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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 03:48

http://goudouly.over-blog.com/article-les-familles-vont-encore-passer-a-la-caisse-66809220.html

 

Hausse des prix des matières premières : les familles vont encore passer à la caisse

Par Dominique Mourlane

Vendredi 4 février 2011


Le buzz annonce une hausse en moyenne de 2 % à la caisse sur les produits alimentaires.
Si l’on s’en tient à ce seul aspect, que l’on met en face l’augmentation du prix des matières premières, cette hausse peut paraître justifiée.
Si l’on s’en tient au revenu des paysans, les vrais, pas l’agro business, il pourrait paraître juste aussi de participer au maintien de leur niveau de vie.
C’est sans compter sur la faible part du coût des matières premières payées aux producteurs dans les prix hors taxe assumées par les consommateurs. Les intermédiaires industriels, logistiques, marketing et financiers représentent de 50 à 90 % du prix hors taxe final.
En effet , les choses ne sont pas si simples. Cela fait plusieurs mois que l’industrie alimentaire et la grande distribution négocient et nous préparent à cette hausse des prix à la consommation.
Cela s’est conclu par une rencontre tripartite : grande distribution – industrie agroalimentaire – gouvernement.
Les représentants des consommateurs en ont été écartés.
La rencontre se passe en milieu clos, entre gens d’un même monde : celui de la finance.
L’augmentation du coût des matières premières est tout de même due, pour la majeure partie, à la spéculation, c’est à dire à l’acquisition par les grandes firmes multinationales de surfaces agricoles à travers le monde pour :

  • soit créer de la mono culture, et se positionner en entreprises monopolistiques de secteur dédié,
  • soit pour réorienter ces surfaces vers des agricultures à destination de la production de carburants.

En tout cas le but est toujours le même : faire évoluer le prix des matières premières agricoles vers le haut pour toujours plus de profits : la spéculation. Notons au passage que si bon nombre d’entreprises de l’industrie agroalimentaire accaparent des terres agricoles, la grande distribution s’est lancée aussi dans cette frénésie d’acquisition.

Il faut noter l’exception dans ce schéma, pour l’instant, du prix du pain. Car si leprix du blé a subi les incendies de cet été en Russie et a presque doublé sur les 8 derniers mois, il ne représente que 6% dans le prix de la baguette.

Que fait le gouvernement ?

Le gouvernement dans ce contexte agite les bras, menace et monte le ton : « vous allez voir ce que vous allez voir ! Il y aura des sanctions ».
Mais ne soyons pas dupe : ce gouvernement, défendra la concurrence libre et faussée dans un monde dérégulé, préservera ces deux secteurs d’activités qui s’envoient pour l’instant des amabilités du genre :
Les distributeurs aux producteurs : « Vous profitez de la hausse mondiale des matières premières pour augmenter le coût de certains produits sans la moindre justification. »
Les producteurs aux distributeurs : « Pas du tout. C’est vous qui voulez préserver vos marges… à tout prix. »
Le résultat est connu d’avance, car ce gouvernement ne regarde pas l’intérêt des familles. Sinon la chose aurait été simple, il aurait suffi alors d’associer les associations de consommateurs à cette discussion et de demander aux producteurs et aux distributeurs de bien vouloir rendre publique l’évolution de leurs prix de revient et de leurs marges bénéficiaires respectives sur quelques produits alimentaires essentiels.
Que faudrait-il faire ? Le gouvernement dispose – certes maintenant avec des effectifs réduits – de tous les moyens de suivi et de taxation des prix et des marges, en France comme à l’importation. Ces pouvoirs sont encore accrus pour tous les produits vendus au grand public pour la vérification de la non-nocivité et de l’étiquetage au point final de distribution et tout au long de la chaine logistique.
Il n’est que de demander aux préfets et aux maires de réactiver ces dispositifs sur tout le territoire et de revenir à la publicité des marges, notamment sur le grand commerce.
Plus prés de nous, un tel système était appliqué aux médicaments par la sécurité sociale au titre de son rôle de prescripteur de soins et de médicaments pour en maitriser le cout des remboursements. C’est ainsi, qu’il y a peu, la France était le pays ou les grands groupes pharmaceutiques faisaient les plus faibles marges.
Comment se fait-il que les prix au détail des grandes surfaces soient plus élevés en France qu’en Allemagne ?
L’état fait pression à la baisse des salaires et des prestations sociales. Qu’il fasse pression sur les prix du panier de la ménagère et de tous les services maintenant privatisés !

par Dominique Mourlane
 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 03:24

http://goudouly.over-blog.com/article-emmanuel-todd-je-serais-tres-etonne-que-l-euro-survive-a-2011--64573687.html

 

 

Emmanuel Todd : « Je serais très étonné que l'euro survive à 2011 »

 
Que nous est-il permis d'espérer et que doit-on craindre en 2011 ? Le politologue, démographe et essayiste français Emmanuel Todd a accepté de se livrer, pour nous, à un « bilan et perspectives » étayé, plus spécifiquement centré sur la crise économique et financière qui secoue l'Europe.

Que retiendrez-vous de l'année 2010, qui vient de s'achever ?

Je dirais que ce fut une année charnière. C'est l'année où les croyances, économiques et politiques dominantes de l'Occident sont arrivées au bout de quelque chose.

D'abord dans la gestion de la crise économique. J'ai été frappé par la prise de conscience concernant la relance, telle qu'on l'avait conçue lorsque la crise financière, puis la crise de la demande mondiale ont été diagnostiquées - chose qu'il fallait faire, précisons-le... -, qui n'allait pas suffire. Et pour une raison très simple : les plans de relance ont, à la rigueur, relancé les profits dans les économies occidentales, ont regonflé à un niveau acceptable les indicateurs boursiers, mais n'ont pas fait repartir l'emploi, les salaires. Malgré ces plans, la dégradation du niveau de vie a commencé ; aux Etats-Unis, les indicateurs mettent même en lumière une diminution de l'espérance de vie...

Les gens ont donc compris que dans une économie ouverte, dans un régime de libre-échange, si l'on réinjecte des signes monétaires ou des moyens de payement dans l'économie par en haut - plutôt par le système bancaire qu'autrement -, on crée de la demande, mais que cette demande ne modifie absolument pas le mécanisme de la compétition sur les salaires, mais que cela relance tout simplement les économies à bas salaires. En France par exemple, et j'imagine ailleurs, les plans de relance de l'après-crise ont abouti à une accélération de la désindustrialisation et des délocalisations...

Un « électrochoc » , donc...

Les gens l'ont compris mais, pour le moment, ils ne sont pas allés au bout de la compréhension. Cela réintroduit les différences traditionnelles entre Américains et Européens où, pour une fois, je ne peux plus dire que les Américains sont quand même moins bêtes parce qu'ils ont compris le problème de la demande globale, les mécanismes keynésiens de soutien à la demande, la notion de flexibilité monétaire, etc. On ne peut plus considérer qu'un plan de relance, en économie ouverte, est simplement mieux que les plans d'austérité européens. Les plans d'austérité européens ne sont pas une solution actuellement. Ils vont relancer la crise mondiale, et s'ils remettent l'économie mondiale en crise, pour le coup, l'économie chinoise, qui est gérée de façon extrêmement dangereuse par l'exportation, va s'effondrer. Mais ces plans d'austérité européens traduisent quand même, me semble-t-il, une volonté de ne pas faire de la relance pour autrui... Je dirais qu'ils sont un premier pas vers le protectionnisme, mais dans la mesure où il s'agit d'un protectionnisme par contraction de sa propre demande, c'est ce que l'on peut appeler un « protectionnisme bête » . Moi, je me bats depuis longtemps pour un « protectionnisme intelligent » . Je vais y revenir.

C'est le deuxième tournant. Le premier concerne le premier élément de la pensée unique : le libre-échange. Le deuxième est sur l'euro. L'acquis du dernier trimestre de 2010, c'est qu'on est arrivé au bout de la croyance en l'euro comme horizon spécifique pour l'Europe. Il s'agit donc d'une année chargée en termes de prises de conscience !

Sur quoi cela pourrait-il déboucher ?

Paradoxalement, la crise, l'effondrement de croyances qui font du mal au continent, au monde développé et à la planète, c'est déjà inespéré ! On a trop longtemps vu de sympathiques gouvernements se réunissant paisiblement - ce qui est une bonne chose -, conclure leurs travaux en expliquant qu'ils allaient défendre bec et ongles le mécanisme qui produisait la crise, à savoir le libre-échange. Or, le libre-échange, c'est quoi ? C'est la guerre de tous contre tous sur le plan économique, c'est la concurrence sur le coût du travail, sur l'efficacité économique.

Cela dit, comment va être l'année 2011 ? On va avoir des surprises. Je serais très étonné que l'euro, dans sa forme actuelle, survive à l'année 2011. S'il survit, ce sera dans un contexte de réorientation générale des politiques économiques européennes.

Au final, cette crise pourrait donc, selon vous, se révéler positive ?

Oui. Mais l'une des choses qui me poussent à être très prudent, c'est la lenteur des processus idéologiques, la lenteur du débat, le caractère un peu amorphe de la société. En France par exemple, la façon dont la crise a ramené à la surface le vieux phantasme de la supériorité des conceptions économiques allemandes, ces choses qu'on entendait telles quelles à l'époque du « franc fort » , dans les années 80, a quelque chose d'inquiétant. Pour expliquer ce phénomène de lenteur, il y a le vieillissement des populations occidentales et ce que j'ai décrit dans mon dernier livre, Après la démocratie (Gallimard/Folio), à savoir un état d'atomisation des sociétés - avec des comportements narcissiques, des gens qui ne se soucient que d'eux-mêmes, une absence de croyances collectives - qui empêche la décision politique.

