Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Vous Êtes Arrivé

  • : Le blog de la rue Goudouly
  • Le blog de la rue Goudouly
  • : Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
  • Contact

Pour le plaisir

Recherche

Mémoire Classée

En campagne

28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 03:51



illustration : "Capitalism:final" par Davio

L’autodestruction du Capitalisme

http://goudouly.over-blog.com/article-l-autodestruction-du-capitalisme-43522805.html
Michael PARENTI

Sur le Grand Soir

Après le renversement des gouvernements communistes de l’Europe de l’est, le capitalisme a été brandi comme l’invincible système qui apporte prospérité et démocratie, le système qui allait s’imposer jusqu’à la fin des temps.

Cependant, la crise économique actuelle a fini par convaincre même quelques éminents partisans du libre marché qu’il y a quelque chose qui cloche sérieusement. En vérité, le capitalisme n’a pas encore réglé ses comptes avec plusieurs forces historiques qui le gênent en permanence : la démocratie, la prospérité, et le capitalisme lui-même, cette entité que les dirigeants capitalistes prétendent promouvoir.


Ploutocratie contre Démocratie


Commençons par la Démocratie. Aux Etats-Unis on nous dit que capitalisme et démocratie sont étroitement liés, d’où le terme « démocraties capitalistes ». En fait, tout au long de notre histoire les rapports entre démocratie et capitalisme ont été largement antagonistes. Il y a environ 80 ans, le juge de la Cour Suprême Louis Brandeis faisait le commentaire suivant : « Dans ce pays, nous pouvons avoir soit la démocratie, soit une grande concentration de richesse entre les mains d’une minorité, mais pas les deux. » Les intérêts d’argent ont été des adversaires et non des partisans de la démocratie.

La Constitution elle-même a été rédigée par des hommes de bonne famille influents qui se sont réunis à Philadelphie en 1787 pour répéter leurs mises en garde contre les effets néfastes et égalitaires de la démocratie. Le document qu’ils ont rédigé était lui-même loin d’être démocratique, rempli de contrôles, vetos et exigences requis auprès de majorités supérieures artificielles, un système destiné à étouffer la volonté populaire.

Au début de la République, les riches et l’élite ont imposé la condition d’être propriétaire pour avoir le droit de vote ou d’être élu. Ils s’opposaient à l’élection directe des candidats (notez que leur systède Collège Electoral est encore en place - (Rappel : le président US des US est élu par un suffrage indirect - NdT). Et pendant des décennies, ils ont résisté à l’extension de ces droits aux groupes moins favorisés tels que les travailleurs sans propriété, les immigrés, les minorités raciales et les femmes.

Les forces conservatrices d’aujourd’hui continuent de rejeter des modes de scrutin plus équitables tels que le proportionnel, le mode de scrutin préférentiel ainsi que le financement public des campagnes électorales. Ils continuent de dresser des barrières au vote, soit par des procédures d’inscription sur les listes électorales qui sont exagérément sévères, par les radiations d’électeurs des listes, par des bureaux de vote inadaptés et des machines à voter électroniques qui n’arrêtent pas de se « tromper » en faveur des candidats les plus conservateurs.

Il arrive que les classes dirigeantes censurent les publications radicales et répriment les manifestations populaires, en recourant aux descentes de police, aux arrestations, aux emprisonnements – sévèrement appliqués récemment contres les manifestants à St Paul, Minnisota, lors de la Convention Nationale Républicaine.

La ploutocratie conservatrice tente aussi de saper les avantages sociaux de la démocratie, tels l’éducation nationale, les logements aux loyers modérés, le système de santé, les conventions collectives, les salaires décents, la sécurité au travail, un environnement sain ; le droit à la vie privée, la séparation de l’église et de l’état, le droit à l’avortement, et le droit de se marier avec tout adulte consentant de son choix.

Il y a environ cent ans, le dirigeant syndical Eugène Victor Debs avait été jeté en prison pendant une grève. Depuis sa cellule il n’a pas pu s’empêcher d’arriver à la conclusion que dans les conflits entre deux secteurs privés, le capital et le travail, l’état n’était pas un arbitre neutre.

La force de l’état – avec sa police, ses milices, ses tribunaux et ses lois – était sans équivoque du côté des patrons. A partir de là, Debs a conclu que le capitalisme n’était pas seulement un système économique mais tout un ordre social qui faussait le jeu de la démocratie pour favoriser les riches.

Les dirigeants capitalistes se posent en promoteurs de la démocratie même lorsqu’ils la subvertissent, non seulement ici mais à travers l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie et le Moyen Orient. Toute nation qui ne propose pas un « cadre favorable aux investissements », qui tente de consacrer ses terres, sa main d’œuvre, son capital, ses ressources naturelles et ses marchés à son propre développement, en dehors de la domination des multinationales, court le risque de se voir diabolisée et ciblée comme « une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis ».

La Démocratie devient un problème pour l’Amérique des multinationales non pas quand elle échoue mais quand elle fonctionne trop bien, permettant à la population d’avancer vers un ordre social plus juste et supportable, en réduisant le fossé, même modestement, entre les super riches et le reste de la population. Alors la démocratie doit être détournée et subvertie, entachée de désinformation, d’hyper médiatisations, (media puffery), par des sommes exorbitantes dépensées lors des campagnes électorales ; par des résultats de scrutins truqués, un public plus ou moins impuissant et par de pseudo victoires électorales attribuées à des candidats plus ou moins politiquement acceptables.


Capitalisme contre Prospérité


Les grands capitalistes n’encouragent pas la prospérité pas plus que la démocratie. La majorité de la planète est capitaliste, et la majorité de la planète n’est ni prospère ni particulièrement démocratique. Il suffit de penser au capitaliste Nigeria, capitaliste Indonésie, capitaliste Thaïlande, capitaliste Haïti, capitaliste Colombie, capitaliste Pakistan, capitaliste Afrique du Sud, capitaliste Latvia, et divers membres du Monde Libre ou, plus être plus précis, du Marché libre.

Une population qui serait prospère, politiquement éduquée et très exigeante quant à son niveau de vie, qui défendrait ses droits et pousserait à l’amélioration des conditions sociales n’est pas exactement l’idée que les multinationales se font d’une main d’œuvre idéale et corvéable. Les investisseurs capitalistes préfèrent les populations pauvres. Plus elles sont pauvres, plus elles travailleront dur pour gagner moins. Plus elles sont pauvres, moins elles sont capables de se défendre contre les abus.

Dans le monde du « libre commerce » des multinationales, le nombre de milliardaires augmente à une vitesse jamais connue jusqu’à présent tandis que le nombre de personnes dans la misère augmente plus vite que la population mondiale. La misère se répand lorsque la richesse s’accumule.

Prenons les Etats-Unis. Au cours huit dernières années seulement, tandis que des vastes fortunes ont surgi à une vitesse record, six millions d’Américains supplémentaires sont tombés en dessous du seuil de pauvreté ; le revenu moyen par foyer a baissé de plus de 2.000 dollars ; l’endettement des ménages a plus que doublé ; plus de sept millions d’Américains ont perdu leur assurance santé, et plus de quatre millions ont perdu leur retraite ; pendant ce temps, le nombre de SDF a augmenté et les saisies de maisons pour défaut de paiement se sont généralisées.

Il n’y a que dans les pays où le capitalisme a été quelque peu bridé par une social-démocratie que la population a pu se garantir une certaine prospérité ; les pays du nord de l’Europe comme la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark viennent à l’esprit. Mais même dans ces social-démocraties, les avancées sociales courent le risque d’une remise en cause.

Attribuer au capitalisme le génie de la prospérité économique constitue une ironie, alors que la plupart des tentatives d’améliorer le bien-être matériel ont été combattues avec acharnement par la classe capitaliste, et parfois avec violence. L’histoire des luttes sociales nous fournit d’innombrables exemples.

Si la vie est encore supportable sous l’actuel ordre économique US, c’est parce que des millions de gens ont mené d’âpres luttes de classe pour améliorer les conditions de vie et obtenir leurs droits en tant que citoyens, distillant ainsi une certaine dose d’humanité dans un ordre politico-économique par ailleurs insensible.


Un monstre qui s’autodétruit.


L’état capitaliste remplit deux fonctions reconnues depuis longtemps par les politologues. Premièrement, comme tout état, il doit fournir des services qui ne peuvent être fournis de manière fiable par le secteur privé. Deuxièmement, l’état capitaliste protège les possédants contre les démunis, garantissant la poursuite du processus d’accumulation de capital au profit des intérêts financiers tout en étouffant les exigences de la population, ainsi que Debs l’avait observé dans sa cellule.

Il y a une troisième fonction dévolue à l’état capitaliste qui est rarement évoquée. Elle consiste à empêcher le système capitaliste de s’autodétruire. Karl Marx avait souligné cette contradiction fondamentale : la tendance à la surproduction et aux crises des marchés. Une économie qui va de plus en plus vite, qui réduit de plus en plus les salaires, qui fait travailler plus pour gagner encore moins (tiens, tiens… Ndt), va droit dans un mur. Afin de maximiser les profits, les salaires doivent être compressés. Mais il faut bien que quelqu’un achète les biens et les services produits. Et pour cela, il faudrait maintenir le niveau des salaires. Il existe une tendance chronique – comme aujourd’hui – à la surproduction des biens fabriqués par le secteur privé et une sous-consommation des biens de nécessité par la population salariée.

De plus, ce qu’on ignore souvent, l’autodestruction du système est l’oeuvre des capitalistes eux-mêmes. Laissé sans surveillance, le secteur le plus actif du système financier s’empresse de dévorer les secteurs moins organisés.

Au lieu de tenter de gagner de l’argent par un travail de production et de commercialisation de biens et services, les maraudeurs se branchent directement sur les flux monétaires de l’économie elle-même. Pendant les années 90, nous avons assisté à l’effondrement total d’une économie en Argentine lorsque des capitaliste sans entraves ont dépouillé les entreprises, empoché de vastes sommes d’argent, et quitté le pays en laissant derrière eux une industrie en lambeaux. L’état argentin, gavé d’idéologie libérale, a failli à son devoir de protéger le capitalisme des capitalistes.

Quelques années plus tard, aux Etats-Unis, on a assisté à un pillage multimilliardaire perpétré par les conspirateurs de chez Enron, WorldCom, Harkin, Adelphia et des dizaines d’autres compagnies géantes. Des joueurs comme Ken Lay ont réussi à ruiner des entreprises jadis florissantes et rayer les emplois et les économies de milliers d’employés afin d’empocher quelques milliards supplémentaires.

Ces escrocs ont été jugés et condamnés. Ne serait-ce pas la démonstration que le capitalisme est capable de s’autoréguler ? Pas vraiment. Ces procès – qui sont arrivés trop tard de toute façon – sont à mettre au compte de la démocratie et non du capitalisme. Par essence, le marché libre est un système amoral, sans foi ni loi à part celle de « caveat emptor » (expression latine signifiant « que l’acheteur soit vigilant »- NdT).

Lors de la crise de 2008-2009, le surplus financier a crée un problème pour la classe fortunée : il n’y avait plus assez d’opportunités pour investir. Les grands investisseurs avaient de l’argent à ne plus savoir qu’en faire. Ils ont alors versé d’immenses sommes sur des marchés immobiliers fictifs et autres aventures hasardeuses, dans les rusés hedge funds, dans des produits dérivés, dans du leveraging, que sais-je encore.

Parmi leurs victimes, on comptait d’autres capitalistes, de petits investisseurs et les nombreux travailleurs qui ont perdu des milliards de dollars d’économies et de retraites. Le prince des voleurs était probablement Bernard Madoff. Décrit comme « un des plus brillants depuis longtemps dans le domaine de la finance », Madoff avait monté un fonds d’investissement frauduleux qui a prélevé 50 milliards de dollars chez de riches investisseurs, qu’il payait avec de «  l’argent qui n’existait pas », selon ses propres termes. La ploutocratie dévore ses propres enfants.

Au sein de la crise, lors d’une audition devant le Congrès (US) en octobre 2008, l’ancien président de la Réserve Fédérale et adepte du libéralisme Alan Greenspan a avoué qu’il s’était trompé en pensant que le système – soumis aux énormes tensions d’un immense capital accumulé qui ne cherchait qu’à être investi – finirait par s’autodiscipliner.

La théorie classique du laisser-faire est encore plus ridicule que ne le laisserait entendre les propos de Greenspan. En fait, cette théorie dit que tout le monde devrait agir selon ses propres intérêts et sans entraves. Cette compétition débridée est censée générer un maximum de profits pour tous parce que le marché libre est gouverné par une douce et magique « main invisible » qui optimiserait le résultat collectif. (« La cupidité est une chose positive »)

La crise de 2008-2009 a-t-elle été provoquée par la tendance à la surproduction et l’hyper accumulation financière, comme aurait dit Marx ? Ou est-elle le résultat de la cupidité de certains individus tels que Bernard Madoff ? En d’autres termes, s’agit-il d’un problème de système ou d’individus ? En réalité, les deux à la fois. Le capitalisme génère ses prédateurs et récompense ceux qui ont le moins de scrupules. Les crimes et les crises ne sont pas les dérapages absurdes d’un système qui serait rationnel, mais l’inverse : ce sont les conséquences logiques d’un système fondamentalement absurde et amoral.

Pire encore, les sauvetages en cours de plusieurs milliards de dollars versés par le gouvernement sont en train d’être à leur tour transformés en opportunités pour un nouveau pillage. Non seulement l’état échoue dans son rôle de régulateur, mais il devient lui-même la source du pillage en extirpant de vastes sommes des caisses de l’état, en saignant au maximum les contribuables.

Ceux qui critiquent « l’état providence » sont les premiers bénéficiaires de la providence de l’état. Les grandes sociétés américaines ont toujours bénéficié d’aides, de prêts avantageux et autres subventions d’état et fédéraux en tous genres. Mais l’opération de « secours » de 2008-2009 a constitué un pillage de l’argent public comme on n’en avait jamais connu. Plus de 350 milliards de dollars ont été distribués par un Ministre des finances de droite en fin de mandat aux plus grandes banques et sociétés financières et sans aucun contrôle – sans parler des 4 mille milliards sortis de la Réserve Fédérale. La plupart des banques, dont LPMorgan Chase et Bank of New York Mellon, ont déclaré qu’elles n’avaient aucune intention de divulguer la destination des sommes perçues.

