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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 03:08

http://goudouly.over-blog.com/article-le-mariage-gates-et-monsanto-62442124.html

 

carte postale de Dominique Gigante & Tadlachance

Dominique Gigante
Sans titre 2009
D'après une Lithographie d'Henri de Toulouse-Lautrec
"Elles : Femme couchée - Réveil." 1896
Etape Nomade, association tadlachance, Cuges Les Pins

Avec le soutient de la ville de Cuges Les Pins et du Conseil Général Des Bouches du RhônecARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.255 - février 2010 - Paris
Mini série de 9 cartes

 

Le mariage Gates et Monsanto : attention, danger pour le planète

 

 La puissante Fondation Bill et Melinda Gates, dédiée officiellement à des projets philanthropiques, vient d’acquérir 500 000 actions de la société Monsanto. Grâce à un large réseau de connivences, c’est l’ouverture de nouveaux marchés pour le géant des semences agricoles génétiquement modifiées, et des menaces sur la sécurité alimentaire balayées par le grand vent des profits et de la spéculation.


Enquête.

Créée en 1994 par le fondateur de Microsoft, la Fondation Bill et Melinda Gates gère un capital de 33,5 milliards de dollars pour financer ses projets “philanthropiques”. Un joli pactole investi à hauteur de 23 millions de dollars dans l’achat de 500 000 actions de Monsanto, comme le révélait la Fondation en août 2010. Acquisition aussitôt dénoncée par le mouvement international Via Campesina1. Gates-Monsanto, union entre deux monopoles des plus cyniques et agressifs : 90 % de la part de marché de l’informatique pour la premier, 90 % du marché mondial des semences transgéniques et la majorité des semences commerciales du monde pour le second. Négation même du fameux principe du capitalisme de “concurrence de marché”.

Désormais, la Fondation Bill et Melinda Gates utilise son influence sur les politiques mondiales de développement agricole, et incite paysans et agriculteurs à utiliser les semences et produits agrochimiques génétiquement modifiés de Monsanto.

Si doute il y avait, il n’est plus de mise. La Fondation Gates vient de jeter clairement le masque de la “philanthropie”.

Pour mieux conforter son emprise, la Fondation Gates a engagé en 2006 une collaboration avec la Fondation Rockfeller, “fondation caritative” privée dotée elle aussi d’un statut fiscal privilégié et fervent promoteur des OGM à destination des populations pauvres.

Ces deux grands humanistes se sont donc alliés pour mettre en oeuvre l’Alliance for a green revolution in Africa (Agra)2, “Alliance pour la révolution verte en Afrique”, qui est en train d’ouvrir le continent aux semences OGM et aux produits chimiques vendus par Monsanto, DuPont et Dygenta.

Selon La Via Campesina, environ 70 % des bénéficiaires de l’Agra au Kenya travailleraient directement avec Monsanto et près de 80 % des financements de Gates dans le pays seraient dédiés aux biotechnologies, terme délicat auréolé d’esprit scientifique pour signifier les OGM chahutés par de mauvais esprits. Sans état d’âme, Monsanto réserve une part importante de son budget au financement des procès motivés par la toxicité de ses produits.

Son fameux agent orange, faut-il le rappeler, utilisé durant la guerre du Vietnam par les armées US, continue aujourd’hui encore ses effets sur les populations. Et son herbicide, le Roundup, représente un véritable danger maintes fois démontré, pour les humains et les générations futures, les animaux domestiques, la faune et l’environnement.

La Coalition du Kenya pour la biodiversité commentait sans détour : “Agra est un poison pour nos systèmes de production et moyens de subsistance. Sous la bannière philanthropique du développement agricole, l’Agra finira par ronger le peu qui reste de l’agriculture durable en Afrique.”

En Afrique du Sud, pour citer un exemple, le maïs génétiquement modifié a produit peu ou pas de graines en 2009, et des centaines d’agriculteurs ont été touchés, jusqu’à 80 % de leurs récoltes pour certains. Et si Monsanto a compensé les agriculteurs d’une certaine importance qui avaient acheté des produits défectueux, il n’a rien donné aux plus modestes qui avaient reçu gratuitement des sachets de mauvaises graines.

Encore un bel exemple de cynisme et de mépris pour les plus faibles. En 2008, 30 % du fonds de développement agricole de la Fondation Gates a servi à la promotion et au développement des variétés de semences OGM. Ce qui donne une idée des milliards générés et de l’intérêt des nouveaux marchés.

Sous couvert de dévouement humanitaire et grâce notamment à ses liens avec la Fondation Rockfeller, la Fondation Bill et Melinda Gates ouvre donc de nouveaux marchés à Monsanto.

Et comme ce n’était pas encore assez, la Fondation Bill et Melinda Gates s’est adjoint les ministres des Finances des USA, du Canada, d’Espagne et de Corée du Sud. Cette belle brochette a promis 880 millions de dollars pour créer un programme mondial sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, Global agriculture and food security program.

Lequel “programme” serait géré par la Banque mondiale pour prendre en compte le problème de la faim et de la pauvreté dans le monde. Premier “cadeau” annoncé en juin 2010 : 35 millions de dollars à Haïti pour favoriser l’accès des petits paysans aux “intrants agricoles, à la technologie et aux chaînes de productions”.

Le mois précédent, Monsanto faisait part de son intention de donner 475 tonnes de semences à Haïti... distribuées par l’Usaid, Agence américaine pour le développement international qui a soutenu les pires dictatures (Haïti : le cadeau mortifère de la société Monsanto, Golias Hebdo n°136, juin 2010). Petit détail qui en dit long : l’administrateur d’USAID, Rajiv Shah, travaillait auparavant pour la Fondation Gates, avant d’être recruté par le gouvernement américain en 2009. Et si on ajoute que Rob Horsch, ancien vice-président de Monsanto pour le développement international, est actuellement directeur du programme de développement agricole de Gates, on aura une idée des liens qui relient tout ce petit monde.

Ce “cadeau” de Monsanto à Haïti ressemble à s’y méprendre à une action de marketing bien rodée soutenue au plus haut niveau. Généreuse en diable, la Fondation Bill et Melinda Gates octroie également des fonds à Feed the Future, gérée par le gouvernement étasunien, qui pourrait se résumer par la recherche de nouvelles ouvertures pour les entreprises US.

Et s’il était utile de préciser davantage, le vice-président de Monsanto, Gerald Steiner, devait affirmer que “Feed the Future était une entreprise très intéressante, qui tient compte des impératifs du marché dans lequel Monsanto et d’autres compagnies doivent opérer”.

Pour Haïti, déjà victime du séisme du 12 janvier 2010 (Haïti : les arrière-plans d’un séisme annoncé, Golias Hebdo n°122, mars 2010), du déferlement des mercenaires de la foi (Comment la scientologie prospère sur les ruines d’Haïti, Golias Hebdo n° 139, juillet 2010) et d’une épidémie de choléra, l’aide humanitaire a de curieux accents.

Les semences Monsanto ? Seule la première génération est fertile et il est impossible de réensemencer les champs à partir de ces graines. Pour continuer, reste à acheter régulièrement de nouvelles graines à Monsanto.

Déjà, la destruction programmée de l’agriculture et de l’élevage, en faveur des produits étasuniens, avait cumulé d’immenses bénéfices et favorisé la dépendance alimentaire de Haïti. Désormais, Gates, Monsanto et consorts achèvent le travail.

D’après l’Onu, 75 % de la diversité génétique des plantes du monde a disparu à mesure que les paysans abandonnaient leurs semences natives pour utiliser les variétés génétiquement modifiées. La Via Campesina, pour sa part, maintient que la meilleure façon d’assurer une alimentation saine, de revitaliser les économies rurales et de mettre en oeuvre des politiques de souveraineté alimentaire est l’utilisation des semences natives.

L’homogénéité génétique rend les paysans plus vulnérables aux changements climatiques brusques, au contraire des semences natives adaptées aux différents microclimats. Une prise de conscience s’affirme, ponctuée notamment par le documentaire sur les méfaits des produits Monsanto diffusé le 3 juin 2010 dans la salle paroissiale de l’église catholique de Hinche (Haïti), à l’inititative du Mouvement paysan Papaye.

Le blé, base traditionnelle de l’alimentation des deux tiers des habitants de la planète, n’est pas à l’abri. Des chercheurs britanniques viennent de publier cette année une ébauche de son génome, “étape pour améliorer la production de cette céréale clé de l’alimentaiton mondiale”. Les génomes du riz, du soja, du maïs avaient été séquencés, mais pas le blé qui éveille dès à présent de nouveaux appétits. Monsanto se frotte déjà les mains... L’idée était dans l’air, puisqu’en 2008, la Fondation Bill et Melinda Gatesavait attribué la somme de 26,8 millions de dollars à l’université de Cornell (état de New York) pour des recherches sur le blé et 1,6 million de dollars aux chercheurs de l’état de Washington pour développer des variétés de blé OGM résistant à la sécheresse.

La Fondation Rockfeller a investi pour sa part plus de 100 millions de dollars ces trente dernières années dans la recherche génétique. Et comme on n’est jamais assez prévoyant pour amasser encore plus, Monsanto, les fondations Gates, Rockfeller et Syngenta (multinationale basée en Suisse, spécialisée dans les OGM et les semences agroindustrielles) participent à coups de millions de dollars dans la construction d’une banque des semences, dans l’archipel norvégien de Svalbard.

Il est prévu d’y stocker jusqu’à trois millions de variétés de semences provenant du monde entier afin de “garantir la préservation de la diversité des produits agricoles pour le futur”. Ces semences sont pourtant déjà protégées, en plusieurs exemplaires, dans différentes banques de semences qui existent dans le monde. Mais en cas de catastrophe climatique, il suffira de les vendre très cher aux agriculteurs. “Nous voulons faire le bien dans le monde, mais nous voulons aussi satisfaire nos actionnaires”, déclarait dernièrement Gerard Steiner, de Monsanto. On le croit volontiers dans sa volonté de satisfaire les actionnaires. Quoi qu’il en coûte à l’équilibre de la planète et peut-être à sa survie.

Eva Lacoste
29.11.1020

1. Via Campesina : 150 organisations, 70 pays, cinq continents. Mouvement international, il représente les paysans, les travailleurs agricoles sans terre, les pêcheurs, les paysannes, les jeunes et les peuples autochtones.
2. Le conseil de l’Agra est présidé par Kofi A. Annan, ancien secrétaire général des Nations-Unies. Le président est le A. Namanga Ngongi, ancien directeur génénral adjoint du Programme mondial pour l’alimentation des Nations-Unies. L’Agra travaille notamment avec le soutien de la Fondation Rockfeller et de la Fondation Bill et Melinda Gates, du Département pour le Développement International du Royaume-Uni. Se reporter au site www. agra-alliance.org ou tout ce qui n’est pas dit explicitement sur les nouvelles voies pour améliorer les cultures africaines.




Article publié dans le numéro 160 Golias Hebdo semaine du 25 novembre au 1er décembre 2010






Le crime organisé

Le rapprochement Gates Monsanto annonce le mariage entre deux monopoles parmi les plus cyniques de la période contemporaine et démontre une fois de plus l’alliance du pouvoir et de l’argent.

Derrière l’image d’une société propre et verte décrite par la propagande publicitaire et les grands discours, un projet hégémonique qui menace la sécurité alimentaire de la planète et son équilibre écologique. Véritable machine de guerre qui dispose de nombreux moyens de pression, sait jouer de la corruption et n’hésite pas à se débarrasser de ses opposants d’une manière ou d’une autre.

Défavorisés par des échanges internationaux inéquitables, l’accaparement des terres et la production d’agrocarburants, les pays du Sud sont l’objet de nouvelles pressions qui illustrent la logique implacable des grandes multinationales.

Dévastée par un tremblement de terre, abattue par le choléra, Haïti fait l’objet d’“attentions” qui ne pourront que conforter malnutrition, maladies et violences.

