa conception de l’ « ordre moral » dans la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 annonçant un projet de constitution du Maréchal Pétain qui ne sera jamais adoptée. Si le régime de Vichy trouvait la constitution de la IIIème République trop démocratique, les différents courants de la Résistance intérieure ou extérieure souhaitent très rapidement mettre en place des institutions fondées sur le peuple (dans une sorte de personnalisation à l’instar de Michelet). Le poids et l’organisation du parti communiste ont pour effet de mettre en avant la référence à la constitution de 1793, sous forme d’un régime d’assemblée unique, élue à la proportionnelle intégrale et favorable au rôle des partis. Au plan économique, la Résistance avance des nationalisations et, au plan social, la sécurité sociale dans le cadre du programme du Conseil national de la Résistance.

Dès 1942, le général de Gaulle avait admis une réforme institutionnelle profonde. Une ordonnance du 21 avril 1944, prise à Alger, avait prévu une Assemblée nationale constituante. De Gaulle incline pour une dimension présidentielle sur le modèle des États-Unis.

Un premier référendum a lieu le 21 octobre 1945 pour répondre à deux questions en même temps qu’était élue l’Assemblée constituante. 1/ reconnaissance de l’assemblée comme constituante. 2/ limitation de ses pouvoirs à sa fonction constituante pendant sept mois. La réponse fut oui-oui (de Gaulle, PS, MRP), contre oui-non (PCF), er radicaux (non-oui). Le PCF domine cependant l’assemblée (25 %) avec le MRP.

Aussitôt se développe une tension entre les partis (principalement de gauche) et de Gaulle élu chef du gouvernement après maintes palabres. Il refuse de confier des ministères-clés aux communistes. Il démissionne le 20 janvier 1946. Félix Gouin, socialiste, lui succède, Vincent Auriol est président de l’Assemblée. Finalement Pierre Cot fait adopter par l’Assemblée un projet au bout d’un vif conflit entre MRP contre socialistes et communistes.

Ce projet institue un régime d’assemblée fortement marqué par le modèle de la Convention. Soumis au référendum, il est rejeté le 5 mai 1946 par 53 % des suffrages (c’est la première fois qu’un référendum rejette la proposition soumise au vote). La cause réside à la fois dans la crainte du régime d’assemblée et des communistes.

Une nouvelle assemblée constituante est élue. L’ordre d’importance est : MRP (28%), communistes (26%), socialistes (21%). Le discours de Bayeux du général de Gaulle le 16 juin, donne une esquisse d’une constitution avec un chef de l’État au-dessus des partis et doté de pouvoirs importants. La gauche n’en tient pas compte si elle prend soin de veiller à ce que n’intervienne pas un nouveau résultat négatif. Finalement, le projet est adopté par référendum : 9 millions de oui, 8 de non, mais 6 d’abstentions et 1 de bulletins blancs. La constitution est promulguée le 27 octobre 1946.

Contenu

Le professeur J-J. Chevallier a considéré que cette constitution « était rationnelle mais n’était pas raisonnable ».

Cette constitution est dans la filiation des constitutions révolutionnaires : 1789, 1793, 1795, 1848. Elle ne comporte pas de Déclaration des droits de l’homme comme dans le projet de 1945 mais un Préambule toujours en vigueur retenant de nombreux droits : droit d’asile, droit au travail, accès à la formation, à la gestion des entreprises, de grève, nationalisations, égalité hommes-femmes, etc. Elle valide, par là, les mesures prises depuis la Libération. La constitution renvoie à la Déclaration des droits de 1789 et aux « principes fondamentaux reconnus par les lois de la république ».

Elle prévoit deux chambres : l’Assemblée nationale et le Conseil de la République. La première est élue à la proportionnelle [2], elle a l’initiative des révisions constitutionnelles et a le dernier mot en matière législative. Elle est à la source de la composition du gouvernement et avec le Conseil élit le Président de la République pour un mandat de sept ans renouvelable une fois. Celui-ci garde les pouvoirs de ses prédécesseurs. Il désigne le Président du Conseil, mais ce dernier doit être néanmoins investi par l’Assemblée.

Des mécanismes sont créés pour assurer la stabilité (question de confiance et motion de censure des art. 49 et 50). Un gouvernement renversé peut dissoudre l’Assemblée. Il y eut 25 gouvernements en 12 ans.

Évolution

La IVème République doit faire face à de grandes difficultés : reconstruction, guerres d’Indochine et d’Algérie, décolonisation, instabilité gouvernementale, dénaturation de la représentation parlementaire par le système des apparentements. Le gouvernement Guy Mollet ne s’impose pas. Une réforme constitutionnelle est envisagée mais sa déclaration d’investiture devant l’Assemblée le 1er juin 1954 ne porte que sur des dispositions mineures. La situation se dégrade (intervention en Égypte, détournement de l’avion de Ben Bella…). Le 13 mai, émeute à Alger le jour de l’investiture de Pierre Pflimlin qui démissionne. Le Président de la République, René Coty, appelle le général de Gaulle comme président du Conseil et l’autorise à élaborer une nouvelle constitution.

 1.2.- La Constitution de la Vème République : du parlementarisme rationalisé à la dérive bonapartiste

Histoire

La loi constitutionnelle du 3 juin 1958 fixe les cadres et les limites de la révision constitutionnelle (suffrage universel, séparation des pouvoirs, responsabilité du gouvernement devant le parlement, indépendance de la justice, etc.). Le projet devra être soumis au référendum.

Un avant-projet est rédigé par un petit comité à l’instar des constitutions autoritaires. De Gaulle veille à élargir le nombre des grands électeurs (anticipation de la réforme de 1962) et aux pouvoirs du président, notamment en cas de crise (esprit de Bayeux de 1946). Michel Debré veille à « rationaliser » l’activité parlementaire. Le comité fait des propositions qui ne seront pas retenues. Le projet passe en Conseil des ministres le 4 septembre et est adopté le 28 septembre par référendum à 80% des voix, seul le PCF ayant appelé à voter contre avec quelques personnalités (Mitterrand, Mendès France).

La signification du vote est différente pour les territoires d’outre-mer qui se prononcent sur leur indépendance de la communauté qu’introduisait le texte (Guinée).

Contenu

La constitution commence par la souveraineté, mais ensuite l’ordre est changé par rapport à celui de la constitution de 1946 qui était : Parlement - Conseil économique et social - Président de la République - Gouvernement et qui devient : Président de la République – Gouvernement - Parlement. Élu pour 7 ans, le Président est rééligible. Il est élu par un large collège de grands électeurs. Il a les prérogatives de ses prédécesseurs, mais surtout des pouvoirs nouveaux portant notamment sur deux articles : l’art. 11 qui lui permet de recourir au référendum sur le fonctionnement des pouvoirs publics et les traités, l’art. 16 en cas de guerre ou de guerre civile, le recours à cet article est très encadré, mais cela lui confèrerait en ces circonstances un véritable pouvoir dictatorial.

Le Gouvernement est composé du Premier ministre (non le Président du conseil qui est le Président de la République). Le Président de la République nomme le Premier ministre et les ministres qui lui sont présentés par le Premier ministre. Le Gouvernement sollicite la confiance de l’Assemblée nationale. Le Président de la République ne peut ensuite révoquer le Premier ministre. Il y a incompatibilité pour les ministres entre la fonction et un mandat parlementaire. Le Gouvernement a des pouvoirs étendus (art. 20) : initiative des lois, nominations de hauts fonctionnaires, proposition le référendum, déclaration de l’état de siège, recours aux ordonnances, etc. Il dispose du pouvoir réglementaire (art. 34 et 36).