Donc, ce que je ressens, c'est une sorte de tension qui est devant nous, de bras de fer conceptuel entre deux tendances : la crise générale des conceptions qui devrait amener des évolutions et des prises de décisions rapides, et puis cette espèce de lenteur, de sénilité narcissique des sociétés développées, qui suggère que quand même, elles seraient capables de continuer à ne rien faire pendant toute une année...

Quid de l'euro, que vous avez évoqué plus haut ?

L'image qui me vient, c'est « acharnement thérapeutique » ... L'euro est une abstraction. Les sociétés nationales, avec leurs cultures, existent toujours. Il y a des différences de mentalités, de rythmes démographiques, il y a des traditions de discipline salariale en Allemagne qui ne sont pas concevables en France...

En fait, du temps des monnaies nationales, chacune des économies européennes avait son mode de régulation spécifique qui lui convenait. Des bureaucrates abstraits ont posé l'euro là-dessus et, bien entendu, ça ne marche pas. Et toutes les tentatives institutionnelles, bancaires ou autres, pour que ça fonctionne, ne peuvent pas marcher. Tant que l'Europe est en économie ouverte, dans le régime de libre-échange, il y a une guerre économique acharnée entre les économies européennes dans laquelle l'Allemagne est la plus forte parce qu'elle pratique mieux la compression du coût salarial. Mais dans ce contexte, l'euro est une sorte de prison pour tout le monde, pour laisser les plus faibles ou les moins capables se torturer au niveau salarial, à la merci de l'Allemagne. Attention, je n'en veux pas du tout à l'Allemagne : il y a de l'aveuglement et du narcissisme là-bas comme en France...

Comment sortir de cette situation ?

De deux manières : par le bas ou par le haut. Par le bas, c'est admettre que l'euro est foutu. Puis on en sort et on revient aux monnaies nationales. Pour moi, ce n'est pas optimal : je ne suis pas du tout partisan de la disparition de l'euro. Simplement le système actuel est le pire concevable parce qu'il détruit une partie de l'industrie européenne, il dresse les Européens les uns contre les autres, il met l'Allemagne dans une position de domination mais aussi de cible, d'ennemi collectif pour l'Europe...

La sortie vers le haut : on veut sauver l'euro, on y tient vraiment et on accepte l'idée que le problème mondial, c'est le libre-échange, l'insuffisance de la demande. On fait revenir l'Europe à sa conception initiale de la préférence communautaire. On dit que l'Europe a le droit, dans un monde en guerre sur les coûts salariaux, de faire un virage protectionniste. On établit un protectionnisme européen raisonnable, coopératif, qui permet de relancer les salaires, l'investissement, la demande à l'échelle du continent. Dans un tel contexte, on rétablit un intérêt collectif européen, un bénéfice mutuel. Dans le domaine économique, les différences culturelles entre l'Allemagne et les autres pays cesseraient d'être un facteur de conflit et l'Europe retrouverait son véritable avantage compétitif dans le monde qui est sa diversité - avec l'euro, on a réussi à faire de la diversité européenne quelque chose de complètement négatif dans ses conséquences.

Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste à ce propos ?

Pour moi, l'explosion de l'euro, c'est une probabilité de 90 %. Ce qui provoquerait un trou d'air idéologique formidable mais, dans ce contexte, j'ai très très peur de l'effet de délégitimation des élites. Mais bon, les choses peuvent changer très vite : les populations sont quand même à des niveaux éducatifs très élevés, le sentiment d'une crise est là... Et puis les esprits ont évolué. En France, j'ai passé une dizaine d'années à être considéré comme un rigolo avec mon protectionnisme européen, maintenant ça va très bien pour moi, merci ! Évidemment, la grande réponse, c'est : « Ce n'est pas possible, on ne pourrait pas faire accepter ça aux Allemands, ils sont tournés vers l'extérieur, ils veulent conquérir des marchés en Chine, ils préféreraient d'ailleurs retourner au mark, etc. » Mais la chute de l'euro mettrait l'Allemagne à genoux, et les Allemands sont en train de comprendre qu'ils sont les principaux bénéficiaires de l'euro. Quand des Allemands disent qu'ils en ont marre de l'euro, marre de payer ces plans de sauvetage des États, qu'il faut en retourner au mark, etc., je pense qu'ils bluffent ! Je pense qu'ils ont compris que la fin de l'euro serait un désastre pour l'économie allemande. Et s'ils ont compris cela, il suffirait d'avoir un gouvernement français intelligent, qui arrête de faire des «

cocoricos » ridicules, qui admette que l'Allemagne est l'économie dominante et qui lui demande de prendre ses responsabilités à l'échelle du continent, de prendre le leadership dans l'établissement d'un protectionnisme européen raisonnable, qui sera d'ailleurs favorable, en termes d'accroissement de la demande, à l'industrie allemande beaucoup plus que les quelques marchés chinois ne pourraient l'être...

Nicolas Sarkozy pourrait-il conclure son mandat de la sorte ?

Là, on retombe dans les paramètres lourds, pesants et qui rendent pessimistes.

On a énormément de mal à imaginer Sarkozy dans ce rôle. Si vous regardez sa trajectoire dans son rapport à l'Allemagne, il avait démarré très anti-Allemand. Il scandalisait les Allemands pas juste par sa vulgarité mais parce que de tempérament, il était anti-Allemand et pro-Américain. Il a fini par s'aligner sur l'Allemagne mais il faut tout de même constater la coïncidence chronologique entre la chute du sarkozysme et la remontée en puissance d'une vieille droite conne qui croit au discours de la rigueur, qui pense en termes d'équilibre budgétaire et de choses comme ça... Aujourd'hui, le sens du gouvernement Fillon II, c'est que Sarkozy n'a plus le pouvoir. Il est le premier président de la Ve République qui n'a pas eu le droit de renvoyer son Premier ministre... Donc, quand on dit : « Est-ce que Sarkozy pourrait ? » ... on ne sait plus très bien ce que Sarkozy peut. On n'a donc aucune raison d'être optimiste, d'autant que du côté du Parti socialiste - qui a certes accouché avec beaucoup de difficultés de la notion de « justes échanges » -, c'est très lent aussi. On est dans le people !

© 2011 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2011

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 03:56

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carte postale de à pierre vue

"Ombres engrangées"
Stéphanie Ferrat ; sans titre, bois, dents bovines

Association à pierre vue, été 2001
Photo Stéphanie Ferrat

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.124 - novembre 2001 - Besançon

Du démantèlement des politiques nationales

du logement à la crise du néo-libéralisme


Knut UNGER

  Sur dph

En matière de production et de répartition du logement social, le « néo-libéralisme » renvoie à une idéologie politique qui, depuis les années 1970, répond à la crise du régime d’accumulation fordiste par une stratégie de déréglementation et de privatisation des interventions sur le marché jusqu’ici réalisées par les États. Pour mener ces opérations, le néo-libéralisme s’appuie sur un pouvoir politique et économique toujours plus transnationalisé.

Les différents États d’Europe occidentale ont successivement vu l’hégémonie néo-libérale s’imposer sur le plan du logement selon un processus contradictoire et conflictuel. En l’espace de trente ans, les interventions des politiques sociales de logement ont été démantelées, voire même alignées sur les lois du marché. En quelques générations, les patrimoines publics ont été irréversiblement dilapidés. La globalisation de la concurrence sur l’habitat a dégradé, parfois vidé des régions entières, tandis que, dans les métropoles économiques, les prix du logement flambent. L’hégémonie de la propriété privée à l’échelle mondiale – parallèlement au dumping salarial et à la réduction des prestations sociales versées par l’État – a aggravé la fracture sociale dans les villes et a jeté des millions de personnes dans la précarité. L’Union Européenne a mis fin à la souveraineté des États-nations en matière de politique du logement sans développer une politique de l’habitat cohérente. En un an et demi, le château de cartes des spéculations financières basées sur les hypothèques qu’avait érigé l’économie américaine s’est complètement écroulé. Des centaines de milliards d’euros sont partis en fumée, des banques européennes – notamment des institutions publiques – sont emportées dans la tourmente tandis que l’économie mondiale est menacée d’une nouvelle crise structurelle.

Pour les mouvements sociaux du logement, la crise actuelle - à la fois sociale, économique, politique, écologique et idéologique – du fonctionnement néo-libéral soulève les questions suivantes : à quoi pourrait ressembler une régulation post-fordiste et post-néolibérale et sur quelles bases sociales pourrait-elle s’appuyer ? Quels objectifs, quelles mesures et quelles conditions stratégiques doivent être discutés par les responsables européens de la politique du logement pour exploiter et approfondir la crise de légitimation du néo-libéralisme et pour que des alternatives émancipatrices et adaptées à la situation soient apportées ?

Un regard en arrière peut nous aider : dans quelles conditions, sur la base de quels rapports de force se sont déroulées les interventions des États dans leur politique du logement au cours du 20ème siècle ? Quels en furent les objectifs et les instruments déterminants dans la phase du fordisme ? Quels furent les facteurs de leur démantèlement ? Peut-on, doit-on revenir en arrière ?

De la demande en logement des classes bourgeoises à la politique d’urgence nationale

Marqués par l’abolition récente du régime foncier féodal et absolutiste en vigueur, les systèmes juridiques et administratifs développés par les États-nations au 19ème siècle accordent une place centrale à une garantie juridique de la propriété privée. L’industrialisation et l’urbanisation de ces États-nations donnent lieu à une gigantesque demande en logement de la part des classes prolétariennes. En réaction, les industriels, les responsables municipaux et une partie de la bourgeoisie, pour certains philanthropes ou simplement préoccupés, inscrivent l’hygiène sociale au centre des débats, ainsi que de nouveaux concepts d’hébergement teintés de paternalisme, presque toujours en vue de servir l’hégémonie idéologique bourgeoise en s’assurant le contrôle du prolétariat. Sans la fin des privilèges de la propriété privée ni l’intervention massive sur le marché de l’immobilier, les tentatives au niveau infranational et celles de la société civile ne seraient restées que le rafistolage partiel d’une urbanisation sauvage. Et de fait, il faut attendre les premières crises à l’échelle nationale pour que les États-nations interviennent contre les intérêts de la propriété immobilière.

