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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 03:41































Belle année 2008, isn't


En attendant 2009 qui sera formidable
Un bilan globalement positif sera certainement tiré par les médias, en élisant les femmes ou les hommes de l'année, ils, les médias, tenteront de nous faire oublier notre basse condition pour mieux nous faire rêver.
Du pain et des jeux disaient-ils dans d'autres temps.

Aujourd'hui nous avons la télévision.

J'essaie de sevrer mes gosses de cet outil de propagande. Pas facile, cela fait penser à une addiction.

Tout est formidable dans le meilleur des mondes. La crise n'existe pas, les orientations politiques vont toutes dans le sens des populations, tout va bien.

Mais cette année nous avons vécu une formidable transformation dont nous n'avons pas encore le sentiment de vivre le bouleversement en cours.

Beoucoup de bases économiques se sont effondrées.

Le chantier à envisager est énorme et devra s'émanciper des tentatives du capital de consolider sa position.

La conscience d'une planète en danger est dans toutes les têtes, même si les grands trusts essaient d'influer pour ralentir les décisions à prendre afin de na pas écorner leurs profits ou bien pour générer de nouvelles sources de profits.

La fin d'un  système semble s'affirmer, il peut nous orienter vers le meilleur ou le pire.

Le meilleur si nous nous prenons en charge et que nous donnons nos orientations en ce qui concerne l'équité tant sociale qu'environnementale, le pire si nous laissons le capital se reprendre et imposer de nouvelles règles uniquement à son avantage.

En attendant c'est Noël et la crise aidant j'ai limité les cadeaux pour mes enfants.
Cela m'a beaucoup interrogé sur mes comportements.

Tout d'abord un certain état de frustation, irraisonné, m'a envahi.
Comment je ne vais pas offrir les 36 acadeaux réglementaires à chacun de mes enfants ?

Puis la lassitude m'a habité.
Pourquoi cette débauche d'énergie, de fric et de sentiments mercantiles ?

Enfin la raison est apparue.
Un cadeau par enfant, c'est bien suffisant, et des cadeaux plutôt dans des gammes naturelles, de fabrication le plus proche possible.

J'ai tant d'amour à leur donner.

Tout compte fait cette crise est utile à la réflexion et accélère les décisions à prendre.

Nous devrions nous occuper de notre avenir.

Aurore

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 03:41


« Vers un nouveau socialisme »

PEUT-ON REFORMER LE CAPITALISME FINANCIARISE ?

La question, jusque là confinée dans de petits cercles, est à présent sur la place publique. L’ampleur de la crise oblige tous les responsables, et jusqu’à des économistes libéraux, à multiplier les propositions de réforme, et plusieurs en viennent même à se demander si ce régime de croissance est viable, s’il ne faut pas remettre en cause ses fondements même. Mon propos va consister à montrer que seule une réforme radicale pourrait sauver le capitalisme de lui-même, mais aussi que la crise ouvre la perspective d’un nouveau socialisme.


Les grands traits du capitalisme financiarisé
Je vais commencer par rappeler les grands traits du capitalisme financiarisé, c’est-à-dire dominé par des acteurs financiers.

  • Premier point : les propriétaires des entreprises ne sont plus de gros actionnaires, des banques très liées aux entreprises, ou encore d’autres entreprises, mais de grands acteurs financiers, ceux qu’on appelle les investisseurs institutionnels (fonds de pension, fonds mutuels, compagnies d’assurance, grandes banques internationales pour certaines de leurs activités) ou des fonds de la private equity. Acteurs colossaux, qui n’ont souvent que de faibles parts du capital, mais ont un grand pouvoir.
  • Deuxième point : ces acteurs sont des actionnaires volatiles. La raison en est simple : ils doivent, du moins pour les premiers, verser des revenus à tout instant, ou presque, à leurs innombrables épargnants. C’est pourquoi ils sont orientés vers le court terme, et en sont venus à exiger des entreprises des bilans d’activité trimestriels.
  • Troisième point : ils cherchent à maximiser la valeur actionnariale des actions qu’ils détiennent, sous forme de dividendes et de plus-values à la revente. Et l’on sait que la norme est un minimum de 15 % de retour sur investissement, c’est-à-dire bien plus qu’un intérêt additionné d’une prime de risque, alors que le taux de croissance de l’économie mondiale a tourné, dans le meilleur des cas, autour de 5 %. Cela signifie que des profits aussi élevés n’étaient possibles que sur fond de stagnation ou de déflation des salaires et que la finance s’est approprié l’intégralité des gains de productivité, comme le prouve la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Cela signifie aussi que le mode de gestion des grandes entreprises a été profondément modifié : recentrage sur le « cœur de métier », développement de la filialisation, de la sous-traitance, des délocalisations, et pression non seulement sur les salaires, mais encore sur la durée et les conditions du travail. De tels profits impliquaient un prélèvement sur ceux des petites et moyennes entreprises et une surexploitation du travail.
  • Quatrième point : l’essor du capitalisme financiarisé supposait un libre-échange aussi poussé que possible, de manière à pouvoir investir et commercer partout sur la planète, et de manière à pouvoir mettre en concurrence les systèmes sociaux de tous les pays, et en définitive, les travailleurs du monde entier.

L’inflation du crédit et de la spéculation pure
Ce nouveau régime de propriété et la mondialisation qui l’accompagne et le soutient ont été renforcés par l’explosion du crédit, qui permettait, avec peu de capital, de faire de grandes affaires. C’est là quelque chose de paradoxal, car on nous avait expliqué que le grand atout de ce modèle de développement était de pouvoir faire appel directement à l’épargne, par le biais de la Bourse ou de gré à gré, sans passer par le détour du crédit bancaire, autrement dit qu’une économie de marchés financiers serait plus efficace qu’une économie d’endettement. Or jamais les acteurs économiques ne se sont autant endettés, des banques d’investissement aux fonds alternatifs, et des grandes entreprises aux ménages les plus modestes, sans oublier les Etats. Et l’on s’aperçoit que la Bourse ne sert que très peu au financement des entreprises : elle le fait uniquement lors des introductions et des augmentations de capital, et les rachats massifs de leurs actions par les grandes entreprises font que le financement net est égal à zéro (l’immensité des transactions boursières ne concerne que des titres déjà émis, un marché de l’occasion donc).

Favorisé par des taux d’intérêt relativement bas, surtout aux Etats-Unis pour y relancer la machine économique, le crédit est devenu une potion magique. On a vu ainsi des fonds spéculatifs emprunter jusqu’à 100 fois leur mise. Et, de prêteur en emprunteur, c’est un véritable système de cavalerie qui s’est installé, jusqu’à ce que les emprunteurs finaux, les ménages ou les entreprises se trouvent dans l’incapacité de rembourser (c’est ainsi qu’a démarré la crise, dans le secteur des prêts hypothécaires américains).
Dans cette économie dérégulée, où les taux de change, les taux d’intérêt, le prix des actions variaient constamment, les acteurs ont cherché à se couvrir, ce qui a engendré la montagne des transactions sur les produits dérivés, qui représentent de la spéculation pure (on spécule non plus sur les profits des entreprises, mais sur les risques des échanges), spécialité de départements entiers des banques universelles, des banques dites d’investissement (qui, en réalité, font surtout du trading), et des hedge funds, et source des gains les plus élevés. Ajoutons à cela quelques innovations financières, telles que la titrisation, les ventes à découvert, ou les normes comptables fondées sur la valeur de marché des actifs, et les assurances contre le risque de crédit lui-même, et la sphère financière est devenue hypertrophiée, immense bulle financière qui a fini logiquement par crever. Le capitalisme financiarisé, et son appendice, la spéculation pure gonflée par le crédit, semble donc bien être arrivé aux limites. On peut s’attendre à une récession sévère, qui risque de durer plusieurs années, et qui atteint par contagion, quoique à des degrés divers, tous les pays.


Des propositions de réforme qui ne sont qu’un ravaudage du système
Je ne vais pas entrer ici dans le détail de toutes ces propositions, qui se sont multipliées avec l’aggravation de la crise. J’en prendrai seulement quelques unes, et je dirai qu’elles ne sont que des demi-mesures, qui conservent toutes les pièces du système. Par exemple, s’agissant des abus du crédit, il n’est pas question d’interdire la titrisation, mais seulement de l’aménager. De même en ce qui concerne le volet les plus spéculatif du capitalisme financiarisé, il n’est pas question d’interdire les hedge funds ou de limiter leur champ d’action, mais seulement d’exiger d’eux plus de transparence. Et, à ce sujet, il n’est pas question d’interdire les transactions avec les paradis fiscaux et réglementaires (où la plupart des hedge funds sont logés), mais seulement de demander à ces derniers plus de coopération.

Qui plus est, ces propositions, pour pouvoir être mises en œuvre, supposent des accords internationaux, car ceux qui ne les appliqueraient pas attireraient les capitaux au détriment des autres. Or il est probable que, lors des futurs sommets mondiaux, comme celui du G20 qui va se tenir incessamment, elles seront toutes revues à la baisse. En outre on peut faire confiance aux acteurs financiers pour les contourner de toutes les façons. Il y a donc, malheureusement, fort à parier que, une fois le sauvetage des grandes banques opéré par des refinancements, et, en désespoir de cause, par des nationalisations partielles, mais provisoires, le système repartira de plus belle, et que cela débouchera sur une crise financière et économique d’une gravité encore plus grande.
Toutes les propositions ne touchent en effet qu’aux symptômes, et non à la racine du mal.


Les causes profondes de la crise de ce capitalisme
La première cause tient, selon moi, au fonctionnement des marchés financiers eux-mêmes. L’évaluation de la valeur des actifs des entreprises par la Bourse repose sur les analystes financiers : or qu’en savent-ils sinon lors des road shows que les dirigeants organisent à leur intention, et qui ne consistent qu’en chiffres, plus quelques informations supplémentaires ? En réalité ils sont nécessairement victimes de ce qu’on appelle une asymétrie d’information. Ceci explique leur foncière incompétence, bien supérieure à celle des cabinets d’audit, eux-mêmes fort loin de pratiquer une enquête objective, notamment auprès des salariés, puisqu’ils sont payés par ces directions. Ajoutons que celles-ci ont montré, notamment à l’occasion de scandales fameux, qu’ils n’hésitaient pas à maquiller la réalité.

Ensuite le système d’information est vicié par ce qu’on appelle pudiquement les conflits d’intérêt, et qui mériterait mieux le nom de corruption. L’ensemble des marchés financiers se prête à ce qu’on pourrait appeler un vaste délit d’initiés, parce que toutes les instances de conseil et d’évaluation sont financées par les entreprises elles-mêmes. Croit-on vraiment qu’on arrivera à séparer dans une banque l’activité de conseil aux entreprises de l’activité de placement auprès des épargnants ? Prenons encore l’exemple des agences de notation : croit-on vraiment que, même en remplaçant leur financement par des fondations privées par une taxe, elles fourniront des évaluations plus sûres ? La raison voudrait qu’on les remplace par des agences publiques, puisqu’elles fournissent un bien public, mais cela n’est nullement envisagé, auto-régulation des marchés oblige.
Troisièmement, les marchés financiers sont structurellement instables, comme on le sait depuis longtemps, et comme Keynes l’avait lumineusement montré : comportements mimétiques ou moutonniers, prophéties auto-réalisatrices sont inhérents à leur fonctionnement, et la crise actuelle, avec ses journées de panique, ses petits regains de confiance, et ses rechutes le lendemain, le prouve abondamment. Il est absurde que des entreprises saines et profitables aient perdu jusqu’à 70 ou 90 % de leur valorisation, même si les perspectives de l’économie sont plutôt sombres.
Enfin, last but not least, ces marchés, par leur fonctionnement en continu, par leur multiplication (dès qu’il y a un problème on crée un marché censé le résoudre : ainsi pour le récent marché du carbone), par l’immensité des opérations de couverture liées au flottement généralisé, représentent un énorme prélèvement sur la richesse produite (la finance par exemple est à l’origine de 14 % du PIB de la Grande Bretagne). Tout cela est exorbitant par rapport aux services rendus. Dès lors c’est tout le système du capitalisme financiarisé qu’il faudrait remettre en cause.


