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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 03:58


Décroissance : le poids des mots, le choc des idées (2)

http://goudouly.over-blog.com/article-decroissance-le-poids-des-mots-le-choc-des-idees-2--37213551.html
Fabrice Flipo


Sur La revue du MAUSS

Alain Beitone a eu la gentillesse de m’envoyer son texte courant août. J’étais alors en route pour Delhi, je lui avais fait une réponse un peu télégraphique, avec les moyens disponibles, coincé dans une guesthouse pour cause de taxi noyé par les eaux célestes de la mousson en revenant de l’aéroport. Maintenant que je suis installé, je reprends cette réponse en la structurant mais en ne modifiant guère le fond, pour l’essentiel.

 

La thèse que nous défendons est contraire à celle d’Alain [Beitone], sur certains points. Nous sommes pourtant d’accord sur l’essentiel. Tout en restant modeste sur la capacité de cette « trouvaille » qu’est le mot « décroissance » à engendrer un changement social d’une ampleur suffisante pour qu’on puisse à nouveau parler « d’émancipation », nous montrons d’une part que les ambiguïtés du mot sont aussi fécondes, et pas seulement stériles, et ce n’est pas rien en l’état actuel du vide de propositions alternatives au développement-non-durable, et d’autre part que la décroissance n’est en rien contraire aux idéaux progressistes, bien au contraire car à notre sens c’est la thèse croissanciste qui désormais ne peut conduire qu’à la régression. Par souci de clarté nous avons suivi un plan proche de celui proposé par Alain, et, sommes restés sur le mode de la réponse.

Première partie : la décroissance, un terme ambigu, un projet critiquable

Ce que la décroissance dit clairement

Le terme « décroissance » est ambigu, en effet. Il dit néanmoins clairement plusieurs choses qui sont essentielles, que les autres ne disent pas. Cela déjà mérite qu’on s’y intéresse un peu, même si c’est pour s’inscrire en faux ensuite.

La première est que nous n’avons plus rien à espérer d’une croissance supplémentaire des économies occidentales, sinon une aggravation des inégalités globales, en particulier sur le plan écologique. La thèse de la « croissance verte » est fallacieuse, un examen attentif des choix techniques disponibles (énergie, agriculture etc.) montre qu’il n’y a pas de combinaison qui permette d’augmenter la quantité de production (mesurée par le PIB) en améliorant la qualité de façon à la rendre compatible avec les écosystèmes. La corrélation PIB / empreinte écologique est solide, aucune forme de développement connue ne l’a jamais réfutée. Les économistes peuvent bien reprendre leurs calculettes, le fait est là : pour produire mieux (en qualité), il faudra produire moins. Produire moins et moins vite parce que les écosystèmes, contrairement aux stocks fossiles, donnent moins et moins vite que ce qu’on cherche à prendre.

Est-ce une catastrophe ? Les partisans de la décroissance soutiennent que non, car, si on résume le propos dans des termes marxiens, on ne saurait confondre la richesse bourgeoise avec l’émancipation. Ce dont nous souffrons aujourd’hui c’est d’un trop de choses qui appauvrissent les liens. Le « moins » souhaité résulte d’un « trop » perçu, ce qui est, on en conviendra aisément, le monde à l’envers pour n’importe quel économiste car s’il y a bien une chose sur laquelle se fonde l’économie c’est que vouloir plus est rationnel. Le désir est certes infini mais il ne saurait sans se perdre sombrer dans le fétichisme de la marchandise qui nous fait prendre des biens pour des relations humaines, dans le domaine de la production sans doute, le marxisme l’a bien expliqué, mais aussi dans le domaine de la consommation, et là c’est plutôt à Baudrillard ou Marcuse qu’il faut s’en référer.

Ceci aura évidemment d’importantes conséquences sociales, qui sont habilement masquées par les thèses croissancistes qui laissent à croire que cette question peut être évitée par la seule technique. La décroissance nomme adéquatement le contexte social qui serait celui de politiques vraiment écologiques, c’est-à-dire vraiment cosmopolitiques, vraiment pour une solidarité mondiale, là où la majorité de la classe politique et des divers commentateurs s’accordent désormais tous pour vouloir « sauver la planète » - en commençant par demander au voisin d’en payer le prix. Enfin, soyons sérieux : le mode de vie des pays développés n’est pas universalisable, tout le monde le sait, et ce qu’on nous propose en guise d’universel serait davantage de croissance ? Quel tour de passe-passe ! La décroissance nomme adéquatement cet enjeu, quand « l’écologie politique », « le développement durable » etc. ne le nomment pas, pour ne rien dire de la « croissance verte » évidemment. La décroissance ne se paie pas de mots, elle ne parle pas pour chercher un consensus mou ou une position de compromis permettant une victoire électorale, laissant croire par exemple que l’écologie c’est la bobo attitude, le mieux-être, le yoga et la diététique dans des centres bioclimatiques. La décroissance pose un problème éminemment sérieux à la collectivité, et entend qu’on en débatte.

La seconde est que toutes les mesures prises pour relancer la croissance ont peu de chances de produire autre chose que des bulles spéculatives. En effet l’économie réelle n’a plus guère de marges de manœuvre, en premier lieu en raison du pétrole et des matières premières. Les économistes ont souvent des difficultés à comprendre l’aspect physique de l’économie. Les biens et les services, c’est de la matière et de l’énergie. Comme l’explique Jean-Marc Jancovici, chaque habitant des pays développés dispose en moyenne de 100 esclaves énergétiques. Quand l’énergie se raréfie son prix augmente, l’esclave et l’économie ralentissent. Là encore pour le percevoir il faut avoir une connaissance approfondie des choix techniques qui sont à notre disposition et ne pas se contenter de croire que la technique « miracle » (comme la fusion froide) nous est cachée par les capitalistes (version marxiste) ou que la flambée des prix fera apparaître la technologie adéquate permettant de continuer de croître (version néoclassique – la « backstop technology »). Cela ne marchera pas car ce qui est en jeu ce n’est pas une technique mais une infrastructure entière. Même avec une technique « miracle », c’est-à-dire une technique qui trouverait un gisement de ressources inépuisables (autrement dit le mouvement perpétuel) il faudra donc compter le temps que la technique « miracle » se diffuse, se généralise. Cette voie est une impasse. Les ressources sont quasiment toutes exploitées et la plupart proches de la surexploitation. La plupart des techniques « miracle » se contentent de déplacer les consommations sans les réduire. L’économiste doit se faire ingénieur et s’intéresser à tous ces débats « techniques » dans lesquels les mouvements écologistes sont profondément impliqués – OGM, nucléaire etc. Qu’on nous permette d’en venir directement à la synthèse : il n’y a pas, aujourd’hui, dans les divers secteurs de l’économie, de solution technique qui permette à la fois de consommer moins sur le plan écologique et de consommer plus sur le plan économique. La croissance économique se traduit inévitablement par des prélèvements écologiques supplémentaires, qui ne sont pas toujours perceptibles car ils concernent des matériaux qui sont souvent payés à bas prix dans le Tiers-monde. Les flux de matière engendrés par certains pays « développés » comme la Suisse peuvent apparemment être relativement faibles, en réalité ils sont tout aussi élevés que les autres pays développés, tels les Etats-Unis, car les pays comme la Suisse importent les produits qu’ils consomment sous une forme manufacturée. Matière et pollution sont donc comptabilisés au pays exportateur. Un tel modèle n’est pas généralisable. Et « pas généralisable » implique que l’horizon d’émancipation, d’égalité ne puisse absolument pas être atteint par ces moyens-là.

Rien à faire, la sobriété est à l’ordre du jour, et s’il y a bien une chose qui n’est ni technique ni économique, c’est bien celle-là. La sobriété, ce n’est jamais que l’autre face de la liberté des autres. Un problème politique, donc.

De ce fait en aucune manière la croissance de l’économie ne peut plus être compatible avec l’émancipation. Le terme « décroissance » dit un engagement : celui d’aller vers des sociétés de décroissance, et pas seulement de croissance verte ou de croissance responsable etc. qui sont sinon des oxymores du moins des termes encore plus ambigus, pour ne rien dire du « développement durable ».

Sur l’ambiguïté du terme

Sur d’autres points, le terme de « décroissance » est ambigu. Mais cette ambiguïté est fertile, nous allons ici le prouver par quelques exemples.

Le premier porte sur la définition de l’économie. On entend souvent dire que les mouvements de la décroissance parlent de « l’économie » sans faire la distinction avec « l’économie capitaliste » ou avec « le développement ». Sur le premier point on peut répondre en deux temps. Le premier est historique : les économies socialistes réelles ont toujours été des économies de croissance. Le second temps est conceptuel : du côté socialiste, personne ne propose de théorie « économique » de la décroissance, ou même de la non-croissance. Une telle théorie d’ailleurs ne serait probablement plus une « économie ». Ne nous payons pas de mots : la « décélération de la croissance » proposée par le livre du conseil scientifique d’Attac sur le développement joue au niveau du détail [1] - quand on est à 1-2% de croissance, que signifie de décélérer encore sans engager la question d’une décroissance ? On pinaille. Une décroissance « sélective », comme le propose notamment par Jean-Marie Harribey [2] ? C’est soit une évidence, du point de vue politique, des mouvements de la décroissance dont aucun ne soutient la décroissance aveugle de tout et n’importe quoi, soit c’est une question, et non une réponse, sur le plan de la théorie économique, car tout le monde sait d’une part que les secteurs sont interdépendants et qu’on ne peut pas faire son marché ici et là comme on a cru pouvoir le faire en URSS sans provoquer de désorganisation, et d’autre part cela ne dit absolument rien du lien social qui serait à la base d’une telle réorganisation. D’où viendraient ces « choix » ? De lois ? A quel niveau ? Quel serait le statut de l’initiative privée ? La perspective de la décroissance ouvre des questions qui ne sont abordées quasiment nulle part – si tel n’est pas le cas alors que l’on nous détrompe à ce sujet.

La question d’une croissance zéro a bien été posée mais rarement celle d’une décroissance. Une décroissance ce n’est pas une stabilisation mais une réduction, pour aller vers une stabilisation qu’il reste à préciser. Après 150 ans de croissance continue dans nos pays il convient de mesurer toute la nouveauté de cette réflexion – une réflexion que les opposants comme Harribey ou autre se gardent bien d’engager, préférant des termes bien plus ambigus. Répartir les « gains de productivité » pour réduire le travail ? Il y a là plusieurs objections à faire, et nous espérons que l’on prendra un peu le temps d’y penser avant de les récuser en bloc sur le mode de la polémique. Premièrement si ces « gains de productivité » existent c’est parce qu’il existe aussi un système technique productiviste qui les produit, tout ça ne sort pas de nulle part. Pour continuer de les partager, on doit donc supposer que l’on maintient ce système technique – donc que l’on maintient l’économie à des niveaux insoutenables. Deuxièmement réduire le travail humain ne changera guère le résultat final, ou alors il faudrait un peu le chiffrer. On travaille déjà assez peu par rapport à d’autres pays, comment pourrait-on encore réduire de beaucoup sans avoir à faire face non pas à un ralentissement de la même machine productive mais à une reconfiguration totale de la machine productive ? Ce qui dans ce cas-là n’exclut pas de réduire le travail humain, mais, et c’est là un troisième point, la réduction du temps de travail est une mesure simplement négative : elle ne débouche sur rien de positif, aucun nouvel élan. C’est le « mauvais infini » de Hegel : à un terme en est opposé un autre, il manque la négation de la négation qui permet leur dépassement. En outre l’élection de Nicolas Sarkozy a montré que la RTT n’était pas porteuse sur le plan politique, il convient, loin de tout dogmatisme, de se demander pourquoi.

Les mouvements de la décroissance répondent à cette interrogation en prenant le problème dans l’autre sens. Ils estiment pour une large part que la réduction du temps de travail est à court terme moins prioritaire que la critique du productivisme et en particulier du consumérisme car c’est ce dernier qui obère tout soutien populaire à une réduction du temps de travail, entretient le productivisme et le « travaillisme ». Ceci conduit à interroger le concept de travail plutôt que de vouloir simplement en réduire l’importance dans la journée de vie. Le productivisme a défini le travail comme une « relation à la nature » réputée hostile. Il y a des besoins tyranniques et des matériaux pour les satisfaire par l’intermédiaire de l’effort : tel serait notre lot. Pourtant il n’y a pas de « relation à la nature » qui soit donnée sans médiation symbolique. Définir le travail comme une « économie de temps » comme le fait Jacques Bidet par exemple [3] implique forcément une anthropologie des besoins croissants. Dans bien des activités on ne peut tout simplement pas « gagner de temps » car cela se fait au détriment de la qualité. L’enjeu de la discussion est là.

Vous dites que les partis politiques hésitent à utiliser le terme car il n’est pas populaire. D’accord. Cependant la croissance est populaire et cela n’en fait pas pour autant une solution en termes d’émancipation. Un programme qui ne serait composé que de mesures populaires pourrait être plus populiste qu’émancipateur – autrement dit la difficulté que rencontrent des politiques comme Yves Cochet pour porter ce message ne prouvent rien sur leur qualité intrinsèque ni même sur leur potentiel à venir. Trotsky dans son Histoire de la révolution russe ne s’arrête pas au fait que les masses n’ont pas encore compris le socialisme ; les libéraux ne s’arrêtent pas davantage sur le fait que l’homme économique est une totale abstraction pour le commun des mortels. De plus on ne peut pas penser uniquement en termes de stratégie de parti politique – et encore moins de stratégie pour un parti politique dominant. La décroissance vient avant tout de la société civile, d’un monde plutôt associatif, elle crée un rapport de force avec les partis, qui ne feront rien sans cela.

Le terme est négatif ? Mais « anticapitalisme » l’est tout autant, et pourtant on ne voit guère le NPA l’abandonner, ni d’ailleurs trouver facilement de solution pour le remplacer.

Le terme ne semble pas désigner de projet de société ? Sans doute, mais qui en propose un clé en main aujourd’hui ? L’anticapitalisme ne dit rien non plus. « Socialisme » se cherche, c’est le moins qu’on puisse dire, et « communisme » est devenu synonyme d’Union Soviétique – dans le grand public. « Décroissance », comme « écologie » a l’avantage de la nouveauté. Il intrigue, qu’on soit d’accord ou pas et d’ailleurs vous en êtes d’accord quand vous dites que « cette proposition détonne dans le débat public et interroge ». Un débat sur le développement durable ne détonne plus du tout, et on se demande si ça interroge encore. Les débats publics sur la décroissance organisés par Attac réunissent habituellement 2 à 3 fois plus de personnes que les autres, événements conjoncturels (sortie d’un livre, krach d’une banque etc.) mis à part. Ils attirent des gens qui ne sont pas dans Attac, qui viennent d’horizons très différents - quoi de mieux pour sortir des chapelles et retisser le commun ? Le mot-obus réussit donc en partie à poser des débats que d’autres ne parviennent pas à poser, et je crois que ceci peut être justifié par l’expérience acquise dans ce genre de débat – mais là encore nous ne demandons qu’à être détrompé. Il faut donc le porter à son crédit. Bien sûr certains publics ne viendront jamais, pour différentes raisons, mais à ce jour aucun thème ne parvient à susciter un engouement universel. Tout en mesurant l’intérêt du débat sur la décroissance il convient donc de rester modeste par rapport à ce qui serait requis pour amorcer un véritable changement à grande échelle.

Sur la critique de la croissance

Vous dites que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être. C’est vrai sur le plan scientifique, celui du débat entre économistes, mais c’est faux sur le plan politique et même social : le PIB est de fait utilisé comme indicateur de bien-être ou comme une condition nécessaire de tout progrès du bien-être. C’est de ce fait que part la décroissance, pas des débats de spécialistes et en particulier des débats d’économistes qui sont pour la plupart, quelle que soit leur obédience politique, hostiles à la décroissance – ce qui en soi indique quand même quelque chose d’intéressant au sujet des présupposés qui fondent la corporation ! A tous les problèmes une seule solution : la croissance. C’est contre ce fait que se mobilise la décroissance, pour arriver à briser la chape de plomb médiatique et montrer que non, la croissance au sens commun du terme c’est-à-dire la croissance du PIB ne va ni vers le bien-être ni vers l’égalité. Qui d’autre peut se vanter d’arriver à poser une telle question ? A nouveau nous ne demandons qu’à être détrompé.

Décroissance ou capitalisme vert

Vous montrez que Marx a critiqué l’accumulation, fort bien, mais outres les arguments cités plus haut à l’encontre des marxismes et des socialismes historiques la question est de savoir si Marx a proposé un critère permettant de définir à partir de quand l’accumulation devient une oppression. La réponse est non – et là encore nous cherchons encore un contre-argument valable, les pages universellement citées du Capital ou des Manuscrits telles que « la terre et le travail sont les deux sources de la richesse » sont bien trop imprécises pour vouloir dire quelque chose de concret.

Moishe Postone, dans un ouvrage dont la parenté avec la décroissance a été perçue par les observateurs attentifs [4], montre de manière convaincante que le Marx de la maturité a bien perçu que le « règne de la valeur » dépendait d’une certaine conception du travail et d’une certaine forme de richesse – en découle donc une certaine conception de « la productivité » puisque celle-ci mesure la quantité de cette richesse-là produite par heure de ce travail-là. Postone affirme que Marx avait perçu que l’abolition de la valeur exigeait l’abolition de ce travail-là et de cette richesse-là [5]. Or ce qui s’est produit historiquement est que le marxisme et les régimes socialistes ont au contraire voulu abolir la valeur tout en conservant la forme bourgeoise de richesse et de travail. Il en a résulté l’URSS. Il en a aussi résulté que les marxismes ont indéfectiblement soutenu le mouvement ouvrier, et snobé toute autre forme de lutte. Postone lui voit de l’avenir dans les mouvements féministes, écologistes etc. qui lui semblent porteurs d’une autre forme de travail et de richesse, et reposent donc sur un concept différent de la valeur.

