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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 04:04

 

L'« arche de Noé végétale » en Arctique

F. William Engdahl

Dans un des lieux les plus reculés du monde, à Svalbard, (près de l’Océan Arctique), Bill Gates investit des millions dans une chambre forte pour rassembler toutes les semences du monde. Ses partenaires sont : la Fondation Rockefeller, Monsanto, la Fondation Syngenta et le gouvernement de Norvège.
Que cache ce projet d’Arche de Noé végétale ?

La paresse est une chose dont ne peut être accusé le fondateur de Microsoft, Bill Gates. Programmant déjà à 14 ans, il fondait Microsoft à 20 ans alors qu'il étudiait encore à Harvard. En 1995, Forbes l'enregistrait comme l'homme le plus riche du monde, le plus gros actionnaire de Microsoft, sa société qui a établi avec acharnement un monopole de fait dans les systèmes informatiques pour ordinateurs personnels.

​​​​En 2006, alors que la plupart des gens en pareille situation penseraient se retirer sur une île calme du Pacifique, Bill Gates décidait de consacrer son énergie à la Bill et Melinda Gates Fondation, la plus grande fondation privée « transparente, » comme il dit, avec une énorme dotation de 34,6 milliards de dollars et l'obligation légale de dépenser 1,5 milliards de dollars par an pour des projets humanitaires dans le monde afin de maintenir son statut d'organisation caritative exemptée d'impôt. En 2006, le cadeau d'environ 30 milliards de dollars en actions de Berkshire Hathaway d'un ami et associé en affaires, le super-investisseur Warren Buffett, plaçait la fondation de Gates dans une catégorie qui dépense presque la somme totale du budget annuel de l'Organisation Mondiale de la Santé des Nations Unies (OMS).

​​​​Alors, quand Bill Gates décide d'investir quelques 30 millions de dollars de son argent durement gagné dans un projet par l'intermédiaire de la Fondation Gates, ça vaut la peine de jeter un coup d'œil.

​​​​Nul projet n'est pour le moment plus intéressant que cette curieuse entreprise dans l'un des lieux les plus reculés du monde, à Svalbard. Bill Gates investit des millions dans une chambre forte pour semences sur la Mer de Barents, près de l'Océan Arctique, à quelque 1.100 kilomètres du Pôle Nord. Le Svalbard est un bout de roche stérile revendiqué par la Norvège et cédé en 1925 par un traité international .





Sur cette île perdue, Bill Gates investit des dizaines de millions avec la Fondation Rockefeller, Monsanto Corporation, la Fondation Syngenta et le gouvernement de Norvège, entre autres, dans ce qui est appelé doomsday seed bank [arche de Noé végétale traduit au mieux cette expression qui combine chambre forte, semences et fin des temps ou apocalypse, NDT]. Officiellement, le projet est appelé chambre forte à semences mondiales de Svalbard, sur l'île norvégienne de Spitsbergen, qui fait partie de l'archipel de Svalbard.

​​​​La chambre forte pour semences est en cours de construction à l'intérieur d'une montagne sur l'île de Spitsbergen, près du petit village de Longyearbyen. Selon leur communiqué de presse, c'est presque prêt pour le « business. » La chambre forte aura des portes doubles à l'épreuve des explosions, avec des détecteurs de mouvement, deux sas, et des murs en béton armé d'un mètre d'épaisseur. Elle contiendra jusqu'à trois millions de variétés différentes de semences du monde entier, « de sorte que la diversité végétale puisse être préservée pour l'avenir, » selon le gouvernement norvégien. Les semences seront spécialement enveloppées pour empêcher l'humidité. Il n'y aura pas de personnel à temps plein, mais l'inaccessibilité relative de la chambre forte facilitera la surveillance de toute activité humaine éventuelle.

​​​​Avons-nous raté quelque chose ? Leur communiqué de presse déclarait, « de sorte que la diversité des plantes puisse être préservée pour l'avenir. » Quel avenir, prévu par les sponsors de l'arche de Noé végétale, menacerait la disponibilité actuelle des semences, leur quasi totalité étant déjà bien à l'abri dans des chambres fortes aux quatre coins du monde ?

​​​​Chaque fois que Bill Gates, la Fondation Rockefeller, Monsanto et Syngenta se rencontrent sur un projet commun, il vaut la peine de creuser un peu plus profondément sous les roches de Spitsbergen. Quand nous le faisons, nous trouvons des choses fascinantes.

​​​​Le premier point remarquable est qui parraine l'arche de Noé végétale. Ceux qui s'unissent aux Norvégiens sont, comme noté, la Fondation Bill & Melinda Gates ; le géant étasunien de l'agro-alimentaire DuPont/Pioneer Hi-Bred, l'un des plus grands propriétaires de brevets d'organismes génétiquement modifiés (OGM), de semences de plantes et de produits apparentés de l'agrochimie ; Syngenta, à travers sa fondation, la principale compagnie suisse de semences OGM et de produits de l'agrochimie ; la Fondation Rockefeller, le groupe privé qui a créé la révolution génétique, avec plus de 100 millions de dollars de semences depuis les années 70 ; le CGIAR, le réseau mondial créé par le Fondation Rockefeller pour promouvoir son idéal de pureté génétique à travers la conversion de l'agriculture.


LE CGIAR ET « LE PROJET »


​​​​Comme je l'ai exposé en détail dans le livre Seeds of Destruction (1), en 1960 la Fondation Rockefeller, le Conseil sur le Développement de l'Agriculture de John D. Rockefeller III et la Fondation Ford, ont uni leurs forces pour créer l'Institut International de Recherche sur le Riz (IRRI) à Los Baños, aux Philippines. En 1971, l'IRRI de la Fondation Rockefeller, avec leur Centre International d'Amélioration du Maïs et du Blé au Mexique et deux autres centres de recherche internationaux créés par les fondations Rockefeller et Ford, l'IITA pour l'agriculture tropicale, au Nigeria, et l'IRRI pour le riz, aux Philippines, se sont combinés pour former le Groupe Consultatif International sur la Recherche Agricole (CGIAR).

​​​​Le CGIAR a été formé lors d'une série de conférences privées organisées au centre de congrès de la Fondation Rockefeller, à Bellagio en Italie. Les principaux participants à Bellagio étaient George Harrar de la Fondation Rockefeller, Forrest Hill de la Fondation Ford, Robert McNamara de la Banque Mondiale, et Maurice Strong, l'organisateur environnemental international de la famille Rockefeller, qui, en tant que mandataire de la Fondation Rockefeller, avait organisé le Sommet de la Terre de l'ONU à Stockholm en 1972. Cela faisait partie des longues décennies de mise au point de la fondation pour détourner la science au service de l'eugénisme, une hideuse version de la pureté raciale, qui était appelée Le Projet.

​​​​Pour garantir un impact maximum, le CGIAR a impliqué l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour le Développement et la Banque Mondiale. Ainsi, à travers l'influence soigneusement planifiée de ses ressources initiales, au début des années 70 la Fondation Rockefeller était à même de façonner la politique agricole mondiale. Et elle ne s'en est pas privé.

​​​​Financé par de généreuses bourses d'étude des fondations Ford et Rockefeller, le CGIAR a veillé à ce que les principaux scientifiques de l'agriculture et les agronomes du Tiers Monde soient amenés aux USA pour « maîtriser » les concepts de production de l'agro-alimentaire modernes, afin qu'ils les ramènent dans leur patrie. Dans l'opération, ils ont créé un réseau d'influence extrêmement utile à la promotion de l'agro-alimentaire étasunien dans ces pays, et plus particulièrement à la promotion de la « Révolution Génétique » des OGM dans les pays en développement. Et tout cela au nom de la science et de la rentabilité du marché agricole libre.


UNE RACE SUPÉRIEURE GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉE ?


​​​​La chambre forte à semences de Svalbard commence à présent à devenir intéressante. Mais ça devient encore mieux. « Le Projet » que j'ai évoqué est, depuis les années 20, le projet de la Fondation Rockefeller et de puissants intérêts financiers d'utiliser l'eugénisme, rebaptisé aujourd'hui génétique, pour justifier la création d'une Race Supérieure génétiquement modifiée. Hitler et les Nazis l'appelaient la Race Supérieure Arienne.

​​​​L'eugénisme d'Hitler a été financé dans une large mesure par cette même Fondation Rockefeller, qui est aujourd'hui en train de construire une arche de Noé végétale pour préserver des échantillons de toutes les graines de notre planète. Maintenant, ça devient vraiment intrigant. Cette même Fondation Rockefeller a créé la discipline pseudo-scientifique de la biologie moléculaire dans sa poursuite acharnée à réduire la vie humaine à une « séquence génique définie » qui, elle l'espérait, pourrait être ensuite modifiée dans le but de changer à volonté les caractéristiques humaines. Les eugénistes d'Hitler, dont beaucoup ont été tranquillement ramenés aux États-Unis après la guerre pour y poursuivre leurs recherches biologiques sur l'eugénisme, qui ont jeté de nombreuses bases du génie génétique des diverses formes de vie, ont été ouvertement soutenus jusque dans le Troisième Reich par les généreuses subventions de la Fondation Rockefeller. (2)

​​​​Cette même Fondation Rockefeller a créé la fameuse Révolution Verte lors d'un voyage au Mexique en 1946 de Nelson Rockefeller et d'Henry Wallace, ancien secrétaire de l'agriculture de New Deal et fondateur de la compagnie Pioneer Hi-Bred Seed.

​​​​La Révolution Verte visait à résoudre à grande échelle le problème de la faim dans le monde, au Mexique, en Inde et dans d'autres pays choisis où travaillait Rockefeller. Norman Borlaug, l'agronome de la Fondation Rockefeller, a gagné le Prix Nobel de la Paix pour son travail, un truc à ne sûrement pas se vanter avec des gens comme Henry Kissinger qui se partagent le même.

​​​​En réalité, comme il est apparu des années plus tard, la Révolution Verte était une brillante manigance de la famille Rockefeller pour développer un agro-alimentaire mondialisé qu'elle pourrait ensuite monopoliser, tout comme elle l'avait fait dans le monde de l'industrie pétrolière en commençant un demi-siècle auparavant. Comme Henry Kissinger l'avait déclaré dans les années 70 : « Si vous contrôlez le pétrole vous contrôlez le pays ; si vous contrôlez l'alimentation, vous contrôlez la population. »

​​​​L'agro-alimentaire et la Révolution Verte de Rockefeller allaient de pair. Ça faisait partie d'une grande stratégie qui incluait le financement de la recherche par la Fondation Rockefeller pour développer quelques années plus tard le génie génétique des plantes et des animaux.

​​​​John H. Davis fut adjoint du ministre de l'Agriculture sous la présidence de Dwight Eisenhower au début des années 1950. Il quitta Washington en 1955 et se rendit à Harvard Graduate School of Business, un lieu inhabituel à cette époque pour un expert en agriculture. Il avait une stratégie claire. En 1956, Davis a écrit un article dans le Harvard Business Review, où il déclarait que « la seule façon de résoudre une fois pour toutes le fameux problème agricole en évitant la lourdeur des programmes gouvernementaux, est de faire progresser l'agriculture pour l'agro-alimentaire. » Il savait précisément ce qu'il avait en tête, même si peu de gens avaient d'indice à l'époque : une véritable révolution dans la production agricole qui concentrerait le contrôle de la chaîne alimentaire entre les mains des multinationales, loin de la traditionnelle famille d'agriculteurs. (3)

​​​​Un aspect crucial de la conduite des intérêts de la Fondation Rockefeller et des sociétés agro-alimentaires étasuniennes, était le fait que la Révolution Verte se basait sur la prolifération de nouvelles semences hybrides pour le développement des marchés. L'aspect essentiel des semences hybrides est leur manque d'aptitude reproductrice. Les hybrides avaient été élaborés par protectionnisme contre la prolifération. Contrairement à la pollinisation libre des espèces naturelles, dont la semence donne un rendement semblable à celui de ses parents, le rendement de la semence portée par une plante hybride est sensiblement inférieur à celui de la première génération.

​​​​Cette baisse de rendement propre aux hybrides impliquait que les agriculteurs devaient normalement acheter des semences chaque année pour obtenir un rendement élevé. En outre, le rendement plus bas de la deuxième génération éliminait le commerce de semences que font souvent les producteurs sans l'autorisation du semencier. Ça empêchait la redistribution des semences de cultures commerciales par des intermédiaires. Si les grands semenciers multinationaux étaient capables de contrôler en amont la semence des lignées parentales, aucun concurrent ou agriculteur ne serait en mesure de produire d'hybride. La concentration mondiale des brevets de semences hybrides dans une poignée de gigantesques semenciers, dirigés par Pioneer Hi-Bred de DuPont et Dekalb de Monsanto, préparait le terrain à la révolution des semences OGM ultérieure. (4)

​​​​En réalité, l'introduction des techniques agricoles modernes étasuniennes, les engrais chimiques et les semences hybrides commerciales, ont rendu tous les agriculteurs locaux des pays en développement, en particulier les plus grands et les plus solides, dépendants de l'étranger, surtout des produits de base de l'agro-alimentaire et de la pétrochimie étasuniennes. C'était la première étape de ce qui devait être un processus soigneusement planifié sur plusieurs décennies.

​​​​Grâce à la Révolution Verte, l'agro-alimentaire a fait de grandes percées dans des marchés dont l'accès étaient auparavant limité aux exportateurs étasuniens. La tendance a par la suite été baptisée « Agriculture orientée vers le marché. » C'était en réalité le contrôle de l'agriculture par l'agro-alimentaire.

​​​​À travers la Révolution Verte, la Fondation Rockefeller et plus tard la Fondation Ford ont travaillé main dans la main, façonnant et soutenant les objectifs de la politique étrangère de l'Agence des États-Unis pour le Développement International (USAID) et de la CIA.

​​​​L'un des principaux effets de la Révolution Verte fut de dépeupler les campagnes, de forcer les paysans à fuir vers les bidonvilles des bas quartiers autour des villes, en recherche désespérée d'un travail. Ce n'était pas le hasard, ça faisait partie du plan visant à créer des bassins de main-d'œuvre bon marché pour les prochaines industries multinationales étasuniennes, la « mondialisation » de ces dernières années.

​​​​Quand l'auto-promotion autour de la Révolution Verte s'est calmée, les résultats étaient assez différents de ce qui avait été promis. Des problèmes ont surgi de l'usage sans discernement des nouveaux pesticides chimiques, avec souvent de graves conséquences pour la santé. Avec le temps, la monoculture de nouvelles variétés de semences hybrides a réduit la fertilité du sol et le rendement. Les premiers résultats étaient impressionnants : rendement doublé, voire triplé, de certaines cultures comme le blé et plus tard le maïs au Mexique. Des rendements qui ont rapidement fondu.

​​​​La Révolution Verte était généralement accompagnée de grands projets d'irrigation, avec souvent des prêts de la Banque Mondiale pour la construction de nouveaux énormes barrages et, dans le processus, l'inondation de régions auparavant habitées et fertiles. Ainsi, le rendement plus grand du super blé était produit en saturant le sol avec d'énormes quantités d'engrais, fait de nitrates et de pétrole, des matières premières que contrôlaient les sept grandes compagnies pétrolières sœurs dominées par les Rockefeller.

​​​​D'énormes quantités d'herbicides et de pesticides étaient aussi utilisées, créant de nouveaux marchés pour les géants de l'industrie pétrolière et chimique. Comme l'a dit un analyste, la Révolution Verte n'a été en réalité qu'une révolution chimique. À aucun moment les pays en développement ne pourraient payer les énormes quantités d'engrais et de pesticides chimiques. Ils obtiendraient des crédits gracieux de la Banque Mondiale et des prêts spéciaux de la Chase Bank et d'autres grandes banques de New York, soutenus par des garanties du gouvernement étasunien.

​​​​Mis en application dans un grand nombre de pays en développement, ces prêts ont été accordés à la plupart des grands propriétaires terriens. Pour les petits paysans la situation se présentait différemment. Les petits paysans ne pouvaient pas payer les produits chimiques et les autres besoins modernes. Ils ont dû emprunter de l'argent.

​​​​Initialement divers programmes gouvernementaux ont tenté de fournir des prêts aux agriculteurs afin qu'ils puissent acheter des semences et des engrais. Les agriculteurs n'ayant pu participer à ce genre de programme ont dû emprunter dans le secteur privé. À cause du taux d'intérêt exorbitant des prêts, de nombreux petits paysans n'ont même pas tiré bénéfice des premiers rendements plus élevés. Après la récolte, ils ont dû vendre la majorité sinon la totalité de leur production pour rembourser les prêts et les intérêts. Devenant dépendants de prêteurs à gages et de négociants, ils ont souvent perdu leurs terres. Même avec des prêts à taux préférentiel auprès d'organismes publics, de plus en plus de cultures vivrières ont cédé la place à la production de cultures de rente. (5)

​​​​Depuis des décennies les mêmes intérêts, notamment ceux de la Fondation Rockefeller qui a soutenu la Révolution Verte initiale, travaillent à promouvoir la nouvelle « Révolution Génétique, » comme l'a appelée il y a quelques années Gordon Conway, le président de la Fondation Rockefeller, c'est-à-dire la dissémination de produits de l'agriculture industrielle et commerciale, notamment de semences OGM brevetées.