L’exemple allemand

Sous la dictature du Haut Commandement Supérieur, lors de la « trêve » des sociaux-démocrates pendant la première guerre mondiale, l’Allemagne a basculé vers une politique nationale d’état d’urgence sur le logement en instaurant l’encadrement des loyers du bâti ancien. En raison du large intérêt qu’elle a suscité – des grands industriels jusqu’aux ouvriers en passant par une partie de la petite bourgeoisie – cette mesure a été maintenue après la Révolution allemande, a survécu au nazisme, a fait l’objet de lois dans les années 1960 et a en partie été retenue jusque dans les années 1980 en Allemagne de l’Ouest. Bien entendu, à l’origine, cette initiative n’était pas l’expression d’un mouvement social (pendant longtemps, les sociaux-démocrates « marxistes » n’ont pas pris la question du logement au sérieux) mais celle de la volonté de l’État militaire d’assurer à la « patrie » une puissance de défense, c’est-à-dire une production de guerre performante. Aujourd’hui encore, le droit des locataires doit à cette tradition ses traits paternalistes.

Ce n’est qu’après coup, dans les années qui ont suivi la Révolution allemande, que le mouvement radicalisé des travailleurs a adapté cette mesure en développant des directives de « socialisation du logement ». Comme toutes les autres tentatives dans ce sens, celles-ci ont été un échec. En réaction à ce fiasco, en complément des premières initiatives d’aide à la pierre, un mouvement pour la réforme de l’habitat s’est enclenché, œuvrant pour l’industrialisation des techniques de construction et le développement de nouvelles formes d’organisations autonomes (coopératives de logement pour la plupart). Encore une fois, ce nouveau – et cette fois progressif – coup d’essai de la « société civile » est resté bien en deçà de ce qu’aurait exigé une politique du logement cohérente.

Les nazis ont intégré aux directives existantes – réduisant à néant tout ce qu’elles pouvaient contenir d’émancipateur – les règles dictatoriales de la « Volksgemeinschaft » (1), ce qui a abouti à une standardisation de la construction. Ce sont encore les nazis qui, dans un marché du logement non orienté vers le profit, ont développé des mesures en vue de consolider l’État totalitaire : les logements d’« utilité publique ». Il a fallu attendre 1989 pour que celles-ci soient supprimées sous le gouvernement d’Helmut Kohl.

Dans un pays en ruine après la guerre, le gouvernement d’Allemagne de l’Ouest a développé sa politique de logement selon les trois piliers suivants :

  • La protection des locataires. Le contrôle des loyers du bâti ancien a été tout d’abord instauré, ce à quoi, naturellement, se sont constamment opposés les propriétaires. Après d’âpres combats, il a été remplacé dans les années 1960 par le droit locatif, fixant les loyers selon une moyenne locale.

  • La promotion de la construction de logements (c’est-à-dire la promotion du logement social) sous la forme de crédits à bas prix pour la construction, ce qui a généré des loyers généralement inférieurs aux prix du marché. L’accès à ces logements est restreint aux ménages aux revenus relativement limités, ce qui correspond en fait jusque dans les années 1980 à une large partie de la population. Tous les propriétaires fonciers pouvaient bénéficier d’une aide publique pour la construction de logements sous forme de crédits avantageux. En particulier après la guerre et dans les villes bombardées, beaucoup d’entre eux ont profité de cette aide pour reconstruire. Cela a été une gigantesque promotion de la propriété privée, les logements ainsi construits revenant sur le marché privé une fois les crédits à la construction remboursés. Soutenus par cette aide, les industriels ont recommencé à jouer un rôle moteur dans l’édification de cités ouvrières dès la seconde moitié des années 1950. En parallèle, les entreprises, sous l’impulsion publique ou syndicale, ont investi significativement dans la construction de grands ensembles.

  • Ces acteurs institutionnels, dont la vocation est davantage de faciliter l’accès au logement que de générer des profits, constituent le troisième pilier du logement allemand. Les réglementations de l’économie sociale du logement les favorisent fiscalement tout en limitant leur marge de bénéfices.

Ces trois piliers ont été au centre de la politique du logement pendant toute la période de croissance fordiste et ont été plus tard complétés pour réguler les marchés hypothécaires et ceux du crédit, en vue d’interventions urbaines et de promotions fiscales indirectes. Ils influenceront le processus de démantèlement qu’opérera par la suite le néo-libéralisme.

Ce dernier se déroule en Allemagne en quatre étapes principales : tout d’abord, la promotion de la construction est renforcée puis assujettie au marché financier. Des soutiens indirects viennent la compléter, tels que le versement d’aides à la personne qui, selon les périodes, peuvent être très réduites, généralement au profit de l’aide aux propriétaires. Ensuite, en 1989, le logement d’utilité publique, emblème d’un marché de l’immobilier non orienté vers le profit, est supprimé par le gouvernement néo-libéral dirigé par Helmut Kohl. Le système de logement socialisé de l’ex-Allemagne de l’Est est intégré sans transition à un système libéralisé, ce qui aura des conséquences catastrophiques. Dans la troisième phase, les sociétés immobilières profitent de la déréglementation du marché pour commercialiser leurs produits. Les communes les plus démunies financièrement, les entreprises publiques (chemins de fer, services postaux) et les sociétés immobilières liées à l’industrie cherchent à faire monter la valeur de leur patrimoine à travers des ventes, des densifications de leurs constructions et des délocalisations qui se heurtent à beaucoup de résistances. Au début de cette décennie enfin, la demande spéculative des marchés financiers déréglementés entraîne une vague de ventes massives sans précédent. Depuis 1999, si l’on considère seulement les ventes les plus importantes, plus de deux millions de logements locatifs ont été cédés par des propriétaires industriels ou publics à des investisseurs financiers internationaux ou à des intermédiaires régionaux. Le patrimoine de l’État fédéral, des Länder et de l’industrie lourde est aujourd’hui presque entièrement privatisé. De nombreuses communes ont par ailleurs vendu leur parc immobilier en partie ou en totalité. Initialement « bien social », l’habitat est devenu un « actif » dans la gestion de portefeuilles des stratèges de la globalisation.

Les rapports de force mis en jeu dans les politiques fordistes du logement en Europe occidentale

Si leur configuration et leur pondération sont variables, trois éléments sont communs à tous les États d’Europe de l’Ouest ayant développé une politique d’État-providence : un secteur incluant des opérateurs de logement publics ou à vocation sociale, un système d’aides financières fournies par l’État et des mesures visant à limiter le prix des loyers et à assurer des droits contractuels sur l’ensemble du marché.

Pendant la phase fordiste de la croissance industrielle, le logement social est assez consensuel pour l’ensemble des acteurs : tout d’abord, pour les industriels, aux yeux desquels l’hébergement de la main d’oeuvre est un moyen d’éviter d’augmenter les salaires et de gagner en discipline ; pour le capital financier ensuite, qui mise lui sur la hausse de la productivité ; pour les partis politiques de la petite bourgeoisie qui projette ainsi son mode de vie sur de nouvelles formes d’habitat et bénéficie d’aides à la construction ; et enfin pour l’industrie de consommation, pour qui l’équipement de ces logements conçus au service de la voiture promet d’importants débouchés. Avec cette coalition hégémonique, un partenariat social basé sur un compromis de classes se conclut entre les syndicats et les partis, conduisant à la machinerie disciplinaire de la construction des grands ensembles.

Étant donné ses conséquences destructrices, le retour de ce modèle n’est ni souhaitable, ni même possible après la progression du capitalisme mondialisé qui est intervenu entre temps. Le consensus entre les différentes classes à l’échelle d’un Etat national ne peut désormais plus exister.

Les facteurs de la crise du fordisme

La crise de la politique du logement fordiste a commencé dans les années 1970, parallèlement à plusieurs ruptures de ce large consensus :

  • Avec la crise du plein emploi, l’intérêt de l’industrie vis-à-vis de la construction de grands ensembles diminue puis disparaît. C’est plus tard que l’immobilier sera redécouvert comme un secteur d’investissement à même de produire des profits substantiels.

  • L’individualisme croissant et la saturation de la consommation aidant, l’application du modèle fonctionnaliste fordiste à l’habitat et à l’urbanisme gagne en impopularité. Son effet normatif et son inhumanité apparaissent au grand jour, des mouvements urbains dénoncent les conséquences de la course à la croissance fordiste pour l’environnement et pour la qualité de vie. Dans de nombreux pays d’Europe de l’Ouest enfin, l’urbanisme du tout fonctionnel n’arrive plus à faire face aux résistances qu’il soulève.

  • La demande en logement des couches aisées de la population s’accroît, accompagnée de nouvelles exigences en matière de qualité, auxquelles le marché de l’immobilier régulé par l’État répond par une offre différenciée. Les classes les plus pauvres quant à elles, et les immigrés en particulier, doivent s’accommoder des logements bon marché des grands ensembles. Ces « immeubles sociaux » sont de plus en plus stigmatisés et, à travers eux, la politique du logement social dans son ensemble.

  • L’écroulement du système de Bretton Woods et l’augmentation des taux d’intérêt qui en résulte fragilisent la capacité financière des États et conduisent à l’augmentation du prix de la construction. Finalement, le secteur financier s’émancipe de plus en plus de son rôle moteur dans la production de logements de masse et se met à transformer le peu qu’il reste de patrimoine, de terrains et de logements, en objets de placement sur le marché international.

Depuis les années 1970, tels sont les arguments auxquels recourent systématiquement les troupes de choc du tournant néo-libéral pour imposer leur vision du monde - de façon évidente déjà sous le gouvernement de Margaret Thatcher : une société de propriétaires privés, lavée de toute forme de collectivité sociale, assurée par les fonds de pension et les gains de la spéculation. On trouve parmi ces propriétaires une majorité de petits-bourgeois qui, parce qu’ils ne veulent plus endosser les coûts de la solidarité envers la société de production, constituent la base de l’avènement de « l’industrie financière ».