Pour notre part nous pensons que la théorie de l’exploitation de Marx garde toute son actualité mais elle doit notamment être complétée par une théorie de l’exploitation de la nature. Une telle théorie s’ancre dans la nature comprise comme res communis, nous avons eu l’occasion de l’expliquer dans un ouvrage paru chez Parangon [6]. Marx n’aborde pas cette question, c’est un fait dont on doit tenir compte. Les marxismes ne l’abordent pas davantage. Quand ils abordent la question écologique c’est en général pour l’imputer aux excès du capitalisme. C’est un peu court, et encore une fois c’est le mauvais infini, la négation sans le dépassement. Il me semble un peu facile de se cantonner au « travail du négatif » en attendant que d’autres – l’Histoire, peut-être - retournent dialectiquement la situation ! Le problème est de savoir à quoi ressemblerait une société qui ne serait pas une société d’accumulation, et donc pas une société de croissance, ce que la décroissance se propose de rechercher.

Qu’il y ait un autre socialisme possible peut-être, cela reste à démontrer ; que le terme « socialisme » soit adapté reste tout autant à démontrer ; en tout cas toutes ces batailles sur les en-têtes de programme ne devraient pas obérer ni dispenser de réflexions plus approfondies sur le contenu. La décroissance apporte bien une posture nouvelle, qui ne peut se confondre ni avec le capitalisme de marche ni avec le capitalisme d’Etat – si par « capitalisme » on entend l’accumulation de capital, sous quelque forme de propriété que ce soit.

« Décroissance », une incantation pas un projet politique

La décroissance ne prétend pas avoir réponse à tout. Elle prétend ouvrir des débats que les autres n’ouvrent pas, et proposer des solutions que d’autres ne proposent pas, c’est différent. Vous vous demandez comment on va gérer les effets d’une forte réduction de l’usage de l’automobile ? Ce n’est pourtant que la conséquence d’une politique d’égalité mondiale menée de manière conséquente ! Ou alors expliquer par quel miracle il serait possible à l’avenir de mettre 5 ou 6 milliards de voitures en circulation, et avec quoi on les fera avancer. La question qu’il convient de se poser est plutôt de savoir pourquoi la gauche bien-pensante, sûre de sa conception du progrès, n’a jamais défendu ce genre de mesure.

A l’inverse pour notre part nous ne pouvons qu’être indignés par plusieurs propositions qui sont faites dans cette partie de votre texte, en tant qu’elles se réclament du progressisme – une qualité que nous ne leur reconnaissons pas, pour notre part. Ainsi d’après vous il faut des riches acheteurs de bananes au Nord pour que le Sud puisse vivre ? C’est un argument réactionnaire du même tonneau que celui qui veut défendre le personnel de maison pour créer des emplois. Vous n’êtes pas de ce bord mais vous devez vous rendre compte que la plupart des indignations qui sont les vôtres ici peuvent être considérées comme relevant de la défense des privilèges de nantis, sur le plan des inégalités planétaire.

Ce qu’il vous faut comprendre est qu’une réponse de grande ampleur à la crise écologique et/ ou aux inégalités passe par une décroissance. Que cela soit à la fois politiquement inédit et difficile, personne n’en disconvient ; ce qu’il faut saisir est que les autres propositions sont utopiques au mauvais sens du terme – autrement dit, elles ne vont pas vers l’émancipation.

Faut-il diaboliser le développement durable ? Non bien sûr mais comment ne pas voir que ce terme est devenu totalement flou ? « Décroissance » est ambigu, mais au moins l’est-il beaucoup moins, relativement à ce qu’il veut dire – et il n’entend pas tout dire !

Le développement, ce n’est pas la croissance ?

François Perroux est toujours cité pour argumenter sur la différence entre croissance et développement, voilà un argument classique. A cela deux remarques préliminaires. D’une part Trotsky, bien avant Perroux, et même Hegel, faisaient déjà cette distinction. Perroux, comme économiste, n’en propose qu’une version issue de l’économie comme discipline, c’est-à-dire appauvrie, sectorielle – à part la liste à la Prévert (des écoles etc.) on serait bien en mal de préciser ce que Perroux entend par « développement », quand ça commence et surtout où ça s’arrête, en termes de croissance des besoins. D’autre part le contre-argument avancé par Perroux est considéré comme non-convaincant par la majorité des mouvements de la décroissance, pour des raisons qui tiennent justement non pas à ce que Perroux a dit mais à ce qu’Hegel ou Trotsky ont pu dire bien avant lui. Pour que Perroux convainque il faudrait qu’il réponde à la question posée plutôt que de servir d’autorité morale. Relisez l’Histoire de la révolution russe. Que dit Trotstky au sujet du développement ? A quoi se réfère-t-il ? Pourquoi parle-t-il de « stades » successifs, comme Rostow, quoi qu’avec des buts très différents ? On ne peut pas utiliser les mots en ignorant leur sens. « Développement » est un terme problématique car il est très largement synonyme d’un développement économique – c’est-à-dire de la croissance. Même l’ONU en convient [7]. Le développement économique c’est la division du travail, l’évolution des techniques et la production croissante, ainsi que l’idée que toutes les sociétés finiraient un jour par connaître le même état « développé » - le nôtre, il suffit de constater quels sont les pays considérés comme « développés » à l’ONU pour s’en rendre compte. Les catégories utilisées dans l’espace international sont très claires : quand on parle de « sous-développement » ce n’est qu’en relation avec ce que sont les pays « développés ». Uniquement cela.

Bien sûr dans le détail cela fait des décennies que tout le monde s’accorde sur le fait qu’il existe des trajectoires différentes en fonction du passé et des conditions naturelles propres à chaque pays, là n’est pas le problème. Perroux, dans la citation que vous proposez, de manière significative, ne propose aucun critère permettant de dire à partir de quel seuil les « coûts de l’homme » (expression que nous n’emploierions jamais pour ma part !) sont « suffisants » - or c’est la tout le débat si on veut sortir d’une société de croissance, c’est-à-dire de croissance illimitée. A l’inverse tous les théoriciens de la décroissance tentent d’évaluer le « suffisant ». On comprend que les riches et ceux qui s’enrichissent trouvent que ce genre de réflexion est insupportable. Perroux dit qu’il peut y avoir croissance sans développement, fort bien, tout le monde est d’accord, le Cauchemar de Darwin l’illustre à merveille, mais peut-il y avoir du développement et de la décroissance ? Car il ne peut y avoir de « développement » au sens où vous l’entendez si tous les pays du monde veulent ressembler à la France, la planète n’y pourvoira pas et ce n’est pas quand cela deviendra évident, à coups de millions de morts et de réfugiés, qu’il faudra y penser. C’est là la question posée par la décroissance.

Enfin le fait que la majorité de la population mondiale ne soit pas touchée par la propagande consumériste – ce qui reste à voir - ne dispense pas d’avoir à sérieusement la remettre en cause dans les zones où elle sévit, n’est-ce pas ? Par contre le prétexte de la pauvreté peut très efficacement servir à défendre des politiques de croissance qui in fine ne profitent qu’aux riches.

Le résultat que vous proposez en conclusion de la partie 1 est sans doute juste mais ne coûte rien car il se contente de reprendre un discours qui peut tout aussi bien être celui de la croissance verte capitaliste. Pour ne prendre qu’un exemple : n’importe quel manuel de marketing évoque lui aussi la valeur d’usage comme élément requis pour que la vente puisse se faire. Marx le disait déjà, d’ailleurs. Vous restez donc totalement dans l’ambiguïté.

Seconde partie : la décroissance est-elle réactionnaire ?

L’argumentation proposée jusqu’ici répond déjà en partie aux objections qui se font jour dans cette partie. La thèse de la décroissance est que c’est le projet de croissance qui est aujourd’hui incompatible avec un projet « de gauche » ou disons plutôt « progressiste ». Sans doute un tel projet était-il compatible dans les années 1920 ou est-ce encore le cas dans d’autres pays moins développés sur le plan économique. Mais ce n’est plus le cas en France ni dans aucun autre pays développé. Et c’est à ce public que la décroissance s’adresse en priorité.

La place manque pour s’attarder sur les écrits de Jean-Marie Harribey et de Cyril Di Méo. Je n’en retiendrai ici qu’un point : les mouvements de la décroissance ne se reconnaissent généralement pas dans la présentation qui est faite de leur action, il suffit de lire leurs écrits pour voir comment ils s’estiment trahis par ce genre de littérature. Nous avons proposé ailleurs une lecture différente de ces mouvements [8]], qui a le mérite de recueillir leur assentiment. Nous ne sommes pas de ceux qui pensent que nous pouvons expliquer les mouvements par leur inconscient, notre rôle se borne à prendre acte de leur existence telle qu’elle se définit. Le reste est querelle politicienne et lutte de pouvoir, ce n’est pas un travail d’analyse prétendant à l’objectivité.

La première question que vous posez est celle de la pluralité du bien. La première remarque que nous ferons, en préalable, est que ce pluralisme est une exigence libérale. Le préciser a pour but de mettre votre exigence en regard de l’appel à l’autorité de Marx qui a été le vôtre plus haut. Marx n’a pas pensé le pluralisme, c’est pour cette raison qu’Habermas a écrit sa Théorie de l’Agir Communicationnel, d’une part, et que Jacques Bidet a écrit sa Théorie Générale, de l’autre : pour mettre en évidence deux autres facteurs-de-classe que sont l’inégal accès à la parole effective (acte dit « illocutoire », accompagné d’effets sur les normes communes) et l’inégale position dans l’organisation bureaucratique. Les mouvements de la décroissance pour une large part souscrivent à ces révisions qui peuvent paraître comme un infléchissement vers le libéralisme. Mais ils portent deux critiques, des critiques qui ne sont pas nouvelles mais auxquelles la décroissance donne un nouvel élan.

La première est que la décroissance souscrirait à l’objection que Rawls fait à Habermas, en ceci qu’une théorie de la justice ne peut en aucun cas être purement procédurale [9]. Toute « société » se fonde sur des valeurs partagées, dit Rawls. Et l’idée selon laquelle la croissance est forcément un bien par exemple est une idée qui repose sur des valeurs et non sur des faits. Le problème est que les sociétés modernes en ont fait un fait de science – de science économique, car l’économie n’est autre que la science de la croissance, de l’évolution « Pareto-optimale ». Une économie stable est une expression devenue synonyme d’économie de croissance stable. Et las ! Les sciences sociales ont aussi assez largement profité et défendu la croissance, en s’accordant finalement pour ne jamais revenir sur les progrès apportés par la division du travail et la « différenciation » qui caractériseraient en propre la modernité – cf. Durkheim, Tönnies, les socialistes « utopiques », la naissance de la « sociologie » etc.

Le problème est double. D’une part ces sciences n’ont guère produit de critère permettant de mettre en évidence un seuil au-delà duquel la différenciation pourrait être jugée « excessive » et « contre-productive ». En l’absence d’un tel critère la différenciation et donc la division du travail et donc la croissance ne connaissent pas de limites – sinon le « marché mondial » ou « l’abondance » dont parlait Marx de manière fort vague dans la Critique du Programme de Gotha. Diverses composantes de la décroissance tentent au contraire de montrer qu’il existe un point, un « seuil » pour reprendre les termes d’Illich au-delà duquel la différenciation échappe à la société et la détruit. Il convient tout de même de s’attarder sur cette thèse si on s’intéresse à la démocratie, à l’égalité, à l’émancipation ou même seulement à l’écologie. D’autre part ces « sciences », de par leur prétention, soustraient une théorie du bien au débat public pour la naturaliser. La modernité, qui se vit et se définit, comme vous, dans l’illusion d’une liberté purement procédurale, s’en trouve assurément choquée. Mais comment accepter que « toujours plus » (de consommation) soit un état normal ? La décroissance dénaturalise, dévoile, démasque. En fait la décroissance introduit du pluralisme au-delà de ce que peut accepter la modernité telle qu’elle est généralement définie (ce qui ne veut pas dire qu’il faille y adhérer). La modernité maintient en réalité son « pluralisme » dans les étroites limites de ce qui peut servir sa croissance. Vous avez le droit de tout désirer, de tout proposer, sauf que cela dessert la croissance. L’oppression vient donc de cette dictature du Bien, ce Bien qu’est la croissance. La décroissance n’entend donc pas faire une OPA sur le bien au détriment du juste, elle entend plutôt dénaturaliser le bien.

Un second point est à souligner. La modernité ne se définit pas seulement par la différenciation croissante mais aussi par la séparation entre privé et public. Dans la théorie marxiste les besoins sont définis par le peuple sans que soient précisées les modalités institutionnelles qui puissent le garantir. Dans la social-démocratie les choix se font à moitié par le marché et à moitié par l’Etat et le secteur public, généralement en charge des « biens publics ». Dans le libéralisme économique le marché est le lieu premier du choix. De manière schématique, trois théories et trois lignes de partage entre public et privé. Ce qui vous choque probablement dans le fait que les objecteurs de croissance proposent publiquement d’utiliser le vélo à la place de la voiture est que ce choix est réputé appartenir à l’ordre du choix privé.

Là encore deux remarques. La première est qu’une telle ligne de partage est libérale. Dans une économie socialiste on ne voit guère comment on pourrait définir collectivement les besoins de chacun s’il est interdit d’en parler car cela relève de la sphère privée. La seconde est que ces « choix » individuels, qu’ils soient considérés comme privés ou publics, ne s’exercent désormais que dans d’étroites limites physiques et idéologiques. Des limites physiques, du fait de l’omniprésence des « macrosystèmes techniques » [10] : quand vous habitez une zone pavillonnaire le vélo est exclu du choix. Des limites idéologiques, qui expliquent qu’une multiplicité de choix privés et « pluriels » aboutit quand même à de longues files devant les boutiques Orange la veille de la sortie de l’Ipod. Le fait que la pluralité théorique se réduise ainsi à un nombre de choix qui en pratique est limité et orienté dans une direction précise (celle du « développement des forces productives ») doit interroger.

Les objecteurs de croissance, comme mouvement politique font des propositions. Tous les partis proposent plus de trains, d’avions, de voitures et de vitesse. Le parti de la décroissance est le seul (avec les Verts) à en proposer moins. Evidemment si l’on croit qu’on en manque alors on trouvera cela insupportable ; par contre si on pense qu’on en a trop alors voilà enfin une offre correspondante ! Les objecteurs de croissance proposent de se réapproprier collectivement l’utile et l’inutile pour éviter que le marché et l’Etat productiviste ne décident à la place des citoyens, en nous convainquant chacun et chacun(e) individuellement du bien-fondé du « plus consommer » - mais en occultant les conséquences collectives. Quand avons-nous « choisi » de dépendre du système automobile [11] ? Et pourtant les choix « privés » et « pluriels » des citoyens sont massivement contraints par la nécessité d’avoir le permis et un véhicule. Le mouvement de la décroissance pense qu’il y a une aliénation organisée dans la société de croissance, et en cela elle reprend le flambeau du freudo-marxisme, de Baudrillard, bref des filiations qui n’ont jamais été considérées comme réactionnaires. Les mouvements de la décroissance proposent d’autres modes de consommation et aussi d’autres modes de production, vous êtes libre d’en choisir et d’en proposer d’autres mais ce qui serait intéressant serait de connaître les conséquences de vos choix et propositions sur le plan des inégalités globales, et les comparer aux justifications produites par les objecteurs de croissance dans le choix de leurs pratiques. Là on verrait qui est réactionnaire. La publicité propose à longueur de journée des modes de vie désirables et le public se croit libre de les désirer. Pourquoi aurait-elle le monopole ? Pourquoi « le social » se réduirait-il à assurer le droit de participer aux macrosystèmes techniques lorsqu’ils sont devenus obligatoires – et donc facteur d’exclusion ? La décroissance montre en actes qu’on peut désirer autre chose et qu’on peut imaginer des politiques publiques qui permettraient de faciliter ces modes de vie.

Sur le plan de l’articulation entre le bien et le juste, c’est donc l’objection de croissance qui est moderne – et c’est la modernité qui ne l’est pas !

Sans doute effrayé par l’idée d’une réduction de la consommation, que la décroissance voit comme une voie vers l’émancipation, vous citez l’ascétisme des moines cisterciens. C’est là une caricature que vous élevez en repoussoir, car aucun courant de la décroissance ne propose de reconstruire des monastères – ou alors veuillez indiquer qui porte un tel programme.

La question est de savoir ce qui vous pousse ainsi à caricaturer les propositions des objecteurs de croissance, et savoir aussi pourquoi cette caricature revient aussi souvent, surtout chez les économistes. Peut-être est-ce parce que la simple idée de limite ou de « suffisant » leur semble insupportable et en cela ils incarnent bien la modernité au sens dominant du terme ; il reste à savoir si les convictions progressistes iront jusqu’à affronter la réalité, à savoir qu’un tel refus de toutes limites rime avant tout avec la loi du plus fort. Un citoyen Français ne serait guère solidaire de l’humanité s’il maintenait de telles affirmations.

La question de l’urgence est facile à aborder. Bien sûr l’argument peut faire le lit de mesures autoritaires, mais c’est là occulter le fait que de nombreux partis brandissent l’argument de l’urgence, notamment l’urgence de favoriser les conditions d’une reprise de la croissance, sans pour autant devenir autoritaires. La question est de savoir si vous, nous, tous, nous pensons que la planète, l’égalité etc. peuvent attendre encore un peu.