Le Parlement est constitué en deux chambres, composées de parlementaires élus sur des modes définis par des lois ordinaires. La rationalisation est effectuée par un président de l’Assemblée nationale élu pour la législature, le président du Sénat à chaque renouvellement. Ces présidents peuvent saisir le Conseil constitutionnel. Leur consultation est obligatoire dans certains cas. Ils ont donc des pouvoirs propres. Les pouvoirs du Parlement sont réduits par un champ législatif très circonscrit : adoption d’une loi sans vote si le Gouvernement pose une question de confiance et qu’il n’est pas renversé dans les vingt-quatre heures par une motion de censure ; le contrôle de constitutionnalité des lois est instauré ; la loi peut être votée par référendum. Les lois sont votées par les deux assemblées. En cas de désaccord, recours à une commission mixte paritaire et s’il n’y a pas accord vote de l’Assemblée nationale sur son texte. Le rôle du Parlement change en cas de différence des majorités aux élections législatives et présidentielle.

Est créé un Conseil constitutionnel (neuf membres désignés par tiers par le Président de la République et les présidents des chambres). Ses compétences sont élargies par rapport à celles du « comité constitutionnel » de la constitution de 1946. Il est le juge des recours sur les référendums, les élections du Président de la République et des parlementaires. Il est encore le juge de la qualification législative des textes. Il est consulté sur la mise en œuvre de l’article 16 et sur l’ « empêchement » du Président de la République.

Une Haute Cour est créée pour juger le Président de la République et les membres du Gouvernement. Un Conseil économique et social consultatif est créé.

Une procédure de révision de la constitution est mise en place sur la base de l’article 89 de la constitution : sur la base d’un texte voté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat suivi d’un référendum. Mais le Président de la République peut également soumettre un projet au Parlement réuni en Congrès, le texte doit alors être adopté à la majorité des trois-cinquièmes.

Évolution

Depuis son instauration, la Constitution de la Vème République a été fréquemment modifiée : 5 fois de 1958 à 1991, 19 fois depuis, soit 24 fois au total (Annexe II). On n’évoquera ci-après que les plus importantes.

  • 1962 : l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.

Voulant passer outre l’opposition probable du Sénat, de Gaulle fait réviser la constitution en utilisant l’article 11. Opposition quasi-générale et constitution du « cartel des non » (ne comprend pas le PCF). Néanmoins le prestige de de Gaulle, fait que le « oui » l’emporte avec plus de 62% des voix. Le Conseil constitutionnel se déclare incompétent. Nouvelle naissance de la Vème République.

Le fait que le Conseil constitutionnel refuse de contrôler la constitutionnalité des lois adoptées par référendum (car elles sont adoptées directement par le peuple), permet la mise en œuvre de cette réforme.

  • 1969 : rejet par référendum du projet de réforme du Sénat et de l’organisation territoriale.

Le projet de révision de 1969 avait un double objet : une réorganisation territoriale renforçant le rôle des régions et la réforme du Sénat devenu plus socioprofessionnel avec la suppression du Conseil économique et social. Désavoué, de Gaulle démissionne le 28 avril 1989. Comme en 1962, mais en sens inverse, l’effet plébiscitaire a été prédominant (2ème rejet d’un référendum).

  • 1974 : la réforme du Conseil Constitutionnel.

Le Conseil constitutionnel avait été pensé par Michel Debré dans le cadre d’un parlementarisme rationalisé (champ de l’art. 34, limitation du rôle des partis). La décision constitutionnelle n° 71-44 DC du 16 juillet 1971 Liberté d’association a donné une nouvelle place au Conseil constitutionnel. La notion de « bloc de constitutionnalité » étend son champ d’appréciation. Valéry Giscard d’Estaing, nouvellement élu Président de la République, souhaite élargir la saisine du Conseil Constitutionnel aux parlementaires (60 députés et 60 sénateurs.

  • 1992 : le traité de Maastricht.

Cette révision avait pour but de rendre la Constitution compatible avec le traité sur l’Union européenne.

  • 1995 : Élargissement des possibilités de recours au référendum.

Modification de l’article 11 de la constitution.

  • 2000 : le quinquennat.

C’est la première révision constitutionnelle soumise au référendum en application de l’article 89 de la Constitution. Après 73% de « oui » le 24 septembre 2000, elle fut promulguée le 2 octobre. Son but était d’éviter les inconvénients de la cohabitation.

  • 2003 : loi constitutionnelle relative à l’organisation décentralisée de la République.

Elle porte sur : l’organisation décentralisée de la République, la démocratie locale directe (référendum pouvant être décisionnel dans certains cas), autonomie financière des collectivités territoriales, statut des collectivités d’outre-mer. L’expérimentation législative est introduite dans certaines conditions.

  • 2005 : la charte de l’environnement.

La Constitution inclut dans son préambule, depuis le 1er mars 2005, une charte de l’environnement en 10 articles, à la demande du Président de la République.

  • 2005 : rejet du traité sur la constitution de l’Union européenne.

Le texte est repoussé par référendum, mais le Gouvernement le fera adopter sous forme du traité de Lisbonne par le Parlement.

  • 2008 : ratification du traité de Lisbonne

En vue de la ratification ultérieure du Traité de Lisbonne, une révision du titre XV de la Constitution a été votée par le Congrès le 4 février 2008, par 560 voix contre 181. La loi constitutionnelle a été promulguée le jour même. Les modifications apportées à la Constitution formulent les transferts de souveraineté énumérés dans le traité de Lisbonne (par un renvoi direct à ce texte).

  • 2008 : Loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 sur la réforme des institutions

Dans le prolongement des travaux du comité « Balladur », le Parlement réuni en Congrès a adopté le 21 juillet 2008 un projet de loi constitutionnelle qui crée ou modifie 47 articles de la Constitution (Annexe III). Le vote a été acquis avec 539 votes favorables, le seuil d’adoption étant de 538 votes.

Les modifications les plus importantes de la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 sont les suivantes : limitation à deux du nombre de mandats consécutifs du Président de la République ; possibilité pour un cinquième des membres du Parlement, soutenus par un dixième des électeurs inscrits, de demander la tenue d’un référendum sur l’un des sujets prévus dans l’article 11 ; le président de la République peut convoquer le Congrès du Parlement français pour faire une déclaration ; les parlementaires sont remplacés temporairement en cas d’acceptation par eux de fonctions gouvernementales ; la discussion des projets et propositions de lois ne porte plus devant la première assemblée saisie sur le texte présenté par le Gouvernement, mais sur le texte adopté par la commission saisie, sauf pour les projets de révision constitutionnelle, les projets de loi de finances et les projets de loi de financement de la sécurité sociale ; les assemblées fixent maintenant elles-mêmes leur ordre du jour indépendamment du Gouvernement. Celui-ci conserve néanmoins certaines prérogatives importantes ; les justiciables ont désormais la possibilité, depuis mars 2010, de contester la constitutionnalité d’une mesure qui leur est opposée, créant ainsi la possibilité de révision constitutionnelle a posteriori (QPC) ; le Conseil économique et social devient le Conseil économique, social et environnemental ; le Défenseur des droits est créé ; les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.

Un projet gouvernemental visant à inscrire dans la Constitution des règles prévoyant un retour progressif à l’équilibre budgétaire a été adopté le 13 juillet 2011. Ce texte institue des lois-cadres d’équilibre des finances publiques prévoyant un rythme du retour à l’équilibre budgétaire sur au moins trois ans. La question fait aujourd’hui l’objet d’une concertation européenne.

Pour conclure sur la Vème République, on peut constater qu’elle n’est vraiment plus la même qu’aux origines. On peut distinguer trois moments : le « parlementarisme rationalisé » du début, gravement affecté en 1962 par l’élection du Président de la République au suffrage universel ; puis au moment des cohabitations ce que le professeur Jean-Marie Denquin a appelé la « monarchie aléatoire » à laquelle Lionel Jospin et Jacques Chirac ont tenté de remédier en instaurant le quinquennat ; enfin, depuis 2007, ce que j’ai appelé une « dérive bonapartiste », tandis que Robert Badinter parle de « monocratie » et qu’Alain Duhamel écrit « La marche consulaire », différentes expressions pour qualifier un régime autocratique qui prend d’ailleurs beaucoup de liberté avec les institutions.