Ce que l’on sait, c’est que les grandes banques ont utilisé une partie des sommes pour racheter de plus petites banques et créer des banques à l’étranger. Les PDG et hauts cadres sont en train de dépenser l’argent dans de fabuleuses primes et des séjours luxueux de thalasso. Pendant ce temps, les gros bénéficiaires des aides comme Citigroup et Bank of America ont licencié des dizaines de milliers d’employés, ce qui nous fait poser la question suivante : pourquoi leur a-t-on versé ces sommes ?

Tandis que ces centaines de milliards sont en train d’être distribués aux auteurs de la catastrophe, le marché de l’immobilier continue de s’effriter, le crédit de se paralyser, le chômage d’augmenter et la consommation des ménages de plonger vers de nouvelles profondeurs.

En résumé, le capitalisme libéral est par nature synonyme de désastre à venir. Il est dans sa nature profonde que de transformer la nature vivante en un tas de biens de consommation et les biens de consommation à leur tour en un tas de capital inerte. Sans contrôle, le capitalisme déverse ses surplus et ses déchets sur le public et l’environnement – et tôt ou tard commence à s’autodétruire.

Dans une société capitaliste, les immenses inégalités en termes de pouvoir économique se répercutent en immenses inégalités en termes de pouvoir politique, ce qui rend la mise en place de régulations de plus en plus difficile.

Si les preux chevaliers du Capitalisme veulent vraiment savoir ce qui menace « notre mode vie », c’est leur mode de vie à eux, leur braconnage de leur propre système, leur destruction des fondations sur lesquelles ils reposent, c’est-à-dire la communauté sur le dos de qui ils se gavent.


Michael Parenti
www.michaelparenti.org

 

ARTICLE ORIGINAL
http://civillibertarian.blogspot.co...

Traduction Le Grand Soir

Michael Parenti’s recent books include : Contrary Notions : The Michael Parenti Reader (City Lights) ; Democracy for the Few, 8th ed. (Wadsworth) ; The Assassination of Julius Caesar (New Press), Superpatriotism (City Lights), The Culture Struggle (Seven Stories Press), and God and His Demons (forthcoming). For further information, visit his website :

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/L-autodestruction-du-Capitalisme.html
Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 03:25

Un syndrome de la précarité

http://goudouly.over-blog.com/article-un-syndrome-de-la-precarite-43510202.html

 

par Nicolas Duvoux 

 sur la vie des idées.fr


Alors que les travaux sociologiques et philosophiques sur la souffrance sociale se multiplient, le psychiatre Jean Furtos jette un regard clinique sur les rapports entre santé mentale et précarité. Le syndrome d’auto-exclusion est présenté comme une pathologie de la précarité et consiste en une radicale réduction du fonctionnement psychique. Une leçon qui ne se limite ni à la psychiatrie, ni à l’étude de la précarité

Télécharger ce(s) document(s) :

Recensé : Jean Furtos, De la précarité à l’auto-exclusion, Editions Rue d’Ulm, collection « La rue ? parlons-en ! », 2009. 58 p., 50 g., 5 euros.

Tout ce qui dispose le corps humain de telle façon qu’il puisse être affecté de plusieurs manières, tout ce que le rend propre à affecter de plusieurs manières les corps extérieurs, tout cela est utile à l’homme, et d’autant plus utile que le corps est rendu plus propre à être affecté de plusieurs manières et à affecter les corps extérieurs ; au contraire, cela est nuisible à l’homme, qui rend son corps moins propre à ces diverses fonctions. Spinoza, Ethique IV, 38.

L’ouvrage de Jean Furtos publié aux éditions rue d’Ulm, dans la collection La rue, parlons-en ! est issu de la conférence qu’il a prononcée lors de ce cycle de rencontres où praticiens, acteurs et chercheurs se rencontrent pour donner du sens à l’expérience vécue de la rue et de l’accompagnement de ceux qui y vivent.

Le sujet de sa conférence entre en écho avec de nombreuses recherches menées ces dernières années sur le thème de la souffrance sociale. Les années 1990 ont donné lieu ont développement de cette thématique et ont constitué le moment fondateur pour cette notion. Celle-ci est entrée dans le champ des sciences sociales notamment avec La misère du monde de Pierre Bourdieu et surtout le rapport d’Antoine Lazarus, Une souffrance qu’on ne peut plus cacher qui mettait face à face les souffrances des allocataires du RMI et des travailleurs sociaux en charge de leur suivi biographique. Cette préoccupation s’est d’une certaine façon étendue à la gestion institutionnelle et politique de la question de l’exclusion. Didier Fassin a parlé à ce sujet d’une « configuration sémantique compassionnelle » pour caractériser l’ensemble des termes, des dispositifs et des émotions autour desquelles la question de l’exclusion avait été régulée dans les années 1990. Ces dernières années, ce sont surtout les philosophes qui se sont emparés de l’investigation des effets de la précarité sur le psychisme humain. Les travaux d’Emmanuel Renault et de Guillaume Le Blanc ont mis l’accent sur le déficit de reconnaissance d’origine institutionnelle pour le premier et sur le défaut d’inscription dans les normes sociales des précaires pour le second. Dans un cas comme dans l’autre, les fondements d’une vie sociale normale sont ôtés aux individus par l’absence des supports sociaux, normatifs, psychologiques et politiques à laquelle conduit (condamne ?) la précarité.

L’intérêt de la contribution de Jean Furtos à cet ensemble de réflexions tient à l’écart que lui confère sa double position de praticien de la psychiatrie et d’acteur institutionnel autour des questions de santé mentale et de précarité. Loin de la sophistication parfois excessive des recherches philosophiques [1], le psychiatre s’intéresse à un effet particulier mais déterminant de la précarité sur le psychisme humain. Lorsque l’individu fragilisé ne peut plus maîtriser son fonctionnement psychique dans sa complexité, la précarité produit une réduction drastique de celui-ci. Sa démonstration comporte deux temps.

Des mots sur les maux

La pauvreté est une notion institutionnelle, liée à une mesure. Le stigmate s’y attache quand le mépris s’ajoute à la misère. Cependant, la pauvreté peut engendrer des formes culturelles, des mythes, de la musique. Historiquement, il est vrai que la pauvreté a été le terreau de nombreuses innovations d’ordre idéologique, politique ou esthétique. Robert Castel soulignait dans « Les marginaux dans l’histoire » [2] combien ceux qui n’avaient pu trouver leur place avaient été les hérauts de mode de vie et d’organisation politique alternatifs, le plus souvent envisagés sous l’angle de la subversion morale ou sociale par les sociétés de leur temps. De Lazarillo de Tormes au Neveu de Rameau, les marginaux ont suscité une fascination qui n’a pas laissé d’interroger le fonctionnement d’ensemble de la société, sans parler de la diffusion des musiques d’origine populaire comme le jazz ou le rap. En cela, elle se distingue de la misère, du dénuement absolu. C’est surtout par différence avec la précarité que la force d’intégration que peut recéler la pauvreté apparaît. « La différence entre la pauvreté et la précarité (pathologique) passe par l’apparition d’une méfiance généralisée » (p. 11).

Il y a d’abord la précarité « ordinaire », ou plutôt originaire, dont le modèle est la précarité du bébé qui dépend d’autrui pour survivre. Cette précarité fait surgir les relations. Lorsque les réponses physiques sont adéquates (aussi ténues soient-elles : Bowlby soulignait à quel point le visage froid – still face – de la mère face au sourire de son enfant pouvait être générateur de dépression infantile), cette précarité appelle la confiance.

La deuxième forme de précarité est celle de l’homme moderne dont l’existence ne repose sur aucun fondement stable et hétéronome. Elle fait partie de « la grandeur et de la difficulté de l’homme moderne » (p. 13).

Enfin, la troisième forme de précarité est celle, pathologique, qui est à la source du syndrome d’auto-exclusion. Elle est portée par le capitalisme financiarisé mondial. Même si l’auteur insiste sur l’amoralité des flux et des échanges marchands, la transformation de la temporalité et son « urgentification » apparaissent comme un processus destructeur des solidarités. Sous l’effet de cette atomisation, les individu perdent ce que l’auteur appelle les trois confiances :

- La perte de confiance en soi qu’il rattache aux pathologies du narcissisme.

- La perte de la confiance en autrui caractéristique des politiques sécuritaires qui produisent de l’altérité et du rejet de la différence

- La perte de la confiance en l’avenir.

Dans cette analyse, les sociétés précaires sont des sociétés obsédées par la peur de la perte,. On retrouve ici les accents de la critique faite par Robert Castel de l’inflation sécuritaire et de l’aversion totale envers le risque, qui se déploie dans les sociétés les plus sûres de l’histoire. La perte des sécurités, comme dans l’Argentine des années 1990, est à l’origine de la souffrance psychique d’origine sociale dont, selon Furtos, Freud parlait déjà en 1929 dans Malaise dans la civilisation.

Dans cette société précaire, le fait de savoir que l’on peut demander de l’aide et que l’on peut se débrouiller, même dans des situations difficiles, est un signe de santé mentale. Etre précaire au bon sens du terme, c’est être capable de demander de l’aide.

La « mélancolisation », ou le fait de ne plus y croire, est la deuxième modalité de la société précaire. Le syndrome du survivant illustre ce deuxième cas de figure : même les salariés qui ont échappé à un plan social ne croient plus dans l’avenir de leur entreprise ni dans le leur. Même s’ils résistent dans les faits, ils s’effondrent dans leur tête. La triple perte est opérée. Dans les cas les plus extrêmes, le syndrome d’auto-exclusion se développe.

L’auto-exclusion : syndrome de la précarité

Considéré comme un dysfonctionnement lié à des raisons psychiques qui serait le propre de l’homme, le syndrome d’auto-exclusion est « une forme d’auto-aliénation » :

Dans certaines situations d’exclusion, pour survivre, c’est-à-dire pour tenir debout à sa manière, le sujet humain est capable d’abandonner une partie de sa liberté et de s’auto-aliéner. C’est un phénomène moderne qui découle de l’émergence de l’individu, ce sujet capable de se considérer comme une entité indépendante du groupe humain. (p. 25)

Sur le plan clinique, le syndrome d’auto-exclusion est très proche de la schizophrénie déficitaire, de la dépression, de la démence, mais sans se confondre avec ces différentes pathologies. Plus précisément, « il s’agit d’un clivage serré avec déni : le moi n’est pas seulement coupé en deux : il est congelé » (p. 29). Ce syndrome se manifeste par trois signes dits de disparition. Le premier est l’anesthésie du corps. Ce phénomène bien connu chez les sans-abri dont l’insensibilité à des souffrances décrites comme intolérables dans d’autres environnements (ulcères, gangrènes, etc.) a souvent été soulignée. Les autres signes renvoient également à une forme d’auto-anesthésie mais qui concerne cette fois les émotions émoussées et la pensée inhibée.

En plus de ces signes de disparition, le syndrome d’auto-exclusion se manifeste par des signes paradoxaux. La relation thérapeutique négative d’abord. Le refus d’aide qui correspond à une incapacité à recevoir est une des épreuves les plus difficiles pour ceux qui interviennent auprès des personnes en grande difficulté sociale. Après ce paradoxe vient la rupture active des liens, l’abandon des relations. Cet abandon du monde conduit alors l’individu à se couper de lui-même. Ce devenir étranger à soi est caractérisé par des signes aussi divers que l’incurie à domicile, la négligence et la perte de la « bonne honte » dans les relations avec autrui. Tous ces signes sont des signes de « disparition de soi-même, de congélation du moi » (p. 34). L’intérêt de ce petit ouvrage qui, à l’instar des autres titres de cette collection, a su conserver la simplicité de l’oralité sans céder sur la précision, tient surtout à sa capacité à appréhender la dimension politique des pathologies de la précarité. Produit d’un environnement d’insécurité psychique et sociale globale, le syndrome d’auto-exclusion est une modalité proprement contemporaine de la souffrance sociale. L’exactitude du diagnostic clinique offre un complément très appréciable aux indispensables réflexions théoriques sur la souffrance sociale et sur les effets psychiques de la précarité.

Pour les acteurs qui interviennent auprès des populations qui connaissent ces grandes difficultés, la démarche propose un cadre intéressant pour comprendre des comportements qui resteraient sans cela erratiques, incohérents, irrationnels et en fin de compte moralement condamnables. Ainsi, la « congélation du moi » empêche d’accepter l’aide apportée. De même, les « rechutes » qui jalonnent si souvent les processus dits de « réinsertion » sont expliqués par la brutalité du processus de décongélation et la submersion de l’individu par l’afflux émotionnel qu’il provoque. Face à un trop-plein de vie, l’individu n’a d’autre recours que de se mutiler d’une partie de lui-même et de détruire tout ce qui avait été patiemment reconstruit.

Le syndrome d’auto-exclusion comme symptôme

À partir de ce diagnostic, l’auteur entreprend d’éclairer deux processus à l’œuvre dans les sociétés contemporaines, bien au delà des populations directement concernées par le syndrome décrit. Rappelons que celui-ci émerge dans le contexte global d’un affaissement de la temporalité vécue dans l’urgence d’une part et d’une précarisation des relations sociales qui ne doit pas se réduire à la précarisation socio-économique (même si les plus précaires au niveau socio-économique sont les premières victimes de la précarisation plus générale du lien social). Le premier aspect concerne la capacité à appréhender, à partir de ses manifestations très archaïques au niveau psycho-physiologique, le retrait comme la dernière stratégie possible pour ceux qui n’ont plus de marges de manœuvre dans le monde social. Qu’est-ce que le symptôme d’auto-exclusion sinon une rupture avec le monde qui se mue en rupture avec soi ? Alors que les populations les plus vulnérables, cibles d’actions publiques particulières, trouvent peu d’espaces (spatiaux et symboliques) pour donner un sens collectif à leurs situations vécues sur un mode individuel, la mise en évidence du retrait comme forme de résistance – aux conséquences dramatiques – ouvre des perspectives sur l’analyse des comportements de l’ensemble des populations assistées ou prises en charge. Le non- recours au droit dont on constate aujourd’hui toute l’importance apparaît comme une modalité moins extrême de refus par l’individu de l’aide qu’il ne peut supporter de recevoir.