GATES, ROCKEFELLER ET LA RÉVOLUTION VERTE EN AFRIQUE


​​​​Avec clairement en mémoire l'expérience avérée de la Révolution Verte de la Fondation Rockefeller dans les années 50, il devient particulièrement curieux que cette même Fondation Rockefeller avec la Fondation Gates, qui investissent à présent des millions de dollars dans la préservation de toutes les semences contre un scénario « apocalyptique » éventuel, investissent aussi des millions dans un projet nommé Alliance pour la Révolution Verte en Afrique (AGRA).

​​​​L'AGRA, comme elle s'est elle-même appelée, est une alliance avec cette même Fondation Rockefeller qui a créé la « Révolution Génétique. » Un coup d'œil sur le conseil d'administration de l'AGRA le confirme.

​​​​Comme président, elle n'a personne d'autre que Kofi Annan, l'ancien Secrétaire Général des Nations unies. Dans son discours d'admission lors d'une réunion du Forum Économique Mondial au Cap, en Afrique du Sud, en juin 2007, Kofi Annan a déclaré : « J'accepte ce challenge avec gratitude pour la Fondation Rockefeller, pour la Fondation Bill & Melinda Gates, et pour tous ceux qui soutiennent notre campagne africaine. »

​​​​Le conseil de l'AGRA comporte par ailleurs un Sud-Africain, Strive Masiyiwa, qui est mandataire de la Fondation Rockefeller ; Sylvia M. Mathews de la Fondation Bill & Melinda Gates ; Mamphela Ramphele, ancien directeur général de la Banque Mondiale (2000-2006) ; Rajiv J. Shah de la Fondation Gates ; Nadya K. Shmavonian de la Fondation Rockefeller ; Roy Steiner de la Fondation Gates. En plus, une Alliance pour l'AGRA comporte Gary Toenniessen, le directeur général de la Fondation Rockefeller, et Akinwumi Adesina, le directeur associé de la Fondation Rockefeller.

​​​​Pour remplir la queue, les Programmes pour l'AGRA comprennent Peter Matlon, directeur général de la Fondation Rockefeller ; Joseph De Vries, directeur du Programme pour les Systèmes Semenciers de l'Afrique et directeur associé de la Fondation Rockefeller ; Akinwumi Adesina, directeur associé de la Fondation Rockefeller. Comme l'ancienne Révolution Verte ratée en Inde et au Mexique, la nouvelle Révolution Verte en Afrique est manifestement une priorité de la Fondation Rockefeller.

​​​​Bien qu'à ce jour ils gardent profil bas, Monsanto et les principaux géants de l'agro-alimentaire OGM sont soupçonnés d'être au cœur du problème en se servant de Kofi Annan de l'AGRA pour disséminer leurs semences OGM brevetées dans toute l'Afrique sous l'étiquette trompeuse de « biotechnologie, » le nouvel euphémisme pour semences génétiquement modifiées brevetées. À ce jour, l'Afrique du Sud est le seul pays africain qui autorise légalement la plantation de cultures OGM. En 2003 le Burkina Faso a autorisé des essais d'OGM. En 2005, le Ghana de Kofi Annan a rédigé des lois sur la sécurité biologique et les principaux responsables ont exprimé leur intention de poursuivre la recherche sur les cultures OGM.

​​​​L'Afrique est la prochaine cible de la campagne de dissémination mondiale des OGM du gouvernement étasunien. Ses sols riches en font un candidat idéal. Évidemment, de nombreux gouvernements africains soupçonnent le pire de la part des sponsors des OGM, car une multitude de projets de génie génétique et de bio-sécurité ont été entamés en Afrique, dans le but d'introduire des OGM dans ses systèmes agricoles. Il s'agit notamment de parrainages offerts par le gouvernement étasunien pour former aux États-Unis les scientifiques en génie génétique africains, de projets de bio-sécurité financés par l'USAID et par la Banque Mondiale ; la recherche sur les OGM impliquant les cultures vivrières indigènes africaines.

​​​​La Fondation Rockefeller a travaillé pendant des années, en grande partie sans succès, à promouvoir des projets pour introduire des OGM dans les champs d'Afrique. Elle a financé la recherche qui soutient l'applicabilité du coton OGM dans le Makhathini Flats, en Afrique du Sud.

​​​​Monsanto, qui a une solide tête de pont dans l'industrie des semences OGM et des hybrides en Afrique du Sud, a conçu un ingénieux programme pour petits exploitants, connu sous le nom de Campagne « Semences et Espoir, » qui introduit un package de révolution verte à petite échelle chez les agriculteurs pauvres, suivi, bien entendu, par les semences OGM brevetées de Monsanto. (6)

​​​​Syngenta AG de Suisse, l'un des « Quatre Cavaliers de l'Apocalypse OGM, » verse des millions de dollars dans un nouvel aménagement de serres à Nairobi, pour développer du maïs OGM résistant aux insectes. Syngenta fait également partie de CGIAR. (7)


CONTINUER À SVALBARD


​​​​Alors, est-ce tout simplement de la sentimentalité philosophique excessive ? Qu'est-ce qui conduit les fondations Gates et Rockefeller à financer en même temps la prolifération de semences, bientôt Terminator, brevetées à travers toute l'Afrique, un processus qui, comme il l'a fait dans chaque autre lieu de la Terre où la monoculture agro-alimentaire industrialisée a été introduite, a détruit la diversité des semences végétales ? Dans le même temps, ils investissent des dizaines de millions de dollars pour préserver toutes les variétés de semences connues dans une chambre forte à l'épreuve de l'apocalypse à proximité du lointain Cercle Arctique, « afin que la diversité végétale puisse être préservée pour l'avenir, » pour reprendre leur communiqué de presse officiel ?


​​​​Il n'est pas fortuit que les fondations Rockefeller et Gates s'associent pour préconiser une Révolution OGM de style Révolution Verte en Afrique, tout en finançant tranquillement l'« arche de Noé végétale » à Svalbard. Les géants de l'agro-alimentaire OGM sont jusqu'aux oreilles dans le projet de Svalbard.

​​​​À vrai dire, l'entreprise de Svalbard entière et les gens impliqués évoquent des images de catastrophe pires que celles du best-seller de Michael Crichton, La variété Andromède, un thriller de science-fiction dans lequel une maladie mortelle d'origine extraterrestre provoque la coagulation rapide et fatale du sang, menaçant l'espèce humaine toute entière. À Svalbard, le futur entrepôt à semences le plus sûr du monde sera gardé par les policiers de la Révolution Verte OGM, par les fondations Rockefeller et Gates, Syngenta, DuPont et CGIAR.

​​​​Le projet du Svalbard sera géré par un organisme appelé Trust Mondial pour la Diversité Végétale (GCDT). Qui sont-ils pour détenir une responsabilité aussi considérable sur la diversité des semences de la planète entière ? Le GCDT a été fondé par la FAO et par Bioversity International (anciennement International Plant Genetic Research Institute), une ramification du CGIAR.

​​​​Le GCDT est basé à Rome. Son Conseil est présidé par Margaret Catley-Carlson, une canadienne qui est également au comité consultatif du Groupe Suez Lyonnaise des Eaux, l'une des plus grandes sociétés privées de l'eau. Catley-Carlson a aussi été présidente jusqu'en 1998 du Comité sur la Population établi à New York, l'organisation de réduction des populations de John D. Rockefeller, créée en 1952 pour accélérer le programme d'eugénisme de la famille Rockefeller sous couvert de promouvoir le « planning familial, » le système de contrôle des naissances, la stérilisation et le « contrôle de la population » des pays en développement.

​​​​Les autres membres du conseil de GCDT comptent l'ancien cadre de Bank of America, actuellement chef de Hollywood DreamWorks Animation, Lewis Coleman. Coleman est aussi administrateur de Northrup Grumman Corporation, l'un des plus grands entrepreneurs de l'industrie militaire du Pentagone.

​​​​Jorio Dauster (du Brésil) est aussi président du conseil d'administration de Brasil Ecodiesel. C'est un ancien ambassadeur du Brésil auprès de l'Union Européenne, et le négociateur en chef de la dette extérieure du Brésil pour le ministère des Finances. Dauster a aussi rempli les fonctions de président de l'Institut du Café Brésilien et de coordonnateur du Projet de Modernisation du Système des Brevets du Brésil, qui consiste à légaliser les brevets sur les semences génétiquement modifiées, une chose jusque-là interdite par les lois du Brésil.

​​​​Cary Fowler est directeur exécutif de GCDT. Il a été professeur et directeur de recherche au Département pour l'Environnement International et pour les Études de Développement de l'Université des Sciences de la vie de Norvège. Fowler a aussi été principal conseiller du directeur général de Bioversity International. Il y représentait les Centres des Moissons du Futur du CGIAR, dans les négociations pour le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques. Dans les années 90, il dirigeait le Programme International sur les Ressources Phytogénétiques de la FAO. Il a ébauché et supervisé les négociations du Plan d'Action Mondial pour les Ressources Phytogénétiques de la FAO adopté par 150 pays en 1996. Il est ancien membre du Comité National sur les Ressources Génétiques des Plantes des États-Unis et du conseil d'administration du Centre International d'Amélioration du Maïs et du Blé (CIMMYT) du Mexique, un autre projet de la Fondation Rockefeller et du CGIAR.

​​​​Le Dr Mangala Rai de l'Inde, membre du conseil d'administration du GCDT, est Secrétaire du Département de la Recherche Agricole et de l'Éducation (DARE) de l'Inde, et directeur général du Conseil Indien pour la Recherche Agricole (ICAR). Il est aussi membre du conseil d'administration de l'IRRI de la Fondation Rockefeller, qui a favorisé la première expérience majeure sur les OGM avec beaucoup de battage médiatique et qui s'est avérée être un fiasco, le « Golden Rice » (riz doré). Rai a siégé comme membre du conseil d'administration du CIMMYT, et comme membre du conseil exécutif du CGIAR.

​​​​Le Trust des Donateurs pour la Diversité des Semences Mondiales ou les bailleurs financiers comportent aussi « tous les suspects habituels, » comme le dit Humphrey Bogart dans Casablanca, le classique du cinéma. En plus des fondations Rockefeller et Gates, les donateurs comptent les géants des OGM, DuPont-Pioneer Hi-Bred, Syngenta de Bâle en Suisse, CGIAR et l'énergique promotrice des OGM, l'USAID. Il semble effectivement que nous ayons les renards des OGM et de la réduction des populations qui gardent le poulailler de l'humanité, la diversité des semences mondiales dans le magasin de Svalbard. (8)


POURQUOI SVALBARD MAINTENANT ?


​​​​On peut légitimement se demander pourquoi Bill Gates, la Fondation Rockefeller les principaux géants du génie génétique agro-alimentaire comme DuPont et Syngenta avec le CGIAR, construisent une arche de Noé végétale en Arctique.

​​​​Tout d'abord, qui utilise ce genre de chambre forte à semences ? Les sélectionneurs et les chercheurs sont les principaux utilisateurs des gènes des chambres fortes. Aujourd'hui, les plus importants reproducteurs sont Monsanto, DuPont, Syngenta et Dow Chemical, les géants mondiaux des plantes OGM brevetées. Depuis début 2007, Monsanto détient avec le gouvernement des États-Unis les droits mondiaux des brevets pour les plantes dites « Terminator » ou Technologie de Restriction d'Utilisation des OGM. Terminator est une technologie de mauvaise augure, faisant qu'une semence commerciale brevetée se « suicide » après récolte. Le contrôle des semenciers privés est total. Un pareil contrôle et cette mainmise sur la chaîne alimentaire n'ont jamais existé auparavant dans l'histoire de l'humanité.

​​​​Cette ingénieuse caractéristique terminator du génie génétique force les agriculteurs à retourner chaque année chez Monsanto ou d'autres semenciers OGM pour obtenir de nouvelles semences de riz, de soja, de maïs, de blé, de toutes les principales cultures dont ils ont besoin pour nourrir la population. Si c'était largement adopté dans le monde, on pourrait peut-être en une dizaine d'années faire de la majorité des producteurs de nourriture du monde de nouveaux serfs féodaux, asservis à trois ou quatre géants semenciers comme Monsanto, DuPont ou Dow Chemical.

​​​​Bien entendu, ça pourrait aussi permettre à ceux qui possèdent ces sociétés privées, peut-être sous les ordres de leur gouvernement, de Washington, de refuser les semences à l'un ou l'autre des pays en développement dont il arrive que sa politique aille à l'encontre de Washington. Ceux qui disent « Ça ne pourrait pas arriver dans ce cas » devraient s'intéresser de plus près aux événements mondiaux actuels. La simple existence de cette concentration de pouvoir chez trois ou quatre géants privés de l'agro-alimentaire étasunien est une raison d'interdiction juridique de toute culture OGM, même si le gain de moisson était réel, ce qui n'est manifestement pas le cas.

​​​​Ces compagnies privées, Monsanto, DuPont, Dow Chemical, n'ont guère d'antécédent sans taches en termes de gestion de la vie humaine. Elles ont développé et multiplié des innovations du style dioxine, PCB, Agent Orange. Elles cachent depuis des décennies les preuves manifestes du danger de cancer et d'autres graves conséquences pour la santé humaine de l'usage des produits chimiques toxiques. Elles ont enterré des rapports scientifiques sérieux sur le plus répandu des herbicides dans le monde, le glyphosate, l'ingrédient de base de l'herbicide Roundup de Monsanto, qui est lié à l'achat de la plupart des semences génétiquement modifiées de Monsanto, et est toxique quand il s'infiltre dans l'eau potable. (9) Le Danemark a interdit le glyphosate en 2003, quand il fut confirmé qu'il contaminait les nappes phréatiques du pays. (10)

​​​​La diversité des semences stockées dans les chambres fortes à gènes est la matière première pour la reproduction des plantes et pour de nombreuses recherches biologiques fondamentales. Plusieurs centaines de milliers d'échantillons sont distribués chaque année à de telles fins. La FAO répertorie quelque 1.400 chambres fortes à semences dans le monde, les plus importantes étant gardées par le gouvernement des États-Unis. D'autres grandes chambres fortes sont détenues par la Chine, la Russie, le Japon, l'Inde, la Corée du Sud, l'Allemagne et le Canada, par ordre de taille décroissante. Par ailleurs, le CGIAR exploite une chaîne de chambres fortes pour semences dans des centres choisis aux quatre coins du monde.

​​​​Le CGIAR, créé en 1972 par les fondations Rockefeller et Ford pour propager leur modèle de Révolution Verte agro-alimentaire, contrôle la plupart des chambres fortes à semences privées, depuis les Philippines à la Syrie en passant par le Kenya. Toutes ces chambres fortes à semences actuelles contiennent plus de six millions et demi de variétés de semences, près de deux millions d'entre elles sont « distinctes. » L'arche de Noé de Svalbard aura la capacité d'abriter quatre millions et demi de graines différentes.


LES OGM COMME ARME DE GUERRE BIOLOGIQUE ?


​​​​Maintenant, nous arrivons au cœur de la dangerosité et du potentiel d'usage abusif inhérents au projet de Bill Gates et de la Fondation Rockefeller à Svalbard. Le développement de semences brevetées, pour la plupart des grandes cultures vivrières, comme le riz, le maïs, le blé, et pour les céréales fourragères comme le soja, peut-il en fin de compte être utilisé dans une horrible forme de guerre biologique ?

​​​​Le but explicite du lobby des eugénistes, financé depuis les années 20 par de riches familles élitistes, comme Rockefeller, Carnegie, Harriman et autres, incorporait ce qu'ils appelaient l'« eugénisme négatif, » l'extermination systématique des lignées indésirables. Margaret Sanger, une eugéniste alerte, fondatrice de Planification Internationale de la Maternité et intime de la famille Rockefeller, a fait à Harlem en 1939 un truc appelé The Negro Project, qui, comme elle le confiait dans une lettre adressée à un ami, concernait le fait que, « nous voulons exterminer les populations noires, » tel qu'elle l'a exprimé. (11)

​​​​En 2001, Epicyte, une petite entreprise de biotechnologie de Californie, a annoncé la mise au point de maïs génétiquement modifiés contenant un spermicide rendant les hommes qui le mangeait stérile. Epicyte avait à cette époque un accord de coentreprise pour diffuser sa technologie avec DuPont et Syngenta, deux des sponsors de l'arche de Noé végétale à Svalbard. Epicyte a depuis été achetée par une société de biotechnologie de Caroline du Nord. Il était étonnant d'apprendre qu'Epicyte avait développé son maïs OGM spermicide avec des fonds de recherche du ministère de l'Agriculture étasunien, ce même ministère qui, en dépit de l'opposition du monde entier, a continué à financer le développement de la technologie Terminator, actuellement détenue par Monsanto.

​​​​Dans les années 90, l'OMS a lancé pour des millions de femmes entre 15 et 45 ans du Nicaragua, du Mexique et des Philippines, une campagne de vaccination soi-disant contre le tétanos, une maladie survenant de choses comme marcher sur un clou rouillé. Les hommes et les garçons n'étaient pas vaccinés, en dépit du fait qu'ils sont vraisemblablement tout aussi susceptibles que les femmes de marcher sur des clous rouillés.

​​​​À cause de cette curieuse anomalie, le Comité Pro Vida de México, une organisation laïque catholique romaine, est devenu méfiant et a fait tester un échantillon du vaccin. Les tests ont révélé que le vaccin antitétanique en train d'être colporté par l'OMS uniquement pour les femmes en âge de porter des enfants, contenait de la Gonadotrophine Chorionique ou hCG, une hormone naturelle qui, combinée à une anatoxine tétanique, activait des anticorps rendant la femme incapable de maintenir sa grossesse. Il a été dit qu'aucune femme n'a été vaccinée.