Le détournement de l’aide humanitaire à des fins commerciales et la privatisation des politiques alimentaires est certainement un des plus grands scandales actuels. Au risque de nouvelles déstabilisations, sous le regard complice des grands Etats et des organismes internationaux.

Habitués à dicter leur loi aux gouvernements, Monsanto, Gates, Blackwater et alliés avancent comme un rouleau compresseur à l’assaut du monde et de ses habitants. Jusqu’à quand ?

Golias



Article publié dans le numéro 160 Golias Hebdo semaine du 25 novembre au 1er décembre 2010









Véritables machines de guerre : Blackwater, Monsanto, Gates

Dans une entreprise comme Monsanto, quelques gros bras ne sont pas inutiles.

La plus grande armée de mercenaires du monde, la compagnie Blackwater (ajourd’hui appelée Xe Services) agit pour son compte, et par conséquent pour celui de ses alliés. C’est ce que révélait l’article de Jeremy Scahill, Blackwater’s Black Ops, “Les opérations secrètes des Blackwater”, paru dans l’hebdomadaire américain The Nation du 15 septembre 2010.

De nombreux militaires et anciens officiers de la CIA travaillent pour Blackwater, bien connue pour ses massacres de civils en Irak, spécialiste de l’information, du renseignement et de l’infiltration, jusqu’au lobbying politique et la formation paramilitaire. Selon Scahill, les affaires avec les multinationales comme Monsanto, Chevron, deuxième compagnie pétrolière US, les géants de la finance comme Barclays et Deutsche Bank, sont conduites par deux sociétés appartenant à Erik Prince, fondateur de Blackwater en 1997 et actionnaire majoritaire : Total Intelligence Solutions et Terrorism Research Center, dont les fonctionnaires et administrateurs ont en commun Blackwater. Directeur de Total Intelligence et homme de la CIA connu pour sa brutalité, Cofer Black était entré en contact avec Monsanto en 2008 pour espionner et infiltrer les organisations de militants des droits des animaux et des anti-OGM.

L’actualité américaine liée aux élections sénatoriales incite à un petit arrêrt sur la personnalité d’Erik Prince. Né en 1969 à Holland dans le Michigan, au sein d’une famille très fortunée, Erik Prince passe notamment par le très conservateur Hillsdale College, fait campagne pour la candidature présidentielle de Pat Buchanan, concurrent de droite de George Bush père, et intègre le Family Research Council de Gary Bauer, mouvement ultra conservateur dédié “aux valeurs de la famille”.

Erik Prince fait partie du Conseil secret de la politique nationale, club très fermé d’une centaine de conservateurs industriels, hauts fonctionnaires ou personnalités des médias. Fondamentaliste affirmé, il est tout naturellement un ferme soutien du Parti républicain. L’une de ses soeurs a été secrétaire générale de sa section locale du Michigan à deux reprises, et son époux n’est autre que le PDG d’Amway Dick DeVos, personnalité républicaine et fils du très riche Richard Devos dont Forbes chiffrait en 2007 la fortune à 2,4 milliards USD. Dans un tel contexte, on a comme une petite idée des contre-pouvoirs en action aux Etats-Unis.
E. L.



Article publié dans le numéro 160 Golias Hebdo semaine du 25 novembre au 1er décembre 2010




Révolution verte la couleur du dollar

“Révolution verte”, verte comme la couleur du dollar, remonte à février 1945 au Mexique, lorsque la conférence panaméricaine de Chapultepec définit les nouvelles bases de l’ordre mondial et met en place l’hégémonie économique des USA. Poste avancé de l’empire US, la Fondation Rockfeller installe au Mexique un centre de recherche agronomique et développe des variétés “améliorées” de céréales avec l’aide de Henry A. Wallace, fondateur de Pioneer Hi-Bred Seed Company, première entreprise mondiale de semences de maïs F1 (rachetée ensuite par DuPont, géant de la chimie). Wallace a été également ministre de l’Agriculture de 1933 à 1940 et vice-président des USA en 1940.

La révolution verte a été vendue à l’opinion publique comme la solution pour résoudre les problèmes de la faim dans le monde, à commencer pour les pays test, Mexique, Inde, Philippines... Comme l’ont démontré par la suite les analyses économiques et politiques, la “Révolution verte” n’a été rien d’autre qu’une opération marketing permettant de développer une activité mondiale d’agrobusiness qui permettrait à Rockfeller de détenir une position de monopole comme l’avait fait dans l’industrie pétrolière US le grand-père Rockfeller.

Si l’année 1961 voit le triomphe de l’élite globaliste dans son rêve de contrôler l’alimentation des peuples, une voix discordante se fait entendre. Deux ans avant son assassinat (1963), John Kennedy commence à remettre en question la dictature des cartels de l’agrochimie. Sans doute influencé par l’ouvrage de Rachel Carson, Printemps silencieux, qui a sensibilisé l’opinion américaine aux problèmes environnementaux.

E. L.



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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 03:23

 

http://goudouly.over-blog.com/article-l-hotel-de-luxe-qui-accueillait-ouvriers-paysans-et-militants-61755911.html

 

 

 

© Béatrice Murch (source)

L’hôtel de luxe qui accueillait ouvriers, paysans et militants

Par Sophie Chapelle (5 novembre 2010)


Le Bauen, à Buenos Aires, est un grand hôtel atypique. Fermé en 2001 pour cause de mauvaise gestion et de crise financière, il a rouvert sous l’impulsion d’une poignée d’anciens employés licenciés. Décidés à se réapproprier leur ancien outil de travail, ils se lancent dans l’aventure de l’autogestion et se regroupent en coopérative. Pari réussi pour un lieu d’hébergement qui accueille touristes et militants solidaires.

 

Le café-restaurant ne désemplit pas. Des habitants du quartier s’y mélangent aux touristes et militants de passage. Un brouhaha gagne progressivement le hall d’entrée, qui jouxte le bar. Une centaine de campesinos venus des quatre coins d’Argentine débarquent. Ils se rendent à la première fête nationale des semences, non loin de Buenos Aires. Les deux ascenseurs sont pris d’assaut entraînant un difficile chassé-croisé dans les escaliers. Derrière la réception de l’hôtel, c’est Diego, l’attaché de presse, qui remplace au pied-levé un collègue malade. Bienvenue à Bauen [1], un hôtel de luxe récupéré et autogéré par les travailleurs depuis 2003.


Comme de nombreux autres associés de Bauen, Armando a commencé à travailler comme serveur dans l’hôtel bien avant sa récupération par les salariés. Ce lieu emblématique de la capitale argentine n’est pas tout jeune. Construit sous la dictature militaire à l’occasion de la coupe du monde de football de 1978, l’hôtel Bauen accueille alors l’élite argentine. « C’était un défilé d’artistes, de politiques, d’hommes d’affaires, de touristes du monde entier », se souvient le serveur. Les dettes contractées par le propriétaire le conduisent en 1997 à vendre le prestigieux édifice. Racheté par un homme d’affaires chilien, l’hôtel est géré de façon calamiteuse jusqu’en décembre 2001, quand l’Argentine est frappée de plein fouet par une crise financière qui ruine le pays. Le propriétaire met la clé sous la porte.


« J’avais du mal à passer devant l’hôtel et à le voir partir en morceaux », se rappelle Maria del Valle, ancienne employée désormais responsable des relations presse de l’hôtel. « Je ne savais pas à l’époque qu’il existait un mouvement de récupération des entreprises ». La fermeture est d’autant plus dure à avaler que l’ancien propriétaire rouvre un autre hôtel plus moderne, à proximité [2]. « Le pays était entré dans une instabilité totale, nous n’avions pas d’argent pour envoyer notre fils à l’école. Les employés étaient victimes d’une politique obsolète, néolibérale, aggravant la précarité. Ce n’est pas un hasard si nous avons décidé d’emprunter un chemin alternatif », explique Marcelo Ruarte, 59 ans dont 23 passés à la réception, et premier président de la coopérative.


 

 

 

 

 

 

« Occuper, résister, produire !  »


Trente travailleurs licenciés de Bauen décident de suivre ce chemin alternatif le 21 mars 2003. Ils occupent l’hôtel, fermé depuis quinze mois, en passant par un tunnel qu’a fait creuser leur ancien patron entre les deux hôtels. « Revenir dans ce lieu nous a d’abord permis de nous retrouver, de savoir que nous disposions de capacités et d’un énorme potentiel d’idées, se souvient Marcelo. Nous savions que nous allions en faire un lieu autogéré. » Ils déposent les statuts d’une coopérative. Leur objectif : « Occuper, résister, produire !  ». Les associés sont davantage guidés par une nécessité pratique plutôt que par une idéologie autogestionnaire.


Sous la menace constante de l’expulsion, les travailleurs s’organisent pour réhabiliter progressivement l’hôtel. Les journées se révèlent éprouvantes. Les associés sont contraints de beaucoup bosser sans rien gagner au départ. « Nous n’avions que du pain et du maté (thé à base de plante héritée des cultures indiennes), se souvient Maria, qui prend alors le risque de lâcher son nouvel emploi pour rejoindre l’aventure. Nous avons commencé par acheter quelques produits de nettoyage pour les salons, l’entrée et toute la palissade ». Une fois les salles de conférence réaménagées, ils décident d’ouvrir un premier lot de chambres. Les premiers clients débarquent. « L’entreprise récupérée n’a pas de capital et par conséquent pas de facilités pour obtenir des crédits. Il nous fallait tranquilliser la situation, économiser et acheter des lits, des télévisions... Tout s’est fait petit à petit », raconte le premier président de la coopérative.


Prix modérés pour touristes solidaires


Aujourd’hui, les vingt étages d’acier et de verre de l’hôtel gardent leur allure seventies. La déco plutôt kitsch a le mérite d’être le fruit de la solidarité. Sept ans après la récupération, la maintenance des 200 chambres de l’hôtel n’est pas une mince affaire. Les problèmes d’ascenseurs, de chauffage ou de climatisation sont courants. «  Dès que l’argent rentre, nous l’utilisons pour des réparations », explique, derrière son comptoir, Armando, le serveur. On nous conduit au 3e étage où trois ouvriers s’activent au vernissage d’une terrasse. « À l’étage d’en dessous, la piscine a été remise à neuf mais les autorisations manquent pour pouvoir la mettre réellement en fonctionnement.  »


L’ancienne clientèle a quasiment disparu. Forcément : « Quand les joueurs de grosse caisse arrivent dans le hall, ça fait fuir une partie des clients. Mais de nouvelles personnes viennent, habitantes du quartier ou en accord avec notre projet », décrit Armando. Intéressés par des prix modérés, les touristes sont parfois surpris par la diversité des personnes croisées. Un jour, ce sont des centaines de jeunes venus pour les rencontres de la jeunesse du Mercosur (la communauté économique des pays de l’Amérique du Sud) qui envahissent les couloirs de l’hôtel. Le lendemain, ce sont des représentants de mouvements sociaux ou syndicaux de passage dans la capitale logés à prix militant. Résultat : « Quand le Bauen est dans la rue, tout le monde l’accompagne. Ce lieu est né dans la lutte et continue de l’être. »



Le Bauen héberge aussi régulièrement des participants à des initiatives gouvernementales. Une proximité avec le pouvoir qui n’est pas sans créer des difficultés politiques au sein du mouvement des entreprises autogérées. Les associés de Bauen misent également sur un gros programme d’activités culturelles. Presque chaque soir, l’auditorium propose une pièce de théâtre ou un concert. « Toutes les entreprises récupérées ont un espace culturel, rappelle Marcelo. Il est important de consacrer une place importante à la culture parce qu’elle est la seule à pouvoir changer la pensée. Tout ne se réduit pas à l’argent. »


Exproprier les rentiers propriétaires


Aux côtés d’autres travailleurs, les associés de Bauen et le mouvement des entreprises « récupérées » demandent une loi d’expropriation (des propriétaires) qui légaliserait le transfert aux travailleurs des usines et entreprises occupées. « Cette expropriation signifierait que nous pourrions enfin travailler en paix », précise Marcelo. Une intervention gouvernementale est désormais nécessaire pour assurer la pérennité de ces expériences alternatives. Et prouver que le travail en autogestion, ouvert sur le monde, n’est pas qu’une utopie mais un bien commun à promouvoir et protéger. « Nous consolidons des postes de travail, nous sommes en capacité de gagner notre vie et de générer davantage d’emplois », insiste Marcelo. Les entreprises récupérées, ou autogérées, en Argentine représentent aujourd’hui 50.000 emplois directs et 20.000 indirects avec les fournisseurs, détaille-t-il.