Le deuxième enseignement, très général, que le lecteur retire de ce parcours, c’est que le syndrome d’auto-exclusion témoigne du fait que la réaction qu’exprime une réduction drastique de la complexité psychique, devenue intolérable, n’est que le pendant d’une modernité qui s’est dilatée spatialement tout en affaissant dans l’urgence la temporalité vécue des individus. L’analogie est ici possible avec les analyses qu’Anthony Giddens a pu faire du fondamentalisme dans le cadre de ses réflexions sur la modernité radicale. Tant au niveau individuel que macro-social, la réduction drastique de la complexité des ensembles humains apparaît comme le prix à payer pour le double processus d’élargissement spatial et d’affaissement temporel dans l’urgence apparemment sans limites dans lequel est engagé notre civilisation. En ce sens, le petit ouvrage de Jean Furtos contient une interrogation politique de grande ampleur.

par Nicolas Duvoux 

Notes

[1] Voir la recension par François Dubet du livre d’Emmanuel Renault sur La vie des idées

[2] Article de Robert Castel republié récemment dans La montée des incertitudes. Travail, protections, statut des individus, Paris, Seuil, 2009.

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- actualité
commenter cet article
26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 03:44



Vers un tournant « post-altermondialiste » des Forums sociaux ?

http://goudouly.over-blog.com/article-vers-un-tournant-post-altermondialiste-des-forums-sociaux--43016029.html

Il y a dix ans se préparait Porto Alegre…
Bernard Cassen
Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

Conçus en 2000 et concrétisés pour la première fois en janvier 2001 à Porto Alegre, les Forums sociaux mondiaux (FSM) sont devenus des moments de forte visibilité pour les mouvements sociaux et citoyens de la plupart des pays du monde réunis pour dénoncer les ravages du néolibéralisme et mettre en avant des propositions alternatives. Mais une bonne formule finit par s’user après avoir réussi… D’où la nécessité de jeter des passerelles avec les forces politiques et avec les gouvernements progressistes qui mettent concrètement en œuvre des mesures directement issues des débats des FSM.


Dans ce petit bureau du Monde diplomatique à Paris où, le 16 février 2000, furent jetées les bases de ce qui allait devenir le Forum social mondial (FSM), aucun des présents [1] n’aurait pu imaginer qu’allait ainsi se mettre en place un nouvel acteur de la vie politique internationale. Et tout alla très vite, puisque le premier FSM se tint moins d’un an après, à Porto Alegre, capitale de l’Etat brésilien de Rio Grande do Sul [2].


Cette rapidité dans le passage de l’idée à l’action fut un remarquable exploit dont il faut créditer le comité d’organisation brésilien qui s’était constitué pour la circonstance. Dans un article publié en août 2000 [3], et qui contribua de manière décisive à crédibiliser et à mettre en orbite internationale le futur Forum, Ignacio Ramonet écrivait : « En 2001, Davos aura un concurrent autrement plus représentatif de la planète telle qu’elle est : le Forum social mondial, qui se réunira aux mêmes dates (du 25 au 30 janvier) dans l’hémisphère sud, à Porto Alger (Brésil) ». Il ajoutait, à partir des éléments dont il disposait à ce moment-là, qu’étaient attendus « entre 2 000 et 3 000 participants, porteurs des aspirations de leurs sociétés respectives ». Mais, à la surprise générale, ce sont près de 20 000 délégués qui se retrouvèrent six mois plus tard dans la capitale gaucha !


La réaction anti-Davos avait joué à plein dans cette mobilisation. La proximité volontaire des intitulés des deux Forums – Forum économique mondial ou World Economic Forum (WEF) pour Davos, et Forum social mondial pour Porto Alegre – et la simultanéité, tout aussi délibérée, des dates des deux rassemblements avaient constitué des atouts médiatiques majeurs. Le fondateur et président du Forum de Davos, Klaus Schwab, en fit d’ailleurs l’amère constatation en se plaignant du « détournement négatif » de la renommée du WEF.


Symbolisant la puissance et l’arrogance de la finance, et le mépris de la démocratie et de la société, Davos constituait une cible parfaite pour les mouvements sociaux et citoyens. Déjà, en janvier 1999, en pleine session du WEF, plusieurs organisations, dont le Forum mondial des alternatives (FMA) et Attac, avaient organisé un séminaire de deux jours à Zurich, suivi d’une conférence de presse sur le thème de « L’autre Davos » dans la station de ski suisse. Toute manifestation était en effet pratiquement impossible dans ses rues étroites et enneigées en raison du quadrillage policier et militaire.


C’est donc contre tout ce que représentait Davos que se définirent les premiers FSM, dans une posture de dénonciation du néolibéralisme et de résistance à ses méfaits. Ils se situaient également dans le prolongement des combats zapatistes (en particulier de la Rencontre intergalactique du Chiapas de 1996) ; de la lutte victorieuse, en 1998, contre l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), concocté en secret par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et dont le texte avait été rendu public par Le Monde diplomatique en France ; et évidemment de la grande mobilisation de Seattle contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de décembre 1999 [4].


Dans une deuxième étape, les Forums devinrent plus propositionnels, ce qui se traduisit lexicalement par l’abandon du terme « anti-mondialisme » au profit d’« altermondialisme. Donc par le passage du refus à la proposition, ce qui correspondait mieux au mot d’ordre des Forums : « Un autre monde est possible ». Cette évolution s’effectua sans aucune modification des règles de fonctionnement du FSM, codifiées dans sa Charte de principes élaborée en juin 2001. Dans ce document de référence, le Forum est défini à la fois comme un espace et un processus, et absolument pas comme une entité. Il s’agit de ménager un lieu d’échanges, de dialogue, d’élaboration de propositions, de mise en place de stratégies d’action et de constitution de coalitions de tous les acteurs sociaux qui refusent la mondialisation libérale. Mais chacune de ces démarches n’engage que les organisations qui veulent s’y impliquer, et non pas l’ensemble de celles présentes au Forum.


Le FSM ne prend donc pas de positions en tant que tel, il n’y a pas de « communiqué final » de ses réunions ; il y a seulement des textes adoptés lors du FSM, mais pas de textes du FSM ni de ses déclinaisons continentales (comme les Forums sociaux africains, européens, etc.). Cette formule ouverte a permis d’incorporer progressivement aux Forums des forces nouvelles – syndicats « réformistes », organisations non gouvernementales (ONG), mouvements indigènes, féministes, écologiques, confessionnels, etc. - qui acceptaient de faire un bout de chemin avec des éléments plus radicaux, mais qui ne voulaient pas se laisser déborder par eux.


D’un FSM à l’autre, des centaines de propositions furent ainsi avancées ( plus de 350 pour le seul Forum de Porto Alegre en 2005), mais sans aucune hiérarchie ni articulation entre elles. Tout ce qui dérogeait au principe d’ « horizontalité » (toutes les propositions ont un statut équivalent) et tout ce qui apparaissait comme « vertical » (par exemple une plate-forme mettant en cohérence différentes propositions complémentaires, mais éparpillées) fut combattu par une fraction influente des organisateurs brésiliens des Forums et de dirigeants d’ONG qui y voyaient l’amorce d’un programme politique, voire de la création d’une nouvelle Internationale !


C’est ainsi que le Manifeste de Porto Alegre, socle de 12 propositions - issues des débats, et faisant à la fois sens et projet - présenté à Porto Alegre le 29 janvier 2005 par 19 intellectuels des quatre continents (dont deux Prix Nobel) [5] fut critiqué dans son principe même par nombre de gardiens auto-proclamés de l’orthodoxie « Forum ». Un sort identique fut ultérieurement réservé, par les mêmes, à l’Appel de Bamako, document programmatique à vocation planétaire, rédigé à l’issue d’une rencontre organisée par le Forum mondial des alternatives, et qui avait rassemblé 200 intellectuels et représentants de mouvements sociaux, dont une majorité d’Afrique et d’Asie, à la veille du FSM décentralisé tenu dans la capitale du Mali en janvier 2006 [6].


En application de la lecture rigoriste que font certains de la Charte de principes de 2001, les Forums sociaux seraient ainsi condamnés à présenter en ordre dispersé des myriades de propositions d’importance très inégale aux structures de l’ordre dominant qui, des gouvernements aux institutions multilatérales (Fonds monétaire international, Banque mondiale, OMC, OCDE), sans parler de la Commission européenne, font, elles, preuve d’une cohésion sans faille dans l’imposition des dogmes libéraux.


Ce refus volontaire de peser collectivement, à partir d’une plate-forme internationale commune, sur les acteurs du champ politique, tout en restant hors de la sphère électorale, explique l’usure de la formule des FSM. Et cela même s’ils continuent à rassembler des dizaines de milliers de participants locaux, souvent venus par curiosité, comme ce fut le cas à Belem en janvier 2009. Beaucoup de militants s’interrogent sur les débouchés politiques concrets de ces rencontres et sur la manière dont elles peuvent contribuer à l’avènement d’un « autre monde possible ».
 
Les choses se sont compliquées avec l’arrivée au pouvoir, en Amérique latine (Bolivie, Equateur, Paraguay, Venezuela), de gouvernements issus de mouvements populaires, mettant concrètement en oeuvre, avec évidemment des hauts et des bas, des politiques de rupture avec le néolibéralisme - tant au niveau national qu’international -, telles que celles avancées dans les Forums. Quelle attitude adopter à leur endroit ? Faut-il être solidaires d’eux, fût-ce au cas par cas ? Ou bien faut-il rester les bras croisés et regarder ailleurs, au prétexte qu’il s’agit de gouvernements, donc par essence suspects, et qu’il faut pour ces raisons tenir à distance.


Ce comportement renvoie à une idéologie libertaire diffuse, mais très présente dans de nombreuses organisations. Elle a été théorisée, notamment, par John Holloway dans un ouvrage au titre explicite : Comment changer la société sans prendre le pouvoir [7] Le mot pouvoir est d’ailleurs absent du vocabulaire de nombre de ces acteurs, sauf pour être stigmatisé, très souvent en réaction aux dérives totalitaires des États-partis. En revanche, le contre-pouvoir et la désobéissance civique sont censés être des leviers privilégiés du changement. Une telle posture devient difficilement tenable quand, par exemple, à l’occasion du Sommet de Copenhague, l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (ALBA), qui regroupe 9 Etats latino-américains et caraïbes, prend des positions qui convergent avec celles des coalitions d’ONG exigeant la justice climatique, et met directement en cause le capitalisme [8].


Le nouveau contexte international va imposer, y compris dans la conception des Forums sociaux, la recherche de nouvelles formes d’articulation entre mouvements sociaux, forces politiques et gouvernements progressistes. Un mot a été proposé pour caractériser cette évolution : le post-altermondialisme [9], qui ne se substitue pas à l’altermondialisme, mais en constitue un essaimage possible. Lors du FSM de Belem, on avait pu voir une première ébauche de cette démarche post-altermondialiste dans le dialogue entre quatre présidents latino-américains - Hugo Chavez (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), Fernando Lugo (Paraguay) et Evo Morales (Bolivie) – et les représentants de mouvements sociaux du sous-continent.


Ce dialogue va s’approfondir, avec une participation accrue de chefs d’Etat (dont celle du président Lula), à l’occasion du Forum social thématique de Bahia, prévu à Salvador du 29 au 31 janvier 2010 [10]. Elle devrait se prolonger lors du prochain FSM qui aura lieu à Dakar en 2011. Lors d’une réunion préparatoire organisée dans la capitale sénégalaise en novembre dernier, des mouvements sociaux du continent ont exprimé leur volonté de faire évoluer le FSM. Sont venues dans le débat des formulations comme la nécessité d’en faire « un espace des alliances crédibles » et non pas « un marché de la société civile » ; de « définir une relation nouvelle avec les acteurs politiques » en vue de « construire une alternative ». C’est en d’Afrique que se consolidera certainement le nécessaire tournant « post-altermondialiste » des Forums sociaux.

 

 

[1]  Il s’agissait, outre l’auteur de ces lignes ( à l’époque directeur général du journal et président d’Attac France), de Chico Whitaker et d’Oded Grajew, respectivement secrétaire de la commission Justice et Paix de la Conférence nationale des évêques brésiliens, et dirigeant de l’Association brésilienne des entrepreneurs pour la citoyenneté (CIVES), ainsi que de Mmes Whitaker et Grajew.

[2]  Sur la genèse et l’organisation de ce premier Forum et des deux suivants, lire Bernard Cassen, Tout a commencé à Porto Alegre, Editions des 1001 Nuits, Paris, 2003. Lire également le texte de Chico Whitaker sur les origines du Forum : http://www.forumsocialmundial.org.br/dinamic.php ?pagina=origem_fsm_por

[3]  Ignacio Ramonet, « Davos ? Non, Porto Alegre », Le Monde diplomatique, août 2000. Cet article fut repris dans la vingtaine d’éditions en langues étrangères que comptait alors le mensuel. Il en alla de même pour l’éditorial du même auteur, publié quelques semaines avant le Forum en vue de mobiliser les participants : « Porto Alegre », Le Monde diplomatique, janvier 2001.

[4]  Lire Samir Amin et François Houtart, « Trois défis pour les Forums sociaux », Le Monde diplomatique, mai 2006.

[5]  http://www.medelu.org/spip.php ?article27&var_recherche=manifeste%20de%20porto%20alegre

[6]  http://www.forumdesalternatives.org/FR/readarticle.php ?article_id=841

[7]  Editions Syllepse, Paris, 2003.

[8]  Déclaration spéciale sur le changement climatique approuvée par le Sommet de l’ALBA lors de son Sommet des 13 et 14 décembre 2009 à La Havane. Version en espagnol : http://www.medelu.org/spip.php ?article313. Version en français : http://www.medelu.org/spip.php ?article312

[9]  Le 26 janvier 2008, l’association Mémoire des luttes et la revue Utopie critique ont organisé à Paris un colloque intitulé « Altermondialisme et post-altermondialisme ». Lire son Appel final : http://www.medelu.org/spip.php ?article7&var_recherche=colloque%20post%20altermondialisme

[10]  http://www.fsmbahia.com.br


Repost 0
Published by Goudouly - dans -*- actualité
commenter cet article
25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 03:48

carte postale de Sabine Jauffret

Sabine Jauffret
"La trahison des femmes pinceaux"
Eau forte sur Zinc 2004.