 II.- DES ENSEIGNEMENTS SUR LE RÔLE DE L’ÉTAT POUR L’ÉTABLISSEMENT D’UNE DÉMOCRATIE INSTITUTIONNELLE

Une constitution est la représentation juridique, mais aussi idéologique et politique que se fait une société de l’organisation des pouvoirs pour vivre ensemble. Elle devrait donc transcender les conjonctures et mettre principalement l’accent sur les principes fondamentaux et les règles essentielles. On sait qu’il n’en est rien. Pour autant, il est utile de disposer d’une référence : ce que seraient les institutions idéales pour faire le choix des institutions possibles.

 2.1.- Le contexte

La décomposition sociale

Nous nous posons aujourd’hui la question dans un contexte qui est celui d’une décomposition sociale profonde, de crise systémique. Les symptômes en sont multiples : désaffection politique marquée en particulier par la croissance des abstentions, montée du chômage et de la précarité, développement des jeux de hasard et des sectes, menaces contre l’écosystème mondial, crise aux dimensions multiples : financière, des matières premières, religieuse, etc. Certaines causes de cette situation peuvent être identifiées : la référence problématique à l’État-nation avec désaffection dans les pays anciens mais aussi la multiplication de leur nombre et des réactions nationalistes ; la complexification et la dénaturation de la notion de classe sous l’effet du progrès technique, de la mondialisation capitaliste, de l’individualisation des statuts ; les bouleversements spatiaux marqués par l’urbanisation, le développements des voies de communication, l’émergence de nouvelles puissances économiques ; l’évolution rapide des mœurs principalement dans la famille, les relations sociales, la confrontation des cultures. Surtout, l’affaiblissement voire l’effondrement des grandes idéologies messianiques qui avaient prospéré au siècle dernier et structuré les débats politiques majeurs : la théorie néoclassique pour les libéraux de plus en plus éloignée de la représentation du réel s’est faite normative ; l’État-providence pour les socio-démocrates voit sa démarche redistributive asphyxiée dans la crise et la récession ; le marxisme, inspirateur du mouvement communiste ne peut plus être regardé comme le paradigme des forces du changement s’il garde certaines vertus explicatives et pédagogiques. Ce moment historique de décomposition sociale est donc tout à fait singulier et doit être analysé en tant que tel, même si nous ne disposons à cet effet que des outils théoriques anciens. Il donne naissance à des expressions significatives comme celle d’Edgar Morin qui parle de « métamorphose », de Pierre Nora qui évoque le « régime des identités », ou d’Alain Badiou qui s’interroge « Qu’appelle-t-on échouer ? » [3]. D’autres moments historiques ont présenté des caractéristiques de même incertitude : Alfred de Musset n’écrivait-il pas dans Confession d’un enfant du siècle en 1836 « On ne sait, à chaque pas qu’on fait si l’on marche sur une semence ou sur un débris » ?

La banalisation sarkozyste

La profondeur de la crise et la diversité de ses manifestations témoignent que nous sommes dans une période historique tout à fait singulière qui nous invite à sortir des schémas politiques qui ont prévalu au XXème siècle tout en tirant les enseignements de ce siècle « prométhéen ». L’ultralibéralisme dominant depuis une trentaine d’années (faisant suite à une période d’environ trente ans d’économe administrée) tend à soumettre l’ensemble de la société à ses règles : concurrence, dérégulation, privatisation, culte de la performance, développement des inégalités, prévalence du court terme, récusation de toute morale civique. Dans ces conditions, les spécificités construites par l’histoire en plusieurs siècles apparaissent comme des « anomalies » dans un pays expérimenté comme la France. Anomalies que ce service public occupant un quart de la population active, que ce principe de laïcité expressément inscrit dans sa constitution, que ce modèle d’intégration fondé sur le droit du sol, que cette réputation de « terre d’asile », que cette succession de quinze constitutions en deux siècles, que ce pays aux 36 000 communes. Pour ceux qui nous gouvernent il s’agit de gommer ces singularités pour mettre l’État de ce pays aux normes de l’Union européenne. Comme l’a écrit le philosophe Marcel Gauchet : « Le programme initial du sarkozysme, c’est un programme de banalisation de la France » [4].

Cette déstructuration de la France est notamment recherchée par une double démarche de sens contraires. D’une part, une politique de décentralisation déstabilisatrice des collectivités publiques et nationale. D’autre part, une mondialisation qui s’exprime principalement sous la forme du mouvement des capitaux, mais sans se réduire pour autant à cet aspect. Cette situation pose le problème de l’avenir de l’État-nation, de la souveraineté nationale et populaire, de la responsabilité propre des citoyennes et des citoyens. Mais cette période trentenaire d’ultralibéralisme débouche sur une crise où on en appelle de toute part au « retour de l’État ». Cela crée des conditions favorables pour développer la réflexion sur la question du rôle de l’État et de la nature des institutions.

Une VIème République ?

Face à la crise des institutions et à l’interrogation sur l’État, il importe de répliquer, mais comment ? L’idée la plus simple est d’opposer aux institutions actuelles une autre construction institutionnelle. C’est ce que, avec d’autres, j’avais proposé notamment à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française sous forme d’un projet constitutionnel complet [5]. Celui-ci, une fois adopté a été oublié. Je ne ferai plus cette proposition plus de vingt ans plus tard, nous ne sommes plus dans la même situation et l’attitude des uns et des autres vis-à-vis des institutions actuelles a beaucoup changé et débouche sur une grande confusion.

Je ne suis pas partisan en effet d’une VIème République pour les raisons suivantes. D’abord, parce qu’il s’agit d’une facilité qui, le plus souvent, dispense d’une réponse sérieuse au fond. Réclamée d’Olivier Besancenot à Marine Le Pen en passant par Pierre Laurent et Cécile Duflot, on espère qu’il ne s’agit pas de la même VIème République. Ensuite, parce que les projets présentés sont le plus souvent formulés de manière sommaire et peu cohérente [6]. L’exemple le plus frappant de cette vanité confuse est le projet de VIème République dont Arnaud Montebourg a fait un fonds de commerce et qui, à l’examen, de contours en concession, se révèle n’être rien d’autre qu’une Vème République-bis (Annexe V). Enfin, il existe une autre raison qui fait de la VIème République une revendication illusoire : aucune des cinq républiques qui ont marqué notre histoire récente n’est née d’une gestation spéculative. La Convention déclare le 21 septembre 1792 : « La royauté est abolie en France » et un décret du 25 septembre proclame : « La République est une et indivisible » ; ainsi est née la première République parachevant la Révolution française. La deuxième est issue des émeutes de février 1848 aboutissant à l’abdication de Louis-Philippe et à la constitution républicaine du 4 novembre 1848 ; elle sera, on le sait, et l’on doit s’en souvenir, balayée par le coup d’État du 2 décembre 1851 et le référendum-plébiscite de Louis-Napoléon Bonaparte des 21 et 22 décembre. La troisième émerge à une voix de majorité de la confrontation des monarchistes et des républicains après la chute du Second Empire et l’écrasement de la Commune de Paris. La quatrième est issue de la seconde guerre mondiale, de l’écrasement du nazisme et de la résistance, promulguée le 27 octobre 1946. La cinquième voit le jour par le référendum du 28 septembre 1958, portée par le putsch d’Alger dans un contexte de guerre coloniale. S’il y a bien crise sociale aujourd’hui, qui oserait soutenir qu’elle s’exprime au niveau des évènements qui viennent d’être évoqués ? Jamais en France on a changé de république sans événement dramatique. Dans une société en décomposition sociale profonde, il manque encore l’Évènement.