« Même si nos revenus demeurent humbles, notre coopérative va désormais de l’avant  », poursuit Maria. Elle compte aujourd’hui 152 membres, payés au minimum 1.740 pesos (315 euros), le seuil du « salaire vital » fixé par le ministère du Travail. « Nous travaillons beaucoup pour que la différence salariale entre les responsables et les autres camarades soit mince, précise Diego. Si dans l’hôtellerie traditionnelle, le fossé entre la réceptionniste et le gérant est abyssal, de notre côté, nous croyons au travail d’équipe ». L’important pour une bonne partie des associés de Bauen tient aussi à l’ambiance de travail, « plus confortable et sans autant de pression que dans une entreprise privée », selon Armando.


Culture du travail contre politiques néolibérales


Évidemment, tout n’est pas rose à Bauen. Des tensions surgissent en particulier entre les anciens et les plus jeunes. « Ils ont un sens très faible de l’appartenance, critique Armando, pour eux, Bauen, c’est juste un travail ». La culture du résultat immédiat se heurte ainsi à celle de l’investissement dans la réhabilitation et l’amélioration des locaux. « Il nous faut récupérer la culture du travail, poursuit Marcelo. Sans elle, le Bauen n’a plus d’identité. » Pour eux, cette « culture du travail », s’est perdue dans les années 1990, sous les mandats de Carlos Ménem et ses politiques néolibérales.


Pour régler les différents et avancer ensemble, les associés de Bauen participent à une assemblée hebdomadaire. Chaque travailleur y dispose d’une voix. « Si l’un de nous fait mal son boulot, nous pouvons en parler en assemblée. Travailler sans chef et sans pression est vraiment agréable mais cela suppose d’être responsable et d’avoir des objectifs clairs. Sans cela, c’est un désastre », prévient Armando. Lutter contre l’individualisme au profit du travail collectif est un défi quotidien à Bauen, d’autant plus difficile à vaincre quand l’enjeu est de ne jamais se transformer en patron.


Sophie Chapelle

Notes

[1] Bauen correspond aux initiales de Buenos Aires Una Empresa Nacional (Une entreprise nationale de Buenos Aires)

[2] Le « Bauen Suite Hotel », à ne pas confondre avec l’hôtel Bauen en coopérative, si vous vous rendez à Buenos Aires.

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 03:50

 

http://goudouly.over-blog.com/article-plus-aucune-entreprise-ne-s-enrichira-avec-les-caisses-de-retraite-61681835.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Bolivie socialiste réforme les retraites.

Réflexion sur la gauche Française

Evo Morales : « plus aucune entreprise ne s’enrichira avec les caisses de retraite ».

 

Frédéric ANDRE
Sur Le Grand Soir

Le président bolivien Evo Morales a envoyé le mardi 16 novembre au congrès, son projet de nouvelle loi sur les retraites, élaboré et approuvé avec les syndicats et a déclaré que celle-ci serait certainement adoptée par le sénat au cours des prochaines semaines.


Parallèlement aux mesures déjà acquises (comme l’abaissement de l’âge légal de départ en retraite de 65 à 58 ans) Evo Morales a annoncé mardi la nationalisation des caisses de retraites privées du pays.

Actuellement le versement des retraites est administré par deux grands groupes financiers étrangers, à savoir la banque espagnole Bilbao Vizcaya Argentaria SA (BBVA) et le groupe suisse Futuro de Zurich Financial Services SA (ZFS).

Dès 2011 ces 2 entreprises seront remplacées par une caisse nationale publique de retraites qui s’occupera d’administrer les cotisations du peuple bolivien d’un montant d’environ 3,5 milliards.

Le message du gouvernement de Evo Morales est clair : "plus aucune entreprise ou organisme ne s’enrichira avec la gestion des caisses de retraites".

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ouvriers boliviens

Cette nouvelle loi sur les retraites a pour principe fondamental la solidarité, et contient une série d’avancées sociales significatives pour les travailleurs boliviens : en premier lieu la création d’un fonds de solidarité destiné à améliorer le montant des retraites.


Les cotisations patronales seront augmentées de 3% contre 0,5% pour celles des travailleurs, à quoi s’ajoutera une majoration pour les boliviens ayant des revenus 20 fois supérieurs au salaire minimum (une proposition déjà mentionnée par Jean-Luc Mélenchon et qualifiée de populiste par nos élites).


Un nouveau calcul des pensions plus favorable aux travailleurs entrera aussi en vigueur, les personnes invalides pourront désormais bénéficier d’une pension de retraite (et même d’un supplément en cas d’invalidité à 80%), de même que les travailleurs dits indépendants (eux aussi oubliés de l’actuelle législation).


La situation des femmes est également grandement améliorée, notamment avec la prise en compte des années passées à élever leurs enfants.


Les travailleurs du secteur minier ne seront pas laissés à l’abandon puisqu’ils pourront désormais partir à la retraite à 56 ans, et même 51 ans selon des critères de pénibilité. Le patronat sera amené à contribuer à hauteur de 2% à un fonds solidaire spécial pour ce secteur afin d’en améliorer les niveaux de pensions.


Le gouvernement a également annoncé que jusqu’à 5% du montant des cotisations serviront à investir dans le développement des petites et micro-entreprises, l’objectif étant que le nouvel organisme public de retraites puisse aider les entreprises qui génèrent de la production et des emplois dans le pays.


Pour finir, une anecdote des plus intéressantes, le ministre bolivien a déclaré que cette réforme des retraites était à l’avant garde en Amérique et pouvait être comparée aux systèmes de retraites en vigueur dans les pays européens.


En effet notre système de sécurité sociale est considéré comme un exemple dans les pays d’Amérique latine victimes durant des années des politiques libérales, dictées par le Fond monétaire international.


Un système pour lequel le peuple français s’est battu et qui est en train d’être mis en pièce par notre gouvernement libéral, qui vient d’entériner "sa" réforme des retraites, dont le coût est majoritairement pris en charge par les travailleurs.


Un système largement finançable pour peu que l’on sache qui doit contribuer le plus et dont le déficit - mis en lumière par nos politiques et les grands médias - est imputable aux gouvernements de droite qui n’ont eu de cesse d’appauvrir l’ Etat par des privatisations massives (sans oublier la non remise en cause et la poursuite partielle de ces privatisations par les socialistes).

La Bolivie et son président Evo Morales donnent au mot progressisme toute sa signification à travers la promulgation de lois comme celle dont nous venons de parler.


Alors bien entendu, comme lors de l’annonce de l’abaissement de l’âge légal de 65 à 58 ans, nous entendrons dire que comparer la Bolivie et la France est totalement ridicule, que l’espérance de vie des deux pays est énorme, etc..


Je le répète, comme je l’avais déjà mentionné dans mon précédent article sur la Bolivie, il ne s’agit en aucune sorte d’une comparaison.


En revanche le chemin que prend la Bolivie depuis l’élection de Evo Morales en 2005 semble être un exemple à suivre : celui de la souveraineté nationale face à l’impérialisme américain, de la souveraineté populaire, de la redistribution des richesses produites dans le pays, de la socialisation des moyens de production stratégique, du bien être de la population et du respect de l’humain.


Alors remettons-en une couche : "Sarkozy plus que jamais n’est pas Morales et nous le regrettons de toutes nos forces" .


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Cette révolution Bolivienne (n’en déplaise aux puristes c’en est bien une) - tout comme celles menées au Vénézuela et en Equateur - doit nous amener à réfléchir sur un certain nombre d’éléments liés au combat pour le progrès social : une révolution par les urnes est possible, faut t-il encore que celle ci soit portée par un large mouvement uni et dépassant ses vieilles querelles historiques.


Nos camarades sud-américains l’ont fait, il serait hypocrite et malhonnête intellectuellement de les soutenir dans leur combat tout en refusant chez nous, une union de la gauche de transformation sociale.


En attendant que l’union sociale et politique de type sud-américaine ne se concrétise ailleurs qu’en Limousin et en Languedoc-Roussillon, ne cessons jamais de rappeler que si nos pays ne peuvent être comparés de façon simpliste, l’ union et la méthode de nos camarades bolivariens sont en revanche à prendre en exemple tout autant que leurs politiques sociales et économiques.


Frédéric André


Rappel du GS : la loi de réforme des retraites en France va booster l’option de retraite par « capitalisation ».

Aubaine pour les banques et les sociétés d’assurance et pour le groupe Malakoff Médéric, premier groupe de « protection sociale » avec plus de 3 milliards de chiffre d’affaires.

Il est dirigé par Guillaume Sarkozy, frère du président de le République.


URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/La-Bolivie-socialiste-approfondit-et-enterine-sa-reforme-des-retraites-Reflexion-sur-la-France-et-la-gauche-de-transformation.html
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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 03:59

http://goudouly.over-blog.com/article-petition-budget-de-la-defense-60327143.html

 

logo_paix

Signez la Cyber-Lettre adressée aux parlementaires
Refusez le budget militaire 2011

Les caisses sont vides ? Et pourtant, les députés sont appelés à voter le 4 novembre un budget de la Défense de plus de 31 Milliards d'euros (hors pensions).

 

 

Pour signer c'est là :
http://www.mvtpaix.org/utils/petitionbudget2011defense.php

 

 

 

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Vous êtes appelés à voter un budget de la Défense de plus de 31 000 000 000 € (31 milliards d'euros).

Ce budget prépare les guerres au lieu de promouvoir la Paix.

. Dans ce budget figure une baisse significative des effectifs humains au profit des crédits d'équipements. Pourquoi ? Quelles sont les cibles du nouveau missile nucléaire M51, du nouveau sous-marin nucléaire lanceur d'engins, des avions Rafale, etc ?

. Ce budget continue de tricher avec la réalité des opérations extérieures qui sont supportées par la 'réserve de précaution interministérielle'. Comment accepter une telle opacité ?

. Alors que tout le monde s'accorde sur le danger que font courir les armes nucléaires à la planète, que les Etats se sont engagés à œuvrer à leur élimination, que de nouvelles opportunités se dessinent pour abolir l'arme atomique, comment justifier que ce budget leur consacre 10 millions d'euros par jour ?

. Dépenser plus pour les armes et moins pour les besoins vitaux des femmes et des hommes n'apporte ni la paix, ni la sécurité. Au contraire, à force de préparer la guerre, on finit par la faire. C'est le cas en Afghanistan, où l'on dépense 10 fois plus pour les opérations militaires que pour la reconstruction. Quelles autres guerres prépare ce budget militaire ?

Conséquence de la réintégration de la France dans l'Otan, de la Loi de Programmation militaire et du non-respect des engagements internationaux en matière de désarmement nucléaire, ce budget n'est pas tolérable. Pour la sécurité et la paix, c'est aux besoins vitaux des habitants du pays et de la planète qu'il faut consacrer les moyens !

Allez-vous accepter un budget de 102 milliards d'euros en 5 ans pour de nouveaux équipements militaires ?

Mesdames et Messieurs les parlementaires, nous vous demandons de ne pas voter en l'état le projet de budget de la Défense 2011, et de consacrer tout de suite 10% de ce budget ainsi que les sommes prévues pour faire la guerre, à la satisfaction des besoins sociaux (en particulier pour la retraite, l'école, la jeunesse, la santé...), ainsi qu'au développement de l'action publique au service de la cohésion sociale et à la promotion de la paix.

Je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations distinguées.