Atelier de gravure "LA TAILLE DOUCE"
Collectif "Solitudes en alerte"

Sur cARTed



J'ose espérer que mon cri aura un écho

 http://goudouly.over-blog.com/article-j-ose-esperer-que-mon-cri-aura-un-echo-43199045.html

par Djemila Benhabib, auteure d'un ouvrage critique

         Mesdames les sénatrices, Mesdames les présidentes, Mesdames et messieurs les dignitaires,

            Chers amis,

 

            Merci mille fois de ce grand honneur que vous me faites, aujourd'hui, de me consacrer parmi les Femmes debout et de permettre à ma voix, celle d'une femme de culture musulmane féministe et laïque de résonner dans cette prestigieuse institution de la République. Merci à vous, mes amies de Femmes solidaires et de la Ligue du droit international des femmes pour votre travail acharné permanent et indispensable que ce soit dans les quartiers, auprès des femmes victimes de violences et discriminations, des sans papiers ou encore au sein des politiques et des instances onusiennes. C'est dire que c'est ici, localement que prend racine le travail pour les droits des femmes pour se répercuter à l'échelle internationale. C'est dire aussi que la Marche des femmes pour la liberté et l'égalité est une et indivisible. Lorsqu'une femme souffre dans un quelconque endroit de la planète, c'est notre affaire à toutes et à tous. Merci de nous faire sentir de mille façons que nous sommes les maillons d'une même chaîne. Voilà encore quelques années, je n'aurais jamais imaginé que ma vie de femme, que ma vie de militante serait si intimement liée au féminisme et à la laïcité.

 

            Je vous surprendrai peut-être en vous avouant que je ne suis pas devenue féministe en tournant les pages du « Deuxième Sexe », ni en me plongeant dans ce magnifique roman d'Aragon « Les Cloches de Bâle », où il était question entre autres de Clara Zetkin et de Rosa Luxembourg, deux figures de proue du féminisme et de la paix dans le monde.


            Je ne suis pas devenue laïque en m'abreuvant de Spinoza, de Ibn Al-Arabi, de Descartes, de Ibn Khaldoun, ou de Voltaire, mon maître. Absolument pas.


            J'aurais pu tourner mon regard ailleurs pour me perdre dans cette enfance si heureuse que j'ai eue dans une famille généreuse, cultivée, ouverte sur le monde et sur les autres, profondément engagée pour la démocratie et la justice sociale. J'aurais pu m'égarer dans la beauté de cette ville qu'est Oran où il faisait si bon vivre au bord de la mer. Cette ville qui a propulsé la carrière littéraire d'Albert Camus, avec son célèbre roman « La peste », jusqu'au Nobel de littérature. J'aurais pu ne rien voir, ne rien entendre des brimades, du mépris, des humiliations et des violences qu'on déversait sur les femmes. J'ai choisi de voir et d'écouter d'abord avec mes yeux et mes oreilles d'enfant. Plus tard, j'ai choisi de dire les aspirations de toutes ces femmes qui ont marqué ma vie pour que plus jamais, plus aucune femme dans le monde, n'ait honte d'être femme. Pour vous dire vrai, à l'enfance et surtout l'adolescence, je n'ai jamais rêvé de mariage, de prince charmant, de robe longue, de grande maison, d'enfants et de famille. Les quelques mariages auxquels j'avais assisté, en Algérie, me faisaient sentir que la femme était un objet bien plus qu'un sujet. Inutile de vous préciser que ma perspective était ultra minoritaire, car les femmes sont formatées à devenir des épouses puis des mères dès l'enfance. Je devais avoir, quoi, cinq, six, peut-être sept ans tout au plus, lorsqu'on me somma de rejoindre ma grand-mère dans la cuisine, car ma place naturelle était à mi-distance entre les fourneaux et la buanderie, de façon à pouvoir faire éclater mes talents de cuisinière et de ménagère le moment venu.


            En
1984, l'Algérie adopte un code de la famille inspiré de la charia islamique. J'ai 12 ans à cette époque. Brièvement, ce code exige de l'épouse d'obéir à son mari et à ses beaux-parents, permet la répudiation, la polygamie, destitue la femme de son autorité parentale, permet à l'époux de corriger sa femme et en matière d'héritage comme de témoignage, l'inégalité est érigée en système puisque la voix de deux femmes équivaut à celle d'un homme tout comme les parts d'héritage.

 

 Question : L'Algérie est-elle devenue musulmane en 1984 ?

 

 Réponse : Je vous la donnerai pendant le débat tout à l'heure si vous le souhaitez.

 

            Pour ce qui est de la laïcité, j'ai compris sa nécessité lorsque, au tout début des années 1990, le Front islamique du salut (FIS) a mis à genoux mon pays l'Algérie par le feu et par le sang en assassinant des milliers d'Algériens. Aujourd'hui, on est forcé de constater que les choses n'ont pas tellement changé.

 

            Trop de femmes dans le monde se font encore humilier, battre, violenter, répudier, assassiner, brûler, fouetter et lapider. Au nom de quoi ? De la religion, de l'islam en l'occurrence et de son instrumentalisation. Pour refuser un mariage arrangé, le port du voile islamique ou encore pour avoir demandé le divorce, porté un pantalon, conduit une voiture et même avoir franchi le seuil de la porte sans la permission du mâle, des femmes, tant de femmes subissent la barbarie dans leur chair. Je pense en particulier à nos sœurs iraniennes qui ont défilé dans les rues de Téhéran pour faire trembler l'un des pires dictateurs au monde : Ahmadinejad. Je pense à Neda, cette jeune Iranienne assassinée à l'âge de 26 ans. Nous avons tous vu cette image de Neda gisant sur le sol, le sang dégoulinant de sa bouche. Je pense à Nojoud Ali, cette petite Yéménite de 10 ans, qui a été mariée de force à un homme qui a trois fois son âge et qui s'est battue pour obtenir le droit de divorcer et qui l'a obtenu.

Je pense à Loubna Al-Hussein qui a fait trembler le gouvernement de Khartoum l'été dernier à cause de sa tenue vestimentaire...

 

            La pire condition féminine dans le globe, c'est celle que vivent les femmes dans les pays musulmans. C'est un fait et nous devons le reconnaître. C'est cela notre première solidarité à l'égard de toutes celles qui défient les pires régimes tyranniques au monde. Qui oserait dire le contraire ? Qui oserait prétendre l'inverse ? Les islamistes et leurs complices ? Certainement mais pas seulement.

 

            Il y a aussi ce courant de pensée relativiste qui prétend qu'au nom des cultures et des traditions nous devons accepter la régression, qui confine l'autre dans un statut de victime perpétuelle et nous culpabilise pour nos choix de société en nous traitant de racistes et d'islamophobes lorsque nous défendons l'égalité des sexes et la laïcité. C'est cette même gauche qui ouvre les bras à Tarik Ramadan pour se pavaner de ville en ville, de plateau de TV en plateau de TV et cracher sur les valeurs de la République.

 

            Sachez qu'il n'y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à accepter le triomphe de l'idiot, du sot et du lâche, surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcuté sans que ma chair en suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet ou l'aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et le plaisir.

            Rien qui me prédispose à recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c'était le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui m'a vu grandir.

 

            L'islamisme politique n'est pas l'expression d'une spécificité culturelle, comme on prétend ça et là. C'est une affaire politique, une menace collective qui s'attaque au fondement même de la démocratie en faisant la promotion d'une idéologie violente, sexiste, misogyne, raciste et homophobe.

 

            Nous avons vu de quelle façon les mouvements islamistes, avec la complicité, la lâcheté et le soutien de certains courants de gauche cautionnent la régression profonde qui s'est installée au coeur même de nos villes. Au Canada, nous avons tout de même failli avoir les tribunaux islamiques. En Grande-Bretagne c'est déjà la norme dans plusieurs communautés.

D'un bout à l'autre de la planète, le port du voile islamique se répand et se banalise, il devient même une alternative acceptable aux yeux de certains car c'est tout de même mieux que la burqa!

 

            Que dire de la démission des démocraties occidentales sur des enjeux primordiaux à la base du vivre-ensemble et de la citoyenneté tels que la défense de l'école publique, des services publics et de la neutralité de l'État ?

 

            Que dire des reculs en matière d'accessibilité à l'avortement ici même en France ?

 

            Tout ça pour dire qu'il est toujours possible de faire avancer les sociétés grâce à notre courage, notre détermination et à notre audace. Je ne vous dis pas que ce sont là des choix faciles. Loin de là.

Les chemins de la liberté sont toujours des chemins escarpés.

Ce sont les seuls chemins de l'émancipation humaine, je n'en connais pas d'autres.

 

            Cette merveilleuse page d'histoire, de NOTRE histoire, nous enseigne que subir n'est pas se soumettre. Car par-delà les injustices et les humiliations, il y a aussi les résistances. Résister, c'est se donner le droit de choisir sa destinée. C'est cela pour moi le féminisme. Une destinée non pas individuelle, mais collective pour la dignité de TOUTES les femmes.

C'est ainsi que j'ai donné un sens à ma vie en liant mon destin de femme à tous ceux qui rêvent d'égalité et de laïcité comme fondement même de la démocratie.

 

            L'histoire regorge d'exemples de religions qui débordent de la sphère privée pour envahir la sphère publique et devenir la loi. Dans ce contexte, les femmes sont les premières perdantes. Pas seulement. La vie, dans ses multiples dimensions, devient soudainement sclérosée lorsque la loi de Dieu se mêle à la loi des hommes pour organiser les moindres faits et gestes de tous. Il n'y a plus de place pour les avancées scientifiques, la littérature, le théâtre, la musique, la danse, la peinture, le cinéma, bref la vie tout simplement. Seuls la régression et les interdits se multiplient. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai une aversion profonde à l'égard des intégrismes quels qu'ils soient, car je suis une amoureuse de la vie.

 

            Rappelez-vous une chose : lorsque la religion régit la vie de la cité, nous ne sommes plus dans l'espace du possible, nous ne sommes plus dans le référentiel des doutes, nous ne sommes plus dans le repère de la Raison et de la rationalité si chères aux Lumières. Séparer l'espace public de l'espace privé en réaffirmant la neutralité de l'État me semble indispensable, car seule la laïcité permet de se doter d'un espace commun, appelons-le un référentiel citoyen, loin de toutes croyances et de toutes les incroyances, pour prendre en main la destinée de la cité.

Avant de conclure, permettez-moi de partager avec vous une lettre destinée à l'un de vos élus.

            J'ai longuement hésité avant de vous écrire. Peut-être, par peur d'être perçue comme celle venue d'ailleurs qui fait indélicatement irruption dans les « affaires françaises ». Au diable les convenances, je n'ai jamais été douée pour la bienséance surtout lorsqu'elle est au service des plus forts, des plus puissants et des plus arrogants. Puis, s'il avait fallu que je vive en fonction du regard des autres, je n'aurais rien fait de ma vie ou si peu. Lorsqu'il s'agit des droits des femmes, nulle convenance ne doit primer sur l'essentiel .L'essentiel étant : la liberté, l'égalité et l'émancipation des femmes. J'entends encore des copines françaises me dirent avec insistance : parle-lui, dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs propos me rappellent le titre de ce magnifique film d'Almodovar Parle avec elle où dès les premiers instants, le rideau se lève furtivement, pendant quelques secondes, sur un spectacle de danse, mettant en scène le corps d'une femme, celui de Pina Bausch.

Elle qui exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment la violence exercée à l'encontre des femmes.

 

            Monsieur Gérin, c'est à vous que je m'adresse, je voudrais vous parler, vous dire la peur que j'ai connu le 25 mars 1994 alors que j'habitais à Oran, en Algérie et que le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux femmes de mon pays le port du voile islamique. Ce jour-là, j'ai marché la tête nue ainsi que des millions d'autres Algériennes. Nous avons défié la mort. Nous avons joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA et le souvenir de Katia Bengana, une jeune lycéenne âgée de 17 ans assassinée le 28 février 1994 à la sortie de son lycée planait sur nos têtes nues. Il y a des événements fondateurs dans une vie et qui donnent une direction particulière au destin de tout un chacun. Celui-là, en est un pour moi. Depuis ce jour-là, j'ai une aversion profonde pour tout ce qui est hidjab, voile, burqa, niqab, tchador, jilbab, khimar et compagnie.

Or, aujourd'hui vous êtes à la tête d'une commission parlementaire chargée de se pencher sur le portdu voile intégral en France.

 

            En mars dernier, je publiais au Québec, un livre intitulé Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes. Dès les premières phrases, je donnais le ton de ce qu'est devenue ma vie en termes d'engagements politiques en écrivant ceci : « J'ai vécu les prémisses d'une dictature islamiste. C'était au début des années 1990. Je n'avais pas encore 18 ans. J'étais coupable d'être femme, féministe et laïque. » Je dois vous avouer que je ne suis pas féministe et laïque par vocation, je le suis par nécessité, par la force des choses, par ces souffrances qui imprègnent mon corps car je ne peux me résoudre à voir l'islamisme politique gagner du terrain ici même et partout dans le monde. Je suis devenue féministe et laïque à force de voir autour de moi des femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves.

 

            Il fut un temps où on s'interrogeait en France sur le port du voile islamique à l'école. Aujourd'hui, il est question de voile intégral. Au lieu d'élargir la portée de la loi de 2004 aux établissements universitaires, nous débattons sur la possibilité de laisser déambuler dans nos rues des cercueils. Est-ce normal ? Demain, peut-être c'est la polygamie qui sera à l'ordre du jour. Ne riez pas. Cela s'est produit au Canada et il a fallu que les cours (de justice) s'en mêlent. Car après tout la culture à bon dos lorsqu'il s'agit d'opprimer les femmes. Ironie du sort, j'ai constaté dans plusieurs quartiers que les jupes se rallongent et disparaissent peu à peu. La palette des couleurs se réduit. Il est devenu banal de camoufler son corps derrière un voile et porter une jupe, un acte de résistance. C'est tout de même une banlieue française qui est le théâtre du film La Journée de la jupe. Alors que dans les rues de Téhéran et de Khartoum, les femmes se découvrent de plus en plus, au péril de leur vie, dans les territoires perdus de la République française, le voile est devenu la norme.

 

            Que se passe-t-il ? La France est-elle devenue malade ?

