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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 05:40

 

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Regards de Femmes

Le 14 juin 2012

 

L’association Regards de Femmes s’associe avec joie à l’association « Cirque de Femmes en Tout Genre » de Toulouse pour accueillir en notre ville de Pamiers un collectif du Cirque des Femmes de Melbourne


les 4 et 5 juillet prochains

à la Salle du Jeu du Mail.

 

Ce cirque  a été créé en 1991 à l’initiative de Donna Jakson pour accompagner des femmes en reconstruction suite à des violences conjugales et abus sexuels. Au fil du temps, et devant son succès il s’est ouvert à toutes les femmes quels que soient leur âge, taille, horizons, morphologie, expériences artistiques et sportives.

Le « Women's Circus »  qui se présente comme une école pour amateures, accueille aujourd'hui une centaine de femmes chaque année, avec depuis le départ, l'idée de promouvoir l'autonomie des femmes et de proposer un espace où, à travers la pratique du cirque, des femmes entre elles se sentent fortes et mieux dans leur corps.

De magnifiques vidéos sont disponibles  sur le net,

« Tele-debout » lien  http://teledebout.org/index.php?page=cirque

 

 

Le Mercredi 4 Juillet à 20 H vous pourrez découvrir leur spectacle « OUT OF THE BOX » (participation libre).
En première partie, Regards de Femmes jouera quelques unes des scènes de son cabaret annuel.
A la fin du spectacle, un temps d'échange convivial est prévu entre toutes et tous autour de la buvette.
L’association Toulousaine nous fera partager son exposition de photos sur place.

 

 

Le lendemain des ateliers d'initiation cirque seront animés par les circassiennes de Melbourne.

Nous vous invitons à venir nombreuses et nombreux à encourager l’originalité de ces démarches et partager dans la convivialité nous l’espérons de beaux moments !

 

Porteuses du projet : Le Cirque de Femmes en Tout Genre de Toulouse.

cftg.wordpress.com //cirquedefemmesentoutgenre@gmail.com


Partenaires sur l’Ariège : Regards de Femmes, regardsdefemmes09@orange.fr

Hérisson Bellor, Droit des Femmes et de l’Egalité, Planning familial 09, CIDF, VFA.


Contact : 06 87 96 75 26 ou 06 88 13 72 82 (Regards de Femmes)

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 03:20

http://goudouly.over-blog.com/article-la-via-campesina-appel-pour-durban-84733588.html

 

La Via Campesina: Appel pour Durban





 

Les paysans, les paysannes et les peuples indigènes disposent de milliers de solutions pour faire face au réchauffement climatique !

La Via Campesina appelle les mouvements sociaux et l’ensemble de la population à se mobiliser partout dans le monde

Le mouvement international paysan La Via Campesina et son organisation-membre sudafricaine Landless Peoples Movement (Mouvement des Paysans Sans-terre) se mobilisent pour la 17ème Conférence des Parties (COP 17) de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC) qui se tiendra à Durban en Afrique du Sud, du 28 novembre au 9 décembre 2011.

Des caravanes de paysans et paysannes africain(e)s, partiront du Mozambique, de la Tanzanie, du Zimbabwe et d'autres pays pour converger à Durban pour rejoindre d’autres agriculteurs et représentants de mouvements sociaux afin de réclamer la justice climatique.

Les femmes paysannes africaines membres de La Via Campesina, participeront à la 2ème Assemblée sud-africaine des femmes rurales, du 30 novembre au 2 décembre, à Durban (organisée conjointement notamment par La Via Campesina – Région Afrique 1, TCOE, Women on Farms Project, Lamosa, ESAFF, UNAC, Namibian National Farmers Union etc.).

La Via Campesina participera également à la Journée Mondiale d’Action qui aura lieu le 3 décembre, au cours de laquelle, en collaboration avec des centaines d’autres activistes, elle manifestera pour la justice climatique.

La Via Campesina ainsi que d’autres mouvements paysans et de producteurs en Afrique invitent également toutes organisations, alliés et activistes à participer à une Journée spéciale pour l’Agroécologie et la Souveraineté Alimentaire, le 5 décembre à Durban et à travers le monde (co-organisée par ESAFF régional, ESAFF Uganda, ESAFF Zimbabwe, ROPPA, TCOE, Surplus People Project, etc.)

Les négociations sur le climat ont été détournées de leur objectif pour devenir de simples négociations mercantiles

Lors de la conférence COP 16 à Cancun (Mexique), la majorité des gouvernements du monde - à l’exception notable de la Bolivie – se sont assis autour de la table non pas pour trouver une réponse efficace au changement climatique, mais plutôt pour parler gros sous avec les grandes sociétés multinationales qui font trafic de fausses solutions au changement climatique, proposant des fausses mesures comme le programme REDD et autres marchés du carbone, ou encore le développement d’agrocarburants et d’OGM. Ils ont transformé les négociations sur le climat en une immense place de marché où seuls le profit et la spéculation comptent.

De concert, nos différents gouvernements ont fait comme si de rien n’était, fermant les yeux sur l’urgence d’une situation qui condamne l’Afrique et l’Asie du Sud à être littéralement incinérées par l’augmentation des températures. Et, bien sûr, les premières victimes de ces changements climatiques seront les paysannes et les paysans de ces deux continents, puisque l’augmentation des températures crée un environnement encore plus défavorable aux récoltes, au bétail et à la survie des êtres humains. La majorité des gouvernements a choisi d’ignorer les Principes de Cochabamba qui posent pourtant un cadre clair pour élaborer des réponses au changement climatique et protéger notre Terre Mère.

Dans le système climatique actuel, les pays développés et les grandes entreprises polluantes, pourtant historiquement responsables de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre, se voient accorder toutes les dérogations et trucages de chiffres possibles afin de leur éviter d’avoir à réduire leurs émissions. Ainsi, le système des marchés d’émission-carbone et les mécanismes de compensation permettent aux pays industrialisés et aux entreprises de continuer à consommer des ressources et à polluer comme avant, tout en payant des petites sommes, sans commune mesure avec la réalité de leur impact sur le climat, dans le but d’aider les populations pauvres des pays en développement à réduire leurs émissions. En réalité ces entreprises font deux fois du profit : d’une part en continuant à polluer et d’autre part en vendant des fausses solutions aux États. Pendant ce temps là, des initiatives présentées comme étant une solution au problème climatique, comme le programme REDD, dépouillent les populations pauvres de la plupart de leurs différents droits en matière d’usage des ressources naturelles : ils ne peuvent plus accéder aux forêts communautaires. Au même moment, des grands groupes financiers apparaissent sur le marché foncier et y accaparent d’immenses territoires fertiles, dont ils expulsent les agriculteurs afin d’y pratiquer la monoculture ou pour spéculer sur les marchés des crédits d’émission carbone.

Nous connaissons les principales sources d’émissions qui altèrent le climat : elles sont générées par les multinationales agroalimentaires qui imposent une agriculture industrielle essentiellement tournée vers l’exportation et la production d’agrocarburants. Mais elles sont aussi le fruit d’un système de transports uniquement basé sur la voiture individuelle, au détriment des transports en communs. Enfin, elles sont causées par les activités industrielles polluantes et prédatrices de ressources pratiquées par les différentes entreprises multinationales. Si nous ne parvenons pas à imposer des engagements réels et contraignants qui forceront les pays développés à changer ce système, alors nous échouerons à prévenir l’incinération effective de nos terres agricoles et la destruction de notre capacité à nourrir le monde.

Les chiffres sont unanimes ; ce sont nous, les paysans et paysannes travaillant sur de petites exploitations qui produisons aujourd’hui la vaste majorité des aliments consommés sur la planète. Or aujourd’hui, nous, et la nourriture que nous produisons, sommes mis en danger par les changements climatiques et l’augmentation des températures. Les dates de semis deviennent imprévisibles tandis que les sécheresses, les ouragans et les moussons deviennent plus intenses.

A l’inverse – et encore une fois les chiffres sont unanimes – c’est nous qui détenons les clés des solutions les plus importantes, efficaces et scientifiquement prouvées face au changement climatique, à travers nos systèmes de production locale d’aliments selon des méthodes agroécologiques, produits par des paysannes et des paysans, selon les principes de la souveraineté alimentaire.

A lui seul, le système de transport d’aliments sur de longues distances, qui est à la base du système alimentaire mondial capitaliste, est responsable d’au moins 44% des émissions totales de gaz à effet de serre. Ces aliments pourraient facilement être cultivés localement. Mais l’agriculture détruit également le climat par l’usage excessif de ressources fossiles comme le pétrole et les intrants chimiques dérivés du pétrole. Le modèle de production est basé sur la monoculture et les pratiques industrielles, il engendre la déforestation et la destruction des écosystèmes en vue de la réalisation de plantations industrielles aboutissant à des “déserts verts”.

Nous pouvons réduire drastiquement voire même éliminer ces émissions en transformant le système alimentaire sur la base de la souveraineté alimentaire, c'est à dire en produisant localement pour une consommation de proximité un production durable variée basée sur les familles et les communautés paysannes.

L’agroécologie n’est pas à vendre !

Nous rejetons toutes les tentatives pour étendre le marché des émissions carbone et des mécanismes de compensation de type REDD aux systèmes de puits de carbone, même quand ces initiatives sont déguisées par la Banque Mondiale sous la forme de mesures de soutien aux petites exploitations agroécologiques ou bien à une “Agriculture respectueuse du climat”. Les raisons de ce refus sont les suivantes :

  • Tout comme c’est le cas du REDD pour les forêts, le carbone de nos sols deviendra majoritairement la propriété d’entreprises polluantes du Nord. On nous demande tout simplement de vendre et de privatiser notre carbone.
  • Le marché volontaire des puits de carbone ne sera rien d’autre qu’un nouvel espace pour la spéculation financière, ce qui veut dire que tant que les agriculteurs ne toucheront que quelques centimes, les spéculateurs amasseront des profits substantiels.
  • Il s’agit simplement d’une nouvelle façon pour les pays et industries polluants de se soustraire à leurs véritables obligations en matière de réductions réelles d’émissions.
  • C’est également un moyen pour déplacer l’attention portée aux émissions massives de carbone produites par l’agriculture industrielle et l’agrobusiness, surtout dans les pays du Nord, afin de transférer le fardeau de la réduction des émissions sur les épaules des paysans du Sud, alors que rien n’est fait pour réduire les émissions causées par l’agriculture industrielle.
  • Si nous paysannes et paysans, signons un accord sur les puits de carbone, nous allons perdre notre autonomie et le contrôle sur nos systèmes agricoles. Ce seront des bureaucrates de l’autre côté de la terre, des gens qui ne connaissent rien à nos sols, à nos pluies, à nos pentes, à nos systèmes alimentaires locaux, à notre économie familiale, etc., qui décideront des méthodes agricoles que nous devrons utiliser ou ne pas utiliser.
  • L’agroécologie procure une somme de bienfaits pour l’environnement et les moyens d’existence des paysans. Par contre, en réduisant la contribution des pratiques agroécologiques à la seule valeur du carbone séquestré, non seulement on dévalue les autres bénéfices de ces pratiques, mais on peut également créer des incitations perverses à altérer ces pratiques (et ouvrir la porte aux technologies telles que les OGM) dans l’unique but de maximiser le carbone plutôt que de valoriser les autres apports de l’agroécologie.
  • Cette initiative est inséparable de la tendance néolibérale à vouloir convertir absolument tout (la terre, l’air, la biodiversité, la culture, les gènes, le carbone, etc.) en capital, lui attribuant une valeur monétaire qui permet ensuite de négocier ces éléments sur un marché spéculatif quelconque.
  • Si la valeur actuelle - relativement faible - du carbone séquestré devait augmenter sur le marché spéculatif, cela pourrait générer une nouvelle course à l’accaparement des terre afin de s’emparer des crédits pour les puits de carbone, étant donné que la concentration des terres est un prérequis si l’on veut rendre rentables les crédits liés au puits de carbone.

Comment l’Agroécologie devrait être soutenue par les politiques publiques

  • Soutenir les programmes de formation de paysan-à-paysan gérés par les organisations paysannes
  • Soutenir les écoles de formation en agroécologie gérés par les organisations paysannes
  • Mettre fin à toutes les subventions directes et indirectes à l’agriculture industrielle
  • Bannir les OGM et tous les produits chimiques agricoles dangereux
  • Fournir des crédits à la production aux agriculteurs qui produisent de manière agroécologique
  • Réorienter les appels d’offres publics pour la fourniture d’aliments aux hôpitaux, écoles, etc., vers l’achat à un prix équitable d’aliments écologiques produits par des petits producteurs
  • Soutenir les marchés de producteurs écologiques pour la vente directe aux consommateurs
  • Transformer les cursus de formation agricoles afin de les concentrer sur l’agroécologie et la méthodologie du transfert de connaissances de paysan-à-paysan
  • Créer des incitations en vue d’établir un prix de vente équitable pour les aliments locaux produits de manière écologique
  • Etc.

