Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Vous Êtes Arrivé

  • : Le blog de la rue Goudouly
  • Le blog de la rue Goudouly
  • : Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
  • Contact

Pour le plaisir

Recherche

Mémoire Classée

En campagne

20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 06:23

http://goudouly.over-blog.com/article-contrat-tacite-des-gens-qui-dorment-112578498.html

 

 

carte postale de Annette Griesche & Christophe Monterlos

... die ich liebe. annette

lennart christian jean-pierre monterlos
* 26.06.2006 / 17h08 / 3850g / 54cm

annette griesche & christophe monterlos

 

Sur The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture

cARTed Series n.211 - août 2006 - Siouville

Contrat tacite des gens qui dorment 

 

Mes chers amis,
 
Le 11 septembre marque le triste anniversaire d'une catastrophe hautement symbolique pour l'humanité.
 
Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l'approbation tacite d'une sorte de contrat passé avec chacun d'entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu:
 
 
1) J'accepte la compétition comme base de notre système, même si j'ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l'immense majorité des perdants.
 
2) J'accepte d'être humilié ou exploité à condition qu'on me permette à mon tour d'humilier ou d'exploiter quelqu'un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale.
 
3) J'accepte l'exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que la prise en charge de la société a ses limites.
 
4) J'accepte de rémunérer les banques pour qu'elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu'elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits (qui serviront a dévaliser les pays pauvres, ce que j'accepte implicitement). J'accepte aussi qu'elle prélèvent une forte commission pour me prêter de l'argent qui n'est autre que celui des autres clients.
 
5) J'accepte que l'on congèle et que l'on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s'écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année.
 
6) J'accepte qu'il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère qu'on le fasse lentement en ingérant ou en inhalant des substances toxiques autorisées par les états.
 
7) J'accepte que l'on fasse la guerre pour faire régner la paix.
J'accepte qu'au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la défense. J'accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d'armes et faire tourner l'économie mondiale.
 
8) J'accepte l'hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu'il s'agisse d'une énergie coûteuse et polluante, et je suis d'accord pour empêcher toute tentative de substitution s'il s'avérait que l'on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l'énergie, ce qui serait notre perte.
 
9) J'accepte que l'on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états décrètent qu'il s'agit d'un ennemi et nous encouragent à le tuer.
 
 
10) J'accepte que l'on divise l'opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l'impression de faire avancer le système. j'accepte d'ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu'elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux.
 
11) J'accepte que le pouvoir de façonner l'opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd'hui aux mains d'affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis convaincu du bon usage qu'ils en feront.
 
12) J'accepte l'idée que le bonheur se résume au confort, à l'amour, au sexe, et la liberté d'assouvissement de tous les désirs, car c'est ce que la publicité me rabâche toute la journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai: je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie.
 
13) J'accepte que la valeur d'une personne se mesure à la taille de son compte bancaire, qu'on apprécie son utilité en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu'on l'exclue du système si elle n'est plus assez productive.
 
14) J'accepte que l'on paie grassement les joueurs de football ou des acteurs, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l'éducation et de la santé des générations futures.
 
15) J'accepte que l'on mette au banc de la société les personnes agées dont l'expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète (et sans doute de l'univers) nous savons que l'expérience ne se partage ni ne se transmet.
 
 
16) J'accepte que l'on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et combien j'ai de la chance de vivre en occident. Je sais qu'entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous.
 
17) J'accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent l'avenir de la vie et de la planète.
 
18) J'accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu'on me le signale explicitement. J'accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l'agroalimentaire de breveter le vivant, d'engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l'agriculture mondiale.
 
19) J'accepte que les banques internationales prêtent de l'argent aux pays souhaitant s'armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu'il vaut mieux financer les deux bords afin d'être sûr de gagner de l'argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s'ils ne peuvent pas rembourser les emprunts.
 
20) J'accepte que les multinationales s'abstiennent d'appliquer les progrès sociaux de l'occident dans les pays défavorisés. Considérant que c'est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu'on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de l'homme et du citoyen, nous n'avons pas le droit de faire de l'ingérence.
 
21) J'accepte que les hommes politiques puissent être d'une honneteté douteuse et parfois même corrompus. Je pense d'ailleurs que c'est normal au vu des fortes pressions qu'ils subissent. Pour la majorité par contre, la tolérance zéro doit être de mise.
 
 
22) J'accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l'agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances cancérigènes interdites en occident.
 
23) J'accepte que le reste de la planète, c'est-à-dire quatre milliards d'individus, puisse penser différemment à condition qu'il ne vienne pas exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d'expliquer notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives.
 
24) J'accepte l'idée qu'il n'existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé. Et si nous sommes doués d'une conscience et d'un langage, ce n'est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte.
 
25) J'accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu'aujourd'hui tout ceci n'existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous l'entendons sans cesse dans nos discours politiques.
 
26) J'accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées pour l'explication du mystère de nos origines. Et j'accepte que la nature ait pu mettre des millions d'années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants.
 
 
27) J'accepte la recherche du profit comme but suprême de l'Humanité, et l'accumulation des richesses comme l'accomplissement de la vie humaine.
 
28) J'accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de nos océans. J'accepte l'augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de poisons chimiques et d'éléments radioactifs dans la nature. J'accepte l'utilisation de toutes sortes d'additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c'est qu'ils sont utiles et sans danger.
 
29) J'accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu'elle nous mène vers une catastrophe sans précédent.
 
30) j'accepte cette situation, et j'admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l'améliorer.
 
31) J'accepte d'être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux pas mieux.
 
32) J'accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes soucis. J'accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez.
 
33) J'accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste matrice que vous placez devant mes yeux pour m'empêcher de voir la réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie.
 
 
Si vous êtes contre, vous pouvez toujours mettre en oeuvre les ressources de l'amitié et de l'amour, de la fraternité et de la responsabilité partagée, réfléchir, concevoir, oser et tisser, comme le permet l'Internet... tout retard rapproche du néant.
 
 
Fait par amitié sur la Terre, le 11 septembre 2003

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 05:47

http://goudouly.over-blog.com/article-les-dix-strategies-de-manipulation-de-masses-112576981.html

carte postale de Armand le Poète
 

Armand le Poête
"Mes plus beaux poêmes d'amour"
(extraits)
ed. Gros Textes

Sur The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.101 - juillet 2000 - Oëx & Genève

 

Les dix stratégies de manipulation de masses

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. »
Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.


3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.


4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.


5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…


7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…


9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…


10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 03:25

http://goudouly.over-blog.com/article-science-et-conscience-112440809.html

 

carte postale de Nourddine Ouberry

Édition Ville de Roubaix - Service Culture / (é)

Nourddine Ouberry
Trans... Roubaix, 1998.

Membre de l'association Oeil - Roubaix
Sans diaphragme fixe

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.072 - décembre 1998 - Roubaix
special "Art à Roubaix"

 

140 scientifiques français signent une lettre ouverte suite à la levée de boucliers suscitée par l'étude de Mr Séralini sur les OGM :


Science et conscience



Devant l'incroyable levée de boucliers suscitée par la publication de Gilles-Eric Séralini et de son équipe dans le journal Food and Chemical Toxicology, nous, membres de la communauté scientifique, tenons à affirmer les points suivants:

D'une part, les scientifiques qui se sont exprimés sur ce sujet l'ont fait en leur nom propre et ne peuvent prétendre représenter la communauté scientifique dans son ensemble. Le fait qu'un groupe d'une douzaine de personnes prétendant représenter six académies ait décidé d'un communiqué commun sans débat est contraire au fonctionnement normal de ces institutions et interroge sur la vision de la science et de la technologie (et de leur utilité sociale) ayant présidé à une telle décision (au contraire, par exemple, du débat organisé par l'Académie des sciences dans le cadre de la polémique sur le changement climatique, à l'issue duquel la responsabilité de l'homme a été avérée). Nous saluons sur ce point la réaction salutaire du seul statisticien de l'Académie des sciences, Paul Deheuvels.
D'autre part, le protocole suivi dans cette étude présente des défauts qui font débat au sein de la communauté scientifique. Mais en tout état de cause, disqualifier le protocole suivi dans le cadre de cette étude revient à disqualifier du même coup les données ayant fondé les décisions d'acceptation des OGM par les experts. Il est remarquable de voir ces mêmes experts accepter (même s'ils le critiquent parfois) un protocole expérimental quand il donne des résultats qui vont dans le sens de l'acceptation d'une technique et le démolir aussi ardemment quand les résultats vont dans le sens opposé. Ceci est à notre avis totalement contraire à toute déontologie scientifique. Nous affirmons donc que, si les observations en débat méritent d'être confirmées par des expériences de plus grande ampleur, cela s'applique également aux tests qui ont servi à autoriser toutes les plantes transgéniques actuellement sur le marché. Si toute cette histoire aboutit au moins à ce résultat, elle aura été utile.
Nous sommes profondément choqués de l'image de notre communauté que cette polémique donne aux citoyens. L'expertise des risques pour la santé humaine ou l'environnement est une activité difficile qui doit faire face à de nombreuses incertitudes. Beaucoup des menaces qui pèsent sur notre planète ont été révélées par des scientifiques isolés puis confirmées par des études nombreuses venues de la communauté scientifique. En l'occurrence, il serait bien plus efficace de mettre en œuvre des recherches sur les risques sanitaires et environnementaux des OGM et des pesticides, d'améliorer les protocoles toxicologiques utilisés pour leur mise sur le marché et de financer une diversité de chercheurs dans ce domaine que de créer des affrontements entre deux camps nourris de préjugés et d'idéologies. Nous pensons que notre communauté doit garder le souvenir d'erreurs passées, concernant l'amiante par exemple.
Enfin, nous tenons à assurer à nos concitoyens qu'il existe également, dans la communauté scientifique, un nombre important de chercheurs qui sont convaincus qu'il faut prendre au sérieux les risques associés aux technologies et qui estiment que, si les chercheurs d'une part, et les applications sociales de la science d'autre part, sont par construction liés à des idéologies, des croyances et/ou des intérêts, la démarche scientifique doit, elle, s'efforcer de rester aussi indépendante que possible pour jouer pleinement son rôle dans la société.
Signataires
Andalo Christophe MC UPS Toulouse ;
Arnaud-Haond Sophie Chercheuse IFREMER ;
Atlan Anne CR CNRS ;
Auclair Daniel DR INRA ;
Austerlitz Frédéric DR CNRS ;
Barot Sébastien DR IRD ;
Bancal Marie-Odile MC AgroParisTech ;
Becker Nathalie MC MNHN ;
Bellé Robert Pr UPMC ;
Bérard Sèverine MC U Montpellier 2 ;
Blondel Jacques DR CNRS ;
Boëte Christophe CR IRD ;
Boistard Pierre DR INRA ;
Bonhomme François DR CNRS ;
Bonhomme Vincent Institut Français de Pondichéry ;
Bonnet Timothée Doctorant U Zurich ;
Bonneuil Christophe CR CNRS ;
Bonnin Isabelle CR INRA ;
Bosc Pierre-Marie Chercheur CIRAD ;
Boudouresque Charles Pr U Aix-Marseille ;
Bourdineaud Jean-Paul Pr U Bordeaux ;
Boyen Catherine DR CNRS ;
Brèthes Daniel DR CNRS ;
Casas Jérôme Pr U Tours ;
Cézilly Franck Pr U Bourgogne ;
Chabert Michèle MC EPHE ;
Champagnon Jocelyn Post Doc ;
Charpentier Anne MC U Montpellier 2 ;
Charmantier Anne CR CNRS ;
Chikhi Lounès DR CNRS ;
Cochard Hervé DR INRA, Correspondant de l'Académie d'Agriculture ;
Colas Bruno MC U Paris Diderot ;
Combes Claude Pr U. Perpignan, Membre de l'Académie des Sciences ;
Da Lage Jean-Luc DR CNRS ;
David-Benz Hélène Chercheuse CIRAD ;
Darlu Pierre DR CNRS ;
De Decker Sophie Post-Doctorante, NOAA, US ;
De Foresta Hubert CR IRD ;
De Reviers Bruno Prof MNHN ;
Dedeine Franck MC U François Rabelais Tours ;
Delesalle Bruno MC EPHE ;
Destombe Christophe Prof UPMC ;
Devaux Céline MC U. Montpellier 2 ;
Djikeussi Eléonore CH Niort ;
Dorin Bruno Chercheur CIRAD ;
Dufumier Marc Pr AgroParisTech ;
Dugue Patrick Chercheur CIRAD ;
Dulcire Michel Chercheur CIRAD ;
Dutech Cyril CR INRA ;
Elias Marianne CR CNRS ;
Enjalbert Jérôme CR INRA ;
Fabre Pierre Chercheur CIRAD ;
Fady Bruno DR INRA ;
Ferdy Jean-Baptiste Pr U Toulouse 3 ;
Ferrière Régis Pr ENS Ulm ;
Figuié Muriel Chercheuse CIRAD ;
Frascaria Nathalie Pr AgroParisTech ;
Fort Philippe DR CNRS ;
Gautier Christian Pr U Lyon ;
Gavotte Laurent MC U Montpellier 2 ;
Gerber Sophie CR INRA ;
Grandcolas Philippe Prof MNHN ;
Goldringer Isabelle DR INRA ;
Gouyon Pierre-Henri Pr MNHN ;
Hautekeete Nina MC U Lille 1 ;
Heams Thomas MC AgroParisTech ;
Herbette Stéphane MC U Clermont-Ferrand ;
Henry Claude Pr Columbia University ;
Heyer Evelyne Pr MNHN Hospital ;
Frédéric DR INRA ;
Huet Sylvie DR INRA ;
Humbert Jean-François DR INRA ;
Jeandel Catherine DR CNRS ;
Jarne Philippe DR CNRS ;
Joron Mathieu CR CNRS ;
Juffé Michel Pr PontsParisTech ;
Kjellberg Finn DR CNRS ;
Lachièze Rey Marc DR CNRS ;
Lançon Frédéric Chercheur CIRAD ;
Laurans Marilyne Chercheuse CIRAD ;
Laurenti Patrick MC U Diderot ;
Lavigne Claire DR INRA ;
Lemeilleur Sylvaine Chercheuse CIRAD ;
Le Gall Line MC MNHN ;
Le Moguédec Gilles Chercheur CIRAD ;
Lévy-Leblond Jean-Marc Pr U Nice ;
Lipinski Marc DR CNRS ;
Loeuille Nicolas Pr UPMC ;
Londe Sylvain Doctorant UPMC ;
Lorand Isabelle Chirurgienne ;
Louchart Antoine CR CNRS ;
Machon Nathalie Pr MNHN ;
Mallefet Jérôme Pr U Catholique de Louvain ;
Mariojouls Catherine Pr AgroParistech ;
Maris Virginie CR CNRS ;
Mignot Agnès Pr Université Montpellier 2 ;
Millier Claude Pr AgroParisTech ;
Mirleau Pascal MC U Aix-Marseille ;
Moulia Catherine Pr U Montpellier 2 ;
Morin Edgar DR CNRS ;
Nabholz Benoit MC U Montpellier 2 ;
Nicolas Valérie IR INSERM ;
Nieberding Caroline Pr U Catholique de Louvain ;
Olivieri Isabelle Pr U Montpellier 2 ;
Paillet Yoan IR IRSTEA ;
Palka Laurent MC MNHN ;
Pape Moller Anders DR CNRS ;
Papy François DR INRA ;
Pasqualini Vanina Pr U Corse ;
Petit Éric MC U Rennes 1 ;
Poirier Florence IR U Paris 13 ;
Ponsard Sergine Pr U Toulouse ;
Potin Philippe DR CNRS ;
Quilichini Angélique MC détachée CNRS ;
Raymond Michel DR CNRS ;
Refrégier Guislaine MC UPS Orsay ;
Reynaud - Yann Post-Doctorant, NOAA, US ;
Rognon Xavier MC AgroParisTech ;
Rousseau Denis-Didier DR CNRS Ulm ;
Rousset François DR CNRS ;
Saatkamp Arne MC U Aix-Marseille ;
Saint-James Emmanuel MC UPMC ;
Salmona Jordi Doctorant U Lisbonne ;
Sartor Pierre CR CNRS ;
Selosse Marc-André Pr U Montpellier 2 ;
Sicard Mathieu MC U Poitiers ;
Shykoff Jacqui DR CNRS ;
Testart Jacques DR INSERM ;
Thomas Mathieu PostDoc INRA ;
Tully Thomas MC U Paris 4 (CNRS) ;
Valero Myriam DR CNRS ;
Van Vliet Geert Chercheur CIRAD ;
Vela Errol MC U Montpellier 2 ;
Velot Christian MC U Psud Orsay ;
Verlaque Marc CR CNRS ;
Verrier Etienne Pr AgroParisTech ;
Volovitch Michel Pr ENS Ulm ;
Vriz Sophie Pr U Paris Diderot ;
Warlop François CR GRAB ;
Weill Mylène DR CNRS.
Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- OGM
commenter cet article
13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 05:00

http://goudouly.over-blog.com/article-la-crise-pour-les-nuls-112357391.html

 

Home Collection Postcards Contacts

 

carte postale de Clara Auguste

Mon père est un artiste


Clara AUGUSTE
1993

 

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.004 - décembre 1993 - Equeurdreville
special "Club des Chi-Arts" - Mes parents sont des artistes

 

 

 

 

LA CRISE POUR LES "NULS"

Comment en est-on arrivé là?

(tout le monde va enfin piger) 

Trouvé sur le www et arrangé par mes soins      

 

Jef est propriétaire d'un bistrot. Il réalise soudain que tous ses clients sont des alcoolos qui faute de moyens ne peuvent plus fréquenter son bistrot.

Il imagine alors un plan marketing génial:

"Picole aujourd'hui, paie demain"

Il tient rigoureusement à jour son carnet de "poufs", ce qui équivaut donc à consentir un prêt à ses clients.

Chiffre d'affaires et bénéfices explosent et son bistrot devient vite, sur papier, le plus rentable de la citée.

Ses clients s'endettant chaque jour davantage, acceptent sans rechigner des augmentations régulières du prix du godet, gonflant ainsi (toujours sur papier) les marges du bistrot.

Le jeune et dynamique représentant de la banque de Jef, se rendant compte que ce tas de poufs sont en fait des contrats à terme (Futures) et donc représente un actif, propose des crédits à Jef avec les poufs en garantie.

Sa trouvaille géniale vaut au banquier visionnaire un plantureux bonus.

Au siège de la banque, un trader imagine alors un moyen pour se faire de belles commissions : il convertit les poufs en PICOLOBLIGATIONS.

Les Picolobligations sont alors "titrisées" (converties en paquets de titres négociables) afin d'être vendues sur le marché à terme.

Confiants à l'égard de leur banquier et avides de hauts rendements, les clients ne captent pas que ces titres qui leur sont fourgués comme "obligations AA", ne sont en fait que des poufs d'alcoolos sans garanties.

Les Picolobligations deviennent la star des marchés, on se les arrache et leur valeur crève tous les plafonds.