La même argumentation pourrait être opposée aux partisans d’une Constituante. Toutes les constituantes sont survenues après des évènements majeurs et sur les décombres de l’ordre précédent. Ce n’est pas la situation actuelle et une telle proposition permet de ne rien dire du contenu. C’est encore une facilité.

 2.2.- Des questions à débattre

Ainsi, plutôt que d’élaborer un projet constitutionnel complet dont l’intérêt principal serait d’établir la cohérence des différents choix institutionnels effectués, il semble aujourd’hui plus opportun, et sans doute préalable de se prononcer sur certains de ces choix majeurs.

La souveraineté

Jean-Jacques Rousseau s’efforçait de définir ainsi les citoyens dans le Contrat social : « À l’égard des sociétés, ils prennent collectivement le nom de Peuple, et s’appellent en particulier citoyens comme participant à l’autorité souveraine ». Il annonçait ainsi le transfert de la notion de souveraineté du monarque au peuple. La nation sera introduite par l’article 2 de la Déclaration des droits de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». La constitution de 1793 ajoutera en son article 7 : « Le peuple souverain est l’universalité des citoyens français ». La constitution de la IVème République retiendra la notion de souveraineté nationale que l’on retrouve dans la constitution de la Vème République en son article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et la voie du référendum ».

La souveraineté est une en ce qu’elle légitime l’exercice du pouvoir politique et de ses instruments (création monétaire, État de droit, politiques publiques, relations internationales). Il est courant d’en distinguer deux aspects, la souveraineté nationale et la souveraineté populaire. La première ne prétend pas à la seule représentation des citoyens existants, mais veut aussi traduire les aspirations de la continuité des générations. La seconde tend à privilégier la démocratie directe par rapport à la démocratie représentative soutenue par la première. La souveraineté ne saurait être déléguée si certaines compétences peuvent l’être. C’est dans le contexte très particulier du lendemain de la deuxième guerre mondiale que le Préambule de la constitution de 1946 a prévu que, sous réserve de réciprocité, « La France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l’organisation et à la défense de la paix. ». Restera constante, par ailleurs, la règle selon laquelle « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois » (article 55 de la constitution).

La souveraineté ne saurait cependant être préservée par le seul respect formel des règles du droit positif. On a vu comment le Gouvernement a pu contourner le rejet par le peuple français du traité sur la constitution européenne en mai 2005, pour faire ratifier ensuite le traité de Lisbonne par le Parlement. Et puis, la souveraineté c’est aussi la maîtrise des bases économiques nationales.

La démocratie directe

Il y a un champ où l’action populaire peut s’exercer directement, sans intermédiaire, c’est celui de la démocratie dite directe. Il convient cependant de dire, avant d’évoquer cet espace, que l’intervention du peuple ne saurait faire l’objet d’une réglementation excessive. La démocratie directe c’est d’abord le plein exercice des droits et des libertés existants. C’est aussi le fortuit, l’incodifiable, l’initiative, l’épopée, le talent, l’engagement. Il serait vain et quelque peu totalitaire de prétendre en tout point réglementer la vie, non seulement privée mais aussi publique. Pour autant, la démocratie directe ne saurait être purement spontanée, étrangère à toute forme de régulation institutionnelle. La souveraineté nationale et la souveraineté populaire doivent pouvoir être traduites partiellement dans des règles de droit, si celles qui existent n’épuisent pas le sujet.

Des progrès peuvent, en effet, être réalisés en la matière. On en donnera deux exemples. Le premier consisterait à accroître la portée du droit de pétition. Une question rédigée qui aurait réuni un certain pourcentage de signatures d’électeurs inscrits pourrait faire obligation à l’assemblée délibérante compétente pour connaître de cette question, d’en débattre et de prendre position. La pétition pourrait aussi déboucher directement sur un référendum décisif. Cette décision pourrait ensuite, en cas d’approbation, conduire à l’élaboration des règles administratives, réglementaires ou législatives correspondantes. Le rejet du texte devrait être motivé et le débat se poursuivrait éventuellement dans l’opinion publique (la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008 amorce le mouvement en ce sens). Le second exemple reviendrait, sous certaines conditions, à donner l’initiative des lois au peuple. Là encore un minimum de soutiens seraient exigés sur une proposition de loi entièrement formulée. Après quoi le texte pourrait être inséré dans une procédure parlementaire et devenir une loi au terme du processus qui pourrait faire intervenir des instances déconcentrées ou décentralisées. Ce ne serait à vrai dire pas une véritable novation : la Constitution de l’An I, pourtant réputée jacobine, prévoyait déjà l’intervention des communes et des assemblées primaires des départements dans l’élaboration de la loi [7]. Dans de telles conditions la notion de démocratie participative n’est d’aucune utilité.

C’est cependant la question du référendum qui constitue en matière de démocratie directe la question la plus délicate. En reconnaissant à tous les citoyens le droit de concourir personnellement à l’expression de la volonté générale et à la formation de la loi, la Déclaration des droits de 1789 ouvrait la voie aux consultations référendaires et à la mise en mouvement politique du peuple. Mais on a vite pressenti les dangers du référendum et les risques qu’il pouvait faire courir à la démocratie dans les mains d’un pouvoir autoritaire relevant de la ligne de force césarienne évoquée plus haut. Olivier Duhamel le souligne : « le référendum peut être liberticide : les Bonaparte en ont apporté la preuve » [8]. Nous avons vu que la Constitution de 1793 prévoyait que le peuple pouvait délibérer sur les lois proposées par le corps législatif. La Constitution de 1946 ne retenait le référendum qu’en matière constitutionnelle. La Constitution de 1958 le prévoit en deux dispositions : en matière d’organisation des pouvoirs publics, de réformes relatives à la politique économique ou sociale, de ratification des traités (Art. 11, dont le champ a été élargi en 1995 aux questions économiques et sociales) et en matière constitutionnelle (Art. 89). Par ailleurs, la loi du 6 février 1992 a institué un « référendum communal » ; il est de faible portée.
Bien que les référendums sur le traité de Maastricht en 1992 et celui sur le récent projet de « traité établissant une constitution pour l’Europe », mis en échec le 29 mai 2005, aient été l’occasion de débats importants, il reste que, depuis 1793, seulement trois référendums sur vingt-quatre ont dit « non » à ceux qui les ont organisés (Annexe IV).

Le recours au référendum relève ainsi le plus souvent d’un pouvoir exécutif autoritaire à tendance plébiscitaire. Corrélativement, il dévoie le débat en le conduisant le plus souvent à s’écarter de la question posée (vote pour ou contre un homme ou une politique). Appelant une réponse binaire (oui ou non) il est peu approprié au traitement de questions complexes. Il doit donc être strictement limité aux matières constitutionnelles proprement dites.

La loi

Outre le référendum, le peuple exerce sa souveraineté par la médiation de ses représentants. L’article 6 de da Déclaration de 1789, qui fait partie du bloc de constitutionnalité actuel, proclame que la loi est l’expression de la volonté générale, tandis que l’article 34 de la constitution dispose que la loi est votée par le Parlement. En vertu du principe de séparation des pouvoirs et pour équilibrer les fonctions normatives de l’exécutif et du législatif, les articles 34 et 37 définissent les champs respectifs de la loi et du décret. Tel est du moins le schéma théorique car, dans la réalité, c’est le Gouvernement qui a largement l’initiative du travail législatif en fixant, pour l’essentiel, l’ordre du jour du Parlement et en réservant la plus grande place à ses projets, tandis que les textes d’origine parlementaire, les propositions de lois, sont réduites à la portion congrue. Une telle pratique n’est pas conforme aux principes affichés et le préjudice est d’autant plus important que la Constitution a été modifiée en 1992 par l’introduction d’un article 88-2 disposant notamment que : « la France consent aux transferts de compétences nécessaires à l’établissement de l’union économique et monétaire européenne… », ce qui se traduit par une entrée en force du droit européen en droit interne français et limite, en conséquence, les prérogatives du Parlement national. De plus, la montée en puissance du Conseil constitutionnel à partir de 1971 en a fait un organisme politique en forme juridictionnelle qui s’est doté, au fil du temps et par voie jurisprudentielle, d’un pouvoir constituant permanent en dehors de toute source de légitimité, même si l’on peut considérer qu’il n’en a pas abusé et qu’il a joué parfois un rôle positif en matière de défense des libertés publiques. La représentation est donc en crise, ce qui se traduit en particulier par une hausse générale des taux d’abstentions à toutes les élections, et notamment aux élections locales qui sont pourtant celles où le citoyen est le plus proche des lieux de pouvoir et qui devraient l’intéresser davantage.