Que la décroissance mette en cause l’idée de progrès telle qu’elle a été définie par le croissancisme est une évidence. Le débat s’ouvre à partir du moment où l’on accepte de ne pas fétichiser ce progrès et en faire un absolu. Les mouvements de la décroissance n’ont pas le monopole des propositions alternatives. Mais les mouvements de la décroissance sont les seuls à essayer de penser au-delà de la croissance et donc du capitalisme au sens où Marx l’avait entendu, même s’il n’en a pas développé toutes les implications.

Que cela ouvre aussi la porte à la réaction, sans doute, mais il ne faut pas tout confondre non plus, la réaction a aussi, et depuis longtemps, été anticapitaliste, pour autant on ne l’a pas systématiquement rangée avec le parti d’Alain Krivine ou celui d’Arlette Laguiller.

Vous dites qu’il faudrait mesurer toutes les conséquences d’une remise en cause radicale ? Nous disons oui, en effet, mesurons-les, c’est là le débat que veut la décroissance – qu’on adhère ou pas à ses organisations.

Vous dites que « La gauche a toujours considéré que le présent n’était pas fatal et que le retour en arrière n’était pas un idéal ». En effet par conséquent la croissance n’est pas fatale ! Et la décroissance ne propose pas de retour en arrière – sauf à occulter, encore une fois, les conséquences infiniment régressives qu’une poursuite de la croissance aurait sur l’humanité actuelle et à venir. En fait, il s’agit plutôt pour ces mouvements de ne pas adopter béatement les « progrès » apportés par le capitalisme et de ne pas non plus systématiquement dénigrer les pratiques et les techniques populaires issues de sociétés qui ne jouissent pas de notre aisance matérielle – car ces techniques ont peut-être d’autres vertus, écologiques et conviviales par exemple.

Au fond, la question à se poser, en termes marxiens, est celle-ci : avec « l’intégration fonctionnelle » des classes ouvrières dans la bourgeoisie mondiale des classes moyennes, ne confond-t-on pas, quand on assimile décroissance et régression, progrès et richesse bourgeoise ? Convenir qu’une certaine forme d’austérité est la seule compatible avec une égalité globale rejoint pourtant les revendications des organisations qui demandent de limiter l’échelle des salaires – pour porter cette revendication de l’échelle nationale à l’échelle globale, d’un pays nanti à un monde qui est loin de l’être. Ou alors si le progrès implique d’atteindre un PNB de 20 000 euros ou plus par habitant, il faut avoir le courage de dire que la majorité de l’humanité sera broyée par la minorité qui seule peut parvenir à atteindre ce but. Et revendiquer cette égalité qui fut celle de Marat n’implique pas automatiquement d’adhérer à sa stratégie qui fut celle de la guillotine.

Sur la question plus politicienne des alliances, cela reste à voir. Indéniablement la décroissance pose un problème de positionnement, néanmoins aucun parti de gauche n’est indemne de ce genre de problème de nos jours !

Sur la science

Là encore les éléments donnés plus haut constituent une première réponse. Si par « science » on désigne un corps de spécialistes chargés de déterminer le vrai, et que ce vrai implique une croissance illimitée, on voit tout de suite le problème que ça peut poser en termes de démocratie et d’émancipation. Si on voit que les projets de recherche poursuivis par « la science » peuvent généralement se caractériser par un approfondissement de la division du travail qui suppose forcément de la croissance (centrales nucléaires, OGM etc.), alors on ne peut pas se satisfaire d’une équation science = progrès. Et il ne suffit pas de faire « un usage raisonnable » de cette science-là, car son développement implique l’éradication d’autres savoirs, d’autres projets de recherche, car elle absorbe les moyens financiers et humains (en termes de formation etc.).

Vous êtes professeur d’économie donc vous savez que la différence entre la « durabilité faible et la « durabilité forte » porte justement sur l’espoir dans le progrès des sciences et techniques. Cela ne peut être une coïncidence. C’est au contraire un point clé. Et la critique des « têtes pensantes » qui font la science officielle (Claude Allègre...) au motif qu’elles pensent mal ou de manière autoritaire ne conduit pas à affirmer que le savoir n’a aucune valeur, que tout se vaut, que la croyance vaut bien le savoir. Bien au contraire, il s’agit de démocratiser la science et de refuser la séparation profane / sacré que nous propose la science dominante. Il s’agit de défendre Galilée contre l’Académie des Théologiens (de la croissance). Et combattre la Raison quand elle se fait Raison d’Etat ou dictature des savants, le Grand Récit de l’homme prométhéen étant chargé d’asseoir dans les « cerveaux disponibles » par la publicité l’équivalent du « noble mensonge » platonicien.

Les faits que vous évoquez sur Diderot, la dissection, le Vatican etc. sont sans doute exacts mais n’ont pas de rapport direct avec la problématique de la décroissance ni avec ce qui est précisément mis en cause dans la science telle qu’elle existe aujourd’hui. Ou alors il faudrait préciser. C’est un effet de style destiné à inscrire vos propos dans ce qui se présente comme le combat universel de la lumière contre l’obscurité. Sur le fond, ce n’est pas avec les batailles du passé qu’on construit celles de l’avenir. Il est bien clair que les attaques contre le savoir émancipateur ne viennent plus des mêmes endroits qu’il y a 500 ans, ni de la même manière. Il convient aussi de ne pas fétichiser « la science » et tenir pour vrai tout ce qui se présente comme tel. Ce ne serait guère honorer les Lumières et l’appel de Kant qui résume le projet : « Ose penser par toi-même ! ».

Quelques mots sur le relativisme, avant de conclure. C’est un sujet difficile qui n’est abordé dans votre texte que de manière polémique. Un fait doit pourtant être souligné : le fait que les Occidentaux se proclament les seuls détenteurs de la science et de la rationalité, et ceci en dépit du fait qu’ils ont mis en place un système social qui ne peut être universel que sur le plan formel, déclaratif, et non réel, ne peut que choquer. Si l’on accepte cette prémisse qui revient finalement à dire que l’intelligence est quand même quelque chose de partagé alors les sociétés « non-développées » doivent être regardées avec un tout autre regard que celui qui ne voit en elles que notre propre passé et ce qui lui manque pour être « dans le présent », pour être « up to date », « world class » comme on dit un peu partout.

Pour autant inverser la problématique serait tout aussi réducteur. Si nos sociétés ne sont pas les seules qui soient porteuses de l’universel, les sociétés « primitives » ou autres exemples existants ne le sont pas d’emblée non plus, en tout cas pas sans examen approfondi. On trouve parfois dans la décroissance – comme dans l’écologie du reste – un certain contre-pied qui voudrait que ce que la modernité a posé comme son contraire – la société primitive – soit, de l’Enfer, désormais devenu le Paradis. Quand il s’agit d’enfer et de paradis, on comprend que les échanges soient vifs. Dès qu’un objecteur de croissance concède quoi que ce soit aux sociétés primitives, le Moderne cherche à l’occire de ses foudres et dénonciations. Dès qu’un Moderne cherche à trouver quelque intérêt aux techniques existantes, un objecteur de croissance va procéder de même. Ces passes d’armes, qui versent de part et d’autre dans l’hubris que l’on dira bien latin, ne doivent pas occulter les enjeux eux-mêmes.

Pour autant, gageons les paris que l’opposition primitivisme / croissancisme prenne de l’ampleur dans l’avenir, car c’est elle, et elle uniquement, qui permettra de trouver une alternative qui ne soit ni le développement ni le sous-développement.

Conclusion

Finalement ce qui nous sépare n’est peut-être qu’un débat extra-économique, portant avant tout sur la modernité, d’une part, et sur les choix techniques, de l’autre. Cette lettre fut un utile point de départ pour esquisser quelques clarifications et faire progresser le débat, soyez-en remercié.

 


Notes

[1] J.-M. Harribey (dir), Le développement a-t-il un avenir ?, Mille et Une Nuits, 2004.

[2] J.-M. Harribey, « Développement ne rime pas forcément avec croissance », Le Monde Diplomatique, juillet 2004.

[3] Jacques Bidet, Théorie Générale, Paris, PUF, 1999, p. 56

[4] Le Monde des Livres, 13 février 2009.

[5] M. Postone, Temps, travail et domination sociale, Paris, Mille et Une Nuits, 2009.

[6] Fabrice Flipo, Justice, nature et liberté, Lyon, Parangon, 2007.

[7] ONU, UN contributions to development thinking and practice, Indiana University Press, 2004.

[8] [->http://www.journaldumauss .net...

[9] J. Rawls et J. Habermas, Débat sur la justice politique, 2005.

[10] A. Gras, Les macrosystèmes techniques, Paris, PUF, 1997.

[11] G. Dupuy, La dépendance automobile, Paris, Economica, 1999.

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 03:53

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Décroissance : le poids des mots, le choc des idées (1)

http://goudouly.over-blog.com/article-decroissance---le-poids-des-mots--le-choc-des-idees--1--37213472.html
Alain Beitone et Marion Navarro

Sur Revue du MAUSS


Le terme « décroissance », longtemps resté confidentiel, rencontre de plus en plus de succès dans les médias et les débats politiques. Le mot (sinon l’idée) est repris de plus en plus fréquemment dans les milieux de la gauche radicale ou alternative.

La thèse que nous voudrions défendre ici est la suivante :

L’adoption du MOT « décroissance » n’est pas souhaitable, même à des fins médiatiques ou pour séduire telle ou telle composante de la mouvance écologique. Le terme comporte trop d’ambiguïtés, suscite trop d’incompréhensions.

L’adoption du CONCEPT de décroissance et des idées qui vont avec (développées par exemple dans les publications du mensuel « La décroissance » ou les textes de S. Latouche) nous semble contradictoire avec des idéaux progressistes.

« Décroissance » : un terme ambigu, un projet critiquable

1. La décroissance : un terme ambigu

Revendiquer la décroissance en ces temps où la croissance fait tant défaut est provocateur. Cette proposition détonne dans le débat public et interroge. Le choix du mot n’est d’ailleurs pas innocent : cet effet provocateur est voulu. Nombre de ses promoteurs mettent en effet en avant sa fonction de « mot obus », pour reprendre la formule de Paul Ariès. Le mot n’aurait donc pas tant d’intérêt par lui-même (à travers les idées qu’il exprime), mais aurait pour mérite d’interpeller les consciences et d’affirmer une opposition à l’idéologie de la croissance. S. Latouche lui-même précise que « la décroissance n’est pas un concept » [1], il ajoute « en toute rigueur il conviendrait de parler d’une « a-croissance » comme on parle d’athéisme, plus que d’une décroissance ».

Ce mot comporte néanmoins de nombreuses ambiguïtés et nous pouvons nous demander s’il est pertinent de l’employer, même à des fins purement médiatiques ou tactiques. J. Gadrey (dont la posture critique ne peut guère être mise en doute) explique sur son blog qu’il n’utilise jamais le terme « décroissance » en raison de ses ambiguïtés. J.M. Harribey (co-président d’ATTAC) a lui aussi pris clairement ses distances avec le thème de la décroissance, tout comme A. Lipietz et G. Duval (rédacteur en chef d’Alternatives économiques). Certains protagonistes du débat sur la décroissance se montrent sceptiques sur l’utilisation du terme. Au demeurant, ils s’emploient à le préciser en parlant de « décroissance soutenable », de « décroissance équitable » ou de « décroissance conviviale », mais en ne précisant jamais clairement ce que l’on entend par-là. Et quand, parfois, les précisions sont données, nous voyons mal en quoi cela correspond à de la « décroissance ». Par exemple, S. Latouche évoque la suppression des « externalités négatives de la croissance » (accidents de la route, médicaments contre le stress), la remise en cause de la publicité tapageuse et de l’obsolescence accélérée des produits, mais rien de tout cela n’est incompatible avec la croissance (sous réserve que l’on précise le sens de ce dernier terme). De la même façon les « 8 R » de S. Latouche (réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler) sont parfaitement compatibles avec une croissance inscrite dans un développement soutenable. Il y aurait d’ailleurs matière à des débats sérieux sur chacun de ces « R ». Ici, le slogan de la décroissance n’est plus un « mot obus », mais un « mot écran » qui crée de la division et empêche de progresser dans la formulation de propositions concrètes pour répondre à la crise écologique.

L’emploi du mot décroissance ne nous semble pas dans cette optique être une bonne idée. Ce terme est trop ambigu, n’est pas utilisé par tous dans la même perspective et n’est pas compréhensible par la plupart des gens. Si le but est simplement d’interpeller les citoyens sur les limites de la croissance au sens de l’augmentation du PIB, autant le dire directement. Prôner la décroissance alors que des milliers de travailleurs se battent pour conserver leur emploi et subissent les effets de la crise économique n’est pas une bonne stratégie. Il existe un risque important que les citoyens y voient une opposition entre écologie et social. Il est facile de montrer à l’aide d’exemples simples les limites de la croissance. La prise de conscience écologique est de plus en plus forte et l’emploi du terme de décroissance pour mobiliser les citoyens ne nous semble ni nécessaire ni opportun. Ainsi, à part à partager les idées qui se trouvent derrière le mot de décroissance (et donc à défendre le concept de décroissance), l’utilisation du mot décroissance est une fausse bonne idée. En voulant interpeller les citoyens sur les questions écologiques, nous allons les rendre hostiles.

Concentrons-nous à présent sur le fond du débat : le concept de décroissance est-il pertinent ? Un parti de gauche doit-il le reprendre à son compte ? A quoi renvoie exactement ce concept ?

2. La croissance et sa critique

La croissance est définie usuellement comme l’augmentation sur une longue période d’un indicateur du volume de la production (on utilise généralement le PIB). Voilà bien longtemps que des économistes (et non des moindres) ont mis en cause cet indicateur. Le PIB se focalise sur un champ assez restreint des activités humaines et reste aveugle à de nombreux aspects de la vie qui ont pourtant un impact important sur le bien-être. Il ne prend pas en compte les externalités sur l’environnement qui résultent des processus productifs [2], ni la façon dont les fruits de la croissance sont distribués au sein d’une société. Autrement dit, il ne mesure pas la qualité de la croissance et témoigne d’une conception purement monétaire de la richesse. Celui-ci ne peut donc pas servir d’indicateur de bien-être. Rien de bien nouveau, ces analyses ont été produites au moins depuis les années 1950. Cette critique de l’indicateur de croissance ne conduit pas nécessairement à mettre en cause la croissance [3]. Elle invite seulement à remettre en cause « la religion du taux de croissance » (Gadrey) prise au sens de l’accroissement du PIB. Le mot croissance, s’il n’est pas précisé, ne désigne rien d’autre que l’augmentation d’un indicateur. On parle ainsi de la croissance d’un enfant (sous-entendu de sa taille). Le problème ne vient ainsi pas à notre sens du principe de la croissance, mais du choix de l’indicateur qui la mesure. Nombre d’indicateurs de richesse ont été développés ces dernières années et il y a là matière à un débat sérieux sur le choix du ou des indicateurs qui pourraient fonder une politique progressiste dans le cadre d’un processus de rupture avec le capitalisme [4]]. Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice [5] notent en effet que « le choix des pondérations des diverses variables qui composent un indicateur, tout comme le choix des variables qui comptent, est un enjeu de débats publics ». Ce choix de critères n’est pas un choix technique : il s’agit de promouvoir une autre vision du monde et de la richesse.

3. Décroissance ou « capitalisme vert » : un faux débat

Aujourd’hui, beaucoup de militant(e)s adoptent la thèse de la décroissance en opposition à l’idée de « capitalisme vert ». Comme s’il s’agissait là de la seule alternative et comme si cette alternative était pertinente. Il est évident que l’idée d’un « capitalisme vert » comme d’un « capitalisme social » ou d’un « capitalisme moral » ne sont que des habillages idéologiques destinés à forger une réponse aux critiques du capitalisme et à donner l’impression que le système capitaliste [6] est en mesure d’apporter une réponse aux contradictions qu’il rencontre. L’essence du capitalisme réside dans l’accumulation du capital, rendue possible par l’extorsion d’une plus-value aux salariés. Marx a résumé cette logique par la formule humoristique « Accumulez, accumulez, c’est la loi et les prophètes ! » [7]. Le capitalisme est marqué par une contradiction majeure entre le caractère privé de la propriété (et donc du pouvoir de décision sur le processus productif) et la socialisation croissante des forces productives (humaines et naturelles). La crise écologique est une illustration dramatique de cette socialisation des forces productives : dans les économies pré-capitalistes et même dans les débuts du capitalisme, l’utilisation qui était faite de la nature à un bout de la planète n’avait pas d’impact significatif (au moins à court et moyen termes) sur les conditions de vie et de production à un autre bout de la planète. Il n’en va plus ainsi : la pollution de l’Ouest de l’Europe provoque des pluies acides dans l’Est, la mondialisation de la production fait que nos consommations au Nord produisent le travail des enfants et des dégâts sur la santé humaine au Sud (exportations de déchets, délocalisation des activités polluantes, etc.). Or ces effets sociaux (collectifs) ne sont pas régulés (ou très mal) par des instances de décisions collectives [8]. Si cette contradiction a été un temps surmontée dans le cadre des Etats-nations par l’intervention de l’Etat-social [9], la mondialisation pose des problèmes gigantesques auquel aucun « gouvernement mondial » ne peut même tenter de répondre. Il ne peut donc pas y avoir de « capitalisme vert », car la logique de l’accumulation et de la concurrence des capitaux rend cela impossible. Bien sûr, il peut arriver que dans certaines conditions, du capital puisse se mettre en valeur dans le développement de l’énergie solaire ou dans le traitement des déchets, il peut arriver aussi que des mesures de type réglementaire soient prises (par exemple l’interdiction des CFC), mais la logique du système (saisir toutes les opportunités pour produire des valeurs d’échange, réaliser des profits, accumuler du capital, etc.), conduit au gaspillage des ressources humaines et naturelles, à la dégradation de l’environnement, à une gestion de court terme qui néglige les effets durables de certains choix technologiques ou économiques. Pour répondre à la crise qui est inextricablement écologique et sociale, il faut sortir de cette logique d’accumulation sans fin du capital, de la subordination de l’essentiel des décisions à la logique du profit. Ce point ne fait pas débat ici. Cela signifie-t-il néanmoins que nous devons adhérer à la thèse de la décroissance ? Sans doute pas.