​​​​Il est apparu plus tard que la Fondation Rockefeller avec le Comité sur la Population de Rockefeller, la Banque Mondiale (qui abrite le CGIAR), et l'Institut National de la Santé des États-Unis, ont été impliqués dans un projet long de 20 ans, commencé en 1972, afin de mettre au point pour l'OMS un agent abortif dissimulé dans un vaccin contre le tétanos. Par ailleurs, le gouvernement de Norvège, l'hôte de l'arche de Noé végétale de Svalbard, a fait un don de 41 millions de dollars pour développer un vaccin antitétanique spécial, ayant la capacité de provoquer l'avortement. (12)

​​​​Est-ce une coïncidence que ces mêmes organisations, depuis la Norvège jusqu'à la Fondation Rockefeller, en passant par la Banque Mondiale, soient également engagées dans le projet de chambre forte pour semences à Svalbard ? Selon le professeur Francis Boyle, qui a rédigé la Loi sur l'anti-terrorisme et les armes biologiques, promulguée par le Congrès étasunien en 1989, le Pentagone est « désormais préparé à disputer et à gagner la guerre biologique » dans le cadre de deux directives de stratégie nationale de Bush adoptées, remarque-t-il, « sans que le public le sache, et révisées » en 2002. Boyle ajoute que, de 2001 à 2004, le gouvernement fédéral étasunien a dépensé 14,5 milliards de dollars pour uniquement des travaux liés au bio-terrorisme civil, une somme faramineuse.

​​​​Richard Ebright, biologiste à l'Université Rutgers, estime que plus de 300 institutions scientifiques et quelques 12.000 personnes aux États-Unis ont aujourd'hui accès à des agents pathogènes convenant à la guerre biologique. L'Institut National de la Santé du gouvernement étasunien est doté de 497 subventions uniquement pour la recherche sur les maladies infectieuses à potentiel de guerre biologique. Bien entendu, c'est en train d'être justifié dans la rubrique de défense contre une éventuelle attaque terroriste, comme tant de chose le sont aujourd'hui.

​​​​Beaucoup de dollars du gouvernement étasunien sont dépensés dans la recherche de guerre biologique impliquant le génie génétique. Jonathan King, professeur en biologie au MIT, dit que « les programmes de bio-terrorisme en pleine expansion représentent la naissance d'un important danger pour notre propre population. » King ajoute, « bien que ce genre de programmes soit toujours appelé défensif, avec les armes biologiques les programmes défensifs et offensifs se recouvrent presque complètement. » (13)

​​​​L'avenir nous dira, à Dieu ne plaise, si l'arche de Noé végétale du Svalbard de Bill Gates et de la Fondation Rockefeller fait partie d'une autre Solution Finale, celle entraînant l'extinction Définitive, de la Grande Planète Terre.
 

NOTES

​​​​1 F. William Engdahl, Seeds of Destruction, Montreal, (Global Research, 2007).

​​​​2 Ibid, pp.72-90.

​​​​3 John H. Davis, Harvard Business Review, 1956, cité par Geoffrey Lawrence dans Agribusiness, Capitalism and the Countryside, Pluto Press, Sydney, 1987. Voir aussi Harvard Business School, The Evolution of an Industry and a Seminar: Agribusiness Seminar,
www.exed.hbs.edu/programs/agb/seminar.html

​​​​4 Engdahl, op cit., p. 130.

​​​​5 Ibid. P. 123-30.

​​​​6 Myriam Mayet, The New Green Revolution in Africa: Trojan Horse for GMOs ?, mai 2007, African Centre for Biosafety,
www.biosafetyafrica.net.

​​​​7 ETC Group, Green Revolution 2.0 for Africa?, Communique Issue #94, mars/avril 2007.

​​​​8 Site Internet Global Crop Diversity Trust :
www.croptrust.org/main/donors.php.

​​​​9 Engdahl, op. cit., pp.227-236.

​​​​10 Anders Legarth Smith, Denmark Bans Glyphosates, the Active Ingredient in Roundup, Politiken, 15 septembre 2003 :
www.organic.com.au/news/2003.09.15

​​​​11 Tanya L. Green, The Negro Project: Margaret Sanger's Genocide Project for Black American's :
www.blackgenocide.org/negro.html.

​​​​12 Engdahl, op. cit., pp. 273-275; J.A. Miller, Are New Vaccines Laced With Birth-Control Drugs ? HLI Reports, Human Life International, Gaithersburg, Maryland; juin/juillet 1995, Volume 13, Number 8.

​​​​13 Sherwood Ross, Bush Developing Illegal Bioterror Weapons for Offensive Use, 20 décembre 2006 :
www.truthout.org.


​​​​ F. William Engdahl est auteur de Seeds of Destruction, the Hidden Agenda of Genetic Manipulation (graines de destruction, les projets secrets du génie génétique) qui vient d'être publié par Global Research. Il est également auteur de Pétrole, une guerre d'un siècle : L'ordre mondial anglo-américain (en français). Pour le contacter par courrier électronique :
info@engdahl.oilgeopolitics.net



Original : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=7529
Publié le 15/12/2008
Traduit par Dany Quirion et Pétrus Lombard pour Alter Info
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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 04:17

 

La Banque centrale européenne organise le chômage de masse

 

Par Christian Gourdet

 
 
 

NAIRU : une machine de guerre contre les salaires

Selon l’INSEE, le chômage touchait 8,3 % de la population active (1 942 000 personnes) à la fin du troisième trimestre 2007. Si l’on additionne toutes les catégories de demandeurs d’emploi, le chiffre est notablement plus important : 3 138 000 personnes (selon Alternatives économiques/de janvier 2008), soit aux alentours de 13,5 % de la population active. Ajoutons-y les radiations (+ 23 % en un an selon la CGT) et toutes celles et ceux qui renoncent par découragement à fréquenter les couloirs de l’ANPE. Malgré la baisse claironnée par le gouvernement et les médias à ses ordres, le chômage de masse reste une réalité qui gangrène fortement la société française. Fatalité ? « En matière de lutte contre le chômage, on a tout essayé », déclarait François Mitterrand, le 14 juillet 1993. Ou volonté politique ? En fait, le maintien d’un taux de chômage élevé ne doit rien aux « lois » de l’économie ou à quelque mystérieuse fatalité.
Sous le couvert du NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment = taux de chômage n’accélérant pas l’inflation), c’est sciemment que la Banque centrale européenne et son président, Jean-Claude Trichet, organisent et entretiennent le chômage de masse. Sans considération aucune pour les millions de familles plongées ainsi dans l’angoisse et pour certaines dans la misère.

 

Pour comprendre la situation, il n’est pas inutile de revenir sur quelques théories économiques en vogue. Selon les monétaristes, héritiers de Milton Friedman et des « Chicago boys », qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps en matière de discours économique, pour faire baisser ce chômage contre lequel « on a tout essayé » il n’y a tout simplement… rien à faire ! Il existerait un « chômage naturel », variant suivant les lieux et les époques, un chômage incompressible contre lequel toute politique macroéconomique serait non seulement inefficace mais de plus nuisible car génératrice d’inflation. Ce taux de chômage reposerait essentiellement sur le refus des travailleurs d’accepter un salaire jugé trop faible. Ce serait donc un chômage volontaire ! Ce taux de chômage naturel serait d’autant plus bas que la flexibilité du travail serait plus importante.

Mais où ont-ils été pêcher le Nairu !

En 1980, James Tobin, s’appuyant sur les travaux des économistes Franco Modigliani et Lucas Papademos, formalise un nouveau concept : le NAIRU. Un calcul permettant de définir le niveau du taux de chômage ne générant pas de poussée inflationniste. Selon ce concept, quand le chômage est trop bas, les salariés sont encouragés à revendiquer des hausses de salaires ce qui conduit les entreprises à augmenter leurs prix pour préserver leurs marges. Le tout entraîne une augmentation de l’inflation. Si le taux de chômage coïncide avec le NAIRU la pression exercée permet de modérer les augmentations salariales et il n’y a donc pas d’inflation. Un espèce d’optimum du rapport chômage/inflation. Le NAIRU est donc, au départ, un simple outil d’analyse économique parmi d’autres. Et, contrairement aux théories monétaristes, il ne conclut pas à l’inutilité de politiques macroéconomiques. En acceptant, par exemple, un taux d’inflation supérieur à celui que générerait un alignement strict sur le NAIRU il serait possible de réduire le chômage, à tout le moins de manière conjoncturelle. Sur le long terme, ses adeptes rejoignent les monétaristes sur la nécessité de modifier la structure du marché du travail si l’on veut faire baisser durablement le taux de chômage. Le problème réside dans l’usage politique qui en est fait. Car évidemment, c’est l’aspect rapport optimum chômage/inflation qui est retenu aujourd’hui par les libéraux. Pour les dirigeants de la sphère économique, finalement, NAIRU et chômage naturel c’est du pareil au même. On peut supposer que si c’est le terme NAIRU qui est généralement utilisé, c’est tout bêtement pour donner un alibi et un habillage « scientifiques » à la politique de guerre sociale initiée par le capital. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le seul remède au chômage de masse résiderait dans l’administration de la sempiternelle et amère potion libérale. Baisse des impôts et taxes sur les bénéfices des entreprises, baisse ou exonération des cotisations sociales patronales, déréglementation du droit du travail au bénéfice des patrons... Flexibilité, précarité, bas salaires, baisse des indemnisations chômage, mobilité, réduction de la protection sociale et du niveau des pensions pour les travailleurs… Tous ingrédients constitutifs de la politique de « réforme » initiée par la droite et grâce auxquels Nicolas Sarkozy nous promet un chômage à 5 % à l’horizon 2012. Du travail pour « presque » tous, mais un travail précaire, sous-payé, une retraite au rabais de plus en plus longue à obtenir.

Le cauchemar des rentiers : quand la rente fond, fond, fond !

Lorsque les économistes parlent du chômage, ils s’intéressent en fait à tout autre chose. Leur vraie crainte c’est l’inflation. L’inflation survient lorsque la masse monétaire excède exagérément la valeur des biens et services créés par l’économie réelle et entraîne une dépréciation de la monnaie. Elle correspond à la hausse générale des prix dans une économie, et serait selon Milton Friedman « de tous temps et en tous lieux de nature monétaire et due à un excès de monnaie ». Mais attention, il s’agit de la hausse des prix à la consommation, pas de celle des actifs, immobiliers ou financiers par exemple, considérés, eux, comme des investissements. La nuance est importante. Peu importe, par exemple, l’injection massive de liquidités dans le système financier (mise en œuvre aujourd’hui par exemple pour tenter de contrer la crise des subprimes) ou la valorisation irrationnelle des actifs financiers à grands coups de manœuvres spéculatives initiées par les hedge funds… Cet excès de monnaie-là ne gène pas nos divers Jean-Marc Sylvestre puisqu’il s’agit, on l’a vu, d’investissements et donc d’espoir de gains financiers futurs. Non, ce qui obsède à ce point nos économistes, et avec eux les banquiers, notamment les gouverneurs des banques centrales, c’est la hausse des prix à la consommation qui à terme grignote les revenus des rentiers et les profits des capitalistes. En période d’inflation, et donc, si l’on se réfère au NAIRU, de taux de chômage relativement bas, les salariés sont au maximum de leur capacité d’exiger des augmentations de salaire. Et donc les capitalistes sont « contraints » d’augmenter les prix pour préserver leur marge de profit et les dividendes versés aux actionnaires. Remarquons qu’il suffirait de réduire proportionnellement la part des profits et donc des dividendes versés, tout en conservant une marge suffisante réservée à l’investissement productif, pour que l’effet inflationniste de la hausse des salaires soit fortement amoindri. Mais cela, bien évidemment il n’est pas question une seule minute de l’envisager ! Surtout dans un système où les actionnaires exigent des retours sur investissement toujours plus rapides et abondants. Dans l’absolu, les salariés peuvent toujours donc s’accommoder d’une inflation un peu plus forte en revendiquant des augmentations de salaires et leur indexation sur les prix (l’échelle mobile des salaires). Pas les rentiers ! Pour eux l’inflation est une véritable taxe sur la fortune. Lorsque la monnaie se déprécie, la valeur de l’épargne s’amenuise, le taux d’intérêt réel baisse et les riches se retrouvent chaque jour un peu moins riches. "L'inflation, c'est l'euthanasie des rentiers"

« Le pire ennemi des profits financiers c’est le plein emploi »

De ce qui n’était qu’une forme de calcul du rapport chômage/inflation, les décideurs économiques et politiques libéraux ont fait un taux minimum de chômage « souhaitable », nonobstant le fait que la justesse et la pertinence des calculs effectués n’ont jamais été démontrés. Souhaitable et minimum parce qu’il représente le taux au niveau duquel la pression sur les salaires est suffisamment forte pour éviter l’inflation et donc la dépréciation de la rente. Minimum et souhaitable parce qu’il permet aux profits capitalistes de se tailler la part du lion dans la répartition de la richesse produite. Et comme c’était « souhaitable et minimum » ils l’ont organisé ! Et, de fait, depuis 25 ans, les taux de chômage observés en Europe ont quasiment toujours été supérieurs au NAIRU ! C’est cette politique visant à maintenir le taux de chômage au-dessus du NAIRU qui est déterminée par le pacte de stabilité de Maastricht et est mise en œuvre quotidiennement par la Banque centrale européenne et son président Jean-Claude Trichet. Profits contre salaires, utilisation du chômage comme arme de guerre contre le salariat, on est en pleine lutte des classes. Exagération ? Voire ! C’est par exemple, Franco Modigliani (prix Nobel 1985 et professeur au MIT – pas précisément un archéomarxiste !), l’un des « créateurs » du NAIRU, qui déclarait, le 5 avril 2000 dans le cadre de l'audition publique organisée par la commission économique et monétaire du Parlement européen :/» la BCE programme le chômage ») ; il réitérait quelques temps après lors d’une conférence donnée à Freiburg : « Le chômage est principalement ... le résultat de politiques macroéconomiques erronées les décisions des Banques Centrales, inspirées par une crainte obsessionnelle de l'inflation ... et une attitude considérant le chômage comme quantité négligeable ("a benign neglect for unemployment") ..., apparemment basées sur une utilisation critiquable de la soi-disant approche du NAIRU ». Plus crûment, interrogé le 7 mai 2005 sur France Info, le chef stratégiste de chez VP finance, François Chevalier, alors qu’on l’interroge sur les perspectives boursières dans les mois à venir, répond : « Le pire ennemi des profits financiers c’est le plein emploi or, nous sommes loin du plein emploi. » Un connaisseur, à n’en pas douter !

Taux d’emploi minimal pour profit maximal !

Pour Milton Friedman, les premiers responsables de l’inflation sont les Etats. En utilisant exagérément la planche à billet, ils créent une masse excédentaire de monnaie qui leur permet de financer à bon marché les déficits publics et d’alléger la dette en diminuant le recours à l’emprunt… Ils ont de plus la maîtrise du taux d’intérêt proposé. En le baissant ils rendent plus facile le recours au crédit pour les entreprises et les ménages et peuvent ainsi encourager la relance par la demande, ce qui va augmenter l’inflation, et baisser le taux d’intérêt réel (taux d’intérêt moins inflation) ce qui appauvrit les titulaires de rente fixe. La première mesure est donc de leur retirer ce pouvoir régalien. Et c’est très exactement ce qu’a fait l’Union européenne. Priver les Etats de la capacité de mener des politiques macroéconomiques en utilisant le levier de la monnaie, notamment en monétisant les déficits, pour confier la responsabilité de la création monétaire à un système européen de banques centrales dirigé par la Banque centrale européenne. Une banque « indépendante » y compris d’un éventuel gouvernement européen. A ce système est confié l’objectif principal de « maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de cet objectif, il apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union pour contribuer à la réalisation des objectifs de celle-ci » (article I-30 du projet de traité constitutionnel européen). Le même projet de traité constitutionnel (aucunement modifié par le traité simplifié cher à Sarkozy) qui affirmait : « L’Union œuvre pour le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive qui tend au plein emploi et au progrès social  » Autrement dit l’emploi, c’est après, si on peut ! /Comme aime à le dire M. Trichet : « inflation comes first » (l’inflation d’abord). Les Etats européens, ainsi privés du pouvoir de battre monnaie sont mis dans l’impossibilité d’utiliser le levier monétaire pour financer, par exemple, des politiques de relance par l’investissement public et mis dans l’obligation d’emprunter des capitaux considérables ce qui a pour effet de consolider les taux d’intérêt élevés (taux d’intérêt qui renchérissent l’investissement en biens d’équipement et obèrent donc la croissance) décidés par la BCE… et les bénéfices des détenteurs de la dette. Laquelle BCE a fixé tout à fait arbitrairement le taux d’inflation souhaitable à 2 %. Un taux bas entraînant donc, NAIRU oblige, un taux de chômage élevé. Et lorsque l’inflation atteint 3 % en novembre 2007 en zone euro, M. Trichet déclare « En agissant fermement et à temps (...), le Conseil des gouverneurs fera en sorte que les effets de second tour et que les risques pour la stabilité des prix à moyen terme ne se matérialisent pas ». Pour mémoire, rappelons que les « effets de second tour » dans le jargon économique c’est avant tout les hausses de salaire ! Et s’il fallait un élément supplémentaire, citons Jean-Pierre Petit, responsable de la recherche économique et de la stratégie d'investissement chez Exane BNP-Paribas, dans Le Monde du 29 janvier 2007 : « La profitabilité des entreprises restera structurellement élevée, grâce à la mondialisation, la productivité élevée, la FAIBLESSE des créations d'emplois et la faiblesse des charges financières. » A ce stade, le doute n’est plus vraiment permis. Le chômage est bien utilisé sciemment comme un moyen de contrôle social permettant de maintenir les salariés dans l’angoisse des lendemains, modérer les revendications salariales et permettre de restructurer « à la baisse » le marché du travail… Le chômage est une arme de guerre sociale contre les salariés ! Un instrument employé pour faire baisser la part des salaires dans la répartition de la richesse créée et préserver ainsi les marges des entreprises, c’est-à-dire en fait le taux de profit des capitalistes et les revenus des détenteurs de la dette ! Et tout cela au nom du NAIRU… Harponnons le NAIRU !
disait Keynes. Le mal absolu… pour les détenteurs du capital et l’on comprend l’enthousiasme avec les « décideurs » économiques se sont saisis du NAIRU !