 

            Le voile islamique est souvent présenté comme faisant partie de « l'identité collective musulmane». Or, il n'en est rien. Il est l'emblème de l'intégrisme musulman partout dans le monde. S'il a une connotation particulière, elle est plutôt politique surtout avec l'avènement de la révolution islamique en Iran en 1979.

Que l'on ne s'y trompe pas, le voile islamique cache la peur des femmes, de leur corps, de leur liberté et de leur sexualité.

            Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a quelques temps, j'essayais de me rappeler à quel moment précisément, en Algérie, j'ai vu apparaître ce voile dans les salles de classe. Pendant mon enfance et jusqu'à mon entrée au lycée, c'est-à-dire en 1987, le port du voile islamique était marginal autour de moi.

À l'école primaire, personne ne portait le hidjab, ni parmi les enseignants, ni surtout parmi les élèves.

 

            Voilà 12 ans que j'habite au Québec dont la devise inscrite sur les plaques d'immatriculation des voitures est « Je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la France devrait-elle se souvenir ? Quelle est porteuse des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est indissociable de celui de Djamila Boupacha. C'est peu dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est un grand pays et ceci vous confère des responsabilités et des devoirs envers nous tous, les petits.

C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui, tous les regards sont tournés vers votre commission et que nous attendons de vous que vous fassiez preuve de courage et de responsabilité en interdisant le port de la burqa.

 

            Pour notre part au Québec, on se souvient qu'en 1961, pour la première fois dans l'histoire, une femme, une avocate de surcroît, est élue à l'Assemblée législative lors d'une élection partielle. Son nom est Claire Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le port du chapeau pour se présenter à l'Assemblée législative, on la force à se couvrir la tête pendant les sessions. Elle refuse. C'est le scandale.

 

            Un journal titre : « Une femme nu-tête à l'Assemblée législative ! »

            Elle résiste et obtient gain de cause.

 

            Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis fragiles à défendre avec acharnement et qu'ils sont le résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont engagés des millions de femmes et d'hommes épris de liberté et de justice.

J'ose espérer, monsieur Gérin, que la commission que vous présidez tiendra compte de tous ces sacrifices et de toutes ces aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles.

 

            A vous chers amis, s'il y a une chose, une seule, que je souhaiterais que vous reteniez de ces quelques mots, c'est la suivante. Entre une certaine gauche démissionnaire, le racisme de l'extrême droite et le laisser-faire et la complicité des gouvernements nous avons la possibilité de changer les choses, plus encore nous avons la responsabilité historique de faire avancer les droits des femmes. Nous sommes, en quelque sorte, responsables de notre avenir et de celui de nos enfants. Car il prendra la direction que nous lui donnerons. Nous, les citoyens. Nous, les peuples du monde. Par nos gestes, par nos actions et par notre mobilisation. Toutes les énergies citoyennes sont nécessaires d'un pays à l'autre au-delà des frontières. L'avenir nous appartient. La femme est l'avenir de l'homme disait Aragon. S'agissant d'homme, je veux en saluer un présent aujourd'hui, c'est mon père à qui je dois tout. Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir : «On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit écouté, il faut que cela tienne debout, il faut que cela résonne chez les autres. »

 

            J'ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous.

                                                                                                                       Djemila Benhabib

 

Lettre lue au Palais du Luxembourg, le vendredi 13 novembre 2009, lors de la journée "Femmes debout", organisée par Femmes Solidaires et la Ligue du Droit International des Femmes

Repost 0
Published by Rue Goudouly - dans -*- actualité
commenter cet article
24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 03:20
carte postale de Akénaton
Sur  cARTed
Philippe Castellin
Akénaton

Retour sur l’émergence du mouvement pour la justice climatique 

http://goudouly.over-blog.com/article-retour-sur-l-emergence-du-mouvement-pour-la-justice-climatique-43151831.html

entretien avec Michael Hardt

Par Nicolas Haeringer


Pour Michael Hardt, Copenhague pourrait bien être une étincelle qui débouche sur un nouveau cycle de luttes - des luttes plurielles, non dénuées de contradictions. Les penser, et éventuellement les dépasser, implique un travail de théorisation, autour, entre autres, de la question des "communs" : pour sauver le climat, sortir de la propriété ?

Un diaporama sonore de cet entretien est en ligne sur le site du collectif de photographes à-vif(s).


Mouvements : Il y a un peu plus d’un an, lors du Forum Social Mondial de Belém, tu estimais que les conditions étaient réunies pour que s’ouvre une nouvelle phase de « multitudes ». Après plusieurs années de concentration des luttes, autour d’un adversaire commun (la politique impériale menée par Bush), la crise économique et financière, l’enlisement des guerres en Irak et en Afghanistan, et la défaite des républicains créaient pour toi les possibilité d’un nouveau cycle. Cette analyse se confirme-t-elle ? Comment s’y insère le mouvement pour la justice climatique et ce qui s’est passé à Copenhague ?

Michael Hardt : Il semble bien que Copenhague pourrait être le moment initial d’un nouveau cycle de luttes. Mais les caractéristiques de cette phase ne sont pas encore claires. Ce qui l’est clair, c’est l’énergie, la colère, l’indignation et l’expertise – dont l’intensité était très impressionnante, à Copenhague. En revanche, ce qui est encore flou, du moins pour moi – peut-être tout simplement parce que le mouvement est encore en construction – c’est sa structuration : est-ce que la justice climatique sera la question centrale, qui définira ce nouveau cycle, dont dépendront les autres luttes, et à laquelle seront subordonnées les autres questions et thématiques ? Ou bien parviendra-t-on, à l’inverse, à partir de l’étincelle de Copenhague, à construire un ensemble horizontal de luttes, structurées en réseau, sans que l’une ne prédomine par rapport aux autres ?
À Copenhague, bien sûr, toutes les questions, toutes les thématiques, toutes les luttes sont orientées vers la question climatique. On y parle également d’autres questions, de la domination raciale, de la domination du Nord sur le Sud, du genre, etc., mais à chaque fois dans le contexte, et d’une certaine manière, dans l’ombre, des problèmes climatiques.
Si nous devions continuer ainsi, nous assisterions à quelque chose qui diffère nettement des luttes précédentes, à l’émergence desquelles nous avons assisté il y a une dizaine d’années, et qui étaient, je crois, connectées de manière bien plus horizontale. À Seattle, à Gènes, à Porto Alegre, il n’y avait pas de thématique centrale – à l’exception, peut-être, du néolibéralisme, mais c’est une notion trop vague pour remplir ce rôle. De ce point de vue, la lutte contre le néolibéralisme était très ouverte, et d’une façon très créative. Mon hypothèse, et mon espoir, c’est que nous allons à nouveau vers une telle phase, et que, de Copenhague, émergera un cycle pluriel de luttes, structurées de manière horizontale.


M. : Quels sont les éléments qui te le font penser ?
M. Hardt : Deux choses : les opportunités, et l’énergie. L’époque et le contexte sont propices à un tel cycle. Je ne pense pas tant à la fin de Bush et au début d’Obama qu’à ce avec quoi ils coïncident, qu’il s’agisse de l’enlisement de la guerre contre le terrorisme ou de la crise du néolibéralisme. Bien sûr, la crise de 2008 n’a pas marqué la fin du néolibéralisme, au sens où ce dernier ne fonctionnerait plus. Il a, en revanche, perdu l’idéologie qui le guidait. Les conditions objectives sont donc réunies pour que s’ouvre une phase de lutte beaucoup plus ambitieuse. D’autre part, il y a ce sentiment d’énergie, d’excitation et d’agacement que l’on trouve un peu partout – avec une intensité inédite, ici, à Copenhague.
Pour que nous y parvenions, l’une des choses qu’ils nous faudra comprendre, c’est ce qu’apporte la nouvelle génération d’activistes qui attise cela. À Copenhague, les gens sont très jeunes. Il nous faudra du temps pour comprendre ce qu’ils amènent de neuf par rapport à la génération de militants qui a émergé en 1994 avec les zapatistes.


M. : À Copenhague, le capitalisme est plus ouvertement remis en cause qu’il n’a pu l’être à Seattle ou à Porto Alegre : ici, les critiques ne concernent pas le seul néolibéralisme. Pour autant, et c’est assez surprenant, la critique du keynésianisme reste relativement faible…
M. Hardt : Je crois que l’une des faiblesses des critiques du néolibéralisme, c’est qu’elles faisaient toutes implicitement l’hypothèse que la seule alternative, c’est le keynésianisme. Et nous restons encore trop souvent prisonniers de ce schéma. Mais, si le néolibéralisme est un zombie, ce que je crois qu’il est, le keynésianisme est mort depuis longtemps.
C’est ce qui explique nos difficultés à dépasser la question de la propriété : soit nous promouvons la propriété privée, soit nous nous plaçons du côté de la propriété publique : soit le marché, soit l’état, sans autre possibilité.
Ce que je trouve fantastique, dans les mouvements sociaux, et ça se confirme à Copenhague, c’est la variété des niveaux et registres de théorisation. Et je pense que l’un des objectifs théoriques du mouvement actuel, c’est d’en finir avec cette alternative, pour inventer des formes qui ne relèvent ni de la propriété privée, ni de la propriété publique.


M. : Le dernier ouvrage que vous avez publié, avec Toni Negri (The commonwealth, encore inédit en France) porte précisément sur la question des communs, dont vous distinguez deux formes différentes : les communs rares, et ceux qui sont disponibles en quantité illimitée.
M. Hardt : La question des communs, c’est le terrain où mener la bataille pour ce qui ne devrait pas être régit par la propriété, qu’elle soit privée ou publique. Nous devons pour cela penser comment organiser les communs, comment les gérer, et penser leurs institutions, au sens des pratiques et des relations sociales qui leurs sont liés. Penser une alternative au néolibéralisme et au keynésianisme, basée sur la gestion des communs est un élément central de l’agenda du mouvement. Et c’est un enjeu étroitement lié au changement climatique, même s’il ne s’y résume pas entièrement.
Avec Toni, nous nous sommes d’abord intéressés aux communs de la deuxième catégorie, ceux qui résultent de la production humaine : les idées, les relations humaines, les technologies, etc. Nous réfléchissons depuis longtemps à la manière dont ces communs deviennent un élément de plus en plus central de l’économie capitaliste, et débouchent sur des nouvelles relations de propriété, via des luttes dont l’enjeu est le contrôle de ces communs, ou de ces communs potentiels. Pour ce type de communs, il n’y a aucune limite déterminée, même s’ils ne sont pas toujours disponibles en quantité infinie : il n’y aucune entrave à écouter ma production d’idées. Nous pouvons partager des idées encore et encore sans que ça ne vienne limiter mes propres usages, au contraire. Il n’y a là aucune logique de rareté.
C’est sûr ce point précis que ce type de communs se distingue des communs de la première catégorie, qui sont les communs au centre des discussions sur l’environnement et le changement climatique. Ces communs, que l’on pense à l’eau, à la terre, aux forêts, sont réellement limités. Ces limites sont objectives, insurmontables, et s’imposent à nous : nous ne devons pas dépasser 350 ppm de CO2 dans l’atmosphère, 2°C d’accroissement de la température, etc. En outre, ces communs sont régis par un principe de rareté.
Malgré ces différences, dans les deux cas, c’est une logique de communs qui est à l’œuvre. La lutte contre la propriété, et la lutte contre la privatisation est une lutte fondamentale. Elle requiert de reconnaître que la propriété privée comme la propriété publique sont des solutions inadaptées. C’est cela que les deux types de communs partagent, même s’ils divergent sur la question des limites et de la rareté.

M. : Mais la traduction de ces différences dans un même mouvement ne va pas de soi – ce que souligne la contradiction entre le slogan de Seattle « we want everything for everyone » et l’un de ceux visibles à Copenhague « there is no planet B ». Deux revendications contradictoires – et, du même coup, deux stratégies opposées ?
M. Hardt : Je crois que le mouvement est traversé par de vraies contradictions idéologiques – et ces contradictions se trouvent même en chacun de nous. L’impossibilité de mettre en accord ces deux slogans l’illustre bien. Dans le contexte du changement climatique et de la justice climatique, revendiquer « nous voulons tout pour tout le monde » est une folie. Mais d’un autre côté, les appels à l’austérité sonnent comme une nouvelle manière d’imposer un contrôle extérieur.
Il y a deux stratégies, et deux approches, un peu comme deux démarches, ou deux types de foulées. Cela ne va pas sans générer de l’agacement. Ces dernières années, j’ai été très proche des luttes anticapitalistes, et je dois reconnaître que ces luttes sont souvent mal à l’aise avec les discours et l’activisme sur le changement climatique. Nombreux sont ceux qui se montrent méfiants vis-à-vis des discours sur l’austérité. Parce que jusqu’à présent, l’austérité à toujours signifié « moins pour vous, plus pour les riches ». De l’autre côté, ceux qui se sont investis dans les luttes sur le changement climatique et dans le militantisme environnemental en général ont l’impression que les gens qui leur disent « nous voulons tout pour tout le monde » et « un autre monde est possible » ne sont pas conscients de l’urgence et des limites, qu’il n’y a pas d’autre planète.
Il y a une dissonance conceptuelle. Mais je crois que cette dernière n’est pas nécessairement un obstacle. En fait, je ne crois pas qu’il s’agisse de divergences insurmontables. À bien des égards, c’est un faux problème, un peu comme la contradiction local/global qu’on a souvent opposée au mouvement après Seattle, mais il faut au préalable confronter ces approches, et ainsi trouver des manières de résoudre leur contradiction.


M. : Les revendications altermondialistes tournaient beaucoup autour de la démocratie : « radicaliser la démocratie », la rendre plus directe, plus participative. Avec les questions climatiques, on est confronté à un autre problème, une autre nécessité : l’autolimitation. Comment la traduire en slogan ? « We want less for everyone ? »
M. Hardt : Poser la question de l’autolimitation est une manière stimulante de considérer le problème. Mais je n’aime pas du tout ce slogan. L’une des raisons pour lesquelles je pense que la contradiction apparente entre les deux slogans et les deux approches est un faux problème, c’est que chacune se réfère à des biens très différents. Les communs rares ne sont pas du tout les mêmes que ceux qui ne sont pas régis par la rareté. Le danger d’un discours construit autour de l’idée « nous voulons moins », c’est qu’il est un discours d’austérité, opposé à ce que nous revendiquons en fait, et qui est parfaitement réaliste : une vie toujours plus créative et toujours plus riche. Bien sûr, l’une des tâches théoriques du mouvement sera de reconsidérer ce qu’est la richesse, et ce qu’est la pauvreté.
Le problème des revendications n’est pas le plus important. Je crois que la question cruciale, c’est que nous ne sommes pas encore parvenus à inventer des pratiques autonomes réellement efficaces, qui soient alternatives à la propriété, privée ou publique.