Cette lettre est initiée par le Mouvement de la Paix (cf www.mvtpaix.org)

 

En cliquant sur le bouton “Envoyer”, le message sur le site du Mouvement de la Paix sera envoyé automatiquement de votre part aux parlementaires du département sélectionné.

C'est pratique et efficace

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 03:20

http://goudouly.over-blog.com/article-lettre-a-nicolas-sarkozy-par-bouchta-jebli-meilleure-que-celle-de-tahar-ben-jelloun-60261090.html

 

 

Vieux timbre du Maroc utilisé par Bouchta pour l'envoi de la lettre au Président

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Taounate, le 6 septembre 2010

Sur Yabiladi

 

Suite à la lettre de Tahar Ben Jelloun (à lire sur lemonde.fr), adressée au Président de la République, Bouchta Jebli, journaliste-fellah a décidé, lui aussi de prendre position sur les récentes déclarations de Nicolas Sarkozy. Nous avons eu le courage de publier sa lettre en intégralité, mais n'avons pas la témérité d'en assumer la responsabilité.


Cher Nicolas,

Tout d’abord je commencerais par te tutoyer. Oui, parce-que tu es déjà venu plusieurs fois dans mon pays, le Maroc, et même si je n’ai jamais pu me rendre dans le tien, j’estime qu’il est de mon devoir de tutoyer une personne qui est venue chez moi. Ça c’est pour l’accueil chaleureux des Marocains.

Cher Nicolas,

A l’instar de mon compatriote (enfin seulement à moitié) Tahar Ben Jelloun, je souhaitais t’écrire cette lettre pour t’encourager, te féliciter, et t’appuyer dans ta démarche. Tu me pardonneras cher ami, car je ne suis pas homme de lettres comme mon ami Tahar, j’ai découvert l’alphabet à 12 ans. Ni homme de chiffres d’ailleurs puisque je suis toujours à découvert. Et je n’ai pas non plus réussi l’entrée à l’Académie du Concours. Le seul concours que j’ai passé, c’est celui de l’élevage de vaches laitières et je me suis classé 3ème. Oui je sais c’est pas mal du tout : 3ème sur 4.
Non, moi je suis un simple journaliste-fellah qui du haut de sa montagne du pré-rif va apporter quelques réponses à la diatribe du sieur Tahar.

Cher Nicolas,

Ne croit pas que lorsque Tahar Ben Jelloun s’exprime, c’est sa moitié marocaine qui prend position. Non ! Abadane 1! C’est son côté français, indéniablement. Une sale race de râleurs ces Français, n’est-ce pas monsieur le brezidane2? C’est comme le monsieur qui a osé t’insulter en public, devant les caméras de télévision. Oh ! Il se prend pour qui ? Tu as eu raison de lui renvoyer un « casse toi, pov’ con » dans la gueule. Quand on insulte un président, le comble de la prestance, du raffinement, de l’élégance, il faut s’attendre à l’effet boomerang. C’est notre La Fontaine local qui disait : « quand on insulte un cochon, il ne faut pas s’attendre au chant du pinson ». Et j’ajouterais quand on insulte Nicolas, il ne faut pas s’attendre à du chocolat. Même si, il faut l’avouer, ta réponse en avait la couleur, mais pas vraiment l’odeur.

Cher Nicolas,

Voilà ce que j’aime en toi, c’est le côté animal. On sent que ça vient des tripes… d’ailleurs ça sent un peu pareil. Je me demande si, lorsque Jacques Chirac a tenu la fameuse déclaration sur le bruit et les odeurs, tu n’étais pas juste à côté de lui ? C’est possible que ce soit l’odeur de tes tripes3 qui allaient titiller les délicates narines de mon ami Jacques, que je tutoye depuis qu'il a élu domicile à Taroudant. Pour le bruit, je n’oserais pas faire d’analogie, mais tu sais que le cœur y est.

Cher Nicolas ,

Ce qui nous plait chez toi, c’est cette force, cette énergie, cette agressivité mais aussi cette fermeté. C’est ce qui fait ton charme. D’ailleurs cet été, lors des émeutes de Grenoble, ce n’était plus du charme que tu nous a fait. Oh la la, tu nous a sorti le grand jeu. Le Roméo de la violence, le Casanova de la délinquance, le Don Juan des cités. Pour les quartiers (aux dents) sensibles, tu es sans aucun doute le Sensodyne™.

Cher Nicolas,

Ce que j’apprécie en premier lieu chez toi, c’est la constance dans les idées, la politique du résultat, la détermination. Tiens, à ce propos, sur la délinquance, tu prévoyais son augmentation depuis très longtemps, qu'elle deviendrait le problème numéro 1 des Français. Résultat, tu as visé juste. Pendant tout ton règne (ah je te vois sourire, je savais que tu allais kiffer ce mot) la délinquance n’a cessé de s’aggraver. La preuve par les chiffres. Donc tes détracteurs peuvent aller se rhabiller. Enfin si Ségolène Royale, souhaite rester nue, je n’y verrais aucun inconvénient.

Cher Nicolas,

Je te le dis, pas de pitié pour la racaille. Tu peux la nettoyer au Karcher, ou avec du Tide4, mais surtout frotte bien pour qu’il n’y ait plus de traces. Je suis pour la blancheur éclatante, pour la propreté immaculée. Je t’appuie à sang pour sang concernant la déchéance de la nationalité aux délinquants. Ta nouvelle politique d’apartheid comme l’a écrit Ben Jelloun, je lui ai donné un nom. Je l’ai appelé la politique Aquafresh 3. Aquafresh triple effet, pour avoir une France plus Frêche. La triple peine ou triple effet, c’est :

1. Condamner à des peines plancher tout délit… surtout les petits qui sont souvent le fait des populations d’origine étrangère.

2. Déchoir de la nationalité toute personne originaire d’un pays sous développé qui aurait commis le moindre délit. Oui, oui, n’importe quel délit. Excès de vitesse ? Ta mère, tu n’es plus Français. Tu as du retard pour payer ton loyer ? Dégage pov’ con, tu n’es plus Français.

3. Vu qu’ils ne seront plus Français on pourra les expulser pour atteinte à l’ordre publique, à la cohésion et l’identité nationale.

J’ajouterais pour aller plus loin, que cela doit être rétroactif. Tu te rends compte le nombre d’expulsion si tu fais ca ? C’est plus des charters qu’il faudra réquisitionner mais toute une compagnie aérienne. Mais n’aies crainte, ce n’est pas insurmontable. Il suffira d’ajouter à Eric Besson, le titre de PDG d’Air France et l’affaire est dans le sac.
Enfin, il y a quand même un hic avec l’Aquafresh appliquée de manière rétroactive. Car cher Nicolas, tu risques également d’être déchu de ta nationalité française avec ton « casse toi, pov’ con ». Ça va pas le faire un président de la République française, déchue de sa nationalité. Je pense qu’il doit bien y avoir un décret ou une loi qui te protègera. Si il n’y en a pas, n’hésites pas à mettre un coup de pression aux députés et ils t’en voteront une vite fait, bien fait.

Cher Nicolas,

Tu l’auras compris, je ne suis pas Tahar, ni par le style, ni par les idées, ni par la double nationalité. Je n’ai pas osé envoyer cette lettre au journal Le Monde qui de toute évidence n’acceptera pas de publier un article qui vient des tripes, qui sent le boudin comme ta politique. J’ai voulu essayer le journal Al Alam, l’équivalent arabe du Monde ici au Maroc,mais mon arabe est encore plus froissé que mon français. C’est pour cette raison que je t’envoie cette lettre par voie postale pour que tu puisses la lire sans intermédiaire, tout seul, comme un grand, ou à la rigueur avec Carla.

A propos de la lettre, comme tu peux le constater, le timbre du Maroc vers la France n’est pas donné. Alors si tu peux me renvoyer les 2 euros dépensés (20 dirhams), ça me ferait très plaisir. C’est pas que je sois radin, mais comme tu le sais, la récolte de kif cette année n’a pas été très bonne et je dois encore payer d’avance le timbre fiscal pour le visa qui sera encore une fois refusé par le consulat de France.
A ce propos, si tu as une astuce pour le visa, n’oublies pas ton cher Bouchta qui t’aime tant. Tu peux être sur qu’avec moi, après avoir acquis la nationalité je voterais toujours pour toi. Et même quand tu seras mort.
Entre nous Nicolas, je pense que tu peux facilement me libérer une place dans le wagon France. Le Tahar Ben Jelloun là, mi-Marocain mi-Français qui ose te critiquer, tu peux le déchoir de sa nationalité et le renvoyer dans son autre moitié de pays. La France retrouvera ainsi sa grandeur et ce qui fait d’elle une terre d’accueil et de pluralité. Des blancs, des noirs, des Arabes, des Roms, … mais tous sarkozystes.

Je ne suis pas très doué pour les formules de politesse françaises du genre « veuillez agréer mes salamaleks distingués ». Donc je terminerai par un simple : « Allah ou Akbar! »

 

1 Abadane : mot arabe signifiant jamais. Comme le disais toujours mon prof de français qui était Arabe : « Il ne faut jamais dire abadane ».
2 Brezidane : Arabisation du mot français président. Attention, Brezidane n’a aucune racine bretonne, et n’a aucun lien de parenté avec la famille Zidane.
3
Tahar, les tripes et la boucherie : Bien que ce texte fait la part belle aux tripes, n’y voyez aucune allusion aux Boucheries Tahar, très connues au Maroc mais qui n’ont aucun lien de parenté avec le célèbre écrivain.
4
Tide est une marque américaine de lessive très présente au Maroc. C’est une marque tellement connue chez la ménagère marocaine qu'on utilise désormais tous le terme Tide pour parler de lessive.  Et quand un Marocain ne trouve pas sa chemise blanche lavée, il dit à son épouse : « ji veu ke tu lave ma chemise tide suite ! »

Note aux lecteurs

 

 

Le cerveau n’est pas fourni avec la lettre. Si vous n’avez pas compris son sens profond, aucune plainte ne sera acceptée. Pour toute réclamation, veuillez écrire à qui de droit, à savoir vos parents !

Bouchta Jebli
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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 03:13

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carte postale de Jellel Gasteli

special "Musée de l'Histoire Vivante - Archives des Lointains"


Jellel GASTELI
"Série Blanche", sans titre
120x1

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.073 - janvier 1999 - Montreuil

 

Monsieur le Président,

 
J'ai la chance de bénéficier de deux nationalités. Je suis marocain et français depuis 1991. Je suis heureux d'appartenir à deux pays, deux cultures, deux langues et je vis cela comme un enrichissement permanent. Depuis vos déclarations de Grenoble sur la possibilité de déchoir de la nationalité française une personne qui aurait commis un délit grave, je sens ma nationalité française quelque peu menacée, en tout cas fragilisée. Non que j'aie l'intention de tomber dans la délinquance et de troubler gravement l'ordre public, mais je vis cela comme une attaque du socle fondamental du pays, sa Constitution. Et cela, Monsieur le Président n'est pas admissible dans une démocratie, un Etat de droit comme la France qui reste malgré tout le pays des droits de l'homme, pays qui a accueilli et sauvé des centaines de milliers d'exilés politiques tout au long du siècle dernier.


Vous aviez déclaré quand vous étiez ministre de l'intérieur qu'"à chaque délit, il doit y avoir une réponse ferme. Mais celle-ci ne peut varier selon que l'on est, sur sa carte d'identité, français ou non". Le président que vous êtes aujourd'hui contredit le ministre que vous avez été. Cela m'amène à réfléchir à la fonction qui est la vôtre et à répondre tardivement au débat qu'un de vos ministres a cru bon de lancer sur la scène publique à propos de l'identité nationale.


La nationalité est une part de l'identité. Elle peut être double, comme dans mon cas. Je ne me vois pas privé de l'une des deux. Je me sentirais diminué.