4. « Décroissance », une incantation pas un projet politique

Si les habitants des pays riches mettaient en oeuvre le mot d’ordre décroissantiste de « grève générale de la consommation », les ouvriers des usines chinoises ou indiennes de produits textiles, de jouets, de matériels électroniques se trouveraient au chômage comme les producteurs de bananes, de mangues, d’ananas, etc. Certes on peut considérer qu’à long terme, on reviendrait à une agriculture vivrière, plutôt qu’à une agriculture de rente [10]., mais à court et moyen terme, les dégâts sociaux et politiques (voire militaires) seraient considérables. Le discours décroissantiste n’est pas un programme politique dans la mesure où il ne donne aucune indication sur la façon de résoudre les contradictions qui naîtront inévitablement de l’application des mots d’ordre des « objecteurs de croissance ». Les décroissantistes ne disent pas comment on peut, dans une société démocratique, faire prévaloir la décroissance. La « simplicité volontaire » ou la « frugalité », voire le retour à la traction animale (Le Monde diplomatique d’août 2009) ou la disparition de la télévision (évoquée dans des textes de V. Cheney), comment les traduisons-nous en acte ? Comment surtout en gérer les conséquences : la disparition du transport aérien (évoquée par V. Cheney et S. Latouche), la fin de l’automobile (et donc entre autres de l’industrie du pneumatique), comment va-t-on en gérer les effets ? [11] On dira sans doute qu’il s’agit là d’objectifs lointains, mais les contradictions apparaissent dès aujourd’hui : quand certains partis de gauche (le PCF notamment) défendent l’industrie et voient dans la tertiarisation de l’économie une menace, comment articule-t-on cela avec le projet de la décroissance ? Quand on lutte pour la défense de l’emploi dans l’automobile, l’industrie électrique, l’industrie chimique, etc., quel lien fait-on avec la décroissance ? Quand on propose une « relocalisation générale » de la production agricole et quand on ironise sur le coût énergétique des bananes antillaises, va-t-on interdire la consommation des bananes en dehors de leur territoire de production ? Et que diront les producteurs de bananes privés de débouchés et leurs salariés privés d’emploi ?

Il n’est pas douteux que le monde est confronté à une crise écologique majeure qui appelle des réponses de très grande ampleur, mais le thème de la décroissance, parce qu’il repose sur de nombreuses confusions, parce qu’il relève davantage d’une pratique incantatoire que d’un projet politique, n’est pas un point d’appui solide pour traiter des questions écologiques, économiques et sociales. Surtout, l’orientation « décroissantiste » est incompatible avec la posture [de tout parti [12]] qui se propose d’être un parti de gouvernement. Peut-on envisager une politique décroissantiste seulement en France ? Doit-on adopter une logique autarcique ? Doit-on adopter des mesures coercitives pour convaincre ceux qui n’en sont pas convaincus spontanément qu’il faut se convertir à une alimentation végétarienne, etc. ? Un programme de réponse aux enjeux écologiques et sociaux actuels suppose d’adopter une stratégie visant à infléchir les comportements en faisant appel aux outils que sont la taxation, la réglementation et les mécanismes de marché. Cela suppose aussi que l’on articule les questions environnementales et la démocratisation de la vie sociale. L’idée de « planification écologique » est potentiellement féconde, mais il faut beaucoup travailler pour lui donner un contenu et il faut se montrer beaucoup plus précis sur le lien entre cette planification et l’objectif de décentralisation et d’autogestion locale.

5. Faut-il diaboliser le développement durable ?

Les partisans de la décroissance voient dans le développement durable une proposition qui relève de la volonté d’instaurer un capitalisme vert. Une position anticapitaliste n’impose pourtant pas de rejeter le développement durable. S’il est vrai que cette idée a été reprise par les tenants d’un capitalisme vert, elle a été reprise d’une façon particulière et rien n’impose de suivre cette voie. Si une idée est juste, il faut la défendre, y compris contre ceux qui la reprennent pour la déformer.

La « durabilité » ou la « soutenabilité » renvoie à une idée simple qui est au cœur de la préoccupation des décroissantistes : la question de l’arbitrage intertemporel. Dans les décisions que nous prenons aujourd’hui, nous devons tenir compte des conséquences pour aujourd’hui et pour demain (dans 10 ans, dans 1000 ans). C’est généralement difficile : quand on limite ou on interdit la pêche à la baleine ou la pêche du thon rouge de méditerranée, on porte atteinte à la satisfaction des consommateurs de sushis, aux utilisateurs de graisse de baleine et à toute une filière d’activité économique (pêcheurs, conserveries, etc.) donc à l’emploi (voir les conflits entre les pêcheurs de méditerranée et Greenpeace, il ya quelque temps). Quiconque s’intéresse à la crise écologique doit donc raisonner en terme de soutenabilité parce qu’il n’est pas possible d’échapper à cet arbitrage intertemporel.

Mais, disent les décroissantistes, le problème ne vient pas du mot « durable » mais du mot développement. Bien avant d’adhérer aux thèses de la décroissance, S. Latouche s’est consacré à la critique du développement qui est pour lui un mirage et un processus « d’occidentalisation du monde ». Le développement serait donc mauvais par nature et il est parfois assimilé à la croissance. Au point que même l’expression « alterdéveloppement » ne trouve pas toujours grâce aux yeux des partisans de la décroissance. Le concept de développement a été notamment construit par l’économiste F. Perroux [13]. Il distingue soigneusement la croissance (aspect quantitatif) et le développement (aspect qualitatif). Pour Perroux, il y a développement quand il y a une amélioration de la « couverture des coûts de l’homme », c’est-à-dire si les besoins alimentaires, sanitaires, éducatifs, sont mieux assurés pour tous les individus [14]]. C’est pourquoi il peut y avoir croissance sans développement, notamment quant on assiste à une « croissance appauvrissante » (J. Bhagwati). Le développement n’est donc pas la croissance pour la croissance, mais la croissance mise au service d’une meilleure satisfaction des besoins sociaux.

Bien évidemment ces besoins sont susceptibles d’être affectés par la logique de la « filière inversée », par la publicité, par la programmation de l’obsolescence des objets, par une logique de distinction et de démonstration qui est utilisée pour pousser les individus à consommer davantage. Ce sont là les critiques bien connues de la société de consommation articulée au productivisme. Comme le soulignent certains décroissantistes, il y a là un « imaginaire » qui est mis au service d’une production croissante de valeurs d’échange [15]. Mais il n’empêche que la majorité de la population mondiale n’est pas aujourd’hui victime de la société de consommation (pas directement en tout cas) mais vit dans le dénuement et formule une demande qui n’est pas solvable [16]. Dès lors est-il sérieux d’inviter cette population à « opter pour la frugalité » et la « simplicité conviviale » ?

Si le système a imposé une vision du monde selon laquelle les activités qui sont valorisées sont celles qui conduisent à la production profitable de valeur d’échange, la position progressiste consiste évidemment à exiger la croissance de la production de valeur d’usage. Cette idée s’applique à de nombreux domaines : une grande partie de la population mondiale est sous alimentée, n’a pas accès à l’eau potable, aux soins médicaux de base [17]], etc. Ainsi par exemple, nous devons exiger la hausse de la production de médicaments même quand cette dernière n’est pas rentable car destinée à des malades non solvables. Nous ne pouvons donc pas prôner de façon raisonnable un arrêt de la croissance et se focaliser sur une simple meilleure répartition des richesses. Nous devons promouvoir le développement économique tout en l’ancrant dans une logique anticapitaliste. L’idée d’un développement durable nous semble être ainsi une idée à défendre.

La question n’est pas de produire moins (la décroissance) mais de produire plus (pour répondre aux besoins sociaux), autrement (en rompant avec l’hégémonie de la logique du profit, avec le productivisme agricole et donc en refusant la logique capitaliste), autre chose (des biens et des services choisis en fonction de leur valeur d’usage), en prenant en compte les droits des générations futures (soutenabilité des choix technologiques, économiques et environnementaux).

II. La décroissance : un projet contradictoire avec les valeurs de gauche

Les thèses de la décroissance sont certes diverses, et il y a sans doute au sein de ce courant des idées folkloriques (comme partout). Mais au-delà de ces positions folkloriques, nous avons le sentiment en consultant les sites et la littérature écologique Par exemple l’ensemble des éditoriaux de P. Ariès dans le Sarkophage (http://www.lesarkophage.com/), les documents rassemblés par le dossier du net (http://www.dossiersdunet.com/rubriq...), le site de l’IEESDS ( http://www.decroissance.org/), etc. d’une orientation globale qui est en contradiction avec les valeurs et les combats de la gauche depuis deux siècles. Il faut peut-être jeter par-dessus bord tout ou partie de ces valeurs (pas de tabou dans le débat démocratique), mais alors il faut le dire et en débattre ouvertement [18].

1. La gauche, la décroissance et la liberté individuelle

Ce qui frappe à la lecture des textes décroissantistes, c’est que leurs auteurs savent, avec certitude, ce qui est bon pour l’homme (et la femme ?). Ils savent ce qui est utile et ce qui est inutile, ce qui est conforme aux besoins et ce qui ne l’est pas [19] : ils sont contre la mode, la consommation de viande, la télévision, les téléphones portables, la publicité, les supermarchés, etc. et défendent la frugalité, la convivialité, la vie rurale [20] le petit commerce, etc. Paul Ariès, par exemple, dénonce les consommations qui ne correspondent pas à des besoins matériels. Tous ceux et toutes celles qui n’ont pas les comportements que les décroissantistes jugent bons, sont soient de pauvres individus manipulés par la pub et qu’il faut rééduquer, soit des riches qui pillent la planète [21]. Au fond, il ne s’agit de rien d’autre que de la bonne vieille distinction entre le nécessaire et le superflu qui est au fondement de la doctrine sociale de l’Eglise catholique. Dès lors qu’il existe une élite éclairée qui sait ce qui est bon pour l’homme, cette élite est fondée à imposer les bons choix à la masse aveuglée sur ses véritables intérêts. Plus fondamentalement, les décroissants sont du côté de ceux qui affirment la priorité du bien [22] : ils savent ce qui est juste et bon et considèrent les amateurs de cassoulet ou de filet de bœuf aux morilles comme de dangereux déviants. L’anti-libéralisme proclamé, n’est donc pas seulement la dénonciation (légitime) du capitalisme et la critique des excès du tout marché, mais aussi le rejet de la pensée politique libérale liée à la Modernité, à la philosophie des Lumières, à l’affirmation de la souveraineté et de l’émancipation individuelles qui est contestée. Là encore on retrouve la critique de l’individualisme qui a été pendant très longtemps le fond de commerce de l’idéologie réactionnaire : on en appelle à la communauté contre l’individu, à la soumission à des valeurs communes et au contrôle de la communauté sur le respect de ces valeurs communes. Bref, c’est la tonalité habituelle des communautés religieuses, qui en appellent elles aussi à la frugalité (voire à l’ascétisme), au détachement des biens de ce monde, au retrait dans des forêts profondes loin du monde urbain source de perversion et de dérèglement moral. Rien de bien nouveau depuis les moines cisterciens et les disciples de François d’Assise. Il y a en Iran une police religieuse qui pourchassent celles et ceux (surtout celles !) qui n’ont pas une tenue islamique. Aura-t-on demain une police écologique qui prendra des sanctions contre ceux qui suivent la mode, qui fréquentent les supermarchés, qui consomment de la viande, qui n’utilisent pas des toilettes sèches, etc. ?

La question ne relève pas de la vaine polémique ou de la caricature. Au sein même du mouvement écologique, le débat sur le risque d’un « éco-fascisme » a été mené périodiquement depuis les années 1970. La question de fond qui est posée est la suivante : puisque la décroissance est présentée comme la seule solution et puisque cette thèse n’est partagée que par une très petite minorité de la population, il n’existe que deux solutions :

- Ou bien on attend d’avoir convaincu pacifiquement et démocratiquement l’ensemble de la population de se rallier à la décroissance. Mais cela risque de prendre beaucoup de temps, or les décroissantistes ne cessent de souligner qu’il y a urgence à répondre à la crise écologique.

- Ou bien au nom de l’urgence on impose par la contrainte la seule conception du bien qui est légitime : la décroissance, la frugalité, etc.

On voit donc que la décroissance est aux antipodes du mouvement historique de la Modernité auquel la gauche s’est toujours identifiée : la libération de l’individu à l’égard des formes de contraintes traditionnelles, religieuses, communautaires. Cette approche nous place aussi devant une alternative intenable (la survie de la planète ou le libre choix individuel). Une autre voie est possible, celle du développement durable justement qui combine démocratie, lutte contre les inégalités, progrès technique, réorientation de la production, responsabilité collective, etc. Dans ce cadre la liberté individuelle reste possible ceux qui veulent devenir végétalien le peuvent, ceux qui veulent consommer de la viande accepteront d’en payer le prix qui résultera de sa production dans le cadre d’une agriculture non productiviste [23].

2. La gauche, la décroissance et le progrès

Le discours décroissantiste met en cause explicitement ou implicitement l’idée de progrès. Ce que l’on nomme ainsi serait pure illusion. Il faudrait donc, d’après J.P. Besset « ne plus être progressite…sans devenir réactionnaire » [24]. D’après certains textes on comprend mieux que les auteurs ont la nostalgie de la société pré-industrielle. Mais la gauche s’est constamment battue pour le progrès contre la réaction. Ce sont les forces conservatrices et religieuses qui se sont constamment opposées au progrès et qui ont plaidé pour le retour en arrière : pour la Restauration de la monarchie absolue, pour la défense de la famille traditionnelle contre le divorce, la contraception, pour le « retour à la terre » contre l’industrie. [25]. La Droite a toujours voulu revenir à un passé considéré comme stable et harmonieux ou, au mieux, maintenir le statu quo. Aujourd’hui toute la Droite américaine s’oppose à la création aux Etats-Unis d’une assurance santé pour tous, Ferry, Darcos et Sarkozy veulent « siffler la fin de la récréation » et revenir à l’école d’avant Mai 68, la Droite cherche partout à revenir en arrière à propos des droits sociaux, des droits des femmes, des droits des homosexuels. La Droite s’est battue pour défendre la ségrégation raciale aux Etats-Unis et c’est la gauche qui a milité pour l’égalité des droits, c’est la Droite qui s’est battue pour défendre l’apartheid en Afrique du Sud, c’est la Droite (en France, en Espagne, au Portugal, etc.) qui s’est battue pour maintenir le colonialisme aux prix de guerres atroces. La gauche a toujours considéré que le présent n’était pas fatal et que le retour en arrière n’était pas un idéal. La droite était contre l’accouchement sans douleur parce que la souffrance était le fait de la nature et d’une malédiction divine. En bref, il y a toujours eu un parti de l’ordre et un parti du mouvement, ceux qui se fondent sur le respect des traditions et le retour en arrière et ceux qui pensent que les hommes peuvent agir consciemment pour améliore leur sort et lutter contre la fatalité de la nature (les maladies, les famines, etc.) et la fatalité de l’ordre social (le pouvoir des nobles, des riches, des puissants). Les diatribes contre le progrès des décroissantistes, si elles devenaient majoritaires à gauche, conduiraient donc à une remise en cause radicale dont il faut mesurer les conséquences : c’est la gauche qui plaiderait contre le changement et pour le retour à un état antérieur de l’ordre social et la droite à laquelle on abandonnerait l’idée de progrès, d’action volontariste pour changer le monde. Mais la Droite adhère au progrès de façon sélective. Elle est pour le progrès compatible avec la loi du profit et la domination des puissants, elle est libérale d’un point de vue économique, mais conservatrice d’un point de vue social [26]. Il ne s’agit donc pas d’accepter tout changement comme un progrès, ni de se laisser abuser par le terme de « modernisation » qui cache le plus souvent la précarisation de l’emploi, mais il s’agit de revendiquer le progrès en soumettant les choix technologiques, sociaux, écologiques, etc. à des décisions démocratiques.

3. La gauche, la décroissance et la science

Une autre constante du discours décroissantiste est la remise en cause de la science (rebaptisée souvent « technoscience »). La science ne produirait pas des connaissances objectives mais serait totalement inféodée à la logique du capital et du productivisme, etc. Un contributeur du site « décroissance.info », n’y va pas de main morte et parle de « crever les yeux à la science ». Il est vrai que les décroissantistes sont pour l’occasion en bonne compagnie. R.M. Jennar (désormais au NPA) dénonce sur son blog « ceux qui cultivent la religion du progrès scientifique et technique comme instrument du progrès social » [27]]. Là encore observons l’histoire : l’Eglise condamne Galilée, elle interdit la dissection des cadavres pour empêcher le progrès de la médecine, elle met à l’index l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, elle condamne le darwinisme, etc. Aujourd’hui même, le Vatican et l’Episcopat italien s’efforcent d’empêcher la mise en vente en Italie de la pilule RU 486 [28]. Le catholicisme n’a pas le monopole de cette lutte contre la science. Aujourd’hui encore les fondamentalistes protestants combattent toujours l’enseignement de la théorie de l’évolution et leurs homologues juifs ou musulmans ne sont pas en reste. Les religieux ont toujours considéré que la science rendait l’homme arrogant face à Dieu : il faut donc combattre la science (et la Raison) ou les soumettre à l’autorité prééminente de la Foi [29]. Face aux ennemis de la raison et de la Science, la gauche a historiquement toujours défendu la liberté de l’investigation scientifique, les effets bénéfiques de la connaissance scientifique, la libre confrontation des arguments, la démarche expérimentale, le doute méthodique. Victor Hugo, dans son formidable discours contre la loi Falloux a magnifiquement exprimé la posture de toujours de la gauche, la défense de la raison contre l’obscurantisme, de la science contre l’orthodoxie religieuse. S’adressant au « parti clérical » il déclare : « Et vous voulez être les maîtres de l’enseignement ! Et il n’y a pas un poète, pas un écrivain, pas un philosophe, pas un penseur que vous acceptiez ! Et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, illuminé, imaginé, inventé par les génies, le trésor de la civilisation, l’héritage séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences, vous le rejetez ! Si le cerveau de l’humanité était là devant vos yeux à votre discrétion, ouvert comme la page d’un livre, vous y feriez des ratures » [30]].