M. : Peut-être du côté de la piraterie ?
M. Hardt : La piraterie est un bon exemple de la manière dont les communs, sous l’une ou l’autre de leurs formes, sont détruits lorsqu’ils sont transformés en bien régis par la propriété. Les savoirs indigènes, sur la valeur médicinale d’une plante, par exemple, sont détruits lorsqu’on les privatise, l’accès à ces savoirs n’est alors plus possible, et ils disparaissent peu à peu. Il faudrait d’ailleurs éviter de parler de biopiraterie, et défendre la dignité des pirates : les pirates volent la propriété. Mais là, ce dont on parle, c’est d’un vol du commun, pour le transformer en bien régit par la propriété.
C’est une bonne manière de comprendre comment les deux formes de communs se rejoignent, en quoi elles s’opposent à toute forme de propriété, privée comme publique. On retrouve une idée similaire dans les débats sur les marchés carbone. On assiste en effet à la construction, par le marché, d’une forme de propriété plus abstraite encore à partir de quelque chose qui est commun – ici l’atmosphère, l’environnement au sens le plus global.


M. : Je pensais plutôt aux autres formes de piraterie, au téléchargement, aux partis pirates, etc.
M. Hardt : Cette forme de piraterie revient à voler de la propriété pour la transformer en commun. Il s’agit bien de fabriquer du commun à partir de la propriété.
Mais je ne suis pas certain que ça suffise. Jusqu’à présent, nous menons les débats sur les questions climatiques de telle manière que les réponses dépendent avant tout des États. Bien sûr, nous avons des discussions autonomes, à la base. Mais nos discussions débouchent presque systématiquement sur des appels aux États. Nous n’avons pas encore la capacité à construire des espaces autonomes. Ou alors ils n’existent que sous forme de choix individuels, rapportés à la consommation de biens ou de service : choisir un mode de transport plutôt d’un autre, un type de biens plutôt qu’un autre.
L’idée que nous pourrions construire quelque chose par en bas reste lointaine, presque inaccessible. Nous sommes dans l’idée que ces problèmes ne peuvent se résoudre que par en haut, que nous pouvons, depuis en bas, pousser les gouvernements à agir, mais c’est à eux de le faire. L’un des changements que j’attends le plus, c’est que nous parvenions à trouver des moyens de construire des approches par en bas plutôt que d’en rester à « tout ce que nous pouvons faire, c’est les contraindre à changer ».
Peut-être que les dynamiques comme les « camps action climat » sont des pistes vers de telles pratiques autonomes ? On y retrouve des pratiques autogestionnaires, et des pratiques expérimentales, et collectives, d’autosuffisance, bref, pour le dire vite, des éléments issus du mouvement ouvrier, et des éléments propres aux luttes climatiques…
Les luttes ouvrières, du moins celles dont je me sens proche, se sont construites autour de l’idée que les ouvriers ne sont pas seulement opposés à leur patron ; mais qu’ils ont aussi une très bonne connaissance du système de production. Ils ont donc à la fois le désir d’attaquer le système et les moyens de le transformer. Bien sûr, il leur reste à trouver des formes d’organisation, et des manières d’exprimer leurs revendications.
Ici, c’est différent : au moment lorsque nous ferons l’expérience concrète des changements climatiques, ce sera bien trop tard. Nous avons bien sûr quelques indices mais ils reposent sur des informations plutôt techniques, que nous devons apprendre à comprendre, ou que nous devons accepter de croire, sans pouvoir en faire directement l’expérience.
Et c’est un vrai défi pour les luttes climatiques : comment construire des pratiques autonomes, alors que nous ne pouvons nous en remettre à nos seules expériences ?

 

Propos recueillis et traduits par Nicolas Haeringer, pour mouvements.info

Publié par Mouvements, le 15 janvier 2010.
http://www.mouvements.info/Retour-sur-l-emergence-du.html
Repost 0
Published by Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 03:46
Carmen Pithois
Carmen Pithois
Sur cARTed

Il faut protéger le travail contre les délocalisations

http://goudouly.over-blog.com/article--il-faut-proteger-le-travail-contre-les-delocalisations-43052682.html

par Maurice Allais

prix Nobel d’économie


Marianne, 5 décembre 2005

« Tout libéraliser amène les pires désordres », constate le prix Nobel d’économie Maurice Allais, qui se définit comme « libéral et socialiste », préoccupé à la fois par « l’efficacité de la production » et de « l’équité de la redistribution des richesses ». Il est « fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières », tonne-t-il, car le commerce international est un moyen et non une fin en soi : le « chômage résulte des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires... À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. » Déplorant la quasi unanimité en faveur de la mondialisation qui prévalait avant la crise, Maurice Allais dénonce « un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent », et rappelle que malgré ses demandes répétées, les médias ont toujours refusé de donner la parole au seul Nobel d’économie français.

 

Par Maurice Allais


Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.


Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial


La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres - si ce n’est des écarts plus importants encore - pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.


Il faut délocaliser Pascal Lamy !


Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !


Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résulte des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires... À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.


Un protectionnisme raisonné et raisonnable


Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.


De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons -tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 - résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.


Crise et mondialisation sont liées


Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.


Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !


Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.


Un prix Nobel... téléspectateur


Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.


Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel... téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.


Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.


Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.


Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?


Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs.


(1) L’Europe en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.

(2) Notamment La crise mondiale aujourd’hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique, éditions Clément Juglar, 1999.


Publication originale Marianne, via Etienne Chouard (pdf)
Repost 0
Published by Goudouly - dans -*- politique
commenter cet article
22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 03:23
grece-067.jpg


Hoops !

 http://goudouly.over-blog.com/article-hoops--43206036.htm

 

 

Je me suis rendue avec ma grande fille et encore parce qu’elle me l’a demandé gentiment, à une séance de cinéma.

J’étais réticente compte tenu de la couverture médiatique qu’il était faite du film où elle me traînait.

Comme dit l’autre : « trop de pub, tue la pub » et j’en avais assez entendu parler.

 

Tout compte fait ma fille a bien fait d’insister, et je l’en remercie.

Je me suis régalée.

 

Nous sommes allé voir Avatar.

Une histoire simple, voire simpliste, resucée de Pocahontas, avec par contre deux messages, très clairs et des images superbes.

 

Passons vite sur les images dans la mesure où je ne suis en rien experte en cinéma.

Je vous dis simplement : j’ai été bluffée !

Je suis rentrée dans le film.

Rien que pour ça, allez voir ce film, c’est nouveau, c’est génial.

 

Les messages ?

Les voilà.

Un sur l’écologie et la nécessité de changer de système, l’autre contre l’armée.

Mais je n’ai sans doute voulu retenir que ceux là.

 

Le premier message est donc écolo.

Sauvez la planète ! Sauvons la planète !

Et là je peux vous dire qu’il faut bien 2 heures 40 minutes pour que ce message entre bien dans nos petites têtes.

Rien que pour cela aussi, ce film vaut le déplacement.

Avatar a un autre souffle que les « Home » ou autres « Syndrome du Titanic » portés par les pouvoirs publics et financés par de grands groupes industriels avec des objectifs soporifiques et de culpabilisation individuelle.

 

Avatar a consommé le plus gros budget du cinéma : quelques 500 millions de dollars.

Il est en passe de battre tous les records d’entrées avec déjà 1 250 000 entrées mondiale au bout de 4 semaines d’exploitations en salles. Déjà en troisième ou quatrième position, suivant les compteurs.

 

Comme quoi le marché peut aussi nourrir des enfants qui expliquent que de détruire la planète n’est pas la meilleure chose.

 

Mais Cameron avec son film Avatar fait encore plus fort en parlant des questions écologiques et de la nécessité de la survie de notre planète, il laisse tranquillement s’insinuer en nous l’idée que le capital et la nature ne font pas bon ménage.

En cela Cameron aurait très bien pu reprendre l’idée d’André Gorz décrite dans Ecologica : « La question de la sortie du capitalisme n'a jamais été plus actuelle »

 

Nous sommes en pleine catastrophe écologique, sur Terre, pas sur Pandora, qui n’est qu’une imagination dans un film. Nous sommes certainement en guerre, tout au moins économique, en attendant que l’armée intervienne pour mâter les émeutes qui viendront à naître. La raison de cette catastrophe est la logique économique menée depuis 2 siècles. Un sommet comme Copenhague n’a pas pu, ou plutôt pas voulu mettre en question ce dysfonctionnement.

 

Pour cela Cameron démontre à travers l’exploitation d’un minerai rare (il pourrait s’agir du pétrole aussi) sur une planète lointaine, Pandora, que l’appât du gain permet d’utiliser tous les moyens légaux ou pas, et de s’arranger de la légalité bien plus souvent que de raison.

Il n’oublie pas de mentionner qu’est mis au service du capital toutes les avancées technologiques et scientifiques disponibles.

 

Il faut beaucoup d’argent pour en gagner encore plus.

En ce sens avec son budget Avatar est un véritable pied de nez.

 

Mais il faut aussi protéger cet amas d’argent.

C’est pourquoi je parlais d’une autre idée forte qui me semble importante dans ce film, c’est que, même dans la volonté de vivre en symbiose avec la nature, la nécessité de se défendre contre les prédateurs est une obligation. Même en étant non violents le fait de se défendre est à envisager.

Il est à mettre au crédit de ce film l’image désastreuse qui est donnée de l’armée d’une façon générale, avec son pendant systématique et universel, la mise au service des forces de l’argent des forces armées.

Ce sont les premiers qui paient avec nos sous, les seconds.

 

Le capital et l’argent ont besoin de l’armée pour faire accepter leur improbable logique.

 

La situation peut parfois être organisée pour pouvoir faire intervenir l’armée. Cela se voit en Irak, peut être demain en Iran et si besoin chez nous après demain.

L’esprit sécuritaire et de peur est utile dans le sens de la volonté du renforcement des forces de cœrcition.

 

La démonstration est limpide, c’est pourquoi je vous invite à aller voir, en 3D ou pas, Avatar.

Et lassez vous envahir.

 

Nous devrions nous occuper de notre avenir

 

Aurore

Repost 0
Published by Aurore - dans -*- Billets
commenter cet article
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 03:57

Evolution du secteur des OGMs aux Etats-Unis et de leur perception

http://goudouly.over-blog.com/article-evolution-du-secteur-des-ogms-aux-etats-unis-et-de-leur-perception-43002809.html

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61809.htm


Les agriculteurs américains ont largement adopté les cultures de plantes génétiquement modifiées depuis leur introduction en 1996 et ce en dépit des incertitudes concernant l'acceptation des consommateurs d'une part et les impacts environnementaux d'autre part. Néanmoins, des évènements récents indiquent une évolution de la perception des OGMs notamment au sein de certains groupes de consommateurs et d'industriels.

Après avoir passé en revue quelques données statistiques clés sur les cultures OGM pour deux plantes très représentatives : le maïs et le soja, nous évoquerons un récent projet de l'USDA qui vise à autoriser la culture "illimitée" de luzerne OGM, puis nous reviendrons sur les inquiétudes de certains industriels face à des produits issus d'OGM et présentant une menace potentielle pour leurs industries.

Tout d'abord, afin de mieux comprendre l'évolution du contexte aux Etats-Unis, voici quelques données fournies par le National Agricultural Statistics Service (NASS) sur les cultures des variétés de soja et de maïs OGM. Celles-ci sont présentées dans les graphiques suivants :



Les tendances sont très nettes : en 2000 la part des cultures de soja OGM était deux fois plus élevée que celle du maïs et aujourd'hui ces deux variétés génétiquement modifiées représentent chacune environ 90% des cultures totales de ces plantes. En ce qui concerne les variétés résistantes aux herbicides (figure 2), celles de soja sont largement plus répandues que celles de maïs.

Fin 2009, l'administration américaine a soutenu une extension des surfaces de certaines cultures génétiquement modifiées entraînant, entre autres, un soulèvement de la part des organisations de sécurité alimentaire. En effet, l'USDA (United States Department of Agriculture) a annoncé son avant-projet, le Environmental Impact Statement (EIS) autorisant les plantations commerciales illimitées dans tous le pays de luzerne génétiquement modifiée Roundup Ready. En réponse à ce projet, le Center for Food Safety (CFS), organisation nationale à but non lucratif fondée en 1997 qui oeuvre pour protéger la santé humaine et l'environnement, a annoncé mi-décembre 2009, qu'il allait créer une coalition regroupant des agriculteurs, des consommateurs et des environnementalistes pour rappeler à l'USDA sa responsabilité vis-à-vis des agriculteurs et des consommateurs.

L'USDA prévoit cependant de poursuivre ce projet malgré les données, de plus en plus nombreuses, mettant en évidence que la luzerne génétiquement modifiée pourrait constituer une menace potentielle pour les agriculteurs et les consommateurs adeptes du "bio" ainsi qu'un danger pour l'environnement. En effet, selon certaines observations d'exploitants de cultures biologiques, les abeilles dispersent le pollen sur des kilomètres ; il est donc inévitable que le pollen génétiquement modifié infeste la luzerne conventionnelle et "biologique", rendant ainsi, en quelques années seulement, quasiment impossible toute culture de luzerne non génétiquement modifiée.

Le CFS, avait déjà entamé un procès sur ce sujet et en 2007, une cour fédérale a statué sur le fait que l'autorisation de la luzerne génétiquement modifiée par l'USDA violait les lois environnementales dans la mesure où elle omettait d'analyser les risques, comme la contamination des cultures de luzerne conventionnelle et le développement de "super plantes" résistantes à l'herbicide de Monsanto, le Roundup. La cour a banni les plantations de luzerne OGM jusqu'à ce que l'USDA ait réalisé une analyse rigoureuse de leurs impacts. Mais l'USDA exclue la possibilité que la luzerne conventionnelle puisse être mise en danger par d'éventuelles contaminations par les plantes OGM.