Une réforme radicale du capitalisme
Diverses propositions ont été faites, mais jusqu’à présent repoussées d’un revers de main. J’en énoncerai seulement quelques unes, qui me paraissent hautement souhaitables, si l’on pense que le capitalisme n’est pas près de sa fin, et qu’un secteur capitaliste dans l’économie devrait continuer à servir de challenger pour tout autre système économique.
Au niveau des rapports de propriété, il conviendrait que les actionnaires, qui resteraient sans doute de grosses institutions, soient tenus de s’engager durablement dans les entreprises (les actionnaires flottants perdant leur droit de vote) – résultat qui peut être obtenu par des mesures législatives et fiscales relativement simples. Ayant des objectifs de long terme, ces actionnaires, mieux informés, pourraient accompagner les entreprises dans leurs plans d’investissement et dans leur recherche d’innovations. Ceci milite d’ailleurs pour la présence de l’Etat, ou d’organismes publics, même minoritaire, dans le capital et dans les conseils d’administration. De même de tels actionnaires stables (on rappellera qu’aujourd’hui la durée de détention d’une action est en moyenne de 6 mois) pourraient s’assurer que les opérations de concentration du capital, via des OPA et des OPE non hostiles, seraient source de véritables économies d’échelle, et non le résultat du délire de grandeur de dirigeants se livrant d’homériques batailles de communication. On peut penser que le mode de gestion des entreprises en serait quelque peu changé : ces actionnaires seraient plus attentifs aux autres parties prenantes de l’entreprise, à commencer par les salariés, qui sont le ressort profond de la réussite d’une entreprise. La stabilité de l’actionnariat capitaliste priverait la Bourse des actions d’une grande partie de son carburant, et pas suite les marchés qui en dérivent. Le marché obligataire secondaire se rétrécirait également, puisque l’évaluation des risques serait moins soumise aux aléas. Dans le même ordre d’idées, il semblerait judicieux de séparer à nouveau les banques de dépôts des banques d’investissement, ou, pour le moins, de réintégrer les activités sur les marchés financiers dans les bilans des banques.

En ce qui concerne les marchés des changes, on pourrait également réduire leurs fluctuations en rétablissant un système de changes fixes, mais ajustables, entre des monnaies regroupées autour d’une monnaie de référence dans des cadres régionaux. Enfin un protectionnisme non pas purement défensif, mais ciblé et négocié éviterait les mouvements spéculatifs constants et réduirait les opérations de couverture qui en sont le corollaire. Voici donc quelques propositions qui pourraient rendre le capitalisme plus rationnel et moins brutal, en même temps qu’elles permettraient de dégonfler la sphère financière. Mais elles impliquent une révision tellement déchirante des dogmes néo-libéraux et porteraient une telle atteinte aux intérêts d’une partie de la finance qu’elles se heurteront à une résistance farouche de celle-ci, tant politique qu’idéologique. C’est pourquoi l’heure me semble venue d’ouvrir une autre perspective, bien plus favorable au salariat et bien plus susceptible de susciter une mobilisation populaire.


Recréer un espace économique socialiste
Les services publics doivent réintégrer la sphère publique, puisqu’il doivent être conçus comme des piliers de la citoyenneté, et donc être de la responsabilité de l’Etat. La nationalisation, qui devrait être à 100 %, se ferait cependant sous une forme nouvelle, comportant notamment une participation à la gestion des fonctionnaires, ou des agents (dans le cas de services publics marchands) et des usagers. Ce qu’on a pu désigner sous le nom d’appropriation sociale. Ils ne sauraient être soumis à la rentabilité financière, mais seulement à une rentabilité économique (dans le deuxième cas).
Ici se pose en particulier la question des banques. Comme elles sont essentielles au fonctionnement de l’économie et fournissent un quasi-service public, un pôle public bancaire serait institué, qui fonctionnerait en liaison avec les pouvoirs publics locaux et national (voire nationaux, si par exemple plusieurs pays européens se mettaient d’accord), pour distribuer des crédits bonifiés ou garantis par ces derniers afin de soutenir des politiques publiques.

Quant à la Banque centrale, elle cesserait d’être indépendante, puisque sa politique monétaire serait soumise aux objectifs décidés par le gouvernement, tout en gardant l’autonomie nécessaire. Mais le nouveau socialisme s’étendrait au-delà des services publics : il y aurait des entreprises publiques, ou semi-publiques, produisant des biens marchands ordinaires, qui se différencieraient des entreprises privées en ce qu’elles ne seraient pas soumises à des normes de rentabilité financière aussi élevées et en ce qu’elles comporteraient une large participation des salariés à la gestion. Il s’agit ici d’éviter un double écueil : celui d’un concubinage avec l’exécutif, celui de l’alignement sur le mode de gestion capitaliste. A cet égard on pourrait penser que les propriétaires (majoritaires) de ces entreprises seraient des fonds publics d’investissement, faisant appel à l’épargne populaire, et n’intervenant pas en Bourse, mais sur un marché spécial, de gré à gré.
Enfin le nouveau socialisme comporterait un secteur socialisé, de type coopératif, reposant en partie sur l’autogestion et restant totalement extérieur aux marchés financiers.

Dans cette perspective alternative, les règles du libre-échange seraient profondément modifiées : les Etats doivent pouvoir se protéger socialement, économiquement, et sur le plan environnemental, en fixant leurs conditions (ce qui suppose le retour à un contrôle partiel des changes, et une taxation des mouvements de capitaux). Mais il ne s’agirait pas d’un protectionnisme de combat, comme celui qui va probablement refaire son apparition dans les économies capitalistes. Ce nouveau protectionnisme s’inspirerait de la Charte de La Havane de 1948 : il serait négocié pour qu’il joue à l’avantage de tous les partenaires. En outre le produit des taxes (ciblées) serait reversé aux pays en développement pour qu’ils puissent élever leurs standards sociaux.

Se poserait enfin la question d’un nouvel ordre financier et monétaire international, en retrouvant les propositions de Keynes d’une monnaie mondiale (le bancor) et d’une Banque centrale internationale. Mais il s’agit là d’une perspective bien lointaine, qui ne verra sans doute le jour que sous l’emprise de la nécessité. Dans un horizon plus proche, on ira sans doute vers des monnaies régionales, plus ou moins coordonnées entre elles.

On voit que l’horizon n’est pas bouché, que nous ne sommes par condamnés à attendre une nouvelle crise du capitalisme financiarisé, qui serait encore plus grave que la crise actuelle. Des alternatives sont d’ores et déjà possibles, du national au mondial. C’est maintenant, à la faveur de la grande crise qui menace toutes les économies de la planète, d’une sévère recession et des plus grands reculs démocratique, qu’il faut commencer à réfléchir vite et à agir.


Tony Andréani Professeur émérite de sciences politiques à l'Université de Paris 8

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 03:29


Appel pour la création d'une association virtuelle qui pourrait se nommer, en cette époque de destruction massive des réseaux constitués :

la Fédération Nationnale du Lien pour la Pétition Unique


Cette association virtuelle, fondamentalement opposée au pouvoir actuel, pourrait avoir pour but de rassembler sur la toile tous ceux qui luttent contre la destruction minutieuse de ce qui reste de lien social organisé par les générations antérieures dans ce pays.

Elle pourrait fédérer  la raison "collective",  et contribuer au rassemblement des revendications les plus justes au service du "bien commun".
Elle pourrait aussi décongestionner, dé-constiper nos "communautarismes", "corporatismes" et autres ch"ismes" chroniques.

L'adhésion est gratuite...et l'invention obligatoire.

Les sites "pétitionnaires" ne sont pas exhaustifs, mais à rassembler avec d'autres.

Vive la pétition générale(1)...

signez la pétition générale en cliquant sur les liens suivants
(ou contribuez à inventer autre chose) :


*http://www.sudeducation.org/article1229.html
http://www.sauvonslesrased.org/
http://www.pourleducation.org/
http://service-public-notre-richesse.fr
http://marelle.org/petitions/index.php?petition=1
http://www.ufal.info/petitions/?petition=4
http://www.apses.org/petitions/index.php?petition=3
http://refi.over-blog.org/
http://www.pste-cfdt.org/rubrique.php3?id_rubrique=9
http://ldh19.over-blog.com/article-14452565.html
http://plabbe.wordpress.com/2008/06/03/l%E2%80%99insertion-des-jeunes-n%E2%80%99est-pas-une-marchandise-vers-une-petition-nationale/
http://www.mesopinions.com/Reseau-Emploi-Formation-Insertion-petition-petitions-b89f925422f2cfe7edfa28c73c81cad0.html
http://nantes.indymedia.org/article/15446
http://www.petitionpublicservice.eu/fr?utm_source=fr&utm_medium=email
http://www.uneecole-votreavenir.org/
http://sd72.fsu.fr/spip.php?article18
http://www.consommateurendanger.org/
http://www.mesopinions.com/detail-petition.php?ID_PETITION=ca9f9e14aa181a069e325ba3083c69b5
http://www.ldh-france.org/Petition-Sauvons-la-statistique
http://www.coordination-nationale.org/
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article74157
http://90plan.ovh.net/~attactou/spip.php?article975
http://www.touchepasamonadn.com/
http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article892
http://sauvons-lecole.over-blog.com/categorie-10661233.html
http://www.fabula.org/actualites/article27077.php
http://malgretout.org/spip.php?article128
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20070625.OBS3649/les_adolescents_ne_sontpas_des_adultes.html
http://petition.bigbrotherawards.eu.org/Premiere-petition-pour-le-retrait-de-Base-eleves
http://www.educationsansfrontieres.org/article.php3?id_article=24

Ajoutez ou rassemblez
....

(1) recherche blogueurs et hakeurs expérimentés
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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 03:22



L'Appel longtemps « oublié » de Charles Tillon

Comité Valmy



Charles Tillon est né en Juillet 1897. Mobilisé en 1916 dans la marine, il est l'un des dirigeants de la mutinerie de la mer Noire en juin 1919, ce qui lui vaut d'être condamné à cinq ans de bagne au Maroc. Il adhère au PCF et à la CGTU, devient membre du Comité central du Parti Communiste en1932. En 1936 il est élu Député d'Aubervilliers.