Aujourd’hui, c’est l’échec de cette alliance hégémonique qui pose la question d’un changement de système : en même temps que l’industrie financière, la société de propriétaires qui s’est constituée sur les crédits est à son tour en faillite.

Des contretemps dans le démantèlement des politiques du logement en Europe

Depuis 1958, l’union douanière de la CEE stabilise l’économie des États et, par ce biais, leurs politiques de logement spécifiques. Lorsque le plein emploi et les autres points d’ancrage du fordisme disparaissent, les stratégies pour faire face à la crise s’enclenchent dans les différents États de façon désynchronisée. Ces décalages sont amplifiés par la fin du système de Bretton Woods et par l’offensive du démantèlement néo-libéral, qui à son tour ne touche pas tous les États au même moment. Les États-nations voient apparaître différentes formes de résistances, qui génèrent des compromis et des solutions qui leur sont spécifiques.

Suite au processus de déréglementation et de mondialisation, le logement devient un enjeu de l’économie globale et se met à dépendre de l’évolution des salaires et de la conjoncture. Alors, la répartition de plus en plus inégale des richesses, l’augmentation du prix du logement et l’exclusion croissante des populations à son accès mettent en évidence la dimension européenne de l’agenda néo-libéral sur le marché du logement. À partir du traité de Maastricht et de l’union monétaire, il devient impossible d’ignorer les conséquences de l’intégration économique européenne sur la politique du logement.

La baisse du budget des États, du moins lors de la récession du début des années 1990, réduit les moyens disponibles pour l’aide au logement. L’Allemagne est temporairement l’exception du fait de la réunification. Le logement devient dépendant de la politique financière. Les politiques du logement des États-nations se désagrègent, ne laissant place qu’à des fragments de politiques : les aides spécifiques au logement et l’action sociale deviennent les nouvelles armes pour lutter contre la pauvreté, la priorité de loger les « plus larges couches de la population » est soumise aux lois du marché libre.

Quelles réponses européennes ?

Jusqu’à aujourd’hui, les discours et les programmes européens répondent à la crise du logement sans remettre en question le lien entre politique du logement et politique d’État. Avec la chute de la politique interventionniste, les actions sur le logement se fragmentent : travail avec les sans-abri et action sociale d’une part, « Quartiersmanagement » (2) et mise en valeur des quartiers d’autre part, libéralisation du marché financier et privatisation de la protection sociale enfin.

Dans le même temps, le décalage entre les conséquences de « l’intégration négative » sur la situation du logement et le manque de compétence au niveau européen pour y remédier rend la situation insupportable. Étant donnés les investissements que nécessitent les nouveaux pays de l’Union et les protestations dans les métropoles touchées par la crise du logement, le refus de mener de front une politique du logement au niveau européen, s’il s’explique aisément du point de vue du néo-libéralisme, n’est plus tenable à l’heure où les compétences nationales en terme de logement sont en conflit. Que les lobbyistes du logement social exigent à Bruxelles la fin du règne de la concurrence sauvage, que le Parlement européen instaure une charte donnant les principes sur la politique du logement ou qu’une brèche soit ouverte dans les fonds structurels pour le renouvellement des grands ensembles en Europe de l’Est, le tabou de la compétence de l’Union Européenne sur la question du logement n’a de cesse de se fissurer. Une question simple se pose : compte tenu de son actuelle constitution, sous quelles formes l’Union Européenne peut-elle développer sa politique du logement ?

Sur trois points décisifs – l’exclusion sociale résultant de la libéralisation du marché du logement, les fluctuations des marchés financiers plus que jamais libérés et les exigences écologiques – les problèmes et les rejets vont sans aucun doute empirer. Face à la gravité de ces prévisions, les réponses formulées par l’Union Européenne lors du sommet de Lisbonne sont le renforcement des plus forts et le transfert des responsabilités vers une locale et précaire « société civile ». Cette stratégie vise la poursuite de la fragmentation et la privatisation de la politique publique, des espaces et des sociétés.

(1) Communauté du peuple
(2) Note du traducteur : en allemand, le « Quartiersmanagement » désigne l’activité de bureaux de quartier intervenant dans des secteurs urbains ayant des besoins spécifiques de développement dans le cadre de la politique de la ville allemande.

 


  

dossier

Europe : pas sans toit ! Le logement en question

Notes

Knut Unger est porte-parole de l’association des locataires de Witten www.mvwit.de, du Forum des locataires de la Ruhr www.mieterforum-ruhr.de et du groupe de travail Habitat au sein du Forum Environnement et développement www.habitants.de.

Il est aussi coordinateur du projet « Les grandes entreprises du logement », porté par le Forum des locataires de la Ruhr et le Deutscher Mieterbund.

Il travaille enfin sur le projet international Reclaiming Spaces www.reclaiming-spaces.org

Contact : unger (at) mvwitten.de

Traduction de l’allemand : Yasmina Ikkene, avec l’aide d’Elodie Vittu

Mieter Innenverein Witten - Schillerstr. 13, 58452 Witten, DEUTSCHLAND - Tel.: - Allemagne - www.mvwit.de - kontakt (@) mvwit.de

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 03:56

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carte postale de Delphine Fabbri Lawson

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Chronique de la dégradation industrielle

1 – LE TRAVAIL INTÉRIMAIRE EN FRANCE

(source : PDG du Groupe Randstad France, société hollandaise, 28/12/2010)

« Le grand secteur d’avenir dans ce domaine concerne tout d’abord le secteur de la fonction publique depuis son “ouverture”. En effet, on s’attend à une croissance exponentielle. Sur 5 millions de fonctionnaires, soit 25% de la population active, 36% sont des vacataires, 750 000 sont des travailleurs à temps partiel. Cela représente un marché potentiel de 130 000 emplois à temps plein soit un marché de 3 à 4 milliards d’euros. Un deuxième secteur concerne “les services à la personne”, dont on attend l’autorisation d’un changement de l’objet social des entreprises du secteur qui permettra de nous en occuper.

D’autre part, le marché du recrutement s’étant ouvert aux entreprises de travail temporaire   depuis la loi Borloo de 2005, leur part représente en 2008 138 millions d’euros sur les 780 que représentent le marché du recrutement.

Avant la crise de 2008 le marché du travail temporaire en France représentait l’équivalent de 620 000 emplois à temps plein par jour, soit 2 millions de personnes tout secteur confondu. En 2009, ce chiffre était de 450 000 , en 2010 il est estimé à 500 000. Le chiffre d’affaires total du travail temporaire en France qui était en 2008 de 20,8 milliards d’euros a reculé à 15,3 milliards en 2009. 

Cependant, il y a pénurie sur une cinquantaine de qualifications : comptables, chauffeurs routiers, infirmières, le bâtiment, etc. L’intérim repart dans l’aéronautique, l’automobile, la machine outil, etc. »

2 – SUR L’ÉNERGIE EN ALLEMAGNE (exemple inverse de la stratégie suivie par la France)

Outre-Rhin, une décennie après les privatisations massives des entreprises de l’énergie au nom de la libéralisation du marché, un mouvement général de « recommunalisation » des capacités de production d’énergie est en cours.

Le consortium ou groupement de régies communales des villes de Dortmund, Duisburg, Bochum, Essen, Oberhausen et Dinslaken va acheter pour 649 millions d’euros 51% de la société énergétique Steag plus une option d’achat sur les 49% restant, aidé par le Land de Rhénanie du Nord qui a modifié la réglementation pour leur permettre de s’étendre au-delà de leur territoire. Ainsi, les régies qui se contentaient jusqu’ici de distribuer l’électricité, gaz et chaleur à travers leurs propres réseaux, s’approprient du cinquième producteur d’électricité en Allemagne avec 10 Gwatts ou 10.000 mégawatts de capacités concentrées dans 9 centrales à charbon. A titre de comparaison, le nucléaire français est capable de fournir, quand toutes les centrales sont en activité, environ 69 Gwatts d’électricité.

A l’heure actuelle, les communes cherchent à se libérer de l’emprise des quatre géants E.ON, RWE, EnBW et Vatenfell même si elles doivent souvent attendre l’expiration des contrats pluriannuels.

Ainsi l’an dernier, un groupe de régies a acheté à E.ON sa filiale Thuga qui détient plus de 100 fournisseurs d’électricité communaux. De même EDF vient de vendre ses 45% d’EnBW au Land de Bade Wurtemberg.

L’appui du syndicat majoritaire IGBCE et des autorités ont permis d’écarter une offre d’achat venant d’une entreprise tchèque.

L’opération est financée à 70% par le crédit mais l’investissement est censé offrir un rendement bien supérieur aux coûts des crédits.»

3 – ET PENDANT CE TEMPS LÀ EN FRANCE ON SUIT LE PROCESSUS CONTRAIRE EN BRADANT NOTRE POTENTIEL ÉNERGÉTIQUE

Sur Areva :

Récemment notre gouvernement a obligé Areva à vendre à Alstom (environ 4 milliards d’euros) son secteur Transmission et Distribution (T&D), celui-ci ayant été au préalable vendu par Alstom à Areva (environ 800 millions d’euros) en 2003 au moment du débâcle d’Alstom sauvé du dépôt de bilan par les deniers publics (période de N. Sarkozy à Bercy). Or, la branche T&D rapportait à Areva presque 50% de ses bénéfices. Ainsi affaibli, le gouvernement a refusé de capitaliser Areva à hauteur de 6,5 milliards d’euros et a proposé une ouverture du capital. Cette ouverture avait comme objectif, en cas de succès, de rechercher le reste des capitaux nécessaires auprès de la Bourse.