La situation est encore aggravée par le fait que si l’article 20 de la Constitution prévoit bien que « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation », cela dépend de la concordance ou non des majorités présidentielle et législative. Lorsqu’il y a concordance, c’est le Président de la République qui est maître de l’exécutif ; dans le cas contraire, celui de la cohabitation, c’est le Premier ministre qui a l’essentiel des compétences, même si son but est de devenir, à son tour, président, avec une majorité conforme. Cette constitution, si souvent rapetassée au cours de la dernière période, ainsi qu’il a été dit, est donc, au surplus, de caractère aléatoire, ce qui est un non-sens constitutionnel et très malsain pour la démocratie. En effet, avant les élections présidentielles et législatives, on ne sait qui du Président de la République ou du Premier ministre détiendra finalement le pouvoir exécutif selon qu’il y aura, ou non, concordance des majorités.

L’instauration du quinquennat a aggravé le phénomène. Alors que Michel Debré, promoteur de la Constitution de la Vème République, prétendait instaurer un « parlementarisme rationalisé » le professeur Jean-Marie Denquin, pourtant gaulliste, a défini ce contexte de « monarchie aléatoire » [9], prélude à la « dérive bonapartiste » dont nous avons parlé. C’est donc le statut du Président de la République, aujourd’hui clé de voûte des institutions, qui est le point de départ de toute réforme institutionnelle conséquente.

C’est pourquoi le choix fait ici, est celui du régime parlementaire [10]. Selon cette conception, le pouvoir exécutif appartient, sous la direction du Premier ministre, au Gouvernement. Responsable devant le Parlement, il détermine et conduit effectivement la politique de la nation. La légitimité émane du corps législatif, élu selon un scrutin égal, c’est-à-dire se rapprochant le plus possible de la proportionnelle. Les arguments selon lesquels cela aurait pour conséquence de faire entrer le Front national au Parlement, ou bien que la priorité est la constitution d’une majorité forte plutôt que la fidèle représentation du peuple ne sauraient y faire obstacle. C’est au débat politique et non à la technique électorale de faire les majorités, de définir la voie à suivre et d’exprimer par la loi la volonté générale.

L’exécutif

Le rejet de l’élection du Président de la République repose sur plusieurs raisons.

Premièrement, le caractère plébiscitaire de cette élection l’inscrit sur la ligne de forces césarienne ; les références historiques sont celles des deux Empires.

Deuxièmement, il ne saurait y avoir deux sources de légitimité concurrentes de la représentation nationale et populaire. Or, en France, pour des raisons historiques et par le jeu naturel des pouvoirs, la légitimité d’un président élu au suffrage universel l’emportera toujours sur celle que partagent plusieurs centaines de parlementaires élus localement au scrutin majoritaire. Il faut donc choisir : le Parlement ou le Président. Comment soutenir qu’est conforme à la ligne de force traditionnelle des Lumières, cette délégation massive de souveraineté que représente l’élection du Président de la République au suffrage universel ?

Troisièmement, la supériorité institutionnelle du Président élu en fait le guide de la nation et dérive fatalement vers un pouvoir autocratique sur la base des pouvoirs considérables qui lui sont conférés par la constitution, notamment en situation de crise. Au surplus la situation actuelle montre avec quelle désinvolture le Président use de la constitution pour s’arroger des prérogatives qui ne sont pas les siennes (art. 20, par exemple).

Quatrièmement, la conquête du pouvoir devient dans ces conditions le principal objectif des formations politiques et non le service de l’intérêt général, a fortiori la transformation sociale. Dès lors, les partis se transforment en machines électorales, le cas échéant subdivisées en « écuries » présidentielles, la communication prend le pas sur le débat et la réflexion, la politique devient spectacle, la bataille s’engage sur des critères de rassemblement superficiel et se gagne au centre.

Cinquièmement, cette élection confine ainsi au déni de démocratie et soumet le citoyen à la fatalité des contraintes extérieures, au conformisme opportuniste, à la pensée unique, à la résignation et à l’abaissement.

Dans une constitution démocratique, le Président de la République garderait néanmoins un rôle prestigieux : il représente la France vis-à-vis de l’étranger, il est l’expression symbolique de l’unité et de l’indivisibilité de la République et le garant de la continuité des pouvoirs publics. Il n’est plus élu au suffrage universel direct, mais soit par un collège de grands électeurs soit par le Congrès du Parlement ; la durée de son mandat est dès lors secondaire, la plus longue durée, sans possibilité de renouvellement, pouvant même correspondre à la plus grande banalisation. À cet égard, le mandat de sept ans non renouvelable est sans doute la solution la plus judicieuse dans la gamme des solutions possibles. L’argument selon lequel il faudrait tenir compte de l’idée que l’on se fait de la prétendue adhésion définitive du peuple français à l’élection du Président de la République au suffrage universel n’est que l’expression d’une résignation politique, indigne de notre histoire.

L’État de droit

Face à ce schéma, certains évoqueront un retour au régime d’assemblée. On n’ignore rien des critiques qui sont adressées à ce régime sur la base, principalement, de l’expérience de la IVème République. En réalité, l’instabilité de la IVème République n’a pas été causée par un excès de démocratie, mais au contraire par les atteintes que les manœuvres des clans politiques lui ont portées. Aucune constitution ne peut être, seule, la solution des contradictions sociales. Mais à tout prendre, il faut préférer les institutions qui les révèlent à celles qui les dissimulent. Les contradictions apparaissant clairement, les conditions sont meilleures pour leur apporter une solution efficace. C’est aussi un appel à la responsabilité des élus qui doivent alors savoir constituer des majorités d’idées quand c’est nécessaire et faire preuve de courage politique en toute circonstance, plutôt que de se résigner à l’allégeance au chef qui caractérise le régime présidentiel.

Toute proposition institutionnelle doit veiller à s’inscrire dans une scrupuleuse cohérence de l’État de droit. On ne développera pas ici les conditions de la cohérence interne qui reposent essentiellement sur la séparation des pouvoirs et sur l’équilibre délicat à établir entre le principe d’autonomie de gestion des collectivités territoriales et celui d’unité et d’indivisibilité de la République. Il conviendrait aussi de préciser les formes nouvelles de la dualité des ordres juridictionnels (administratif et judiciaire), dualité souhaitable car relevant de la distinction public-privé, classique en France. Un contrôle de constitutionalité est nécessaire. La souveraineté ne pouvant émaner que du peuple, c’est à lui ou à ses représentants qu’il revient en définitive d’assurer la conformité des lois à la Constitution ; sur les questions les plus importantes par le recours au référendum constituant en veillant à éviter toute dérive plébiscitaire ; sur des questions moins importantes par la recherche d’une compatibilité tant juridique que politique dans le cadre du Parlement puisque c’est lui qui vote la loi. Un Comité constitutionnel composé de représentants des différents groupes parlementaires auxquels s’adjoindraient des magistrats du Conseil d’État et de la Cour de cassation devrait être institué à cette fin. Il n’aurait pas le pouvoir d’empêcher la promulgation d’une loi non conforme à la Constitution, mais seulement d’identifier cette non-conformité en invitant le Parlement à la prendre en considération à l’occasion d’un nouvel examen qui conduirait soit à modifier la loi soit à provoquer l’engagement d’une procédure de révision constitutionnelle [11].