Un beau matin, un "risk manager" oublié dans les caves de la banque se réveille et signale qu'il est temps de demander à Jef que ses clients règlent leurs poufs.

Jef essaie, mais la plus part de ses clients ne bossant pas, ... broquette.

La banque exige alors le remboursement du crédit et le bistrot fait logiquement faillite, vire ses employés entraînant la faillite de ses fournisseurs en bibine qui, à leur tour, virent également leurs employés.

Le cours des Picolobligations chute brutalement de 90%.

La dépréciation de cet actif vaporise les actifs et donc les liquidités de la banque.

Problème : sa banqueroute ruinerait trop d'électeurs ("too big to fail" qu'on dit)

La banque est donc renflouée par l'Etat.

Ce renflouement est financé par de nouvelles taxes prélevées chez des employés, les classes moyennes et un tas de gens qui ne picolent pas et qui n'ont jamais mis les pieds dans le bistrot du Jef..

Compris ?

Continue de ne pas jouer en bourse !!!

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 05:33

http://goudouly.over-blog.com/article-pour-en-finir-avec-la-competitivite-112220808.html

carte postale de Christophe Meyer

Christophe Meyer
Atelier Volant

Maison/Home
http://dessindujourdechristophe.blogspot.fr/
http://www.christophemeyer.net/
http://twitter.com/christophemeyer
http://www.facebook.com/christophe.meyer

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.254 - février 2010 - Paris

 

Pour en finir avec la compétitivité

(rapport Attac/Copernic)

 

Après avoir annoncé un nécessaire « choc de compétitivité » souhaité par la droite et le MEDEF, le gouvernement souhaite désormais construire un « pacte de compétitivité » sur l’ensemble du quinquennat de François Hollande, inspiré par les mesures préconisées par le rapport Gallois. La rengaine est connue : notre pays souffrirait d’un déficit de compétitivité dû, entre autres, à un coût du travail trop élevé. Qu'en est-il vraiment ?

(Consulter le rapport en PDF)


À travers ce rapport, Attac et la fondation Copernic se penchent sur les difficultés de l'économie française et sur les idées reçues autour de la compétitivité. Pour ses auteurs, la diminution du coût du travail, prônée par le rapport Gallois n'est en rien une solution à la crise, de manière globale, ni à la désindustrialisation en particulier. L'accent mis sur le coût du travail masque l'essentiel, notamment l'envolée des dividendes qui grèvent les investissement de R&D.


Les mesures annoncées par le gouvernement constituent un ralliement aux dogmes libéraux, selon lesquels les salaires et la protection sociale seraient la cause de nos difficultés, les dépenses publiques devraient diminuer, et la TVA anti-sociale serait une solution. Il est pourtant urgent de sortir de cette logique qui créé les conditions d’une concurrence de tous contre tous, d’un état de guerre économique permanent qui appauvrit les populations et détruit les équilibres écologiques.


Ce contre-rapport montre comment la compétitivité, tant vantée, s’avère en fait être une voie sans issue, économiquement absurde et socialement destructrice : c’est un autre modèle de développement qu’il faut aujourd’hui promouvoir tant pour des raisons écologiques que pour des raisons sociales. Ce nouveau modèle de développement doit être fondé sur les principes de la coopération, de la rupture avec un consumérisme destructeur, de la réponse aux besoins sociaux, de la réduction des inégalités et de l’ouverture d’une transition écologique.


Lire le rapport : Pour en finir avec la compétitivité, Attac / Fondation Copernic, 7 novembre 2012

 

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 05:47

http://goudouly.over-blog.com/article-pourquoi-rien-ne-change-t-il-alors-qu-on-sait-qu-il-faut-changer--112186084.html

carte postale de NOF

"Pornographistes"
Extrait du projet "slogans®" - "sentences®" archives multimédia.

NOF
NANCY

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.018 - juillet 1995 - Le Pré de Malon

 

 

Pourquoi rien ne change-t-il alors qu’on sait qu’il faut changer ?

Dominique Méda

5 novembre 2012

Sur Reporterre

 


D’abord parce que la crise nous tétanise et bloque les innovations possibles, alors que nous avons besoin de celles-ci plus que jamais. La crise sociale et de l’emploi nous garotte entièrement. Il y a une complète contradiction entre court terme et long terme : au nom du long terme, nous devrions changer radicalement nos modes de production, revoir le rythme de la croissance, consommer différemment et, à mon sens, moins. Mais à court terme nos gouvernants pensent qu’il faut plus de consommation, plus de production, pour avoir plus d’emplois et de revenus.


Désormais nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que le PIB est un indicateur qui nous mène dans le mur mais nous n’avons jamais autant réclamé plus de croissance...


Ensuite, nous sommes tétanisés par notre incapacité à savoir qui doit commencer et par où nous devons commencer. Pour qu’une action ait une chance d’avoir une certaine efficacité, il faut qu’elle ait obtenu un soutien européen mais nous ne parvenons pas à déterminer des alliances européennes.


Nos mouvements sociaux et écologiques en France sont fragmentés, les objectifs sociaux et écologistes apparaissent désormais comme contradictoires, en France et en Europe (on ne parle plus d’Agenda Vert, la Spring alliance bat de l’aile), il n’y a pas de revendications écologiques et sociales communes en Europe... Je pense que c’est un des points fondamentaux. Les mouvements sociaux et écologistes ne parviennent pas en Europe à proposer une alternative commune et claire, ni le chemin pour y parvenir.


Quant à la question de savoir qui doit commencer et si un pays peut engager seul sa transition (vers la transition écologique, les énergies renouvelables, la décroissance de certaines productions et consommations, la reconversion de certains secteurs), elle reste complètement irrésolue et bloquante. La concurrence généralisée qui s’est installée à l’intérieur de l’Europe et dans le monde empêche de développer de "bonnes" alternatives, le risque de perdre est trop grand. L’absence de coopération organisée est dramatique.


Et donc, alors que désormais nous savons que la menace de changement climatique nous contraint à prendre des décisons fortes dans une fenêtre temporelle trés étroite, nous restons tétanisés par manque d’une alternative crédible portée par une alliance de mouvements sociaux et écologistes, par exemple par une aillance des syndicats et des consommateurs pour un emploi de qualité et des produits de qualité.


Pour moi, la question la plus "bloquante" est celle de la croissance et de son indicateur : le PIB [produit intérieur brut]. Tant que nous resterons les yeux braqués sur cet indicateur nous ne pourrons changer ni les comportements des entreprises ni les politiques publiques. Il nous faut absolument changer d’indicateurs, adopter des indicateurs complémentaires au PIB pour mettre en évidence les erreurs auxquelles nous conduit l’adhésion exclusive à cet indicateur et pour dessiner un autre chemin, un autre modèle.


Il nous faut aussi sortir du langage exclusivement économique et monétaire et parvenir à décrire le monde que nous voulons avec un autre langage.


Enfin, susbsiste la question lancinante du chômage ; nous sommes en train de nous lancer dans un programme de flexibilisation du marché du travail alors que le chômage a de nouveau atteint des sommets et qu’il faudrait partager l’emploi.


 

Source : Courriel à Reporterre

Dominique Méda est titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales (Collège d’études mondiales /Dauphine).

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 05:23

http://goudouly.over-blog.com/article-mariagee-civil-mariage-religieux-une-contrariete-revelee-par-le-mariage-homo--112185905.html

Collection Postcards Contacts carte postale de Catherine Noizet-Faucon

Catherine NOIZET-FAUCON
PONT-AVEN 1997-1998

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.067 - août 1998 - Roubaix

Mariage civil, mariage religieux : une contrariété révélée par le « mariage homo »

(A l'occasion d'un texte de Gilles Bernheim, grand rabbin de France)

 par Catherine Kintzler

En ligne le 6 novembre 2012

Sur Mezetulle


Au sein de la levée cléricale de boucliers contre le projet d'extension du mariage aux personnes de même sexe (1), les arguments sont en général assez pauvres et souvent présentés de manière dogmatique et purement rhétorique, sans véritable liaison, sans réflexion théorique suivie. Tel n'est pas le cas d'un texte publié par le grand rabbin de France Gilles Bernheim téléchargeable sur son site internet et dont il a donné une version abrégée au Figaro, datée du 18 octobre (2). Par son style et le soin de son argumentation ce texte mérite l'attention. J'en propose ici une critique qui, pour être radicale, n'en est pas moins reconnaissante à l'auteur de m'avoir permis de poser une question qui me semble fondamentale  : et si l'extension du mariage aux personnes de même sexe était un révélateur du concept même de mariage civil ?
 

 

A dessein d'en examiner les attendus, j'ai d'abord lu le texte de G. Bernheim point par point. J'ai alors constaté que, pour la plupart, ses arguments ne sont pas spécifiques. Trop larges, ils peuvent tout aussi bien viser le mariage civil «hétéro» tel qu'il est en vigueur actuellement. D'où l'hypothèse : le mariage civil, pour peu qu'on en développe le concept, se révèle non seulement profondément différent, mais encore contraire à la conception religieuse du mariage soutenue par les trois grandes religions monothéistes. Mais cette contrariété n'apparaît pleinement et ne saute aux yeux qu'avec le projet d'extension de cette institution civile aux personnes de même sexe. Tel sera le fil conducteur de mon propos. Je terminerai en m'attardant sur quelques points du commentaire de La Genèse que G. Bernheim, à la fin de son texte, avance à l'appui de son hostilité au « mariage homo».


1 - Des objections qui prouvent trop : quelques exemples

1.1 L'amour et l'égalité

Le grand rabbin commence par s'en prendre à la thèse qui met en avant l'amour que se portent deux personnes pour fonder sur cet amour leur prétention légitime au mariage. Il est vrai que cette thèse en faveur du mariage homo est à la fois très répandue et extrêmement faible. G. Bernheim n'a  guère de mal à la pourfendre :


ce n'est pas parce que des gens s'aiment qu'ils ont systématiquement le

droit de se marier, qu'ils soient hétérosexuels ou homosexuels.