Après avoir essuyé un premier échec, notre gouvernement a convaincu un fond koweïtien de mettre 600 millions d’euros, l’Etat apportant 300 millions d’euros, ce qui constituent un échec mais suffit pour introduire Areva dans la Bourse. Cette faible levée a été surnommée par un journal « le ristretto du Nespresso ». Mais du coup, cette levée ridicule extériorise une décote de presque un quart sur la valorisation souhaitée par l’État.

Il est signalé que si EPR signifiait déjà pour les clients « Enchaînements de Problèmes et de Retards », il peut désormais vouloir dire pour les actionnaires « Évaluation Périlleuse et Rabougrie ».

Sur EDF :

Ainsi que nous l’avions déjà annoncé à l’UFAL, pour la première fois depuis 1919 l’Etat via EDF va vendre ses barrages.  Au total, il compte mettre en concurrence 49 ouvrages représentant 5300 mégawatts (Mwatts) soit 12% de la production hydraulique française ou l’équivalent de 5 centrales nucléaires. Les deux premiers barrages sont : celui de la Vallée d’Ossau dans les Pyrénées et le Lac Mort en Isère.

Les concurrents sont nombreux, liste incluant tristement EDF qui dit vouloir se battre pour garder ses barrages.

Or, ces barrages constituaient un réseau nécessaire et complémentaire à la production d’électricité par le nucléaire.

Un autre problème soulevé par la vente de ces barrages concerne le personnel.

Comme le signale un responsable de l’une des sociétés intéressée par l’achat « L’énergie est un métier très capitalistique et, au final, c’est toujours le consommateur qui paie l’addition. »

Sur Poweo, entreprise de vente d’électricité avec un portefeuille de 400 000 clients :

Entreprise créée par Charles Beigbeder (le frère de l’autre), responsable du secteur Recherche et Innovation au Medef, est aujourd’hui en difficulté financière avec une perte opérationnelle de 40 à 50 millions d’euros. Cette entreprise vient donc de vendre à l’un de ses actionnaires la production d’électricité lui permettant ainsi d’avoir de la trésorerie jusqu’à l’année prochaine mais garde son portefeuille de clients.

Mais pourquoi une telle stratégie? Parce que Poweo compte sur la fameuse loi NOME1, déjà dénoncée par l’UFAL. En fait tout dépendra du prix du mégawatteur proposé par EDF à ses concurrents.

Au sujet de la loi NOME, le gouvernement a confié une mission à Paul Champsaur. Cette attribution de mission avait été refusée par J.L.Borloo mais remise sur la sellette par le nouveau gouvernement. EDF refuse de céder son électricité à moins de 42€ par mégawatt. Mais GDF-Suez réclame 35€ tandis que la Commission de Régulation de l’énergie propose 38€ le mégawatt. A 42€ les actionnaires de Poweo sont très intéressés car ils estiment que ce prix « constitue le plafond pour garantir la rentabilité des activités de commercialisation, déficitaires aujourd’hui à raison de 4 millions d’euros par mois, sur lesquelles Poweo prévoit de se recentrer.

4 – DES RESPONSABLES DE SOCIÉTÉS ÉTRANGÈRES EN FRANCE EXPRIMENT LEUR VISION DE LA FRANCE

(Corp Worldwide Channels Cisco Systems, GE France, Siemens SAS, Accenture France, Barclays Bank PLC France)

Dans leur volonté d’attirer l’investissement de leur maison mère en France ils soulignent:

Les atouts:

«  L’exceptionnelle productivité de notre main-d’œuvre, notre excellence scientifique et technologique, notre localisation au cœur d’un grand marché, la qualité de nos infrastructures… avec des entreprises où les salariés ont un taux de productivité horaire inégalé au monde, un pays où le taux annuel de jours de grève dans le secteur privé est l’un des plus faibles d’Europe… Ces dernières années, nous avons bénéficié d’armes comme le crédit d’impôt recherche qui nous a donné un avantage comparatif par rapport à nos compétiteurs traditionnels, l’assouplissement des 35 heures, la suppression de la taxe professionnelle, ou la rupture conventionnelle du contrat de travail. »

Les défauts:

«  les complexités administratives, fiscales et juridiques. »

5 – SUR L’ÉLECTRONIQUE DE SANTÉ

La santé est une activité qui intègrera dans les années à venir de plus en plus d’électronique. L’imagerie médicale, le diagnostic médical, la télémédecine sont les applications les plus connues avec deux caractéristiques : la miniaturisation et la portabilité de la technologie. On pense aussi aux nanotechnologies (un nanomètre étant égal à un millionième de millimètre). Le terme anglo-saxon utilisé est « le bioengineering » ce qui peut se traduire par les sciences pour l’ingénieur appliquée aux sciences de la vie mais en aucun cas en biotechnologie ou bio-ingénierie.

Le marché de l’électronique de santé est évalué à 40 milliards d’euros en 2010. La France accuse un retard non négligeable dans ce secteur où aucune grande entreprise n’existe.

Ceci explique que le sud-coréen Samsung ait récemment mis la main sur son compatriote Medison.

Cette évolution fait dire au Président de la Banque Européenne d’Investissement « Il faut aussi plus de diplômés de l’enseignement supérieur : l’Europe aura besoin de 16 millions  de travailleurs qualifiés en plus et devra supprimer 12 millions d’emplois à faible qualification d’ici à 2020 »

6 – AU SUJET DU  CAC 40

La capitalisation boursière des sociétés du CAC 40 est détenue à plus de 42% par des étrangers et pour 17 de ses valeurs à plus de 50%. On estime donc que l’indice français ( sic!) est ainsi ouvert à tous vents.

CONCLUSIONS

  • En Allemagne on constate l’échec des privatisations de l’énergie puis l’énorme gâchis financier des privatisations/récupération de l’énergie par les régies communales appuyée par les Länder et les syndicats. Mais gâchis pour qui ? Certainement pour le citoyen.
  • La France est dépendante de l’étranger pour son énergie : nous ne cessons de le dire à l’UFAL. Dans ce cas, on voit la catastrophe de la stratégie exposée ci-dessus. Mais catastrophe pour qui ? Contre les intérêts des citoyens bien sûr ( plus 25% d’augmentation de l’électricité en 2011) ! Par contre en faveur des intérêts de Poweo, et obtenus à l’énergie minimale grâce à la loi NOME. Et cependant l’action Poweo et l’action EDF ne cessent de chuter ! La valeur de Poweo qui était de 518 millions d’euros en 2007 ne vaut plus que 67,5 millions. Et ceci n’empêche pas Charles Beigdeber, du Medef, de donner des conseils de management. On voit à nouveau combien il est devenu indispensable de préparer les salariés à prendre le relais de la gestion des entreprises.
  • D’autre part, d’après le journal espagnol El Pais, l’Espagne a vendu pour la première fois de son histoire de l’électricité à la France. Ceci montre la nécessité et l’urgence d’ obliger l’Etat à prendre le contrôle de la totalité de l’énergie.
  • L’exemple décrit pour parler de l’électronique de santé a été choisi en vue de montrer un cas où les créations d’emplois à haut niveau technologique sont en cours, mais où malheureusement la France industrielle est faiblement présente.
  1. Votée le 25 novembre 2010, la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) vise à l’ouvrir le marché de l’électricité à la concurrence. []

par Raphaël Favier, UFAL 35
Administrateur de l'UFAL

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 03:13

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Cancun : derrière les bilans d’autosatisfaction, la menace pour les pauvres se précise

 

par Daniel Tanuro

 



Sur Mondialisation.ca, Le 15 decembre 2010

et Europe solidaire sans frontières

Pour l'occasion relire aussi :  Le climat n’existe pas !

 

 

Après avoir chanté sur tous les tons qu’il ne fallait rien attendre de Cancun, les médias claironnent à présent que le sommet climatique est une réussite car les gouvernements se sont enfin décidés à agir pour que le réchauffement ne dépasse pas deux degrés, voire 1,5°Celsius par rapport à l’ère préindustrielle. Cet objectif théorique figure en effet dans les documents adoptés par le sommet… mais, en pratique, les plans climat élaborés par les différents pays impliquent une hausse de température de 3 à 4°C d’ici la fin du siècle ! Or, Cancun n’a pris aucune décision pour combler ce gouffre entre les intentions et les actes. Les vraies décisions sont renvoyées au sommet de Durban, dans un an. D’ici là, le protocole de Kyoto et ses timides garanties sont plus que jamais au frigo, et les pays capitalistes développés se voient garantir toute une série de moyens pour échapper à des réductions drastiques de leurs émissions. Derrière les bilans d’autosatisfaction, la menace pour les pauvres se précise.

L’objectif d’une hausse maximale de 2°C figurait déjà dans le texte négocié à Copenhague entre les Etats-Unis et les grands pays « émergents », dont la Chine. Mais la précision « par rapport à la période préindustrielle » manquait. De plus et surtout ce soi-disant accord, concocté en coulisses, n’avait pas été ratifié par l’assemblée générale des Nations unies. La Bolivie, Cuba, le Venezuela, le Tuvalu et le Soudan s’y étaient opposés : 1°) pour protester contre la procédure ; 2°) pour dénoncer le manque d’engagements des pays développés (clairement perceptible dans leur volonté d’utiliser la protection des forêts au Sud comme alternative à la réduction des émissions au Nord) ; 3°) pour exiger que le capitalisme assume réellement sa dette écologique vis-à-vis des pays pauvres (au lieu d’utiliser la crise climatique comme prétexte pour une politique néocoloniale d’appropriation des ressources naturelles). On va voir que ces motifs restaient pleinement valables dans le cadre du sommet de Cancun qui, pour l’essentiel, n’a fait que transformer le texte de Copenhague en accord onusien. Pourtant, le front du refus s’est délité. Cuba et le Venezuela sont rentrés dans le rang, seule la Bolivie a maintenu une attitude de principe… La présidence mexicaine l’a balayée en décrétant que la règle de l’unanimité ne donnait pas un droit de véto à un pays…

Un gouffre entre les intentions et les actes

En matière d’objectif général, Cancun va un peu plus loin que Copenhague. En effet, tout en se prononçant pour 2°C maximum, le texte adopté reconnaît la nécessité d’envisager rapidement « un durcissement de l’objectif global de long terme sur la base de la meilleure connaissance scientifique, y compris en relation à une hausse moyenne de la température globale de 1,5°C ». C’est la première fois que l’ONU se prononce sur le « seuil de dangerosité » du réchauffement, et l’inquiétude croissante du GIEC trouve enfin un écho dans la communauté internationale (à l’initiative des petits Etats insulaires, cent pays se sont prononcés pour 1,5°C maximum). C’est important. Mais il y a un gouffre béant entre les belles intentions et les actes.