Une réflexion sur les institutions nationales ne peut aujourd’hui faire l’économie d’une prise en compte des institutions supranationales, elle doit veiller à leur cohérence externe. C’est possible grâce au principe de subsidiarité introduit à l’article 5 du Traité sur l’Union européenne à aux termes duquel : « Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n’intervient que si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire ». Certes, cette formulation laisse une trop large place à l’appréciation de l’opportunité de l’intervention communautaire et il n’y a pas lieu de faire une confiance aveugle aujourd’hui à l’appréciation de la Cour de justice de l’Union européenne. Une articulation des institutions nationales et transnationales doit cependant être recherchée sans aliénation de la souveraineté nationale. D’ailleurs, dès aujourd’hui, l’article 55 de la constitution ne dispose-t-il pas que : « Les traités régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l’autre partie ».

L’État et le citoyen

Nous avons vu, au début, que l’affirmation de l’autonomie de l’État s’était accompagnée de celle des droits de l’homme et du citoyen. On ne saurait en effet dissocier une réflexion sur le rôle de l’État de celle sur le contenu de la citoyenneté.

La vocation des institutions est aussi de concourir à la formation d’une citoyenneté finalisée par des valeurs fortes, à vocation universelle : service public, droit du sol, laïcité, responsabilité publique, dans la tradition républicaine française [12]. Pour autant, des dimensions supranationales peuvent être mises en perspective.

Une citoyenneté européenne a été décrétée par le traité de Maastricht et est explicitée dans les articles 20 et suivants du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, mais n’est qu’une citoyenneté de faible densité, de superposition, on a pu parler à son sujet d’objet politique non identifié.

On peut s’attacher également à l’enrichissement des prémices d’une citoyenneté mondiale par l’affirmation de valeurs universelles, l’émergence d’un monde commun dans le cadre d’une mondialisation qui n’est pas seulement celle du capital.

Cette ouverture sur le continent et sur le monde n’est pas pour autant contradictoire avec l’affirmation selon laquelle la nation est et demeure le niveau le plus pertinent d’articulation du particulier et de l’universel. C’est donc là que se situe pour l’essentiel notre responsabilité.

 ANNEXE I - Les constitutions de la France

  • Constitution de 1791 - 3 et 4 septembre 1791
  • Constitution de l’An I - Première République - 24 juin 1793
  • Constitution de l’An III - Directoire - 5 fructidor An III, 22 août 1795
  • Constitution de l’An VIII - Consulat - 22 frimaire An VIII, 13 décembre 1799
  • Constitution de l’An X - Consulat à vie - 16 thermidor An X, 4 août 1802
  • Constitution de l’An XII - Empire - 28 floréal An XII, 18 mai 1804
  • Charte de 1814 - 1ère Restauration - 4 juin 1814
  • Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire - Cent-jours - 23 avril 1815
  • Charte de 1830, monarchie de Juillet - 14 août 1830
  • Constitution de 1848, IIe République - 4 novembre 1848
  • Constitution de 1852, Second Empire - 14 janvier 1852
  • Lois constitutionnelles de 1875, IIIe République - 24, 25 février et 16 juillet 1875
  • Loi constitutionnelle du 2 nov. 1945 - Gouvernement provisoire
  • Constitution de 1946, IVe République - 27 octobre 1946
  • Constitution de 1958, Ve République - 4 octobre 1958

 ANNEXE II - Modifications de la constitution du 4 octobre 1958

  1. Loi constitutionnelle n° 60-525 du 4 juin 1960 - [États de la communauté]
  2. Loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 - [Élection du Président de la République au suffrage universel]
  3. constitutionnelle n° 63-1327 du 30 décembre 1963 - [Session parlementaire]
  4. Loi constitutionnelle n° 74-904 du 29 octobre 1974 - [Possibilité pour 60 députés ou 60 sénateurs de déférer une loi au Conseil constitutionnel]
  5. Loi constitutionnelle n° 76-527 du 18 juin 1976 - [Intérim de la Présidence de la République]
  6. Loi constitutionnelle n° 92-554 du 25 juin 1992 - [Dispositions permettant de ratifier le traité de Maastricht (Union économique et monétaire, vote des ressortissants européens aux élections municipales, politique commune des visas) ; langue française, lois organiques relatives aux TOM, résolutions parlementaires sur les actes communautaires]
  7. Loi constitutionnelle n° 93-952 du 27 juillet 1993 - [Cour de justice de la République)]
  8. Loi constitutionnelle n° 93-1256 du 25 nov. 1993 - [Droit d’asile]
  9. Loi constitutionnelle n° 95-880 du 4 août 1995 - [Session parlementaire unique (du premier jour ouvrable d’octobre au dernier jour ouvrable de juin), aménagement des "immunités" parlementaires et élargissement des possibilités de recours au référendum]
  10. Loi constitutionnelle n° 96-138 du 22 février 1996 - [Loi de financement de la sécurité sociale]
  11. Loi constitutionnelle n° 98-610 du 20 juillet 1998 - [Avenir de la Nouvelle-Calédonie]
  12. Loi constitutionnelle n° 99-49 du 25 janvier 1999 - [Traité d’Amsterdam]
  13. Loi constitutionnelle n° 99-568 du 8 juillet 1999 - [Cour Pénale Internationale]
  14. Loi constitutionnelle n° 99-569 du 8 juillet 1999 - [Égalité entre les femmes et les hommes]
  15. Loi constitutionnelle n° 2000-964 du 2 octobre 2000 - [Durée du mandat du Président de la République]
  16. Loi constitutionnelle n° 2003-267 du 25 mars 2003 - [Mandat d’arrêt européen]
  17. Loi constitutionnelle n° 2003-276 du 28 mars 2003 - [Organisation décentralisée de la République]
  18. Loi constitutionnelle n° 2005-204 du 1er mars 2005 - [Traité établissant une Constitution pour l’Europe]
  19. Loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 - [Charte de l’environnement]
  20. Loi constitutionnelle n° 2007-237 du 23 février 2007 - [Corps électoral de la Nouvelle-Calédonie]
  21. Loi constitutionnelle n° 2007-238 du 23 février 2007 - [Responsabilité du Président de la République]
  22. Loi constitutionnelle n° 2007-239 du 23 février 2007 - [Interdiction de la peine de mort]
  23. Loi constitutionnelle n° 2008-103 du 4 février 2008 modifiant le titre XV de la Constitution - [Traité de Lisbonne]
  24. Loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Ve République - [Modernisation des institutions de la Vème République, dont QPC]

 ANNEXE III - Modifications de la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008