 

fait-il remarquer à juste titre - et de donner des exemples classiques : on ne peut pas épouser quelqu'un qu'on aime et qui est déjà marié, on ne peut pas épouser plusieurs personnes même si on les aime, etc. Et de conclure :

 

au nom de la tolérance, de l'égalité, de la lutte contre les discriminations,

on ne peut pas donner droit au mariage à tous ceux qui s'aiment.

 

Bien sûr !

Mais ce qui est interdit aux hétéros ne sera pas davantage permis pour les homos. Par exemple on ne voit pas que le projet de loi installe la polygamie, l'article 147 du code civil pouvant s'appliquer, sans modification de rédaction, à une union entre deux personnes de même sexe. Il n'apparaît pas davantage qu'on projette d'abolir les prohibitions actuellement en vigueur, et on peut même conjecturer qu'une législation de mariage indifférent au sexe des conjoints étendrait et renforcerait ces prohibitions - j'y reviendrai. L'amour n'intervient dans tout cela que comme motif purement privé mais ne saurait justifier la transgression de la loi ni autoriser son assouplissement total. Et récuser ce motif d'amour ne revient nullement, comme semble le penser G. Bernheim, à écarter l'argument de l'égalité : car la revendication d'égalité n'a rien à voir avec l'amour, elle n'est pas renforcée au motif qu'on s'aime, pas plus qu'elle ne serait affaiblie au motif qu'on ne s'aime pas.

On peut vouloir se marier, que l'on soit hétéro ou homo, pour toutes sortes de raisons et la loi n'a pas à demander si on s'aime ou autres choses intimes, elle vérifie seulement que les conjoints remplissent les conditions légales pour se marier. Récuser l'argument de l'amour comme motif de mariage ne prouve en aucune manière qu'on doive maintenir comme l'une de ces conditions la différence de sexe des conjoints : c'est cela qu'il faudrait prouver et on revient donc à la case départ ! Et lever cette condition n'implique nullement qu'on doive lever les autres.

 

1.2  - Un homme et une femme avec succession des générations ?

Pour sortir de ce cercle, G. Bernheim avance sa propre définition du mariage qui va dès lors fonctionner comme une pétition de principe : elle admet en l'affirmant ce qu'il faut prouver. En effet, il définit le mariage comme

 

institution de l'alliance de l'homme et de la femme avec succession des

générations.

 

Je suis bien d'accord sur le statut institutionnel du mariage qui n'est pas un simple contrat d'union civile (3) mais je ne vois pas d'obstacle à institutionnaliser cette alliance entre deux personnes de même sexe, avec les mêmes interdits et les mêmes obligations....

Quant à l'expression succession des générations on peut l'entendre en deux sens. Soit on entend par là que le mariage a pour objet de s'inscrire dans cette succession et d'y contribuer ; il s'agit alors d'une vision religieuse finalisée du mariage en vue de la succession des générations (par ex. la succession évoquée dans les généalogies de la Bible), vision qu'on ne peut imposer à personne, ni hétéro, ni homo, dans un Etat laïque. La naissance d'enfants au sein d'un mariage est considérée par la loi comme un élément factuel, sans doute normal, mais nullement nécessaire, élément qu'elle réglemente en partie, et non comme finalité ni comme objet du mariage. Soit on considère que la législation sur le mariage institue et réglemente l'alliance entre deux personnes en tenant compte de certains éléments relatifs à la succession des générations (ex : obligation de subvenir aux besoins des éventuels enfants, prohibition du mariage entre ascendants et descendants), ce que la législation en vigueur fait, et ce qu'elle pourra continuer à faire dans le cas de mariage entre personnes de même sexe.

1.3 - Structuration, différenciation et «brouillage des générations» ?

Puis viennent les arguments sur la structuration de l'enfant, la connaissance de sa généalogie, de la différence des sexes. Comme si un enfant vivait en vase clos et comme si les hétéros n'avaient pas de problèmes avec l'identification de leur propre différence sexuelle, ni avec la différence des sexes en général. Comme si avoir été élevé par un homme et une femme vous garantissait cette structuration et vous évitait le trouble profond qu'est la découverte de la différence sexuelle : cela se saurait ! Comme si grandir au sein d'un couple homo vous interdisait de rencontrer le trauma de la différence sexuelle, de connaître et de nommer vos ascendants, vos grands-parents, etc.

C'est alors que, dans le même moment où il brandit la différenciation, G. Bernheim propose à chacun de s'identifier à un modèle, paternel ou maternel selon son sexe, modèle qu'il s'agit de reproduire à l'identique:


L'enfant ne se construit qu'en se différenciant, ce qui suppose d'abord

qu'il sache à qui il ressemble. Il a besoin, de ce fait, de savoir qu'il est

issu de l'amour et de l'union entre un homme, son père, et une femme, sa

mère, grâce à la différence sexuelle de ses parents.

 

N'a-t-on rien d'autre à proposer à un enfant, pour se différencier, que de ressembler à son père si c'est un garçon ou à sa mère si c'est une fille ? Il ne reste plus qu'à acheter un train électrique à l'un et une maison de poupée à l'autre ! on nage en plein immobilisme, en pleine reproduction sociale.

Puis arrivent la grosse artillerie et les grands mots :

 

avec le mariage homo, le risque de brouiller la chaîne des générations est

immense et irréversible.

 

L'argument-choc se veut anthropologique: toute la maison humaine va s'écrouler. Ah bon ? G. Bernheim ignore-t-il que la législation actuelle du mariage n'impose aucune limite supérieure d'âge pour se marier, et n'impose pas non plus une différence minimale d'âge entre conjoints ? Pourquoi alors ne s'en prend-il pas à la législation en vigueur, qui permet (puisque ce n'est pas interdit) le mariage entre personnes de générations différentes, y compris entre générations non consécutives? Et si par chaîne des générations, il entend plus spécifiquement les relations entre ascendants et descendants, où a-t-il vu que le projet d'extension du mariage à des personnes de même sexe abolirait l'interdiction de se marier avec un ascendant ou un descendant ? La prohibition du mariage entre ascendants et descendants et entre certains collatéraux serait même étendue ipso facto puisqu'elle frapperait aussi ascendants et descendants du même sexe, et certains collatéraux du même sexe (par ex. mère-fille ; père-fils, frère-frère, soeur-soeur). (4)

Où est l'immense chamboulement des rapports entre générations susceptible de faire s'écrouler la civilisation en cas de mariage homo ? Ce prétendu chamboulement est déjà dans la loi qui réglemente le mariage civil actuel et qui permet bien des choses dont le grand rabbin devrait s'inquiéter !

1.4 - Il n'y a pas de « droit à l'enfant »

Le grand rabbin brandit un autre danger : les couples homosexuels, ne pouvant se féconder mutuellement, vont développer leur désir d'enfant sous la forme d'une revendication, celle d'un prétendu « droit à l'enfant ». Ils recourront aux techniques de procréation assistée, au mères porteuses, etc. Le problème est qu'ils ne sont pas les seuls...
Je suis entièrement d'accord avec G. Bernheim lorsqu'il dit qu'il n'y a pas de «droit à l'enfant » et qu'il souligne la monstruosité de cette expression dans la mesure où elle revient à faire un objet d'un être humain. Mais c'est vrai pour tout le monde, comme il le dit aussi... donc cet argument ne vise pas spécifiquement le mariage entre personnes de même sexe, mais également (et sans doute encore davantage) le consumérisme de certains couples hétéros qui considèrent l'enfant comme un objet auquel ils auraient droit... Là encore l'argument est trop large et prouve trop.
Et c'est de plus l'occasion d'une contradiction : on ne peut pas à la fois soutenir d'une part qu'il n'y a pas de « droit à l'enfant », et soutenir d'autre part que le mariage s'inscrit dans l'horizon de la perpétuation, en considérant, avec des larmes de compassion, la stérilité comme un malheur et presque comme une infirmité. Beaucoup de couples qui recourent à la procréation assistée ou à une mère porteuse raisonnent de la sorte et considèrent en conséquence l'enfant comme un droit : forcément, puisqu'on ne cesse de leur répéter que l'enfantement est un devoir et un accomplissement à la fois de leur mariage et de leur personne (surtout pour les femmes !) - ce que la loi ne leur enjoint nullement.

De cette revue, il ressort que la plupart des objections avancées contre l'extension du mariage aux personnes de même sexe par G. Bernheim sont trop larges parce qu'elles peuvent être aussi bien objectées au mariage civil tel qu'il existe actuellement.



2 - Mariage civil et mariage religieux : une contrariété fondamentale. Le mariage civil n'est pas la sécularisation du mariage religieux

Ainsi le raisonnement de G. Bernheim n'est pas spécifique, et on peut s'étonner qu'il ne s'en prenne pas aussi au mariage civil tel qu'il est.
D'où la question : pourquoi le mariage tel qu'il est dans la législation française en vigueur ne le gêne-t-il pas alors qu'il avance des arguments qui devraient logiquement faire de lui un opposant à ce mariage ? Ou il raisonne de travers, ou il sait parfaitement ce qu'il dit. Je prends la deuxième hypothèse, bien sûr. Cela signifie que, tant que le mariage tel qu'il est permet d'accueillir sans trop de frictions le mariage tel qu'il le souhaite - c'est à dire une vision religieuse du mariage -, tant que le mariage civil ne montre pas vraiment son concept parce que les gens en restent à une pratique qui ne le révèle pas, ça peut aller, on ferme les yeux. Mais qu'apparaisse un élément qui en développe logiquement le concept au-delà des limites où on le croyait borné, et c'est la levée de boucliers. En réalité, le déploiement du mariage civil, à chacune de ses étapes, a suscité de violentes résistances de la part des tenants du mariage religieux.