Par ailleurs, aucune société n'est raciste en soi. C'est stupide et injuste de dire que "la France est un pays raciste". La France, comme tant d'autres pays, est traversée par des tendances à l'exclusion et au racisme, parfois pour des raisons idéologiques et politiques, et d'autres fois pour des raisons de malaise social, de pauvreté et de peur. Faire l'amalgame entre insécurité et immigration est plus qu'une erreur, une faute.


Le rôle d'un dirigeant politique est de décourager, voire empêcher le développement de ces tendances. Un chef d'Etat ne doit pas réagir avec ses humeurs et ses tripes. Au contraire, il n'est pas un citoyen qui peut se permettre de dire n'importe quoi. C'est quelqu'un qui doit peser ses mots et mesurer les conséquences qu'ils peuvent générer. L'Histoire enregistre ses déclarations, les bonnes et les mauvaises, les justes et les malvenues. Votre quinquennat sera certainement marqué par quelques-unes de vos bavures langagières. N'importe quel homme insulté a le droit de réagir. Pas un chef d'Etat. Non pas qu'on soit autorisé à vous manquer de respect, mais vous devez vous situer au-delà du niveau du citoyen moyen. Vous êtes un symbole, porteur d'une fonction noble et exceptionnelle. Pour habiter cette fonction, pour consolider cette ambition, il faut savoir prendre de la hauteur et ne pas coller aux faits au point d'oublier qu'on est un citoyen d'exception.


Qu'il soit issu d'un parti défendant des valeurs de droite ou de gauche, le chef de l'Etat, parce qu'élu au suffrage universel, doit être le président de tous les Français, y compris des Français d'origine étrangère même quand le malheur casse leur destin ou les prédispose à une précarité pathogène. Or, vos récentes déclarations, dénoncées par un éditorial du New York Times et par des personnalités aussi importantes que Robert Badinter, sont le signe d'un dérapage qui, peut-être vous apporterait en 2012 certaines voix du Front national, mais vous place dans une situation difficilement défendable.
APARTHEID
Monsieur le Président, je comprends votre souci sécuritaire. Vous ne trouverez personne pour défendre des voyous qui tirent sur des agents de la police et de la gendarmerie. La justice est là pour donner "une réponse ferme" à ces délits ; ils doivent être jugés sans que leurs origines, leur religion ou leur couleur de peau soient prises en compte, sinon, on tomberait dans l'apartheid. Mais la répression ne suffit pas. Il faudra aller aux racines du mal et assainir de manière définitive la situation dramatique des banlieues.
Il est plus facile de susciter la méfiance, voire la haine de l'étranger, que le respect mutuel. Un chef d'Etat n'est pas un policier au statut amélioré. C'est un magistrat, le plus haut placé, donc celui devant être irréprochable dans sa conduite et dans ses paroles. Il est le garant de la justice et de l'Etat de droit. Quand, Monsieur le Président, vous promettez la déchéance de la nationalité aux délinquants d'origine étrangère qui porteraient atteinte à la vie d'un policier ou d'un gendarme, vous tenez un discours que la Constitution réfute. C'est une parole en l'air, car vous savez pertinemment que l'application d'une telle loi, si elle est votée, créerait plus de problèmes qu'elle n'en résoudrait. Ce n'était pas à vous de lancer cette menace.


Monsieur Le Président, vous n'êtes pas sans savoir ce que l'ONG Transparence France a écrit dans son dernier rapport. Au cas où cela vous aurait échappé, je vous cite une de ses conclusions : "La France continue de véhiculer une image relativement dégradée de sa classe politique et de son administration publique." La France est par ailleurs classée au 24e rang sur 180 pays en ce qui concerne la corruption.


La crise économique n'est pas une excuse. La crise morale est un fait. Il revient à vous, Monsieur le Président, de rétablir l'image de la France dans ce qu'elle a de plus beau, d'enviable et d'universel, à savoir son statut de pays des droits de l'homme, pays de la solidarité et de la fraternité proclamées, terre généreuse, riche de ses différences, riche de ses couleurs et de ses épices, prouvant entre autres que l'islam est tout à fait compatible avec la démocratie et la laïcité. Pour cela, Monsieur Le Président, effacez, je vous prie, de votre discours les idées malheureuses qu'un parti d'extrême droite diffuse dans le but de fermer ce pays sur lui-même, de l'isoler et de trahir ses valeurs fondamentales.
________________________________________

Tahar Ben Jelloun ,Écrivain et poète, membre de l'académie Goncourt depuis 2008. Il a reçu le prix Goncourt pour "La Nuit sacrée" ("Points" Seuil) en 1987. Il a publié "Le Racisme expliqué à ma fille" (Seuil, 1997). Dernier livre paru, "Au pays", chez Gallimard (2009).

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 03:51

 

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Le lac des signes                                                                                                                 Les blogs du Diplo

 

« Entre nos mains », après les utopies

Un documentaire de Mariana Otero

par Mehdi Benallal

On n’a pas tous les jours l’occasion de torpiller l’organisation hiérarchique de son entreprise. A Orléans, au printemps 2009, les salariés – surtout des femmes – de Starissima, fabricant de sous-vêtements, se voient offrir la possibilité de transformer leur boîte en Scop, ou coopérative. Car l’ancien patron est parti, l’entreprise est au bord de la faillite, et seul son refinancement par les employés peut la sauver. Mais cela signifie pour chaque salarié, pour les cadres comme pour les couturières et pour les secrétaires, recapitaliser la PME en versant au minimum un mois de salaire, sans la moindre certitude que l’entreprise survivra à ses difficultés économiques.


Les discussions que Mariana Otero a enregistrées, en promenant longuement sa caméra dans les ateliers et les bureaux, ouvrent, au fur et à mesure que prend forme ce projet de coopérative, sur une multitude d’interrogations.


On commence par voir les salariés se demander : est-ce que le projet est viable ? Est-ce que je peux y croire ? Puis-je risquer de perdre un mois de salaire ? Est-ce que ça suffira ? Est-ce que nos délégués disent toute la vérité ? Qu’en pensent les collègues ? Vont-ils donner eux aussi ? Et combien ?


Pendant ce temps, le spectateur, bercé d’utopies, s’interroge à son tour : ne songent-ils qu’à l’argent ? Que font ces gens du rêve, de cette chance qui s’offre à eux de donner naissance à une communauté libre et fraternelle, de la trempe de celle qui se débarrasse de son affreux patron dans Le Crime de Monsieur Lange de Jean Renoir ?


Mais les salariés de Starissima sont d’un monde d’après les utopies [1], un monde dans lequel, comme le dit justement Jean-Luc Godard, les gens ont le courage de vivre leur vie mais pas de l’imaginer. Le projet de coopérative a un sens pour eux avant tout parce qu’il devrait permettre de sauver l’entreprise et les emplois. Si l’ancien patron est clairement désigné comme un profiteur et un ennemi par l’ensemble des employés, on ne parle jamais politique, on n’évoque pas la lutte des classes. Sans doute parce que les travailleurs ne s’envisagent pas comme une classe, encore moins comme une classe en lutte contre une autre. Et c’est ce que les plans de Mariana Otero rendent manifeste : on voit chaque ouvrière arriver seule à l’usine et repartir aussi seule ; on voit les Françaises et les Chinoises se tenir à l’écart les unes des autres ; on apprend que c’est chez elles, dans la solitude ou avec un mari, que toutes vont prendre leur décision concernant cet important sacrifice financier… Chacune ne parle que de soi, dans la retenue, toujours en son nom propre.


Partant de là, et l’air de rien, Entre nos mains devient, petit à petit, un très grand film politique. Ce sont d’abord des petites phrases, jetées en passant, qui n’ont pas échappé à l’oreille de Mariana Otero : « Le ménage, le nettoyage, on dirait qu’on est nées pour ça ! » Ou bien ce « Je ne crois pas aux coïncidences ! » quand un client important, une chaîne de supermarchés, rompt son contrat avec l’entreprise juste après que l’ex-patron de Starissima s’est montré menaçant vis-à-vis de ses anciens salariés…


Il y a ensuite cette séquence étrange : le patron, qui veut reprendre les commandes, convoque les salariés en assemblée pour leur faire une proposition. Or, il a refusé d’apparaître dans le film, de sorte qu’on ne voit que les salariés, très remontés, lui voler dans les plumes, sans jamais le voir ni l’entendre, lui. Cette absence a pour effet de donner corps, un corps réactif, compact et nerveux, au collectif qui lui fait face.


Entre leur dispute avec ce patron désincarné et la mauvaise nouvelle du client qui, en les lâchant, les condamne à la faillite, les ouvrières de Starissima vont expérimenter, sur un temps très court mais, on le sent, intensément, ce que cela change pour elles d’être responsables collectivement de leur entreprise. Leur succès les fait quitter doucement la routine du travail spécialisé. On les voit se mettre à se regarder, à se parler différemment. Elles rient, elles irradient.


Arrive le jour où elles apprennent que leur entreprise va fermer. Elles ne trouvent rien à dire. Le frémissement a été trop court pour que les effleure l’idée d’une révolte collective. Chacune se replie déjà sur elle-même, sachant trop bien qu’elle devra s’en sortir seule. Leur parole s’éteint, cédant la place à un émouvant baroud d’honneur : une chanson, leur ultime œuvre commune.

(Article initialement publié en mai 2010.)

Entre nos mains, en salles depuis le 6 octobre. Mariana Otero a réalisé plusieurs autres documentaires, dont le très beau Histoire d’un secret (2003 – lire Mona Chollet, « Les acquis féministes sont-ils irréversibles ? », Le Monde diplomatique, avril 2007).

 

Notes

[1] Lire Vincent Chenille et Marc Gauchée, « Mais où sont les “salauds” d’antan ? – Les patrons dans le cinéma français (1976-1997) », Le Monde diplomatique, avril 2001.

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 03:37

 

http://goudouly.over-blog.com/article-l-enjeu-des-retraites-59806397.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’enjeu des retraites

Bernard Friot

 

Sur Le Grand Soir

S’il ne fallait lire qu’un seul livre sur les retraites, sur le salariat, sur le capitalisme financier, ce serait celui de Bernard Friot. Aucun ouvrage récent, à ma connaissance, n’articule aussi bien ces trois questions, dans la seule perspective qui vaille, celle de l’anti-capitalisme. Pour Friot, on ne peut remettre en cause la logique de la « réforme » sans remettre en cause la dictature du capitalisme financier.


Pourquoi ne sauve-t-on pas les retraites de la même manière qu’on a sauvé les banques, demande l’auteur ? « On vient de donner beaucoup d’argent aux banques, mais on ne fait qu’en enlever aux retraites, principalement par le gel du taux des cotisations patronales, tandis que les gains de productivité continuent à aller indéfiniment aux actionnaires et que les travailleurs jouissent de moins en moins de droits dans un pays de plus en plus riche. »


Friot voit dans les vraies réformes, de 1945 à 1982, « une réussite historique à contre-pied du capitalisme ». A la condition, naturellement, de privilégier la notion de traitement continué par rapport à celle d’épargne retraite, donc de voir dans les pensions un salaire continué et non du revenu différé (le livre s’attarde très longuement sur ces concepts). L’auteur fait également un sort à l’Agirc (ou à l’Arrco), même si elles ont eu l’avantage de « faire basculer du côté de la logique de la répartition la fraction la plus qualifiée des travailleurs, jusqu’ici très liée à la capitalisation » et de repousser, dans notre pays, la domination des fonds de pension. On se souvient que les cadres, qui bénéficiaient de régimes particuliers depuis 1937, avaient refusé d’être affiliés au nouveau régime général de Sécurité sociale, vécu par eux comme une forme de prolétarisation. Leur manifestation de janvier 1947 avait débouché sur la convention collective de l’Agirc.