  • Article 1er
    • Ajout de l’alinéa suivant « La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ».
  • Article 3
    • transfert vers l’article 1er du dernier alinéa : « La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ».
  • Article 6 : Définition du président de la République française
    • Le président de la République ne peut dorénavant exercer plus de deux mandats consécutifs.
  • Article 11 : référendum
    • Le référendum peut également porter sur des questions d’ordre environnemental
    • Possibilité pour un cinquième des membres du Parlement, soutenus par un dixième des électeurs inscrits, de demander la tenue d’un référendum sur l’un des sujets prévus dans cet article. Cette demande ferait l’objet d’une proposition de loi, de sorte que le Parlement pourrait s’opposer à la tenue du référendum, en procédant à une lecture du texte.
  • Article 13 : nominations par le Chef de l’État
    • Les commissions parlementaires peuvent s’opposer à des nominations présidentielles à la majorité des 3/5èmes des suffrages exprimées.
  • Article 16 : pleins pouvoirs du Chef de l’État
    • Limitation du pouvoir exceptionnel du président de la République après 30 et 60 jours d’exercice dans des circonstances exceptionnelles
  • Article 17 : droit de grâce
    • Le droit de grâce ne peut plus être exercé par le président de la République qu’à titre individuel. La grâce collective lui est désormais impossible.
  • Article 18 : communication du président de la République avec le Parlement
    • Le président de la République peut convoquer le Congrès du parlement français pour faire une déclaration. Un débat peut suivre sa déclaration, hors présence de ce dernier.
  • Article 24 : composition du Parlement
    • Le nombre des députés et des sénateurs est fixé par la constitution. Les Français vivant à l’étranger sont dorénavant représentés au Sénat et à l’Assemblée nationale.
  • Article 25 : organisation de l’élection des parlementaires
    • Les parlementaires sont remplacés temporairement en cas d’acceptation par eux de fonctions gouvernementales.
  • Nouvel alinéa : « Une commission indépendante, dont la loi fixe la composition et les règles d’organisation et de fonctionnement, se prononce par un avis public sur les projets de texte et propositions de loi délimitant les circonscriptions pour l’élection des députés ou modifiant la répartition des sièges de députés ou de sénateurs ».
  • Article 34 : définition de la loi
    • La loi fixe désormais les règles concernant « la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias ».
    • La loi fixe désormais les règles concernant le régime électoral des assemblées locales et des instances représentatives des Français établis hors de France ainsi que les conditions d’exercice des mandats électoraux et des fonctions électives des membres des assemblées délibérantes des collectivités territoriales.
  • L’avant-dernier alinéa est remplacé par les deux alinéas suivants : « Des lois de programmation déterminent les objectifs de l’action de l’État » et « Les orientations pluriannuelles des finances publiques sont définies par des lois de programmation. Elles s’inscrivent dans l’objectif d’équilibre des comptes des administrations publiques ».
    • Un article 34-1 est ajouté. Il permet aux assemblées de voter des résolutions dans les conditions fixées par la loi organique, à condition qu’elles ne remettent pas en cause la responsabilité du gouvernement, ni qu’elles contiennent des injonctions à son égard.
  • Article 35 : autorisation de la déclaration de guerre par le Parlement
    • Le gouvernement doit dorénavant informer le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote. Lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement. Il peut demander à l’Assemblée nationale de décider en dernier ressort.
  • Article 38 : fonctionnement des ordonnances
    • Les ordonnances ne pourront plus être ratifiées que de manière expresse.
  • Article 42 : Vote de la loi
    • La discussion des projets et propositions de loi ne porte plus devant la première assemblée saisie sur le texte présenté par le gouvernement, mais sur le texte adopté par la commission saisie, sauf pour les projets de révision constitutionnelle, les projets de loi de finances et les projets de loi de financement de la sécurité sociale.
    • Un délai de six semaines doit s’écouler entre le dépôt du projet ou de la proposition et la discussion du texte, sauf urgence.
  • Article 44 : le droit d’amendement doit être défini par le règlement des assemblées dans le cadre fixé par une loi organique. Celle-ci permet aux assemblées d’instaurer un temps global pour l’examen des textes de loi en séance publique.
  • Article 47-2 : nouvel article sur la Cour des comptes
    • La Cour des comptes assiste le Parlement dans le contrôle de l’action du gouvernement. Elle assiste le Parlement et le gouvernement dans le contrôle de l’exécution des lois de finances et de l’application des lois de financement de la sécurité sociale ainsi que dans l’évaluation des politiques publiques. Elle contribue à l’information des citoyens via des rapports publics.
    • Les comptes des administrations publiques doivent être réguliers et sincères, et donner une image fidèle du résultat de leur gestion, de leur patrimoine et de leur situation financière.
  • Article 48 : ordre du jour des assemblées
    • Les assemblées fixent maintenant elles-mêmes leur ordre du jour indépendamment du gouvernement.
    • Deux semaines de séance sur quatre sont réservées par priorité, et dans l’ordre que le gouvernement a fixé, à l’examen des textes et aux débats dont il demande l’inscription à l’ordre du jour.
    • Le gouvernement peut inscrire à l’ordre du jour, par priorité, l’examen des projets de loi de finances, des projets de loi de financement de la sécurité sociale et, sous réserve, des textes transmis par l’autre assemblée depuis six semaines au moins, des projets relatifs aux états de crise et des demandes d’autorisation visées à l’article 35.
  • Article 49 alinéa 3 : l’usage de cette disposition, qui permettait au gouvernement de faire adopter un projet de loi sans vote du Parlement en engageant sa responsabilité, est limité : le gouvernement ne peut désormais faire appel au 49-3 que pour les projets de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale ainsi, dans la limite d’une fois par session parlementaire, pour un autre projet de loi.
  • Article 51-1 : nouvel article sur les groupes parlementaires
    • Dans chaque assemblée, les droits des groupes parlementaires sont désormais fixés par leur règlement.
    • Ce même règlement doit reconnaître des droits spécifiques aux groupes d’opposition de l’assemblée intéressée ainsi qu’aux groupes minoritaires.
  • Article 51-2 : nouvel article sur les commissions d’enquête
    • Pour l’exercice des missions de contrôle et d’évaluation définies au premier alinéa de l’article 24, des commissions d’enquête peuvent maintenant être créées au sein de chaque assemblée pour recueillir, dans les conditions prévues par la loi, des éléments d’information.
    • Leurs règles d’organisation et de fonctionnement sont fixées par la loi.
    • Leurs conditions de création sont fixées par le règlement de chaque assemblée.
  • Article 61 : saisine sur proposition de loi référendaire
    • Dans le cas d’un référendum (référendum législatif, article 11), contrôle de la proposition de loi par le Conseil constitutionnel avant la présentation de la proposition au peuple. Ce contrôle ne concerne que les propositions de lois, c’est-à-dire celles de provenance législative, et donc que les nouvelles dispositions de l’article 11 introduites par la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008. Un projet de loi soumis à référendum ne serait donc toujours pas contrôlé (jurisprudence du Conseil Constitutionnel du 6 novembre 1962).
  • Article 61-1 : saisine par voie d’exception
    • Les justiciables ont désormais la possibilité de contester la constitutionnalité d’une mesure qui leur est opposée, créant ainsi la possibilité de revue constitutionnelle a posteriori (précédemment, la constitutionnalité d’une loi était uniquement revue a priori, sans le bénéfice de l’expérience pratique de son application et des dérives potentielles associées), et la possibilité de revue constitutionnelle de jurisprudences (i.e. d’interprétation de la loi par un ou plusieurs juges). Les demandes sont toutefois filtrées par la cour de Cassation et le Conseil d’État qui décident de renvoyer le recours au Conseil constitutionnel. La Loi organique rajoute également le contrôle préalable, selon les cas, du juge judiciaire ou administratif (c’est le "double-filtre").
  • Article 65 :
    • La composition du Conseil supérieur de la magistrature est modifiée pour lui donner davantage d’indépendance face au pouvoir exécutif.
      Le Conseil supérieur de la magistrature pourrait être saisi par un justiciable dans les conditions fixées par une loi organique.
      La loi organique détermine les conditions d’application de l’article 65 ainsi révisé.
  • Titre XI : le Conseil économique et social devient le Conseil économique, social et environnemental.
    • Il peut maintenant être saisi par voie de pétition.
    • Le gouvernement et le Parlement peuvent maintenant le consulter sur tout problème à caractère environnemental. Tout plan ou tout projet de loi de programmation à caractère environnemental lui est désormais soumis pour avis.
    • Le nombre de ses membres ne peut maintenant excéder deux cent trente-trois.
  • Titre XI bis (nouveau) : Le Défenseur des droits est créé avec un nouvel article 71-1.
    • Le Défenseur des droits veille au respect des droits et libertés par les administrations de l’État, les collectivités territoriales, les établissements publics, ainsi que par tout organisme investi d’une mission de service public, ou à l’égard duquel la loi organique lui attribue des compétences.
    • N’importe quel citoyen s’estimant lésé dans un de ces domaines peut le saisir d’office.
    • Il peut être assisté par un collège pour l’exercice de certaines de ses attributions.
    • Nommé par le président de la République pour un mandat de six ans non renouvelable (ce qui a suscité des critiques sur son indépendance), il ne peut faire partie du gouvernement ni du Parlement. Il rend compte de son activité à ce dernier ainsi qu’au chef de l’État.
    • Son périmètre est fixé par une Loi organique. Il pourrait concentrer notamment les prérogatives du Médiateur de la République, du Défenseur des enfants, et de la Halde.
  • Article 75-1 : nouvel article
    • « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».
  • Article 87 : nouvel article sur la francophonie
    • La République participe désormais au développement de la solidarité et de la coopération entre les États et les peuples ayant le français en partage.
  • Article 88-4 : relations entre l’Union européenne et le Parlement