G. Bernheim n'est pas le seul à soutenir cette position : tous les dignitaires religieux sont  à peu de chose près sur la même ligne, même s'ils ne la développent pas avec le soin qu'il y apporte. Ils consentent au mariage civil (que au fond ils détestent, à juste titre) tant que ça ne fait pas trop de vagues. Car ce qu'ils savent très bien, c'est que la législation française, en disjoignant mariage civil et mariage religieux depuis 1792, a en réalité fait du mariage civil non seulement un concurrent victorieux du mariage religieux (et cela les prêtres ne l'ont pas encore digéré) mais en a fait aussi, au fur et à mesure de son développement juridique, un contraire du mariage religieux. Mais tant que cela ne se voit pas trop et que les gens restent dans des limites « décentes », tant qu'on peut leur faire croire que le mariage civil est une sorte de sécularisation du mariage religieux, cela est acceptable.

Je dis que le mariage civil est sur le fond opposé au mariage religieux dans la mesure où rien, dans la législation actuelle sur le mariage, n'assigne de place spécifique aux époux selon leur sexe, et où rien ne destine même implicitement le mariage à la perpétuation d'une lignée : c'est prévu bien sûr, on règle par la loi les obligations des époux à l'égard de leurs éventuels enfants, on règle par la loi certains aspects de la filiation, mais on le fait a minima et c'est considéré comme un fait et non comme une finalité ni même comme une fonction du mariage. La loi ne dit pas aux époux qu'ils ont à fonder une famille, on n'interdit nullement les mariages entre générations même très éloignées, et la question de l'enfantement n'en est pas constitutive (alors que à ma connaissance et par ex. chez les chrétiens la fécondité, requalifiée en novlangue « ouverture à la vie », est un caractère du mariage), c'est juste une conséquence possible. Ajoutons aussi, petit détail, que le mariage civil n'est pas indissoluble : tout engagement à vie est contraire aux droits de l'homme. Et que cette dissolution, le divorce, est elle aussi un acte civil qui s'est vu progressivement dépouiller de sa connotation culpabilisante (sanction d'une « faute ») .
Pour aller jusqu'au bout de ma thèse, je dirai que la question de l'extension du mariage aux personnes de même sexe opère aujourd'hui comme un révélateur du concept de mariage civil, lequel se montre alors dans son irreligiosité.

La question du mariage homo agit comme révélateur parce qu'elle est un élément discriminant : c'est par elle que la contrariété entre mariage civil et mariage religieux apparaît aujourd'hui au grand jour. Elle est apparue jadis et naguère avec d'autres propriétés qui ont fini par se fondre dans le paysage et par ne plus trop préoccuper les clercs, qui ont fini par se plier. Mais il faut se souvenir des déplacements qu'ont été, par exemple, l'abolition de la clause d'obéissance pour la femme mariée et de son incapacité civile,  l'abolition du motif de «faute» pour le divorce, le droit égal pour chacun des conjoints d'administrer ses biens (droit de percevoir son salaire, d'ouvrir un compte en banque par ex.), le passage de l'autorité paternelle à l'autorité parentale, le droit pour la femme de recourir seule à la contraception et à l'ivg (5). Il faut se souvenir des résistances que ces avancées ont à chaque fois suscitées. C'est aujourd'hui la question de l'union entre personnes de même sexe qui, en poursuivant le déploiement du concept de mariage civil, devient la pierre de touche permettant de mesurer la profonde opposition entre mariage civil et mariage religieux : c'est elle qui soulève en conséquence la résistance des prêtres.

Ce n'est tout simplement pas la même vision du mariage. On le savait confusément. On se plaît parfois à penser que le mariage religieux vient se lover dans la législation civile du mariage en lui ajoutant quelques exigences d'ordre privé, ou symétriquement que le mariage civil serait le reflet sécularisé du mariage religieux, mais cette pensée me semble insuffisante. Les points de friction, jadis, naguère et aujourd'hui, montrent qu'il s'agit bien de deux conceptions non pas seulement disjointes ou dont l'une serait plus large que l'autre, mais fondamentalement opposées. Et depuis 1792, c'est la conception civile du mariage qui a progressivement triomphé, socialement et juridiquement, qui a fait plier les conceptions religieuses : on peut comprendre que les prêtres en prennent parfois ombrage et reviennent à la charge.

J'ai parlé de prêtres. Cela peut choquer certains s'agissant d'un rabbin, mais comment faut-il appeler le ministre d'un culte qui parle en l'occurrence ès qualités ? G. Bernheim le dit très clairement ; je ne le lui reproche nullement , mais je ne souscris pas au contenu d'un discours qui déclare :

 

Ma vision du monde est guidée par la Bible et par les commentaires

rabbiniques – ce qui ne surprendra personne. Concernant les sujets-clés

de la sexualité et de la fliation, elle est fondée sur la complémentarité de

l’homme et de la femme.

 

La Bible n'est pas en l'occurrence simplement un texte d'étude et de méditation, ce n'est pas à ses yeux un texte mythologique à ruminer comme l'Iliade, l'Odyssée ou Les Métamorphoses, mais c'est bien un guide moral et peut-être même juridique. Et pour la complémentarité de l'homme et de la femme, non merci ! Ce n'est pas entre l'homme et la femme qu'il y a complémentarité, mais entre les gamètes et la manière de porter l'embryon à terme.

Eh bien, il faut une fois de plus que les prêtres en prennent leur parti : une République laïque ne va pas chercher le fondement de sa législation dans la Bible ; elle ne s'autorise que d'elle-même. C'est sûrement un péché puisque c'est une déclaration d'autosuffisance. Cela ne signifie pas qu'on puisse faire n'importe quoi, et c'est pourquoi j'ai souligné que bien des interdits seraient explicités et renforcés dans l'hypothèse d'un mariage étendu aux personnes de même sexe.

Maintenant, mon argumentation ne prétend pas balayer d'un revers de main les questions qui se posent et qui ne manqueront pas de se poser au sujet de la parenté et de la filiation. Mais elles se posent déjà, de manière très aiguë, avec ce qu'on appelle les familles recomposées, les familles monoparentales, le recours à la procréation assistée, les mères porteuses, le trafic d'enfants, la conservation des gamètes au-delà de la mort des donneurs, les bébés éprouvette, et le développement inéluctable de l'ingénierie génétique va nous poser des questions très difficiles. Je ne pense pas que l'extension du mariage aux personnes de même sexe aggrave les difficultés qui de toute façon se présentent et se présenteront : elle s'y inscrit et la révèle.


 3 - Epilogue : un commentaire de La Genèse

A la fin de son article, G. Bernheim propose une explication de texte de la Genèse sur laquelle j'ai envie de dire quelques mots. Elle est très belle, en effet : la sexuation est une leçon d'altérité, ancrée dans notre chair. Je suis entièrement d'accord, et d'accord pour dire qu'il serait fou, vain et préjudiciable de vouloir effacer cette altérité-là, mais il oublie qu'il y a des gens qui changent de sexe, réellement dans leur chair, et précisément en fonction de cette altérité : on peut s'en étonner, mais c'est une façon radicale, avouons-le, de reconnaître la différence - sur ce point la mythologie gréco-latine est d'ailleurs plus riche que la Bible ! Vouloir s'emparer de cette altérité, la réfléchir, supposer qu'elle puisse être socialement distribuée autrement qu'elle ne l'a été pendant quelques siècles et sur une portion du globe, ce n'est pas nécessairement vouloir l'effacer.

G. Bernheim accuse un peu plus haut dans son texte les homosexuels de projeter cet effacement, de vouloir la disparition de la différence sexuelle. C'est ignorer qu'il n'y a pas plus différent d'un(e) homosexuel(le) qu'un(e) autre homosexuel(le). C'est ignorer ensuite que si des êtres humains se posent explicitement la question de la différence des sexes ce sont bien les homosexuels, beaucoup plus que d'autres pour qui cette différence est de l'ordre de l'évidence, et c'est vrai aussi pour le désir d'enfant. Il faut aussi lire Freud et voir combien cette altérité-là n'est une donnée fixe que dans la mesure où elle fournit un terrain, un zonage sur lequel vont s'étayer toutes les perversions, selon une histoire personnelle et singulière que le sujet ne contrôle pas mais qui est contingente, et non selon une nature et pas davantage selon une téléologie fixée uniformément pour chaque sexe par un dogme religieux. Est-ce de l'artificialisme ? Non car je ne pense pas qu'on puisse manipuler ces contingences de manière purement technique, elles s'installent à l'insu du sujet et viennent le tourmenter. Et il n'existe aucune sexualité humaine qui ne soit perverse.

Ce que dit ensuite G. Bernheim pourrait très bien s'accorder avec la théorie freudienne, puisqu'il souligne que dans le récit de la Genèse, la sexuation n'est mentionnée que pour l'homme et pas pour les animaux : je trouve que c'est une idée très profonde. Mais il verrouille aussitôt ce que cette remarque a d'énigmatique et de troublant, ce qu'elle comporte de vacillement s'agissant de la sexuation, pour l'interpréter en termes de dualité fixe et distributive (la sexuation humaine se réduirait à deux sexes clairement distingués, et on invite chacun des sexes à camper sur sa spécificité, on évacue tout trouble quant à cette distinction, on assigne à chacun une destination). Je cite :

 

c’est précisément dans la relation d’amour, qui inclut l’acte sexuel par

lequel l’homme et la femme « deviennent une seule chair », que tous deux

réalisent leur finalité propre : être à l’image de Dieu(6).