Engagements de La Via Campesina

Alors que nous ne cessons d'exiger de nos gouvernements qu'ils prennent la question du changement climatique à bras-le-corps, nous nous engageons à bâtir l’agroécologie et la Souveraineté Alimentaire depuis la base. Nous nous engageons en faveur des mesures concrètes suivantes:

  1. Nous allons continuer à renforcer le mouvement pour l’agroécologie à la base afin de nous adapter aux changements climatiques en cours.
  2. Nous nous efforcerons de “garder le carbone dans le sol et dans les arbres” dans les territoires sous notre contrôle, en promouvant les pratiques agroforestières, la plantation d’arbres, la conservation de l’énergie, mais aussi en luttant contre l’accaparement des terres par les entreprises minières et les plantations industrielles.
  3. Nous allons continuer à faire pression sur les gouvernements à tous les niveaux afin qu’ils adoptent la souveraineté alimentaire comme étant la solution au changement climatique.
  4. Nous allons poursuivre la lutte contre l’inclusion de l’agriculture paysanne et de l’agroécologie dans les mécanismes des marchés du carbone.
  5. Nous allons poursuivre notre lutte pour la réforme agraire afin que la terre soit redistribuée aux paysannes et aux paysans qui pratiquent une agriculture durable et contre toute usurpation de terres.
  6. Nous allons construire un puissant mouvement qui fera entendre la voix des paysans et des paysannes et nous seront présents avec d’autres secteurs de la société civile à la conférence climatique COP-17 de Durban ainsi qu’à la Conférence de Rio +20 au Brésil. Nous y porterons le message comme quoi nous nous opposons aux fausses solutions proposées pour soi-disant lutter contre le changement climatique et nous exigerons l’adoption des Principes de Cochabamba. Nous mettrons en avant les bénéfices de l’agriculture paysanne durable et de la souveraineté alimentaire en tant que principales et réelles solutions pour lutter contre le changement climatique.

Non à l’accaparement des terres au nom du climat !

Notre carbone n’est pas à vendre !

L’agriculture paysanne n’est pas à vendre !

Les méthodes de production agroécologiques des petits paysans refroidissent la planète !

Globalisons la lutte ! Globalisons l’Espoir !


 

 

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 06:14

http://goudouly.over-blog.com/article-bientot-nous-aurons-faim-84613633.html

 

Bientôt nous aurons faim !

Bientôt nous aurons faim !

Gérard Le Puill

 

Le titre de ce livre n'a rien d'une provocation et l'auteur ne prétend nullement que les rayons de nos grandes surfaces seront vides dans les prochains mois. Mais la sélection par l'argent rend déjà difficile l'accès des populations pauvres au besoin vital de manger tous les jours. Y compris dans les pays riches.

La volatilité durable et les flambées soudaines des prix agricoles - sous l'influence des fonds spéculatifs et sur fond de laisser faire les principaux décideurs politiques de la planète - sont lourdes de menaces pour la souveraineté et la sécurité alimentaire des peuples.

L'enjeu majeur du XXIe siècle sera de nourrir une population mondiale qui va passer de 7 à 9 milliards d'habitants dans un contexte de raréfaction des superficies agricoles disponibles, de réchauffement climatique, d'assèchement de certaines nappes phréatiques, de cherté du pétrole et du gaz dont l'agriculture intensive est une grande consommatrice.

Demain il faudra produire plus en utilisant moins d'engrais, de carburants, d'eau, de pesticides. Toutes les terres agricoles devront être utilisées de manière durable en fonction de leur potentiel agronomique.

Cette agriculture de précision ne pourra plus seulement être pilotée par la main invisible du marché, elle-même motivée par la seule recherche du profit, comme l'imaginait Adam Smith au XVIIIe siècle et comme veulent encore le croire les économistes libéraux. Ce livre explique comment il est possible de produire autrement et à moindre coût.


Journaliste honoraire et spécialiste des dossiers agricoles, Gérard Le Puill collabore à plusieurs publications dont l'humanité, l'Humanité-Dimanche, l'hebdomadaire agricole La Terre, le magazine syndical Vie Nouvelle. À l'Humanité, il a obtenu le prix Artémis en 1997 pour un article sur le biotope du tétras lyre, puis le Grand prix du journalisme agricole en 1998 pour le portrait d'un vigneron.

Fiche technique

  • Reliure : Broché
  • Page : 291 p
  • Format : 21 x 15 cm
  • Poids : 399.00 g
  • ISBN : 978-2-35593-124-6
  • EAN13 : 9782355931246
  • 20,00 - 19,00 € Indisponible chez l'éditeur
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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 03:32

http://goudouly.over-blog.com/article-l-agonie-de-l-euro-84389976.html

 

L’agonie de l’Euro

L’agonie de l’Euro


La crise de l’Euro est désormais entrée dans sa phase terminale, comme cela a été prévu à la fin de 2010. La crise actuelle est appelée à s’aggraver, rythmée par le défaut de la Grèce (octobre ou novembre), le déclenchement de la crise Espagnole et une crise bancaire généralisée dans les pays de la Zone Euro. Le temps de la crise s’impose désormais aux politiques. Les conditions de gouvernance de la zone Euro sont clairement inadaptées, mais les conditions de réformes de cette dernière sont incompatibles avec la temporalité de la crise. Nous sommes donc face à l’agonie de l’Euro.

par Jacques Sapir

 
I - La crise de la zone Euro connaît depuis ces dernières semaines une accélération dramatique.
 

Celle-ci apporte le démenti le plus cinglant aux attitudes de déni de réalité dans lesquelles les responsables français, de la majorité comme de l’opposition, se sont pour la plupart enfermés. Désormais nous sommes en présence de la situation suivante :
 
 
  1. La crise grecque a pris une tournure clairement incontrôlable.Un défaut de ce dernier pays ne peut plus être évité. Il peut seulement être retardé. Il peut survenir à partir du mois d’octobre 2011, même s’il est encore probable qu’il se produira entre novembre et décembre 2011. Ce défaut ne fait sens que si la Grèce sort de la zone Euro, ce qui pourrait survenir soit immédiatement soit dans un délai de 6 à 8 semaines après le défaut. Les conséquences sont alors les suivantes :
    1. La crise Grecque impose de fournir de 2012 à 2019 de 340 à 380 milliards d’Euros à ce pays, et ceci sans tenir compte d’une possible aggravation de son déficit et des besoins d’autres pays qui sont estimés à plus de 1000 milliards.
    2. Ce défaut est déjà clairement anticipé par les principales banques européennes. Mais le processus de transmission des « mauvaises dettes » à la BCE est loin d’être achevé.
    3. L’Allemagne a d’une certaine manière déjà « acté » de la sortie de l’Euro par la Grèce comme le montre le plan de soutien pour ses propres banques.
    4. Il est clair désormais que dans un certain nombre d’établissements bancaires européens on se prépare à la fin de la zone Euro. Les positions qui seront prises dans les jours qui suivent pourraient avoir des effets cumulatifs.
  2. Avec le défaut et avant la sortie de la Grèce de la zone Euro, la spéculation se déchaînera contre le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie (et peut-être la Belgique). Elle se combinera avec une crise sociale grave en Espagne liée à l’interruption des allocations chômage pour une partie des chômeurs arrivant en fin de droit. Cette crise obligera l’Espagne à demander l’aide du Fond Européen de Stabilisation Financière (FESF) pour des montants excédant largement ce qui est pour l’instant prévu.
    1. Hors la Grèce, les besoins à court terme (2014) peuvent être estimés à 90 milliards pour le Portugal, 50 milliards pour l’Irlande, de 250 à 300 milliards pour l’Espagne. C’est donc un total de 390 à 440 milliards d’Euros qu’il faudra fournir pour les pays déjà en difficulté.
    2. Ce calcul laisse dans l’ombre le fait qu’avec l’aggravation de la spéculation, l’Italie et la Belgique devraient dès le début de 2012 demander une aide supplémentaire.
    3. Par ailleurs le rythme de la crise en Espagne est aujourd’hui imprévisible. Si une accélération se produit, les sommes nécessaires augmenteront en conséquences.
  3. La combinaison de (1) et (2) a déjà été partiellement anticipée par les marchés depuis début août et a entraîné une chute dramatique et spectaculaire de la capitalisation des banques européennes. La chute de la capitalisation des banques européennes aura des conséquences importantes à court terme :
    1. La nécessité d’une recapitalisation de ces banques va se faire jour à très court terme. Elle sera massivement impopulaire dans tous les pays en raison du précédent de 2008.
    2. La crise mettra en évidence le caractère largement factice des « stress-tests » conduits au printemps dernier et qui excluait tout défaut sur la dette souveraine d’un État membre. Les sommes nécessaires, en dépit des dénégations des ministres, pourraient bien être supérieures à 200 milliards d’Euros.
    3. En France, il faut s’attendre à une dégradation de la note des banques qui précèdera celle de l’Etat.
    4. Le risque d’un run bancaire ne peut plus être totalement écarté. Il pourrait nécessiter une nationalisation de l’ensemble du secteur bancaire.
  4. On assiste désormais à un phénomène de fatigue de l’Euro, qui se caractérise par :
    1. Une incapacité des gouvernements à trouver des solutions qui soient à la fois communes et efficaces.
    2. Un sentiment qui gagne l’opinion et les gouvernants, en dépit du déni de réalité qui prévaut encore, comme quoi la bataille est perdue.
    3. Une opposition croissante entre les pays de la zone Euro sur les solutions tant présentes que futures.
 

 
II - Cette situation va conduire à un enchaînement rapide dans les mois qui viennent, enchaînement qui va rendre obsolète un bon nombre de positions politiques.

 
Le véritable défi qui est posé à la classe politique consiste à être capable d’anticiper les événements et de réagir en conséquence.
 
  1. L’Euro, dans sa forme actuelle est condamnée. Les moyens évoqués pour stabiliser puis résorber les déséquilibres tant conjoncturels (comme la hausse rapide du poids des dettes souveraines) que structurels (le déficit de croissance avec le reste du monde développé, le phénomène d’euro-divergence entre les pays) sont aujourd’hui soit insuffisants soit politiquement impossibles.
    1. Les Eurobonds.Cette idée est désormais dépassée. L’émission de titres de dettes englobant les pays à risques et les pays réputés « sains » aurait un taux d’intérêt prohibitif.
    2. La monétisation des dettes.Une monétisation des dettes pourrait être faite par la BCE directement en faveur des États et non comme aujourd’hui en rachetant aux banques des titres publics. Mais un certain nombre de pays de la zone Euro s’y opposent.
    3. Une stabilisation volontariste de la dette.Outre qu’elle semble largement impossible dans de nombreux pays, si cette politique était appliquée, elle plongerait la zone Euro dans une profonde dépression que recréerait de la dette par disparition des ressources fiscales.
  2. La poursuite de la politique actuelle tentant de sauver l’Euro va provoquer d’ici quelques mois une grave crise dans les relations franco-allemandes. L’opposition entre les deux pays est désormais systématique. La Chancelière, Mme Merkel, est aujourd’hui politiquement affaiblie et ne peut, sans se suicider électoralement, faire accepter à l’Allemagne l’ampleur de la contribution nécessaire. Cette dernière est estimée à 2% du PIB par an pendant 7 ans en transferts fiscaux et 4% du PIB par an et sur la même période en charge d’emprunts supplémentaires. Il faut donc décider aujourd’hui ce qui est le principal, la « survie » de l’Euro au prix d’un affrontement permanent entre les deux pays, qui risque in fine de compromettre son objectif, ou de bonnes relations entre les deux pays.
  3. Les conséquences sur la France de cette politique risquent d’être dramatiques.Non seulement la contribution que notre pays devra verser, directement ou indirectement, sera lourde, mais les conséquences combinées sur la croissance d’une politique d’austérité draconienne et d’un taux de change surévalué nous condamneront à une longue période de récession et à une accélération du processus de désindustrialisation que nous connaissons déjà.
  4. L’Euro importe moins que le principe de coordination monétaire.Plus que l’Euro, c’est le principe d’une coordination des politiques monétaires qu’il faut sauver. Si des dévaluations sont inévitables, il faut les accepter mais faire en sorte qu’elles ne sortent pas d’un cadre pré-établi. Pour cela, il importe de limiter les espaces de spéculations en contrôlant les mouvements de capitaux et en interdisant un certain nombre d’opérations sur les marchés. Ces mesures auraient du être prises dès le début de la crise en 2008. Il faut tirer les leçons de pourquoi il n’en fut rien et comprendre qu’une gouvernance active n’est pas possible avec un grand nombre de pays. C’est pourquoi il faut accepter de passer du principe de coopération (dont le meilleur exemple est la monnaie unique) au principe de coordination et à terme soit faire évoluer l’Euro, soit le recréer comme une monnaie commune.
 