Remettre en cause le lien historique entre la gauche et la science, entre la gauche et la diffusion du savoir rationnel sur le monde naturel comme sur le monde social, est un choix important qui mérite un débat. Affirmer que la raison se résume à la raison instrumentale et qu’elle est nécessairement au service du capital et du productivisme, c’est accepter la défaite de la raison. Dès lors sur quoi fonder la critique sociale ? A partir de quoi argumenter pour convaincre ? Si l’on ne peut faire appel à la raison va-ton se fonder sur le sentiment ? La séduction ? La contrainte ? Ce serait pour la gauche une réorientation majeure.

Les décroissantistes ont cependant raison sur certains points :

- Il est vrai que la science est parfois transformée en scientisme pour empêcher tout débat démocratique sur les choix scientifiques comme sur les choix sociaux et politiques ;

- Penser que tous nos problèmes écologiques vont spontanément être résolus par le progrès scientifique, sans mobilisation collective, ni choix politique est une illusion dangereuse ;

- Les découvertes scientifiques donnent lieu parfois à des applications technologiques dangereuses, surtout quand elles ne font pas l’objet d’un débat démocratique ;

- L’activité scientifique subit à la fois la pression des logiques marchandes et capitalistes et des contraintes bureaucratiques et politiques.

Mais face à tous ces périls et toutes ces dérives, faut-il « Sauver la recherche » ou renoncer à la recherche ? Faut-il défendre le droit à l’esprit critique ou considérer que tout esprit critique est une illusion ? Faut-il défendre la liberté de la recherche scientifique ou considérer que toute recherche scientifique est au service du pouvoir ? La gauche jusqu’ici a toujours été du côté de la science, de la recherche, des chercheurs, de la raison, de l’esprit critique, etc. Faut-il renoncer à cette posture au nom de la décroissance ?

Sur ce point comme sur les précédents, une politique de gauche doit adopter une position équilibrée et offensive : pas de relativisme, mais pas de scientisme, appui à la recherche et à la liberté d’investigation scientifique, mais débat démocratique sur les choix scientifiques et technologiques.

Par contre, adopter le discours antiscientifique, hostile au progrès, relativiste, c’est rompre avec toute la tradition de la gauche. On comprend que cette interrogation importe peu aux écologistes qui ne sont ni de gauche ni de droite et qui considèrent que le clivage droite/gauche n’a plus d’intérêt. Mais ceux qui veulent à la fois inscrire leur combat dans la tradition de la gauche républicaine et socialiste, tout en prenant la mesure de l’enjeu écologique pour un socialisme du XXIe siècle se doivent de trouver une cohérence dans leur discours politique. Pour nous, prendre à bras le corps la question écologique et la question sociale implique de ne pas se fourvoyer dans la mouvance de la décroissance.

 


Notes

[1] S. Latouche, article « Décroissance » in S. Mesure et P. Savidan, Dictionnaire des sciences humaines, PUF, Coll. Quadrige (p. 242)

[2] En revanche, la production liée à la réparation des externalités environnementales négatives (par exemple le nettoyage des plages à la suite d’une marée noire) accroît le PIB.

[3] S. Latouche indique d’ailleurs que « la décroissance ce n’est pas la croissance négative ». Si les mots ont un sens cela signifie que la décroissance ce n’est pas la baisse de la production. Mais qu’est-ce alors ? Pour préciser sa pensée, Latouche précise : « On imagine quelle catastrophe engendrerait un taux de croissance négatif » (S. Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Mille et une nuits, 2007, p. 21). C’est tout à fait juste, mais pourquoi alors parler de décroissance si cela ne signifie pas le contraire de la croissance, c’est-à-dire la baisse de la production.

[4] Voir le site du FAIR : [->http://www.idies.org/inde x.ph...

[5] Les nouveaux indicateurs de richesse, Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, La Découverte, coll. Repères, 2007

[6] Bien évidemment, pour conduire ce débat correctement, il faut éviter de confondre « capitalisme » et « économie de marché », mais c’est un autre débat.

[7] Dégager un profit suffisant est une condition de l’accumulation qui n’a elle-même comme fin que la réalisation d’un profit encore plus grand. Cette logique s’impose aux capitalistes individuels, ceux qui voudraient adopter une autre logique sont éliminés par la concurrence entre les capitaux comme le soulignait déjà Marx.

[8] Il en va exactement de même en matière financière où la recherche du profit et les prises de risques conduisent à des crises systémiques qui ont un impact sur la sphère réelle de l’économie, sans véritable régulation globale. En matière écologique comme en matière financière on nous explique que le marché assure spontanément cette régulation globale et que les acteurs de la finance comme les pollueurs sont capables de se discipliner tous seuls (sans intervention « perturbatrice » des Etats). Mais comme le disais l’économiste R. Solow, « si vous croyez cela, vous êtes vraiment prêt à croire n’importe quoi ! ».

[9] C’est ce que l’on a appelé la régulation fordiste du capitalisme.

[10] Dans le film « Let’s make Money », on voit bien que les producteurs africains de coton demandent à pouvoir exporter leur production dans des conditions qui ne soient pas faussées par les subventions de l’Etat fédéral aux producteur américains

[11] On pourrait bien sûr multiplier les exemples. Par exemple dans l’éditorial du Sarkophage n° 13, P. Ariès affirme (en critiquant le film de Y. Arthus-Bertrand) : « Il faudrait démanteler les multinationales » et « il faudrait détruire l’appareil publicitaire responsable des modes de vie destructeurs ». « Démanteler », « détruire » ? Oui mais comment ? Va-t-on imposer à toutes les entreprises françaises de vendre leurs filiales à l’étranger ? Ou bien y a-t-il un gouvernement mondial qui interdira toutes les multinationales partout dans le monde ? En quoi les entreprises capitalistes mononationales sont-elles préférables aux entreprises multinationales ? Va-t-on interdire aux journaux d’avoir recours à la publicité pour se financer ? Quid des conséquences sur l’emploi de telles mesures ? etc. Sans compter qu’il y a dans ces propositions un petit parfum totalitaire. Il faut un Etat tout-puissant qui interdise aux individus (qui ne savent pas où est leur véritable intérêt) de voir de la publicité, de regarder la télévision, d’acheter du vin californien, de manger des mangues, etc.

[12] Ndlr.

[13] Les partisans de la décroissance habitués à citer l’ancien jésuite I. Illitch et le protestant J. Ellul, devraient se trouver en pays de connaissance avec le catholique Perroux (l’un des inspirateurs de l’encyclique Popularum Progressio). Perroux se montrait très critique à l’égard de la théorie économique néo-classique, il plaidait pour la prise en compte d’une dimension humaine et humaniste dans l’analyse des questions économiques. L’institut de recherche qu’il a fondé a été dirigé après sa mort par un économiste marxiste (G. Destanne de Bernis).

[14] On est évidemment loin du compte aujourd’hui. Faisant le point en 2009 sur les « Objectifs du millénaire pour le développement » (échéance 2015), la Banque mondiale écrit : « Quelque 75 millions d’enfants en âge de scolarisation primaire n’allaient pas à l’école ; 190 000 enfants étaient emportés chaque semaine par une maladie évitable ; 10 000 femmes mouraient chaque semaine de complications de la grossesse qui auraient pu être traitées ; plus de 2 millions de personnes mourraient du sida, près de 2 millions de la tuberculose et environ 1 million du paludisme chaque année ; un milliard de personnes souffraient de la faim et deux fois autant étaient atteintes de malnutrition ; et près de la moitié de la population des pays en développement n’avait pas accès à des services d’assainissement de base ». [->http://siteresources.worl dban...

[15] A. Gorz, l’un des pionniers de l’analyse écologique, opposait la production hétéronome de valeurs d’échange à la production autonome de valeurs d’usage.

[16] D’après la Banque mondiale (qui n’est pas un repère de gauchistes), 1 milliard de personnes dans le monde devraient souffrir de famine chronique en 2009. Entre 1,4 et 2,8 millions d’enfants SUPPLEMENTAIRES risquent de mourir entre 2008 et 2015 si la crise économique se poursuit. En 2009, la production mondiale devrait baisser de 2,9% et le commerce mondial d’environ 10%. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette décroissance là n’améliore pas le sort des plus pauvres dans les pays pauvres, ni le sort des salariés les plus précaires dans les pays riches.

[17] Il est particulièrement édifiant de comparer les taux de mortalité infantile dans les pays du Sud et du Nord. Des maladies éradiquées ou bénignes dans les pays du Nord, font des ravages dans les pays du Sud. Il faut donc produire plus de vaccins contre la rougeole, le tétanos, la diphtérie, etc. [Parmi les gens qui défendent la décroissance, il y en a qui dénoncent la médecine occidentale et qui combattent l’usage de la vaccination. On ne considérera pas pour l’instant ce volet de l’argumentation, considérant qu’il s’agit d’une caricature des « vraies » thèses de la décroissance.

[18] Il y aurait beaucoup à dire sur la tonalité sectaire de la littérature décroissante : tous ceux qui ne sont pas décroissants sont stigmatisés (Harribey, Duval, Di Méo, etc.), les verts sont voués aux gémonies (Conh Bendit, Jadot qui est traité de « petit technocrate vert »), Lipietz et Hulot figurent dans le bêtiser du site de l’IEESDS, le site « décroissance.org » dénonce le site « décroissance.info » (et réciproquement). Bref, personne ne trouve grâce aux yeux des gardiens du temple décroissant !

[19] Par exemple, S. Latouche écrit : « De plus en plus, la demande ne porte plus sur des biens de grande utilité, mais sur des biens de haute futilité » (Petit traité de la décroissance, p. 34). Mais ce que S. Latouche considère comme utile et comme futile doit-il s’imposer à l’ensemble des autres individus ?

[20] Sur le site décroissance.info, un contributeur qui se présente comme « anarchiste primitiviste » propose de se retirer dans la forêt guyanaise et de pratiquer la culture sur brulis itinérante !!!,

[21] C’est ainsi que le transport aérien est présenté comme l’apanage de la classe dominante. Si tous ceux qui ont pris l’avion une fois appartiennent à la classe dominante, celle-ci est beaucoup plus nombreuse que ce que l’on aurait pu penser. Assez logiquement certains décroissantistes sont opposés aux compagnies Low Cost !

[22] Ils s’opposent en ce sens à la philosophie politique libérale qui affirme la priorité du juste sur le bien à partir de la reconnaissance de la pluralité des conceptions du bien. Toutes les visions religieuses du monde reposent sur la priorité du bien. Le seul problème c’est que chaque groupe défend une conception du bien différente et les catholique pourchassent les cathares (puis les protestants), les anglicans condamnent les méthodistes, les sunnites luttent contre les chiites, etc. La seule réponse à cette logique mortelle c’est d’admettre la pluralité des conceptions du bien et de mettre en place par un processus démocratique des règles communes qui permettent de faire vivre ensemble des individus qui ne partagent pas la même conception du bien. Cela s’appelle la laïcité. Bien évidemment tous ceux qui pensent que leur conception du bien est la seule légitime vont tantôt mettre en place l’Inquisition pour chasser les hérétiques, tantôt organiser un procès de Moscou contre ceux qui trahissent les intérêts de la classe ouvrière, tantôt imposer l’observation stricte de la Charia, etc. et demain « la frugalité conviviale » ?

[23] Bien sûr il y a des pathologies de l’individualisme pointées notamment par R. Castel (l’individualisme par excès et l’individualisme par défaut) qui peuvent miner le lien social, bien sûr aussi l’individualisme peut faire l’objet de récupérations marchandes, mais cela ne doit pas justifier une orientation politique fondée sur l’abandon de l’émancipation individuelle, le culte des appartenances communautaires et la nostalgie de la tradition et des sociétés pré-industrielles.

[24] Un paradoxe de plus, car si l’on refuse à la fois le progrès et le retour en arrière c’est que l’on est pour le statu quo, ce qui surprend de la part de ceux qui soulignent (à juste titre) les périls qui découleraient de la poursuite de la situation écologique et sociale actuelle.

[25] Souvenons nous, il y a peu du célèbre article de Sarkozy dans Le Monde combattant le PACS en affirmant : « La famille, c’est un homme, une femme et des enfants », souvenons nous de Mme Boutin brandissant la Bible dans l’hémicycle pour combattre le PACS au nom de la loi divine, souvenons des manifestations organisées par l’épiscopat espagnol contre les réforme progressistes du gouvernement espagnol (gouvernement par ailleurs parfaitement libéral sur le plan économique).

[26] Les députés de droite, à diverses époques, ont voté contre la loi Veil sur l’IVG (adoptée grâce aux voix de la gauche), contre l’abrogation de la peine de mort, contre la création du PACS, etc.

[27] [->http://www.jennar.fr/inde x.ph...

[28] En 1864 le Pape Pie IX publie la liste des « erreurs modernistes » condamnées par l’Eglise ? La dernière de cette longue liste d’erreurs est la suivante : « Le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ». Ainsi donc le très intégriste Pape Pie IX est contre le progrès, contre le libéralisme et contre la civilisation moderne…un décroissantiste avant la lettre en quelque sorte !

[29] La conclusion du discours de Benoit XVI au Collège des Bernardins (12 septembre 2008) est de ce point de vue très éclairante : « Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ». La Raison subordonnée à la Foi !

[30] Le texte intégral du discours est ici : [->http://pagesperso-orange.fr/u...



La réponse de Fabrice Flipo et Serge Latouche demain
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Published by Goudouly - dans -*- politique
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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 03:49



Le Honduras : Vers les profondeurs d’une révolution originale

http://goudouly.over-blog.com/article-le-honduras---vers-les-profondeurs-d-une-revolution-originale-37213401.html

par Narciso Isa Conde


Comment expliquer trois mois de mobilisation populaire continue, massive et auto-soutenue dans une société si appauvrie comme celle du Honduras ?

Comment expliquer ce phénomène politico-social sans précédent, même dans un continent avec tant d’expériences formidables et tant de luttes héroïques ?

Une histoire tragique et un commencement interrompu d’un nouvel avenir

Le peuple hondurien - victime des sévérités et des tragédies provoquées par les abus impériaux et oligarchiques propres du type de domination exercée dans toutes les “républiques bananières” de l’Amérique centrale, fouetté pendant des décennies par un généralat criminel issu de l’École de l’Amérique, pillé par les mafias politiques et le patronat des temps néolibéraux et de la postmodernité - a commencé à avancer petit à petit, jusqu’au coup fatidique du passé 28 juin, forgé dans la base étasunienne de Soto Cano/ Palmerola et assumé par les coupoles bureaucratiques, technocratiques, militaires, policières et sociales de ce pays frère.

Cette marche différente, temporairement frustrée, a commencé avec le triomphe électoral précaire de Manuel Zelaya (Mel), l’un des peu leaders libéraux ayant survécu au neo-conservatisme qui s’est emparé du Parti Libéral jusqu’à ressembler au Parti National (le parti conservateur).

Mel a précisément amorcé la différence qu’une partie de la société hondurienne désirait obtenir sous la stimulation d’un continent ébranlé par la quatrième vague révolutionnaire des dernières soixante années.

Une vague réellement dynamique et touchante, capable de commencer des processus transformateurs avec peu de forces d’avant-garde (au style classique) et même avec de faibles, précaires et presque inexistants contingents politiques révolutionnaires.

Capable de redonner de l’actualité aux révolutions apparemment décédées et de placer au centre du débat des alternatives au néolibéralisme appauvrissant et qui dénationalise. Cette nouvelle modalité du capitalisme qui surgie de sa crise structurale de la fin du XXe siècle et avec assez de pouvoir destructif pour submerger l’humanité dans la pire période de son histoire pour assurer la pérennité de son existence, situation qui s’aggrave comme l’illustre le déchaînement de la présente méga-crise de la civilisation bourgeoise.

De cette réalité - après des profonds reflux politiques et des résistances sociales prolongées- les nouvelles offensives transformatrices des peuples de notre Amérique ont poussé. Elles se sont glissées par les interstices du système dominant, en le perforant, en lui faisant des fissures, en ouvrant des creux et en abattant certains de ces murs et ces piliers.

Au Honduras, situé justement entre deux produits de la nouvelle vague (la nouvelle ascension du FSLN au gouvernement et le triomphe électoral du FMLN), placé dans le cœur d’un continent en effervescence et en lutte pour une nouvelle démocratie et une vraie indépendance, la petite fissure que le gouvernement façonné par Manuel Zelaya a impliquée n’a pas tardé à être agrandie par l’impact des vents encourageants provenant du Sud.

Peu à peu, Mel a été sensibilisé par la nécessité de gouverner autrement. Peu à peu il a dirigé son regard vers la Venezuela, vers l’Équateur, vers la Bolivie, vers le Brésil, vers l’Uruguay, vers le Nicaragua, vers El Salvador … et “il a coupé les yeux” aux faucons de Washington et aux régimes de droite de la Colombie, du Mexique, du Pérou, du Panama et du Costa Rica.