En décembre 1939 Benoît Frachon au nom de la direction du Parti communiste, l'envoie à Bordeaux où dans la clandestinité il prend pour le PCF, la responsabilité de la région. Le 17 juin 1940, alors que les allemands sont entrés dans Paris, Philippe Pétain accède au Pouvoir. « C'est le cœur serré, annonce t-il dans un discours radiodiffusé, que je vous dis qu'il faut cesser le combat. »

C'est ce même jour, après avoir entendu l'appel de Pétain à la capitulation, que Charles Tillon rédige un appel intitulé selon certains : « Peuple de France » et dont le soir même il entreprend la diffusion. Charles Tillon sera l'un des principaux organisateurs de la Résistance communiste et sera le chef du Comité militaire National des Francs- Tireurs et Partisans auquel, participa également Laurent Casanova en tant que représentant du Front National.

L'appel lancé par Charles Tillon le 17 juin 1940, est un appel à la résistance sur le territoire national. C'est explicitement un appel au combat anti-fasciste et pour la reconquête de l'indépendance nationale. … « Cet appel n'est pas une initiative purement personnelle. Lorsqu'il le rédige, Charles Tillon est mandaté par le Comité central pour réorganiser le parti communiste dans tout le Sud-Ouest de la France… » Lire ci-dessous, la présentation de l'appel rédigée par Antoine Porcu. (L'Huma 4 mars 2006)

Charles Tillon et d'autres prestigieux dirigeants communistes de la Résistance, tels Antoine Casanova, Marcel Servin, Pierre Hervé (membre du CNR), Maurice Kriegel-Valrimont, Jean Pronteau, Jean Pierre Vigier, Georges Guingouin…ont été démis de leurs responsabilités à la direction du PCF et le plus souvent, exclus du Parti.

Ce fut une erreur stratégique fondamentale aux conséquences euro-atlantiques toujours actuelles. L'Histoire montre que pour nous communistes, d'hier et d'aujourd'hui, une autre stratégie, que celle qui aller mener un pétainiste reconverti dans l'euro –atlantisme au pouvoir, pour installer la dictature maastrischienne, était et reste possible. Après 60 ans d'errance stratégique, il est bien tard, mais d'autant plus urgent de revenir à l'esprit de la Résistance et du rassemblement populaire autour du programme réactualisé du CNR.

Claude Beaulieu.


L'appel :

"Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l'Espagne, l'Autriche, l'Albanie et la Tchécoslovaquie... Et maintenant, ils livrent la France.

Ils ont tout trahi.

Après avoir livré les armées du Nord et de l'Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier au fascisme.

Mais le peuple français ne veut pas de la misère de l'esclavage du fascisme.

Pas plus qu'il n'a voulu de la guerre des capitalistes.

Il est le nombre : uni, il sera la force.

Pour l'arrestation immédiate des traîtres Pour un gouvernement populaire s'appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s'entendant avec l'URSS pour une paix équitable, luttant pour l'indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes.

Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, UNISSEZ VOUS DANS L'ACTION !"

Charles Tillon, Gradignan, 17 juin 1940

Source : F.T.P. Soldats sans uniformes.


Antoine Porcu présente le texte de cet appel et en explique le sens dans L'Humanité

« L'appel de Charles Tillon est un appel à la résistance sur le territoire national, tandis que celui du général de Gaulle s'adresse d'abord aux français présents en Angleterre pour leur demander de s se rassembler autour de lui. Par ailleurs, l'appel de Charles Tillon est explicitement lancé au nom de la lutte contre le fascisme.

Cela le différencie également de l'appel de Thorez et Duclos du 10 juillet 1940, conforme à la ligne de la IIIe Internationale. Celle-ci réduisait la guerre en cours à un affrontement anti-impérialiste. Cela ne permettait pas de cerner la spécificité du phénomène fasciste. À l'inverse, Charles Tillon en appelle au rassemblement du peuple dans l'action contre le « fascisme hitlérien », dans le droit fil de la stratégie du Front Populaire pour laquelle Maurice Thorez s'était lui-même battu.

Depuis la Libération, la propagande anticommuniste affirme que les communistes ne sont entrés en résistance qu'en juin 1941, lorsque l'Union soviétique est attaquée par les nazis. C'est une parfaite falsification. D'ailleurs, l'importance de ce texte a été appréciée par la direction clandestine du Parti Communiste, laquelle intègre Charles Tillon, à la demande de Benoît Frachon. Mais derrière ce genre d ‘accusation, c'est le rapport même des communistes au peuple français de l'époque qui est questionné. L'appel de Charles Tillon permet de lever toute ambiguïté. Il prouve que l'engagement des communistes s'est fait indépendamment des directives de la IIIe Internationale.

Car cet appel n'est pas une initiative purement personnelle. Lorsqu'il le rédige, Charles Tillon est mandaté par le Comité central pour réorganiser le parti communiste dans tout le Sud-Ouest de la France. Son appel y rencontre un certain écho. Les kiosquiers de Bordeaux l'insèrent dans les journaux. Il parvient même jusqu'aux chantiers navals de Saint-Nazaire. Le Parti communiste français a été traversé par de nombreuses et dramatiques contradictions. Mais il a toujours été avant tout un collectif de femmes et d'hommes mobilisés pour l'émancipation humaine. Le combat pour cette reconnaissance est crucial dans un contexte où la droite la plus réactionnaire reprend le flambeau de la virulente campagne anticommuniste d'après-guerre dans le but de briser tout espoir de transformation sociale. »

Antoine Porcu (1) dans un entretien donné à « l'Humanité » du 4 mars 2006.


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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 03:53





















En avant pour la dictature mondiale !


Vous ne connaissait pas Gideon Rachman ?

Bandes de loosers.


Gideon Rachman est éditorialiste au FT.

Quoi, vous ne savez pas ce qu'est le FT ?


LE FI.NAN.CIAL TI.MES

Le Financial Times.


Il faut savoir tout de même que le FT est un des journaux les plus lu au monde par la « classe dirigeante »; en gros c'est lui aussi qui donne le ton, l'ambiance, la tendance, surtout à la city de Londres, plaques tournante du trafic financier mondial.
Vous voyez un peu le genre !


Bon devant tant d'inculture j'abdique.
D'autant plus facilement que ce bonhomme je ne le connaissais pas hier encore.
En l'occurrence ce n'est pas lui qui nous intéresse mais sa fonction.
Éditorialiste au FT.


Et ce qui vraiment nous intéresse, c'est ce qu'il a pu écrire le 9 décembre, en guise d'éditorial, en première page s'il vous plait du FT, sous le titre « And now for a world government »

Je vous fait la traduction simultanée : «  et maintenant un gouvernement mondial »


Que dit-il en substance dans cet article :

« Pour la première fois de ma vie je pense que la formation d’une sorte de gouvernement mondial devient plausible ».

« Un gouvernement mondial serait bien plus qu’une coopération entre nations. Ce serait une entité ayant les caractéristiques d’un État et soutenu par un code de loi. L’Union Européenne a déjà mis en place un gouvernement pour 27 pays et peut servir de modèle ».

A travers les concepts de « souveraineté partagée » ou de « souveraineté responsable » il justifie l’urgence de sa proposition par les situations de crises financières, climatiques et terroristes. « there is global warming, a global financial crisis and a “global war on terror” »

Allons bon, j'ai peur pour la suite.

Cet éminent spécialiste au service du capital fait une remarquable analyse de la situation européenne en lançant « The EU has suffered a series of humiliating defeats in referendums, when plans for “ever closer union” have been referred to the voters. » que l'on peut traduire maladroitement par : « L'UE a subi une série de défaites humiliantes lors des derniers référendums, quand des projets pour une "union sans cesse plus resserrée" ont été présentés aux électeurs. »

L'analyse n'est pas mauvaise, mais voyons la leçon qui suit:

In general, the Union has progressed fastest when far-reaching deals have been agreed by technocrats and politicians – and then pushed through without direct reference to the voters. International governance tends to be effective, only when it is anti-democratic.

En général, l'Union a progressé plus rapidement lorsque les traités ont été élaborés par des technocrates et des politiciens pour ensuite être mis en œuvre sans consultation directe des électeurs. La gouvernance internationale ne tend à être efficace, que si elle est anti-démocratique.


« Until somebody cracks this problem, that plan for world government may have to stay locked away in a safe at the UN » : « Tant que personne ne cassera ce problème, ce plan de gouvernement mondial restera sous clé aux Nations Unies ».

Malgré mes mauvaises traductions, vous comprenez bien le fond du problème.

Non.
Je vous fais un résumé en trois lignes.

Il y a crise

Il faut un gouvernement mondial pour régler le problème.

Les populations n'y comprennent rien.

Instaurons une dictature mondiale.

Bon ça fait quatre lignes. Mais ça fait flipper quand même.


Quand les dictateurs du capitalisme, afin de préserver leurs acquis, se permettent de lâcher leurs éditorialistes dans les journaux qui donnent la tendance pour dire d'aussi grandes saloperies il y a lieu de s'alarmer pour notre devenir.

Quand par ailleurs quelques salariés ou fonctionnaires demandent que leurs acquis soient conservés ON les traite de conservateurs.

Devant l'ampleur de la crise que nous subissons et qui ne va que s'amplifier pour plusieurs années, nos têtes pensantes du capital n'ont trouvé d'autre solution qu'une petite dictature mondiale.

Nous devrions nous occuper de notre avenir.

Aurore



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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 03:33


Fiasco annoncé sur le climat

Article paru dans l'édition du 10 décembre 2008 du journal L'Humanité

 

 

La conférence de l'ONU sur le changement climatique, qui se tient du 1er au 12 décembre dans la ville polonaise de Poznan, ne débouchera sur rien. Il y a peu, cet événement était encore présenté comme une étape déterminante dans la construction d'un accord qui devrait prendre le relais du protocole de Kyoto à partir de 2013. L'objectif étant d'obtenir un cadre qui fasse consensus à la fin de l'année 2009 lors de la conférence de Copenhague, Poznan ne pouvait pas être un échec. Malheureusement, l'horizon s'est brutalement assombri, tant du point de vue de la conjoncture économique que sur le plan des indicateurs environnementaux. Du coup, la communauté internationale se prépare au fiasco.


Première mauvaise nouvelle, la crise de la finance mondiale et de l'économie réelle est partie pour s'installer durablement. Or, les gouvernements et les institutions ont clairement annoncé leurs priorités. Ainsi, l'Allemagne n'a pas attendu d'entrer techniquement en récession pour préciser qu'aucune entrave à la compétitivité de ses entreprises ne serait tolérée, quand bien même il s'agirait de protéger l'environnement. Un front anti « paquet climat-énergie » se structure au sein de l'Union européenne autour des pays de l'Est, de l'Italie et de l'Allemagne. Le projet communautaire de lutte contre le changement climatique, déjà très critiquable par sa timidité et ses divers recours aux mécanismes de marché, risque donc de fondre comme un vulgaire glacier. Soyons lucides. Malgré l'enjeu de cette conférence de Poznan, les esprits sont ailleurs. Des sommes qu'aucun Etat n'a jamais pu réunir pour protéger l'environnement sont mobilisées pour sauver le système financier. Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) dispose d'un budget annuel d'à peine 60 millions de dollars. Le plan Paulson pèse ses 700 milliards de dollars. Cette disproportion se passe de commentaire.