 
L’agonie de l’Euro peut durer de six à dix-huit mois.
Ses conséquences politiques peuvent être dramatiques tant à l’intérieur de chaque pays (et des élections sont prévues dans de nombreux de ces derniers en 2012 et 2013) qu’au sein de l’Europe.
Dans la situation actuelle, la meilleure des solutions consisterait en une dissolution de la zone qui permettrait de mettre en avant immédiatement les institutions nécessaires à une transition ordonnée. À défaut d’une telle solution, il convient de se prémunir contre les effets les plus néfastes de cette agonie en prenant les mesures unilatérales de sauvegarde qui ont été détaillées dans des documents ultérieurs et, le cas échéant, en sortant de l’Euro.
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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 05:55

http://goudouly.over-blog.com/article-une-constituante-vite--84006860.html

carte postale de Muriel Falhun

"Ils rêvaient qu'ils volaient"

MURIEL FALHUN

 

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.010 - novembre 1994 - Tours

Une Constituante, vite !

par André Bellon*

 

Face aux menaces qui pèsent sur la planète, devant les recompositions de la géopolitique mondiale, les élites françaises et plus généralement occidentales restent soumises à un discours qu’elles ont elles-mêmes fabriqué et conforme à leurs intérêts restreints. Elles considèrent toute contestation des contraintes générées par la mondialisation ou par leur construction européenne comme un délit de blasphème.
Notre pays affronte une crise exceptionnelle, doté qu’il est d’un gouvernement qui a perdu tout pouvoir autonome tout en justifiant des politiques aux conséquences économiques et sociales catastrophiques et d’un peuple à qui on refuse tout pouvoir politique dans une remise en cause continue des instruments de fonctionnement normaux de la démocratie. Le retour à la démocratie impose l’élection d’une Assemblée Constituante pour en finir avec des institutions qui génèrent des régimes de plus en plus hors sol.


Le 29 mai 2005, avec une participation d’environ 70%, 55% des électeurs ont rejeté le traité constitutionnel européen. Les élites, toutes tendances confondues, ont méprisé ce vote et font passer en force un traité jumeau, dit de Lisbonne. En septembre-octobre 2010, des millions de citoyens ont manifesté contre une réforme des retraites.

La réforme fut tout de même adoptée par le Parlement sur injonction présidentielle. Si le vote est l’attribut indispensable de la démocratie, celle-ci ne saurait se résumer à cela. Elle doit permettre l’expression des enjeux. Dire que, parce qu’il est élu, le Président de la République a tout pouvoir, apparente plus le régime à une monarchie qu’à une République. Lorsque les principaux partis sont d’accord sur l’essentiel, en particulier en matière économique, lorsque les directives de Bruxelles priment sur la loi nationale, la formule de « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » employée dans l’actuelle Constitution apparaît comme une agression et un mépris.  

 
 
Si le peuple, souverain théorique, ne peut exprimer et voir appliquée sa volonté, ni par les urnes, ni dans la rue, alors comment ? Par le désespoir ? La violence ? Il ne faut pas s’étonner de la montée de l’abstention, 60% aux élections européennes, 55% aux cantonales, ou de la désaffection vis-à-vis des grands partis dont le 21 avril 2002 a été un symbole si fort. Il ne faudra pas s’étonner des dégradations ultérieures.
Les institutions et le jeu des partis ne permettent plus de représenter la réalité de la société, ne permettent plus de répondre aux défis d’un monde en transformation et c’est aussi de ce fossé entre électeurs et élus que profite le Front national. Le pays a besoin d’institutions reconnues comme légitimes par les citoyens, de couches moyennes vivaces, toutes choses en voie d’extinction.
Certains tentent de réformer le système institutionnel de l’intérieur, en lançant une énième rénovation ou en cherchant le candidat (centriste, écologiste, communiste, gaulliste…) idéal pour l’élection présidentielle. Si ces tentatives sont respectables, elles sous-estiment ce que l’expérience des trente dernières années a révélé : les logiques institutionnelles, les jeux partisans et la nécessité des alliances les vouent presque sûrement à la marginalité.


Le peuple européen : un mythe


Certains cherchent à résoudre la quadrature du cercle en appelant à une Constituante européenne, manière de faire avaliser la prééminence de l’Union par la récupération du terme au bénéfice d’un mythique peuple européen ; d’autres demandent une 6ème République. Ces propositions font l’impasse sur une évidence : pour recréer une dynamique démocratique, les institutions ne peuvent être octroyées ; la reconstruction institutionnelle doit émaner du seul acteur politique reconnu et légitime : le peuple français.


Seule une Assemblée constituante élue au suffrage universel direct en France peut répondre à cette exigence fondamentale.
Facteur de repolitisation, elle revitalisera une société anesthésiée par les faux débats et la course obscène au coup médiatique et à l’intérêt personnel dont les conseillers en communication de l’extrême gauche à l’extrême droite se délectent.
Aujourd’hui, la crise politique et sociale est tellement évidente que la question est surtout de savoir comment va s’opérer le changement qui s’impose. Pour tous ceux qui refusent les options violentes et qui souhaitent que la participation des citoyens à la vie politique marginalise les extrêmes, la Constituante offre une alternative constructive et démocratique au découragement et au fatalisme. Elle devra définir les moyens (institutions, financement de la vie politique, participation des citoyens…) nouveaux permettant à la fois la redynamisation de la démocratie, le renouvellement des élites et la redéfinition du pays dans un monde en profonde mutation.
 

A.B.


Site : www.pouruneconstituante.fr


*André Bellon, ancien président de la Commission des Affaires Étrangères à l’Assemblée nationale et président de l ‘Association pour une Constituante a publié cette tribune dans l’édition du 6 juillet dernier du Monde.

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 06:00

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carte postale de Georges Papalexandrou

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Georges PAPALEXANDROU

"Cerf 3", février 2008
Le Havre, France
Crayons de couleur sur papier

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Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.233 - septembre 2008 - Yvetot
special "Iconoclasses Galerie Duchamp"

L’heure de la démondialisation est venue

Contre le piège d’une alternance factice 

  
Bernard Cassen / Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

Mémoire des luttes est l’un des partenaires de la rencontre « Remue-méninges à gauche » [1] qui a lieu à Grenoble les 26, 27 et 28 août. L’association y organise un débat sur la démondialisation auquel ce texte se veut une contribution.

Face à un phénomène nouveau, les mots se bousculent pour le désigner jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par s’imposer. C’est ce qui est arrivé, en français, avec le terme « altermondialisme ». Il est entré dans le champ politique en 2001-2002. Il désigne la nébuleuse mondiale d’organisations et de réseaux qui se sont reconnus peu ou prou dans le slogan des Forums sociaux mondiaux, « Un autre monde est possible », repris de l’association Attac (créée en juin 1998) qui l’avait elle-même emprunté au titre d’un article d’Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de mai 1998. Il est intimement lié aux moments de haute visibilité médiatique qu’ont été les Forums, depuis celui de Porto Alegre de 2001, et les grandes manifestations contre l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, etc., depuis Seattle en décembre 1999.

« Altermondialisme » a succédé à « anti-mondialisme », concrétisant le passage d’une posture de simple refus de la mondialisation libérale à la mise en avant de politiques alternatives. Une façon de démentir le fameux TINA ( There is no alternative) de Margaret Thatcher.

En janvier 2008, la revue Utopie critique et Mémoire des luttes ont proposé le concept de « post-altermondialisme » [2] pour désigner les articulations possibles entre mouvements sociaux, partis et gouvernements progressistes sur des objectifs précis, comme la lutte contre le changement climatique. Le Sommet de Cochabamba, convoqué par le président bolivien Evo Morales en 2010, en a constitué un bon exemple. Le post-altermondialisme ne s’oppose pas à l’altermondialisme : il en est seulement un des prolongements possibles.

Un concept nouveau, et qui dérange

Et voilà qu’un nouveau concept de la même lignée vient de faire irruption dans le lexique politique français : celui de « démondialisation ». Il est développé dans au moins trois livres récents : celui de Georges Corm, Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs font remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, dans son livre publié en 2002 Deglobalization : Ideas for a New World Economy.

En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans un article publié en novembre 1996 « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser », publié dans le n° 32 (novembre 1996) de Manière de voir, publication bimestrielle du Monde diplomatique. A l’époque, il n’avait pas pris pied dans le débat public [3]. Les mots aussi doivent attendre leur heure… Et celle de la démondialisation semble venue…

Si l’on en doutait, il suffit de voir la virulence des réactions que ce concept a suscitées dans des secteurs que l’on attendait (les libéraux de toute obédience), mais aussi dans d’autres que l’on n’attendait pas (certains altermondialistes d’Attac). La raison est la même dans les deux cas : dans la mesure où Arnaud Montebourg en a fait l’un des mots d’ordre de sa campagne des « primaires » du Parti socialiste en vue de la désignation de son candidat à l’Elysée, le thème de la démondialisation cesse d’être confiné aux débats au sein de la gauche critique pour s’installer dans le panorama électoral national et acquérir ainsi une légitimité et une « respectabilité » politiques dépassant le cercle des convaincus.

 On peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle, dans une tribune publiée le 6 juin 2011 sur le site Médiapart et intitulée « Démondialisation et altermondialisme sont deux projets antagoniques », neuf membres du Conseil scientifique d’Attac - en fait les principales figures de la direction de l’association -, ont cru pouvoir affirmer, sur un ton polémique et sentencieux, que la démondialisation était « un concept superficiel et simpliste ». En n’hésitant pas, au passage, à mettre en scène la grosse – et scandaleuse - ficelle d’une prétendue convergence avec les thèses du Front national.

Sans jamais les nommer ou les citer, ils s’en prenaient, en les travestissant, aux thèses de Jacques Sapir, Arnaud Montebourg et Emmanuel Todd. Ce qui leur a valu deux répliques d’un nouvel intervenant dans le débat, Frédéric Lordon : l’une dans son blog du Monde diplomatique, « Qui a peur de la démondialisation » [4] ; l’autre dans le numéro d’août 2011 du mensuel : « La démondialisation et ses ennemis ».

Derrière un mot, une orientation stratégique

Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants d’Attac, altermondialisme et démondialisation ne sont pas des concepts antagoniques, mais appartiennent à la même famille. Dans le premier cas, il s’agit d’un faisceau de revendications et de propositions très diverses (en raison même de l’hétérogénéité des protagonistes) et dont le principal dénominateur commun, tel qu’on peut le reconstituer de l’extérieur, est l’impératif de l’accès universel aux droits [5].

La démondialisation, elle, est une orientation stratégique visant, par l’action aussi bien politique (élections, institutions et gouvernements) que citoyenne (luttes des mouvements sociaux notamment), à reprendre concrètement à la sphère économique et financière les énormes pouvoirs que l’instance politique lui a délibérément abandonnés, et qui sont à la source de la crise systémique actuelle du capitalisme. Sans cette orientation, pratiquement aucune des propositions altermondialistes n’a la moindre chance d’aboutir.

L’objectif de la démondialisation est simple à formuler, mais autrement difficile à atteindre : tendre à ce que le périmètre de la prise de décision démocratique coïncide le plus possible avec celui de la capacité de régulation des flux économiques et financiers. Ce qui pose la question du statut de l’espace national.

Le national : un levier et pas un « repli »

Même s’il faut s’efforcer de se donner des objectifs convergents pour des mobilisations sociales à l’échelle régionale (européenne pour nous) et mondiale, ce périmètre est seulement national pour l’instant. Il faut en exploiter toutes les potentialités en utilisant les failles ou les faiblesses de l’adversaire. Et cela sans se laisser impressionner par la dénonciation de l’ « unilatéralisme », poncif d’une partie de l’extrême-gauche et du mouvement altermondialiste, et qui revient à reporter tout changement de cap en France aux calendes européennes ou mondiales, c’est-à-dire à un futur dont on sait qu’il n’adviendra pas. Après tout, le 29 mai 2005, les citoyens français n’ont pas attendu que les autres le fassent pour voter « non ».

Toutes les expériences de rupture concrètes de ces dernières années ont montré que ce n’est pas aux niveaux mondial ou régional, mais bien au niveau national, qu’il a été possible de faire bouger les lignes et même de remporter des victoires. Cela, soit par les actions de gouvernements soutenus par les mouvements sociaux (comme en Amérique latine), soit par la pression sur des Etats de mouvements populaires capables de mobiliser les populations (comme dans le monde arabe).

Les trois moteurs de la mondialisation libérale – également promus par les traités européens au statut de « libertés fondamentales » - sont la liberté de circulation des capitaux, la liberté des investissements et la le libre-échange des biens et des marchandises. Et cela non seulement au sein de l’UE, mais aussi entre l’UE et le reste du monde. Ce sont donc ces trois moteurs qu’il faut brider et soumettre au contrôle démocratique.