Suite à « l’accord » de Copenhague, et conformément à celui-ci, quelque 140 nations ont élaboré un plan climat et l’ont transmis au secrétariat de la Convention cadre des nations unies sur les changements climatiques. Sur base de ces documents, et à condition que tous les pays tiennent parole, la température augmenterait de 3 à 4°C d’ici la fin du siècle – un écart presque aussi grand en moins d’un siècle que celui qui nous sépare de la dernière glaciation, il y a plus de 12.000 ans ! Un écart qui aurait à coup sûr des conséquences sociales et écologiques catastrophiques…

En 2209, la quantité globale de gaz à effet de serre rejetée annuellement dans l’atmosphère était un peu supérieure à 48 milliards de tonnes. Au rythme d’augmentation actuel, et en tenant compte de la récession, on projette 56 milliards de tonnes en 2020. Pour avoir une chance sur deux de ne pas dépasser 1,5 ou 2°C de hausse, les émissions devraient culminer au plus tard en 2015 puis diminuer et passer respectivement sous la barre des 40 ou des 44 milliards de tonnes avant 2020 – soit une réduction de 12 à 16 milliards de tonnes. Les plans climat des gouvernements ne représentent que 3 à 4,3 milliards de tonnes. Une diminution supplémentaire de 8 à 13 milliards de tonnes est donc indispensable. Cet effort devrait être réalisé par les pays développés. 1°) Parce qu’ils sont les principaux responsables du réchauffement. 2°) Parce que – mais qui le sait ?! - les plans climat des pays en développement sont conformes aux chiffres du GIEC (une déviation de 15 à 30% par rapport au scénario de référence), tandis que ceux des pays développés ne correspondent même pas à la partie basse de la fourchette indiquée par les experts (20%, alors que le GIEC recommande une réduction nette de 25 à 40%).

Trois tours de passe-passe

A ce stade du raisonnement, il est important de savoir que l’objectif de 8 à 13 milliards de tonnes de réduction des émissions doit être analysée en tenant compte du fait que le Protocole de Kyoto offre aux pays développés trois tours de passe-passe, permettant de remplacer des réductions réelles de leurs émissions par des réductions fictives :

- le premier tour de passe-passe est le fait que la négociation du Protocole a donné lieu à une distribution extrêmement généreuse des droits d’émission. Certains pays de l’Est, notamment, ont reçu des droits calculés sur base de la quantité de gaz à effet de serre émise par l’URSS avant l’effondrement économique de ce pays. De ce fait, la Russie, l’Ukraine et le Bélarus disposent aujourd’hui d’énormes quantités de droits non utilisés, et qui peuvent être vendus sur le marché du carbone. Globalement, les excédents correspondraient à 2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre. Au terme de la première période d’engagement de Kyoto, en 2012, il faudra décider si ces excédents pourront encore être échangés, ou pas ;

- le deuxième tour de passe-passe concerne les absorptions de carbone par les sols et les forêts. Selon Kyoto, les pays développés peuvent comptabiliser comme réductions d’émissions les augmentations d’absorption découlant d’un changement d’utilisation des sols, ou d’une augmentation de la superficie des forêts (à noter que les rejets de carbone résultant d’une moins bonne utilisation des sols ou d’une déforestation ne doivent par contre pas être comptabilisés comme émissions !). On estime que les pays riches disposent ainsi d’une réserve correspondant à 0,5 milliards de tonnes de gaz à effet de serre ;

- le troisième tour de passe-passe est la possibilité pour les pays développés de compenser leurs émissions par des mesures censées réduire les rejets – ou accroître les absorptions - de gaz à effet de serre dans les pays du Sud ou en transition. C’est ce qu’on appelle les « mécanismes de projet », dont le plus connu et le plus important est le fameux Mécanisme de Développement Propre (MDP). Le risque est d’une part que la compensation ne soit que théorique (certains spécialistes estiment que c’est le cas une fois sur deux, voire davantage, notamment en cas de compensation par des projets forestiers), d’autre part que des réductions soient comptabilisées deux fois (une fois par le pays développé, et une fois par le pays hôte du « mécanisme de projet »).

 Plus d’ambition pour moins d’efforts

Selon l’étude de Climate Action Tracker citée plus haut, ces trois dispositifs permettraient aux pays développés d’atteindre les objectifs de leurs plans climat sans prendre aucune mesure supplémentaire d’ici 2020, donc sans réduire le moins du monde leurs émissions réelles. Dès lors, de deux choses l’une : soit les tours de passe-passe sont bannis, soit on considère que l’écart entre ce qui est nécessaire et ce qui est décidé n’est pas de 8 à 13 milliards de tonnes, mais de 10,5 à 15,5 milliards de tonnes, au moins, à combler par le Nord. Or, sur cette question cruciale, Cancun est plus qu’ambigu : d’un côté, le sommet « presse les pays développés d’augmenter leur ambition en matière de réduction des émissions » pour être dans la marge des 25 à 40% de réduction en 2020 mentionnée par le GIEC ; de l’autre, il leur suggère de procéder à cette augmentation en « prenant en compte les implications quantitatives des activités de foresterie et de changement d’affectation des sols, de l’échange des droits, des mécanismes de projet et du report des droits de la première sur la deuxième période d ’engagement ». En clair : faites semblant de faire plus d’efforts, et faites-en moins en réalité !

Un quatrième tour de passe-passe est dans le pipe-line… qui permettrait de ne pas faire d’efforts du tout. Il consisterait à considérer que non seulement la plantation d’arbres mais aussi la simple protection des forêts existantes pourrait servir à compenser les émissions des pays développés.

Ici, il convient de faire la part des choses. Premièrement, il est révélateur – et choquant- que l’arrêt de la déforestation (qui ne concerne que le Sud) soit, comme à Copenhague, l’unique mesure concrète mentionnée pour lutter contre les changements climatiques (provoqués surtout par le capitalisme au Nord).

Deuxièmement, s’il est exact que l’arrêt de la déforestation dans les pays du Sud permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 15% environ, peut-être davantage, il serait inacceptable que cela génère des crédits de carbone que les grandes entreprises du Nord pourraient acheter à bas prix afin de ne pas payer plus cher la réduction de leurs émissions. A la demande de la Bolivie, les documents adoptés à Cancun ne plaident pas pour cette solution… mais ils ne la rejettent pas non plus. Dans le contexte néolibéral actuel, n’est-il pas évident que cela équivaut presque à un feu vert ?… Puisque les plantations d’arbres donnent droit à crédits, pourquoi pas la protection des forêts ? Le programme REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Degradation) s’oriente clairement dans ce sens. Anticipant sa mise en œuvre, de nombreux projets privés de « protection forestière » - impliquant généralement l’expulsion des peuples indigènes- alimentent déjà un marché volontaire des crédits de carbone. C’est dire que la plus grande méfiance est de rigueur lorsque Cancun milite pour « hausser le niveau d’ambition des mécanismes de marché, y compris l’utilisation des sols, les changements d’affectation des sols et les activités forestières » et « encourage toutes les parties à trouver des moyens effectifs de réduire la pression humaine sur les forêts »

Kyoto au frigo, la BM aux finances

En même temps qu’il s’engage clairement en faveur des tours de passe-passe de Kyoto et de leur extension (la résolution demande que de nouveaux mécanismes de marché soient élaborés dans l’année qui vient), le sommet évite soigneusement de se prononcer sur l’avenir du protocole. Ici, les ambiguïtés des décisions prises sont portées à un niveau vraiment remarquable. C’est dans le document relatif à Kyoto que figure la phrase qui « presse les pays développés d’augmenter leur ambition en matière de réduction des émissions ». Ce même texte stipule que l’année 1990 doit constituer la référence pour mesurer les efforts réalisés et exprime le souhait qu’il n’y ait pas de hiatus entre la première et la seconde période d’engagement. Les pays du Sud, qui exigent le maintien du protocole en tant que garantie d’un « leadership climatique » du Nord, semblent ainsi obtenir gain de cause. Pourtant, Cancun ne fait que donner son accord pour que le groupe de travail sur les engagements futurs des pays développés tâche de terminer ses travaux « le plus tôt possible ».

La résolution adoptée salue les « progrès accomplis » au sein de ce groupe… La formule laisse rêveur. D’abord parce que le Japon, le Canada et la Russie ont dit clairement non à toute prolongation de Kyoto, au motif que les pays développés ne représentent plus que 27% des émissions. Ensuite et surtout parce que les Etats-Unis, principaux responsables des changements climatiques, dont les émissions ont augmenté de 30% entre 1990 et 2005, n’ont adopté aucun objectif de réduction d’ici 2020… et ne le feront pas dans un avenir prévisible. Il est vrai que, les USA n’ayant pas ratifié Kyoto, cette formule sur les « progrès accomplis » ne les concerne donc pas… A cet égard, il est significatif que la petite Bolivie soit montrée du doigt quand elle ose défendre toute seule les intérêts des peuples indigènes, tandis que la superpuissance étasunienne n’essuie pas le moindre reproche pour sa politique climatique criminelle.