Deuxième signe maléfique planant au dessus des négociateurs : les données sur les émissions de gaz à effet de serre. Le bilan 2006 vient de tomber. Il est très mauvais. En 1997, à Kyoto, les pays d'économie de marché et d'Europe de l'Est (pays dits « de l'annexe 1 ») ont pris l'engagement de réduire de 5,2% leurs émissions d'ici fin 2012, en adoptant pour référence l'année 1990. Un premier pas, peut-être, mais d'une modestie incroyable. D'une part, les Etats-unis ne ratifieront pas le protocole de Kyoto, et d'autre part, entre 1990 et 1997, les rejets des pays restants avaient déjà baissé d'au moins 4,8%! Cette baisse a continué entre 1997 et 2000 pour une raison simple : les industries vétustes des pays de l'Est s'étaient effondrées. Ce phénomène, qui n'a rien à voir avec un quelconque engagement des Etats, a permis d'afficher une diminution des rejets. Mais tout ceci est terminé. Entre 2000 et 2006, les émissions des pays de l'annexe 1 ont augmenté de 2,3%. De l'aveu même de l'ONU, la légère baisse constatée certaines années est intégralement imputable à la conjoncture, c'est à dire au prix des énergies ou à la clémence des hivers. Les pays d'économie de marché ou en transition non seulement ne respectent pas leur engagement, mais contribuent même directement à l'aggravation du problème.


En parallèle, les rejets des pays en développement explosent, puisqu'entre 1997 et 2007, les émissions mondiales ont augmenté de 35%. Ces chiffres effrayants sont bien évidemment liés au développement des économies émergentes. Mais la recherche du profit maximum qui pousse les grandes entreprises à délocaliser porte une très lourde part de responsabilité. L'impact de la production réalisée dans ces pays pour être exportée puis consommée par les occidentaux est estimée à 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Et tout indique que cette tendance va s'accentuer, le libre-échange étant toujours considéré comme la valeur suprême.


La communauté internationale est donc prise au piège de ses propres politiques. Trente années de dérégulation ont permis de transférer le pouvoir aux multinationales, et de placer les véritables lieux de décision à l'abri de la souveraineté populaire. L'environnement, tout comme la crise financière, révèle à quel point nous aurions besoin de régulation, et à quel point les moyens de la mettre en oeuvre ont soigneusement été déconstruits.


Que peut-il donc se passer à présent? La conférence de Poznan donne le même spectacle déplorable que les précédentes, où se négocient des économies de bouts de chandelles qui alimenteront au passage la finance carbone. Par exemple, il est question de récompenser par l'intermédiaire de crédits-carbone valorisables en Bourse les mesures de lutte contre la déforestation! Mais nous pouvons également anticiper la suite. La récession de l'économie provoquera une baisse des émissions de gaz à effet de serre. Sous la présidence de Barack Obama, les Etats-unis prendront des engagements en matière de climat... qu'ils seront libres de ne pas respecter, à l'image des pays soumis aux objectifs de Kyoto. Ce que l'on ne manquera pas de nous présenter comme de grandes avancées sera encore une fois une illusion qui pourra s'effacer à la première occasion. Nous sommes bien loin de la rupture avec le capitalisme néo-libéral et le libre-échange dont nous aurions plus que jamais besoin.



Aurélien BERNIER


Auteur du livre « Le climat, otage de la finance », 2008, éd. Mille-et-une-nuits.

Secrétaire national du Mouvement politique d'éducation populaire (M'PEP – www.m-pep.org).

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 03:48





























Le marché pour qui ?


Le samedi je vais faire mon marché sur la place du village, j’y trouve tout ce que je souhaite en terme de produits frais.

Cela m’est agréable, je rencontre du monde, je vois mes copines, je choisis mes produits et je sais que mes enfants apprécient les produits frais plutôt que surgelés.

Et puis ça m’évite de laisser de l’argent au supermarché. Ce n’est pas plus cher et je n’achète que ce dont j’ai besoin, sans superflue.
Mais pourquoi je vous dit tout cela ?


J'ai participé dernièrement à une discussion où je ne comprenais rien. C'était un samedi matin au marché. Il était question d'économie de marché et de société de marché.

Va-t-en différencier l'un de l'autre quand tu es néophyte.

 

Pour aider tout un chacun et moi même en premier lieu, en sortant de cette discussion, je me suis précipitée sur un dictionnaire. Et voilà le fruit de mes recherches.


La notion d'économie de marché tend à remplacer la notion de capitalisme et n'a pas de définition clairement définie, ni acceptée de manière universelle. Elle est plutôt définie par opposition à des économies dites anciennes ou primitives, même si contemporaines, et surtout en opposition aux économies à planification centralisée donc régies par l'État.


La notion de société de marché serait profondément juste car contrairement à l'État elle permettrait à tout individu d'entrer en concurrence. Ses propres initiatives, sa propre créativité lui donnerait la possibilité de se prendre en charge en entrant en concurrence avec les autres acteurs économiques


Là déjà je flippe et je ne suis pas sûre de tout comprendre.

Mais je tente d'en tirer la substantifique moelle et je rapproche malgré tout les deux notions.

L'économie de marché se situe en opposition à l'État et la société de marché refuse l'État.

Bien que simplifié un maximum le fond du problème est bien là, et je ne vois que très superficiellement la différence.


Quand d'aucun s'époumonait en 1999 pour annoncer : « Oui à l'économie de marché, non à la société de marché » personne n'y compris rien. Et la gauche dans son ensemble bifurqua dans cette aphorisme.

Aujourd'hui encore nous en payons la trahison, car la différence, si elle existe, est à la marge et ne se règle que par l'étendue du principe : réduit à sa qualité de «ressource humaine» l'individu n'a plus de «valeur» s'il cesse d'être «rentable».

Il convient de s'arrêter ici sur le principe de responsabilité individuelle. Être au chômage c'est ne pas être suffisamment compétitif. Le passage de la notion de droit au travail à celle d' « employabilité » montre l'étendue du glissement idéologique

En clair l'individu n'est plus qu'une marchandise qui doit en permanence se former et évoluer s'il veut rester dans le coup pour rester compétitif.

En cela la gauche à largement rejoint la droite et elle fait tout pour maintenir un semblant de distinguo en faisant s'affronter ces deux notions.

En je vous donne en mille le choix.

La droite a adopté la société de marché, quand la gauche se réclame de l'économie de marché.

Mais accepter l'économie de marché c'est de facto faire allégeance à la société de marché.


Cette conversation m'a épuisée et j'ai fait jurer à mes copines que nous parlerions la prochaine fois du choix des cadeaux de nos enfants pour noël.


Nous devrions nous occuper de notre avenir.

Aurore

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 03:13














Ouverte ou positive ?


Non, non il n’est ici question que de laïcité. Mais surtout de laïcité.


A l’heure où il est de bon ton d’accoler au mot laïcité toute une série de compléments qui de fait ne rajoutent rien et au mieux atténue la seule valeur en exercice dans notre bonne République, à savoir la laïcité.


Mais faut-il rappeler quelques principes de laïcité avant de se lancer dans « l’ouvertitude » ou « la positivitude » ?


La laïcité est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la séparation du civil et du religieux. Il n’y a rien de plus privé et de plus intime que la religion et chacun à le droit de l’exercer suivant sa conviction personnelle.

Vouloir imposer la chose religieuse relève donc de l’acte militant, du prosélytisme.

On se rapproche du fonctionnement politique, ou peut être sont-ce les politiques qui s’inspirent du religieux.

Mais pourquoi me suis-je lancé dans cette tentative de définition ?


A oui !

Ouverte ou positive ?


Nous voyons fleurir depuis quelques années ces termes se collant systématiquement à l’idée de laïcité : laïcité ouverte, laïcité positive.


En utilisant ces deux termes indifféremment, sans donner plus de contenu que cela, il y a la seule volonté de discréditer la laïcité en affirmant que si elle n’est pas ouverte elle est fermée ou si elle n’est pas positive elle est négative. Cela est plus simple en le disant, n’est-ce pas ?


La laïcité est une situation justement ouverte et largement positive pour que ces termes là rajoutés ne tentent que de faire imaginer à l’esprit étroit de laïcité.


Cela sous tend le retour du religieux ; et le retour du religieux n’est pas à proprement parlé une garanti de liberté.

Voulez vous regarder autour de vous dans le monde le retour des religions et les abandons de liberté que cela entraîne ?

Que certains y trouvent réconfort est une chose entendue et appartient à l’intime, mais vouloir l’imposer à la totalité d’une population frise la dictature.


Il ne peut être proclamé « la supériorité de la religion sur les autres types de convictions » sans détruire la laïcité, sans bafouer l’égalité de traitement des citoyens.

Il ne peut être prétendu que « l’instituteur ne peut éclairer la distinction du bien et du mal comme le fait le pasteur ou le curé », sans disqualifier l’autonomie de jugement dont l’école laïque assure la promotion.

Enfin et pour ne pas trop s’étendre sur ce sujet sensible, il est incompréhensible de brouiller la distinction entre culturel et cultuel afin de rétablir le financement public des religions, sans vouloir détruire la laïcité.


Mon billet de ce jour est moins enjoué que d’habitude, il est malheureusement beaucoup plus grave.

Mais il est question de « gravitude » dans cette affaire, et il est temps que chacun défende cette liberté.

Nous devrions nous occuper de notre avenir.

Aurore

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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 03:51