Le néolibéralisme a défini son terrain d’intervention : c’est la planète tout entière, sans frontières d’aucune sorte. La question est de savoir si, pour le combattre, il convient de se placer sur ce même terrain ou s’il faut en choisir d’autres et, au lieu d’une guerre de tranchées au niveau mondial, mener une guerre de mouvement, voire une guérilla aux échelons inférieurs. Tout dépend du rapport de forces.

C’est précisément pour le verrouiller à leur avantage que les organisations multilatérales comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OCDE, ainsi que les institutions européennes, sans oublier les G7, 8 ou 20, ont été créés. Elles savent n’avoir strictement rien à craindre d’une confrontation avec leurs adversaires à ce niveau. Elles peuvent même se payer le luxe de « dialoguer » publiquement avec eux, comme certains de leurs membres l’on fait lors de la téléconférence-débat « Porto Alegre contre Davos » organisée lors du premier Forum social mondial en 2001, et à laquelle participa notamment le méga-spéculateur George Soros en personne.

En revanche, les habitués de Davos ne prendront jamais ce risque au niveau « régional », par exemple européen – imagine-t-on un dialogue télévisé entre Carlos Ghosn et le comité d’entreprise européen de Renault ?- et encore moins au niveau national, c’est-à-dire là où des capacités militantes peuvent être réellement mises en mouvement [6]. Les forces du capital ont parfaitement compris qu’une contestation sociale dans un Forum mondial perdait rapidement de sa puissance au fur et à mesure qu’elle d’éloignait de son « épicentre », jusqu’à n’avoir pratiquement plus d’existence lorsqu’elle arrivait au niveau national.

A l’inverse, l’expérience nous enseigne que des luttes sociales et politiques dans un pays donné peuvent avoir un effet de « contagion » dans d’autres, et ainsi se régionaliser et s’internationaliser. C’est ce que montrent les soulèvements arabes partis de la situation en Tunisie, et les manifestations de masse contre les inégalités en Israël qui s’inspirent directement de l’expérience des Indignés de la Puerta del Sol, eux-mêmes – et la boucle est bouclée – réplique des occupations de places publiques à Tunis et au Caire…

Le « national » n’est donc en aucune manière un substitut de l’ « international » ou de l’ « européen ». Loin de constituer un « repli », il en est au contraire la condition préalable dans une stratégie du faible au fort. On ne comprend pas que de telles évidences, par ailleurs validées par les faits, échappent à l’entendement des « anti-démondialisation » se réclamant de la gauche critique, en particulier au sein d’une partie de l’altermondialisme.

La démondialisation n’est nullement un concept figé, mais dynamique, pouvant se traduire par une série de mesures politiques pratiques, telles, entre autres, celles proposées par les auteurs cités plus haut [7], et qui ne se réduisent pas à la nécessité d’un protectionnisme européen. Son « carburant » est l’exigence démocratique visant à récupérer la souveraineté populaire dans le périmètre où elle peut s’exercer réellement pour réguler les flux économiques et financiers.

En théorie, deux solutions extrêmes sont possibles : ou bien « renationaliser » ces flux, afin qu’ils répondent à une volonté politique nationale exprimée par le suffrage universel - lorsqu’il existe -, ou bien élargir à la totalité de la planète l’espace public démocratique, afin d’exercer un contrôle effectif sur ce qui est déjà mondialisé. On voit bien qu’aucune de ces positions n’est tenable dans son intégralité. D’un côté, en effet, il existe nombre de domaines - ne serait-ce que celui de la lutte contre le changement climatique - qui échappent par nature au bornage des frontières, et, de l’autre, un gouvernement mondial doté de toutes les compétences d’un actuel exécutif national n’est pas envisageable à terme historique prévisible. C’est donc sur l’ensemble des solutions, extrêmes et intermédiaires, qu’il convient, au cas par cas, de jouer.

Ces solutions intermédiaires peuvent prendre deux formes. On peut, à partir des Etats constitués, construire de l’international, c’est-à-dire mettre en commun, graduellement, des fragments de souverainetés nationales sur des questions faisant l’objet d’une délégation librement décidée, limitée, contrôlée - et révocable dans des conditions fixées à l’avance.

L’autre terme de l’alternative consiste à faire évoluer les cadres étatiques vers des ensembles de souveraineté populaire plus vastes. Il ne faut cependant pas confondre cette idée avec celle de regroupements régionaux fondés sur le libre-échange et la « concurrence libre et non faussée ». Ce qui fait la différence, c’est l’existence ou non de mécanismes de régulation politique à fondements démocratiques, susceptibles de faire contrepoids au marché.

L’Union européenne (UE), qui aurait théoriquement pu entrer dans cette catégorie, est au contraire un agent actif de la mondialisation libérale, une véritable machine à libéraliser. Donc un terrain majeur pour une contre-offensive démondialisatrice.

Un « Grenelle » de l’UE pour faire sauter le verrou européen
Dans la mesure où les décisions européennes surplombent et encadrent toutes les autres, et que 75 % des textes qui nous régissent ne sont que des transpositions d’actes législatifs décidés par les instances de l’Union, la question européenne se situe en première ligne de toute démarche de démondialisation.

Dans la perspective des élections présidentielle et législatives, le citoyen doit savoir quelles marges d’action tel parti ou tel candidat voudront bien se donner pour mettre en œuvre un véritable programme de transformation sociale, donc incompatible avec le traité de Lisbonne.

En cas de verrouillage par les institutions européennes, sont-ils oui ou non disposés à prendre des décisions unilatérales de rupture [8] ou au moins, afin d’imposer une négociation, à menacer de les prendre à une date proche et annoncée à l’avance ? Le tollé à attendre de la Commission, de la Cour de justice et de la plupart des dirigeants de l’UE pourrait être rapidement compensé, et au-delà, par le ralliement de nombreux mouvements sociaux d’autres pays, qui feraient à leur tour pression sur leurs gouvernements.

Tout ce qui fait de l’UE un agent actif de la mondialisation libérale devrait être mis sur la table : liberté de circulation des capitaux ; libre-échange ; appartenance à la zone euro, plans de « sauvetage » ; pouvoirs de la Commission et de la Cour de justice de Luxembourg ; statut de la Banque centrale européenne ; dumping social, fiscal et écologique ; primauté de la concurrence, etc. Pour aller, vers une sorte de « Grenelle » (version 1968) au niveau européen.

On objectera, non sans raison, que cela ferait entrer l’UE dans une zone de turbulences sans précédent, et dont les débouchés ne sont pas garantis à l’avance. Ce qui, en revanche, est garanti à l’avance en l’absence de correction de trajectoire à 180 degrés de la construction européenne, c’est l’austérité à perpétuité, l’explosion des inégalités et de la précarité, la dislocation accélérée du tissu social, la poussée de l’extrême-droite et de la xénophobie.

Les libéraux n’ont aucun état d’âme à ce sujet et ils ont déjà fait leur choix, avec comme seul garde-fou la crainte de troubles sociaux majeurs. Par pusillanimité, par confusion mentale entre nation et nationalisme et par européisme béat, la majorité de la gauche social-démocrate et une partie de la gauche critique semblent bien parties pour faire le même, mais par défaut. Elles libèrent ainsi un vaste espace pour les forces qui refusent de se laisser enfermer dans le piège d’une alternance factice.


(Pour la rédaction de ce texte, j’ai utilisé certains éléments d’interventions, articles et ouvrages antérieurs. En particulier ma conclusion à Manière de voir n° 32, novembre 1996 ) ; une communication au colloque du M’PEP « Que faire de l’Union européenne » du 11 juin 2011 ; et un article publié dans Politis du 7 juillet 2011.)


[1]  http://www.remue-meninges-a-gauche.fr/index.html

[2]  http://www.medelu.org/spip.php ?article7

[3]  http://www.medelu.org/spip.php ?article688&var_recherche=démondialisation

[4]  http://blog.mondediplo.net/2011-06-13-Qui-a-peur-de-la-demondialisation

[5]  Lire à ce sujet l’ouvrage très documenté de Gustave Massiah, Une stratégie altermondialiste, La Découverte, Paris, 2011.

[6]  Paradoxalement, l’altermondialisme conforte à son corps défendant cette démarche. Il a une présence « supranationale » très forte, en partie grâce aux médias. Sa présence européenne (en dehors du réseau des Attac d’Europe), elle, est marginale comme l’atteste le déclin des Forums sociaux européens et le fait que le mouvement des Indignés se développe en dehors d’elle. Et ne parlons pas du niveau national : sur l’ensemble de la France, en janvier 2008, tout au plus 3 à 4 000 personnes ont participé à la Journée mondiale de mobilisation et d’action convoquée par le Conseil international du FSM. L’année précédente, José Bové, figure emblématique du mouvement alter, avait obtenu 1,32 % des suffrages à l’élection présidentielle…

[7]  Dans l’immédiat, et en attendant une prochaine synthèse critique des différentes propositions, nous renvoyons le lecteur aux textes de ces auteurs, ainsi qu’au livre de Jean-Luc Mélenchon Qu’ils s’en aillent tous. Le candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle n’emploie pas le mot « démondialsation », mais certaines de ses propositions s’inscrivent dans cette même logique.

[8]  En particulier en invoquant le « compromis de Luxembourg » de janvier 1966 imposé par le général de Gaulle à ses partenaires des Six de l’époque, et également appelé politique de la « chaise vide ». Il revient à faire repasser les domaines communautaires régis par la procédure de la majorité qualifiée (ce qui est le cas du marché intérieur, donc des libéralisations en tout genre) à la règle de l’unanimité. Ce qui signifie un droit de veto.


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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 06:40

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carte postale de Thierry Amarger

"Architecture de hasards" 2003
Thierry Amarger
(photo F. Pollard)

Sur The cARTed Picture Show

 

Le culte du veau d’or

ou le choix des marchés financiers contre les peuples

 

Si l’affolement des marchés financiers n’existait pas, il faudrait l’inventer. Pour « rassurer les marchés », et faire plier les peuples devant l’appétit des manipulateurs de la finance, voici venu le temps de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire.

L’entretien médiatique entre Merkel et Sarkozy nous en donne la preuve : le « couple européen » au service du grand capital veut nous faire les poches jusqu’au dernier centime et nous demande de leur faire crédit les yeux fermés.

Qu’ont-ils annoncé ?

-         harmoniser les économies européennes ? Nous qui croyions que le traité constitutionnel servait à cela, ne nous l’ont-ils pas assez dit !

-         mise à l’étude d’une « taxe sur les transactions financières » : pur affichage sans engagement concret, échéance, ni précision, le tout ayant peu de chance d'aboutir dans les caisses de l’état.

-         imposer « la règle d’or » pour interdire les déficits : cela ressemble à une manœuvre électorale concernant uniquement les élections présidentielles françaises. Constitutionnaliser « la règle d’or » pour interdire les déficits : c’est sacraliser la domination des marchés, autrement dit le culte du Veau d’or.

-         convergence fiscale entre l’Allemagne et la France : en continuant à alléger les impôts des plus riches et les cotisations sociales des grosses entreprises ?

Quant à la moindre solidarité monétaire pour défendre les pays attaqués, l’Allemagne s’y est opposée, et Sarkozy a suivi. Chacun pour soi, et que les plus riches gagnent !

 

Qu’on ne s’y trompe pas : « l’équilibre des finances publiques » n’est invoqué que pour restreindre les prestations sociales et supprimer les services publics, afin d’orienter la richesse créée par le travail vers la sphère financière et les marchés privés au dépend de la satisfaction des besoins. . Désormais, hors des marchés, point de salut : aucun autre financement de la dette publique n’est plus permis !

 

De cela les familles vont souffrir plus rapidement que prévu.

 

Les attaques contre la sécurité sociale, les retraites, la santé ou l’école publique, se multiplient depuis 2002, mais le capital financier et ses « agences de notation » exigent d’aller beaucoup plus vite pour repousser le moment de leur faillite.

Les mesures à prendre risquent de renvoyer à la galerie des souvenirs notre nouveau régime de retraite à 67 ans - une douceur à côté de la mer de larmes qui nous attend.

 

Quand la spéculation anonyme exige « toujours plus » de rendement, les gouvernants se plient à ses desiderata, ils écourtent leurs vacances pour les satisfaire, piochant dans des poches étatiques auparavant déclarées vides. Mais quand il s’agit de consolider un système de retraite ou de santé, ils restent sourds à des millions de personnes dans les rues et s’attaquent au principe de solidarité lui-même. Deux poids deux mesures…: pour nos gouvernants, certaines dettes sont plus acceptables que d’autres.

 

L’Europe se construit contre les peuples.

Depuis la campagne de 2005 sur le TCE les Français en ont pris conscience : ils attendent des programmes politiques au service des peuples.

 

Face aux mauvais coups qui se préparent, les familles peuvent compter sur l’UFAL pour défendre avec elles un avenir vivable. Elles doivent aussi compter sur elles-mêmes en venant renforcer l’UFAL : rejoignez-nous !

UFAL

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 06:40

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carte postale de Nicolas Floc'h

Nicolas FLOC'H

sur cARTed Network

La crise des ânes

 

 

Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.



Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.


Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.


Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.


Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés.

Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.

Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois.

Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ?

Que ferez-vous ?


   

Histoire circulant sur internet d’après une fable espagnole dont l’auteur reste inconnu

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 06:16

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carte postale de Laurence Navarro

Laurence NAVARRO
Il s'agit, 1999.

Sur cARTed Network

 

 Le commencement de la fin 
 
 par Frédéric Lordon

Sur Comité Valmy
 

Pareilles aux images aériennes du front de tsunami avançant inexorablement vers une côté japonaise dont le sort est scellé, le déploiement de la crise financière depuis trois ans donne une impression d’irrésistible fatalité,
avec en prime cette sorte d’incrédulité un peu stupide de dirigeants qui croient encore pouvoir tout sauver quand tout est déjà compromis. Un choc de la magnitude de la crise dite « des subprime », crise dont on ne redira jamais assez qu’elle a été celle de la finance privée, était voué à produire, via le canal du crédit, une récession dont les conséquences sur les finances publiques s’annonçaient désastreuses.

 

Plus encore impliquées dans la détention de titres souverains qu’elles ne l’ont été dans les titres privés hypothécaires, un choc massif dans l’un puis l’autre compartiment menace de mettre à bas tout le système des
institutions financières. A ceci près que la puissance publique qui était encore disponible pour ramasser les morceaux du premier accident sera par construction aux abonnés absents si le second vient à survenir – ce qu’il est en train de faire. Et l’on admirera au passage cet élégant jeu de chassés-croisés privé/public (le sinistre des banques sinistre les Etats qui menacent de (re)sinistrer les banques) et Etats-Unis/Europe (les subprime, par récession interposée, ruinent les Etats européens qui, par la crise des dettes publiques, ruineront en retour le système bancaire étasunien (juste après l’européen), soit métaphoriquement : Lehman-Grèce-Goldman – ou le charme absolu de la mondialisation et de ses interdépendances qui rapprochent les peuples (dans le même bac à mouscaille).

   
   

               Quand les agences font de la politique 

 

Il n’est même pas certain que la dégradation de la note étasunienne ait suffi à produire le dessillement complet, mais quitte à ce que cette « fin » prenne encore quelque temps, on dira peut-être plus tard qu’elle aura trouvé ici son commencement symbolique. Standard & Poor’s pourrait donc bien avoir eu raison, mais pas du tout pour les raisons qu’elle imagine – probablement même exactement opposées à celles qu’elle allègue, non d’ailleurs sans difficulté pour les rendre présentables. A l’image de sa mise sous surveillance négative d’avril 2011, alors suivie en bon ordre par ses consœurs Moody’s et Fitch, il y a beau temps que les agences, en matière de notation souveraine, ne font plus d’analyse financière, mais bien de la politique. Tout au long du printemps, il s’agissait de mettre les pouvoirs publics étasuniens sous pression pour forcer la passation d’un compromis budgétaire (coextensif au relèvement du plafond de la dette).

Pour avoir été finalement obtenu, mais in extremis et dans les pires conditions possibles, le résultat du Budget Control Act signé le 2 août n’a pas l’heur de plaire à Standard. Certes, l’agence s’emmêle un peu les crayons et, dans une première version de sa note, majore la dette à dix ans de 2 trillions de dollars puis, constatant son erreur, la déclare en fait négligeable et procède dans une deuxième version à un renversement souverainement ad hoc de son argumentaire pour expliquer que le problème n’est pas tant dans les chiffres que dans la situation politique étasunienne… C’était en fait déjà la raison avancée dans la note de mise sous surveillance négative d’avril dont le fond tient génériquement que le dissensus démocratique est un problème – et en effet : on ne sait pas à l’avance ce qui va en sortir ! A la vérité, ça n’est pas tant qu’on ne sache pas qui inquiète la finance que la possibilité qu’il sorte autre chose que ce qu’elle désire – un programme fermement anti-finance de marchés s’annoncerait-il comme issue certaine du débat démocratique, il y a tout lieu de croire que la finance n’aimerait pas cette certitude-là.

 

            Les Etats-Unis à leur tour dans la lessiveuse

 

Et pourtant, aux boulettes à deux trillions près, Standard pourrait bien avoir raison – mais pas du tout comme elle croit. Signalons rapidement que sa place dans la structure générale de la finance libéralisée, au point focal de la production de l’opinion collective, la dote des moyens d’avoir plus probablement raison que le commun des agents, en fait même de se donner raison, puisque les effets qui suivent d’une telle dégradation à grand fracas sont tout à fait susceptibles, indépendamment du bien-fondé de la dégradation en question, d’entraîner une série de réactions parmi lesquelles les séquences :

1)      dégradation → tension brutale sur les taux → renchérissement du coût de la dette → détérioration de la situation budgétaire et emballement de la dette → tension supplémentaire sur les taux, etc. ;

2)      dégradation → austérité forcée → récession → détérioration de la situation budgétaire et emballement de la dette → austérité renforcée, etc. – I told you so ! triomphe alors l’agence.

 

La Grèce, l’Irlande, le Portugal ont connu tour à tour ces enchaînements fatals par lesquels l’opinion financière transforme des situations parfaitement gérables en inextricables crises. Voilà maintenant que les Etats-Unis sont invités à prendre leur place dans la lessiveuse. Bien sûr, toutes choses égales par ailleurs, les taux étasuniens résisteront mieux et plus longtemps que les autres, car, par sa profondeur, ses volumes de transactions et sa liquidité, le marché des Treasuries reste le biotope de la finance mondiale – qui est sans doute très capable de détruire son propre habitat, mais seulement après avoir rompu avec d’anciennes habitudes et que se soient dissipés les effets d’hystérésis de la croyance dollar. Par une incohérence typique de la finance, la chute présente des marchés d’actions étasuniens, entraînée par le remous sur la dette publique, a encore pour effet… un mouvement de report vers les bons du Trésor US, l’actif toujours réputé « sans risque » alors même que la dégradation signifie explicitement qu’il ne l’est pas !

 

Si, toutes choses égales par ailleurs, la première séquence vicieuse (par les taux) s’activera plus tardivement que pour n’importe quel autre pays, la seconde (par l’austérité) est d’ores et déjà enclenchée. Car l’avis de Standard a pour effet de constituer la situation de la dette publique étasunienne comme problème, c’est-à-dire comme objet de préoccupation, désormais inscrit dans les têtes de la finance – dont on ne sort pas facilement –, matière à commentaire kilométrique et à surveillance permanente, par conséquent : entrée dans un régime tout autre que celui de benign neglect où la politique économique étasunienne a jusqu’ici trouvé ses marges de manœuvre. C’est précisément ce régime de focalisation de l’attention financière qui, dans la situation présente de récession, jette les politiques économiques dans de parfaites impasses en exigeant d’elles d’impossibles réductions de ratio de dette, et ceci par le simple fonctionnement mécanique de la logique démente voulant qu’une fois qu’un « problème » a été déclaré, fût-il imaginaire, alors il lui faut impérativement une solution – mais, elle, réelle. Ces réductions sont impossibles à obtenir en effet car l’environnement de récession et (surtout) de politiques d’austérité généralisées rend toute tentative d’ajustement budgétaire autodestructrice, comme l’ont déjà expérimenté les Grecs et comme le feront à leur tour tous les pays européens… Il y avait matière à s’étonner l’an dernier que les Anglo-saxons (Etats-Unis, Royaume-Uni) fussent passés si facilement sous les écrans radars. Voici les Etats-Unis rattrapés, et le Royaume-Uni ne perd rien pour attendre, son tour viendra très vite.

 

 

            Le chaos cognitif de la finance

 

Avec le concours des décideurs publics, incapables de penser autrement, la finance se trouve alors plongée dans une situation de parfait chaos cognitif en exigeant des politiques d’ajustement draconiennes, dont elle observe rapidement les effets désastreux (il n’aura pas fallu un an pour que le contresens soit avéré à propos du cas grec), à quoi elle réagit en exigeant d’approfondir cela-même qu’elle voit échouer ! Aussi les différents locuteurs autorisés de la finance demandent-ils tout et son contraire : ils veulent la rigueur sans faille mais exigent le redémarrage de la croissance. Le dernier rapport du FMI consacré à l’économie britannique [1] est de ce point de vue éloquent qui s’alarme de ce que la croissance en plein effondrement rend très improbable d’atteindre les objectifs affichés, qui va même jusqu’à établir un lien possible entre cette improbabilité et la restriction forcenée que le pays s’impose (comme les autres)… pour finir par lui recommander de surtout bien se tenir à sa présente ligne de conduite et de n’en pas dévier ! Ce genre d’aberration cognitive va devenir monnaie courante et l’on verra de plus en plus l’opinion financière – agences, FMI, presse économique – osciller entre ces demandes contradictoires sans être capable d’en tirer la moindre synthèse.

 

Car si la contradiction patente entre politiques d’austérité et relance de la croissance (qui en fait peut seule stabiliser les ratios Dette/PIB) est en effet intordable instantanément, elle pourrait cependant être résolue intertemporellement, mais à la condition bien sûr d’être capable de projection dans un horizon de moyen terme – c’est-à-dire de patience. La stimulation coordonnée relancerait les économies, moyennant d’abord une dégradation consentie des déficits et des dettes, mais temporaire seulement dès lors que les recettes fiscales reviendraient et stabiliseraient (par le dénominateur) le ratio Dette/PIB. Cette dynamique réenclenchée, il y aurait alors matière à réduire progressivement le dispositif de relance. C’est bien cette trajectoire que l’administration Obama avait l’intention d’emprunter… jusqu’à ce que les Républicains s’emploient à faire tout ce qu’il fallait de bruit pour faire prendre consistance à un « problème de la dette » s’imposant dès lors à l’agenda du débat public et à la préoccupation des marchés.

 

Gageons que même sans les Républicains, la finance toute seule aurait fini par se saisir du « dossier » car voilà bien sa caractéristique principale : quoiqu’elle soit souvent complaisamment présentée comme l’art de la projection temporelle par excellence, la finance de marché est la plupart du temps incapable de moyen terme. Aussi imaginer pouvoir conduire un ajustement macroéconomique sous sa surveillance, sans tout lui accorder ou sans le secours de circonstances externes favorables, est-il un rêve de singe.

 

L’entrée des Etats-Unis, et bientôt du Royaume-Uni, dans le club en expansion rapide des pays « à problème » a alors pour effet, en détruisant l’incarnation de « l’actif sans risque », de signifier symboliquement qu’il n’y aura bientôt plus nulle part de refuge offert au flight to quality, c’est-à-dire plus d’extériorité – nowhere to hide, comme disent les Américains –, et ceci même s’il faut sans doute attendre encore quelque temps pour que l’impasse de politique économique dans laquelle la dégradation vient de jeter les Etats-Unis commenceà produire ses effets, c’est-à-dire à détériorer le ratio de dette publique et à « prouver » que, oui, il y avait bien, il y a bien, un problème !

 

 

               Le néolibéralisme, régime du surendettement généralisé 

 

Maintenant que sont bruyamment signifiées, à propos du cas a priori le plus favorable, l’impossibilité de le régler dans un horizon de moyen terme et l’injonction sans appel d’aller se jeter dans l’impasse de l’austérité, la certitude de la catastrophe finale commence à se profiler. C’est sous cette perspective qu’il est plus judicieux de reformuler le problème général de la dette – mais évidemment en de tout autres termes : la mondialisation néolibérale va périr par la dette parce que, à l’encontre de l’idée reçue qui le présente comme la raison économique même, le néolibéralisme est fondamentalement le régime économique du surendettement généralisé. Dette des ménages, dette des institutions financières, dettes des Etats : la dette globale a monstrueusement explosé en vingt ans de mondialisation dans la plupart des pays : de 220 à 500 points de PIB pour le Royaume-Uni entre 1990 et 2010, de 130 à 370 points de PIB pour l’Espagne, de 200 à 350 points de PIB pour la France, de 200 à 280 points de PIB pour les Etats-Unis [2]…

 

La dette des ménages explose parce que seul le crédit leur permet de rester à flot pour leur consommation courante quand leur revenu est sous compression constante, du fait de la concurrence par les coûts du libre-échange et de la pression actionnariale à la rentabilité financière. La dette des institutions financière explose pour mobiliser l’effet levier et propulser les ROE (Return on Equity, rendement des capitaux propres). La dette des Etats explose sous l’effet du choc récessionniste occasionné par la crise financière, expression parfaite des désordres mêmes du néolibéralisme [3], mais surtout, en moyenne période, sous l’effet de la contre-révolution fiscale, un autre de ses produits typiques [4], qui réduit la contribution du capital et des plus fortunés. Vient forcément un moment où cette divergence proportionnelle n’est plus soutenable et où il n’y a plus d’autre solution que des annulations massives – nous en sommes là.