Dire, c’est souvent mentir en tordant le sens des mots. Ce qu’a accompli la classe dirigeante avec le mot « réforme ». Depuis 1640, réformer, en bon français, c’était améliorer. Aujourd’hui, dans tous les domaines, le mot réforme est synonyme de régression. Il faut relier la « réforme » des retraites aux attaques contre la fonction publique et contre les fonctionnaires. Le statut de la fonction publique, explique longuement l’auteur, était, jusqu’à présent, « étranger à la logique du temps de travail et de la marchandise » car il était fondé sur la qualification et non sur l’emploi. En détruisant les fonctions publiques, l’hyper bourgeoisie fragilise des dizaines de millions de travailleurs de par le monde en mettant en œuvre de nombreuses réformes, plus ou moins importantes, qui sont en fait les pièces d’un immense puzzle qui, lorsqu’il sera terminé, montrera que le capitalisme financier avait de la méthode et de la suite dans les idées. Une de ces « réformes » est la retraite par points. Elle nous pend aux nez, d’autant qu’elle est une des marottes de la CFDT œuvrant, depuis la « réforme » des retraites Raffarin-Chérèque, en sous-main sur les bases du patronat. N’oublions pas que, même s’il ne s’en est pas vanté, Chérèque n’a jamais caché qu’il avait voté Sarkozy en 2007. Pour fragiliser les fonctionnaires, nos dirigeants ont généralisé le principe des primes. Jusqu’à présent, celles-ci concernaient les fonctionnaires à la marge, en quantité et en qualité. Elles arrondissaient les fins de mois et n’entraient pas en compte dans la retraite. Exception : les ministères et autres administrations centrales où ces primes constituaient une part non négligeable des revenus. Pensons, par exemple aux inspecteurs des finances. Bernard Friot pose fort bien le problème : « Dans la fonction publique, c’est la personne et non pas le poste de travail qui est qualifié. L’employeur direct d’un fonctionnaire [un proviseur de lycée, un président d’université] dirige son travail mais n’a aucune prise sur ses droits salariaux (niveau de salaire, promotion, conditions de la mobilité, couverture sociale), qui dépendent de son grade, pas du tout de son emploi. » Ce qui signifie que, plus on introduira des primes dans le salaire des fonctionnaires (accordées par le supérieur hiérarchique direct, sur des bases forcément non paritaires, non négociées), plus on différenciera les salaires, plus les supérieurs auront de l’emprise sur leurs subordonnés, plus les solidarités seront rognées.


Jusqu’à présent, le retraité, explique Friot, travaillait « dans une totale émancipation de tout ce carcan mortifère, payé qu’il était à vie. » Ce qu’il y a donc de radicalement nouveau dans le travail des retraités, c’est qu’il est mené grâce à un salaire irrévocable. Sans autre sanction que son éventuel échec. Friot explique longuement que le retraité mérite un salaire continué car il continue de produire selon ses qualifications, qu’il s’agisse d’assumer des fonctions d’édile municipal ou d’aller chercher ses petits-enfants à l’école (« Un retraité voué à son mandat municipal ou entretenant un potager produit davantage de richesse qu’un conseiller en communication de Sarkozy. »). Parce que les forces de progrès ne se sont pas inscrites dans cette perspective, elles ont subi le consensus « des deux partis majoritaires à droite et à gauche, la participation de la CFDT à la réforme, l’impuissance dans laquelle ont été jusqu’ici la CGT et FO à dépasser une contestation défensive à la remorque de l’agenda réformateur. » La collusion entre la droite et la gauche de gouvernement fut, en effet totale. L’atteste ce remarquable historique : « Chirac indexe les pensions du secteur privé sur les prix par une mesure réglementaire de 1987 qu’en 1993 Balladur transforme en loi pour cinq ans, loi que Jospin pérennise en 1998, que Raffarin étend à la fonction publique en 2003 et Fillon aux régimes spéciaux en 2008. Rocard énonce en 1991 les principes de séparation entre « contributifs » et « non contributifs » de durcissement des conditions de retraite à taux plein à 60 ans, d’extension du salaire de référence et d’allongement de la durée d’une carrière complète que Bérégovoy, qui en dépose en 1992 le projet de loi, n’a pas le temps de mettre en œuvre et dont Balladur réalise en 1993 une première étape, que complète Raffarin en 2003. Juppé rate en 1995 la réforme des régimes spéciaux que Fillon réalisera en 2008 ; sa loi sur les fonds de pension n’a pas de décret d’application quand il perd le pouvoir, et Jospin l’abroge pour créer un fonds de réserve et une formule d’épargne salariale qui servira de matrice à l’épargne retraite que met en place Raffarin, avec en prime un fonds de pension obligatoire dans la fonction publique. Jospin refuse à ses alliés communistes une loi rendant possible la retraite pleine avant 60 ans pour les travailleurs à carrière longue, car il entend en faire la monnaie d’échange de la réforme du régime des fonctionnaires que son échec à la présidentielle ne lui donnera pas l’occasion de mener à bien, mais que Raffarin négocie avec la CFDT un fameux 16 mai 2003 … contre la retraite avant 60 ans pour les travailleurs ayant cotisé 40 ans. Jospin installe en 2001 un Conseil d’orientation des retraites, qui produit depuis le référentiel consensuel de la réforme, celle de 2003, de 2008 et celle [de 2010] dont il vient de trouver les grands traits dans son rapport de janvier 2010. »


On comprend dès lors que, pour parachever ces forfaits, l’objectif de la « réforme » sarkozyste soit de « donner un coup d’arrêt quantitatif au mouvement de continuation du salaire dans la pension à partir de 60 ans et, qualitativement, délier la pension du salaire pour la lier à l’épargne, au revenu différé et à l’allocation tutélaire, trois formes de ressources résolument non salariales. »


Parce que, au nom de « l’équité », elle est un outil terrible d’appauvrissement de la population, l’indexation sur les prix, déplore Bernard Friot, devrait être « au cœur du débat public ». Elle éloigne de plus en plus le montant des pensions déjà liquidées de celui des salaires. En vingt ans de retraite, les bénéficiaires perdent une moyenne de 22% de revenus. Et cette indexation réduit considérablement le montant de la pension au moment de sa liquidation.


Pourquoi est-il impératif de considérer la pension comme du traitement continué ? Parce qu’elle est « la contrepartie de l’aujourd’hui de ma qualification et non du passé de mes cotisations », explique longuement l’auteur. La cotisation sociale « reconnaît une qualification en acte, celle des retraités dont elle finance la pension, qui n’est donc pas du salaire différé, mais du salaire actuel. » Si la pension est du revenu différé, c’est que la cotisation est une épargne, comme le veut le projet réformateur (UMP-PS-CFDT), ce en contradiction avec le salaire à la qualification construit tout au long du siècle passé et qui veut le « ravaler au rang de revenu d’un gagne-pain en niant que les salariés sont des producteurs. » Cela est voulu par un capitalisme qui « déteste les salariés mai aime les pauvres », surtout s’ils sont au travail comme « travailleurs pauvres ». La réduction des taux de cotisation, qui représentaient 80% du financement de la sécurité sociale avant la « réforme », n’en représente plus aujourd’hui que moins des deux tiers. Elle est menée « sur l’incroyable argument de la détaxation du travail, dont on s’étonne qu’il n’ait pas été combattu plus fortement par les opposants. » En gros, la détaxation du travail réduit le salaire de 15 à 20%. Ce sont les contribuables, c’est-à-dire les salariés, pour l’essentiel à travers la TVA, qui payent ce que les patrons ne payent plus. Idem pour le RSA, qui fait payer par les salariés comme contribuables l’essentiel du salaire direct lui-même !


Pourquoi la classe dirigeante et ses relais font-ils une telle propagande pour l’épargne retraite ? Ecoutons simplement les publicités (instaurées par Bérégovoy) sur les ondes des radios publiques, consacrées quatre fois sur cinq à ce type de produit proposé par des banques ou des compagnies d’assurance. L’explication de l’auteur est lumineuse : « La propriété des titres permet de ponctionner de la monnaie dans le monde entier, par la rente à défaut de le faire par le droit du travail. » C’est ainsi que les fonds de pension californien exercent une ponction rentière sur le portefeuille des travailleurs des entreprises françaises, qui ponctionneront plus tard les Chinois, qui ponctionneront les Africains etc. « Se faire gloire, comme le font les réformateurs, de ce que la rentabilité moyenne d’un euro investi dans la capitalisation est trois fois supérieure à celle d’un même euro placé dans la répartition, c’est avouer que toute épargne retraite est le vol d’une minorité sur le travail d’autrui. »


Autre problème : depuis plusieurs années, les réformateurs mettent en avant le « problème » du choc démographique. L’auteur explique que ce n’est pas « un fait mais une construction fantasmée. » Régler cette question une fois pour toute est enfantin : « en affectant chaque année une petite partie du taux de croissance à une hausse du taux de cotisation patronale vieillesse, nous ferions face sans aucune difficulté à la décélération à venir de la hausse du poids des pensions dans le PIB. Selon le COR, il suffirait d’augmenter le taux de cotisation patronale de 0,37 point par an, soit en moyenne le quart du taux de croissance. » Les aléas techniques devraient peser peu face à la volonté politique. Selon la belle définition de l’auteur, la retraite à 60 ans est « un âge politique à instituer ». D’urgence, d’autant que le durcissement des conditions du départ en retraite à 60 ans conduit notamment les femmes à retarder l’âge de liquidation (30% le font à 65 ans, contre 5% des hommes).


Dernier concept funeste à balayer (car tout se tient) : l’employabilité. Cette notion date de 1994. Elle fut élaborée dans le cadre de la Stratégie européenne de l’emploi élaborée par le Conseil de l’Europe (chefs d’Etat ou de gouvernement et président de la Commission) à Essen. Elle pose « l’inadéquation a priori du candidat à l’emploi pour lequel il postule, et ce soupçon pourra continuer de peser même sur le futur salarié retenu. La « réforme » veut remplacer les titulaires d’emploi par des employables prévoyants dotés de comptes épargne divers. »


La relation est donc dialectique entre les retraites, le statut du salaire, la qualification et notre rapport (non marchand, bien sûr) au travail : « Tout comme le suffrage universel a ouvert à chacun l’âge de la majorité politique et fondé un premier stade de la citoyenneté, la qualification universelle ouvrira à chacun l’âge de la majorité salariale et fondera une extension qualitative de la citoyenneté. »


Pour les « réformateurs », la retraite n’est pas un droit, c’est une obole pour travailleurs aliénés.


Bernard Gensane

L’enjeu des retraites, Bernard Friot
La Dispute (25 mars 2010)
ISBN-10 : 284303163X
ISBN-13 : 978-2843031632

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 03:57

 

carte postale de Dodet Hourdou Orgebin & Pothérat

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http://goudouly.over-blog.com/article-les-effets-paradoxaux-de-la-crise-59741815.html

Les effets paradoxaux de la crise


Marcel Gauchet

Sur le blog de Marcel Gauchet

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Deux remarques préalables avant d’en venir à ce que l’on peut d’ores et déjà discerner dès à présent des effets de la crise.

Premièrement sur le caractère paradoxal des effets de cette crise. On peut en effet considérer qu’elle aura eu le bénéfice intellectuel de nous obliger à sortir de tout ce qui, dans les sciences continuent à emprunter à des modèles, au fond, de la causalité physique avec des schémas linéaires de transposition et de contamination de l’économique au social, puis du social au politique. Nous ne sommes plus du tout, en effet, dans cette configuration. C’est un point sur lequel on ne saurait trop insister et, de toutes les manières, nous allons devoir réviser profondément la manière d’articuler ces différents paramètres.

Deuxième remarque préalable à propos de l’ombre gigantesque des années 1930 qui pèse évidemment sur notre perception de la crise. Pour aller très vite, je dirais que la différence - nous pouvons la situer assez précisément, me semble-t-il - tient à l’offre idéologique.

La crise de 1929 intervient dans un contexte où il existe une crise des régimes libéraux très antérieure. On peut la faire remonter, à mon sens, bien avant 1914. Elle accompagne la mise en place du suffrage universel à l’intérieur des régimes libéraux pour aller vite. Elle s’affirme après 1918 où l’on a, tout de suite après la guerre, la cristallisation d’une extrême droite radicale - et même révolutionnaire - à l’enseigne du nationalisme et, dans le sillage de la révolution bolchévique, la cristallisation d’un révolutionnarisme d’extrême gauche armé d’une puissante analyse et d’une proposition idéologique vis-à-vis de la société bourgeoise. La crise des années 30 arrive donc dans un contexte marqué par le développement de la foi révolutionnaire et dont elle va démultiplier les proportions - la crise apparaissant comme la ratification et la certification de cette perspective révolutionnaire qui mobilise les masses.