Il a tourné son visage vers l’Aube [NDT : Alba en espagnol]…
Il a pensé à la gloire de revendiquer les relations avec une Cuba révolutionnaire très maltraitée par ses prédécesseurs.
Il a vu l’avantage de PETROCARIBE et les programmes de santé cubains et vénézuéliens.

Il a senti le pouvoir unificateur et revendicatif du nouveau bolivarisme et il s’est rappelé des idéaux de Morazán, piétinés par le camp traitre et parricide de l’Amérique Centrale.

Il a avancé doucement depuis la solitude de son précaire pouvoir institutionnel, mais il a avancé à contre-courant en détachant la colère des cerbères de sa patrie et de leurs tuteurs avec siège en Soto Cano et à Washington.

Il a perdu des appuis traditionnels et il a commencé à gagner des sympathisants dans les mouvements sociaux et des secteurs politiques, que bien que méfiants des candidats issus du bipartisme réellement funeste, ils ont commencé à apprécier sa sincérité et à évaluer positivement les risques qu’il prenait.

La grande séparation s’est ainsi initiée, accélérée par le sujet de la consultation populaire pour l’Assemblée Constituante. Mel a senti et a souffert de la rigueur de la vieille camisole de force constitutionnelle, et il s’est décidé à contribuer à la déchirer, pour enlever ce poids au souffrant peuple hondurien.

De cette façon, il a menacé de démonter sérieusement l’échafaudage d’institutions décadentes et il a ouvert le débat autour de la permanence ou non d’un système politique et des institutions faites à la mesure de la classe perverse dominante -gouvernante hondurienne.

Il a mis sur la table la question de surpasser la pseudo-démocratie existante et d’ouvrir les vannes de la création et du développement d’une nouvelle démocratie, d’une démocratie participative.

Il s’est situé de cette façon dans le tourbillon de la contradiction fondamentale à une échelle continentale : un status quo vs une autodétermination nationale et une participation populaire ; cela au milieu de l’explosion de la grande crise du capitalisme étasunien et mondial, et de l’actuelle situation révolutionnaire continentale.


Des réformes qui génèrent des contre-réformes
Des réformes qui agitent des révolutions.
Des révolutions qui motivent des contre-révolutions féroces.

Une époque de contre-réformes et de réformes, et des révolutions et de contre-révolutions “sui generis”.
Des confrontations socialement profondes au-delà de ses formes atténuées initiales.

Des temps dans lesquels le désir réprimé de changement politique des peuples s’exprime dans tous les plans : à la surface, à ciel ouvert, mais aussi sous terre, dans le sous-sol des sociétés ; dans les places et les urnes, dans des champs et les villes, à l’intérieur et l’extérieur des institutions établies, à l’intérieur et l’extérieur du système de partis. Et avec puissances et modalités qui semblent plus réversibles.


Le coup a précipité la rébellion obligée et nécessaire

Au Honduras ce changement, désiré et contenu par des décennies, venait lentement ; mais il venait … jusqu’à ce que ceux de là-haut (de l’extérieur et de l’intérieur) qui n’ont pas voulu risquer d’attendre des décisions de moyen terme optent pour le coup de griffe immédiat.

Un coup de griffe conjuré, qui dans ses tragiques conséquences temporelles, a eu la vertu de tout radicaliser et de sortir tout le bon et le mauvais à fleur de peau : la domination et la résistance, le mensonge et la vérité, l’oppression et la nécessité de changements ; en transformant ce pays de l’Amérique centrale dans un pays ingouvernable à partir de ce pouvoir engendré par ce fait de force, et en générant parallèlement de nouveaux originaux flux révolutionnaires venant des gens d’en bas.

Le coup a mis en évidence toute la méchanceté du pouvoir établi et toutes les vertus du peuple en lutte.

Un coup de griffe néfaste dictatorial, que loin de diminuer avec le temps son intensité brutale, augmente chaque jour dans tous les plans comme une forme de survie forcée.

Une prometteuse résistance populaire qui n’arrête pas de grandir dans toutes les directions, qui assume comme question de vie ou de mort pour la société et son développement, l’échec total du régime putschiste.

La dictature devient de plus en plus dure, tandis que la mobilisation et la protestation populaire ne cessent pas de s’exprimer avec des modalités de plus en plus fortes, permanentes et répandues.


Deux pouvoirs s’affrontent dans un conflit crucial

Deux pouvoirs dans une bagarre décisive et franche.

L’un représenté par des institutions corrompues, des mécanismes répressifs, des entreprises et des richesses de plus en plus éloignées de la société, de plus en plus illégitimes, de plus en plus affaiblies.

L’autre dans les rues, les champs, les places et les chemins, désarmé mais levé et prête à tout ce qui permette son émancipation. Des mouvements sociaux récréés et fortifiés horizontalement, des courants politiques révolutionnaires surgis apparemment de rien ou du peu qui s’est cumulé dans le mauvais temps, le peuple appauvri mais capable de générer une rébellion créatrice ; en innovant dans les sujets et les acteurs politiques, sociaux et culturels capables de remplir vite le déficit et les vacuités paralysées.

D’un côté : le gouvernement putschiste, l’oligarchie vorace, les mafias politiques, le généralat corrompu, les nouveaux riches, les corporations transnationales, les hiérarchies ecclésiastiques ultraconservatrices, les enclaves militaires impérialistes et le bipartisme pervers manipulant ses clientèles politiques décimées.

De l’autre : le Front de la Résistance contre le Coup et tout son extraordinaire éventail social et politique : les travailleurs et travailleuses du champ et de la ville, les sans travail, les couches moyennes progressistes, les églises de base, les peuples originaires, les femmes exclues, la jeunesse en rébellion, le nouvelle et vielle gauche, les peuples originaires, le nègre et le mulâtre discriminé.

La grande pauvreté contre la grande bourgeoisie, l’honnêteté contre la corruption, la justice contre l’oppression.

D’un côté : l’usurpateur du Congrès, le meneur des « gorilettis » et des « pinochettis », expression de l’illégalité, de l’illégitimité et de la brutalité.

De l’autre : le président légal et de plus en plus soutenu, le président Manuel Zelaya, entouré de sympathie et du peuple et rempli de légitimité depuis son séjour temporel dans l’Ambassade du Brésil.

Deux pouvoirs diamétralement distincts et face à face.

L’un qui assume passionnément la contre-réforme, la recolonisation et la contre-révolution, et l’autre qui impulse avec vigueur les réformes faisant chemin vers la révolution et la libération de la grande patrie.

Dans un seul jeu, il y a la vie de l’ultra-réaction politique et sociale comme facteur dominant et l’existence du peuple comme être politique et social en liberté ; il y la continuité de la colonisation ou la souveraineté revêtue de vert/espoir.

Ceux d’en haut s’accrochent à leur décadent pouvoir, majoritairement contesté, en semant à droite et gauche du néofascisme, un défaitisme de la pire espèce et une culture de la mort.

Les gens d’en bas savent déjà que vaincre est indispensable pour éviter une longue nuit de terreur dramatique et une plus grande misère, pour vivre en liberté bientôt et certainement, en dignité et souverainement.

Vu tout ce qui est devant et derrière les putschistes, les battre est de faire pratiquement une révolution démocratique et de reconquérir l’indépendance médiatisée et piétinée.


La contradiction à rouge vif : un point chaud et décisif dans un continent changeant

Le coup au Honduras est partie d’une contre-offensive impérialiste, oligarque, bipartiste et mafieuse qui inclut aussi l’installation des cinq nouvelles bases militaires étasuniennes en Colombie et les divers plans de déstabilisation des gouvernements révolutionnaires et progressistes de la région ; particulièrement ces machinations dirigées contre les processus vénézuélien, équatorien et bolivien en Amérique du Sud, contre le virement progressiste au Honduras, au Nicaragua et El Salvador en Amérique centrale, et contre la présence hautaine du Cuba révolutionnaire dans les Caraïbes insulaire.

Les deux points aigus de la contre-offensive réactionnaire sont inséparables et les deux monstres de la politique impériale - l’Hondurien destiné à stimuler l’escalade putschiste, déstabilisatrice tout le long et le large de notre Amérique et le Colombien (un narco-état para-terroriste) devenu plate-forme d’agression militaire impérialiste et l’Israël du continent pour la conquête de la région amazonienne et de son expansion au Caraïbe - doivent être battus pour ne pas reculer. Ce sont les points les plus chauds et décisifs dans le contexte de la nouvelle vague de changements et de la confrontation en marche, il ne doit donc pas avoir des excuses pour confluer et pour être profondément solidaires avec les forces adversaires, insurgés et non insurgés, radicales et modestes, des sociétés honduriennes et colombiennes.

Le retour audacieux de Mel à Tegucigalpa met au rouge vif la contradiction dans ce point névralgique de la confrontation, après avoir promu la détermination populaire d’arracher de racine le régime putschiste.

Nous sommes témoins du râle de l’un des monstres surgis de cette contre-offensive impérialiste-oligarchique, surtout si l’ascension de l’offensive populaire continue. L’ « état de siège » pour 45 jours de plus est un clair - bien que cruel - signe de sa profonde faiblesse et son énorme désespoir.

Les putschistes sont traqués et en chemin à collapser. Le peuple ne lui donne pas, ni doit lui donner, aucune trêve. Il est trop conscient de l’occasion historique qu’il a pour balayer ce piteux obstacle à la nécessaire et aspirée révolution démocratique de Morazán.

Le peuple hondurien, sans nécessité de le proclamer (bien que l’on commence à parler déjà de cette possibilité), marche vers les profondeurs d’une révolution singulièrement hérétique (comme le sont toutes les révolutions vraiment) ; difficile, bien que pas totalement impossible de médiatiser.

La conscience collective de cette réalité et l’assomption par le peuple hondurien du sens crucial de l’actuelle confrontation, explique son engagement, sa persistance, sa bravoure originale et inégalable, sa capacité d’avancer progressivement et de mettre en scène une insurrection permanente sans les armes, l’assomption que continuer à avancer ainsi pourrait asphyxier le vieux régime et mettre au monde la demandé restitution du président Zelaya ; dans les conditions dans lesquelles ce peuple héroïque ne peut plus être simplement satisfait avec une démocratie représentative traditionnelle, mais principalement avec des changements sociaux en profondeur, avec une réelle révolution politique et sociale, avec une démocratie participative et intégrale.

Dans un moment si difficile comme beau pour le peuple hondurien viennent à ma mémoire les mots savants du professeur Juan Bosch dans les premiers moments du soulèvement civique - militaire du peuple dominicain contre le régime putschiste du Triumvirat en avril 1965 ; ce message émotif depuis le Puerto Rico dans ces heures stellaires du contrecoup populaire, dans lequel, entre autres idées, il a affirmé sans hésitation depuis le plus profond de son cœur quelque chose du style : "à un peuple qui a lutté avec tant d’héroïsme comme le Dominicain il faut lui donner beaucoup plus que la liberté”.

Il fallait certainement lui garantir l’émancipation sociale et le pouvoir populaire, ce qui dans le cas dominicain a été empêché par l’invasion de 42 000 soldats d’infanterie navale étasunienne.

Parions et contribuons maintenant pour que le Honduras d’aujourd’hui et dans l’actuelle Amérique, la révolution politico-sociale, la nouvelle démocratie et le nouveau socialisme puissent avancer !



Narciso Isa Conde


Source : Rebelión Hacia las honduras de una revolución original
Traduction : Angela Randazzo

jeudi 8 octobre 2009, par Primitivi

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 03:08


Aux âmes bien nées…

 http://goudouly.over-blog.com/article-aux-ames-bien-nees-----37198835.html

J’ai mon dernier à caser.

 

Bon vous me direz il est un peu jeune Jean avec ses 14 ans, mais faut s’y prendre tôt.

 

Les places sont peu nombreuses et chères.

 

Donc je le verrais bien à la tête d’un truc un peu sérieux, qui demande quelques responsabilités, mais pas trop grandes, et surtout qui lui permette de s’en mettre plein les poches directement ou indirectement.

 

Je me demande si je ne vais pas faire une petite annonce le concernant, peut être, avec un peu de chance, il y aura bien une place de disponible.

 

Ou bien je vais rameuter les vieux copains, les vieilles copines qui s’ils ne sont pas trop mal placés pourront envisager quelque chose.

 

Quoi ?

 

Aucune chance par les petites annonces et les copines et copains bien placés vont garder leurs places pour leurs fils ?

 

Ensuite j’ai aussi deux filles.

Pourquoi pas pour elles aussi ?

 

C’est toujours pour les gars

J’adore mon fils, mais ce n’est pas l’égalité des chances ça !

 

Donc je veux une place pour mes filles et mon fils.

Enfin des places.

Et avec tout ce que j’ai dit avant.

 

Car aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années.

 

Ils n’ont pas encore de diplômes, mais là je ne désespère pas qu’ils finissent leurs études de manière brillante.

Si le job se présente avant ils finiront leurs études en cours d’emploi.

Parce que là je ne transige pas.

Ils ne seront pas les premiers après tout.

Ce qui compte c’est d’être bien placé.

Et tant pis pour les autres.

 

Mes enfants sont bien nés.

Evidement je ne parle pas de leur père.

 

Vous qui écoutez ce billet, si vous avez trois places de disponibles, mais pas pour tout de suite, pour dans quelques temps quand les petits seront grands, appelez moi et surtout gardez leur ces places bien au chaud.

On vous le rendra.

 

Et merci de fond du cœur.

 

Nous devrions nous occuper de notre avenir.

Aurore

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 03:47

Ce n’est pas la démographie des pauvres mais la consommation des super-riches qui menace la planète

http://goudouly.over-blog.com/article-37172261.html

par George Monbiot

Sur

George Monbiot charge sabre au clair contre ceux qui affirment que la menace environnementale majeure serait la démographie des pays pauvres. « Ce n’est pas un hasard si la plupart de ceux qui sont obsédés par la croissance de la population mondiale sont de riches hommes blancs, trop âgés pour se reproduire : il s’agit de la seule question environnementale dont ils ne peuvent être tenus responsables, » écrit-il. Le véritable problème n’est pas celui de la démographie mais de la consommation excessive des pays riches, dont les hyper-fortunés donnent une image caricaturale, argumente Monbiot.


par George Monbiot, The Guardian, le 28 septembre 2009


Ce n’est pas un hasard si la plupart de ceux qui sont obsédés par la croissance de la population mondiale sont de riches hommes blancs, trop âgés pour se reproduire : il s’agit de la seule question environnementale dont ils ne peuvent être tenus responsables. Le brillant scientifique spécialiste des systèmes de la Terre James Lovelock a ainsi affirmé le mois dernier que « ceux qui ne parviennent pas à comprendre que la croissance démographique et le changement climatique sont les deux faces de la même pièce de monnaie sont soit ignorants, soit refusent de voir la vérité. Ces deux énormes problèmes environnementaux sont inséparables et il est irrationnel de discuter de l’un tout en ignorant l’autre. » Mais en l’occurrence, c’est Lovelock qui se montre ignorant et irrationnel.

Une étude publiée hier dans le journal Environment and Urbanization montre que les régions où la population a augmenté le plus rapidement sont celles où les émissions de dioxyde de carbone se sont élevées le plus lentement, et inversement. De 1980 à 2005, l’Afrique sub-saharienne est à l’origine de 18,5 % de la croissance de la population mondiale et seulement de 2,4 % de l’augmentation des émissions de CO2. L’Amérique du Nord ne représente que 4 % des nouvelles naissances, mais 14 % des émissions supplémentaires. Soixante-trois pourcent de la croissance démographique mondiale a lieu dans des régions où les émissions de CO2 sont très basses.

Mais ces faits bruts ne décrivent pas entièrement la situation. Cette étude indique que le sixième de la population mondiale est si pauvre que ses émissions ne sont absolument pas significatives. Tout en étant le groupe dont la croissance est apparemment la plus élevée. Les ménages en Inde qui gagnent moins de 3000 roupies par mois (43 € - 66 CHF) consomment par tête un cinquième de l’électricité et un septième du carburant utilisés par un ménage ayant un revenu de 30 000 roupies ou plus. Ceux qui dorment dans la rue ne consomment presque rien. Ceux qui vivent en fouillant les ordures (une part importante des citadins déshérités) ont le plus souvent un solde négatif d’émission de gaz à effet de serre.

De plus, une bonne part des émissions pour lesquelles les pays pauvres sont tenus responsables devraient en toute justice être attribuée aux nations développées. Par exemple, les torchères des compagnies pétrolières exportatrices du Nigéria ont produit plus de gaz à effet de serre que toutes les autres sources de l’Afrique sub-saharienne réunies. La déforestation dans les pays pauvres est principalement causée par l’exploitation commerciale du bois, de la viande et des aliments pour animaux destinés aux consommateurs des pays riches. Les paysans pauvres font bien moins de dégâts.

David Satterthwaite, l’auteur de cette étude, souligne que la vieille formule enseignée aux étudiants en développement, selon laquelle l’impact total (sur l’environnement) est égal à la population multipliée par la richesse et la technologie (I=PRT) est fausse. L’impact total doit être mesuré ainsi : Consommateurs x Richesse x Technologie. La majorité de la population mondiale consomme si peu qu’elle ne figure même pas dans cette équation. Et c’est elle qui a le plus d’enfants.

Alors qu’il n’y a qu’une très faible corrélation entre réchauffement global et croissance démographique, il y a par contre une forte corrélation entre réchauffement global et richesse. J’ai récemment jeté un coup d’œil sur quelques super-yachts, du style de ceux auxquels sont habitués les ministres travaillistes. J’ai d’abord parcouru les spécifications du Royal Falcon Fleet’s RFF 135, mais lorsque j’ai découvert qu’il ne consommait que 750 l. de fioul par heure, j’ai réalisé que ça n’allait pas impressionner Lord Mandelson. L’Overmarine Mangusta 105, qui pompe ses 850 l. à l’heure ne surprendrait guère à Brighton. Mais le rafiot qui a vraiment retenu mon attention est construit par Wally Yachts à Monaco. Le WallyPower 118 (qui confère aux imbéciles finis un sentiment de puissance [ En argot anglais, wally signifie imbécile - ndt ] ) consomme 3 400 l. à l’heure lorsqu’il file à 60 nœuds. Ce n’est pas loin d’un litre par seconde. Ou mesuré autrement, 31 litres au kilomètre.