 

Il y aura alors une période plus ou moins longue de décomposition chaotique avant que la finance, et les gouvernements, ne se rendent à cette solution. La dégradation des Etats-Unis en est l’un des éléments, qui signifie à terme la perte de l’ancrage-référence de tous les portefeuilles d’actifs. Incidemment, le simple fait que des titres de dette (quels qu’ils soient) aient pu être tenus pour « l’actif sans risque » en dit long sur la voracité de la finance et le déplacement de normes qui s’en est suivi. Car normalement, l’actif sans risque ne peut offrir autre chose qu’un rendement… nul. Fut un temps – antérieur à la déréglementation financière – où seul le cash pouvait être authentiquement considéré comme « actif sans risque » – et encore, compte non tenu des pertes de valeur réelle éventuellement impliquées par une détérioration inflationniste de la monnaie. Mais être protégé du risque sans rien gagner, c’était bien trop peu pour la finance et ses nouveaux appétits. Du rendement, mais à coup absolument sûr, voilà le désir qu’elle a formé et dont elle a investi certains titres particuliers. C’était méconnaître la possibilité toujours ouverte de conjonctures financières dans lesquelles la clé de voûte du système général de la liquidité peut être emportée à son tour, sans qu’un remplaçant indiscutable et capable de tenir le même rôle, à la même échelle, ait émergé pour prendre la suite. Tous les modèles de mesure du risque et de contrôle de la solvabilité bancaire supposent cette référence de l’actif sans risque, mais que se passe-t-il quand celui-ci fait défaut ? Vers quoi d’autre se tourner ?

 

Quoiqu’il grimpe à des sommets, l’or n’est en aucun cas un actif de portefeuille au sens plein du terme : il n’est pas dématérialisé (ça n’est pas le tout d’acheter de l’or, il faut bien le stocker quelque part !), son marché n’est pas liquide car les transactions s’accommodent moins facilement des lingots que des écritures électroniques, et en fin de compte l’or n’est qu’une rémanence de fétichisme métallique, la ruée dont il est l’objet devant être surtout tenue pour un indicateur de l’extrême désarroi des investisseurs.

 

Les autres titres souverains ayant conservé leur triple-A ? Mais aucun n’offre un marché d’une surface comparable à celui des Treasuries. Et surtout : caparaçonnée d’une impeccable logique, la finance est en train de raisonner que si les Etats-Unis, qui étaient la meilleure signature du monde, ont été dégradés, alors les autres, qui étaient moins bons, doivent nécessairement être révisés à leur tour… La grande revue de détail de tous les triple-A (enfin, ceux qui restent) s’annonce donc et il ne devra pas manquer un bouton de guêtre. Mais, à ce compte-là, le défilé promet d’être maigrelet. Le candidat le plus sérieux à la dégradation est évidemment la France. Depuis le lendemain (boursier) de la dégradation, la scie du commentaire financier s’acharne sur le spread des bons du Trésor contre le Bund allemand, et chaque point de base supplémentaire écartant le premier du second est salué avec des frissons d’horreur et de jubilation mêlées – oui, la France n’est pas très populaire auprès de la finance anglo-saxonne. Or le drame dans cette affaire c’est que lorsqu’on est dans le collimateur de la « préoccupation » de la finance, on n’en sort plus : avoir été constitué par elle en « problème », c’est être voué par elle à avoir des problèmes…

 

 

            Fin de partie en Europe

 

Dans le cas de la France, il faut bien reconnaître que cette construction n’est pas complètement dénuée de fondement. Car pour tous les remous survenus à la suite de la dégradation de la note étasunienne, il s’agirait de ne pas perdre de vue que, dans le paysage de la finance en implosion, la cause majeure demeure l’imbroglio européen. Dès l’origine, on pouvait identifier la malfaçon constitutive de l’EFSF (European Financial Stability Facility, le fonds de secours européen), qui consiste à fabriquer des surendettés futurs pour sauver les surendettés présents, quitte à croire aux propriétés magiques du bootstrapping à l’image du baron de Münchausen imaginant se sortir de la vase en tirant sur ses propres cheveux. Le vice congénital pouvait passer inaperçu tant qu’il s’agissait de secourir un petit nombre de « petits » pays et que la dilution de la contribution sur l’ensemble des participants à l’ESFS demeurait tolérable.

 

Mais d’abord, le nombre des petits pays a crû, certains comme la Grèce réclamant même un deuxième service, de sorte que le cumul des sommes à mobiliser a commencé à grossir. Et voilà surtout que s’annoncent deux sérieux candidats au bureau des pleurs : l’Espagne et l’Italie. Il est à craindre que le coup soit fatal pour l’EFSF qui enregistrera le choc des deux côtés de son bilan.

 

D’abord du côté de ses emplois, car le volume des opérations change d’un coup singulièrement de format. L’Espagne affiche un encours de dette souveraine de 638 milliards d’euros, et l’Italie de 1 840 milliards d’euros (données Eurostat, fin 2010), à comparer aux 328 milliards de la Grèce, 148 milliards de l’Irlande et 160 milliards du Portugal… et venant s’y ajouter ! Sachant que les plans « Grèce (1 et 2) », « Portugal » et « Irlande », représentent un engagement total de l’EFSF de 236 milliards d’euros [5], l’extrapolation à l’Espagne et à l’Italie du coefficient Concours EFSF / Dette publique calculé pour les trois précédents [6] aboutit à l’estimation (tout à fait grossière) d’un total d’engagement de l’EFSF de 1 150 milliards d’euros… The Economist, qui propose un autre calcul sur la base d’une hypothèse où l’EFSF aurait à couvrir les deux tiers des dettes maturant à l’échéance de 2015, arrive à une estimation d’environ 800 milliards d’euros [7] – toutes estimations à comparer à la capacité actuelle de l’EFSF de 250 milliards d’euros et à sa capacité rehaussée de 440 milliards d’euros (laquelle ne sera active que lorsqu’aura été satisfaite la condition de validation par tous les Etats-membres des décisions du sommet européen du 21 juillet 2011…).

 

La situation de l’EFSF n’est pas moins grave du côté de ses ressources. Car, par un délicieux effet de vases communicants, les entrants dans la colonne « à sauver » sont ipso facto des sortants de la colonne « sauveteurs » (garants). Le poids des garanties est alors à répartir entre ceux qui restent, et la clause initialement prévue par l’accord-cadre instituant l’EFSF selon laquelle toute sortie d’un contributeur se solderait par une réduction à due concurrence de l’enveloppe globale du fonds ne tient pas une seule seconde : il n’est question que de son insuffisance et de l’augmenter comme on peut. L’Espagne et l’Italie supposées passées du mauvais côté du guichet, ce sont évidemment l’Allemagne et la France qui apparaîtront pour les garants-en-chef [8], mais alors au prix de quelques inquiétudes quant aux dangereux cumuls d’engagements variés (liabilities) auxquels elles sont en train de se soumettre. Alors oui, la France doit déjà lutter pour conserver son triple-A envers et contre la progression de sa propre dette publique interne, mais que sera-ce quand, les défauts européens se succédant, les garanties seront appelées ?...

 

Or l’effet « collimateur-et-problème » n’est pas près de s’arrêter. Il l’est même d’autant moins que la gestion européenne de la crise depuis mars 2010 fait un parcours à peu près sans faute… de toutes les erreurs possibles à commettre. Juridisme (qui rend difficiles les décisions rapides – à l’image de la montée en puissance de l’EFSF qui devra attendre la rentrée), fractionnement décisionnel du fait du contexte institutionnel et intergouvernemental, et surtout divergences stratégiques profondes, d’où résultent conflits intestins, atermoiements et mauvais gré dans l’exécution. Ainsi l’ajustement des capacités de l’EFSF est-il l’objet d’une épuisante guerre de tranchées pour fléchir l’Allemagne. Mais le pire vient sans doute de la position de la BCE. On lui devait déjà l’invraisemblable psychodrame qui a précédé le sommet de juillet, lorsqu’il s’est agi de décider d’un second paquet grec et qu’elle s’est opposée autant qu’elle l’a pu à toute formule d’implication des créanciers. On lui doit maintenant ses hésitations à endiguer l’extension de la crise souveraine à des débiteurs, l’Espagne et l’Italie, dont on est au moins bien certain qu’ils feront sauter tout le dispositif européen si jamais ils viennent à tomber.

 

La Banque centrale en effet est la seule à pouvoir se mettre en travers d’une dynamique spéculative naissante, comme celle qui est déjà en train de prendre à parti les taux italiens et espagnols (belges également). Or on ne saurait davantage traîner les pieds que la BCE dans cette affaire-là, en faisant savoir qu’elle n’entendait offrir qu’une solution aussi transitoire que possible avant que l’EFSF « augmenté » soit en charge des opérations de rachats sur les marchés secondaires. Confier des opérations d’intervention et de soutien de cours à un fonds est pourtant le plus sûr moyen d’échouer, car, par définition, un fonds a des ressources limitées, incapables de faire face aux masses de capitaux mobilisables par la communauté des investisseurs, et qu’il s’en trouve bon nombre parmi ceux-ci qui n’ont pas d’autre idée que d’aller « tester » la capacité de l’« intervenant » et de l’amener aux limites. Seule une banque centrale, en tant qu’elle est capable de mobiliser des moyens par définition illimités, est capable d’intimider la spéculation qui sait dès le départ qu’elle n’en verra pas le bout. Le retard à intervenir, le contrecœur manifeste avec lequel elle le fait, et pour finir l’annonce de son retrait programmé : tout concourt à miner le rempart indécis élevé par la BCE pour protéger l’Espagne et l’Italie, comme si personne ne semblait avoir conscience parmi les décideurs européens que nous sommes pour ainsi dire à la dernière station avant l’autoroute – soit en parcourant de l’aval à l’amont les enchaînements prévisibles du désastre : que l’Italie et l’Espagne sautent et tout saute ; que la spéculation contre leurs dettes souveraines ait pris tant soit peu d’ampleur et elle sera inarrêtable ; que les « autorités européennes » ne fassent pas tout pour tuer la spéculation naissante et elle passera le seuil critique…

 

 

            L’illusion du « miracle fédéraliste »

 

Légèrement transpirants, les euro-réjouis, ceux-là mêmes qui ont répété pendant deux décennies que l’Europe n’avait rien de libéral, qu’elle était même le bouclier contre la mondialisation, que jamais main de l’homme n’avait produit construction institutionnelle si merveilleusement agencée, fondent leurs derniers espoirs d’éviter la ruine finale sur un miraculeux sursaut politique qui au tout dernier moment accoucherait enfin du « fédéralisme ». Mais cet espoir-là ne vaut pas mieux que tous ceux qui avaient précédé. Car le fédéralisme raisonnablement à portée de main politique sera encore très incomplet – le plus probablement consistera-t-il en la fusion des dettes publiques européennes, ou d’une part d’entre elles, en eurobonds communs et indifférenciés.

 

Mais c’est faire l’hypothèse héroïque que les marchés oublieraient instantanément que sous la surface commune des eurobonds se tient toujours une pluralité d’émetteurs d’inégales signatures. Les investisseurs savent encore faire la différence du tout et de ses parties, à plus forte raison quand le tout ne peut offrir qu’un degré d’intégration limité et demeure hautement composite. Aussi des eurobonds n’empêcheraient-ils nullement que les analystes continuent de guetter les déficits de la Grèce, du Portugal, de l’Italie, etc. Dira-t-on que les parties seront soumises à de rigoureuses règles encadrant leurs politiques économiques ? Mais c’est redécouvrir exactement l’actuel problème de la zone euro, qui s’est déjà dotée de telles règles… avec le succès que l’on sait. Voudra-t-on imposer d’irréfragables « règles d’or » à tous les Etats-membres ? Mais c’est oublier que, dans des circonstances telles qu’une crise financière géante, la « règle d’or » n’est que la forme constitutionnalisée de l’austérité autodestructrice. Quant à l’idée que l’inscription dans les textes sacrés vaudrait certitude granitique d’application, il suffit d’en parler aux Argentins, qui ont envoyé paître leur currency-board en 2002, tout constitutionnel qu’il fût, pour ne pas même évoquer les multiples offenses dont les traités européens sont déjà silencieusement l’objet.

 

Mais surtout : pour que le « saut fédéral » soit à la hauteur du problème, il faudrait bien davantage, et notamment une intégration si poussée qu’elle ne laisserait aux nations membres qu’une importance financière résiduelle, le poids relatif de l’Etat fédéral et des Etats fédérés basculant jusqu’à atteindre des proportions équivalentes à celle des Etats-Unis, ou de l’Espagne dans ses rapport avec ses régions – et encore : une possible déconfiture des munibonds, ces titres émis par les Etats et les collectivités locales des Etats-Unis, ne manquerait pas d’attirer l’attention sur l’alourdissement supplémentaire de la dette fédérale, de même que les déficits des régions sont en train de devenir un motif de préoccupation pour les investisseurs exposés aux titres souverains espagnols. Mais qui peut imaginer le surgissement d’un Etat fédéral européen pesant budgétairement autant que les Etats-membres réunis (comme aux Etats-Unis) avec tout ce qu’il appelle de progrès politiques : de vraies institutions politiques fédérales, la constitution d’une citoyenneté politique européenne unique, primant sur les citoyennetés « locales », etc., seules avancées capables de soutenir une politique financière commune ? Ou, plus exactement, qui peut imaginer que ce qu’il faut bien nommer par son nom : un authentique processus constituant, puisse survenir avant que nous ne finissions au milieu des ruines fumantes ?