La presse a fait grand cas du « Fonds vert climatique » mis sur pied par le sommet afin d’aider les pays en développement à faire face aux conséquences du réchauffement. Ceci appelle quatre remarques principales : 1°) l’objectif de cent milliards de dollars par an à partir de 2020 figurait déjà dans « l’accord de Copenhague » ; 2°) Cancun n’a levé aucune des ambiguïtés de cette proposition, notamment en ce qui concerne l’origine des fonds (privés ou publics ?), leur nature (dons ou prêts ?) et la manière dont ils seront acheminés; 3°) la résolution se contente d’affirmer qu’une « partie significative de ce financement passera par le fonds vert climatique » ; 4°) le conseil exécutif du fonds ne sera composé qu’à 50% de représentants des pays en développement, et la Banque Mondiale est désignée comme administrateur… Fut-ce pour une période transitoire de trois ans, nul doute qu’elle s’emploiera à donner au fonds une orientation parfaitement conforme à sa politique néolibérale et néocoloniale d’appropriation capitaliste des ressources naturelles.

Un nouveau régime climatique

Les négociations climatiques vont maintenant reprendre dans le cadre multilatéral des Nations unies. Mais Cancun n’a guère fait plus qu’entériner l’accord conclu il y a un an entre les Etats-Unis et les grands pays émergents, avec le soutien de l’Union Européenne et du Japon. Tous les problèmes demeurent… Ils sont simplement repoussés vers les prochaines conférences des parties, en premier lieu la COP17, qui aura lieu à Durban en 2011.

Un non-événement ? Non, car le cap est mis sur un nouveau régime climatique. Le système de Kyoto qui – c’était son aspect positif – attribuait aux pays développés des objectifs de réduction obligatoires, assortis de pénalités en cas de non-respect des engagements, est remplacé de facto par un mécanisme - purement libéral – d’engagements volontaires des grands pollueurs du Nord et du Sud, soumis à vérification internationale. L’acceptation par la Chine d’une procédure de contrôle « non intrusive, non punitive et respectant la souveraineté nationale » a rendu possible ce tournant. Par celui-ci, le couple sino-étasunien qui domine la planète prend le contrôle des négociations climatiques, repoussant l’UE au rang de figurant. Dans la foulée, le concept clé de « responsabilité commune mais différenciée » tend à s’estomper, les pays pauvres sont encore plus marginalisés, et la pression de l’expertise scientifique sur les gouvernements est desserrée au profit d’une saine prise en compte des sacro-saints impératifs de rentabilité et de compétitivité des multinationales.

Seuls vainqueurs, « les marchés » voient s’ouvrir partout de juteuses perspectives. Voilà en quoi consiste le « succès » de Cancun... Pour les exploité-e-s et les opprimé-e-s du monde, ce sommet ne fait que renforcer l’urgente nécessité d’une mobilisation sociale contre la destruction du climat par le productivisme capitaliste et sa boulimie de combustibles fossiles. Puisse le terrible drame qui a frappé vingt millions de femmes et d’hommes au Pakistan, l’été dernier, motiver chacune et chacun à prendre la mesure des enjeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 03:23

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sont indissociables-64248255.html

 

carte postale de Frédéric Macario

NOM : MACARIO FREDERIC
TITRE : Sans Titre

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.009 - juin 1994 - St Michel de la Pierre

Entretien avec le philosophe Henri Pena-Ruiz

Paru sur L'Humanité.fr

« Justice sociale et laïcité 
sont indissociables »

Henri Pena-Ruiz
 fut membre de 
la commission Stasi sur la laïcité dans 
la République. 
La laïcité reste, 
pour lui, 
un combat d’actualité intimement lié 
à l’émancipation.


Comment expliquer que 
la laïcité revienne 
si régulièrement dans 
les débats français ?

Henri Pena-Ruiz Actuellement, il existe une stratégie des anti-laïcs qui consiste à dire que la laïcité est une réalité propre à la France, un « particularisme » qu’ils veulent supprimer. Les mêmes ont inventé les notions de « laïcité ouverte » ou « positive ». Celles-ci n’ont aucun sens sinon celui d’un rejet hypocrite de la laïcité. Parle-t-on de justice sociale ouverte ou de droits de l’homme ouverts ? En réalité la laïcité, sans adjectif, peut intéresser toute l’Europe. En Espagne, par exemple, les laïcs dénoncent l’octroi de fonds publics à l’Église alors que les services publics, communs aux croyants, aux athées, et aux agnostiques, sont maltraités. La laïcité n’est pas « française » par essence, mais de portée universelle. Dit-on que les droits de l’homme sont français, l’habeas corpus anglais ou la pénicilline écossaise ? Il est vrai que la France reste l’un des pays qui a séparé le plus nettement l’État de l’Église. La laïcité appelle une stricte égalité de traitement entre les croyants, les athées et les agnostiques ; il n’y a donc pas de raison de créer des privilèges publics pour la religion, pas plus que pour l’athéisme.


Qu’en est-il du débat sur la pratique des cultes ?

Henri Pena-Ruiz. Il convient d’abord d’éviter toute confusion entre immigrés et croyants pratiquants. L’immigration maghrébine et turque en France est faite de travailleurs qui contribuent à produire la richesse du pays. Ils méritent donc exactement les mêmes droits que les travailleurs français. Parmi ces immigrés, certains seulement se reconnaissent dans l’islam. Il y a environ 5 millions de personnes issues de l’immigration maghrébine et turque. Il y aurait parmi eux 15 % de pratiquants, c’est-à-dire qui se rendent à la mosquée, et 85 % de personnes qui ne sont pas musulmanes ou qui, si elles le sont, appliquent les principes religieux dans leur vie quotidienne sans rien exiger de plus. En revanche, ces personnes attendent de la République qu’elle joue son rôle social, et soit donc présente dans les grands services publics d’éducation, de culture, de santé. Il faut éviter l’erreur de croire que, pour mettre à égalité les citoyens musulmans avec les catholiques, il faudrait construire des mosquées grâce aux fonds publics. La justice sociale consiste à s’occuper d’abord de ce qui est commun à tous les hommes : l’accès aisé à la culture, à la santé, à l’éducation, à un logement décent. La gauche n’a pas à se soucier des 15 % de personnes croyantes pratiquantes, mais des 100 % de personnes qui aspirent à ce qui importe à tous. Ce n’est pas le rôle d’un État laïc de construire des mosquées ou des églises, mais c’est son rôle de faire des écoles publiques, des hôpitaux publics, des logements sociaux accessibles à tous. D’ailleurs il s’est construit 2 400 salles de prière ces dernières années : c’est désormais une légende de considérer que les citoyens de confession musulmane prient dans des caves. À Paris, il existe des mosquées vides, alors que des personnes prétendent prier dans la rue, à l’appel de responsables religieux salafistes. Il est clair ici que la religion n’est qu’un prétexte à une démonstration de défi à l’égard des lois de la République laïque. Il ne faut pas se tromper de combat. La religion n’est pas un service public, et elle est dans certains cas instrumentalisée contre les droits des femmes, contre la culture, contre la libre disposition de soi. La gauche ne doit pas laisser la défense de la laïcité à la droite, qui d’ailleurs l’a copieusement bafouée en subventionnant les écoles privées religieuses alors qu’elle ne cessait d’aggraver les conditions matérielles de l’école publique par des milliers de suppressions de postes. La boussole, en la matière, est simple : tout l’argent public pour les services publics, qui sont universels, donc communs aux croyants et aux athées. Justice sociale et laïcité sont indissociables : il y a des vases communicants. Un rappel. Au moment où Jean Jaurès préparait la loi de séparation de l’État et des églises, il pensait déjà aux retraites ouvrières. L’argent qui ne va plus aux cultes peut désormais être consacré à l’intérêt général. Les retraites ouvrières sont communes aux croyants et aux athées. Aujourd’hui c’est l’inverse : l’État se prétend trop pauvre pour assurer ces retraites, mais il se découvre assez riche pour financer des religions qui n’engagent que
les croyants…


Pourquoi de telles idées sont-elles masquées par des faux-semblants ?

Henri Pena-Ruiz. Les responsables politiques doivent avoir le courage de dire que la religion n’engage que les croyants. Lorsqu’un croyant va à l’hôpital, il doit être soigné gratuitement au lieu de payer ses soins chaque fois plus cher du fait de la logique des dépassements d’honoraires et des franchises médicales, qui a introduit une médecine à deux vitesses. Ainsi, il fait des économies sur les soins et peut plus aisément se cotiser avec d’autres croyants s’il veut financer son culte, dans la sphère privée. On rend un très mauvais service à la population issue de l’immigration maghrébine ou turque en l’amalgamant aux religieux qui défient la République laïque. La laïcité, l’égalité des sexes, le droit aux études et au savoir ne doivent pas être entravés par des traditions rétrogrades. Il faut lutter résolument contre les discriminations sociales qui frappent certaines populations. Mais ce n’est pas une raison pour entrer dans le jeu de chefs religieux intolérants qui ne représentent qu’eux-mêmes en leur prêtant une attention particulière.


C’est donc aussi la question 
de l’émancipation qui est posée 
par la laïcité ?

Henri Pena-Ruiz. L’émancipation est l’idée que les êtres humains ne doivent pas vivre sous tutelle. Avec la laïcité, une telle idée s’affirme. Si on laisse des populations entières entre les mains de salafistes qui sont porteurs de régression sociale et d’inégalité entre les sexes, on ne joue pas le jeu de l’émancipation. Dire que la République est laïque signifie qu’elle est liée à l’ensemble du peuple et pas à la partie qui croit en Dieu. Dire qu’elle est sociale signifie qu’elle doit jouer son rôle en matière de services publics et de droits sociaux.


En quoi l’intégrisme religieux est-il le complice de la dérégulation libérale ?