Bien sûr, pour faire un vrai tabac, je devrais m’offrir du tek et des accessoires en acajou de mahogany, y ajouter quelques jet skis, ainsi qu’un mini sous-marin, transporter mes invités au port en jet privé et en hélicoptère, leur offrir des sushis de thon rouge et du caviar beluga, et pousser le monstre si rapidement que je hacherais menu au moins la moitié des espèces méditerranéennes. En tant que propriétaire d’un de ces yachts, je provoquerais plus de dégât à la biosphère en 10 minutes que la plupart des Africains ne peuvent le faire au long de toute une vie. Là ça chauffe vraiment, bébé...

L’une de mes relations qui fréquente les gens très riches me dit que dans la banlieue des banquiers, la lower Thames valley, certaines piscines extérieures sont chauffées à une température suffisante pour s’y baigner toute l’année. Les propriétaires adorent plonger dans leur piscine durant les nuits d’hiver et regarder les étoiles. Le chauffage leur coûte 3200 € (4 900 CHF) par mois. Cent mille personnes vivant comme ces banquiers épuiseraient les écosystèmes indispensables à la vie plus rapidement que 10 milliards de personnes vivant comme les paysans africains. Mais au moins, les hyper-nantis ont l’exquise attitude de ne pas se reproduire beaucoup, ainsi les vieux riches qui dénoncent la croissance démographique les laissent tranquilles.

En mai, le Sunday Times publiait un article titré : « Un club de milliardaires annonce qu’il veut réduire la surpopulation. » Il révélait que « plusieurs éminents milliardaires américains se sont rencontrés secrètement » afin de décider quelle bonne cause ils devraient défendre. « Un consensus a émergé, consistant à soutenir une stratégie s’attaquant à la croissance démographique, dénoncée en tant que menace environnementale, sociale et industrielle potentiellement désastreuse. » En d’autres termes, les ultra-riches ont décidé que ce sont les très pauvres qui polluent la planète. On peine à trouver une métaphore. C’est au-delà de la caricature.

James Lovelock, comme Sir David Attenborough et Jonathan Porritt, est l’un des soutiens du Optimum Population Trust. Ce n’est qu’une des campagnes et des organisations caritatives parmi des douzaines dont le seul but est de décourager les gens d’avoir des enfants au nom du sauvetage de la biosphère. Mais je n’ai pas réussi à trouver une seule fondation dont le seul objectif soit de s’occuper des impacts sur l’environnement des très riches.

Les tatillons pourraient argumenter que ceux qui procréent rapidement aujourd’hui pourraient s’enrichir dans le futur. Mais, alors que les hyper-nantis s’approprient une part toujours croissante et que les ressources commencent à se tarir, cette perspective, pour la plupart des très pauvres, est de plus en plus illusoire. Il y a de fortes raisons sociales pour aider les peuples à maîtriser leur démographie, mais pas du point de vue environnemental - sauf pour les populations plus aisées.

L’Optimum Population Trust ignore le fait que le monde se dirige vers une transition démographique : le taux de croissance ralentit presque partout, et selon un article publié par Nature, la population va vraisemblablement atteindre un pic au cours de ce siècle, probablement à 10 milliards. La majeure partie de cette croissance aura lieu dans des populations qui ne consomment presque rien.

Mais personne ne prévoit une évolution de la consommation. Les gens ont moins d’enfants à mesure qu’ils s’enrichissent, mais ils ne consomment pas moins - ils consomment plus. Comme le montre le mode de vie des super-riches, il n’y a pas de limite à la recherche du luxe chez l’homme. On peut s’attendre à ce que la consommation se développe parallèlement à la croissance économique jusqu’à ce que les compteurs de la biosphère atteignent la butée. Quiconque comprend cela et considère néanmoins que la population, et non pas la consommation, pose le principal problème « ne veut pas », selon les mots de Lovelock, « voir la vérité ». C’est la pire forme de paternalisme, qui accuse les pauvres des dégâts occasionnés par les riches.

Où sont donc les mouvements manifestant contre ceux qui sont pourris de fric et détruisent nos écosystèmes ? Où sont les actions menées contre les super-yachts et les jets privés ? Où donc est la Lutte de Classes quand on en a besoin ?

C’est le moment d’avoir les tripes d’appeler un chat un chat. Ce n’est pas le sexe le problème, c’est l’argent. Ce ne sont pas les pauvres le problème, ce sont les riches.


Publication originale The Guardian, traduction aimablement communiquée par Igor Milhit
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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 03:41


Le crépuscule du dollar


http://goudouly.over-blog.com/article-37171935.htmlpar Robert Fisk

Sur Contre Info

Le grand reporter Robert Fisk, correspondant de The Independent au Moyen Orient depuis de nombreuses années, fait état de réunions « secrètes » rassemblant les pays du Golfe, les BRIC, le Japon - mais aussi la France, selon lui - afin de définir un nouveau système de facturation pétrolière abandonnant le dollar comme monnaie de référence. Publié hier, cet article a provoqué une certaine nervosité sur les marchés des changes et de l’or, bien que de nombreuses informations reprises ici soient déjà du domaine public. Si la date limite prévue pour la mise en œuvre de cette nouvelle règle du jeu pétrolière est encore éloignée de neuf ans - autant dire une éternité pour les marchés spéculatifs - ces informations viennent cependant renforcer un sentiment général largement partagé. Le mouvement de dédollarisation, que tous les pays frappés par la crise financière « Made in USA » considèrent désormais comme une protection indispensable, est bel et bien engagé. Et les USA vont voir se déliter peu à peu l’ « exorbitant privilège » qui leur permettait de régler leurs déficits sans autre contrepartie que du papier vert.


Par Robert Fisk, The Independent, 6 octobre 2009


Les pays Arabes du Golfe Persique planifient - avec la Chine, la Russie, le Japon et la France - de mettre fin à la facturation du pétrole en dollars, et vont utiliser à la place un panier de monnaies, dont le yen japonais et le yuan chinois, l’euro, l’or et la nouvelle devise commune que doivent adopter les nations appartenant au Conseil de Coopération du Golfe, incluant l’Arabie Saoudite, Abu Dhabi, le Koweït et le Qatar. C’est là un tournant majeur sur le plan financier pour le Moyen Orient.

Des réunions secrètes ont déjà eu lieu, auxquelles participaient les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales de Russie, de Chine, du Japon et du Brésil, afin d’élaborer ce projet qui aura pour conséquence que le cours du pétrole ne sera plus exprimé en dollars.

Ces plans, confirmés à The Independent par des sources des milieux bancaires du Golfe et de Hong Kong, pourraient expliquer la hausse soudaine du cours de l’or, mais ils annoncent également une transformation en profondeur sur le marché du dollar dans les neuf ans à venir.

Les Américains, qui savent que des réunions ont eu lieu - bien qu’ils n’aient pas encore appris les détails - vont sûrement lutter contre ces manoeuvres internationales auxquelles participent des alliés jusque-là fidèles comme le Japon et les pays Arabes du Golfe. Parallèlement à ces rencontres, Sun Bigan, l’ancien envoyé spécial chinois au Moyen-Orient, a mis en garde contre le risque d’aggraver les différends entre la Chine et les Etats-Unis dans leur lutte d’influence pour le pétrole du Moyen-Orient. Les « querelles bilatérales et les affrontements sont inévitables », a-t-il déclaré à la Asia and Africa Review. « Nous ne pouvons pas relâcher notre vigilance sur [l’apparition d’une] hostilité au Moyen-Orient au sujet des intérêts énergétiques et de la sécurité. »

Cela sonne comme une dangereuse prédiction d’une guerre économique à venir opposant les USA et la Chine pour le pétrole du Moyen-Orient - qui une fois encore transformerait les conflits régionaux en une bataille pour la suprématie entre grandes puissances. La Chine utilise progressivement plus de pétrole que les États-Unis parce que sa croissance est moins économe en énergie. La devise de transition pouvant être utilisée durant cet abandon du dollar, selon des sources bancaires chinoises, pourrait être l’or. Une indication des montants énormes impliqués est fournie par le total des réserves détenues par Abou Dhabi, l’Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar, estimées à 2 100 milliards de dollars.

Le déclin de la puissance économique américaine résultant de la récession mondiale actuelle a été implicitement reconnu par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick. « L’un des héritages de cette crise pourrait être la prise de conscience que les relations de pouvoir économique ont changé », a-t-il déclaré à Istanbul, avant la tenue cette semaine des réunions du FMI et la Banque Mondiale. Mais c’est l’extraordinaire nouvelle puissance financière de la Chine - alliée au ressentiment des pays producteurs et consommateurs de pétrole contre la puissance d’intervention de l’Amérique dans le système financier international - qui a motivé ces dernières discussions impliquant les Etats du Golfe.

Le Brésil a manifesté son intérêt pour participer à ces règlements de pétrole hors dollar, ainsi que l’Inde. De fait, la Chine semble être la plus enthousiaste parmi toutes les puissances financières impliquées, notamment en raison de ses énormes échanges avec le Moyen-Orient.

La Chine importe 60 pour cent de son pétrole, dont une majeure partie en provenance du Moyen-Orient et de la Russie. Les Chinois ont des concessions de production pétrolière en Irak - qui sont bloquées par les États-Unis jusqu’à cette année - et depuis 2008 ont signé un accord de 8 milliards de dollars avec l’Iran pour développer les capacités de raffinage et les ressources gazières. La Chine a également conclu des accords pétroliers au Soudan (où elle s’est substituée à des intérêts américains) et a négocié des concessions pétrolières avec la Libye, où tous les contrats de ce type prennent la forme de coentreprises (joint-ventures).

En outre, les exportations chinoises vers la région représentent désormais pas moins de 10 pour cent du total des importations des pays du Moyen-Orient. Elles concernent un large éventail de produits, allant des voitures aux systèmes d’armes, l’alimentation, les vêtements, et même des poupées. Confirmant la puissance financière croissante de la Chine, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a demandé hier à Pékin de laisser le yuan s’apprécier par rapport à un dollar dont le cours est à la baisse - ce qui par voie de conséquence desserrerait la dépendance de la Chine envers la politique monétaire américaine - afin d’aider à rééquilibrer l’économie mondiale et d’alléger la pression à la hausse sur l’euro.

Depuis les accords de Bretton Woods - qui furent signés après la Seconde Guerre mondiale et avaient défini l’architecture du système international financier moderne - les partenaires commerciaux de l’Amérique ont dû faire face aux conséquences de la prééminence de Washington et plus récemment à l’hégémonie acquise par le dollar, qui sert de principale monnaie de réserve mondiale.

Les Chinois pensent que les Américains ont persuadé la Grande-Bretagne de rester en dehors de l’euro afin d’éviter un mouvement plus précoce de désaffection par rapport au dollar. Des sources chinoises du secteur bancaire indiquent que les discussions sont allées trop loin pour être désormais bloquées. « Les russes finiront par introduire le rouble dans ce panier de devises », nous a déclaré un important courtier de Hong Kong. « Les Britanniques sont coincés entre les deux, et ils entreront dans la zone euro. Ils n’ont pas le choix car il ne leur sera pas possible d’utiliser le dollar américain. »

Nos sources chinoises dans la finance estiment que le président Barack Obama est trop mobilisé par le redressement de l’économie américaine pour pouvoir se préoccuper des conséquences considérables qu’aura l’abandon du dollar dans neuf ans. La date limite pour la transition entre les devises a été fixée à 2018.

Les États-Unis ont brièvement abordé cette question au sommet du G20 à Pittsburgh. Le gouverneur de la Banque Centrale de Chine et d’autres officiels ont manifesté à voix haute leurs inquiétudes sur le dollar depuis des années. Leur problème est qu’une grande partie de leur richesse nationale est conservée sous forme d’avoirs libellés en dollars.

« Ces plans vont changer la face des transactions financières internationales », déclare un banquier chinois. « L’Amérique et la Grande-Bretagne doivent être très inquiètes. Vous comprendrez à quel point ils sont préoccupés en entendant le tonnerre de dénégations que cette information va provoquer. »

L’Iran a annoncé le mois dernier que ses réserves de devises étrangères seraient désormais conservées en euros plutôt qu’en dollars. A coup sûr, les banquiers se souviennent de ce qui est arrivé au dernier pays producteur de pétrole du Moyen-Orient qui ait décidé de vendre son pétrole en euros plutôt qu’en dollars. Quelques mois après que Saddam Hussein eut claironné sa décision, les Américains et les Britanniques ont envahi l’Irak.


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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 03:36

Dé-dollarisation du pétrole : un bouleversement financier aux conséquences géopolitiques considérables

par Robert Fisk

Sur ContreInfo


Malgré les démentis, la perspective d’un abandon du dollar dans les marchés pétroliers du Golfe revêt une importance considérable, estime Robert Fisk. Elle traduit non seulement le ressentiment croissant de la région à l’égard de la superpuissance américaine déclinante, mais aussi la prise en compte par les pétro-Etats du nouveau rapport de force naissant, où la Chine jouera un rôle de premier plan.


Par Robert Fisk, The Independent, 7 octobre 2009


Le plan de dé-dollarisation du marché pétrolier discuté en public et en secret pendant au moins deux ans et largement démenti hier par les suspects habituels - en tête desquels l’Arabie saoudite comme on pouvait s’y attendre - reflète le ressentiment croissant au Moyen-Orient, en Europe et en Chine envers des décennies de domination politique et économique américaine.

Nulle part ailleurs au monde, cette décision ne revêt une importance symbolique plus grande qu’au Moyen-Orient, où les Émirats Arabes Unis détiennent à eux seuls 900 milliards de dollars en réserve de devises et où l’Arabie saoudite a discrètement coordonné avec les Russes sa défense, ses armements et ses politiques pétrolières depuis 2007.

Cela n’indique pas le début d’une guerre commerciale avec les USA - pas encore - mais les régimes arabes du Golfe sont de plus en plus rétifs vis-à-vis de leur dépendance économique et politique à Washington depuis de nombreuses années. Sur les 7 200 milliards de dollars de réserves internationales, 2 100 milliards sont détenus par les pays arabes, et environ 2 300 milliards par la Chine. Les nations intéressées à l’abandon du dollar dans le commerce pétrolier sont présumées détenir plus de 80% des réserves internationales en dollars.

Les démentis de l’Arabie saoudite ont été considérés par les banquiers arabes comme relevant des us et coutumes politiques du Golfe. Les Saoudiens avaient persisté à nier que l’Irak ait envahi le Koweït en 1990 - alors même que les légions de Saddam Hussein se tenaient à la frontière saoudienne, jusqu’à ce que les États-Unis diffusent dans le monde entier l’information de l’agression irakienne.

Les banquiers saoudiens sont bien conscients que d’ici à neuf ans - le délai de transition prévu pour l’abandon du dollar dans le commerce du pétrole au profit des devises japonaise et chinoise, de l’euro, l’or et d’une éventuelle nouvelle monnaie du Golfe - La Chine aura doublé son PIB, pour atteindre les 10 000 milliards de dollars (en supposant un taux de croissance de 7%), et que les États-Unis pourraient alors ne plus peser que 20% du PIB mondial.

Des changements aussi radicaux dans l’économie et la finance, encouragés par la dé-dollarisation du pétrole, auront d’énormes répercussions politiques au Moyen-Orient, en particulier si la rivalité des superpuissances économiques américaine et chinoise en vient devient prédominante pour le monde arabe. Le soutien économique apporté à Israël par les USA sera-t-il encore aussi loyal dans neuf ans si la Chine et les pays Arabes sont devenus les forces motrices dans les marchés financiers mondiaux ? De fait - ayant peut-être cela en tête - certains financiers israéliens ont témoigné au cours des deux dernières années leur intérêt pour des investissements non libellés en dollars dans des banques arabes. Chaque fois qu’un changement de cette ampleur se déroule sur plusieurs années, il doit être amorcé en secret.

On ne peut nier que ce projet de négoce pétrolier hors du dollar ait de profonds motifs politiques. L’effondrement de l’Union soviétique a permis aux États-Unis de dominer le Moyen-Orient, plus que toute autre région du monde, et les Arabes - qui ne peuvent plus envisager un boycott pétrolier du type de celui qu’ils imposèrent à l’occident après la guerre de 1973 au Moyen-Orient - sont toujours désireux de prouver qu’ils peuvent utiliser leur pouvoir économique pour impulser des changements.

L’offre faite par l’Arabie Saoudite et la Ligue Arabe de reconnaître Israël et son besoin de sécurité en échange d’un retrait israélien des territoires arabes occupés n’a pas - d’après les Saoudiens eux-mêmes - une durée de validité indéterminée. Si elle est ignorée ou repoussée, ils peuvent alors rechercher d’autres alliés, par le biais de nouvelles institutions financières, pour imposer la naissance d’un nouveau Moyen-Orient. La Chine sera heureuse de les y aider.