Dans la forêt des paradoxes

J.M.G. Le Clézio

© LA FONDATION NOBEL 2008



Conférence Nobel


Le 7 décembre 2008

Pourquoi écrit-on ? J’imagine que chacun a sa réponse à cette simple question. Il y a les prédispositions, le milieu, les circonstances. Les incapacités aussi. Si l’on écrit, cela veut dire que l’on n’agit pas. Que l’on se sent en difficulté devant la réalité, que l’on choisit un autre moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion. Si j’examine les circonstances qui m’ont amené à écrire – je ne le fais pas par complaisance, mais par souci d’exactitude – je vois bien qu’au point de départ de tout cela, pour moi, il y a la guerre. La guerre, non pas comme un grand moment bouleversant où l’on vit des heures historiques, par exemple la campagne de France relatée des deux côtés du champ de bataille de Valmy, par Goethe du côté allemand et par mon ancêtre François du côté de l’armée révolutionnaire. Ce doit être exaltant, pathétique. Non, la guerre pour moi, c’est celle que vivaient les civils, et surtout les enfants très jeunes. Pas un instant elle ne m’a paru un moment historique. Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid, c’est tout. Je me souviens d’avoir vu passer sous ma fenêtre les troupes du maréchal Rommel remontant les Alpes à la recherche d’un passage vers le nord de l’Italie et l’Autriche. Cela ne m’a pas laissé un souvenir très marquant. En revanche, dans les années qui ont suivi la guerre, je me souviens d’avoir manqué de tout, et particulièrement de quoi écrire et de quoi lire. Faute de papier et de plume à encre, j’ai dessiné et j’ai écrit mes premiers mots sur l’envers des carnets de rationnement, en me servant d’un crayon de charpentier bleu et rouge. Il m’en est resté un certain goût pour les supports rêches et pour les crayons ordinaires. Faute de livres pour enfants, j’ai lu les dictionnaires de ma grand-mère. C’étaient de merveilleux portiques pour partir à la reconnaissance du monde, pour vagabonder et rêver devant les planches d’illustrations, les cartes, les listes de mots inconnus. Le premier livre que j’ai écrit, à l’âge de six ou sept ans, du reste s’intitulait Le Globe à mariner. Suivi tout de suite par la biographie d’un roi imaginaire appelé Daniel III – peut-être était-il de Suède ? Et par un récit raconté par une mouette. C’était une période de réclusion. Les enfants n’avaient guère la liberté d’aller jouer dehors, car les terrains et les jardins autour de chez ma grand-mère avaient été minés. Au hasard des promenades, je me souviens d’avoir longé un enclos de barbelés au bord de la mer, sur lequel un écriteau en français et en allemand menaçait les intrus d’une interdiction accompagnée d’une tête de mort. Je peux comprendre que c’était un contexte où l’on avait le désir de s’enfuir – donc de rêver et d’écrire ces rêves. En outre, ma grand-mère maternelle était une extraordinaire conteuse, qui réservait aux longues heures d’après-midi le temps des histoires. Ses contes étaient toujours très imaginatifs, et mettaient en scène une forêt – peut-être africaine, ou peut-être la forêt mauricienne de Macchabée – dont le personnage principal était un singe doué de malice, qui se sortait toujours des situations les plus périlleuses. Par la suite, j’ai fait un voyage et un séjour en Afrique, où j’ai découvert la forêt véritable, à peu près dépourvue d’animaux. Mais un D.O. du village d’Obudu, à la frontière des Camerouns, m’a fait écouter le crépitement des gorilles sur une colline voisine, en train de frapper leurs poitrines. De ce voyage, de ce séjour (au Nigéria où mon père était médecin de brousse) j’ai rapporté non pas la matière de romans futurs, mais une sorte de seconde personnalité, à la fois rêveuse et fascinée par le réel, qui m’a accompagné toute ma vie – et qui a été la dimension contradictoire, l’étrangeté moi-même que j’ai ressentie parfois jusqu à la souffrance. La lenteur de la vie est telle qu’il m’aura fallu la durée de la majeure partie de cette existence pour comprendre ce que cela signifie. Les livres sont entrés dans ma vie un peu plus tard. C’était sous la forme de plusieurs bibliothèques que mon père avait réussi à réunir et qui provenaient de la dispersion de son héritage lorsqu’il avait été expulsé de sa maison natale à Moka (Ile Maurice). C’est alors que j’ai compris cette vérité qui n’apparaît pas immédiatement aux enfants, à savoir que les livres sont un trésor plus précieux que les biens immeubles ou que les comptes en banque. C’est dans ces volumes, la plupart anciens et reliés, que j’ai découvert les grands textes de la littérature universelle, le Don Quijote illustré par Tony Johannot, La vida de Lazarillo de Tormes ; The Ingoldsby Legends, Gulliver’s Travels ; les grands romans inspirés de Victor Hugo, Quatre-vingt Treize, Les Travailleurs de la Mer, ou L’Homme qui rit. Les Contes drôlatiques de Balzac, aussi. Mais les livres qui m’ont le plus marqué, ce sont les collections de récits de voyage, pour la plupart consacrés à l’Inde, à l’Afrique et aux îles Masacareignes, ainsi que les grands textes d’exploration, de Dumont d’Urville ou de l’Abbé Rochon, de Bougainville, de Cook, et bien sûr le Livre desMerveilles de Marco Polo. Dans la vie médiocre d’une petite bourgade de province endormie au soleil, après les années de liberté en Afrique, ces livres m’ont donné le goût de l’aventure, ils m’ont permis de pressentir la grandeur du monde réel, de l’explorer par l’instinct et par les sens plutôt que par les connaissances. D’une certaine façon ils m’ont permis de ressentir très tôt la nature contradictoire de la vie d’ enfant, qui garde un refuge où il peut oublier la violence et la compétition, et prendre son plaisir à regarder la vie extérieure par le carré de sa fenêtre. Dans les instants qui ont précédé l’annonce, pour moi très étonnante, de la distinction que m’octroyait l’Académie de Suède, j’étais en train de relire un petit livre de Stig Dagerman que j’aime particulièrement : la collection de textes politiques intitulée Essäer och texter (La Dictature du Chagrin). Ce n’était par hasard que je me replongeais dans la lecture de ce livre caustique et amer. Je devais me rendre en Suède pour y recevoir le prix que l’association des amis de Dagerman m’avait donné l’été passé, afin de rendre visite aux lieux de l’enfance de cet écrivain. J’ai toujours été sensible à l’écriture de Dagerman, à ce mélange de tendresse juvénile, de naïveté et de sarcasme. À son idéalisme. À la clairvoyance avec laquelle il juge son époque troublée de l’après-guerre, pour lui le temps de la maturité, pour moi celui de mon enfance. Une phrase en particulier m’a arrêté, et m’a semblée s’adresser à moi dans cet instant précis – alors que je venais de publier un roman intitulé Ritournelle de la Faim. Cette phrase, ou plutôt ce passage, le voici : « Comment est-il possible par exemple de se comporter, d’un côté comme si rien au monde n’avait plus d’importance que la littérature, alors que de l’autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c’est ce qu’ils gagnent à la fin du mois ? Car il (l’écrivain) bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s’apercevoir de son existence. » (L’écrivain et la conscience) Cette « forêt de paradoxes », comme l’a nommé Stig Dagerman, c’est justement le domaine de l’écriture, le lieu dont l’artiste ne doit pas chercher à s’échapper, mais bien au contraire dans lequel il doit « camper » pour en reconnaître chaque détail, pour explorer chaque sentier, pour donner son nom à chaque arbre. Ce n’est pas toujours un séjour agréable. Lui qui se croyait à l’abri, elle qui se confiait à sa page comme à une amie intime et indulgente, les voici confrontés au réel, non pas seulement comme observateurs, mais comme des acteurs. Il leur faut choisir leur camp, prendre des distances. Cicéron, Rabelais, Condorcet, Rousseau, Madame de Staël, ou bien plus récemment Soljenitsyne ou Hwang Seok-yong, Abdelatif Laâbi ou Milan Kundera ont eu à prendre la route de l’exil. Pour moi qui ai toujours connu – sauf durant la brève période de la guerre – la possibilité de mouvement, l’interdiction de vivre dans le lieu qu’on a choisi est aussi inacceptable que la privation de liberté. Mais cette liberté de bouger comme un privilège a pour conséquence le paradoxe. Voyez l’arbre aux épines hérissées au sein de la forêt qu’habite l’écrivain : cet homme, cette femme occupés à écrire, à inventer leurs songes, ne sont-ils pas les membres d’une très heureuse et réduite happy few ? Imaginons une situation extrême, terrifiante – celle-là même que vit le plus grand nombre sur notre planète. Celle qu’ont vécue jadis, au temps d’Aristote ou au temps de Tolstoï, les inqualifiables – les serfs, serviteurs, vilains de l’Europe au Moyen-Âge, ou peuples razziés au temps des Lumières sur la côte d’Afrique, vendus à Gorée, à El Mina, à Zanzibar. Et aujourd’hui même, à l’heure que je vous parle, tous ceux qui n’ont pas droit à la parole, qui sont de l’autre côté du langage. C’est la pensée pessimiste de Dagerman qui m’envahit plutôt que le constat militant de Gramsci ou le pari désabusé de Sartre. Que la littérature soit le luxe d’une classe dominante, qu’elle se nourrisse d’idées et d’images étrangères au plus grand nombre, cela est à l’origine du malaise que chacun de nous éprouve – je m’adresse à ceux qui lisent et écrivent. L’on pourrait être tenté de porter cette parole à ceux qui en sont exclus, les inviter généreusement au banquet de la culture. Pourquoi est-ce si difficile ? Les peuples sans écriture, comme les anthropologues se sont plu à les nommer, sont parvenus à inventer une commun- ication totale, au moyen des chants et des mythes. Pourquoi est-ce devenu aujourd’hui impossible dans notre société industrialisée ? Faut-il réinventer la culture ? Faut-il revenir à une communication immédiate, directe ? On serait tenté de croire que le cinéma joue ce rôle aujourd’hui, ou bien la chanson populaire, rythmée, rimée, dansée. Le jazz peut-être, ou sous d’autres cieux, le calypso, le maloya, le sega. Le paradoxe ne date pas d’hier. François Rabelais, le plus grand écrivain de langue française, partit jadis en guerre contre le pédantisme des gens de la Sorbonne en jetant à leur face les mots saisis dans la langue populaire. Parlait-il pour ceux qui ont faim ? Débordements, ivresses, ripailles. Il mettait en mots l’extraordinaire appétit de ceux qui se nourrissaient de la maigreur des paysans et des ouvriers, pour le temps d’une mascarade, d’un monde à l’envers. Le paradoxe de la révolution, comme l’épique chevauchée du chevalier à la triste figure, vit dans la conscience de l’écrivain. S’il y a une vertu indispensable à sa plume, c’est qu’elle ne doive jamais servir à la louange des puissants, fût-ce du plus léger chatouillis. Et pourtant, même dans la pratique de cette vertu, l’artiste ne doit pas se sentir lavé de tout soupçon. Sa révolte, son refus, ses imprécations restent d’un certain côté de la barrière, du côté de la langue des puissants. Quelques mots, quelques phrases s’échappent. Mais le reste ? Un long palimpseste, un atermoiement élégant et distant. L’humour, parfois, qui n’est pas la politesse du désespoir mais la désespérance des imparfaits, la plage où le courant tumultueux de l’injustice les abandonne. Alors, pourquoi écrire ? L’écrivain, depuis quelque temps déjà, n’a plus l’outrecuidance de croire qu’il va changer le monde, qu’il va accoucher par ses nouvelles et ses romans un modèle de vie meilleur. Plus simplement, il se veut témoin. Voyez cet autre arbre dans la forêt des paradoxes. L’écrivain se veut témoin, alors qu’il n’est, la plupart du temps, qu’un simple voyeur. Témoin, il arrive que l’artiste le soit : Dante dans La Divina Commedia, Shakespeare dans The Tempest – et Césaire dans la magnifique reprise de cette pièce, appelée Une Tempête, dans laquelle Caliban, à cheval sur un baril de poudre, menace d’emmener avec lui dans la mort ses maîtres détestés. Témoin, il l’est parfois de façon irrécusable, comme Euclides da Cunha dans Os Sertões, ou comme Primo Levi. L’absurde du monde est dans Der Prozess (ou dans les films de Chaplin), son imperfection dans La Naissance du jour de Colette, sa fantasmagorie dans la chanson irlandaise que Joyce a mise en scène dans Finnegans Wake. Sa beauté brille d’un éclat irrésistible dans The Snow Leopard de Peter Matthiessen ou dans A Sand County Almanach d’Aldo Leopold. Sa méchanceté dans Sanctuary de William Faulkner, ou dans Première neige de Lao She. Sa fragilité d’enfance dans Ormen (Le Serpent) de Dagerman. L’écrivain n’est jamais un meilleur témoin que lorsqu’il est un témoin malgré lui, à son corps défendant. Le paradoxe, c’est que ce dont il témoigne n’est pas ce qu’il a vu, ni même ce qu’il a inventé. L’amertume, parfois le désespoir, viennent de ce qu’il n’est pas présent au réquisitoire. Tolstoï nous fait voir le malheur que l’armée napoléonienne inflige à la Russie, et pourtant rien n’est changé dans le cours de l’histoire. Mme de Duras écrit Ourika, Harriet Beecher Stowe Uncle Tom’s Cabin, mais ce sont les peuples esclaves qui changent leur propre destin, qui se révoltent et fondent contre l’injustice les résistances marronnes, au Brésil, en Guyane, aux Antilles, et la première république noire en Haïti. Agir, c’est ce que l’écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner. Ecrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, changent les esprits et les cœurs, ouvrent un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffle que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères. De quel droit se vouloir meilleur ? Est-ce vraiment à l’écrivain de chercher des issues ? N’est-il pas dans la position du garde champêtre dans la pièce du Knock ou Le Triomphe de la médecine, qui voudrait empêcher un tremblement de terre ? Comment l’écrivain pourrait-il agir, alors qu’il ne sait que se souvenir ? La solitude sera son lot. Elle l’a toujours été. Enfant, il était cet être fragile, inquiet, réceptif excessivement, cette fille que décrit Colette, qui ne peut que regarder ses parents se déchirer, ses grands yeux noirs agrandis par une sorte d’atttention douloureuse. La solitude est aimante aux écrivains, c’est dans sa compagnie qu’ils trouvent l’essence du bonheur. C’est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe derisoire, un mal sourd et omniprésent, à la manière d’une petite musique obsédante. L’écrivain est l’être qui cultive le mieux cette plante vénéneuse et nécessaire , qui ne croît que sur le sol de sa propre incapacité. Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l’abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l’écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C’est cela, sa forêt. L’écrivain en connaît trop bien chaque sente. Si parfois quelque chose s’en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l’aube, c’est sous son regard éberlué – c’était au hasard, c’était malgré lui, malgré elle. Mais je ne voudrais pas me complaire dans une attitude négative. La littérature – c’est là que je voulais en venir – n’est pas une survivance archaïque à laquelle devrait se substituer logiquement les arts de l’audiovisuel, et particulièrement le cinéma. Elle est une voie complexe, difficile, mais que je crois encore plus nécessaire aujourd’hui qu’au temps de Byron ou de Victor Hugo. Il y a deux raisons à cette nécessité :