 

 

Par où la sortie ?

Création monétaire et révolution institutionnelle !

 

Il faut s’y faire : les ruines fumantes, l’insuffisance générale des dynamiques politiques européennes, nous y conduit tout droit. Si l’Espagne et l’Italie basculent, adieu Berthe ! L’EFSF saute comme un bouchon de champagne, la spéculation se déchaîne contre toutes les dettes souveraines, plus aucun dispositif ne peut l’enrayer, une série de défauts importants devient quasi-certaine, les systèmes bancaires européens, puis étasunien, s’écroulent dans un fracas qui fera passer la chute de Lehman pour une animation d’ambiance. Rendu à cette extrémité, il n’y a plus qu’une voie de recours : on ne sortira de pareil effondrement que par une opération de création monétaire inouïe et tout ça se finira dans un océan de liquidités.

 

Incapables de faire face à leurs engagements de paiement interne, les Etats qui sont en déficit primaire se tourneront vers la banque centrale pour financer leur solde. Mais, sans même s’attarder à la lettre des traités, la BCE est-elle capable de répondre favorablement à une demande de ce genre ? Poser la question c’est y répondre. Tout l’habitus du banquier central européen s’y oppose. Dans ces conditions, les pays concernés reprendront barre sur leur banque centrale nationale, de fait extraite du SEBC (le Système Européen de Banques Centrales), pour lui faire émettre des euros en quantité ad hoc. A ce moment précis, constatant l’apparition dans la zone euro d’une source de création monétaire anarchique, affranchie des règles du SEBC, donc susceptible de mélanger ses euros impurs aux euros purs (et par là de les corrompre), l’Allemagne considérera que le point de l’intolérable a été atteint et, faute d’avoir les moyens d’exclure le(s) contrevenant(s) [9], jugera que sa propre conservation monétaire lui fait devoir de quitter les lieux. Fin du voyage pour l’euro, en tout cas dans sa forme originelle.

 

Mais la création monétaire massive sera également nécessaire pour ramasser les banques effondrées, puisque cette fois-ci, par construction, il ne faudra pas compter sur les bonnes grâces des finances publiques… Recapitalisation et garantie des diverses catégories de dépôts (sous un certain plafond, par là doté de bonnes propriétés de justice sociale : il y a des très riches qui vont beaucoup perdre…) se feront par émission monétaire.

 

La garantie des dépôts n’entraîne d’ailleurs pas nécessairement une création monétaire nette : s’agissant des dépôts à vue, elle viendrait simplement

compenser la destruction monétaire qui suivrait de l’effondrement des banques et de la perte des encaisses en comptes courants. S’agissant des produits d’épargne, la garantie, si elle est crédible, n’a pas à être tirée : la banque n’était qu’un intermédiaire, si les comportements des déposants restent stables (comprendre : ne versent pas dans le run bancaire), il suffit d’attendre normalement l’arrivée à maturité des créances sur les débiteurs finaux (les agents à qui les fonds épargnés avaient été passés) pour que se débouclent toutes ces opérations sans qu’il soit besoin d’intervenir [10]. Quant aux recapitalisations bancaires, elles peuvent se faire par le truchement même des concours que la Banque centrale devrait de toute manière accorder aux banques privées pour les maintenir dans la liquidité : au lieu que ces concours prennent la forme usuelle de crédits, il consisteraient en avances non remboursables dont la contrepartie serait des titres de propriété, inscrits comme participation au bilan de la Banque centrale et comme fonds propres à celui des banques privées. Sous ces deux précisions, il en restera sans doute encore pour hurler au désastre de la création monétaire. On leur demande simplement d’essayer de se figurer la situation dans laquelle toutes les banques sont écroulées et les finances publiques définitivement incapables d’y remédier – puis de déclarer ce qu’ils auraient d’autre à proposer.

 

Par une ironie dont l’histoire a le secret, le néolibéralisme pourrait donc bien mourir par sa dénégation préférée : la dette – dont il n’a cessé de crier les dangers… quand tous ses mécanismes conduisaient à son emballement généralisé. La création monétaire massive n’est pas une perspective réjouissante en soi. Mais lorsqu’il ne reste plus qu’elle pour extraire un corps social du dernier degré de la ruine – et il ne faut pas douter que l’effondrement bancaire total nous ramènerait en quelques jours à l’âge de pierre –, lorsque, donc, il ne reste qu’elle, il ne faut ni en diminuer les possibilités ni en exagérer les périls.

 

*Mais l’essentiel est ailleurs : il est dans le fait que jamais un groupe d’intérêt aussi puissant que celui qui s’est constitué autour de la finance lato sensu ne renoncera de lui-même au moindre de ses privilèges, et que seuls peuvent le mettre à bas la force d’un mouvement insurrectionnel – puisqu’il est bien clair par ailleurs qu’aucun des partis de gouvernement nulle part n’a le réel désir de l’attaquer –, ou bien la puissance dévastatrice d’une catastrophe que son système aura lui-même engendré.* A l’évidence, c’est cette dernière hypothèse qui tient la corde, et puisqu’elle déploie maintenant ses effets avec la force de fatalité du tsunami évoqué en ouverture, il ne reste plus qu’à attendre qu’elle accomplisse pleinement ses virtualités… pour en tirer le meilleur parti : reconstruire les institutions de la création monétaire souveraine [11], avec tout ce qu’elle suppose et de possibilités rouvertes et aussi de rigoureux encadrements [12] ; réinventer des structures bancaires qui à la fois échappent aux prises d’otage de la banque privée et dépassent la forme « nationalisation » vers un système socialisé du crédit [13] ; réduire au minimum minimorum la structure des marchés de capitaux pour lui ôter tout pouvoir de nuisance et d’usurpation [14]. Soit, sur les ruines, enfin tout rebâtir.

 

*Notes*

 

[1]IMF Country Report n° 11/220

<http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2011/cr11220.pdf> (PDF), juillet 2011.

 

[2] McKinsey Global Institute, « Debt and deleveraging. The global credit bubble

and its economic consequences – updated research »

<http://www.mckinsey.com/mgi/reports/freepass_pdfs/debt_and_deleveraging/debt_and_deleveraging_full_report.pdf>

(PDF), 2011.

 

[3] Voir Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises

financières, épilogue, Raisons d’agir, 2008.

 

[4] Voir sur ce blog « La dette publique, ou la reconquista des possédants »

<http://blog.mondediplo.net/2010-05-26-La-dette-publique-ou-la-reconquista-des>,

26 mai 2010.

 

[5] 45 milliards pour l’Irlande, 52 milliards pour le Portugal, 80 milliards

pour Grèce-1, 59 milliards pour Grèce-2 (qu’on estime grossièrement à partir du

total du paquet Grèce-2 de 109 milliards dont on retranche les 28 milliards de

recettes de privatisation, soit 81 milliards d’euros, auxquels on applique un «

coefficient de participation » des institutions européennes égal à celui de

Grèce-1 – ce dernier était de 80/110, les 30 résiduels étant pris en charge par

le FMI).

 

[6] Ce coefficient moyenné sur la Grèce, le Portugal et l’Irlande est de (45 +

52 + 80 + 59)/636, soit 0,37.

 

[7]« Bazooka or peashooter » <http://www.economist.com/node/21524868>, The

Economist, 30 juillet 2011.

 

[8] Dans la configuration originelle de l’EFSF (mai 2010), elles portaient déjà

respectivement 27% et 20% du total des garanties.

 

[9] Puisque, curieusement, le traité de l’UE ne contient aucune disposition

permettant l’exclusion d’un Etat membre.

 

[10] Evidemment, il y aura création monétaire nette à concurrence de la part des

épargnes ayant pour contrepartie le débiteur souverain puisque celui-ci aura

fait défait sur sa dette.

 

[11] Et cela quelle que soit la circonscription territoriale de cette

souveraineté. A propos de ce débat, voir sur ce blog « Qui a peur de la

démondialisation ? »

<http://blog.mondediplo.net/2011-06-13-Qui-a-peur-de-la-demondialisation>, 13

juin 2011, et dans Le Monde diplomatique d’août, actuellement en kiosques, « La

démondialisation et ses ennemis ».

<http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/LORDON/20843>

 

[12] Voir sur ce blog « Au-delà de la Grèce : déficits, dettes et monnaie »

<http://blog.mondediplo.net/2010-02-17-Au-dela-de-la-Grece-deficits-dettes-et-monnaie>,

17 février 2010.

 

[13] Voir sur ce blog « Pour un système socialisé du crédit »

<http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit>, 5

janvier 2009 (également in La Crise de trop, Fayard, Paris, 2009).

 

[14] Voir sur ce blog « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec

les crises financières »

<http://blog.mondediplo.net/2008-04-23-Quatre-principes-et-neuf-propositions-pour-en>,

23 avril 2008 (également in Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises

financières, Raisons d’agir, Paris, 2008) ; et aussi « Si le G20 voulait... »

<http://blog.mondediplo.net/2009-09-18-Si-le-G20-voulait>, 18 septembre 2009.

 

 

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 06:21

http://goudouly.over-blog.com/article-crise-eux-ou-nous--81593059.html

 

carte postale de Wolfgang Mussgnug

Wolfgang Mussgnug
Nella viuzza fresca, 2004
Glas, frei geformt, graviert
29,5 x 19,5 x 5,5 cm

sur cARTed Network

Crise : eux ou nous

 

 

L'Europe a rendez-vous avec l'histoire. La crise financière, arrivée à son point de fusion, a mis à nu les erreurs d'analyse, les fautes politiques, les aveuglements idéologiques commis par les responsables politiques depuis plus de vingt ans et amplifiés depuis l'écroulement du système financier en 2008. Depuis dix-huit mois, toutes les réponses politiques ont été hésitantes, inadaptées, à contre-courant. Les responsables européens peuvent encore reprendre la main. Mais ils n'ont plus beaucoup de temps. S'ils ratent le court créneau qui leur est offert, l'implacable mécanique de destruction ne s'arrêtera plus.
Comprenant que le moment bouscule tous les calendriers et agendas politiques, Nicolas Sarkozy tente de reprendre la main et de faire oublier son bilan. Mais à sa manière : avec des petites manœuvres. En tendant un piège à la gauche avec sa règle d'or, d'un côté. En organisant une nouvelle fois la mise en scène de ses rendez-vous internationaux, de l'autre. Une réunion est donc prévue dès mardi avec Angela Merkel à l'Elysée pour donner l'image, vue déjà maintes fois, d'un couple franco-allemand la main dans la main pour défendre l'euro et l'Europe.

L'objectif de cette rencontre est déjà fixé : il faut rassurer les marchés. Le plat de résistance est la mise en œuvre des décisions arrêtées au sommet du 21 juillet. Les parlements européens sont priés d'accélérer le pas pour adopter dans l'urgence l'ensemble du plan de sauvetage de l'Europe, afin de répondre aux exigences des marchés qui ne raisonnent plus qu'au rythme du clic de la souris d'ordinateur.

Mais les discussions entre le chef d'Etat français et la chancelière allemande devraient aller au-delà. Car le plan du 21 juillet est mort avant d'être né. Le monde financier exige que les responsables européens «l'approfondissent». Nicolas Sarkozy est encore plus ouvert à cette révision depuis l'attaque en règle menée contre les banques françaises cette semaine. La démonstration a été faite par la finance qu'elle peut mener un système jusqu'à l'écroulement. Le chef de l'Etat a compris l'avertissement: il sait que si tout tourne mal, il sera comptable du désastre. Il pourra dire adieu à un nouveau mandat à l'Elysée. Il est donc prêt à pactiser.

Les financiers comptent beaucoup sur lui pour rallier Angela Merkel. Combien de fois la chancelière allemande au cours des deux dernières années n'a-t-elle pas dit non à tout, hésitant, temporisant, avant de céder, au nom de l'Europe? Cette fois-ci, ils parient encore sur la capacité de conviction du président français pour amener la chancelière allemande à résipiscence.

D'une part, le monde de la finance n'a pas admis d'avoir à payer un tribut dans le plan de sauvetage de la Grèce, comme l'exigeait Berlin. Même si leur contribution est minime –les premiers chiffres font apparaître qu'elle risque d'être encore inférieure aux 21% négociés par l'institut de finance internationale, invité directement à la table du conseil européen–, c'est une question de principe. L'Europe a beau avoir écrit que le cas grec était «unique», en d'autres termes que le monde financier ne serait plus jamais mis à contribution, les financiers n'ont pas confiance. Ils aimeraient donc pouvoir revenir sur l'engagement grec. Ou à défaut, obtenir un mécanisme de garantie à 100%.