 

Cette altérité, reconvertie en dualisme téléologique sans bavure et sans équivoque, devient alors une destination, la complémentarité de l'homme et de la femme étant inscrite dans l'ordre créé par Dieu et la rencontre de l'homme et de la femme étant une manière pour l'humanité de réaliser l'Un. Je cite :

 

C’est dans leur union à la fois charnelle et spirituelle, rendue possible par

leur différence et leur orientation sexuelle complémentaire, que l’homme

et la femme reproduisent, dans l’ordre créé, l’image du Dieu Un.

 

Ouf ! laissez-moi respirer ! on peut relire aussi Le Banquet et avoir le droit d'envisager cette affirmation comme une hypothèse parmi d'autres? Et puis qu'on nous lâche un peu avec l'Un et l'amour fusionnel. Qu'on nous lâche un peu avec ce terrible dieu du monothéisme ! On a le droit d'être épicurien et de penser qu'il faut se tenir à bonne distance de toute divinité.

On peut donc objecter bien des choses au mariage homo, et il n'est pas étonnant que la résistance soit exprimée principalement par des dignitaires religieux : c'est leur travail ! Encore faut-il qu'ils le fassent avec soin et exigence intellectuelle, comme c'est le cas du grand rabbin Bernheim et qu'ils ne s'en tiennent pas à de simples anathèmes ou (pire ?) à des déclarations purement médiatiques. Mais ces objections, lorsqu'on les examine, frappent pour la plupart aussi bien le mariage civil jusqu'alors réservé aux hétéros. J'en conclus que le centre de la cible, à travers des objectifs intermédiaires qui ont évolué (divorce, contraception, égalité des conjoints dans le mariage, etc., et aujourd'hui le mariage homo) n'a pas varié : c'est le concept même de mariage civil qui est visé, mariage civil qu'on aurait tort de réduire à une sécularisation du mariage religieux.

Le seul point fort des résistances religieuses n'est autre... que leurs propres doctrines et leurs propres dogmes, et la manière dont elles verrouillent l'interprétation de grands textes mythologiques dont elles revendiquent l'exclusivité. Or ces grands textes sont un bien commun à tous, croyants et incroyants. Leur lecture critique peut s'enrichir, bien sûr, des commentaires d'un rabbin, d'un curé, d'un pasteur, d'un imam, pour peu qu'ils les aient médités. Mais de là ne suit pas qu'on doive s'interdire l'étude critique d'un corpus au prétexte que certains le déclarent « sacré » et qu'ils en revendiquent l'interprétation exclusive. Les grands textes sont un bien commun et sont placés dans l'espace critique universel tout simplement parce qu'ils font penser. S'agissant plus particulièrement de mythologies, ces textes, en véhiculant une charge symbolique millénaire, ont une puissante vertu d'équivocité. Souligner leurs énigmes, ce n'est pas les abaisser, mais accroître leur richesse sans s'agenouiller devant eux. On peut donc les récuser comme guides sans pour autant les écarter comme objets et aliments de pensée.


© Catherine Kintzler, 2012


Notes   [cliquer sur le numéro de la note pour revenir à l'appel de note]


1 - Par commodité, j'utiliserai  souvent l'expression couramment reçue de «mariage homosexuel» ou pour aller plus vite de «mariage homo», bien que je considère cette expression comme inappropriée (voir les raisons dans cet article). Je remercie Edith Fuchs qui a attiré mon attention sur le texte de G. Bernheim, et qui m'a proposé des remarques stimulantes. Je remercie également Jean-Claude Milner pour ses avis éclairés, et pour m'avoir encouragée à présenter l'idée d'une contrariété entre mariage civil et mariage religieux.

 
2 - Version intégrale en téléchargement : cliquer ici. Version abrégée sur le site du Figaro . Pour un autre point de vue critique sur le texte de G. Bernheim, voir l'article de Franck Jaoui (Le Monde du 26 octobre).


3 - Voir les publications de Mezetulle sur l'affaire de la virginité en 2008 : http://www.mezetulle.net/article-20265232.html et http://www.mezetulle.net/article-20259636.html


4 - C'est ce que fait actuellement le pacs, et ce que prévoit le projet de loi.


5 - Sur ces avancées, il existe de nombreuses études, voir notamment Gilbert Legay, Droits des femmes, une histoire inachevée. Chronologie et perspectives, éd. Civilia, 2012.


6 - On remarquera que ce passage peut très bien s'appliquer au viol, il suffit au violeur de dire «j'ai fait ça par amour» - ce qui du reste est souvent profondément vrai, car l'amour peut aussi être une violence, il peut être meurtrier, et comme le dirait Spinoza chacun aime selon sa propre complexion.

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- actualité
commenter cet article
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 03:20

 

http://goudouly.over-blog.com/article-apprendre-de-l-amerique-latine-112162150.html

 

carte postale de La Sauce aux Sons

L'Orchestre à vingt centimes
Fanfare rurale de musicalité durable

Contact : Vincent Touret - La Sauce aux Sons

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.162 - novembre 2003 - Bretteville Besançon Sète & Bourges
Special "10e Anniversaire de cARTed"

Depuis 1998 et la première élection de Hugo Chavez au Venezuela [1], un nouveau cycle politique s’est ouvert en Amérique latine. Il se caractérise par l’émergence, dans une majorité de pays [2], d’une nouvelle gauche du progrès humain au pouvoir. Partout, elle s’est appuyée sur le développement d’un fort mouvement des idées et des luttes sociales contre les politiques néolibérales et les oligarchies inféodées à Washington. Elle a en commun, au-delà de la diversité de ses acteurs et des expériences en cours, d’avoir tiré le bilan de l’échec et de l’écroulement du communisme d’Etat, en même temps que de celui de la conversion aboutie de la social-démocratie en un social-libéralisme d’accompagnement et de rafistolage du système capitaliste globalisé. En Amérique latine, cette social-démocratie là s’est dissoute comme projet théorique et comme stratégie. Ayant renoncé au dépassement du capitalisme, et au nom d’une ruineuse stratégie d’accompagnement du système, elle a finalement permis, et même organisé, le démantèlement des sociétés latino-américaines. Elle s’est effondrée électoralement dans plusieurs pays. Enfin, elle s’est parfois même retournée contre le peuple (Caracazo de 1989 au Venezuela).

C’est le premier enseignement que nous offre le scénario latino-américain : les peuples écrasés par le rouleau compresseur néolibéral (démantèlement de l’Etat et des services publics, libéralisations et privatisations, austérité généralisée, etc.) peuvent renverser l’ordre établi qu’ils ne sont pas condamnés à subir. Il nous indique également comment des systèmes politiques et institutionnels établis depuis des décennies peuvent, dans certaines conditions historiques, s’effondrer rapidement en entraînant dans leur fulgurante chute des partis (conservateurs et sociaux-démocrates) incapables de résoudre les problèmes concrets des populations.

Les processus de transformation sociale et démocratique en Amérique latine nous montrent que – pour construire un rapport de forces durable dans la société contre les pouvoirs économiques et financiers et leurs représentants et divers relais qui subsistent largement en dehors du pouvoir d’Etat, notamment dans les sphères économiques, institutionnelles, médiatiques et internationales –, il faut poursuivre des objectifs qui s’inscrivent dans une radicalité concrète [3], elle-même rendue possible par la mise en place d’une méthode permanente : l’implication populaire.

Celle-ci passe, en premier lieu, par l’organisation de processus constituants pour refondre le système politique et le jeu démocratique, le développement et la multiplication des formes de consultation des populations (élections, référendum, référendums révocatoires, etc.), la démocratisation du spectre médiatique (soutien à la création de médias communautaires, renforcement de services publics de l’information, lois anti-concentration, etc.), le développement de l’éducation, le renforcement de la démocratie participative à tous les échelons (certains Latino-américains parlent de « démocratie protagonique »).

De ce point de vue, l’Amérique latine est loin des clichés médiatiques qui abondent sur les supposées dérives « autoritaires » des expériences en cours. Elle invente au contraire de nouveaux processus politiques historiques dans lesquels les forces populaires – et en particulier les pauvres comme sujet politico-social – construisent leur émancipation à travers la mise en place de politiques concrètes qui, progressivement, ouvrent la voie à une transformation plus profonde des structures de la société. Et ce, dans le cadre d’un vif conflit démocratique assumé dans lequel les forces associées aux régimes antérieurs continuent – avec de nombreux soutiens extérieurs et médiatiques – d’agir.

Dans ce bras de fer permanent, les positions des classes moyennes formées au cours des périodes passées – ou émergentes dans le cadre des processus actuels qui ont réduit la pauvreté et élevé le niveau global de richesse dans chaque pays – seront influentes pour observer l’évolution du rapport de forces et les perspectives d’approfondissement – ou de stagnation – des politiques de rupture.

Dans tous les pays où elle se déploie, la gauche latino-américaine construit l’Etat social lorsque celui-ci disparaît progressivement dans nos sociétés sous la pression de la globalisation et sous le prétexte de la crise. Cette gauche latino affirme – et c’est aussi un enseignement – que l’investissement dans des politiques de justice sociale constitue un facteur de progrès et de prospérité pour la société.

L’Amérique latine est la seule région du monde dans laquelle une fissure s’est produite dans l’hégémonie du néolibéralisme. L’ « autre gauche » latino-américaine fait la démonstration qu’il est possible de faire autrement lorsque la volonté politique s’installe, face aux marchés, au poste de commandement.