D’abord, parce que la littérature est faite de langage. C’est le sens premier du mot : lettres, c’est-à-dire ce qui est écrit. En France, le mot roman désigne ces écrits en prose qui utilisaient pour la première fois depuis le Moyen Age la langue nouvelle que chacun parlait, la langue romane. La nouvelle vient aussi de cette idée de la nouveauté. A peu près à la même époque, en France l’on a cessé d’utiliser le mot rimeur (de rime) pour parler de poésie et de poètes – du verbe grec poiein, créer. L’écrivain, le poète, le romancier, sont des créateurs . Cela ne veut pas dire qu’ils inventent le langage, cela veut dire qu’ils l’utilisent pour créer de la beauté, de la pensée, de l’image. C’est pourquoi l’on ne saurait se passer d’eux. Le langage est l’invention la plus extraordinaire de l’humanité, celle qui précède tout, partage tout. Sans le langage, pas de sciences, pas de technique, pas de lois, pas d’art, pas d’amour. Mais cette invention, sans l’apport des locuteurs, devient virtuelle. Elle peut s’anémier, se réduire, disparaître. Les écrivains, dans une certaine mesure, en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n’utilisent pas les mots, mais au contraire ils sont au service du langage. Ils le célèbrent, l’aiguisent, le transforment, parce que le langage est vivant par eux, à travers eux et accompagne les transformations sociales ou économiques de leur epoque. Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes se sont fait jour, l’on a évoqué les différences fondamentales entre les cultures. Dans une sorte de hiérarchie absurde, l’on a fait correspondre la réussite économique des puissances coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néo-colonialisme ou l’impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n’auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Mais s’est-on avisé que tous les peuples du monde, où qu’ils soient, et quel que soit leur degré de développement, utilisent le langage ? Et chacun de ces langages est ce même ensemble logique, complexe, architecturé, analytique, qui permet d’exprimer le monde – capable de dire la science ou d’inventer les mythes. Ayant défendu l’existence de cet être ambigu et un peu archaïque qu’est l’écrivain, je voudrais dire la deuxième raison de l’existence de la littérature, car celle-ci touche davantage au beau métier de l’édition. L’on parle beaucoup de mondialisation aujourd’hui. On oublie que le phénomène a commencé en Europe à la Renaissance, avec le début de l’ère coloniale. La mondialisation n’est pas une mauvaise chose en soi. La communication rend le progrès plus rapide, en médecine, ou en sciences. Peut-être que la généralisation de l’information rendra les conflits plus difficiles. S’il y avait eu internet, il est possible que Hitler n’eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l’eût peut-être empêché de naître. Nous vivons, paraît-il, à l’ère de l’internet et de la communication virtuelle. Cela est bien, mais que valent ces stupéfiantes inventions sans l’enseignement de la langue écrite et sans les livres ? Fournir en écrans à cristaux liquides la plus grande partie de l’humanité relève de l’utopie. Alors ne sommes-nous pas en train de créer une nouvelle élite, de tracer une nouvelle ligne qui divise le monde entre ceux qui ont accès à la communication et au savoir et ceux qui restent les exclus du partage ? De grands peuples, de grandes civilisations ont disparu faute de l’avoir compris. Certes de grandes cultures, que l’on dit minoritaires, ont su résister jusqu’à aujourd’hui, grâce à la transmission orale des savoirs et des mythes. Il est indispensable, il est bénéfique de reconnaître l’apport de ces cultures. Mais que nous le voulions ou non, même si nous ne sommes pas encore à l‘âge du réel, nous ne vivons plus à l’âge du mythe. Il n‘est pas possible de fonder le respect d’autrui et l’égalité sans donner à chaque enfant le bienfait de l’ecriture. Aujourd’hui, au lendemain de la décolonisation, la littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d’exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d’être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux. La culture à l’échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c’est-à-dire celle des éditeurs. Il est vrai qu’il est injuste qu’un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants – en Français, ou en Anglais. Il est vrai qu’il est illusoire de croire que la langue créole de Maurice ou des Antilles pourra atteindre la même facilité d’écoute que les cinq ou six langues qui règnent aujourd’hui en maîtresses absolues sur les médias. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d’optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l’humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun, d’accéder à la culture. Pour cela, le livre est, dans tout son archaïsme, l’outil idéal. Il est pratique, maniable, économique. Il ne demande aucune prouesse technologique particulière, et peut se conserver sous tous les climats. Son seul défaut – et là je m’adresse particulièrement aux éditeurs – est d’être encore difficile d’accès pour beaucoup de pays. A Maurice le prix d’un roman ou d’un recueil de poèmes correspond à une part importante du budget d’une famille. En Afrique, en Asie du Sud-Est, au Mexique, en Océanie, le livre reste un luxe inaccessible. Ce mal n’est pas sans remède. La coédition avec les pays en voie de développement, la création de fonds pour les bibliothèques de prêt ou les bibliobus, et d’une façon générale une attention accrue apportée à l’égard des demandes et des écritures dans les langues dites minoritaires – très majoritaires en nombre parfois – permettrait à la littérature de continuer d’être ce merveilleux moyen de se connaître soi-même, de découvrir l’autre, d’entendre dans toute la richesse de ses thèmes et de ses modulations le concert de l’humanité. Il me plaît assez de parler encore de la forêt. C’est sans doute pour cela que la petite phrase de Stig Dagerman résonne dans ma mémoire, pour cela que je veux la lire et la relire, m’en pénétrer. Il y a quelque chose de désespéré en elle, et au même instant de jubilatoire, parce que c’est dans l’amertume que se trouve la part de vérité que chacun cherche. Enfant, je rêvais de cette forêt. Elle m’épouvantait et m’attirait à la fois – je suppose que le petit Poucet, ou Hansel devaient ressentir la même émotion, quand elle se refermait sur eux avec tous ses dangers et toutes ses merveilles. La forêt est un monde sans repères. La touffeur des arbres, l’obscurité qui y règnent peuvent vous perdre. L’on pourrait dire la même chose du désert, ou de la haute mer, lorsque chaque dune, chaque colline s’écarte pour montrer une autre colline, une autre vague parfaitement identiques. Je me souviens de la première fois que j’ai ressenti ce que peut être la littérature – Dans The Call of the Wild, de Jack London, précisément, l’un des personnages, perdu dans la neige, sent le froid l’envahir peu à peu alors que le cercle des loups se referme autour de lui. Il regarde sa main déjà engourdie, et s’efforce de bouger chaque doigt l’un après l’autre. Cette découverte pour l’enfant que j’étais avait quelque chose de magique. Cela s’appelait la conscience de soi. Je dois à la forêt une de mes plus grandes émotions littéraires de mon âge adulte. Cela se passe il y a une trentaine d’années, dans une région d’Amérique centrale appelée El Tapón de Darien, le Bouchon, parce que c’est là que s’interrompait alors (et je crois savoir que depuis la situation n’a pas changé) la route Panaméricaine qui devait relier les deux Amériques, de l’Alaska à la pointe de la Terre de Feu. L’isthme de Panama, dans cette partie, est couvert d’une forêt de pluie extrêmement dense, dans laquelle il n’est possible de voyager qu’en remontant le cours des fleuves en pirogue. Cette forêt est habitée par une population amérindienne, divisée en deux groupes, les Emberas et les Waunanas, tous deux appartenant à la famille linguistique Ge-Pano-Karib. Etant venu là par hasard, je me suis trouvé fasciné par ce peuple au point d’y faire plusieurs séjours assez longs, pendant environ trois ans. Pendant tout ce temps, je n’ai rien fait d’autre que d’aller à l’aventure, de maison en maison – car ce peuple refusait alors de se grouper en villages – et d’apprendre à vivre selon un rythme entièrement différent de ce que j’avais connu jusque là. Comme toutes les vraies forêts, cette forêt était particulièrement hostile. Il fallait faire l’inventaire de tous les dangers, et aussi de tous les moyens de survie qu’elle comportait. Je dois dire que dans l’ensemble, les Emberas ont été très patients avec moi. Ma maladresse les faisait rire, et je crois que dans une certaine mesure, je leur ai rendu en distraction un peu de ce qu’ils m’ont appris en sagesse. Je n’écrivais pas beaucoup. La forêt n’est pas un milieu idéal pour cela. L’humidité détrempe le papier, la chaleur dessèche les crayons à bille. Rien de ce qui marche à l’électricité ne dure très longtemps. J’arrivais là avec la conviction que l’écriture était un privilège, et qu’il me resterait toujours pour résister à tous les problèmes de l’existence. Une protection, en quelque sorte, une espèce de vitre virtuelle que je pouvais remonter à ma guise pour m’abriter des intempéries. Ayant assimilé le système de communisme primordial que pratiquent les Amérindiens, ainsi que leur profond dégoût pour l’autorité, et leur tendance à une anarchie naturelle, je pouvais imaginer que l’art, en tant qu’expression individuelle, ne pouvait avoir cours dans la forêt. D’ailleurs, rien chez ces gens qui pût ressembler à ce que l’on appelle l’art dans notre société de consommation. Au lieu de tableaux, les hommes et les femmes peignent leur corps, et répugnent de façon générale à construire rien de durable. Puis j’ai eu accès aux mythes. Lorsqu’on parle de mythes, dans notre monde de livres écrits, l’on semble parler de quelque chose de très lointain, soit dans le temps, soit dans l’espace. Je croyais moi aussi à cette distance. Et voilà que les mythes venaient à moi, régulièrement, presque chaque nuit. Près d’un feu de bois construit sur le foyer à trois pierres dans les maisons, dans le ballet des moustiques et des papillons de nuit, la voix des conteurs et des conteuses mettait en mouvement ces histoires, ces légendes, ces récits, comme s’ils parlaient de la réalité quotidienne. Le conteur chantait d’une voix aigüe, en frappant sa poitrine, son visage mimait les expressions, les passions, les inquiétudes des personnages. Cela aurait pu être du roman, et non du mythe. Mais une nuit est arrivée une jeune femme. Son nom était Elvira. Dans toute la forêt des Emberas, Elvira était connue pour son art de conter. C’était une aventurière, qui vivait sans homme, sans enfants – on racontait qu’elle était un peu ivrognesse, un peu prostituée, mais je n’en crois rien – et qui allait de maison en maison pour chanter, moyennant un repas, une bouteille d’alcool, parfois un peu d’argent. Bien que je n’aie eu accès à ses contes que par le biais de la traduction – la langue embera comprend une version littéraire beaucoup plus complexe que la langue de chaque jour – j’ai tout de suite compris qu’elle était une grande artiste, dans le meilleur sens qu’on puisse donner à ce mot. Le timbre de sa voix, le rythme de ses mains frappant ses lourds colliers de pièces d’argent sur sa poitrine, et par-dessus tout cet air de possession qui illuminait son visage et son regard, cette sorte d’emportement mesuré et cadencé, avaient un pouvoir sur tous ceux qui étaient présents. A la trame simple des mythes – l’invention du tabac, le couple des jumeaux originels, histoires de dieux et d’humains venues du fond des temps, elle ajoutait sa propre histoire, celle de sa vie errante, ses amours, les trahisons et les souffrances, le bonheur intense de l’amour charnel, l’acide de la jalousie, la peur de vieillir et de mourir. Elle etait la poésie en action, le théâtre antique, en meme temps que le roman le plus contemporain. Elle était tout cela avec feu, avec violence, elle inventait, dans la noirceur de la forêt, parmi le bruit environnant des insectes et des crapauds, le tourbillon des chauves-souris, cette sensation qui n’a pas d’autre nom que la beauté. Comme si elle portait dans son chant la puissance véridique de la nature, et c’était là sans doute le plus grand paradoxe, que ce lieu isolé, cette forêt, la plus éloignée de la sophistication de la littérature, était l’endroit où l’art s’exprimait avec le plus de force et d’authenticité. Ensuite j’ai quitté ce pays, je n’ai plus jamais revu Elvira, ni aucun des conteurs de la forêt du Darien. Mais il m’est resté beaucoup plus que de la nostalgie, la certitude que la littérature pouvait exister, malgré toute l’usure des conventions et des compromis, malgré l’incapacité dans laquelle les écrivains étaient de changer le monde. Quelque chose de grand et de fort, qui les surpasse, parfois les anime et les transfigure, et leur rend l’harmonie avec la nature. Quelque chose de neuf et de très ancien à la fois, impalpable comme le vent, immatériel comme les nuages, infini comme la mer. Ce quelque chose qui vibre dans la poésie de Jallal Eddine Roumi, par exemple, ou dans l’architecture visionnaire d’Emanuel Swedenborg. Le frisson que l’on éprouve à lire les plus beaux textes de l’humanité, tel le discours que le chef Stealth des Indiens Lumni adressait à la fin du dix-neuvième siècle au Président des Etats-Unis, afin de lui faire don de la terre : « Peut-être sommes nous frères… » Quelque chose de simple, de vrai, qui n’existe que dans le langage. Une allure, une ruse parfois, une danse grinçante, ou bien de grandes plages de silence. La langue de la moquerie, les interjections, les malédictions, et tout de suite après, la langue du paradis. C’est à elle, Elvira, que j’adresse cet éloge – à elle que je dédie ce Prix que l’Académie de Suède me remet. À elle, et à tous ces écrivains avec qui – ou parfois contre qui j’ai vécu. Aux Africains, Wole Soyinka, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Mongo Beti, à Cry the Beloved Country d’Alan Paton, à Chaka de Tomas Mofolo.. Au très grand Mauricien Malcolm de Chazal, auteur, entre autres de Judas. Au romancier mauricien hindi Abhimanyu Unnuth, pour Lal passina (Sueur de sang), la romancière urdu Hyder Qurratulain pour l’épopée de Ag ka Darya (River of fire). Au Réunionnais Danyèl Waro, le chanteur de maloyas, l’insoumis, à la poétesse kanak Dewé Gorodé qui a défié le pouvoir colonial jusqu’en prison, à Abdourahman Waberi le révolté. À Juan Rulfo, à Pedro Paramo et aux nouvelles du El llano en llamas, aux photos simples et tragiques qu’il a faites dans la campagne mexicaine. À John Reed pour Insurgent Mexico, à Jean Meyer pour avoir porté la parole d’Aurelio Acevedo et des insurgés Cristeros du Mexique central. À Luis González, auteur de Pueblo en vilo. À John Nichols, qui a écrit sur l’âpre pays dans TheMilagro Beanfield War, à Henry Roth, mon voisin de la rue New York à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour Call it Sleep. À J.P. Sartre, pour les larmes contenues dans sa pièce Morts sans sépulture. À Wilfrid Owen, au poète mort sur les bords de la Marne en 1914. À J.D. Salinger, parce qu’il a réussi à nous faire entrer dans la peau d’un jeune garçon de quatorze ans nommé Holden Caufield. Aux écrivains des premières nations de l’Amérique, le Sioux Sherman Alexie, le Navajo Scott Momaday, pour The Names. A Rita Mestokosho, poétesse innue de Mingan (Province de Québec) qui fait parler les arbres et les animaux. À José Maria Arguedas, à Octavio Paz, à Miguel Angel Asturias. Aux poètes des oasis de Oualata, de Chinguetti. Aux grands imaginatifs que furent Alphonse Allais et Raymond Queneau. À Georges Perec pour Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cou? Aux Antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, au Haitien René Depestre, à Schwartz-Bart pour Le Dernier des justes. Au poète mexicain Homero Aridjis qui nous glisse dans la vie d’une tortue lyre, et qui parle des fleuves orangés des papillons monarques coulant dans les rues de son village, à Contepec. À Vénus Koury Ghata qui parle du Liban comme d’un amant tragique et invincible. À Khalil Jibran. À Rimbaud. À Emile Nelligan. À Réjean Ducharme, pour la vie. À l’enfant inconnu que j’ai rencontré un jour, au bord du fleuve Tuira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d’une boutique, éclairé par la flamme d’une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l’entoure, sans se soucier de l’inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n’est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s’essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l’après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l’histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d’avoir répondu. L’éradication de la faim, et l’alphabétisation. Dans tout son pessimisme, la phrase de Stig Dagerman sur le paradoxe fondamental de l’écrivain, insatisfait de ne pouvoir s’adresser à ceux qui ont faim – de nourriture et de savoir – touche à la plus grande vérité. L’alphabétisation et la lutte contre la famine sont liées, étroitement interdépendantes. L’une ne saurait réussir sans l’autre. Toutes deux demandent – exigent aujourd’hui notre action. Que dans ce troisième millénaire qui vient de commencer, sur notre terre commune, aucun enfant, quel que soit son sexe, sa langue ou sa religion, ne soit abandonné à la faim ou à l’ignorance, laissé à l’écart du festin. Cet enfant porte en lui l’avenir de notre race humaine. À lui la royauté, comme l’a écrit il y a très longtemps le Grec Héraclite.   J.M.G. Le Clézio , Bretagne, 4 novembre 2008
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 03:19