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 03:20

 



La région de Liège, en Belgique, est le théâtre d’un bras de fer entre la direction d’Arcelor Mittal, les organisations syndicales et le gouvernement de la Région wallonne. Enjeu du conflit : qui doit payer les quotas de CO2 nécessaires à la remise en activité du haut-fourneau 6 de Seraing ? Le patronat ou la collectivité ? L’affaire montre clairement que la stratégie climatique basée sur les mécanismes de marché fait le jeu des employeurs et pousse le mouvement syndical dans une position de défensive aggravée.
 
TANURO Daniel
 


 


 


 

Marché du carbone : plus de quotas, pas d’emploi ?
L’affaire du haut-fourneau 6 d’Arcelor Mittal à Seraing.

Dernière minute : Cet article était déjà écrit lorsqu’un accord est finalement intervenu, le 1er février, entre la Région Wallonne et Arcelor Mittal. L’accord stipule que, sur les quelque 4 millions de tonnes de quotas de CO2, annuellement nécessaires à leur fonctionnement, le numéro 1 mondial de l’acier apportera finalement 1,4 million de tonnes ; l’Etat fédéral prendra 600 000 tonnes à sa charge, la Région wallonne, l’essentiel, avec 1,7 million de tonnes, plus une réserve de 600 000 tonnes par an. Le conflit dont il est question ci-dessous est donc clos. Il nous semble néanmoins intéressant d’y revenir, car la problématique est intéressante et pourrait se reproduire à l’avenir. Comme le disait un ouvrier : « C’est pourtant pas logique que ce soient les contribuables qui paient, alors que lui (Mittal) est plein aux as. En même temps, on ne va sûrement pas s’en plaindre » (L.L.B, 2/2/ 2008) (NDLR)

 




 

Nouveau propriétaire de l’entreprise sidérurgique wallonne Cockerill-Sambre (jadis publique à plus de 50%) Arcelor décide en 2005 de fermer le haut-fourneau 6 de Seraing (HF6). Deux ans plus tard, face à un déficit momentané de la production d’acier en Europe et à un renchérissement relatif de la filière électrique, le nouveau groupe fusionné Arcelor-Mittal opte pour la relance de l’outil. Problème : dans l’intervalle, content que cette fermeture l’ait aidé à réaliser sans trop de peine les objectifs climatiques fixés par la Commission Européenne, le gouvernement de la Région wallonne a distribué à d’autres ses quotas d’émission de CO2. Résultat : pour permettre au HF6 de fonctionner, il manque 3,8 millions de quotas pour les années 2008-2009, et 20 millions en tout d’ici 2012. Pas de quotas, pas d’emplois ?

 


 

Qui va payer ?

 

Le problème ne peut laisser personne indifférent dans une région durement touchée par la crise du charbon et de l’acier. En particulier à Liège, où la viabilité de la sidérurgie semble compromise sans une ligne à chaud pour alimenter « le froid »… La Région pourrait fournir les quotas pour 2008-2009 mais, au-delà, il resterait un gros déficit de 15 millions de tonnes [1]. La réserve wallonne pour les « nouveaux entrants » dans le système étant largement épuisée, il faudrait acheter des droits de polluer sur le marché du carbone. Mais qui va payer ?

 

Pour Arcelor Mittal, le gouvernement wallon n’a qu’à se débrouiller : il a renoncé aux quotas en 2005, puis affirmé qu’il trouverait une solution… Qu’il paie, faute de quoi, pas de HF6. A l’appui de ses menaces, le groupe a déjà reporté deux fois le redémarrage de l’outil, ce qui a entraîné une grève de 24 heures à l’appel du syndicat socialiste (FGTB).

 

Si elle achetait les quotas pour les donner à Arcelor Mittal, la Région se mettrait en contravention avec le droit européen en matière d’aides publiques. Les autorités wallonnes en appellent donc à la solidarité fédérale et à un geste de l’Europe en faveur d’une solution « créative ». Mais l’Etat fédéral est désargenté. Quant à la Commission, elle exclut toute concession. Bruxelles craint un précédent apportant de l’eau au moulin des forces qui mettent en question la politique des quotas. Une crainte d’autant plus vive que la demande belge coïncide avec l’ouverture du difficile débat sur la proposition du plan d’action climat de l’UE pour la période 2012-2020…

 

Du côté syndical, on ne sait trop sur quel pied danser. En fait, au-delà des formules rituelles, les organisations ouvrières, particulièrement la FGTB, tendent à ménager Mittal. Elles se tournent principalement vers le pouvoir politique au niveau fédéral, et plus encore au niveau européen. L’UE est accusée de « trahir l’Europe en transférant les pollutions dans les pays d’Afrique ou d’Asie tout en supprimant des emplois sur notre continent » [2]. Le numéro 2 du groupe sidérurgique, Michel Wurth, tient un discours similaire : « On nage en pleine absurdité. Si cet acier n’est pas produit ici il le sera ailleurs dans des conditions plus polluantes » [3]. Cette convergence de vues ne tombe pas du ciel : les syndicats ont cru bon de s’allier à la direction locale d’Arcelor Mittal pour plaider la cause du HF6 auprès de la direction générale. Non sans faire valoir le climat de paix sociale, la productivité du travail ainsi que la bonne volonté des travailleurs.

 


 

Le cadeau des quotas

 

Pour comprendre l’affaire, il faut rappeler que l’Union Européenne, dans le cadre du Protocole de Kyoto, s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 8% au cours de la période 2008-2012. L’objectif a été réparti entre les Etats membres. La contribution de la Belgique, fixée à 58,5 Mt CO2 (7,5% de réduction par rapport à 1990), a été ventilée entre les régions : Wallonie -7,5%, Flandre -5,2% et Bruxelles +3,5% ; le solde (2,4 Mt de CO2) est à charge du fédéral.

 

Afin de faciliter les réductions d’émissions, l’UE a notamment décidé de recourir à un des « mécanismes de flexibilité » prévus par le Protocole : la création d’un système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE). L’idée est que l’achat et la vente de quotas (un quota = le droit d’émettre une tonne de CO2) constitue le meilleur moyen de respecter souplement l’objectif global, car les entreprises qui n’auront pas utilisé tous leurs quotas vendront leurs excédents à celles qui n’auront pas respecté leurs obligations.

 

La Commission a donc dressé une liste des secteurs gros émetteurs de CO2 : la production d’électricité, la sidérurgie, le verre, la céramique, les papeteries et les cimenteries. Ensemble, ces secteurs sont responsables de la moitié environ des émissions de CO2 de l’UE. Au-dessus d’une certaine taille, les entreprises concernées ont reçu des quotas distribués par les Etats membres. La réduction des émissions est assurée par le truchement des « plans nationaux d’allocation » que les gouvernements soumettent à la Commission Européenne. De la sorte, Bruxelles veille à ce que chaque Etat remplisse sa part de l’effort de réduction [4]. Les volumes d’émissions sont vérifiés par les administrations des Etats membres. Chaque année, les entreprises concernées doivent remettre à celles-ci un nombre de quotas correspondant au tonnage émis. Celles qui n’en ont pas assez sont tenues d’en acheter sur le marché du carbone.

 

Un point clé à souligner est que, pour lancer ce système au cours de la première phase 2005-2007, l’UE a décidé que les quotas seraient gratuits. Les Etats membres ont donc négocié avec les entreprises pour fixer les objectifs d’émission de celles-ci, sur base des projections de production fournies par les employeurs. Ceux-ci ont évidemment eu tendance à gonfler leurs chiffres. Quant aux administrations, elles se sont montrées compréhensives, pour ne pas nuire à la compétitivité de « leurs » entreprises. Trop de quotas ont donc été alloués. Ce « couac » a trois conséquences combinées, qui révèlent le fossé entre la théorie et la réalité du marché climatique :

 

1°) le prix de la tonne de CO2 a chuté brutalement début 2005, de 30 à 10 Euros/tonne ;

 

2°) les patrons ont préféré acheter des droits de polluer plutôt que d’investir dans des technologies propres ;

 

3°) les entreprises disposant de trop de quotas ont réalisé un bénéfice exceptionnel en vendant leurs surplus sur le marché du carbone.

 


 

Les sidérurgistes ont eu leur part

 

La sidérurgie ne fait pas tache dans ce tableau, loin de là. Au terme de l’année 2005, les maîtres de forges disposaient de 39Mt de CO2 excédentaires [5]. La vente des quotas correspondants leur a rapporté près de 480 millions d’Euros de bénéfices exceptionnels, soit 0,7% du chiffre d’affaires (1% dans le CA de la filière fonte, 0,1% dans le CA de la filière électrique) [6].

 

Si les patrons avaient une once de responsabilité par rapport au climat, ils auraient investi ces surprofits dans les technologies propres. Mais ce n’est pas le cas. En 2005, Arcelor, qui était pourtant le meilleur élève de la classe, ne consacrait que 0,42% de son chiffre d’affaires à la recherche-développement, Mittal beaucoup moins. Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) estime que les technologies existantes permettraient de réduire les émissions sidérurgiques de 24% d’ici 2010. Financé à 50% par des fonds publics, un programme de recherche européen (ULCOS, Ultra Low Carbon Steelmaking) vise à atteindre 30% de réduction en 2020. Or, d’ici 2012, les 48 producteurs d’acier qui participent à ULCOS n’y injecteront ensemble que 45 millions par an. Mittal, avant la fusion avec Arcelor, ne faisait même pas partie de ce consortium [7]…

 

Les sidérurgistes, on l’a vu, dénoncent la politique climatique de l’UE qui, disent-ils, les expose à la « concurrence déloyale » des pays en développement. Ceux-ci, en effet, ne sont pas soumis (jusqu’à présent) à des obligations de réduction de leurs émissions. On agite donc des menaces de délocalisation. Arcelor Mittal évoque la fermeture de deux outils en Europe si l’UE continue à durcir sa politique climatique [8]. 595 emplois seront supprimés d’ici 2009 à l’aciérie de Grandrange (Moselle). A Liège, la relance du HF6 va de pair avec une offensive visant à accroître encore la compétitivité : il en coûterait au moins 450 emplois dans le chaud et 412 dans le fer blanc, selon certaines sources [9].

 

Dans leur concert de lamentations sur les « distorsions de concurrence », les employeurs omettent soigneusement de préciser qu’ils sont implantés dans les pays en développement et en transition. Cette implantation leur permet non seulement d’orchestrer la compétition entre travailleurs des divers pays et de profiter des largesses de l’UE dans la distribution des quotas, mais aussi de tirer parti des deux autres « mécanismes flexibles » prévus dans le cadre de Kyoto : le « Mécanisme de Développement Propre » (MDP) et la « Mise en Oeuvre Conjointe » (MOC). Voyons cela de plus près.

 


 

Les bonnes affaires du « développement propre »

 

Le MDP et la MOC sont deux systèmes similaires concernant respectivement les pays du Sud et les pays de l’Est (dits « en transition »). Principe commun aux deux systèmes : les entreprises du Nord qui réalisent dans ces deux catégories de pays des investissements permettant de réduire les émissions (par rapport à un « scénario de base » hypothétique…) acquièrent des droits de polluer au prorata des tonnages de carbone que ces investissements sont censés avoir permis d’éviter. Dans le système du MDP, les projets doivent être soumis à un organe de contrôle mis en place par les Nations Unies (MDP Executive Board) et les réductions d’émissions doivent être certifiés. On distingue donc les « Réductions d’Emission Certifiées » (REC) dans le cas du MDP et les « Unités de Réduction d’Emission » (URE) dans le cas du MOC. Quand elle a créé son SCEQE, l’Union Européenne a décidé de le lier au MDP et à la MOC, afin de donner encore plus de flexibilité aux entreprises. Il en découle que, sauf exceptions, un quota européen équivaut à une réduction d’émission certifiée du MDP ou à une unité de réduction d’émission de la MOC [10]. En d’autres termes, les REC et les URE sont négociables sur le marché européen des quotas.

 

Cette liaison SCEQE-MDP-MOC ouvre d’énormes opportunités au capital, en particulier aux multinationales. Celles-ci peuvent en effet présenter les investissements de leurs filiales dans des pays en développement ou en transition comme des contributions au « développement propre » de ces pays. Dans la mesure où ces investissements auraient été faits de toute façon, on peut considérer que les droits de polluer qui en découlent sont gratuits, à l’instar des quotas dans le cadre du SCEQE [11]. Mais leur utilisation est encore plus profitable. En effet, soit ils servent à justifier les émissions des filiales dans l’UE, soit ils sont vendus sur le marché européen du carbone. Dans le premier cas, les entreprises respectent leur quota grâce à investissements dans le tiers-monde (qu’elles auraient généralement faits de toute façon), ce qui leur permet d’éviter les dépenses d’investissement plus coûteuses liées à la réduction des émissions sur le Vieux Continent. Dans le deuxième cas, elles peuvent faire un surprofit supplémentaire en jouant sur l’importante différence de prix entre les crédits de carbone bon marché des systèmes MDP-MOC et les crédits de carbone plus chers, issus du SCEQE [12].

 

On va voir à travers quelques exemples que le groupe Arcelor Mittal est idéalement placé pour exploiter toutes ces opportunités à son plus grand avantage, grâce notamment à ses 70 sites de production répartis à la fois dans l’UE (anciens et nouveaux Etats membres), dans les pays émergents et dans les pays en transition.

 


 

Pologne, Tchéquie, Brésil, Afrique du Sud, Kazakhstan…

 

De ce côté de l’Atlantique, Arcelor Mittal possède notamment des entreprises en Tchéquie, en Pologne, en Roumanie, au Kazakhstan et en Europe occidentale. En Pologne, le groupe a si bien mené la négociation de ses quotas que sa filiale locale a accumulé en 2005 un excédent de 7,8 millions de tonnes de carbone, ce qui représente un surprofit potentiel de 170 millions de dollars environ [13]. Lorsque Varsovie a élaboré son Plan National d’Allocation pour la deuxième phase du SCEQE (2008-2012), le secteur sidérurgique a tellement protesté contre une première version du texte que les autorités ont revu leur copie et lui ont octroyé 550.000 quotas supplémentaires. Mittal Steel s’en est félicité publiquement [14].

 

La satisfaction patronale est d’autant moins surprenante que rien n’oblige le groupe à utiliser ses quotas : il peut aussi bien décider de les vendre, ou les capitaliser pour les utiliser plus tard, ou pour les vendre plus tard. Le cours du carbone est indépendant de celui de l’acier, ce qui offre beaucoup d’opportunités. L’exemple de la Tchéquie est instructif à cet égard : Martin Pecina, directeur de l’organisme officiel de lutte anti-trust (UOHS) de ce pays a accusé Mittal Steel de baisser sa production locale au profit de ses usines au Kazakhstan (qui ne fait pas partie du SCQE), afin de pouvoir vendre plus de quotas tchèques en Europe de l’Ouest [15].

 

Comme le note l’étude réalisée pour le compte de la Confédération européenne des Syndicats (avec la collaboration notamment du Wuppertal Institute), le SCEQE et, d’une manière générale, les mécanismes de marché mis en place par Kyoto, ont notamment pour résultat que le CO2 n’est plus un déchet : c’est un sous-produit dont les possibilités de valorisation co-déterminent la stratégie industrielle des groupes, à l’échelle internationale [16]. Ce sous-produit, Arcelor Mittal en possède des stocks suffisants pour rallumer le HF6. Le problème est que ces stocks ne sont pas à donner : ils sont à vendre. La logique capitaliste est ici à la fois révoltante et imparable. Révoltante parce que les quotas ont été offerts gracieusement aux entreprises. Imparable parce que ces quotas s’échangent aujourd’hui sur un marché et que, sur ce marché, le nombre de quotas nécessaire à la relance du HF6 vaut la bagatelle de 260 millions d’Euros, environ. Pour Mittal, donner les quotas au HF6 reviendrait à renoncer à ces 260 millions, donc à renchérir l’acier liégeois de 50 Euros/tonne par rapport à la production d’autres sites [17]. L’éthique commande de refuser ce raisonnement… mais cela implique de remettre en cause les lois du marché.