Rien de pareil dans notre contexte. Nous vivons le crépuscule ou l’éclipse de l’idée de révolution. Nous sommes dans le moment de clôture d’un grand cycle historique - qui se confond en gros avec le vingtième siècle - où ce dessein révolutionnaire, qui a été organisateur du champ politique sur le plan idéologique, est en repli. L’offre idéologique par rapport à la crise que nous vivons est a peu près nulle. En fait, elle se résume à des succédanés d’idéologies du passé dont les adeptes eux-mêmes mesurent bien le caractère peu adéquat à la situation, et qu’ils brandissent plutôt comme des symboles que comme des doctrines opératoires.

Là, il faut rappeler une chose qui, dans l’espace public français, n’est apparemment pas toujours bien comprise : la protestation n’est pas la révolution. Je crois qu’il y a une importante différence parce que précisément, pour que la protestation passe à la révolution, il faut que derrière la protestation il y ait une offre idéologique qui lui donne à la fois l’intensité mobilisatrice sur le plan affectif et un progrès global plus ou moins crédible à une échelle de masse. Nous ne sommes absolument pas dans cette situation. Je crois que rien ne le traduit mieux d’une certaine façon que le recours à l’arme symbolique du suicide au travail pour exprimer un refus social. Là, on est aux antipodes absolus de ce qu’est l’espérance révolutionnaire : la désespérance individuelle transportée dans l’espace public.

J’en viens à ce qu’on peut discerner des effets de la crise. Je retiendrais trois points.

 

Le légitimisme des opinions

Le premier effet paradoxal de la crise est le renforcement inattendu des pouvoirs en place. Non seulement la crise ne s’est traduite nulle part ni par une déstabilisation des gouvernements en place ni par une radicalisation prononcée des opinions publiques mais plutôt par un confortement des gouvernements installés. Ils sont, somme toute, assez rares à avoir été bousculés politiquement de manière très significative par la crise. Est-ce un si grand mystère ? Non. Tout simplement, les gouvernements de 2008-2009 ne sont pas les gouvernements de 1929-1931. Ils sont devenus des gouvernements - tous quels qu’ils soient et en dehors de tout clivage idéologique - massivement interventionnistes, au mépris de leurs affichages idéologiques antérieurs dont ils n’ont même pas l’air de se souvenir ! Il faut admirer cette aisance dans le virage à 180° sans problème. A l’époque de Staline, on passait des mois à justifier le tournant. Là, on ne se préoccupe même pas de lui donner un contenu idéologique !

J’ajouterais un point à ce propos. Un autre effet mériterait l’exploration. Je n’ai aucune compétence pour le faire mais je le mets dans le programme d’un travail qui me paraît très important : l’effet retraite. En quoi une crise financière peut-elle profondément inquiéter les populations et provoquer une sorte de solidarisation avec les pouvoirs en place ? Tout simplement, au regard de ce qu’est devenue la retraite dans l’imaginaire social de nos sociétés du point de vue des attentes individuelles : le moment qui couronne l’existence sous le signe de la liberté. On comprend alors sans peine, en considérant cette importance des retraites, le souci des populations qu’il y ait toujours quelque chose dans la caisse pour le moment où ils auront à bénéficier de leurs prestations ou pour qu’ils continuent à en bénéficier quand ils en bénéficient déjà. Le dispositif de l’Etat providence, peut-être plus largement même que la retraite au sens strict, est un facteur de légitimisme des opinions qui me semble pas avoir été suffisamment souligné jusqu’à présent.

La délégitimation des élites et le repli sur le privé

Il existe autre effet, plus en profondeur, qui doit être inscrit dans un temps long. Il vient de loin. Il vient de la crise des années 1970 avec les différentes vicissitudes qu’elle a connues. Un pays comme la France - ce n’est pas le cas de tous les pays occidentaux - n’a cessé de vivre dans la crise depuis les années 1970. L’effet peu perceptible - nous manquons d’indicateurs pour mesurer un tel phénomène mais il me semble très perceptible dans les attitudes de l’opinion - est la délégitimation en profondeur des élites dont la traduction politique est essentiellement négative :

1) désaffectation à l’égard non seulement de l’engagement politique mais aussi de l’implication politique la plus élémentaire;

2) scepticisme à l’égard de l’offre politique et repli massif sur les valeurs du privé. Là, on peut observer cette évolution vers la valorisation du domaine privé, qui s’effectue même de manière acritique vis-à-vis des valeurs publiques mais qui les désaffecte de l’intérieur.

Cette délégitimation, du point de vue des comportements politique a plutôt tendance à se traduire par le retrait. Mais il faut faire très attention : c’est un facteur par définition instable. Il peut être aussi bien l’occasion d’une protestation violente. Rien n’est plus envisageable, du point de vue des logiques des comportements, que la transformation quasi-immédiate, à la faveur d’une conjoncture qui le permet, de la désaffection en comportement de rupture, sans dessein politique affirmé, mais avec des effets importants.

La distance vis-à-vis des solutions alternatives

Troisième effet qui me semble perceptible et le plus paradoxal d’une certaine manière par rapport à nos habitudes de pensée qui sont les nôtres depuis longtemps : la crise me paraît avoir pour effet d’accentuer la crise idéologique de la gauche - dans le cadre européen en tout cas. Là, nous sommes aux antipodes des années 1930 où l’effet de la crise a été massivement, en dehors du communisme et de la perspective révolutionnaire, de faire passer un consensus de l’opinion en direction du socialisme. Il a été par exemple très bien analysé dans le cas britannique. Un socialisme personnaliste, humaniste, plus ou moins vague, mais dont la grande traduction vont être les réformes de 1945 qui vont quand même incroyablement infléchir le cours des régimes libéraux.

Nous sommes à l’opposé aujourd’hui : la crise met en évidence le déficit d’alternative et de perspectives crédibles de la part de la gauche. Le porte-à-faux vis-à-vis de la situation de nos sociétés s’accentue. On peut évidemment objecter à cette perspective le succès ou le relatif réinvestissement d’une gauche radicale - je ne dirais pas une gauche révolutionnaire mais une gauche de principe. En effet, c’est un des effets très probable de cette crise : une gauche pour laquelle on vote non pas parce qu’on croit aux perspectives qu’elle trace - dont d’ailleurs très souvent les dirigeants eux-mêmes ne croient pas au caractère praticable- mais parce qu’elle a une dimension symbolique de protestation. Un gauche qui, dès lors, n’est jamais suffisamment marquée comme protestation et qui favorise des options radicales, sans illusion sur le résultat qui peut en découler. Ceci ne fait en retour qu’accentuer la difficulté d’être de la gauche de gouvernement dont les efforts pour se rendre en quelque sorte crédible sur le plan du praticable politique achève de la disqualifier au regard de son électorat naturel. Elle est dans une situation très difficile.

Je terminerais par une note sur la prudence que nous devons garder. Ne nous hypnotisons pas sur le court terme. La nature même des quelques effets que je viens d’évoquer fait que cette tranquillité relative de surface, le légitimisme des opinions, ce repli sur le privé, cette distance vis-à-vis des solutions alternatives, n’en sont pas moins porteurs d’une instabilité principielle du champ politique dont nous ne pouvons savoir ce qu’elle donnera mais qui est un élément que nous devons garder à l’esprit devant toute appréciation de l’évolution future de nos sociétés.
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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 03:44

 

 

La pompe à phynance                                                                                                          Les blogs du Diplo

 

 

Le point de fusion des retraites

http://goudouly.over-blog.com/article-le-point-de-fusion-des-retraites-59741629.html

par Frédéric Lordon

Peut-être plus qu’aucune autre, la présente affaire des « retraites » se prête-t-elle à illustrer ce propre des grands conflits sociaux qui est de porter au jour des mécontentements bien au-delà de l’objet circonscrit de la « réforme » en débat. Seul l’élargissement de perspective qui permet de faire entrer le cortège de ces motifs latéraux, et en fait principaux, dans le tableau d’ensemble peut en livrer le sens, celui-là même que les gouvernants se refusent obstinément à voir, bien aidés il est vrai par la cohorte des experts amicaux, eux aussi adeptes de la « réduction technocratique » et surpris de ne rien comprendre à ce qui se passe sous leurs yeux. Si cependant, et pour le malheur de tous ces mal-comprenants, la question des retraites offre une caractéristique singulière, c’est bien celle de faire passer avec une parfaite continuité des questions les plus techniques de la plomberie financière des pensions aux questions les plus politiques des formes mêmes de notre vie sociale – de ce point de vue, on ne pouvait pas mieux, ou plus mal !, choisir le lieu de l’affrontement, selon le degré, au choix, de rouerie ou de bêtise qu’on prêtera aux « réformateurs ».

Une « réforme », mais pour qui ? Retour à la table des matières

Dans une économie sous la domination presque entière de la finance, il ne faut pas s’étonner que le maillon décisif qui fait passer de la « technique » à la politique soit précisément la question de la financiarisation. Il y a davantage lieu en revanche d’être surpris que l’intimité des liens entre la réforme des retraites et « la finance » ne soit pas davantage apparue pour ce qu’elle ne peut pourtant manquer d’être, à savoir une invraisemblable aberration dans une période où, précisément, nous n’en finissons pas d’écoper une crise financière de format séculaire. Par une de ces dissonances cognitives qui disent tout du désordre intellectuel dans lequel vit l’actuel président, il a donc été possible et de menacer la finance, agences de notation en tête, de toutes les foudres de Toulon, et de justifier la réforme des retraites par l’impératif du triple-A de la dette publique française… Mais le spectacle en soi consternant de l’inconséquence d’un président en plein chaos mental ne vaudrait pas une seconde d’attention s’il ne venait souligner par un formidable raccourci – la retraite contre le triple-A – le degré auquel les intérêts fondamentaux du corps social ont été subordonnés à ceux des opérateurs des marchés.

Ainsi par un monstrueux dérèglement dont aucun des habituels curés de la « démocratie » ne semble s’être aperçu, nous assistons à cette situation proprement ahurissante dans laquelle un gouvernement prétendument légitime tente de s’adresser simultanément à deux communautés parfaitement hétérogènes et dont les intérêts sont radicalement antagonistes, à savoir la communauté politique nationale des citoyens et la communauté extra-politique (quoique politique elle le soit mais à sa manière bien à elle) et extra-nationale des créanciers internationaux, le comble du dérèglement venant de ce que, de plus en plus, les arbitrages des politiques publiques sont rendus en faveur de la seconde de ces communautés et contre la première. Dans cette affaire, le spectacle guignolesque d’un pouvoir qui s’aplatit en fait devant les forces qu’il ne menace qu’en mots est quantité négligeable comparé à cette configuration inédite de la politique moderne dans laquelle nous a fait entrer la libéralisation financière internationale. Car on croyait le peuple souverain la seule communauté de référence de l’Etat, son ayant-droit exclusif, l’unique objet de ses devoirs, et l’on aperçoit comme jamais à l’occasion de la réforme des retraites que, contrairement à de stupides idées reçues, le pouvoir politique ne gouverne pas pour ceux dont il a reçu la « légitimité » – mais pour d’autres. Il y a donc un tiers intrus au contrat social et l’on découvre que, littéralement parlant, c’est lui qui fait la loi – et tous nos vœux accompagnent les justificateurs de la « légitimité du mandat » et de ce que « ce n’est pas la rue qui gouvernera », car on se demande bien quelle autre solution il reste, à part la rue à prendre, pour objecter à cette sorte de scandale.