Rap domestiqué, rap révolté

Le rap, à l’origine, est surtout un « coup de gueule », l’expression d’une rage, la voix de ceux qui n’en ont pas. Il dérange. Pendant cinq années, et malgré deux relaxes, le ministère français de l’intérieur a poursuivi le groupe La Rumeur pour un texte qui met en cause les violences policières. L’industrie du disque, elle, inonde le marché de « faux révoltés ».

Par Jacques Denis

« Sur certains sujets, comme les banlieues, ce n’est pas une question de parti. Il faut au contraire une union républicaine, un plan Marshall pour les quartiers. Il y a des sujets où la famille politique n’a pas de sens. » Non, ce n’est pas un discours du président de « tous les Français ». Ces propos sont signés Abd Al Malik, rappeur d’origine congolaise pour qui « il faut déposer son sac de douleurs », les rancœurs accumulées au fil de siècles d’exploitation. Ce sage élan, teinté de soufisme, n’a pas manqué de trouver un écho favorable dans les médias, de droite comme de gauche (1), qu’il fallait rassurer après les émeutes de novembre 2005.

Intitulé Gibraltar, le disque de ce « poète » apaisé fut accueilli comme du pain bénit. La ministre de la culture Christine Albanel nomma Abd Al Malik chevalier des arts et des lettres, le 27 janvier 2008, lors du sacro-saint Marché international du disque et de l’édition musicale (Midem), saluant un « enfant particulièrement brillant de la culture hip-hop, qui prône un rap conscient et fraternel ». Et l’auteur de Qu’Allah bénisse la France de répondre : « Symboliquement, ce qui se passe aujourd’hui me fait encore plus aimer mon pays. Un jour, ma mère m’a dit : “Aime la France et la France t’aimera en retour.” Je n’ai jamais oublié ça. Vive la France ! »

Quelques jours plus tôt, à l’occasion de la promotion de Spleen et idéal, enregistré avec le collectif Beni Snassen, le même Abd Al Malik écrivait sur son site Internet : « Nous voulons revenir à l’esprit initial du rap, lui redonner ses lettres de noblesse, montrer que cette musique est capable d’amener de l’intelligence, de la pertinence, une esthétique, sans séparer les êtres... Les rappeurs peuvent influencer toute une partie de la population. Cette place nous oblige à la responsabilité  (2). » Tout en affirmant un autre objectif : ne pas réduire le hip-hop à une réalité sociale ! Curieuse ambiguïté quand on sait que sur les fonts baptismaux de cette contre-culture les minorités exclues du rêve made in USA trouvèrent justement la meilleure des tribunes.