 

Du point de vue de la production de quotas comme activité nouvelle, les pays en développement, avec leurs projets MDP, constituent pour les multinationales un marché en plein développement, à ne pas manquer. Le Nord, pour le moment, ne peut recourir aux unités de réduction MOC-MDP que dans une mesure relativement limitée [18]. Or, cela risque de changer : en effet, au plus les gouvernements se résigneront à admettre que la protection du climat requiert des réductions d’émissions beaucoup plus importantes que celles qui ont été décidées à Kyoto, au plus la pression capitaliste s’accroîtra pour étendre le MDP, voire pour supprimer toute entrave à son utilisation. Cette tendance s’exprime très clairement dans le rapport que Nicholas Stern a consacré à l’économie du changement climatique, dans lequel il plaide pour multiplier par quarante le volume du marché MDP.

 

C’est dans ce genre de perspective à moyen terme que s’inscrit Arcelor Mittal. Son usine de Tubarao, au Brésil, est la première entreprise sidérurgique du monde dont un projet de MDP ait été reconnu par l’instance de gestion du système. Techniquement, le projet est banal : il s’agit simplement de récupérer des gaz de hauts-fourneaux et de les brûler afin de produire de l’électricité. Mais l’impact sur les émissions est non négligeable. En consacrant une somme modique à un investissement qui aurait sans doute été fait de toute manière, parce qu’il réduit la facture énergétique, Arcelor Mittal générera en dix ans 430.000 tonnes de crédit de carbone échangeables (fin 2006, il en avait déjà accumulé 210.000).

 

Tubarao est loin d’être un cas isolé. Dans une autre région du Brésil, le groupe espère acquérir 640.000 unités de réduction en substituant des barges géantes aux camions dans le transport de matières. Dans une autre encore – c’est le pompon - l’usage du charbon de bois comme combustible, en remplacement du coke, générerait 10 millions de tonnes de crédit carbone entre 2008 et 2015 [19]. D’autres projets sont en route, en Afrique du Sud notamment.

 


 

Arcelor Mittal, producteur de droits de polluer

 

Mais la toute grosse affaire du MDP, c’est la Chine. Notamment pour les sidérurgistes. Car la Chine n’est pas seulement le premier producteur mondial d’acier : c’est aussi le pays où le potentiel de réduction des émissions sidérurgiques est le plus important. La production d’une tonne d’acier (filières fonte et électrique confondues) y entraîne l’émission de 3,4t de CO2, contre 1,4t en moyenne dans l’UE (1,7t en Amérique latine et 2t en moyenne mondiale). La comparaison des performances donne donc une idée très approximative, mais néanmoins instructive, de la quantité maximum de crédits de carbone qui pourrait être moissonnée par le MDP. En 2004, la Chine produisait 273 millions de tonnes d’acier. Si cette production était réalisée en émettant 1,4tCO2/t, comme dans l’UE, les émissions chinoises passeraient de 928 à 382 millions de tonnes, soit une réduction de 546 Mt. Il faut évidemment tenir compte d’une foule de facteurs qui jouent en sens divers (par exemple : les efforts chinois dans le domaine de l’efficience, d’une part, l’augmentation de la production - 25%/an ces dernières années, d’autre part), mais on comprend qu’il s’agit d’un très gros marché pour l’investissement technologique. Donc aussi, accessoirement, pour la production de crédits de carbone [20].

 

Une proportion importante des émissions chinoises est due à la mauvaise qualité du matériel et des réseaux électriques, au faible recyclage des déchets, à la petite taille des installations, à la faible efficacité de la conversion thermique, etc. Ce sont des problèmes qui peuvent être résolus à bas prix. Selon certaines estimations, la part des émissions chinoises pouvant être supprimée pour un coût de réduction inférieur à 10 dollars/tonne serait de 38MtCO2 d’ici 2020. Pour être sûr de ne pas rater le coche, Mittal a décidé de sponsoriser très généreusement un plan du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement) consistant à investir 1,7 millions de dollars afin de créer des « centres techniques du MDP ». But de l’opération : drainer les projets de développement propre dans pas moins de 12 provinces [21]. Un investissement modeste si on songe aux juteux surprofits découlant de la vente des crédits de carbone.

 

Arcelor Mittal, en fait, n’est plus seulement un producteur d’acier mais aussi, dans une certaine mesure, un producteur de droits de polluer. Créée de toutes pièces du fait de la stratégie capitaliste de réponse au changement climatique par des mécanismes de marché, cette activité annexe promet de devenir de plus en plus rentable dans les 30 à 40 années qui viennent. Pour ne pas rater de bonnes affaires, le groupe ne se contente plus de faire du lobbying pour obtenir gratuitement des quotas excédentaires pour ses usines (comme en Europe), ou d’investir dans des procédés techniques générateurs de crédits MDP quasi-gratuits (comme au Brésil et ailleurs). Il semble en outre vouloir opérer à un niveau supérieur, peser sur la structuration même du marché du carbone, comme l’indique son soutien à l’opération du PNUD en Chine.

 


 


 

En guise de conclusion...

 

L’affaire des quotas de CO2 nécessaires au rallumage du haut-fourneau 6 de Arcelor Mittal à Liège montre de façon assez évidente et concrète que les mécanismes de marché décidés à Kyoto et mis en oeuvre par l’UE offrent au patronat de nouvelles opportunités de faire des (sur)profits et de se renforcer encore face au monde du travail.

 

Les employeurs pestent contre la politique climatique mais celle-ci leur procure de coquets bénéfices, acquis grâce à des droits de propriété qu’ils n’ont pas achetés mais qui rapportent gros (droits de propriété sur le cycle du carbone, donc en fin de compte sur l’air !). Les maîtres de forge dénoncent la concurrence des « pollueurs du tiers-monde », mais ils en profitent de deux manières au moins : directement à travers leurs investissements, et indirectement grâce au marché du MDP qui en découle. La politique libérale-climatique leur permet en plus de dissimuler leur propre responsabilité, car ils peuvent imputer à une prétendue obsession politique pour l’environnement un ensemble de pratiques qui découlent en fait, très classiquement, de la guerre de concurrence propre au système capitaliste.

 

Quant aux gouvernements, alors que le soutien à la compétitivité des entreprises est clairement le fil rouge de leur action, y compris en dernière instance de leur politique climatique, ils ont beau jeu de se présenter comme les défenseurs de l’intérêt général, du « compromis nécessaire entre le social, l’environnemental et l’économique ». Le partage des rôles est remarquable, et pour le moins mystifiant.

 

Dans cette situation générale, l’affaire de Seraing montre à suffisance que le mouvement ouvrier et la gauche en général ont un urgent besoin de réflexion stratégique fondamentale. Le fait que les rapports de forces sont défavorables ne peut pas être invoqué pour éviter le débat.

 

Cet article n’ayant pas la prétention de remplacer un travail d’élaboration collectif, on se contentera de quelques considérations, dans l’espoir de stimuler une discussion plus large.

 

Il nous semble que le mouvement ouvrier commettrait une erreur stratégique majeure en se rangeant d’une manière ou d’une autre dans le camp des sceptiques face au changement climatique. La perturbation du climat est une réalité et ses conséquences menacent de devenir catastrophiques. Les travailleurs et les pauvres en sont et en seront les principales victimes. On ne protégera pas l’emploi dans un secteur comme la sidérurgie en banalisant le risque, ou en le mettant en doute. Ce serait contraire à la démarche globale du mouvement ouvrier. Ce serait d’ailleurs une voie sans issue, tant les constats scientifiques sont devenus incontournables.

 

Il est vrai qu’une fraction de plus en plus importante de la classe dominante et de son personnel politique utilise le thème du changement climatique pour faire accepter au monde du travail de nouveaux sacrifices, ou pour justifier ceux-ci dans une opinion publique large, et stigmatiser ainsi la résistance des salariés. Le cas du HF6 est exemplaire de ce point de vue : plus de quotas, pas d’emploi… sauf si les travailleurs paient la note. Mais on peut lutter contre cette tendance en mettant en lumière les faux-semblants, les insuffisances, les incohérences et les hypocrisies de la réponse néolibérale au changement climatique, comme nous avons tenté de le faire ici. Plutôt que d’accuser une « hystérie » ou une « frénésie » environnementaliste « d’étouffer notre économie », il serait plus indiqué de changer de perspective. C’est possible, en partant du constat qu’une lutte efficace pour le climat nécessite un changement de cap radical : planification démocratique, revalorisation du secteur public et de l’action industrielle publique (pourquoi a-t-on privatisé Cockerill-Sambre ?!), investissement massif dans les transports publics, plan public de rénovation/isolation des logements, plan public de transfert des technologies propres vers les pays du Sud (comme alternative au marché du MDP), etc.

 

Si l’on abandonne un instant le dogme néolibéral, on s’aperçoit immédiatement qu’il y a dans ce pays et dans cette région, comme ailleurs, d’énormes possibilités structurelles de réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre. Sans productivisme, mais aussi sans culpabilisation des gens. En améliorant considérablement la qualité de vie, le revenu et la santé de la majorité de la population. Et en donnant du travail et du temps à tous et toutes, notamment aux sidérurgistes. Si la volonté politique d’exploiter ces possibilités était présente, le problème du HF6 ne se poserait même pas. C’est dans ce sens-là que nous proposons d’élaborer une alternative digne de ce nom.

 

Les travailleurs luttent pour l’emploi, et ils ont mille fois raison. C’est leur rendre un mauvais service que de les dresser contre « la Chine qui pollue » ou contre « la dictature du CO2 » et de chercher sur cette base, au nom du réalisme et de l’urgence, un accord avec la direction d’Arcelor Mittal. L’histoire montre à suffisance que cette orientation de repli régional, voire sous-régional, ne peut mener qu’à livrer les travailleurs pieds et poings liés au patronat. Arcelor Mittal a une stratégie mondiale, le mouvement syndical doit plus que jamais en construire une autre, à la base.

 


 

Cet article était déjà écrit lorsque le quotidien Le Soir (1/2/08) a publié un entretien avec Michel Wurth. Tout en refusant d’apporter 1,4 millions de quotas (sur 20 millions) pour faire vivre le HF6, le N°2 d’ArcelorMittal présente le groupe sous un jour très favorable. A l’en croire, le leader mondial de l’acier serait une sorte de mécène amoureux de Liège. « Nous n’étions pas demandeurs de cette relance (du HF6), dit-il, mais nous avons répondu à une sollicitation très forte en provenance de nombreux acteurs en Wallonie ». Touchant…

 

M. Wurth reconnaît par ailleurs avoir vendu 1,5 millions de quotas reçus gratuitement de la Belgique, au cours de la première phase du SCEQE (2005-2007). En plus de cela, dit-il « fin 2007 nous avions un excédent de quotas, mais leur transfert nous a été interdit par la Commission Européenne pour couvrir la période 2008-2012 ». En effet, ce report de quotas de la première à la deuxième période a été interdit. Mais c’est la moindre des choses : puisque les entreprises avaient gonflé leurs chiffres pour obtenir un surplus de quotas, autoriser le report, cela aurait été légitimer l’arnaque. M. Wurth, lui, trouve normal que la collectivité donne gratuitement aux entreprises des droits de propriété surabondants, qu’elles peuvent ensuite vendre à leur profit exclusif. « Ces quotas ne sont pas un sujet de négociation, dit encore M. Wurth : nous ne sommes pas preneurs d’un partage des sacrifices. » Mais qui parle de sacrifices ? C’est de bénéfices qu’il s’agit, notamment des bénéfices extra qu’Arcelor a réalisés en vendant des quotas qui ne lui avaient rien coûté !

 

Il faut d’urgence faire savoir à M. Wurth que de très nombreux acteurs, en Wallonie, trouveraient normal que cet argent, qu’ArcelorMittal n’a pas gagné, revienne à la collectivité. Avec son tempérament de mécène, nul doute que le n°2 d’ArcelorMittal se laissera convaincre… A moins que le mécène ne soit en réalité une sangsue ?

Daniel Tanuro



- Source : Europe solidaire sans frontière www.europe-solidaire.org

[1] La Libre Belgique, 8/1/2008

[2] Tract FGTB-SETCA pour la grève du 21 janvier en faveur de la relance du HF6

[3] Le Soir, 10/10/2007.

[4] Comme le note La Libre Belgique, le Plan belge d’allocation pour la période 2008-2012 a été avalisé par la Commission « moyennant une réserve de taille : l’obligation de réduire de 7,6% supplémentaires les émissions ». Les Régions doivent s’être réparties ce nouvel effort (4,8 Mt/an) d’ici le 28/2/2008 (LLB, 11/1/2008).

[5] Ces 39Mt correspondent à 24% du total alloué, ce qui montre bien que les négociateurs n’ont pas distribué les quotas avec le dos de la cuillère !

[6] La filière fonte (60% du tonnage d’acier produit en Europe) est la principale émettrice de gaz à effet de serre : 1,93 tonne de CO2 par tonne d’acier produite, contre 150kg à peine dans le cas des aciéries électriques.

[7] (« Impact sur l’emploi du changement climatique et des mesures de réduction des émissions de CO2 dans l’Union Européenne à 25 à l’horizon 2030 », Etude CES, 11/7/2007.

[8] International Herald Tribune, 7/1/2007.

[9] LLB, 16/11/2007.

[10] Les exceptions concernent notamment les droits d’émission générés par des projets de plantations d’arbres (« puits de carbone ») : ces REC ne sont pas échangeables dans le cadre du SCEQE.

[11] Dans le cas du MDP, il faut toutefois déduire les frais de certification, qui sont à charge du gestionnaire de projet (celui-ci choisit aussi l’instance de certification, d’où une fraude et une corruption considérables dans le MDP en général).

[12] Cette différence était de 47% environ à la mi-2007. Un analyste de Fortis avait alors déclaré que les entreprises européennes disposant de crédits de carbone générés par le MDP pourraient faire un « énorme profit » en les vendant sur le marché européen des droits. Il évaluait ce profit à 1 milliard de dollars par an. (International Herald Tribune, 3/7/2007).

[13] Communication de Mittal Steel reproduite sur le site Steelguru, 24/08/2006.

[14] « The Polish Power Sector an dits Lobbying for Allocation in the Nap », juin 2006, étude réalisée pour le WWF par le consultant ESC.

[15] « Profiting from Pollution », Till Janzer and Jan Szyska, Finance New Europe (en ligne).

[16] cf. note (7).

[17] LLB, 6/12/2007.

[18] Au cours des deux premières phases du SCEQE, le recours aux unités MDP ou MOC était plafonné à 6% de l’objectif européen de réduction des émissions. Pour la troisième phase, qui commencera en 2012, la Commission propose un plafonnement à 3% par an.

[19] « Steel Industry should Avoid 10 Million Tons of CO2 », Antonio Gaspar, DiarioNet, http://invertia.terra.com.br. La combustion de charbon de bois n’accroît pas la quantité de carbone dans l’atmosphère, puisque la source n’est pas fossile. Le système n’est pas pour autant écologique : il implique la transformation de vastes régions en gigantesques monocultures d’arbres à croissance rapides, comme les eucalyptus. Mittal dispose pour ce faire d’une filiale spécialisée : Arcelor Mittal Brazil Forests.

[20] Ministère de l’écologie et du Développement Durable, RF, Direction des Etudes Economiques et de l’Evaluation Environnementale, « Des accords sectoriels dans les engagements post-2012 ? », Aurélie Vieillefosse.

[21] AFP, 2/5/2007.

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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 03:18


 L’économie verte…un avenir pour qui ? 
 
 Je ne savais par quel bout prendre ces deux dépêches diffusées par l’ONU  à 3 jours d’intervalles 

(voir en dessous).
 Ces deux déclarations qui semblaient différentes ont en fait un lien direct. 
 Et encore je vous fais grâce de la dépêche annonçant la mise en place d’un prix de 25 millions de 

dollars lancé par Richard Branson patron de Virgin pour la création « d’un conseil de guerre »

concernant l’environnement.
 Avant de lire ces deux dépêches il faut savoir quelques menus détails :  
 - « Un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

explique aujourd’hui que la facture mondiale des importations alimentaires s’alourdit en raison

principalement de la forte demande sur les biocarburants […] » 8 juin 2007 FAO
 - « On estime que le panier d’importations alimentaires pour les pays les moins avancés (PMA)

en 2007 coûtera en moyenne 90% de plus qu’en 2000 … par rapport aux nations

développées, qui ne subiront qu’une hausse de 22 % de leurs factures d’importations au

cours de la même période, l’écart est saisissant » Adam Prakash, économiste à la FAO
 - « La concurrence pour les céréales entre les 800 millions d’automobilistes du monde qui 

veulent maintenir leur mobilité et les 2 milliards de personnes les plus pauvres qui essayent

seulement de rester en vie est en train de devenir une affaire homérique. »

Lester Brown agronome.
  Cessons là…  
 Une guerre est déclarée, Branson ne s’y est pas trompé, annonçant une nouvelle lutte des classes : 

la classe de ceux qui ont un véhicule contre celle de ceux qui n’en n’ont pas.

Le trait est un peu fort, mais permet de marquer les esprits.