Et cette région n’est pas n’importe laquelle. Elle concentre en effet de formidables richesses convoitées dans le nouveau jeu géopolitique mondial à l’heure de la crise systémique du capitalisme. L’Amérique latine rassemble 1/3 des ressources mondiales d’eau potable, d’immenses réserves en hydrocarbures, en gaz, en minerais divers, en métaux rares, la plus grande biodiversité au monde, le plus important potentiel agricole, etc.

Dans ce contexte, elle est le laboratoire de nouvelles formes d’intégration régionale qui cherchent à bâtir la souveraineté et l’indépendance du sous-continent et de ses peuples face aux prétentions hégémoniques des puissances tutélaires traditionnelles de la région (Etats-Unis et pays européens). Qu’il s’agisse de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) crée en 2004, de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) fondée en 2008 ou de la Communauté des Etats de l’Amérique latine et de la Caraïbe (Celac) lancée en 2011, toutes ces initiatives et regroupements de pays conçoivent les voies de l’intégration régionale par des mécanismes qui ne consacrent pas le marché et le libre-échange au cœur des processus, mais les principes de coopération, de solidarité et de complémentarité.

C’est notamment pour toutes ces raisons que les progressistes du monde doivent s’intéresser à l’Amérique latine. Celle-ci est une source d’inspiration en ce sens qu’elle offre un terrain d’élaboration et d’expérimentation unique pour certaines politiques qu’ils promeuvent. Elle permet aussi d’en observer les contradictions, les limites et les réussites.

L’Amérique latine offre, par exemple, le cadre d’un débat inédit au sein de la gauche et des mouvements sociaux sur la question du modèle de développement qu’il convient de construire au-delà du post-néolibéralisme. Au cœur de celui-ci se trouve la question environnementale alors que le modèle de développement latino-américain se caractérise par le fait qu’il organise l’intégration des pays de la région aux marchés internationaux via une reprimarisation des économies [4].

L’Amérique latine permet enfin de comprendre comment les acteurs sociaux et politiques se mobilisent et se mettent en mouvement pour faire bouger les lignes dans des sociétés meurtries par les oligarchies et le néolibéralisme. Et ce, tandis que notre continent s’enfonce dans une crise économique, sociale et démocratique d’une ampleur jamais connue depuis les années 1930 et dont les principaux responsables sont les mêmes [5] qui ont saccagé les sociétés latino-américaines… avant que celles-ci ne se rebellent.

N.B : une version première de ce texte est déjà parue dans le journal A Gauche (octobre 2012).

Notes

[1] Ce dernier a été réélu le 7 octobre 2012 pour un nouveau mandat. Voir le dossier de Mémoire des luttes « Elections au Venezuela »

[2] Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Nicaragua, Paraguay (avant le coup d’Etat de 2012), Pérou, Uruguay, Venezuela.

[3] Il s’agit de politiques visant à organiser une réappropriation par la puissance publique des ressources nationales et des sphères économiques et financières abandonnées à la finance, à élargir le périmètre de la propriété sociale, à consolider l’accès des populations – notamment pauvres et indigènes – aux droits fondamentaux et à développer de nouveaux droits sociaux et environnementaux, etc.

[4] L’Amérique latine s’intègre à la mondialisation par le biais du développement considérable de ses exportations de matières premières, minières et agricoles vers les marchés internationaux, principalement ceux d’Asie et de Chine. La part des produits primaires dans la production globale des richesses augmente dans la plupart des pays de la région. Et ce, au détriment de la part des produits industriels et à haute valeur ajoutée. Lire Bernard Duterme (dir.) Etat des résistances dans le Sud. Amérique latine. Syllepse, coll. « Alternatives Sud », Paris, 2012 et Pierre Salama, Les économies émergentes latino-américaines.- Entre cigales et fourmis. Armand Colin, Paris, 2012.

[5] Fonds monétaire international, marchés financiers, auxquels s’ajoutent en Europe la Commission européenne et la Banque centrale européenne.

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 03:16
http://goudouly.over-blog.com/article-le-prix-nobel-de-la-guerre-sociale-112162028.html

 


carte postale de Jean-Luc André

Jean-Luc André

Valet de Trèfle

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.081 - juin 1999 - Curcy sur Orne
special "Jeu de 32 cartes et 2 Jokers"

Avec Le Monde diplomatique en español

 

Comme on pouvait s’y attendre, tous les dignitaires présents et passés des institutions européennes ont bruyamment salué l’attribution du prix Nobel de la paix à l’Union européenne (UE). Elle leur a permis, au moins pendant quelques jours, de se re-légitimer face à des opinions publiques de plus en plus eurosceptiques. Peine perdue : ces opinions sont largement restées indifférentes ou goguenardes, et parfois scandalisées, tant cette opération de communication leur paraissait à mille lieues de leur réalité vécue des politiques de l’UE. Et encore les médias ont-ils été relativement discrets sur le fait que le président du comité Nobel qui a attribué le prix, le Norvégien Thorbjorn Jagland (dont par deux fois le pays a refusé l’adhésion à l’UE), n’est autre que le secrétaire général de l’autre institution européenne, le Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 Etats, dont les 27 membres actuels de l’UE.

Il n’est sans doute pas anodin que cet exercice d’auto-promotion intervienne au moment où ce n’est pas la paix, mais un véritable climat d’affrontement social qui prévaut dans nombre de pays de l’UE. Ainsi, le 9 octobre, soit trois jours avant l’annonce de la décision du comité Nobel, Angela Merkel n’a pu se réunir à Athènes avec le premier ministre grec que sous la protection de 6 000 policiers, face à des manifestants qui brûlaient des drapeaux allemands et qui affublaient d’insignes nazis des portraits de la chancelière.

Deux semaines plus tôt, le 25 septembre, des milliers d’Indignés qui assiégeaient le Parlement avaient été violemment réprimés par la police : 60 blessés et des centaines d’interpellations. Le 15 septembre, plus d’un million de Portugais étaient descendus dans les rues des principales villes du pays pour dire « non » aux plans d’austérité du gouvernement de Pedro Passos Coelho. Parmi les slogans que l’on pouvait lire sur les banderoles des manifestants, l’un résumait bien le sentiment général : « Stop au terrorisme social ». Etaient visées non seulement les dirigeants portugais, mais aussi la funeste troïka - Banque centrale européenne (BCE), Commission européenne et FMI – qui constitue le détachement avancé d’une véritable et toute-puissante force d’occupation à laquelle l’UE a fait serment d’allégeance : la finance.

Pour que les choses soient claires, c’est cette « troïka » qui devrait se rendre à Oslo le 10 décembre prochain pour recevoir le prix Nobel, et non pas l’autre « troïka » prévue : les présidents de la Commission, du Parlement européen et du Conseil européen. Et il appartiendrait alors au « sauveur suprême » de l’Europe, Mario Draghi, de prononcer le discours d’acceptation du prix. Dans son allocution, le président de la BCE pourrait reprendre à son compte la célèbre déclaration du méga-spéculateur Warren Buffet, le deuxième homme le plus riche du monde, qui, le 25 mai 2005, affirmait à la chaine de télévision CNN : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».

A l’époque, ces propos étaient destinés au public américain, et ils avaient valeur de mise en garde car Warren Buffet craignait que le système capitaliste ne s’autodétruise par ses propres excès. Sept ans plus tard, ils s’appliquent parfaitement à la situation européenne. Derrière l’invocation obsessionnelle, par tous les gouvernements, de la nécessité de la « compétitivité » (traduction : baisse de la rémunération du travail et démantèlement de la protection sociale), c’est bien une violente guerre sociale qui est en cours dans l’UE. Et la mascarade du prix Nobel de la paix ne pourra pas dissimuler cette réalité.

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 03:12
carte postale de Muriel Falhun

"Ils rêvaient qu'ils volaient"

MURIEL FALHUN

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.010 - novembre 1994 - Tours


Avec Le Monde diplomatique en español

 