Finement orchestrée (3), cette parole ne contredit pas la sentence assénée par M. Nicolas Sarkozy au soir du 6 mai 2007 : « Je veux en finir avec la repentance, qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires, qui nourrit la haine des autres. » Pour toute une génération en quête d’identité, ces propos n’en finissent pas d’alimenter des réactions épidermiques. Pour les entendre, il faut juste tendre le micro vers la face moins « admissible » du rap français, telle celle de D’ de Kabal : « Cette phrase est un morceau d’anthologie. Les politiques vident les mots de leur sens. Ce ne sont pas des discours, juste de la communication. Pour eux, être politique veut dire empiler les consensus pour plaire au plus grand nombre. Ce qui est l’inverse de ma démarche artistique.  »

Depuis plus de dix ans, ce Martiniquais mêle son timbre rauque à toutes les formes d’expression. En mai 2007, pour son spectacle Ecorce de peines, long poème autour de la question de l’esclavage, de ses résonances dans les cultures urbaines, de tous les non-dits, il écrit : « Chaque fois que j’ouvre la bouche, j’entends la voix de nos pères... Chaque fois que je crie, j’entends le cri de nos mères... »

Chacune de ses créations est une prise de position. Son récent album l’exprime jusque dans son titre : La Théorie du K.-O. ! Une telle radicalité à fleur de voix ne peut, bien entendu, trouver le chemin des ondes, qui privilégient des versions pasteurisées où sont scandées des revendications indolores. « Le fait qu’Aux arbres citoyens de [Yannick] Noah soit numéro un et que Sarkozy soit élu dit un peu la même chose. » A ce propos, D’ de Kabal a composé un texte, Démocratie mourante : « Ils appellent à voter, mais nous n’y croyons plus / Ils nagent à contrecœur, ils voudraient qu’on les suive / Etre citoyen, c’est refuser les abus. »

Comme Mme Rachida Dati est « l’Arabe qui cache la forêt », pour reprendre un jeu de mots du précurseur Azouz Begag, l’extrême prévisibilité du verbe d’Abd Al Malik ne saurait faire taire l’orage qui menace au-delà du périphérique. Une sortie de route, du côté de Villiers-le-Bel, a suffi à le prouver. Abd Al Malik ne constitue en fait que la face audible de minorités devenues visibles par une belle opération de communication, d’autant plus crédible que la gauche n’avait jamais honoré de telles propositions.

D’autres, tout aussi diplômés et donc tout autant recevables selon les ordres du mérite de la République (on ne cesse de vanter le cursus universitaire d’Abd Al Malik), ont une analyse inverse de la situation. « Marx a quand même écrit des choses qui s’avèrent plus que jamais d’actualité. Oui, une minorité fait mal au plus grand nombre, selon Ekoué, du groupe de rap La Rumeur, qui poursuit un master 2 de droit public. Fondamentalement, être noir n’est pas un avantage. On a gagné quelques pour-cent de visibilité. Je ne m’en contente pas ! » Ekoué évoque la « Françafrique » à propos des quartiers et considère les figures de banlieue qui habitent les plateaux télé comme autant d’alibis susceptibles de masquer la réalité. Ils sont nombreux, de Pointe-à-Pitre à Marseille, à penser depuis longtemps que le revenu minimum d’insersion (RMI) et un présentateur télé ne servent à rien d’autre qu’à anesthésier in fine la pensée critique.

Abd Al Malik, Gibraltar, Universal, 2006

D’ de Kabal, Incassable(s), 2006. Disponible en libre téléchargement : www.d2kabal.com/article_inca...

La Rumeur, Du cœur à l’outrage, Discograph, 2007

Grand Corps Malade, Enfant de la ville, Universal, 2008

Rocé, Identité en crescendo, Universal, 2006

Dgiz, Black Betty, Les Ateliers du vent, 2004

Fada, Soleil noir, Cristal Records, 2008

Keny Arkana, Désobéissance, Because, 2008

Princess Aniès, Au carrefour de ma douleur, Believe, 2008

Bams, De ce monde, Junkadelic Zikmu, 2005

Casey, Tragédie d’une trajectoire, Discograph, 2006

« On a prévu d’acheter mon silence avec les ballons de foot de l’équipe de France », ironisait ainsi Ekoué dans un de ses morceaux. Pas question pour lui d’accréditer le discours d’un « “vivre ensemble” gentiment naïf et lucratif ». « Ce n’est pas aussi simple. Il y a un racisme structurel dans les sociétés occidentales. » Son père, commissaire aux comptes, n’a pas fait la carrière que ses diplômes auraient pu lui permettre. Etre togolais, qui plus est non inféodé au clan de l’ex-président Gnassingbé Eyadéma, se paie « cash » dans ce qu’il nomme une « République bananière »  : la France. Alter ego d’Ekoué au sein de La Rumeur, et docteur en sociologie, Hamé lie lui aussi le présent au bilan du passé : « Quand ce sont des universitaires qui parlent de ces sales histoires, cela “passe” puisque ça ne se diffuse pas. Nous, on veut remettre le débat dans la rue. On a la légitimité du vécu, de nos familles. Manifestement, c’est gênant. Ces questions ne sont pas la propriété privée de La Rumeur. C’est un enjeu pour toute la société. »

Pour avoir dénoncé des bavures policières et des crimes impunis — comme le massacre du 17 octobre 1961  (4) —, ce fils d’un ouvrier agricole algérien est traîné devant les tribunaux (5).

« On aura toujours un frère pour nous rappeler qui on était hier »

Rompu à l’art de la dialectique, Hamé s’est toujours pensé comme un « contre-pouvoir culturel et symbolique... Et désormais politique ». Comme Ekoué, il ne veut pas verser dans les prêches béni-oui-oui de Grand Corps Malade, autre figure de rédemption quasi christique : parce qu’il est né et a grandi en Seine-Saint-Denis, nombre de médias font de ce dernier un porte-parole « positif », d’autant plus qu’il a surmonté un accident qui devait le laisser sans l’usage de ses jambes, et que ses textes chantent l’amour de l’autre, au-delà des « couleurs politiques ». « C’est le fruit d’une idéologie tiède, qui renvoie la jeunesse des quartiers à ses erreurs, à sa responsabilité individuelle, en évacuant les données socio-historiques, estime Hamé. Ces figures de la bonne conscience arrangent symboliquement les élites médiatiques et désamorcent les problèmes. » Sans les régler. Lui entrevoit dans les périodes de crise la vertu de faire tomber les masques... Et considère les émeutes de novembre 2005 comme « le mouvement social le plus important depuis dix ans en France ».

Les tambours de bouche de La Rumeur ne sont pas les seuls à battre le rappel de quelques évidences statistiques : la grande majorité des pauvres se concentre dans ces fameux « quartiers » (6). Rocé et Dgiz tranchent eux aussi dans le vif du sujet. Ces deux rappeurs slaloment sur les mots et les maux, connectant volontiers leur verve à la grammaire du jazz libre, sans oublier d’encrer leurs plumes au trauma d’un contexte que le délit de faciès leur rappelle sans cesse. Ce qu’exprime sombrement le collectif bordelais Fada, quand il pointe la statue de Toussaint Louverture inaugurée en grande pompe lors des commémorations de l’abolition de l’esclavage. « Bordeaux ville négrière / Te souviens-tu vraiment des grands nègres d’hier / Tu aimerais oublier, mais Toussaint est fier / Et puis on aura toujours un frère pour nous rappeler qui on était hier... »

Parmi toutes ces voix contestataires qui dissonent du consensus cathodique, les femmes ne sont pas les dernières. « Une révolte, c’est une réaction, une impulsion instinctive. Une révolution, c’est une rotation, un mouvement comme une lame de fond. » Marseillaise d’origine argentine, la jeune Keny Arkana cite l’exemple des piqueteros, soutient, sans en être inconditionnelle, le président vénézuélien Hugo Chávez, est en contact avec des mouvements alternatifs, « pas forcément des associations, qui sont trop souvent les bras longs des gouvernements ». Elle en a mesuré les limites à Bamako, où elle a participé au Forum social mondial. « C’est toujours un exercice du pouvoir vertical et non radical. A Nairobi, les locaux n’étaient pas invités à prendre la parole ! »

Au terme d’une longue tournée intitulée La Tête dans la lutte, et après avoir battu le pavé pour les contestataires d’appelauxsansvoix.org, cette boule de nerfs à vif vient de publier Désobéissance. « Se rassembler, c’est déjà une insoumission. Se lever, c’est un appel à la désobéissance. » Utopiste ? « Non, pragmatique. Le peuple n’a plus le choix. A nous de nous réapproprier les valeurs, les mots... Notre propre cœur a été colonisé par le capitalisme. »« y aller, tout de suite », comme on pouvait le lire sur son blog au soir du 6 mai 2007  (7). Alors, bien sûr, les plus critiques ne manqueront pas de dire que cette douce rêveuse fait figure de pasionaria aux textes un peu courts. Keny Arkana rétorque qu’elle sait faire partie du système. Mais qu’il faut aussi

Fondatrice de l’association Hip-hop citoyen, du nom d’un morceau posé en réaction au 21 avril 2002, Princess Aniès a écrit cinq ans plus tard une Lettre au président. « Sans réponse ! » Mais avec pour conséquence la suspension de son blog sur le site de Skyrock, « pour ne pas avoir respecté les contenus ». « La censure existe. Il suffit de voir ce qui se passe pour La Rumeur. Dès que tu vas au fond des choses, tu n’as plus accès aux grands médias. » Connue pour ses prises de position contre l’homophobie, elle trace sa route, fidèle à son premier nom de scène, Attila, double référence à ses origines taïwanaises et à sa tendance hardcore.

Il en va de même pour Bams, une rappeuse qui œuvre en souterrain — rien à voir avec Diams, « engagée » sur un créneau plus commercial. Et puis il y a Casey, un cas à part. Cette Martiniquaise du « 93 » envoie des textes coups de poing (8) : « Aucune différence dans cette douce France / Entre mon passé, mon présent et ma souffrance / Etre au fond du précipice ou en surface / Mais en tout cas sur place et haï à outrance / Mes cicatrices sont pleines de stress / Pleines de rengaines racistes qui m’oppressent / De bleus, de kystes, de peines et de chaînes épaisses. » Dans nos histoires est des plus explicites : impossible de faire l’économie de ce débat, corollaire de celui sur le partage des richesses entre le Nord et le Sud, préliminaire à celui à mener sur une politique d’intégration sociale non indexée à la couleur de peau.

Jacques Denis.


(1) Cf., par exemple, Libération, Paris, 6 novembre 2006.
 (2) http://www.abdalmalik.fr
(3) Le parcours d’Abd Al Malik est « vendu » comme un exemple à suivre : avant de publier Qu’Allah bénisse la France, il a grandi dans une cité en Alsace, fut dealer, puis intégriste musulman.
(4) Lors d’une manifestation non violente contre le couvre-feu qui leur était imposé, des dizaines d’Algériens furent assassinés à Paris.
(5) Après la parution, en avril 2002, d’un article intitulé « L’insécurité sous la plume d’un barbare », le ministère de l’intérieur porte plainte au motif de « diffamation publique envers la police nationale ».Après deux relaxes (le 17 décembre 2004, puis le 22 juin 2006 en cour d’appel), la Cour de cassation annule la décision de relaxe et renvoie l’affaire devant la cour d’appel de Versailles (11 juillet 2007). Le verdict devait être prononcé le 23 septembre.
(6) L’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) estimait, en 2005, à 22 % le taux de chômage dans ces quartiers, soit le double de la moyenne nationale. Leurs habitants sont par ailleurs 33 % à percevoir le RMI, contre 20 % au niveau national.
(7) « Sans-papiers, sans-logis, sans-emploi, ce sont ceux-là qui dès demain verront leurs conditions de vie se dégrader plus encore, tandis que ceux d’entre nous qui travaillent et enrichissent un système qui les appauvrit auront toujours plus de mal à payer leur loyer, leur eau, leur électricité ou leurs vêtements. (...) Non, dimanche 6 mai 2007, ce n’est certainement pas le peuple de France qui est sorti vainqueur des urnes. » (http://kenyarkana13.skyro ck.com)
(8) Représailles, un titre du collectif de rap français Anfalsh.
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Published by Goudouly - dans -*- culture
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