Tout un programme, que franchi l’ONU en choisissant ouvertement son camp.
 Et pendant ce temps nous revoyons apparaître les grandes famines, « Loin de diminuer, le nombre de

personnes affamées dans le monde est en train d’augmenter – au rythme de 4 millions par an » :

Jacques Diouf, directeur général de la FAO.
 La production céréalière mondiale a enregistré un taux record en 2007. 
 Mais où est donc passée la différence de production ? 
 Dans les agro carburants et ceci afin de maintenir notre niveau de vie de « motorisés », ressource 

inespérée de substitution aux hydrocarbures.
 Et qu’est-ce que cela entraine ? 
 Une véritable bataille est engagée, une guerre, entre l’OPEP et les agro semenciers. 
 C’est un pan de l’économie que nous devons sérieusement surveiller car cela aura certainement 

(et cela en a déjà) des conséquences en termes de conflits.
 Mais de quoi est-il exactement question au fond pour l’ONU : créer les opportunités économiques 

nécessaires à l’accompagnement du changement climatique.
 Ou 
 Tout en tenant compte de la réalité écologique, comment transformer les désastres écologiques 

accomplis pour 1/10ème de la population mondiale en avantages économiques (pour une minorité de

possédants) sans toucher « au niveau de confort » de ces 1/10ème.
 L’ONU a inventé l’économie verte et a choisi son camp : la finance. 
 Normal.  
 Mais qui finance l’ONU ?  
 Dominique 
 
 ***************************** 
 A CHICAGO, BAN KI-MOON BAT LE RAPPEL POUR L'ÉCONOMIE VERTE
 New York, Feb 8 2008 12:00PM
 Il faut ouvrir la voie à une nouvelle « économie verte », a lancé le secrétaire général 

de l'ONU à des centaines de chefs d'entreprise réunis hier soir à Chicago, insistant sur

le fait que faire front aux changements climatiques doit représenter une opportunité de

croissance, pas un coût.
 « Nous avons connu plusieurs transformations économiques : la révolution industrielle,

la révolution technologique, notre ère moderne de la mondialisation. Nous sommes

maintenant au seuil d'une nouvelle révolution, celle de l'âge de l'« économie verte »,

a déclaré Ban Ki-moon aux participants à la conférence au Club Économique de Chicago.
 Répondre au défi des changements climatiques signifiera sûrement modifier l'avenir 

économique du monde, a-t-il dit, « pour cela, l'ONU est votre partenaire ».
 Le Secrétaire général a cité un rapport du Programme des Nations Unies pour 

l'environnement (<" http://www.unep.org/french/ ">PNUE) qui estime que les

investissements mondiaux pour l'énergie `propre´ atteindront 1,9 billions de dollars

d'ici à 2020.
 « Si elle est bien menée, notre guerre contre le changement climatique sera une 

opportunité économique, pas un coût », a déclaré le Secrétaire général.
  2008-02-08 00:00:00.000
  
 **********************
 CHANGEMENTS CLIMATIQUES : TECHNOLOGIES ET FINANCEMENT, LES DÉFIS MAJEURS POUR LES PAYS 







EN DÉVELOPPEMENT
 New York, Feb 11 2008 6:00PM
 Yvo de Boer, Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les 

changements climatiques, a déclaré aujourd'hui que l'accès aux technologies et le

financement représentaient les deux thèmes les plus importants pour les pays en

développement dans leur combat contre les effets des changements climatiques.
 « Le programme produit lors de la Conférence de Bali en décembre est incroyablement 

ambitieux », a rappelé aujourd'hui Yvo de Boer, lors d'une conférence de presse au

siège de l'ONU, à New York. « Nous devons, en moins de deux ans, élaborer l'accord

international le plus complexe de tous les temps », a-t-il souligné.
 Le plan d'action de Bali est composé de quatre blocs, a-t-il rappelé, l'adaptation, 

la réduction, les technologies et le financement.
 Pour les pays en développement, comme ceux d'Amérique latine et des Caraïbes qui ont, 

selon lui, « le plus à perdre, et le plus à gagner », le défi le plus important réside

dans l'acquisition de technologies et de finances suffisantes.
 Avant la réduction des émissions, avant la question de l'adaptation, ce sont les 

technologies et le financement qui doivent tout d'abord les préoccuper, a déclaré Yvo

de Boer. Récemment, il avait déjà insisté sur la nécessité d'adopter des instruments

financiers et techniques pour appuyer et promouvoir les initiatives des pays en

développement, en particulier ceux d'Amérique latine et des Caraïbes

(dépêche du 01.02.2008).
 « Les technologies et le financement sont le ciment qui permettra de lier les pays 

développés et les pays en développement dans la lutte contre les effets des changements

climatiques et pour un développement durable », a-t-il déclaré.
 Selon le Secrétaire exécutif de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les 

Changements Climatiques (<" http://unfccc.int/2860.php ">CCNUCC), la prochaine

réunion qui aura lieu à Bangkok, en Thaïlande, du 31 mars au 4 avril, permettra de

fixer un calendrier de travail. Il espère également y voir l'engagement des parties les

plus importantes au Protocole de Kyoto.
 Côté financement, Yvo de Boer a indiqué que le Mécanisme de développement propre 

prélevait une taxe de 2% destinés au Fonds d'adaptation.







« Il s'agit d'une première étape d'auto-financement », a-t-il expliqué,

avant d'ajouter qu'il existait d'autres sources de revenu potentielles comme

une taxe sur la Mise en oeuvre conjointe ou sur l'Echange des droits d'émissions.
 La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui s'est tenue à Bali,

en Indonésie, du 3 au 15 décembre 2007, sous l'égide de la Convention-cadre a constitué

un tournant décisif dans la lutte contre ces changements. La feuille de route et le

plan d'action adoptés à Bali offrent les outils nécessaires pour négocier un accord

général et mondial d'ici à la fin de 2009 (dépêche du 16.12.2008).
 
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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 03:47

Une laïcité de chanoine

Par Caroline Fourest

 

 

Au lieu de financer le retour du religieux, on pourrait surtout consacrer cet argent au social et au culturel. Par exemple en vue de réduire le nombre d’élèves par classe dans les quartiers populaires. Mais ce n’est pas la priorité de notre président, pour qui un instituteur ne remplacera jamais un prêtre ou un pasteur. A l’entendre, le plus grand mal dont souffrent les banlieues serait d’être devenues des "déserts spirituels". Sachant que l’"espérance" passe à ses yeux par le religieux, le nouveau nom du plan banlieue - baptisé "Espoir banlieue" - a de quoi inquiéter.

 

"La laïcité à la française vit-elle ses dernières heures ? « La société a changé », nous dit Michèle Alliot-Marie. La loi de 1905 est censée suivre. Elle nous annonce une modification, non pas de sa lettre, mais de son esprit, par circulaire ou par décret. Encouragé par de tels propos, le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, demande carrément un "moratoire".

Personne ne peut prétendre être surpris. Nicolas Sarkozy l’avait promis, et même écrit en 2004 dans « La République, les religions et l’espérance »: un livre de combat contre une conception stricte et ambitieuse de la laïcité à la française, qualifiée de « sectaire ». Il envisageait même de modifier l’article 2 - selon lequel "l’Etat ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte" - pour financer des lieux de culte sur fonds publics. Sentant que cela ne passerait pas, il s’est vite rabattu sur une solution plus discrète: décloisonner les associations de type 1905 et de type 1901 pour pouvoir financer le religieux via le culturel. Une suggestion du président de la Fédération protestante, retenue par la commission Machelon mise en place par Nicolas Sarkozy, et que Michèle Alliot-Marie promet d’appliquer en pleine remontée des intégrismes.

Officiellement, il s’agit d’aider l’islam à rattraper son retard. L’argument séduit même à gauche. Les mêmes n’accepteraient jamais que l’on touche à la laïcité pour financer le culte chrétien ou juif, mais si c’est pour l’islam... Mais de quel retard nous parle-t-on ? Si les fidèles sont nombreux et manquent d’un lieu de culte, ne peuvent-ils pas se cotiser ? Bien sûr que si, et c’est ce qu’ils font. D’après les chiffres du bureau des cultes du ministère de l’intérieur, le retard est pratiquement rattrapé. L’islam des caves n’est plus qu’un fantasme. Sur les 30 caves recensées par les services de renseignements, la plupart ont été remplacées par des salles de prières officielles, passées de 1 555 à 2 000 entre 2001 et 2006. Soit presque autant que le nombre de lieux de culte évangéliques, en pleine explosion avec 1 800 lieux recensés. Alors que 3 % des Français sont musulmans et 2 % protestants, il s’ouvre chaque année en moyenne 34 lieux évangéliques et 16 mosquées.

Jamais, depuis un siècle, la France n’avait connu une telle frénésie dans la construction de lieux de culte. Il en pousse un par semaine, souvent avec l’aide des élus locaux, de gauche ou de droite, désireux d’entretenir les clientèles religieuses. C’est dire si le dynamisme actuel devrait bien vite combler les besoins des musulmans français, dont un tiers seulement se déclarent "croyants et pratiquants", et dont seule une petite minorité va à la mosquée.

L’Etat a-t-il tellement d’argent à dépenser qu’il faille le consacrer à encourager cet islam collectif, souvent politique, au détriment de l’islam individuel ? Cet argent, nous dit-on, permettrait de mieux contrôler l’islam radical. Rien n’est plus illusoire. Les mosquées radicales, comme celles de l’UOIF - une organisation inspirée par les Frères musulmans légitimée par Nicolas Sarkozy au sein du Conseil français du culte musulman -, ont déjà leurs mécènes et déclinent l’offre d’une aide de l’Etat assortie d’un contrôle. D’ailleurs, à moins de revenir à un système concordataire, comment l’Etat pourrait-il contrôler le contenu d’un prêche ? Et de quel droit ?

Le seul moyen de protéger l’islam contre les influences étrangères et intégristes serait d’obliger tous les fonds destinés au cultuel à passer par la Fondation pour les oeuvres de l’islam, imaginée sous Dominique de Villepin. Et de l’étendre à tous les cultes par souci d’équité. Un comité de sages, républicains et laïques, se chargerait de redistribuer l’argent ainsi collecté. Autrement dit, il ne faut pas assouplir l’esprit de 1905, mais le durcir.

Au lieu de financer le retour du religieux, on pourrait surtout consacrer cet argent au social et au culturel. Par exemple en vue de réduire le nombre d’élèves par classe dans les quartiers populaires. Mais ce n’est pas la priorité de notre président, pour qui un instituteur ne remplacera jamais un prêtre ou un pasteur. A l’entendre, le plus grand mal dont souffrent les banlieues serait d’être devenues des "déserts spirituels". Sachant que l’"espérance" passe à ses yeux par le religieux, le nouveau nom du plan banlieue - baptisé "Espoir banlieue" - a de quoi inquiéter.

Mais que l’on ne s’y trompe pas: la volonté de décloisonner le cultuel et le culturel servira surtout le christianisme. En particulier le renouveau évangélique à tendance sectaire, que Nicolas Sarkozy juge "évidemment positif" et sur lequel il mise ouvertement pour reconquérir les banlieues. Toujours dans ce fameux livre, il consacre un chapitre entier à la reconnaissance des "nouveaux mouvements spirituels", du nom donné aux Etats-Unis à ce que nous appelons en France des sectes. On pense à des mouvements comme les Témoins de Jéhovah ou la Scientologie, incroyablement chouchoutés lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur. Michèle Alliot-Marie annonce vouloir revoir "les qualifications pénales" envers les "dérives sectaires". Pour les assouplir, bien sûr. La "laïcité positive", c’est-à-dire à l’anglo-saxonne, n’a pas fini de nous surprendre.

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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 03:27
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Cohérence ou Co-errance ??

 

 

 

Voilà, voilà, je vais m’essayer à la politique en cette période d’élections municipales.

 

Cantonales aussi.

 

 

 

Ce billet sans top savoir sur qui il va tomber et qui il va servir ou desservir.

 

De fait ce n’est pas top mon problème.

 

 

 

Aujourd’hui mon problème est ailleurs. Il s’agit de trouver une cohérence à tout ce qui se passe autour de moi, en matière politique.

 

 

 

Il me semblait qu’en 2005 un référendum avait permis le débat en France sur les orientations choisies par les français en ce qui concerne essentiellement la question libérale.

 

C’est ce que je croyais.

 

 

 

Puis en 2007 un candidat ouvertement déclaré pour intensifier le libéralisme s’est fait élire.

 

Une de ses premières illustrations a été d’annoncer un « mini-traité » européen, reprenant l’essentiel du précédent traité, et de le faire passer par voie parlementaire. Un déni de démocratie en quelque sorte.

 

Mais cela nous le savons tous et ma question de cohérence est ailleurs, même s’il y a long à réfléchir sur ce point précis.

 

 

 

Comment les femmes et les hommes politiques qui se sont si fortement affrontés sur une conception de l’Europe différentes peuvent envisager de diriger une commune sans se poser ce type de question, sans poser la question à la population qu’ils entendent administrer ?

 

 

 

Car il faut bien admettre, à la loupe des crises financières successives que nous subissons, que les tenants du libéralisme adoptent une politique de pillage des richesses. Dans ce monde la solidarité est absente, le but est de prendre aux plus faibles.

 

 

 

Il me semble, mais peut être n’ais-je aucune compétence en la matière, que les administrés ont le droit de savoir.

 

 

 

Il me semble aussi, mais là aussi suis-je naïve, que de vouloir mettre l’humain ou la finance au centre des préoccupations n’a pas du tout, mais alors du tout, le même impact sur les choix à faire au sein d’une commune.

 

 

 

Il me semble qu’en fonction de ce choix « on » doit pouvoir dessiner autrement la ville.

 

 

 

Qu’elle est donc votre position sur la question européenne et sur le sens à donner à cette Europe : libéralisme ou humanisme ? Solidarité ou pillage ?

 

L’avenir de la commune en dépend aussi.

 

 

 

Nous devrions nous occuper de notre avenir.

 

Aurore

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 03:20
 


La régulation financière ou qui va mettre le grelot au cou du chat ?


Danielle Bleitrach

sur : Changement de société

 

Si je devais résumer la situation par deux phrases ce seraient :
« La crise financière est le résultat d’un processus qui a consisté à faire toujours plus pression sur les ménages, comme sur les peuples pour les priver de leurs ressources et les livrer au capital financiarisé et substituer à ces ressources leur endettement. »
La deuxième phrase serait « face à cette crise, il s’agit pour le capital de privatiser toujours plus les profits mais désormais de socialiser les pertes, d’où le nouveau recours à l’Etat ».
La plupart des commentateurs insistent sur le fait que cela ne peut plus durer, que le système est au bord de l’implosion, mais il faut également mesurer que leurs propositions indiquent les fragilités du système et l’impossibilité dans laquelle se trouve le capitalisme de les mettre en œuvre. En lisant les petits génies de la finance, les doctes économistes et notre madame Lagarde, je ne peux m’empêcher de songer à cette fable de Lafontaine où les rats avaient trouvé le remède : il fallait mettre un grelot au cou du chat, oui mais le problème était bien de trouver qui pouvait mettre un grelot au cou du chat ?

 

 

 

Disons tout de suite qu’il y a au moins un point sur lequel l’accord peut se faire c’est sur l’importance de la circulation des liquidités et du crédit en particulier entre nations. On peut effectivement considérer qu’il s’agit du sang de l’économie et que dans le contexte de la mondialisation il est impossible de s’en passer. Aussitôt le problème apparaît, depuis que Nixon a fait le coup de force de substituer à l’or le dollar nous sommes confrontés à une monnaie vampire, ce qui revient à faire payer à tout le reste de la planète le formidable endettement des Etats-Unis, en particulier tous les peuples y compris le notre sont obligés d’acheter des dollars pour entrer sur le marché alors que les Etats-Unis n’ont qu’à actionner la planche à billet et ne s’en privent pas. Ce système de traite de cavalerie se double de celui de la facture énergétique qui grâce à l’alliance crapuleuse entre les Saoudiens et les Etasuniens  consiste à faire payer la facture énergétique pétrolière en pétrodollars.

 

Donc cela pose la question d’une première réforme : comment sortir du dollar pour trouver une autre monnaie étalon ?

 

Ca je crois que tout le monde l’a à peu près compris. Mais ce qu’il faut encore voir c’est comment tout le système institutionnel financier s’est organisé autour de cette domination. Il y a plusieurs niveaux de réformes envisageables. Les institutions dites de Brettons Wood mises en place après la seconde guerre mondiale ont été complètement détournées. Pour faire bref disons qu’il n’y aura pas  de monnaie internationale, d’institutions de régulation indispensable sans une profonde transformation de l’ordre international, une reconsidération de l’échange inégal et de la souveraineté des nations.

 

Et là se pose la première question de savoir qui va attacher le grelot au cou du chat ? Quand Chavez propose à l’OPEP de se retourner vers l’euro, il incite les pays producteurs et au-delà tous les pays asphyxiés par la facture énergétique à entrer dans une autre logique. C’est pour cela qu’il y a aujourd’hui dans le polycentrisme qui est en train de se mettre en place quelque chose d’important, il s’agit d’une remise en cause essentielle de la domination du dollar et d’un système. D’un côté cette remise en cause constitue un ébranlement possible d’un système d’inégalité et de menace permanente contre la souveraineté des peuples. De l’autre côté si ce polycentrisme n’aboutit pas à un nouvel ordre international plus juste cela portera la concurrence et les menaces de guerre à un niveau plus élevé.

 

Le paradoxe est que dans cette crise émerge la conscience de l’impossibilité de continuer comme avant et pourtant toutes les préconisations se heurtent au fait que elles sont contredites par les dispositions immédiates et qu’elles repoussent de fait ce qui irait dans le bon sens.

 

Prenons un autre diagnostic celui de la toile de fond de tous les dysfonctionnements : nous sommes dans un univers en expansion de liquidités qui vont de crise en crise, de bulle en bulle et on ne voit pas comment cela s’arrêtera.