    Chaque assemblée doit maintenant disposer d’une commission chargée des affaires européennes.
  • Article 88-5 : adhésion d’un État à l’Union européenne
    • Les projets de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne et aux Communautés européennes sont toujours soumis au référendum par le président de la République. Toutefois, par le vote d’une motion adoptée en termes identiques par chaque assemblée à la majorité des trois cinquièmes, le Parlement peut désormais autoriser l’adoption du projet de loi selon la procédure prévue au troisième alinéa de l’article 89.

 ANNEXE IV - Les référendums nationaux en France depuis 1793

  1. juillet 1793 Projet de Constitution de l’An I - adoption, mais jamais appliquée
  2. septembre 1795 Projet de Constitution de l’An III - adoption
  3. septembre 1795 Sur le décret des deux tiers - adoption
  4. janvier 1800 Projet de Constitution de l’An VIII – adoption
  5. juin 1802 Sur le consulat viager de Napoléon Bonaparte - adoption
  6. novembre 1804 Projet de Constitution de l’An XII – adoption
  7. avril 1815 Sur l’acte additionnel aux constitutions de l’Empire (les Cent-Jours – adoption
  8. 21 décembre 1851 Sur les pouvoirs de Louis-Napoléon Bonaparte - adoption (coup d’État entériné)
  9. 21 novembre 1852 Sur le rétablissement de la dignité impériale en France (Second Empire) - adoption
  10. 8 mai 1870 Sur le projet de Constitution du 20 avril 1870 - adoption (ne sera appliqué qu’un mois, puisqu’en juillet éclate la guerre)
  11. 21 octobre 1945 Sur l’élection d’une assemblée constituante (et donc la fin de la IIIe République) – adoption
  12. 21 octobre 1945 Sur le projet de loi constitutionnelle provisoire - adoption, loi promulguée le 2 novembre
  13. 5 mai 1946 Premier Projet de Constitution du 19 avril 1946 - rejet
  14. 13 octobre 1946 Second projet de Constitution pour la IVe République - adoption
  15. 28 septembre 1958 Projet de Constitution de la Ve République (Référendum du 28 septembre 1958) - adoption
  16. 8 janvier 1961 Référendum sur l’autodétermination en Algérie – adoption
  17. 8 avril 1962 Référendum sur les accords d’Évian – adoption
  18. 28 octobre 1962 Élection du président de la République au suffrage universel direct - adoption
  19. 27 avril 1969 Référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation - rejet (démission du Général de Gaulle)
  20. 23 avril 1972 Référendum sur l’élargissement de la CEE aux Royaume-Uni, Irlande, Danemark et Norvège - adoption (la Norvège refusa par référendum)
  21. 6 novembre 1988 Référendum sur l’autodétermination en Nouvelle-Calédonie - adoption
  22. 20 septembre 1992 Référendum sur le traité de Maastricht - adoption
  23. 24 septembre 2000 Réduction de 7 à 5 ans de la durée du mandat du président de la République - adoption
  24. 6 juillet 2003 Modification des limites territoriales de la Corse - rejet (par les électeurs corses)
  25. 29 mai 2005 Référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe – rejet

Soit trois rejets sur vingt-quatre (exception du référendum sur la Corse)

 ANNEXE V - Sur le livre de Arnaud MONTEBOURG et Bastien FRANCOIS LA CONSTITUTION DE LA VIe RÉPUBLIQUE (Odile Jacob, 2005)

1.- Pour l’essentiel la VIe République proposée conserve les caractéristiques majeures de la Ve :

  • élection du président de la République au suffrage universel (article 7)
  • scrutin majoritaire à deux tours pour l’élection des députés (a. 22), à la proportionnelle pour les sénateurs ( ?!)
  • le recours massif au référendum (a. 37)

2.- Les novations sont limitées, il ne s’agit en aucun cas de « révolutions » comme ils le soutiennent :

  • réductions mineures des prérogatives du président de la République : fixation de l’ordre du jour du conseil des ministres (a. 10) et nomination aux emplois civils et militaires par le Premier ministre (a. 39), faible réduction du « domaine réservé »
  • demande au Premier ministre d’organiser un référendum si 10% des citoyens le demandent (a. A12)
  • initiative populaire des lois (a. 53)
  • élection des membres de la Cour constitutionnelle… mais sur proposition du président de la République qui choisit le président (a. 76)

3.- Sur certains points, il y a conservation voire aggravation des dispositions existantes :

  • maintien du « vote bloqué » (a. 58)
  • choix du « spoil system » pour la fonction publique (a. 40)
  • reprise de la réforme Raffarin « l’organisation de la République est décentralisée » (a. 1)
  • « transferts » de souveraineté, et non « limitations » comme dans le préambule de la constitution de 1946 (a. 2)
  • c’est le Premier ministre qui détermine et conduit la politique de la nation et non le gouvernement comme dans l’actuelle constitution (a. 35)
  • création étendue d’autorités administratives indépendantes (a. 14 et a. 46)
  • reprise du caractère expérimental des lois et règlements (a. 51 et a. 99)
  • reprise de la procédure des ordonnances (a. 52)
  • assujettissement accru au droit européen (a. 75)

 

Notes

[1] Tricentenaire de sa naissance le 28 juin 2012.

[2] Une loi électorale sur les « apparentements » permettra d’introduire un effet majoritaire à partir de 1951, minorant la représentation parlementaire du PCF et du RPF.

[3] A. Badiou, L’hypothèse communiste, Lignes, 2009. Dans le même esprit voir aussi : A. Le Pors, Pendant la mue le serpent est aveugle, Albin Michel, 1993 et Éloge de l’échec, Éditions Le Temps des Cerises, 1999.

[4] Marcel Gauchet, « Retombées politiques de la crise », Le Débat, septembre-octobre 2009.

[5] Projet constitutionnel du PCF et Rapport d’Anicet Le Pors, l’Humanité, 18 décembre 1989.

[6] Quelle VIème République ? Auteur collectif, Le Temps des cerises, 2007.

[7] « Art. 58. - Le projet est imprimé et envoyé à toutes les communes de la République, sous ce titre : loi proposée. Art. 59. – Quarante jour après l’envoi de la loi proposée, si, dans la moitié des départements, plus un, le dixième des assemblées primaires de chacun d’eux, régulièrement formées, n’a pas réclamé, le projet est accepté et devient loi. ».

[8] O. Duhamel, Droit constitutionnel et politique, Seuil, 1993, p. 116.

[9] J-M. Denquin, La monarchie aléatoire, PUF, 2001.

[10] A. Le Pors, « On fait clairement le choix du régime parlementaire », l’Humanité, 10 octobre 2005.

[11] A. Le Pors, « L’enjeu du contrôle de constitutionnalité », l’Humanité, 8 avril 2006.

[12] A. Le Pors, La citoyenneté, PUF, coll. Que sais-je ?, 2002 (3° éd.).

Par Rue Goudouly - Publié dans : -*- politique
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