A ceux qui l’ignoraient encore, la crise révèle que les marchés financiers sont devenus les acteurs principaux de l’actuelle conjoncture économique en Europe. Ils incarnent un changement fondamental : le vrai pouvoir – jusqu’à présent détenu par les politiques – est passé entre les mains des spéculateurs boursiers et d’une cohorte de banquiers tricheurs.
Chaque jour, les marchés mobilisent des sommes colossales. Leur action collective peut renverser des gouvernements, imposer des décisions politiques et soumettre des peuples. Ces nouveaux « maîtres du monde » ne s’embarrassent de nul souci du bien commun. La solidarité n’est pas leur problème. Encore moins la préservation de l’Etat providence. Une seule rationalité les motive : l’appât du gain. Mus par l’avidité, spéculateurs et banquiers en viennent à se comporter comme des mafias avec une mentalité de chacals. Ils agissent dans une totale impunité.
Depuis le début de la crise, en 2007, à cause de leur comportement rapace, aucune réforme sérieuse n’est parvenue à réglementer les marchés, ni à discipliner les banquiers. Malgré l’ampleur des critiques formulées contre l’ « exubérance irrationnelle » du système, le comportement des acteurs financiers n’a pas changé. Il demeure vénal et cynique.
Certes, les banques jouent un rôle clé dans le système économique. Et les risques liés à leurs activités traditionnelles – stimuler l’épargne, fournir des crédits aux familles, financer les entreprises, soutenir le commerce – sont limités. Mais depuis la fin des années 1990 et la généralisation du modèle de « banque universelle » qui a ajouté toutes sortes d’activités spéculatives et d’investissement, les dangers pour les épargnants ont explosé. Ainsi que le nombre de fraudes, de tromperies et de scandales.
On se souvient notamment de la « tricherie du siècle », réalisée par la puissante banque d’affaires américaine Goldman Sachs qui domine aujourd’hui l’univers financier. En 2001, elle avait mis tout son savoir-faire au service du gouvernement conservateur grec pour aider Athènes à maquiller ses comptes [1]. La Grèce put ainsi remplir - en apparence - les critères exigés par l’Union européenne (UE), intégrer la zone euro et disposer de la monnaie unique.
Mais quelques années plus tard, en pleine convulsion économique, la découverte du trucage provoqua une véritable déflagration qui allait faire trembler l’ensemble de l’Union européenne. Résultat : « Tout un continent plongé dans la crise de la dette souveraine ; un pays, la Grèce, mis à genoux ; récession, licenciements massifs, chute du pouvoir d’achat des salariés ; liquidation des avantages sociaux ; coupes budgétaires, misère… » [2]
Quelles sanctions pour les auteurs d’une telle fraude ? Mario Draghi, ancien vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe, et donc au courant de la tricherie, fut promu à la tête de la BCE… Quant à Goldman Sachs, elle perçut, pour ce maquillage des comptes, une prime de 600 millions d’euros… Confirmant ainsi un vieux principe : en matière de grandes fraudes organisées par les banques, l’impunité est la règle.
Les petits épargnants espagnols peuvent en témoigner. L’an dernier, ils avaient acheté des actions de Bankia le jour de l’entrée de cette banque en Bourse. Ignorant alors que cet établissement financier n’avait nulle crédibilité et que la valeur de son action, selon les agences de cotation, était déjà proche des obligations pourries…
Les épargnants faisaient confiance à Rodrigo Rato, le président de Bankia et ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Celui-ci n’hésitait pas à déclarer, quelques jours avant d’être obligé à démissionner et peu avant que l’Etat espagnol soit contraint d’apporter 23,5 milliards d’euros au capital de Bankia pour en éviter la faillite : « Notre situation est d’une très grande solidité en ce qui concerne notre solvabilité et aussi du point de vue des liquidités [3]. »…
Il est vrai que, moins d’un an auparavant, en juillet 2011, Bankia avait apparemment réussi les « épreuves de résistance » réalisées par l’ European Banking Authority (EBA). Bankia avait en effet obtenu un Core Tier One Capital (niveau de fonds propres) estimé à 5,4%, alors que le minimum exigé n’était que de 5% [4]. Ce qui donne une idée de l’incompétence et de l’ineptie de l’EBA, organisme européen chargé de garantir la solidité des banques…
D’autres personnes peuvent également témoigner de l’impudence des banquiers. En particulier, les victimes, en Espagne, du scandale des « participations préférentielles », des titres très complexes et très risqués qui ont siphonné l’épargne (environ 26 milliards d’euros…) de quelque 710 000 familles… [5] Les banques leur ont fait croire qu’il s’agissait de placements à revenus fixes à risque zéro. Alors que ces « participations préférentielles » ne sont pas protégées par le fonds de garantie des banques. En cas de manque de liquidités, celles-ci ne sont donc pas obligées de rendre le capital initial, ni même les intérêts.
Ce « scandale du siècle » a démontré que les victimes espagnoles de tromperies bancaires ne peuvent compter ni sur la protection de la Banque d’Espagne, ni sur celle de la Commission nationale du marché des valeurs (équivalent de l’Autorité des marchés financiers) [6]. Ni, bien entendu, sur celle du gouvernement de Mariano Rajoy, qui continue d’aider massivement les banquiers tout en poursuivant une politique austéritaire très brutale avec les citoyens.
Mariano Rajoy a même demandé à l’Union européenne un crédit d’environ 100 milliards d’euros destiné à étayer le système bancaire menacé de banqueroute. En même temps, les banques espagnoles favorisaient la fuite massive de capitaux à l’étranger. De janvier à septembre 2012, quelque 220 milliards d’euros ont ainsi officiellement fui l’Espagne [7]… Une somme deux fois supérieure à l’aide demandé à l’UE pour sauver le système bancaire espagnol.
Au cours des derniers mois, à l’échelle internationale, les scandales financiers n’ont pas cessé. Rappelons, pour mémoire, quelques uns des plus marquants : la banque HSBC a été accusée de blanchir les colossales sommes d’argent de la drogue des narco-trafiquants du Mexique. Lancée dans des spéculations démentielles, la JP Morgan a pris de tels risques qu’elle a perdu environ 7,5 milliards d’euros et ruiné des centaines de clients… C’est également ce qu’a fait la Knight Capital qui, en une seule nuit, a perdu 323 millions d’euros à la suite d’une spéculation automatique à haute vitesse pilotée par ordinateur.
Mais le scandale qui provoque la plus grande colère à l’échelle mondiale est celui du Libor. De quoi s’agit-il ? L’Association des banquiers britanniques propose chaque jour un taux interbancaire appelé « London Interbank Offered Rate  » ou Libor. Le calcul de ce taux est effectué par l’agence Reuters qui, quotidiennement, demande à une vingtaine de grandes banques à quel taux elles ont obtenu un crédit. Et elle établit une moyenne. Comme c’est le taux auquel se prêtent des liquidités les banques entre elles, le Libor devient une référence fondamentale pour l’ensemble du système financier mondial. Il sert notamment à déterminer les taux (variables) des crédits immobiliers auxquels empruntent les familles (en zone euro, l’équivalent du Libor est l’Euribor, calculé sur la base de l’activité d’une soixantaine de grandes banques).
Toute variation du taux du Libor – aussi petite soit-elle – peut entraîner des conséquences gigantesques puisqu’on estime que, à l’échelle de la planète, le volume des crédits liés au Libor dépasse les 350 000 milliards d’euros…
Quelle était la fraude ? Plusieurs des banques qui servent de référence pour établir le Libor se sont concertés et ont décidé en commun de mentir sur leurs taux, faussant ainsi tous les contrats dérivés, soit notamment les crédits accordés aux familles et aux entreprises. Et cela durant des années.
Les investigations en cours ont démontré qu’une dizaine de grandes banques internationales – Barclays, Citigroup, JP Morgan Chase, Bank of America, Deutsche Bank, HSBC, Crédit Suisse, UBS (Union des Banques Suisses), Société Générale, Crédit Agricole, Royal Bank of Scotland – se sont organisées entre elles pour manipuler le Libor.
Cet énorme scandale montre que la délinquance se trouve au cœur même des finances internationales. Et que, probablement, des millions de foyers ont payé des intérêts de crédit immobilier faussés. Nombre de familles ont dû renoncer à leurs logements. D’autres en ont été expulsées parce qu’elles ne parvenaient plus à payer des intérêts artificiellement manipulés [8].
Une fois encore, les autorités chargées de veiller au bon fonctionnement des marchés ont préféré fermer les yeux. Nul n’a été condamné, à l’exception de quatre comparses [9]. Toutes les banques impliquées poursuivent leurs activités comme d’habitude.
Jusqu’à quand les démocraties pourront-elles supporter une telle impunité ? En 1932, aux Etats-Unis, le président Herbert Hoover chargea Ferdinand Pecora, fils d’immigrés italiens devenu procureur de New York, d’enquêter sur la responsabilité des banques dans les causes de la Grande Crise de 1929. Le rapport de Pecora fut dévastateur. Il qualifia les banquiers new-yorkais de « banksters  » (banquiers gangsters). Sur la base de ce rapport, le président Franklin D. Roosevelt prit la décision de protéger les citoyens contre les risques de la spéculation financière. Il sanctionna l’ensemble du secteur bancaire en lui imposant le « Glass-Steagal Act » qui établit (jusqu’en 1999) une incompatibilité entre deux sortes d’activités : les banques de dépôts et les banques d’investissement.
Qu’attendent les gouvernements de la zone euro pour adopter une mesure identique ?

 

Notes

[1]  Lire Greg Smith, Pourquoi j’ai quitté Goldman Sachs, JC Lattès, Paris, 2012. Lire aussi un entretien avec l’auteur : http://madeinusa.blogs.nouvelobs.com/un-ex-banquier-accuse-goldman-sachs-plume-les-clients.html

[2]  Página 12, Buenos Aires, 13 mars 2012.

[3]  El País, Madrid, 2 mai 2012.

[4]  En se basant sur ce déplorable rapport, certains « analystes » espagnols affirmaient – il y a à peine quinze mois – que le système bancaire espagnol figurait parmi « les plus solides du monde  »… Voici, par exemple, ce qu’écrivait, à cet égard, un « journal de référence » : « En fait, les grandes banques espagnoles remplissent largement les exigences en matière de capitaux propres, ce qui leur permet de résister à toute éventuelle dégradation extrême de la conjoncture économique au cours de deux prochaines années. » (El País,15 juillet 2011.)

[5]  http://lexpansion.lexpress.fr/.../epargnants-espagnols-ruines-par-des-produits-toxiques

[6]  Plusieurs associations ont mis à disposition des victimes leurs services juridiques. Par exemple : l’Asociación de Usuarios de Bancos, Seguros y Cajas de Ahorro (ADICAE) (adicae.net), et l’Unión de Consumidores de España (www.uniondeconsumidores.info).

[7]  Cinco dias, Madrid, 21 octobre 2012.

[8]  L’Espagne possède l’une des législations les plus dures en la matière. En cas d’impayés, la restitution du logement ne suffit pas à clore le dossier. La banque exige que la famille continue de payer le crédit jusqu’au bout… Depuis 2008, les juges espagnols ont ordonné plus de 400 000 expulsions, jetant des dizaines de milliers de familles à la rue.

[9]  La banque Barclays a été condamnée à payer une amende de 365 millions d’euros. Elle a licencié son président Marcus Agius. Son directeur général, Bob Diamond, considéré comme l’un des principaux responsables de la fraude, a été contraint à la démission… moyennant des indemnités estimées à 2,5 millions d’euros.

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article