 

Les conseils se multiplient autour du malade, mais tous butent sur la question “qui va réformer le capital financier?” j’ajouterai “est- il réformable?” Ce qui est sûr c’est que si on avait une véritable opposition, une alternative politique, celle-ci devrait pouser certaines propositions jusqu’à une mise à exécution. Quand par exemple Sarkozy propose de fournir des capitaux pour sauver les emplois d’Arcelor, elle ne devrait pas se contenter de dire - ce qui est vrai - que c’est subventionner Mital mais qu’il faut nationaliser la sidérurgie… Mais qui aura le courage de mettre le grelot autour du cou du capital ? Même situation quand Sarkozy propose de créer une grande banque française société générale-BNP, c’est le tollé dans le landerneau du CAC 40. Pourtant il faudrait avancer dans ce sens mais plus avant vers une nationalisation démocratique d’une banque française sous contrôle public, des salariés et des usagers. Mais dans tous les cas la gauche ne sait que clabauder de l’antisarkozysme primaire et peut même retomber sur le fait que l’Etat n’a pas à intervenir dans l’économie… On croit rêver!

 

Mais revenons aux dysfonctionnement global des liquidités en expansion. On nous parle souvent du rôle nouveau et de la puissance nouvelle des pays émergents, de la masse des liquidités qu’ils possèdent. Il est intéressant de voir les solutions préconisées, deux au moins sont tout à fait intéressantes, il faudrait nous dit-on que les pays émergents arrêtent d’épargner et dépensent pour le bien être de leur population. la deuxième concerne le débat sur les fonds souverains. Si l’on  considère les préconisations et les comportements réels on ne peut là encore manquer d’être frappé par le fait qu’à chaque fois les solutions envisagées se rapprochent du socialisme mais ne peuvent s’y résoudre parce qu’il faut maintenir la domination du capital financier. Je n’explorerai pas la question des fonds souverains que j’ai bien des fois analysé par ailleurs, je dirai simplement que comme il faut bien trouver ce qui desserre un peu l’étau, ces fonds souverains ont l’immense mérite de fonctionner du manière un peu moins rapides et un peu moins usuraire que les fonds spéculatifs. Ils n’exigent pas a priori la mise au chômage de salariés pour faire monter les actions, ils sont un peu facteur d’équilibre, mais il s’agit de palliatifs d’une économie en crise systémique profonde. Parce qu’effectivement les Etats sont mieux à mêmes de dompter la bête sauvage du capital financier mais ces etats sont aussi le plus souvent en train de fonctionner selon la logique du dit capital. Donc c’est mieux mais ce n’est pas LA solution.

 

Mais les préconisations vont plus loin, il s’agit d’inciter à développer les protections sociales…  

 

Prenons la nécessité de freiner la masse des liquidités en expansion en rééquilibrant pays ayant déficit et pays créditeurs. Aujourd’hui nous avons une  situation qui au dire des financiers les plus acquis aux bienfaits du capitalisme devient impossible : les Etats-Unis et l’Union européenne (ce que l’on appelle le nord) ont un déficit extérieur tandis que les pays émergents et pétroliers affichent un excédent extérieur gigantesque. Il est proposé « une coopération internationale » pour réduire les taux d’épargne dans les pays émergents exportateurs de matière première et on assiste à ce que l’on croyait impensable : la banque mondiale priant la Chine de bien vouloir entamer des dépenses publiques en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures publiques, bref créer un système de protection sociale que l’on continue à démanteler dans le Nord.

 

Puisque en même temps que l’on recommande aux pays émergents de se préoccuper des « besoins » de leur population, il s’agit d’accroître le taux d’épargne dans les pays « cigales » en faisant pression sur « les déficits publics » et en mettant en œuvre une politique monétaire plus restrictive. Notons que l’on ne touche pas au capital financier, ce qui va alors toujours dans le sens des liquidités en expansion et de la pression sur les revenus réels.

 

En fait ce qui butte sur la recherche de solution est le refus de toucher au capital financier, à ses profits comme d’ailleurs à la pression sur les revenus des plus pauvres ou des moins riches, autant que l’idée d’envisager un autre type de distribution et d’investissement, en particulier dans des domaines non marchandisés comme la santé, l’éducation, dans nos pays capitalistes, il s’agit au contraire de toujours plus privatiser ces dépenses. Comme d’ailleurs comme réponse immédiate à la crise de fournir de l’endettement pour accroître la marchandisation de l’économie.

 

Ce qui a été mis en œuvre comme réponse à la crise, les mesures de Bush et la baisse des taux d’intérêt de la FED, ne va pas dans ce sens, ni d’ailleurs la politique de Sarkozy. Il s’agit de poursuivre l’endettement pour la plus grande gloire du capital financier. Il n’est pas question de rétablir la justice en matière salariale mais d’inciter à la consommation comme dans le cas du bouclier fiscal. Donc il est continué ce qui est dénoncé par les économistes les plus orthodoxes : l’expansion sans frein d’une liquidité qui ira de « bulle » en « bulle ». Les économistes supplient : ralentissez au moins pour que le temps entre « bulles » soit réduit. Les plus dogmatiques comme Trichet sont prêts à aller jusqu’à l’asphyxie totale des salariés dans nos pays, ils notent à juste raison que lorsque les taux d’intérêt de prêts de liquidité sont inférieures au taux de croissance, les contraintes de remboursement ne jouent pas et tout le monde est très excité à l’endettement. Mais le vrai problème est la pression sur les salaires, sur les revenus réels de l’économie réelle qui sont sacrifiés à ce cancer financier que l’on continue à entretenir. Donc Trichet n’a pas tort de considérer que la baisse des taux d’intérêt est une prime à la nouvelle bulle, mais cette « orthodoxie » est complètement folle quand l’on voit le même personnage protester contre l’idée même d’un salaire minimum garanti.

 

Parce que le déséquilibre est structurel, international mais il a aussi une dimension institutionnelle que nous a un peu découvert l’histoire du trader fou de la société générale. 

 

Il y a ce qu’est le capitalisme financier. Nous avons donc une fonction du capitalisme, destinée à assurer le crédit, le paiement, l’achat, la vente, la trésorerie qui s’est autonomisée et qui engendre d’énormes profits sans aucune mesure avec ce que produit l’économie réelle. le financier peut exiger du 20% de profit alors même qu’aucune économie au monde ne produit une telle rentabilité. Nous pourrions prendre le problème par plusieurs biais, un des plus essentiels est le fait que désormais les frais financiers qui pèsent sur l’entreprise sont plus lourds que les salaires, et que pourtant on continue à considérer que c’est là-dessus qu’il faut peser.

 

Mais ce dont a témoigné l’affaire de la société générale c’est de la profonde mutation du secteur bancaire. Comme le note Aglietta : « transférer le risque jusqu’à l’épargnant final est devenu l’alpha et l’oméga des professions financières depuis les banques qui empochent des commissions et vendent le risque des des crédits après les avoir recomposés dans des titres financiers, jusqu’au fonds de pension dits « à cotisation définies », qui refusent les engagements sociaux et s’alignent sur les comportements court termistes des fonds d’investissements spéculatifs ».

 

La fameuse opacité dont ne cessent de se plaindre nos gouvernants fait partie du système, là encore on se retrouve devant la question « qui va attacher le grelot au cou du chat », qui va créer de la transparence alors même que tout le système prospère sur les traites de cavalerie et que nos gouvernants sont les simples employés des financiers. La banque, à qui nous sommes obligés de confier nos salaires et qui nous assure crédit et découvert, est devenue le courtier des marchés financiers. Nos élus qu’ils soient de droite ou de gauche, achetés ou trop imbéciles pour penser autrement, ne remettent pas en cause le système, ils sont convaincus que le capitalisme est tout de même le meilleur système. Ils n’ont ni le courage, ni la moindre ambition à même expliquer la nature de la terrible crise à laquelle nous sommes confrontés.

 

Alors que les banques, les marchés, les investisseurs institutionnels, les agences de notation, l’organisation de la supervision, les banques centrales et le politiques monétaires, j’en oublie sûrement tout est à transformer et la simple rustine n’y suffira pas, mais on voit mal qui va opérer une telle transformation.

 

Voilà pourquoi je suis convaincue que seule l’intervention des peuples, les luttes obstinées et têtues pour exiger leur dû tant au niveau des nations que des ménages sont les seules susceptibles de renverser la vapeur. Seuls les peuples sont capables d’attacher le grelot au cou  du chat, et ils le sont à travers deux exigences celle de souveraineté et celle de justice sociale immédiate.

 

Il me semble que nous avons un rôle à jouer tenter de faire mesurer la nature de la gigantesque escroquerie dont nous sommes victimes.

Danielle Bleitrach

(1) Aglietta in Alternatives economiques, numéro 75 hors série, premier trimestre 2008

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 03:19


 
 

Tchad : La "Françafrique" a la vie dure.

PETITE Simon

 

La « Françafrique » a encore de beaux restes. Le week-end dernier, les jours du président tchadien, l’un de ses plus éminents représentants, semblaient comptés. Sans la présence militaire française, Idriss Déby ne serait aujourd’hui plus qu’un mauvais souvenir. Personne ne se fait d’illusions sur les prétendants au trône. Les chefs rebelles sont soit des anciens collaborateurs de Déby, soit des marionnettes du Soudan. Au Tchad, un dictateur en cache toujours un autre et, depuis trois décennies, la France fait et défait les rois.

 

Au plus fort de la bataille de N’Djamena, Paris a donné l’impression d’hésiter. Alors qu’en 2006, les Mirages avaient survolé et menacé une colonne rebelle en route vers la capitale, les paras se sont, cette fois, contentés de protéger l’aéroport par lequel les ressortissants étrangers ont été évacués. Le même d’où ont décollé les hélicoptères tchadiens qui ont bombardé les rebelles.

 

Le gouvernement français a depuis levé toute ambiguïté sur le camp qu’il a choisi. Nicolas Sarkozy a déclaré que la France n’hésiterait pas à faire son « devoir » pour sauver le soldat Déby.

 

S’il restait encore un doute, le président a dépêché à N’Djamena son ministre de la Défense. Face à tant d’empressement, le président Déby s’est dit prêt à grâcier les membres de l’Arche de Zoé, condamnés au Tchad pour tentative d’enlèvement d’enfants mais qui purgent leur peine en France. S’il se confirme, ce retour d’ascenseur serait une nouvelle illustration éclatante des liens plus ou moins occultes qui unissent Paris et quelques-uns des dirigeants africains les moins fréquentables.

 

Le candidat Sarkozy avait promis une « rupture » avec la « Françafrique ». Mais les vieux réflexes ont la vie dure. La théorie des dominos aussi. Si le Tchad tombe, préviennent les généraux, toute l’Afrique centrale est menacée. A commencer par la République centrafricaine voisine, où les légionnaires soutiennent à bout de bras le régime chancelant de François Bozizé. La contagion pourrait gagner le Congo Brazzaville de Sassou Nguesso – un havre de paix pour le pétrolier français TotalElfFina – voire le Gabon du fidèle Omar Bongo. Les crocodiles de la « Françafrique » redoutaient l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy.

 

Quelques jours après son entrée en fonction, la justice ouvrait une enquête préliminaire sur le patrimoine de cinq chefs d’Etat africains en France. Le rapport d’enquête est édifiant. [1] Le président gabonais et sa famille possèdent 33 appartements, propriétés ou hôtels particuliers sur les avenues les plus chics de Paris ou sur la Côte d’Azur. Dix-huit autres biens immobiliers appartiennent à son collègue congolais. Le fils du président Obiang (Guinée équatoriale) s’est, lui, payé trois Bugatti à un million d’euros pièce... Les habitants de ces trois pays, dont l’espérance de vie ne dépasse pas 57 ans, seront heureux d’apprendre que la plainte déposée par trois associations françaises [2] a été classée pour « infraction insuffisamment caractérisée ».

- Source : www.lecourrier.ch

 

[1] Le Monde du 31 janvier 2008.

[2] Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la diaspora.

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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 03:14

 
 
 

 

 

La Chine, un pays capitaliste à la mode aujourd’hui
TOUSSAINT Éric

 

La Chine est présentée sous l’angle de son succès économique en terme de croissance du produit intérieur brut et d’augmentation de ses exportations. Il est clair que la croissance du PIB est impressionnante. Mais en réalité, la Chine a choisi un modèle de développement capitaliste qui implique une exploitation accrue des travailleurs chinois, des licenciements massifs, la privatisation de nombreuses entreprises publiques, une réduction radicale des dépenses de l’Etat en matière d’éducation, de santé, de sécurité sociale, un productivisme effréné totalement irrespectueux de la nature et de la santé publique.

 

La part des salaires dans le PIB a fortement baissé ces 10 dernières années : elle est passée de 53% en 1998 à 41% en 2005 [1]. Certes la Chine est créancière nette à l’égard des Etats-Unis mais elle a accumulé une dette interne colossale. Surtout la montée des inégalités a atteint un rythme affolant. Différentes études indiquent que les 10% les plus pauvres de la population ont connu une détérioration très forte de leurs conditions de vie tandis que les 10% les plus riches ont vu leurs revenus et leur patrimoine exploser. Le nombre de milliardaires chinois en dollars est passé de 3 en 2004 à 106 en 2007 [2].

 

Sur le plan de la santé économique, il est possible que la Chine ne subisse pas très durement le choc d’un fort ralentissement économique aux Etats-Unis car elle exporte davantage vers l’Europe que vers l’Amérique du Nord. Mais les contradictions économiques internes à la Chine combinées à un choc externe comme un fort ralentissement aux Etats-Unis peuvent néanmoins déboucher sur des problèmes majeurs. La montée de la dette interne tant au niveau des pouvoirs publics que des entreprises, l’accumulation de dettes douteuses dans le bilan des banques, la formation d’une bulle spéculative dans l’immobilier et d’une bulle boursière sont quelques facteurs qui pourraient déboucher tôt ou tard sur une crise économique. Sans compter les puissantes contradictions sociales. Au-delà de la possibilité d’une crise, c’est le modèle appliqué qui est tout à fait critiquable [3].

 



 

Le mythe du miracle économique en Inde.

 

Un autre pays qui est présenté comme une réussite, c’est l’Inde. La croissance économique dépasse les 9%, la Bourse de Mumbai/Bombay connaît une progression extraordinaire, des firmes indiennes investissent tant dans les pays les plus industrialisés que dans les pays en développement.

 

A quelques exceptions près, les médias ne rendent pas compte de l’évolution des conditions de vie de la majorité de la population indienne. Le quotidien indien Hinsdustan Times, dans son édition du 14 octobre 2007, révèle que selon une étude réalisée par une institution gouvernementale, 77% de la population, soit 836 millions d’Indiens, vivent avec moins de 20 roupies par jour (soit moins de 0,5 de dollar). Ce chiffre est très différent des affirmations de la Banque mondiale selon laquelle 300 millions d’Indiens vivraient avec moins de 1 dollar par jour [4].

 

L’Inde compte un nombre très élevé de working poors. La Commission nationale indienne pour les entreprises du secteur informel (India’s National Commission for Enterprises in the Unorganized Sector) révèle que 320 millions de travailleurs vivent avec moins de 20 roupies par jour [5]. Dans le même article, le quotidien présente les résultats d’une étude sur la faim dans le monde réalisée par l’International Food Policy Research Institute (IFPRI) selon lequel au niveau mondial, 40% des enfants de moins de 5 ans qui souffrent d’insuffisance pondérale vivent en Inde.

 

Du point de vue du combat contre la faim, l’Inde vient derrière d’autres pays d’Asie comme le Pakistan et la Chine. Sur un classement de 118 pays, Cuba et la Libye se situent dans les premiers tandis que la Chine occupe le 47e rang, le Pakistan le 88e et l’Inde le 94e. Le rapport indique que la situation s’est fortement dégradée au niveau des paysans indiens. Selon d’autres sources, entre 1996 et 2003, plus de 100 000 petits paysans se sont suicidés, la plupart à cause du surendettement. Cela fait un suicide toutes les 45 minutes. Selon le quotidien indien DNA du 17 septembre 2007, qui rend compte d’une étude gouvernementale, 46% des enfants indiens sont victimes d’une déficience pondérale. A Mumbai, ville de plus de 14 millions d’habitants dont la Bourse des valeurs a atteint des sommets en 2007, 40% des enfants ont un poids insuffisant.

 

Selon DNA, malgré 9 ans de croissance économique soutenue, la faim n’a reculé que de 1% en Inde. Parfaite illustration de la vacuité du trickle down, à savoir le prétendu effet de ruissellement selon lequel l’enrichissement des plus riches a automatiquement des retombées positives pour les pauvres… Selon Forbes, qui publie un rapport annuel sur les plus riches de la planète, l’Inde est devenue en 2006 le pays asiatique qui compte le plus grand nombre de milliardaires (36 milliardaires qui disposent d’une fortune cumulée de 191 milliards de dollars). L’Inde aurait donc ravi la première place au Japon (24 milliardaires disposant en tout de 64 milliards de dollars). Parmi les 5 personnes les plus riches au monde, figure en 5e position Lakshmi Mittal. Selon des données fournies en octobre 2007 par la presse financière, le milliardaire indien Mukesh Ambani a dépassé Mittal et pourrait disputer la première place (tenue par le Mexicain Carlos Slim) ou la deuxième place (occupée par Bill Gates) du palmarès mondial des milliardaires. Ces chiffres sont contestés par d’autres sources, puisque selon Newsweek du 12 novembre 2007, il y aurait, en 2007, 106 milliardaires chinois. Les milliardaires chinois seraient donc plus nombreux que leurs homologues indiens et, du coup, l’Inde perdrait la première place. Peu importe ces comptes d’apothicaire, ce qui est certain, c’est que la rapide croissance de l’Inde et de la Chine produit à la fois plus de très riches et davantage de très pauvres.