Henri Pena-Ruiz. Non sans hasard, il existe un couplage saisissant entre, d’une part, une mondialisation
ultralibérale qui détruit les droits des travailleurs et, d’autre part, la résurgence de la compensation religieuse. Il n’y a pas si longtemps, Margaret Thatcher a brisé la dernière grande grève des mineurs britanniques, a privatisé les services publics comme le rail, et détruit les conquêtes sociales. Elle a par ailleurs encouragé les confessions religieuses à prendre le relais de l’État social défaillant, et ce sur un mode caritatif. Si la charité part d’un bon sentiment, elle ne peut tenir lieu de politique sociale, ni de solidarité redistributive.


Entretien réalisé par 
Lina Sankari

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 03:19

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Indignez-vous !

 

Sur Médiapart


  • A 93 ans, Stéphane Hessel est le plus jeune d'entre nous par la vitalité de son engagement et sa force d'espérance. Né à Berlin en 1917, immigré en France en 1925, naturalisé en 1937, prisonnier évadé en 1940, il rejoint le général de Gaulle à Londres en 1941. Résistant, agent de liaison au BCRA, il est arrêté en France en 1944, puis déporté, notamment au camp de Dora, où il échappera de justesse à la pendaison. Diplomate à partir de 1945, ambassadeur de France, il fera de la question des droits de l'homme son combat sans partage ni relâche, comme l'illustre son ferme engagement pour la cause palestinienne. En cette fin d'année 2010, Stéphane Hessel est unanimement célébré comme une sorte d'incarnation de l'exact contraire de cette basse époque que symbolise le sarkozysme. Reprise de son appel lancé lors de la cérémonie annuellement organisée par Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui au plateau des Glières, haut lieu de la résistance et de son martyr, l'exceptionnel succès de librairie d'Indignez-vous! est à lui seul un chaleureux signe d'espoir en cette froidure hivernale.

    Ami et soutien de la première heure de Mediapart, Stéphane Hessel a volontiers accepté de présenter ses vœux d'un citoyen résistant à tous «les citoyens et citoyennes qui savent résister». L'enregistrement a eu lieu en son domicile parisien, jeudi matin 30 décembre. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Voici donc avec un peu d'avance des vœux de résistance, en quelque sorte nos contre-vœux avant ceux que prononcera, vendredi 31 décembre 2010 au soir, un président aussi discrédité qu'inaudible. Leur texte est en-dessous de la vidéo, et tous deux sont en accès libre. N'hésitez donc pas à les faire circuler, à les envoyer à vos proches et à vos amis, à les transformer en une grande vague d'espérance face à l'inquiétude.

  • Les vœux de résistance de Stéphane Hessel

    Mes chers compatriotes,

    La première décennie de notre siècle s'achève aujourd'hui sur un échec. Un échec pénible pour la France ; un échec grave pour l'Europe ; un échec inquiétant pour la société mondiale.

    Souvenez-vous des objectifs du millénaire pour le développement, proclamés en 2000 par la Conférence mondiale des Nations Unies. On se proposait de diviser par deux en quinze ans le nombre des pauvres dans le monde. A la même date, on entamait une nouvelle négociation pour mettre un terme au conflit vieux de trente ans du Proche Orient – les Palestiniens auraient droit à un Etat sous deux ans. Echec sur toute la ligne! Une plus équitable répartition entre tous des biens communs essentiels que sont l'eau, l'air la terre et la lumière? Elle a plutôt régressé, avec plus de très riches et plus de très très pauvres que jamais.

    Les motifs d'indignation sont donc nombreux. Ce petit livre Indignez-vous! – qui a eu un extraordinaire succès auprès des parents, et plus encore de leurs enfants, auxquels il s'adresse –, c'est quelque chose qui me touche profondément. De quoi faut-il donc que ces jeunes s'indignent aujourd'hui? Je dirais d'abord de la complicité entre pouvoirs politiques et pouvoirs économiques et financiers. Ceux-ci bien organisés sur le plan mondial pour satisfaire la cupidité et l'avidité de quelques-uns de leurs dirigeants ; ceux-là divisés et incapables de s'entendre pour maîtriser l'économie au bénéfice des peuples, même s'ils ont à leur disposition la première organisation vraiment mondiale de l'histoire, ces Nations Unies auxquelles pourraient être confiées d'un commun accord l'autorité et les forces nécessaires pour porter remède à ce qui va mal.

    Au moins nous reste-t-il une conquête démocratique essentielle, résultant de deux siècles de lutte citoyenne. Elle nous permet de revendiquer le droit de choisir pour nous diriger des femmes et des hommes ayant une vision claire et enthousiasmante de ce que la deuxième décennie qui s'ouvre demain peut et doit obtenir. Voilà la tâche que je propose à tous ceux qui m'écoutent. Qu'ils prennent appui sur les auteurs courageux qui se sont exprimés ces derniers mois, sur Susan George et son beau livre Leurs crises, nos solutions, sur Edgar Morin et son dernier tome L'Ethique, sur Claude Alphandéry et ses propositions pour une économie sociale et solidaire. Avec eux, nous savons ce qu'il est possible d'obtenir.

    N'attendons pas. Résistons à un président dont les vœux ne sont plus crédibles.

    Vivent les citoyens et les citoyennes qui savent résister!

 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 03:17

http://goudouly.over-blog.com/article-art-contemporain-le-concept-63582110.html

 

 

PUF

Art contemporain le concept

Samuel Zarka

Un article de Puf.

 

Une reconstitution de l’histoire à la fois sociale et esthétique de l’art contemporain, de 1950 à nos jours.

 

L'ouvrage

L’art contemporain doit être interrogé dans sa logique globale, au-delà de la pluralité de ses productions. Il peut ainsi être envisagé comme un style artistique homogène, dont les déclinaisons s’effectuent sur un fonds mythologique, qui ne saurait être compris indépendamment des transformations sociales et culturelles des sociétés dans lesquelles il s’inscrit.
Plus qu’une histoire de l’art, ce livre propose donc une genèse de l’art contemporain, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours. Il s’articule en deux parties, l’une historique, l’autre esthétique, pour envisager la question d’un point de vue à la fois extérieur (celui de l’historien et du philosophe) et intérieur (celui du critique d’art et de l’esthéticien).


Il propose ainsi une reconstitution du monde de l’art dans lequel l’œuvre n’est qu’une étape, dans le cadre plus vaste d’une dynamique sociale, économique et politique. L’analyse de la symbolique des pièces, des actes qui les valorisent et des discours qui les soutiennent, permet de poser les bases d’une sociologie de l’esprit du monde de l’art, en perspective avec l’évolution générale des sociétés occidentales. L’enjeu de cet ouvrage consiste alors à penser l’esthétique de l’art contemporain dans sa relation avec le devenir d’une économie politique globalisée.

 

 

Table des matières

Préface

PREMIÈRE PARTIE. — HISTOIRE
Chapitre premier. Genèse du procès de production de l'« art contemporain ». De la guerre à l'après-guerre
Genèse de l'art étatsuno-international
Le concept d'« art »
Chapitre II. Genèse de l'« art contemporain ». Les années 1950-1980
La praxis selon les années fastes
Le micromilieu comme praxis transnationale
L'« art contemporain » comme praxis
Chapitre III. Dialectique de l'« art contemporain ». Les années 1980-2010
La surdétermination financiaro-libertaire

Le marché de l'art financiarisé
La praxis selon le signifiant « monnaie »

SECONDE PARTIE. — ESTHÉTIQUE
Chapitre premier. Le caractère fétiche de l'objet d'art et son secret
La reconduction du scénario de l'« avant-garde »

L'argumentation de Greenberg
Chapitre II. L'« art contemporain » comme esthétisme. Les années 1960-2010
Le soliloque institutionnel

Phénoménologie du cube blanc
Les effusions cubées
La conversation selon le micromilieu

Conclusion

Bibliographie
Index des noms

 

 

A propos de l'auteur

Samuel Zarka est diplômé de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy et de l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne (philosophie). Il dirige la revue de création DroitDeCites.org il est aussi conférencier à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, et collabore à la revue genevoise Artpassions.

 

Caractéristiques

  • 224 pages
  • 26.00 €
  • ISBN : 978-2-13-057700-3
  • N° d'édition : 1
  • Date de parution : 03/11/2010

 

 

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 21:08

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Irlande-pere-noel.jpg

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 03:02

http://goudouly.over-blog.com/article-fresque-vivante-63448220.html

 

fresque-003.jpg

Fresque vivante

 

Lundi 20 décembre ils étaient nombreux dans le froid à Billère, dans la banlieue de Pau, avec RESF et tout le ban et l'arrière ban des militants pour dire au revoir à cette fresque que le maire avait commandé à des artistes bordelais pour commémorer le mauvais sort fait aux enfants expulsés par le pouvoir actuel.

 

Lui dire au revoir parce que sur plainte du préfet Rey, le tribunal administratif a condamné la mairie à effacer cette fresque murale, au prétexte que cette commande officielle ne respectait pas son obligation de "neutralité".

Mais comment rester neutre devant l'inanité de ces expulsions perpétrées pour la seule satisfaction d'expulser et de le faire savoir à ceux qui veulent l'entendre ?

 

Depuis la destruction des bouddhas par les talibans, c'est la première destruction officielle d'une oeuvre d'art à la demande d'une autorité. On a les modèles que l'on peut.

 

Mais cet autodafé imbécile ne tuera pas la fresque, car si l'on peut effacer le mot honte, on n'efface pas la honte elle même.

Reproduite avec l'autorisation des artistes, la fresque refleurit déjà sur des t-shirts.

 

Reproduisons là donc, tous, partout, sur cartes postales, sur nos tracts, t-shirts. Et remercions le préfet REY, apprenti sorcier pris à son propre piège qui, en croyant l'effacer, n'aura fait que la faire fleurir et essaimer.

Et il nous aura conforté dans notre lutte pour ces deux valeurs qui semblent lui faire si peur, celles de partage et de solidarité.

 

Pour les t-shirts concernant la fresque, on peut contacter :

veronique.dehos@gmail.com

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