Les répercussions peuvent être importantes, ainsi par exemple, pour que les produits laitiers soient commercialisés comme "biologiques", il faut que la luzerne utilisée comme fourrage soit elle aussi certifiée "biologique". Cependant, lorsque la contamination par les luzernes génétiquement modifiées devient très étendue, les agriculteurs de produits laitiers biologiques ne sont plus capables de fournir cette garantie.

Selon Andrew Kimbrell, le directeur exécutif du Center of Food Safety, l'annonce de l'USDA est "comme toujours une simple question de business pourvoyant aux intérêts de Monsanto au détriment des agriculteurs et des consommateurs". Selon lui, il s'agit là d'une grande déception concernant la politique de l'administration Obama qui s'était engagée à de nombreuses reprises à soutenir les fermes familiales et à assurer une meilleure traçabilité des produits pour les consommateurs.

Cette recrudescence de l'échelle des cultures OGM n'inquiète pas uniquement les associations de consommateurs adeptes du "bio", certains industriels commencent à les considérer comme une réelle menace. En effet, en février 2009, la perspective d'une mise sur le marché d'une nouvelle variété de maïs génétiquement modifiée à destination de l'industrie des biocarburants a entraîné un soulèvement de certains industriels. Il s'agit de l'entreprise Syngenta AG qui a mis au point un plant de maïs contenant une enzyme lui permettant de convertir directement l'amidon en sucres simples. Cependant, les industriels utilisant l'amidon de maïs dans la confection de leurs produits s'opposent à la mise sur le marché d'un telle variété, craignant la contamination de leurs propres réserves. Ainsi, ils ont demandé à l'USDA de retarder la mise sur le marché du maïs conçu par Syngenta en soutenant le fait que le gouvernement ne disposait pas des données scientifiques nécessaires pour statuer sur l'impact de ces cultures OGMs sur les produits alimentaires. Des études ont donc été menées par l'APHIS (Animal and Plant Health Inspection Service) et il a été établi récemment que ce maïs génétiquement modifié et son amylase ne constituait pas un risque.

Ces données nous montrent qu'aujourd'hui pour le soja et le maïs, aux Etats-Unis, la quasi-totalité des cultures sont des OGMs. Soutenue par l'administration américaine, une majorité d'agriculteurs est déjà bien engagée dans le développement de ce type de cultures et poursuit ses efforts dans ce sens. Malgré cette tendance générale favorable aux cultures OGMs, de plus en plus de consommateurs, voire même d'industriels, s'interrogent sur les impacts de ces produits sur leur santé, sur l'environnement ainsi que sur la pérennité de leurs activités économiques. La prise de conscience des effets et des impacts potentiellement négatifs des OGMs gagne du terrain aux Etats-Unis.


Pour en savoir plus, contacts :
Site du Center for Food Safety: http://www.centerforfoodsafety.org

Source :
- USDA again aims to allow unlimited planting of genetically engineered alfalfa - 15/12/2009 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/ubeCb

- Hard Choice on Syngenta's Controversial Biotech Corn for Ethanol Awaits Vilsack - Organic Consumer Association - 11/03/2009 -
http://www.organicconsumers.org/articles/article_17211.cfm

- Plant Pest Risk Assessment for Event 3272 Corn - USDA - 09/06/2009 -
http://www.aphis.usda.gov/brs/aphisdocs/05_28001p_pra.pdf

- Adoption of Genetically Engineered Crops in the U.S. - ERS/USDA - 01/07/2009 -
http://www.ers.usda.gov/data/biotechcrops/

Rédacteur :
Magali Muller, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org; Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org

Origine :
BE Etats-Unis numéro 190 (8/01/2010) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT -
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61809.htm


Repost 0
Published by Goudouly - dans -*- OGM
commenter cet article
20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 03:31




Deux milliards de victimes sur toute la planète


Et soudain resurgit la faim

http://goudouly.over-blog.com/article-et-soudain-resurgit-la-faim--42967581.html

Sur  Le Monde Diplomatique


« Le problème de la faim était déjà grave quand les prix de la nourriture étaient raisonnables et que le monde vivait une période de prospérité. Mais la crise alimentaire mondiale (2006-2008), suivie de la crise économique, a créé une situation catastrophique », constate M. Daniel Gustafson, directeur du bureau de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Or le Programme alimentaire mondial (PAM) a vu son budget passer de 6 à 3 milliards de dollars entre 2007 et 2008. Selon la FAO, 30 milliards de dollars par an suffiraient à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici à 2015. C’est moins d’un dixième des subventions accordées à l’agriculture des pays riches. A l’heure du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire qui se déroulera les 16 et 18 novembre à Rome, un problème fondamental reste posé : quel modèle agricole permettrait de nourrir les neuf milliards d’êtres humains que comptera la planète en 2050 ?

 

Par Stéphane Parmentier

Consultant et chercheur indépendant (www.agriculture-viable.net), conseiller en politique agricole à la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (fugea), syndicat wallon membre de Via Campesina.


« La faim n’est pas une calamité naturelle », souligne M. Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation (1). Elle est essentiellement le fruit de choix politiques inadaptés. Ce constat apparaît, à la fois, terrible et salutaire. Terrible par son ampleur : un milliard de personnes seraient sous-alimentées en 2009 selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) (2) ; deux milliards d’individus seraient atteints de malnutrition ; neuf millions en mourraient chaque année (3).

 

Salutaire parce qu’on pourrait éviter la crise alimentaire en effectuant d’autres choix de société. Les solutions de rechange, techniquement réalistes et efficaces, constitutives d’un autre modèle de développement, ne manquent pas. Cependant leur identification suppose celle des causes du marasme.

Il y a d’abord l’aggravation récente de la crise : une centaine de millions de victimes supplémentaires de la faim ont été recensées en un an. Cette catastrophe a été provoquée par l’explosion des prix agricoles internationaux en 2007 et 2008, diversement répercutée sur les marchés intérieurs des pays concernés (4). Le niveau historiquement bas des stocks a joué un rôle structurel majeur dans cette envolée. Selon l’ingénieur agronome Marcel Mazoyer, « la raison de la chute des stocks, c’est la baisse des prix des vingt-cinq années qui précèdent. Cela se passe ainsi tous les vingt-cinq ou trente ans, depuis deux cents ans. De 1975 à 2005-2006, les prix des matières premières agricoles sur le marché international avaient été divisés environ par six. Les stocks se vidaient petit à petit. En ce qui concerne les céréales, ils étaient tombés à moins de 16 % de la production et de la consommation mondiales. Arrivé à ce niveau, il suffit d’un rien pour que les prix explosent ».

Chômage rural massif

On peut aisément identifier l’étincelle qui met le feu aux poudres : la croissance rapide de la demande en agrocarburants aux Etats-Unis (2004-2005) et en Europe. S’exerçant sur des stocks déjà très faibles, cette pression provoque une hausse sensible des prix mondiaux de nombreux produits de base, dont le maïs et les huiles végétales (palme, soja, colza), respectivement utilisés dans la production d’éthanol et de biodiesel. Sur les marchés à terme de Chicago, New York, Kansas City et Minneapolis, l’intervention massive de fonds spéculatifs (5) précipite et amplifie les mouvements de hausse des cours, puis des prix. Facteur aggravant : le renchérissement du pétrole, qui entraîne celui des intrants chimiques, des transports et de l’énergie.

 

Mais l’accroissement du nombre des nouvelles victimes de la faim ne s’explique pas uniquement par ces facteurs. Il résulte d’abord de l’extrême pauvreté qui caractérise leur quotidien — à plus forte raison lorsque les prix alimentaires flambent. Or 80 % des personnes touchées par ce phénomène sont des paysans : 50 % de petits cultivateurs, 10 % d’éleveurs et 20 % de paysans sans terre (6). Quant aux 20 % d’urbains parmi les victimes de la faim, il s’agit en partie de ruraux ayant migré vers les villes dans l’espoir d’une vie meilleure. La question devient donc : pourquoi tant de paysans vivent-ils dans la pauvreté ?

La réponse paraît tristement simple : dans les instances internationales, nationales et régionales compétentes en matière de politiques agricoles, commerciales et autres, les décisions sont généralement prises sans tenir compte des paysans. En témoignent les mesures préconisées dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), des politiques d’ajustement structurel de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI), des accords de libre-échange et des politiques agro-exportatrices de certains Etats ou régions du monde comme les Etats-Unis, l’Union européenne, le Brésil...

 

Ces mesures comprennent l’ouverture des frontières, l’abandon de la gestion de l’offre (adaptation de celle-ci à la demande), le démantèlement des mécanismes de stockage des excédents et des offices de commercialisation. Leur mise en œuvre va à l’encontre des intérêts et des droits fondamentaux des paysans. En alignant progressivement les prix intérieurs sur les prix internationaux, elle rend instables et incertains leurs revenus. En mettant brutalement en concurrence des agricultures aux écarts de compétitivité colossaux, elle encourage la généralisation d’échanges non durables de produits agricoles, dont les poussées soudaines d’importations constituent un bon exemple.

 

A l’échelle d’un pays, une telle augmentation signifie un accroissement inhabituel des volumes du produit concerné combiné à une forte baisse de prix. Exerçant une concurrence insoutenable sur les denrées locales, elle provoque l’effondrement des prix intérieurs et des revenus agricoles. Ce faisant, elle appauvrit les paysans, détruit les modes de vie traditionnels des petits exploitants et engendre un chômage rural massif. Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Entre 1984 et 2000, sept cent soixante-sept poussées soudaines d’importations ont été enregistrées dans dix-sept pays en développement (PED). Conduisant au déclin de la production des pays concernés, ces importations augmentent leur déficit alimentaire. Il en résulte une dépendance accrue aux importations et à l’évolution des cours internationaux pour assurer la sécurité des populations (7). On devine dès lors combien la récente flambée des prix a pu se révéler catastrophique dans les pays importateurs nets de nourriture.

 

Le déséquilibre des forces en présence dans les chaînes agroalimentaires contribue aussi à la pauvreté rurale. La capacité des acteurs à peser dans la négociation des conditions d’approvisionnement varie en fonction du degré de concentration du secteur. Or celui de la production agricole est infiniment moins concentré que les autres. On estime à deux milliards six cent millions de personnes la population concernée et à quatre cent cinquante millions le nombre d’ouvriers agricoles. Dans le même temps, dix entreprises contrôlent la moitié de l’offre semencière et trois ou quatre sociétés la majorité des échanges mondiaux de chaque produit. La distribution, quant à elle, échoit à quatre ou cinq chaînes de supermarchés qui se partagent le marché dans chaque pays développé. Et qui montent en puissance dans les pays du Sud.

Confrontés en aval et en amont à de véritables goulets d’étranglement, les paysans n’ont qu’une option : se plier aux exigences des autres maillons de la chaîne. Là encore, le déséquilibre des forces est lourd de conséquences : il permet aux distributeurs de s’approvisionner à très peu de frais, impose aux paysans des prix chroniquement inférieurs à leurs coûts de production et tire vers le bas les salaires déjà faibles des travailleurs de grandes plantations industrielles.

 

Les facteurs d’appauvrissement des ruraux sont nombreux : manque d’accès à la terre, répartition historiquement très inégale des gains de productivité issus de la « révolution verte » (8), ou encore réduction de l’aide publique au développement. Ils présentent cependant un dénominateur commun : le renoncement du « politique » à garantir le développement d’agricultures paysannes durables

 

Des solutions agroécologiques.



Mettre un terme à la faim impliquerait un changement de cap radical visant à garantir ce développement dans le cadre de la souveraineté alimentaire (lire « Pour un modèle agricole dans les pays du Sud »). Une telle approche suppose des prix stables et rémunérateurs pour toutes les paysanneries du monde. Il faudrait pour cela disposer de systèmes efficaces de gestion de l’offre aux niveaux international, national et régional, fondés sur l’ajustement constant des productions et une protection variable aux frontières. Corollairement, rééquilibrer les relations entre acteurs paraît crucial, tant en renforçant le pouvoir des organisations paysannes qu’en réduisant celui de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution. Investir davantage est fondamental — mais pas dans n’importe quelles conditions. Les décennies de soutien à un modèle d’agriculture industrielle intensive ont montré leurs limites. L’agroécologie offre des solutions qui permettent d’accroître la productivité tout en contribuant à respecter la planète en limitant, notamment, l’impact sur le changement climatique.

 

En avril 2008, près de soixante gouvernements signaient le rapport sur l’« Evaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD) » (9). Réalisé par quatre cents chercheurs du monde entier, ce rapport pluridisciplinaire appelle à réorienter et à augmenter le financement d’une révolution agricole écologique. Il demande la mise en œuvre de politiques garantes de l’accès à la terre, aux semences et à l’eau potable. L’augmentation inédite du nombre de victimes de la faim en 2009 incite en effet à poser la question de fond : quel modèle agricole et alimentaire voulons-nous ?

 


(1) T. Nagant, « “La faim n’est pas une fatalité”, pour Olivier De Schutter », Programme alimentaire mondial, www.wfp.org

(2) « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2008 », FAO, Rome, 2009.

(3) « L’origine de la crise alimentaire mondiale », Science actualités, printemps 2008, Cite-sciences.fr.

(4) Lire Dominique Baillard, « Comment le marché mondial des céréales s’est emballé », Le Monde diplomatique, mai 2008.

(5) Daniel G. De La Torre Ugarte et Sophia Murphy, « The global food crisis : Creating an opportunity for fairer and more sustainable food and agriculture systems wordlwide », Heinrich Böll Foundation, Berlin, 2008.

(6) Paula Cusí Echaniz, « Risques alimentaires et économiques en Méditerranée », Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (Ciheam), Paris, 2009.

(7) L’OMC autorise temporairement les Etats victimes de poussées soudaines d’importations à rehausser les taxes ou à imposer des quotas. Mais les conditions posées rendent ces mesures de protection impraticables ou inefficaces.

(8) Dans les années 1960 et 1970, la « révolution verte » a transformé l’agriculture des pays du Sud, notamment en Amérique latine et en Asie, par l’intensification des techniques et l’utilisation de céréales à haut rendement potentiel.