Publication originale The Independent, traduction Contre Info
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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 03:32

OGM: L'épreuve de vérité européenne

Volé sur 20 minutes


t-ogm.jpgL’environnement est de plus en plus une question européenne. Alors que le Conseil des ministres de l’Union Européenne va prochainement se prononcer sur une levée du moratoire français sur les OGM, la Cour de Justice Européenne vient de condamner la France à rendre public toutes les infos sur les lieux d’implantation des champs de culture OGM. Le retour des faucheurs…

Pierre Azelvandre est le type du genre tenace. Cet habitant de la commune de Sausheim, en Alsace, s’intéressait aux cultures OGM, et souhaitait savoir s’il en existait sur sa commune. D’où cette démarche simple : une demande au maire, dans le cadre de la loi sur l’accès aux documents administratifs. Depuis 1978, les collectivités publiques sont tenues de délivrer copie, sur simple demande, des documents administratifs publics qu’elles détiennent. D’où le courrier adressé le 21 avril 2004 par Pierre Azelvandre au maire: « Merci de bien vouloir me communiquer, pour chaque dissémination d’OGM ayant lieu sur le territoire de cette commune, l’avis au public, la fiche d’implantation, qui permet de localiser la parcelle complantée, et le courrier préfectoral accompagnant ces documents. »

Le maire n’ayant pas répondu dans les deux mois, l’ami Pierre a le 1er juin 2004 saisi laogm-j_5c_en-veux-pas-_.jpg Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) qui le 24 juin 2004, a rendu un avis favorable à la communication de l’avis au public et mais s’est prononcé contre la communication de la fiche d’implantation parcellaire et de la carte de localisation des disséminations, au motif que « cette communication porterait atteinte au secret de la vie privée et à la sécurité des exploitants concernés. »

Pierrot-le-pas-fou a reçu les premiers documents, et le 16 septembre 2004, il a saisi le tribunal administratif de Strasbourg pour obtenir le reste de la précieuse documentation. Par jugement du 10 mars 2005, le tribunal lui a donné raison. Le maire cachottier a formé un recours devant le Conseil d’Etat, qui a refilé la patate chaude la Cour Européenne de Justice, de Luxembourg, par le biais de ce qu’on appelle une « question préjudicielle ». Estimant que pour répondre à Pierre-qui-ne se fait-pas-rouler il fallait interpréter le droit européen, en l’occurrence les règles d’information en matière de dissémination d’OGM, a sursis à statuer, et interrogé la Cour Européenne de Justice.

martine-et-les-ogm.jpgEt la Cour a répondu ce 17 février 2009 (affaire C. 552/07), se fondant sur la directive 2001/18/CE du 12 mars 2001, avec une réponse en deux temps:

- Le lieu de la dissémination est déterminé par toute information relative à la localisation de la dissémination soumise aux autorités compétentes de l’État membre sur le territoire duquel cette dissémination doit avoir lieu.

- Une réserve tenant à la protection de l’ordre public ou à d’autres intérêts protégés par la loi ne saurait être opposée à la communication des informations.

Dans son mémoire, la France évoquait les troubles à l’ordre public, dans l’hypothèse où Pierre et ses petits copains seraient intéressés de connaitre les lieux de culture pour y passer la tondeuse. « Une réserve tenant à la protection de l'ordre public ne saurait être opposée à la communication des informations énoncées par la directive » et « la crainte de difficultés internes ne saurait justifier l'abstention par un Etat membre d'appliquer correctement le droit communautaire« , claironne la Cour.

La France a suspendu les cultures du maïs transgénique MON810 en février 2008 avec pour motif apparent « les incertitudes sur les risques potentiels » et pour motif sous-jacent une amourette avec les Verts. Mais la Commission européenne a demandé à la France de revenir sur cette décision, estimée non-fondée scientifiquement. Chercher un fondement scientifique à l'amourette... La phase préalable, devant le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, a été un échec ce 16 février, et la décision revient désormais au Conseil des ministres de l'Union Européenne.

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Bilan d'un Grenelle de l'amourette ?
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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 03:27


Pourquoi est-il urgent de sortir du capitalisme ! 1/2

par Guillaume Desguerriers


Inutile d’agiter les soi-disantes relances de l’économie : la crise actuelle n’en est qu’à ses débuts. Le CAC40 peut afficher de bons scores, constatons que le chômage ne cesse d’augmenter, que les entreprises sont de plus en plus rachetées suivant des crédits LBO où elles sont découpées pour être revendues sous forme parcellaire, quand elles ne mettent pas simplement la clé sous la porte. Dans ce tableau sordide, la prospérité retrouvée du CAC40 n’est là que pour illustrer le transfert d’argent public vers les comptabilités privées des banques et rappelons au passage que 10% de l’aide publique versée à BNP-Parisbas sert à payer les traders. La population, elle, trinque : attaque des retraites, privatisation de la poste et réduction des services publics, dont le système de santé. Rappelons qu’à l’heure où l’Amérique d’Obama parle de fonder un système public de santé, les tenants du néo-libéralisme en France travaillent à sa privatisation… Dans un système en perte de sens, la crise va se poursuivre par soubresauts jusqu’à l’épongement des dettes, et elles sont colossales…

Dans ce paysage pour le moins sinistre, constatons que les forces politiques de gauche ne font pas le poids et que l’engouement de la population pour la chose publique, notamment les couches populaires, est pour le moins restreint. Et pour cause : rappelons qu’aux grandes heures de sa gloire, la gauche était aux XIXe et XXe siècles le fer de lance de la construction « d’un autre monde ». Un autre monde ?! C’est à dire un monde qui proposait le dépassement du capitalisme, sa fin. Aujourd’hui, constatons que la quasi totalité du discours politique de gauche ne se fonde que sur le mode de la résistance, de la préservation ou de l’assouplissement du capitalisme. Mais si nous avons besoin d’assurer le quotidien en défendant des acquis, ce mode de discours signe l’acceptation culturelle du capitalisme. Notons qu’à la fête de l’Humanité 2009, moins de 10% des débats étaient consacrés à la sortie de crise et que tous prônaient des issues vers un retour au Trente Glorieuses, avec une rustine « teintée en vert » (écologie oblige… ). Sur le dépassement du capitalisme : rien.

Les origines éthique et culturelle d’une crise inéluctable

L’avènement de la classe bourgeoise en Europe au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle signe le renversement, sur un plan culturel et éthique, du paradigme de la noblesse de l’ancien régime par le paradigme de la bourgeoisie, l’économisme (qui pose le rendement du capital comme but ultime de tout travail et de tout existence humaine). Tout est désormais réduit à sa seule fonction économique, au travail, à la production, au gain de toujours plus d’argent. L’économisme opère un réductionnisme de la totalité de la réalité du monde à la seule sphère de l’économie, et, par là, à l’exploitation du travail salarié et du monde vivant.

Les conséquences d’une telle réduction éthique et culturelles sont notables. D’abord sur le plan de la pratique économique, une société où l’économie est gérée par un marché, devient petit à petit une société exclusivement tournée vers une seule finalité : le marché lui-même ! C’est ce passage – décrit par Karl Polanyi dans son ouvrage La Grande Transformation – qui signe le triomphe de l’économisme sur la totalité du monde. Le but de la société est désormais le fonctionnement de l’économie, donc de l’activité de production (qui implique l’exploitation) et l’accumulation du capital. Sur le plan du projet de société, l’économie impose son hégémonie à la politique et cette dernière ne devient plus que la traduction des nécessités sociales des conditions d’exploitation des travailleurs salariés et du monde vivant. D’une manière générale, elle cesse donc d’être de la politique pour devenir une série de mesures économiques, sensées répondre aux exigences de construction des sociétés.

Ensuite, sur le plan individuel, la perte de repères est considérable. L’être humain est un être sensitif, psychologique, lié à des affects qui le travaillent et le construisent. L’identité d’un individu est donc liée à des objets, des décors, des personnes, auxquels il se lie affectivement. Le changement de paradigme convertit la totalité de l’affect à l’argent : seule compte désormais, non plus l’objet de l’affect, mais la valeur monétaire d’un objet. C’est la fétichisation de la marchandise et de l’argent. Certes, le mouvement ouvrier a tenté et parfois réussi à créer une « contre culture », mais progressivement cette « contre culture » s’est transformée au fil des trahisons en acceptation des règles de vie de la société capitaliste. De fait, un certain ouvriérisme a signé, au cours du XXe siècle, la soumission au paradigme de l’exploitation, au lieu de le combattre.
De là, une perte pour la construction des identités et la génération de mal-êtres pour lesquels la moindre crise économique occasionne le basculement dans des idéologies totalisantes, brutales, propices à canaliser les errances psychologiques et le ressentiment.

Aujourd’hui, la recette est la même : la propagande publicitaire rythme les désirs, formate les besoins dans le but de vendre de l’identité au travers des marques, prouvant bien là que le capitalisme à besoin de créer du déracinement identitaire pour assurer sa survie par la consommation et l’aliénation individuelle. Mais constatons que cette consommation identitaire génère davantage de perte de soi (elle est jetable), et d’autant plus que le capitalisme produit de plus en plus le superflu au détriment du nécessaire.

Échecs et fausses alternatives ?!

Le soviétisme incarne, pour sa part, une autre soumission au paradigme bourgeois : l’impossibilité de penser hors de l’économie et finalement de reproduire l’exploitation de l’homme par l’homme. En effet, il s’agissait, en URSS, par le changement d’économie et de la possession du capital, de changer les mentalités et les individus. Autrement dit, le soviétisme avait totalement incorporé le paradigme de l’ère industrielle et notamment l’idée que l’individualité est réductible à sa force de production : il s’agit bien là d’une option de l’économisme dont on a pu déjà constater l’impossibilité matérielle ! En politique, l’homme doit être pensé hors de la sphère économique, comme ce fût le cas notamment dans nombre de courants de la gauche du XIXe siècle, jusqu’à la Commune de Paris (souvent « disqualifiés » d’utopistes pour en écarter les militants de l’époque).

Enfin, dans les pays occidentaux, du fait du rapport de force, à la fin de la seconde guerre mondiale, favorable aux couches populaires, deux sphères ont pu cohabiter : l’une dévolue au capitalisme « pure », l’autre à la production d’un état et d’une société sur la base de services publics hors de la propriété privée. Mais constatons que cette seconde sphère, dans laquelle sont nés en France ces services publics, la sécurité sociale ou la retraite par répartition, n’avaient pas de valeurs individuelles opposables à la sphère de l’économie qui a pu ainsi coloniser les esprits grâce sa conception de l’individualité : la consommation et l’illusion d’une opulence pour tous. Notons aussi que cette cohabitation existait également aux USA (où le taux d’imposition sur le revenu montait à cette époque jusqu’à 91% ! ). Là encore, ces échecs face au capitalisme montrent que le projet d’épanouissement de l’individualité ne peut être ignoré en politique, et que le projet alternatif au capitalisme doit nécessairement reposer sur une vision philosophique de l’individu, car c’est sur lui que vient reposer la pérennité de cette alternative et de ce « vivre-ensemble » républicain qui ne peuvent être maintenus « par le haut » (« France d’après-guerre » ou soviétisme). La force du capitalisme est sa colonisation des individus sur le terrain des pratiques, donc sur le terrain idéologique, éthique et culturel. Ainsi, sans option philosophique sur le terrain de l’individualité, le paradigme bourgeois est vainqueur à coup sûr (le soviétisme ayant démontré que « le collectif » et « le travail » ne permettent pas de penser et d’épanouir toute la richesse de l’individualité).

Aujourd’hui, le paradigme de l’économisme est sans freins, sans opposants. Son réductionnisme total est donc confronté de plein fouet à la réalité matérielle du monde. Or, cette réalité ne peut être réduite à la seule sphère économique comme il prétend le faire. De fait, les mentalités et les pratiques incarnant l’économisme sont en contradiction (au sens défini par Marx) avec la réalité du monde, et de fait le système ne peut que générer des dégâts considérables sans trouver d’issues, autrement dit : il génère une crise qui le conduira à sa propre perte.

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 03:23



Le 2ème Sommet Afrique-Amérique du Sud s´achève sur des propositions historiques

dimanche 27 septembre 2009

 

Échanges économiques, energétiques, financiers, sociaux, politiques, technologiques, et culturels marqués par la solidarité, la coopération et le respect sont les points fondamentaux de l´accord final. Evo Morales a rappelé que le tiers de l´ONU etait présent a ce sommet. Pour l’Afrique, 19 présidents, cinq vice-présidents et 15 ministres d’Affaires étrangères. Pour l’Amérique du Sud : 8 chefs d’État et un ministre des Affaires étrangères. Ont également participé de hauts fonctionnaires des organismes multilatéraux tels que le président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Mohamed Ibn Chambas ; Jacques Diouf le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ; Ahmen Benhelli Secrétaire général adjoint de la Ligue des États arabes ; le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping et le représentant du président de la Banque africaine de développement (BAD), Antoinette Batumubwira.

« Nous allons former deux grands pôles de pouvoir dans un monde pluripolaire qui a déjà commencé à naître. On cherche un monde où il n’y aura plus d’impérialisme, où les peuples seront libres, ou l’on s’unit pour sortir de la misère, du retard, du sous-développement auquel nous avons été soumis par l’empire du nord », a déclaré le président Chávez faisant référence à l’Europe et au Etats-Unis. « Ici, dans le Sud, la salvation du monde et de l’humanité a commencé ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Pendant les deux jours de discussion, les chefs d’Etat ont présenté des propositions importantes qui montrent les nouveaux plans de relations internationales.

« La libération des peuples africains et sud-américains du nouveau monde est en train de se construire », a affirmé la présidente de l’Argentine, Christina Fernández lors de son discours.

Le président de la Bolivie, Evo Morales, a demandé aux leaders et aux peuples du Sud de récupérer les ressources naturelles et de prendre les mesures pour que le capitalisme ne détruise pas le monde. Il a aussi averti « qu’il est important qu’on se libère comme êtres humains, mais il est aussi important de libérer nos ressources naturelles pour résoudre les problèmes de notre pays ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a souligné que ces réunions entres les pauvres du monde nous assure une deuxième indépendance. Le président de l’Unasur s´est engagé à renforcer le processus de coordination latino-américaine et construire le développement équitable de nos peuples, articuler la coopération internationale et la lutte contre l’inclusion social et, dans ce cas là, l’approfondissement des relations entre Amérique du Sud et Afrique ».

Le Venezuela signe un accord avec la FAO et plusieurs pays africains

La capacité pour la production des produits agricoles, la formation et la capacitation technique, et la création de zones d’irrigation font partie des sujets du document signé

Le président Hugo Chávez a affirmé qu’il a signé une série d’accords de coopération entre le Venezuela et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ce qui comprend les pays d’Afrique et l’Amérique du Sud.

« Le ministre pour les Industries basiques et l’industrie minière, Rodolfo Sanz, m’a informé sur la signature des accords de création de compagnies mixtes dans le secteur minier entre le Venezuela et la Sierra Leone, la Mauritanie, le Mali, la Namibie et le Niger. De plus, ils ont aussi signé un accord avec la FAO », a déclaré M. Chávez.

La capacité de production des produits agricoles, tel que des semences certifiées, des fertilisants, du système d’emmagasinage, entre autres. Des ateliers pour la fabrication d’outils agricoles ; l’installation et le développement des systèmes d’irrigation, la formation agricole et la capacitation technique.

Ces accords se développeront en Afrique et au Venezuela. On envisage la production de machinerie pour les projets et la sélection d’une zone destinée aux semailles dont l’extension se divisera d’après la nécessité réelle.

Solution du problème financier

Le président Chávez a évoqué l’approfondissement du fonctionnement économique des pays africains et sud-américains ; ce qui aiderait à trouver la racine de beaucoup de problèmes auxquels ces pays ont été soumis.

« Il y a quelques ans, Fidel Castro me demandait si je savais où se trouvaient les réserves financières du Venezuela. Et bien sur que je ne connaissais pas cette information. Les gouvernements précédents négociaient nos réserves avec les banques du nord en les déplaçant d’un endroit à un autre et gagnaient beaucoup grâce à notre argent », a déclaré M. Chavez.


La Banque du Sud a été créée

La Banque multinationale accordera des crédits aux pays membres de l’Unasur. Le siège principal sera à Caracas avec d’autres sièges à Buenos Aires et La Paz. Puis on créera les dépendances nécessaires

La Banque du Sud est née officiellement ce samedi avec la signature de la Convention Constitutive de la banque qui servira comme outils de développement des peuples du Sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



L’accord a été signé par Cristina Fernández (Argentina), Evo Morales (Bolivia), Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil), Rafael Correa (Equateur), Fernando Lugo (Paraguay), Tabaré Vázquez (Uruguay) et Hugo Chávez (Venezuela).

Cet accord envisage la construction d’une banque internationale publique avec personnalité juridique propre appelée Banque du Sud, afin de financer le développement économique, social, environnemental des pays d’Unasur, de manière équilibrée et stable au moyen de l’épargne dans et en dehors la région.

La Banque servira aussi à renforcer l’intégration, réduire les asymétries et promouvoir la distribution équitable des investissements entre les pays membres, et dans une phase ultérieure avec l´Afrique.

Le capital total de la Banque du Sud est de 20 milliards de dollars et 10 milliards de dollars ont été autorisés. Les trois associés qui disposent de plus de capacité économique (Argentine, Brésil et le Venezuela) font un apport de 2 milliards chacun.

L’Equateur et l’Uruguay apporteront 400 millions chaque un, la Bolivie et le Paraguay 200 millions, Guyane et Suriname moins de 100 millions, la Colombie, le Chili et le Pérou apporteront entre 400 et 2 milliards de dollars.

Un des fonctions de la Banque est celle de financer les organismes de l’Etat, les institutions autonomes, les compagnies mixtes, les compagnies privées, les coopératives, les compagnies associatives et communautaires dans les pays membres afin de développer des projets.

TELESUR

Le président de la televisión multistatale Telesur Andres Izarra, a confirmé la signature de trois conventions souscrites avec les télévisions publiques du Mozambique, de l’Angola et de la Guinea Bissau, dont les informations seront transmises en langue portugaise. D’autre part a été annoncé le lancement de Radio Sud, autre pont avec l’Afrique et le projet de l’Université des peuples du Sud, entre autres projets de coopération éducative et culturelle entre les deux continents.


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