Assurances tous risques

Et cette assurance tous risques, ils la voient dans le fonds européen de stabilité financière. Le fait que l'Europe ait accepté, lors du sommet de juillet, le principe de venir, en remplacement de la Banque centrale européenne (BCE), au secours des pays attaqués et de racheter sur le marché secondaire les dettes obligataires matraquées par la spéculation est déjà un acquis. Berlin a tenté d'encadrer le processus, en notifiant que ces rachats devraient être faits à l'unanimité des pays et après examen de la BCE.

Ce qui s'est passé ces dernières semaines prouve que cette précaution n'est qu'une dissuasion de papier. Avant même que le fonds ne soit en place, la spéculation s'est déchaînée sur les dettes italienne et espagnole. Dans la panique, la banque centrale a dû accepter de mettre entre parenthèses ses principes, et d'intervenir sur les marchés pour soutenir les obligations espagnoles et italiennes. Mais l'avertissement lâché par le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, est sans ambiguïté : « Les Etats européens doivent prendre leurs responsabilités. » En clair, il est urgent que l'Europe prenne le relais de la banque centrale et renforce son fonds de stabilité pour venir au secours des pays européens en détresse.
Déjà, les analystes financiers commencent à s'inquiéter de la faiblesse des montants du fonds de stabilité : 440 milliards d'euros ne sont pas suffisants, selon eux, pour voler à la rescousse de la zone euro en danger. Sans doute pour rappeler son existence, le transparent président de la commission européenne, José Barroso, s'est empressé d'abonder dans leur sens, en demandant un renforcement du fonds. A sa suite, de nombreux responsables ont commencé à militer pour son augmentation, réclamant de le porter à 2.000 milliards d'euros au moins.

Même si le ministre allemand de l'économie Philipp Rösler, soutenu par les Pays-Bas et la Finlande, s'est empressé de répondre par une fin de non-recevoir, le sujet est désormais sur la table. Et Nicolas Sarkozy va s'efforcer de convaincre Angela Merkel de toute la pertinence de cette mesure. La gauche socialiste lui emboîte le pas sur cette question. Les mots solidarité européenne, sauvetage de l'euro, intégration fiscale, euro-bonds suffisent et ne poussent pas à approfondir le dispositif.

Une telle unanimité devrait poser question. Ne sommes-nous pas dans ce « culte du convenu» que Marc Bloch dénonçait dans L'Etrange Défaite ? « Ainsi s'imagine-t-on, sans doute, entretenir, par un voile pudiquement jeté sur les pires erreurs, la confiance de la nation », écrivait l'historien en 1940.
Car, à y regarder de plus près, le mécanisme tel qu'il a été imaginé il y a un an pour sauver la Grèce est un échec. Les pays européens ont accepté de garantir à l'époque 110 milliards d'euros de dettes pour aider la Grèce à traverser ce qui devait être une difficulté de financement momentanée. Or rien ne s'est déroulé comme prévu. Après avoir obtenu de telles garanties, la dette grecque, qui était en mai 2010 à près de 7%, aurait dû se détendre et retomber vers les 4-5% puisqu'il n'y avait plus de risque réel, selon la théorie des marchés efficients.

Or, c'est l'inverse qui s'est passé. Les rendements sur la dette grecque ont continué à grimper pour atteindre 11% à l'automne, plus de 16% au printemps. Tandis que l'économie grecque sombrait dans la récession – moins 6,9% encore au deuxième trimestre de cette année – sous l'effet des coupes budgétaires et des programmes d'austérité, la dette n'a cessé d'augmenter et le pays s'est retrouvé totalement insolvable. D'où la nécessité d'un deuxième plan de sauvetage qui ne devrait pas plus sauver la Grèce que le premier, les mêmes causes produisant les mêmes effets.


Les finances publiques jouées à la roulette de la spéculation

Loin d'apporter un apaisement dans la zone euro, la création de ce fonds de stabilité a au contraire déchaîné la spéculation. Les banques y ont vu un excellent moyen d'assurer à bon compte une partie de leurs risques passés, au détriment des fonds publics. Après la Grèce, il y a eu l'Irlande puis le Portugal. L'Europe a volé à leur secours. En un an, près de 200 milliards d'euros financés et garantis par les autres pays européens ont été débloqués. Sans apporter le moindre soulagement à la zone euro. Comme pour la Grèce, les rendements obligataires des pays secourus ont monté encore plus après qu'avant les plans de sauvetage. La dette est venue augmenter la dette chez eux, et dans le reste de l'Europe.

Pourquoi cela serait-il différent aujourd'hui? Cela risque même d'être pire car, à l'aide directe aux gouvernements, l'Europe ajoute maintenant des achats directs des dettes en péril sur les marchés secondaires. On comprend l'enthousiasme des acteurs financiers face à cette mesure. Alors que les Etats, trop endettés, ne sont plus en mesure de les aider, que les banques centrales leur refusent désormais des mesures de quantitative easing, c'est-à-dire les rachats de leurs produits toxiques pour les aider à nettoyer leur bilan, l'Europe, seule structure existante sans dette, se propose de prendre le relais, par la mutualisation des dettes et des taux de chaque pays participant.
On comprend aussi leurs injonctions à porter très vite à augmenter le montant du fonds. Car la suite est prévisible et a déjà commencé à être mise en œuvre. Les unes après les autres, les dettes des pays européens vont être jouées à la roulette de la spéculation. Cela sera d'autant plus facile qu'aucune mesure n'a été prévue pour la contrer, notamment sur les CDS, cette bombe à neutrons des dettes souveraines. Et à chaque fois, il sera demandé au fonds d'intervenir : les banques ainsi auront trouvé la structure ad hoc pour se débarrasser de leurs risques et les transférer à la sphère publique. Le fonds risque de devenir une vaste structure de défaisance du système bancaire européen, qui n'a pas été remis en ordre. C'est si vrai que la Banque centrale européenne justifie la crainte de détérioration de son bilan pour ne plus acheter de la dette sur les marchés secondaires.

Les responsables politiques ont-ils compris ce qu'ils étaient en train de mettre en place ? Car en face de la spéculation, ils jouent le bilan de leur Etat, c'est-à-dire, leurs recettes budgétaires, la sécurité sociale, les engagements de retraite, l'ensemble des richesses accumulées, pour le seul profit de la finance. Ainsi, les marchés n'ont pas protesté après l'annonce par François Fillon d'un endettement de 15 milliards supplémentaires liés au plan de sauvetage de la Grèce à la fin de l'année, venant s'ajouter aux 6 milliards déjà débloqués au début de l'année. 21 milliards de plus en quelques mois, il n'y a rien à dire: c'est pour la bonne cause. A l'inverse, la perspective d'un déficit de 40 milliards, dont la moitié imputable à la crise, à l'horizon 2020 de notre système de retraite leur a semblé inadmissible. Ils ont exigé – et obtenu – une réforme immédiate de l'âge de la retraite, porté dans les faits à 67 ans. Il y a définitivement des dettes plus supportables que d'autres. 

La lettre de la BCE à l'Italie ne laisse planer aucune ambiguïté sur la suite. Au programme: toujours plus d'austérité, de coupes budgétaires, de diminution de protection sociale. Toutes les garanties et protections du corps social sont condamnables pour un système financier, qui ne cesse d'en exiger davantage pour lui-même.

Ce coup d'Etat de la finance ne semble pas choquer. « Nous allons devoir nous habituer à des règles dictées par la Banque centrale européenne!» a expliqué doctement le président de l'AMF, Jean-Pierre Jouyet, conseiller à ses heures de François Hollande, mercredi sur France Inter.


Risques d'explosion de la zône Euro

Pour beaucoup, ce sont des sacrifices nécessaires pour sauver l'euro et l'Europe, pas indispensables avant la grande fédération européenne. Cela pourrait être au contraire ce qui mène l'Europe à sa perte. Car les mécanismes imaginés sont ingérables financièrement et politiquement. Le financement du fonds de stabilité repose sur la contribution proportionnelle des Etats européens. Si l'Allemagne et la France en sont les principaux contributeurs, à hauteur respectivement de 27,1% et 20,3%, l'Italie et l'Espagne sont censées y contribuer à hauteur de 17,9% et 11,9%. Comment ces deux pays, surendettés et interdits de marchés financiers, pourront-ils apporter leur aide? Les Italiens et les Espagnols, déjà sonnés par la crise, accepteront-ils de faire encore plus d'effort, au nom de l'Europe ? 

La charge risque de retomber sur un nombre de plus en plus restreint de pays. Si l'Espagne ou l'Italie viennent à être mises en danger, le reste de l'Europe ne pourra pas suffire à les sauver. « Ensemble, les pays européens sont plus forts », répètent les défenseurs de ce système. Mais à ce stade, compte tenu des défauts liés à la création européenne auxquels il n'a toujours pas été remédié, des mécanismes imaginés, cette association risque au contraire de tourner au désastre. Comme lors de la bataille d'Aboukir, l'enchaînement des navires risque d'entraîner tout le monde par le fond.
Le risque de l'explosion de l'Europe est non nul, au vu de la spirale ascendante de la crise. Les premières contestations en Finlande, aux Pays-Bas, en Allemagne, qualifiées de populistes et d'égoïstes, sont à prendre au sérieux. Pourquoi des populations accepteraient-elles de prendre à leur charge une partie du fardeau, de consentir à une dégradation de leur niveau de vie sans broncher ? Au nom de l'Europe ? Elle a tellement peu tenu ses promesses. On leur avait promis la fin de la spéculation monétaire. Ils découvrent la spéculation sur les dettes souveraines, bien plus dangereuse pour le contrat social. On leur avait juré la stabilité et la prospérité. Ils ont le chômage, la désindustrialisation et l'austérité. Aujourd'hui, ce sont leurs retraites, leurs hôpitaux, leur système de santé, leurs écoles qui sont en jeu.
Dans leur manifeste, les “économistes atterrés” avaient décrit l'enchaînement fatal dans lequel l'Europe se trouve aujourd'hui. Ils avaient aussi donné leurs solutions. Parmi les tout premiers remèdes, ils préconisaient de redessiner la zone euro, afin de lui donner les armes et les outils d'une véritable union monétaire. Ils insistaient notamment pour que la BCE devienne une véritable banque centrale comme dans les autres zones monétaires, et se porte garante en dernier ressort du système et des Etats. Il faut « affranchir les États de la menace des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publics par la BCE », insistaient-ils.

Si ce cadre existait, c'en serait fini du chantage du monde financier sur la zone euro. Jamais la Grèce ou le Portugal n'aurait été poussés dans les cordes, puisque la banque centrale européenne se serait portée garante de leur financement en dernier recours. Les agences de notation auraient vu leur pouvoir de nuisance notablement diminué. Même les banques s'y seraient retrouvées en définitive, puisque la valeur des dettes souveraines européennes, qui forment le socle de leur bilan, n'aurait pas été mise en question. Cela aurait permis de stabiliser le système financier européen avant d'exiger sa réforme, alors qu'aujourd'hui, toute réforme est repoussée, par crainte de sa fragilité.

Mais tout cela remet en cause l'indépendance de la BCE, fondement de l'euro, objectent les défenseurs de l'euro. Mais indépendance vis-à-vis de qui ? Certes, la banque centrale n'est pas sous le contrôle des Etats et est même en train de prendre le pas sur eux. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, s'en est irrité comme l'a rapporté Le Monde. « Bien que la BCE soit indépendante, il serait bien que les gouvernements soient aussi considérés comme tels, a-t-il lancé, au vu de toutes les exigences de l'institution présidée par M. Trichet. » En revanche, la BCE affiche la plus grande compréhension à l'égard du monde financier, au point de devenir le porte-parole de leurs intérêts, comme l'ont montré ses dernières interventions contestant la restructuration de la dette grecque.
L'Allemagne ne voudra jamais accepter un tel changement de statut : elle en avait fait une condition non négociable, au moment de la création de la zone euro, répètent tous les partisans du statu quo. Au point critique où en est arrivée la crise de l'euro, il serait pourtant bienvenu de se reposer la question.
Plutôt que d'essayer de convaincre Angela Merkel d'accélérer le pas, de mettre encore plus d'argent –ce qu'elle refuse à juste titre– dans la défense d'une construction bancale et viciée et dans l'intérêt exclusif de la finance, il serait préférable de la persuader d'entreprendre une remise sur pied de l'édifice européen, en commençant par lui donner une assise stable par la réforme de la BCE.  
C'est ce rendez-vous avec l'histoire qu'ont les responsables européens. Ils ont quelques semaines pour dire ce qu'ils choisissent finalement: la finance ou les peuples européens. Eux ou nous ?

Martine Orange


http://www.mediapart.fr/journal/economie/120811/crise-eux-ou-nous

 

http://atterres.org/


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