(9) Publiée le 15 avril 2008, cette évaluation a été menée sous les auspices de trente gouvernements et de trente associations de la « société civile ». Cinq agences de l’ONU ont été impliquées : l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour une synthèse du rapport : www.agassessment.org



http://www.monde-diplomatique.fr/2009/11/PARMENTIER/18435 - novembre 2009
Repost 0
Published by Goudouly - dans -*- actualité
commenter cet article
19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 03:42


Quelques extraits de la prochaine publication de Michel Onfrey à paraître en septembre.

Avec l'aimable autorisation des éditions Galilée.
 
Avec tous mes remerciements
à Michel Onfrey et aux éditions Galilée.

Dominique Mourlane




 LE POST ANARCHISME EXPLIQUÉ À MA GRAND-MÈRE

http://goudouly.over-blog.com/article-le-post-anarchisme-explique-a-ma-grand-mere-42949958.html

                        Le Principe de Gulliver

                                              

par

                                              

           Michel Onfray

 

 

  Le terme post anarchisme parle peu en France alors qu’aux Etats-Unis il caractérise une pensée qui, inscrite de manière dialectique dans l’histoire, conserve un certain nombre des idéaux de l’anarchisme classique mais les dépasse au profit de la construction d’une pensée extrêmement riche en potentialités libertaires contemporaines.

 

 

1

                                                 

          SITUATIONS

 

        La plurivocité anarchiste

 

  L’histoire de l’anarchisme reste à écrire… On y trouve trop souvent un banquet dans lequel on associe sans souci de pensée  surplombante des visions du monde  contradictoires : ainsi, l’individualisme radical d’un Stirner côtoie le collectivisme d’un Kropotkine, l’éloge de la violence révolutionnaire d’un Bakounine se partage la table des matières avec le pacifisme non violent de Sébastien Faure, l’anarchisme chrétien de Tolstoï voisine avec l’anticléricalisme de Jean Grave, le millénarisme apocalyptique de Godwin coexiste avec le pragmatisme de Proudhon, la pruderie de ce dernier cohabite avec le projet ultra hédoniste de Fourier ou l’éloge de la camaraderie amoureuse d’Emile Armand, les uns font de Ravachol leur héros et justifient les poseurs de bombes , les auteurs d’attentats qui tuent (des innocents…) pendant qu’Alexandre Jacob, gentleman cambrioleur, le modèle d’Arsène Lupin, s’active dans la « reprise individuelle » sans jamais faire couleur le sang (même de possibles coupables du genre notaires, agents immobiliers, huissiers…).

.........

 

  Au-delà des dogmes

 

 

  Rapide tour d’horizon de quelques-uns  de ces dogmes : « l’Etat incarne le mal absolu » – même quand il agit en machine à redistribuer de façon égalitaire et libertaire, équitable et juste, les fruits de l’impôt ? « Les élections sont toujours des pièges à cons » – même quand Proudhon s’y présente ou qu’à la façon de Murray Bookchin on peut imaginer un communalisme libertaire, ou qu’on peut, en votant, établir un rapport de force politique qui n’est pas idéal, certes, mais plus favorable à l’idéal libertaire ? (par exemple dans les cas concrets de l’interdiction du travail des enfants, de l’abolition de la peine de mort, de légalisation de l’avortement, du remboursement de l’IVG, de la réduction du temps de travail, de l’extension du pouvoir syndical, du RMI, du PACS, en attendant le mariage des homosexuels, la reconnaissance de l’homoparentalité, etc…).

..........

 

                                                                                

      2

 

                                         CONSERVATIONS

 

                  Une historiographie dominante

 

  L’histoire de l’anarchisme est un immense chantier  dans lequel règne le plus grand désordre. L’historiographie ici n’a pas à envier, là, celle de la philosophie que je me propose de déconstruire depuis plus de sept ans à l’Université Populaire. L’historiographie anarchiste reproduit les mêmes lieux communs, les mêmes approximations, les mêmes contre vérités que les autres, parce que leurs (rares) auteurs se contentent d’écrire les histoires d’aujourd’hui en compilant celles d’hier, sans se référer aux textes, sans lire, sans aller voir directement qui a dit quoi, quand, comment, et dans quel contexte. Ainsi, une erreur plusieurs fois martelée devient, ici comme ailleurs, une vérité révélée et une parole d’évangile.

...............    

 

       Droit d’inventaire

  

  Le corpus anarchiste est une immense carrière à ciel ouvert dans laquelle on trouve des pépites pourvu qu’on effectue un droit d’inventaire sur ce monde magnifique. A l’évidence, une éthique minimale conduira à refuser et récuser phallocratie, misogynie, homophobie, antisémitisme, bellicisme, colonialisme.

...............

 

        

      L’anarchie positive

 

  Qu’est-ce que l’anarchie positive ? Ce qui, dans le corpus anarchiste, ne relève pas de la critique, de la négativité, de la déconstruction, du ressentiment, d’un désir de vengeance, d’une soif de haine, d’une envie de rancune (Nietzsche a superbement analysé ce mécanisme à l’œuvre dans l’engagement des socialistes, des communistes, des anarchistes…). Ce  qui propose, ouvre des  perspectives, crée des ouvertures, annonce des issues, sort des impasses. Ce qui permet, selon l’expression de Nietzsche, d’«  inventer de nouvelles possibilités d’existence ». Contre la pulsion de mort et la loi de la vengeance, passion triste à souhait, le post-anarchisme instaure le règne de la pulsion de vie, il veut la loi de la plus grande jubilation du plus grand nombre.

  ...................

 

L’Alphée anarchiste

 

  

  La Commune a saigné le génie anarchiste français, proudhonien pour une grande partie. Les attentats et les bombes envoyées dans les restaurants ont discrédité la cause libertaire, y compris chez de nombreux anarchistes. La Bande à Bonnot, dévoyant l’idéal jusque dans le crime crapuleux, a associé pour longtemps le beau mot d’anarchisme aux agissements mafieux d’un rassemblement de petites frappes.  La Première Guerre mondiale a brisé le rêve anarchiste par son impuissance à la Grève Générale. Le triomphe du marxisme a laminé le génie libertaire par les pires moyens. Qui s’est réclamé de l’anarchisme au XX° siècle en ayant ajouté au corpus des valeurs nouvelles ?

............... 

       3

 

                                             DÉPASSEMENTS

 

 

      Généalogies du post anarchisme

 

  Fort des enseignements d’un XX° siècle riche en événements historiques (deux guerres mondiales, fascismes, nazisme, stalinisme, shoah, Hiroshima, Goulag, génocides, puis, depuis 1989, chute des totalitarismes de l’Est, mondialisation libérale, globalisation des enjeux, tyrannie de la machine informatique, périls écologiques…), le post anarchisme propose de réfléchir à partir des acquis d’une pensée majoritairement française et de proposer une sortie du nihilisme en regard d’un corpus philosophique relativement récent.

  ............

               Permanence de l’antiphilosophie

 

  Cette philosophie baptisée « Pensée 68 » par ceux qui incarnaient la revanche politique anti-Mai 68 a produit un double effet : version cynique, la contamination libérale du Parti Socialiste au pouvoir  qui, via Mitterrand à l’aide dans les habits de Machiavel, impose dès 1983 une gestion libérale de la nation  tout en continuant à s’affirmer socialiste ; version franche , l’accès de Nicolas Sarkozy au pouvoir en 2007 avec un ralliement d’une grande partie de l’intelligentsia aux thèses antiphilosophiques ( pour reprendre une expression datée du XVIII° siècle qui nommait le courant opposé aux Lumières) et contre-révolutionnaires (pour nommer une franche opposition à Mai 68 qui, à défaut d’un chambardement politique, fut incontestablement une révolution idéologique). Une antiphilosophie contre révolutionnaire dont les Nouveaux Philosophes s’étaient d’ailleurs fait les précurseurs aveugles…

  ...............

 

     Le nietzschéisme libertaire

 

  A Royaumont, Foucault intervient sur une triade appelée à laisser des traces : Nietzsche, Freud, Marx. C’est le titre de son intervention dans laquelle il propose un Nietzsche herméneute et perspectiviste. C’est toujours le nôtre… Pour sa part, Deleuze intervient sur la volonté de puissance et l’éternel retour, ce qui lui fournit l’occasion de cheminer en compagnie du philosophe fou, d’avancer au bras du penseur masqué, puis de forcer le texte en récusant le déterminisme (manifeste dans le texte du philosophe) au profit d’un volontarisme  sélectif (inexistant dans l’œuvre) qui ouvrait la voie à un nietzschéisme gauchiste : il s’agissait en effet de vouloir les jouissances qu’on désirait voir se répéter sans cesse – ce qui aurait laissé Nietzsche pantois…

   ....................... 

 

4

 

                                        PROPOSITIONS

 

 

     Un antilibéralisme radical

 

 Le post anarchisme suppose donc la réactivation de la pensée critique issue de Mai 68 et de Vincennes. Il vise également à reprendre la main sur le terrain intellectuel après la domination des Nouveaux Philosophes dans les années 80, suivie de son remplacement par l’Individualisme Démocratique dans la décennie suivante. Ces forces conservatrices, sinon réactionnaires,  ont amplement contribué à la propagation du libéralisme en politique et à ses corrélations : déconsidération de la gauche radicale, instrumentalisation de l’extrême droite, destruction des valeurs républicaines de solidarité et de fraternité, assimilation de la Nation issue de 1792 au nationalisme belliciste et guerrier , substitution d’un modèle de valeur tocquevillien,  prolifération de l’abstentionnisme, fétichisation de l’Europe libérale transformée en solution à tous les problèmes, célébration du marché régulateur en tout…

 

  ........................

 

Un socialisme libertaire

 

 

  Si l’on veut éviter à la fois le libéralisme de droite , sa formule jumelle à gauche et le communisme type XX° siècle, alors il faut nourrir le concept de post anarchisme en affirmant un contenu substantiel qui récuse avec une même détermination le libéralisme et le communisme, autrement dit le capitalisme libéral et le capitalisme des soviets. Le socialisme libertaire, sinon le projet d’une République libertaire, trouvent leur sens dans cette récusation radicale de la thèse criminelle selon laquelle le marché fait la loi.

  ..................... 

 

 

  Une République immanente

 

 

  La République en question n’a plus grand chose à voir avec le modèle dominant et transcendantal communément entendu par ce signifiant. Elle ne tombe pas du ciel des idées de la philosophie politique, sur le mode de la divinité rayonnant sur la terre, mais elle monte de terre et provient du peuple. Elle renoue ainsi avec l’étymologie : res publica, chose publique. Il faut désacraliser la république divinisée par le culte laïc issu de 1789 et lui donner sa dimension immanente et horizontale.

.................. 

 

 

  Une politique nominaliste

 

   Qu’est-ce que le nominalisme en politique ? Le refus de faire primer l’Idée, le Concept sur le réel ; la récusation du kantisme qui, lui, est doctrinaire et idéologique, sans souci de la nature plastique de la réalité ; le dépassement de la vieille façon militante de croire que la doctrine  est plus vraie que la vérité. On connaît la boutade célèbre de Brecht qui, dans son poème La solution, commente l’insurrection du 17 juin 1953 (au cours de laquelle les travailleurs s’étaient soulevés comme les exactions anti-ouvrières du régime communiste de la RDA, le pouvoir marxiste avait alors tué une centaine de manifestants…), propose sa fameuse solution : dissoudre le peuple et en élire un autre… Le doctrinaire pense selon ce principe : dissoudre le peuple… Le nominaliste agit en regard de la situation concrète et privilégie le réel sur le dogme …

  .....................                                                

                                                                    Une éthique conséquentialiste

 

  Le post anarchisme pense la théorie en regard de la pratique, et vice versa. Il ne soumet pas le réel à la doctrine, mais agit, incarne, travaille sur le terrain, il tâche de réaliser son idéal anarchiste, puis il adapte, modifie, précise les contenus de la doctrine en fonction de la résistance du monde à l’application des pensées. Il suppose donc le conséquentialisme : la pensée et l’action ne constituent pas deux mondes séparés, imperméables, hétérogènes, mais deux univers qui se nourrissent mutuellement.

  .............................

                                                                      Une pensée nourrie d’action

 

   Que ces militants posent leurs mégaphone et agissent, même modestement, qu’ils construisent, même petitement, qu’ils s’activent dans la positivité, même six mois, qu’ils délaissent les banderoles   pour travailler dans une association où ils incarneront leur idéal libertaire, même humblement, qu’ils frottent leur idéal anarchiste au cuir épais du réel et du monde, même quelques heures, alors ils verront que l’idéalisme du croyant dévot vaut le leur, car le monde n’est pas fait de concepts mais de forces qui résistent, de flux de violences déraisonnables, de passions irrationnelles, d’individus conduits par leurs pulsions et loin de leurs raisons,  car le monde n’obéit pas aux raisonnements et à la dialectique, aux rhétoriques et aux démonstrations, fussent-elles anarchistes.

........................... 

 


 

  Au-delà de la servitude volontaire

 

  Le principe directeur du post-anarchisme ? Son impératif catégorique ? Son utopie, autrement dit son idéal de la raison ? Son point vers lequel tout doit tendre ? Sa maxime directrice ? Sa formule ? Cette sublime phrase de La Boétie qui constitue le cœur de la pensée politique du Discours de la servitude volontaire : « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres ». Car la libération ne vient pas d’ailleurs que du vouloir de ceux qui la désirent. Elle  n’est pas une affaire qui suppose un demain, un Grand Soir mythique, elle ne tombe pas du ciel en cadeau offert par les exploiteurs.

.......................

 

          L’utopie concrète

 

  A cette invitation à ne plus servir afin de devenir libres, La Boétie ajoute : « Jamais à bon vouloir ne défaut la fortune ». Autrement dit, si la résistance est vraiment déterminée, si le refus de la servitude se soutient par une franche volonté, elle aboutira … Cette invite définit une utopie, non pas sur le registre fantasmatique d’un Fourier (qui envisage la copulation des planètes , la transformation des océans en vaste étendue de limonade ou l’avènement d’anti-girafes…), mais sur le registre du principe d’action : cette utopie fonctionne en gnomon, en poteau indicateur de la direction à suivre, en signe du cap à prendre.

  ........................

                                                                      

           Décembre 2009

L'intégralité du texte à paraitre en septembre aux Editions Galilée

 

Repost 0
Published by Goudouly - dans -*- histoire
commenter cet article