Éric Toussaint

- Source : CADTM www.cadtm.org



[1] Newsweek, 12 novembre 2007.

[2] Ibid.

[3] Pour une présentation critique du modèle chinois, voir Martin Hart-Landsberg – Paul Burkett, China : Entre el Socialismo real y el Capitalismo, Editorial CIM, Caracas, 2007.

[4] Il faut dire que pour arriver à ce chiffre la Banque mondiale calcule en parité de pouvoir d’achat ce qui lui permet d’enjoliver la situation.

[5] Newsweek, 12 novembre 2007.

 

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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 03:16


Droit d’asile ou victimisation ?

Lucie Brocard, Haoua Lamine et Morgane Gueguen

Juristes à l’association Femmes de la Terre, membre de Femmes de la Terre et permanente Cimade

Île-de-France Peu de femmes se voient accorder une protection au titre de l’asile en raison des violences spécifiques qu’elles subissent en tant que femmes. Considérées comme relevant de la sphère privée, ces violences ont longtemps été exclues du domaine d’application de la Convention de Genève. Même si, depuis peu, les choses changent, les femmes sont protégées comme victimes et non comme sujets luttant pour leur liberté.
 

Certaines femmes subissent dans leur pays d’origine des violences spécifiques liées au fait qu’elles sont des femmes. L’exemple le plus frappant et le plus médiatisé de violences spécifiques liées au genre est celui des mutilations sexuelles pratiquées dans certaines ethnies. Il peut s’agir de l’excision qui est une ablation du clitoris et/ou des petites et grandes lèvres, ou de l’infibulation qui ajoute à l’excision la suture des grandes lèvres. Selon les pratiques, ces mutilations ont lieu à des âges différents, par exemple sur des bébés, des fillettes, à l’âge de la puberté ou en vue d’un mariage. Quelles que soient les justifications données à ces mutilations ou la manière dont elles sont pratiquées, une constante se retrouve : une « véritable femme » est une femme qui a été excisée (« coupée ») ou infibulée, celles qui ne le sont pas sont rejetées. Les femmes n’ont pas le choix et les mères (ou/et les pères) des petites filles ne peuvent pas s’y opposer. Même si certains États, tels que la Guinée ou le Sénégal, ont voté des lois interdisant ces pratiques ou que d’autres, tels que le Mali, mènent des campagnes pour les stopper, elles restent très répandues [1].

Le « statut » de femme implique aussi, dans certaines sociétés, l’obligation de se marier avec l’homme choisi par la famille et, une fois mariée, de lui obéir. Une femme peut alors se retrouver prisonnière à vie de son mari (ou de la famille de son mari). Il peut lui interdire de travailler, de voyager ou tout simplement de sortir du foyer. De manière générale, les lois de nombreux États prévoient que les femmes sont soumises à la volonté des hommes, notamment leur père, leur frère, puis leur époux. Dans d’autres États, si légalement hommes et femmes sont égaux, la norme sociale impose en pratique que les femmes restent soumises à la volonté de leur mari. Dans certaines régions en guerre ou non pacifiées, ou accueillant des camps de personnes déplacées suite à une guerre, les femmes peuvent être impunément violées sur le trajet qu’elles doivent effectuer quotidiennement [2].

La liste est longue et il n’est pas nécessaire, ici, d’être exhaustives. Il est juste besoin de dire que des femmes refusent ces violences, cette oppression, cette inexistence. En conséquence, elles n’ont souvent pas d’autre possibilité que de quitter leur pays et de demander une protection dans un autre pays. En France, cela prendra la forme d’une demande d’asile.

L’asile peut être reconnu sur deux fondements principaux : la Convention de Genève ou, à défaut, l’article L 712-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda). La Convention de Genève reconnaît l’asile à toute personne qui « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». Il s’agit donc, pour la personne qui sollicite une protection, de montrer qu’elle a des craintes d’être persécutée pour l’un des cinq motifs énumérés par la Convention, et que l’État d’origine n’est pas en mesure d’offrir une protection adéquate. La personne reconnue réfugiée obtient une carte de résident, valable dix ans et renouvelable de plein droit.

L’autre fondement est celui de l’article L 712-1 du Ceseda. Il s’agit de la « protection subsidiaire ». Celle-ci est reconnue à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié et qui établit être exposée, dans son pays, à la peine de mort, à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, et, s’agissant d’un civil, à une menace grave, directe et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d’une violence généralisée résultant d’une situation de conflit armé interne ou international. La personne à qui est octroyé le bénéfice de la protection subsidiaire obtient une carte de séjour mention « vie privée et familiale », renouvelée chaque année, à moins que l’on considère qu’elle n’est plus menacée en cas de retour. Ces deux formes d’asile sont donc foncièrement différentes et la protection offerte est beaucoup plus précaire lorsqu’elle est subsidiaire.

Des violences incomprises, minimisées ou même déniées

Actuellement, les persécutions visant spécifiquement les femmes sont insuffisamment prises en compte par les instances de détermination du statut de réfugié. Ainsi, les femmes qui demandent l’asile parce qu’elles subissent ou craignent de subir des violences spécifiques liées au genre obtiennent rarement une protection sur le fondement du droit d’asile. Nous savons, parce que nous en rencontrons un certain nombre dans nos permanences, que peu d’entre elles sont reconnues comme devant être protégées. Leur récit est jugé non crédible, leur absence d’alternative est mise en doute, ou alors on considère que les violences qu’elles ont subies ne relèvent pas de l’asile. Par suite, on s’aperçoit que, très souvent, ce que vivent ces femmes est mal compris et minimisé, voire dénié.

Cette attitude procède soit d’une ignorance générale de ce que sont les violences faites aux femmes, notamment la violence intrafamiliale (quel que soit le pays où elle a lieu, y compris en France) couplé à une ignorance sur la réalité de la situation des femmes dans certains pays, soit d’une sorte de relativisme culturel qui impliquerait que certaines violences, qui constituent pourtant des atteintes aux droits fondamentaux, seraient intolérables ici mais supportables là-bas.

Il n’en reste pas moins que certaines femmes obtiennent l’asile parce qu’on reconnaît qu’elles subissent ou risquent de subir des violences spécifiques et des atteintes à leurs droits fondamentaux en tant que femmes. Cette reconnaissance est récente. En effet, pendant longtemps, il leur était opposé le fait qu’il s’agissait d’« affaires privées » et donc ne relevant pas du domaine d’application de la Convention de Genève. Depuis peu, les autorités françaises ont pris conscience qu’il n’y avait pas lieu de parler de sphère privée lorsque l’État ne prenait pas les mesures nécessaires (en fait comme en droit) contre les violences faites aux femmes, et que ces situations relevaient du droit d’asile. Si cette prise de conscience doit être saluée, la protection accordée reste largement en-deçà de ce qu’elle devrait être, à la fois d’un point de vue quantitatif et qualitatif.

L’étude des décisions de la Commission des recours des réfugiés (CRR) montre en effet que la protection subsidiaire est la forme d’asile la plus généralement reconnue à des femmes victimes de violences conjugales ou de traite des êtres humains [3]. Le statut de réfugié peut être notamment reconnu à des femmes craignant pour elles et/ou pour leur(s) fille(s) une mutilation sexuelle [4] ou qui sont menacées d’un crime dit d’honneur [5]. Quant à la protection qui peut être accordée en cas de persécutions en raison de l’orientation sexuelle [6] ou à la femme qui fuit un mariage forcé [7], elle varie selon les situations.

Lorsque la protection subsidiaire a été instituée par la loi du 10 décembre 2003 (entrée en vigueur le 1er janvier 2004), la crainte était qu’elle devienne la seule voie de reconnaissance du droit d’asile pour les femmes persécutées en tant que femmes, au détriment de l’application de la Convention de Genève qui offre une protection nettement plus solide. Et, en effet, il semblerait qu’actuellement, même si ce n’est pas systématiquement le cas, beaucoup de femmes concernées n’obtiennent que cette protection. Or, comme nous l’avons vu, cette dernière est loin d’être satisfaisante puisqu’elle peut être remise en cause chaque année. On peut donc s’étonner que, s’agissant du type de violences subies et dénoncées par ces femmes, des violences dues à la structure de la société, aux hiérarchies qui prévalent et aux systèmes de pouvoir en place, la question du renouvellement de la protection doive se poser aussi fréquemment.

D’autre part, l’octroi du statut de réfugié sur le fondement de la Convention de Genève, se fait de manière tout à fait contestable à nos yeux. Les instances de détermination de ce statut (Ofpra et CRR) considèrent en effet que les femmes qui réclament protection sont persécutées au motif de leur « appartenance à un certain groupe social ». C’est ainsi que ce statut a été successivement reconnu à des femmes au motif qu’elles appartiennent au groupe social des femmes « entendant se soustraire aux mutilations génitales féminines » [8], « entendant soustraire leur fille aux mutilations génitales féminines » [9], « qui entendent se soustraire à un mariage imposé » [10] « entendant se soustraire à un crime d’honneur » [11], « refusant de se soumettre à des rites de veuvage dégradants » [12], ou encore « ayant donné naissance à un enfant albinos et craignant des persécutions de ce fait » [13].

Or, hormis le fait que ces « groupes sociaux » paraissent, sociologiquement parlant, assez artificiels, il nous semble qu’il serait plus approprié de reconnaître à ces femmes l’asile parce qu’elles sont persécutées au motif de leurs opinions politiques [14]. En effet, contraintes de s’exiler parce qu’elles refusent de subir des lois, des coutumes ou des pratiques inégalitaires, violentes et contraires aux libertés les plus élémentaires, elles s’opposent à la manière dont est organisée et gouvernée la société, à un système de valeurs et de hiérarchie, c’est-à-dire au système politique entendu au sens large. Dès lors, on peut considérer qu’elles sont persécutées ou craignent de l’être en raison de leurs opinions politiques. À cet égard, peu importe qu’elles « revendiquent » ces opinions ou qu’elles « se contentent » d’agir en accord avec ces opinions (c’est-à-dire en refusant un mariage, par exemple). Elles sont en état de révolte par rapport à un système et c’est, notamment, cette révolte qui justifie qu’elles soient protégées.

Madame Hy a été mariée de force à deux reprises. En 2003, lorsque son père lui annonce son intention de lui imposer une troisième union, elle décide de fuir après avoir vainement sollicité la protection des autorités nationales. Elle a obtenu en France le statut de réfugiée sur le fondement de l’appartenance au « groupe social des femmes entendant se soustraire à un mariage imposé ». Pourtant, Madame Hy aurait pu se voir reconnaître une protection au titre de ses opinions politiques. Cela est d’autant plus marqué, dans sa situation, que la Commission des recours des réfugiés relève que « la “moudawana”, le code de la famille marocain, ne lui accordait aucun droit particulier lui permettant de se soustraire à ces mariages » et qu’en raison de son refus, jugé transgressif, d’un mariage imposé, les nouvelles dispositions du code de la famille marocain votées en février 2004 ne pouvaient la protéger utilement [15]. Au moment de sa fuite, la législation elle-même permettait que ses droits soient bafoués. Le comportement de cette femme peut donc s’analyser comme l’expression d’une opinion politique et de ce fait justifier la reconnaissance d’une protection.

Ainsi, le critère de l’« appartenance à un groupe social » ne parait pas approprié. Il ne l’est pas, parce qu’il ne reflète pas le combat, l’action de ces femmes, même s’il s’agit d’un combat personnel et non d’une lutte collective et militante. Elles luttent à titre individuel pour acquérir leur propre liberté. Alors que l’appartenance à un groupe social renvoie plutôt à un état de fait, quelque chose dont une personne n’est pas responsable, qui souvent existe à la naissance. Les opinions politiques sont le reflet de la conscience d’une personne, elles sont le fruit de sa réflexion, de ses choix, de sa pensée et ce qui va guider ses actions et réactions.

Dans ces conditions, reconnaître le droit d’asile aux femmes persécutées en tant que femmes au motif de leur appartenance à un groupe social et non de leurs opinions politiques revient à les considérer comme des êtres passifs, des victimes à protéger et non comme des êtres actifs, des actrices à soutenir. Il y a là l’illustration d’une tendance générale vis-à-vis des femmes qui consiste à nier leur pouvoir d’action et à les cantonner à un rôle de victimes.

Mais cette manière de reconnaître le droit d’asile pour les femmes peut être rattachée à une autre tendance, celle qui affecte le droit d’asile en général. En effet, en dehors de l’instrumentalisation dont cette protection des femmes peut faire l’objet (servant à pointer du doigt, sans aucune nuance et à bon compte, certaines sociétés « barbares » dont on protègerait les femmes rescapées), cette manière de reconnaître le droit d’asile aux femmes persécutées en tant que femmes est symptomatique. On leur reconnaît le droit d’asile, mais soit de manière temporaire et précaire (par le biais de la protection subsidiaire), soit en niant leur qualité de personnes agissantes (par le biais de l’appartenance à un groupe social).

Cela s’inscrit dans le vaste mouvement actuel qui est de faire du droit d’asile non plus un droit visant à protéger des personnes luttant pour la liberté et la démocratie mais une action charitable pour des victimes de systèmes qui les écrasent. Alors que le droit d’asile, en protégeant ceux et celles qui luttent pour les libertés, devrait être un des instruments de la démocratie et des droits de la personne, il devient une sorte de faveur du prince, magnanimement accordée, pour s’acheter – peut-être – une bonne conscience. À cet égard, les propos tenus le 29 avril 2007 par Nicolas Sarkozy, alors candidat aux élections présidentielles, illustrent parfaitement cette tendance : « À chaque femme martyrisée dans le monde, je veux que la France offre sa protection en lui donnant la possibilité de devenir française. » [16]

Cet asile accordé aux femmes qui fuient des violences spécifiques liées au genre s’inscrit parfaitement, à cause de la forme qu’elle prend, dans le mouvement général d’étouffement du droit d’asile.


Notes

[1] D’après une enquête menée par l’Unicef, il y aurait actuellement 100 à 140 millions de filles et de femmes ayant subi de telles mutilations. Trois millions de fillettes par an risqueraient de les subir. Le taux de mutilations sexuelles chez les femmes entre quinze et quarante-neuf ans serait de 97 % en Égypte, 80 % en Éthiopie, 99 % en Guinée, 91 % au Mali, 71 % en Mauritanie, 28 % au Sénégal, 5 % au Niger, 18 % en Tanzanie. Cf. Unicef, « Female Genital mutilation/cutting, a statistical exploration », novembre 2005).

[2] Amnesty International, « Tchad : aucune protection contre le viol et les violences pour les femmes et les jeunes filles déplacées dans l’est du Tchad », juillet 2007. Organisation mondiale contre la torture, « Violence contre les femmes en République démocratique du Congo », décembre 2006.

[3] S’agissant de la traite : CRR, 8 février 2005, Mlle LZ, n° 493983 (réseau mafieux d’immigration) et CRR, 16 octobre 2006, Mlle AP, n° 567609 (réseau de prostitution). S’agissant des violences au sein du couple : CRR, 7 juillet 2006, Mlle EG, n° 549296 et CRR, 19 juillet 2006, Mme AM, n° 526541.

[4] CRR, 1er mars 2007, Mlle EO, n° 590401 (femme craignant d’être excisée) ; 1er février 2007, Mme FGG, n° 587233 (femme voulant protéger sa fille d’une mutilation sexuelle).

[5] CRR, 16 novembre 2006, Mme NNS, n° 568731 ; CRR, 11 octobre 2006, Mlle BJ, n° 557320.

[6] CRR, 25 mars 2005, n° 513547, Mlle G et CRR, 12 septembre 2005, n° 98570, Mme AGB (octroi de la protection subsidiaire) ; CRR, 25 septembre 2006, Mlle PF, n° 503753 et CRR, 1er décembre 2006, Mlle ML, n° 579547 (reconnaissance du statut de réfugié).

[7] Octroi de la protection subsidiaire : CRR, 9 juin 2006, Mlle HCE, n° 561051 (Nigéria). Reconnaissance du statut de réfugié : CRR, 20 février 2007, Mlle BE, n° 571440 (Nigéria).

[8] CRR, 1er mars 2007, Mlle E., n° 590401.

[9] CRR, SR, 7 décembre 2001, n° 361050 et n° 373077, M. et Mme S. Plus récemment, CRR, 1er décembre 2006, Mme NCC, n° 492809 et CRR, 1er février 2007, Mme FGG, n° 587233.

[10] CRR, SR, 29 juillet 2005, n° 519803, Mlle T..

[11] CRR, 15 octobre 2004, n° 444000, Mlle NN et CRR, 13 décembre 2005, n° 553125, Mlle T. Dans ces décisions, est reconnue explicitement l’existence d’un groupe social s’agissant de femmes menacées d’un crime dit d’honneur suite à leur refus de se voir imposer un mariage.

[12] CRR, 2 mars 2007, n° 552043, Mlle DA.

[13] Voir CRR, 29 septembre 2006, n° 453852, Mlle TM.

[14] Sur ce point et plus généralement sur la question du genre et des motifs de persécutions énumérés par la Convention de Genève, voir le guide pratique du GRAF (groupe asile femmes), Droit d’asile et femmes, juin 2007.

[15] CRR, 21 février 2007, Mme H., n° 540642.

[16] Cf. lemonde.fr, 4 mai 2007.

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