Organisation de la décote et capitalisation rampante Retour à la table des matières

Mais la collision des retraites et de la finance ne s’arrête pas là et envoie de la tôle froissée dans à peu près toutes les directions. Il y a d’abord que la réforme apparente cache (mais si mal) une réforme furtive, et que la réforme véritable ne s’en tient nullement à la réforme plaidée. On admirera donc l’habileté de la manœuvre qui donne pour une défense et illustration de la retraite par répartition une entreprise de promotion particulièrement insidieuse de la retraite par capitalisation. Quelques décennies d’apprentissage ont enseigné aux libéraux la contre-productivité de la « prise de front ». Désormais bien établie, la stratégie de la paupérisation préalable et délibérée des services publics (lato sensu) se montre autrement plus efficace puisqu’il n’est en effet pas de plus sûr moyen de jeter les usagers dans les bras des opérateurs privés que d’avoir auparavant méthodiquement dégradé les prestations des opérateurs publics. Après le service de l’emploi, le transport ferroviaire, la poste, bientôt l’éducation et puis la santé, la retraite n’échappe pas à cette unité de vue stratégique, peut-être même lui donne-t-elle sa plus considérable illustration, mesurée en tout cas à l’aune de ses enjeux financiers – 230 milliards d’euros au bas mot en 2006 tout de même, 420 à l’horizon 2030 dixit le COR [1]. Et en effet : pourquoi risquer de braquer inutilement la population avec des mots qui blessent, comme « capitalisation », quand il est possible tout en jurant la mission de « sauver la répartition », de la faire tomber comme un fruit mûr par de toutes simples mesures d’âge qui instituent la décote comme règle et le taux plein comme exception. Les « réformateurs » comptent bien sur les effets de l’individualisme comme condition solitaire, où chacun par devers soi est abandonné à ses propres calculs, et n’a pas d’autre choix que de composer avec le système tel qu’il s’offre à lui, hors de sa portée. Le plus rigoureux défenseur de la répartition n’en pourra donc mais : constatant le devenir peau de chagrin de sa retraite, et faute de pouvoir payer la sur-cotisation de répartition qu’il appellerait de ses vœux, il n’aura pas d’autre solution pour échapper à la retraite misérable que d’aller mettre, contre ses propres principes, quelques picaillons dans une caisse quelconque… de capitalisation.

En couverture du Challenges du 9 septembre [2], on sent bien qu’Henri de Castries, président d’Axa, et récipiendaire anticipé du pactole de la capitalisation furtive, a beaucoup pris sur lui pour se composer une physionomie calme et responsable et ne pas laisser complètement éclater sa joie. Dans une parfaite démonstration d’indépendance journalistique, Challenges s’offre même à poser toutes les questions rhétoriques désirées par ses invités : « Retraite, comment l’améliorer », symptomatiquement il n’y a d’ailleurs même pas de point d’interrogation puisque la seule réponse possible prend la forme de l’aimable injonction : « D’abord être propriétaire, et souscrire une assurance-vie ».

Une riche idée : financiariser les retraites en pleine crise financière ! Retour à la table des matières

C’est signé Henri de Castries mais c’est surtout, à quelques modalités techniques près, la reproduction à l’identique du programme étasunien – la propriété immobilière plus la propriété financière – dont les considérables réalisations n’ont visiblement entamé aucun enthousiasme. Les demi-habiles de la réforme furtive ont donc singulièrement choisi leur moment. Car la promotion, même masquée, de la capitalisation va s’avérer difficile au spectacle de la crise financière et de l’énorme déconfiture des fonds de pension étasuniens. Deux travaux récemment publiés par des économistes du NBER [3], institution peu portée à l’insurrection, jettent un éclairage assez cru sur la situation des fonds de pension publics des états fédérés étasuniens. Le total des engagements non financés des caisses de retraite (capitalisée) de la fonction publique des états atteint… 3300 milliards de dollars. Auxquels il convient d’ajouter 574 milliards de dollars d’impasse financière pour les municipalités et les comtés [4]. Les fonds de pension maison des cent plus grosses entreprises étasuniennes sont pour leur part short de 460 milliards de dollars [5]. C’est que la crise financière attaque les fonds de pension des deux côtés de leurs bilans. Leurs actifs sont évidemment dévalorisés par le plongeon des cours. Mais plus insidieusement, dans le même temps où leurs actifs se contractent, leurs passifs (c’est-à-dire l’ensemble de leurs engagements) gonflent par un effet actuariel lié à la brutale baisse des taux d’intérêt décidée par la banque centrale pour tenter de réanimer les institutions bancaires.

Le lecteur peut s’il le veut faire l’économie de ce passage (un tout petit peu) plus technique. Par définition les fonds de pension souscrivent des engagements de long terme. Or on ne peut valoriser des flux financiers (qu’ils soient à recevoir ou à payer) de la même manière quand ces flux sont très éloignés les uns des autres dans le temps – la « préférence pour le présent » conduira en effet un agent à accorder plus de valeur à un flux financier s’il est très proche dans le temps que s’il est très éloigné. L’actualisation est ainsi la méthode permettant de ramener en quelque sorte à une même unité des flux appartenant à des échéances temporelles différentes. Un flux futur actualisé, ou dit autrement : la valeur dans (ou pour) le présent d’un flux futur, vaut alors non pas sa valeur monétaire nominale mais cette valeur nominale diminuée d’un certain coût d’opportunité égal à ce que le flux considéré aurait rapporté par placement à un certain taux s’il avait été perçu immédiatement. Pour ramener à une même unité des flux étagés dans le temps, l’actualisation leur applique donc une sorte de « taux de change intertemporel » formé à partir du rendement (le taux d’actualisation proprement dit) du placement fictif et, assez logiquement, plus le taux d’actualisation est élevé, plus la valeur (ramenée) dans le présent d’un flux futur est faible. La fixation de ce taux d’actualisation est par nature conventionnelle, or son choix peut être lourd de conséquence, notamment quand il s’agit d’engagements aussi longs et aussi massifs que ceux des fonds de pension.

C’est précisément sur ce point que Rauh et Novy-Marx prennent à revers les évaluations de passifs réalisées par les fonds de pension eux-mêmes. Car ces gros coquins avaient retenu un taux d’actualisation uniforme d’environ 8%, égal au taux de rendement anticipé de leurs actifs sur la période. Or 8% de rendement dans une période de crise financière est une hypothèse qui appartient au monde des rêves. Compte-tenu de la séniorité de la dette « retraites » [6] inscrite au passif des fonds de pension, les auteurs trouvent, non sans raison, plus adéquat d’en actualiser les flux financiers au taux de l’actif sans risque, c’est-à-dire soit au taux des obligations municipales (notées AA+), soit, encore mieux, au taux des bons du Trésor US [7]. Or, par construction, puisqu’il s’agit du taux de l’actif sans risque, donc de l’actif de plus faible rendement, et a fortiori dans le présent environnement de taux d’intérêt très bas, les taux d’actualisation corrigés sont sensiblement en dessous des 8% retenus par la comptabilité maison des fonds de pension… et les passifs ainsi réévalués s’en trouvent tragiquement gonflés (la valeur non seulement actualisée, mais convenablement actualisée, des engagements de retraite à payer par les fonds est passablement plus haute avec des taux d’actualisation entre 1 et 4% qu’avec 8%...)

La situation générale des fonds à prestations définies [8] est tellement dégradée que, par un paradoxe typique de la financiarisation, l’administration Obama a décidé de suspendre la plupart des dispositions du Pension Protection Act de 2006 lui-même pourtant adopté à la suite du krach Internet qui avait déjà fait de sérieux trous et créé une situation de sous-financement généralisée des plus inquiétantes. Mais en 2006 la crise Internet commençait à s’estomper et l’administration (Bush à l’époque) avait décidé qu’il fallait prendre quelques mesures pour sécuriser un système de pensions capitalisées dangereusement fragilisé. Pas de chance : un an plus tard, crise des subprimes… et la capitalisation expérimente les unes après les autres les tares de la financiarisation… dont elle est elle-même l’une des plus belles pièces. Or le Pension Protection Act voté en 2006 pour un commencement d’application en… 2008 imposait aux fonds à prestations définies de viser un taux de couverture de leurs engagements de 100% à horizon de 2013, sous peine pour ceux qui tomberaient au dessous de 80% d’être astreints à des amendes ou de voir leurs cotisations au PBGC [9] augmenter. Las : fin 2009, seuls 10% des fonds de pension public sont pleinement financés, alors que la moitié d’entre eux sont tombés à des taux de couverture compris entre 60 et 80% [10]...

Les entreprises, qui sont en aussi mauvaise posture, n’ont pas tardé à discerner les termes de l’alternative : soit augmenter leurs propres versements à leurs fonds de pension, soit adopter des stratégies de placement plus scabreuses pour augmenter les rendements de l’actif (risques accrus, leviérisation)… soit dépêcher une armée de lobbyistes à Washington pour obtenir la suspension des obligations du Pension Protection Act. Avec le sens des responsabilités que le capital aime plaider à l’usage des autres, c’est la troisième solution qui a fait l’unanimité. Ces messieurs auraient eu tort de se gêner : ils sont tombés sur une administration Obama toute disposée à les écouter – il est vrai que lorsqu’on est jusqu’au cou dans la logique de la financiarisation il n’y a plus que des mauvais choix et s’imposent ceux qui permettent de sauver les meubles à très court terme. Les sponsors de plans DB ont donc gagné une extension à neuf, voire quinze ans de leurs délais de mise en conformité… Quant aux pauvres pensionnés des plans DC [11], eux se débrouilleront comme ils pourront : la dévalorisation des actifs dans lesquels sont investies leurs épargnes-retraite est entièrement pour eux – une étude de l’OCDE suggère que le retournement des marchés a fait baisser le taux de remplacement moyen de 10 points entre 2007 et 2008 [12] à partir de niveaux d’origine déjà très bas. Et comme on voit mal les pensionnés des plans DC, abandonnés à eux-mêmes, compenser ces pertes par des sur-cotisations volontaires en pleine période de récession, il est d’ores et déjà annoncé que bon nombre des salariés étasuniens n’auront pas d’autre choix que de rester au travail (si seulement ils le peuvent) jusqu’à un âge canonique.

Voilà assurément un système de retraites qui a tout pour plaire et l’on ne saurait trop souligner l’à-propos historique du projet de réforme français qui, pour toutes ses dénégations, se propose néanmoins subrepticement d’y conduire, au moment précis où le modèle importé menace ruine. Organiser délibérément l’attrition de la répartition (sous couleur bien entendu de ne penser qu’à la sauver) pour mieux renvoyer les cotisants vers des formules complémentaires de capitalisation privée, en d’autres termes créer artificiellement le problème (du public) pour mieux y apporter la solution déjà prête (du privé), et par là mettre en place toutes les incitations à une substitution de long terme parfaitement silencieuse mais qui aboutira inexorablement à faire transiter une part croissante du financement des pensions par la sphère des marchés, le tout alors que ladite finance des marchés n’en finit pas de démontrer à grand spectacle l’ampleur des destructions de valeur dont elle est capable, voilà une manœuvre qui en dit assez long sur l’aveuglement idéologique du gouvernement présent, ou bien sur son degré de commission aux intérêts de l’industrie financière.

L’ultime verrou de la financiarisation Retour à la table des matières

Mais il y a pire que la perspective de la déconfiture annoncée de la (future) retraite capitalisée. Car la captation par les marchés des retraites n’a pas seulement pour conséquence leur fragilisation financière mais, bien plus profondément, un effet structurel de verrouillage définitif de la libéralisation financière. Par les masses d’épargne qu’elle concerne, la retraite capitalisée pousse l’implication financière du salariat à son comble et, par là même, lie objectivement les intérêts des salariés aux bonnes fortunes de la finance… laquelle prospère précisément de les opprimer. Un sophiste libéral qui passerait par là objecterait sans doute que si les salariés souffrent un peu, les pensionnés qu’ils seront plus tard en profiteront. On lui répondrait d’abord que les appels à la patience pour 40 ans sont bien le propre des nantis d’aujourd’hui (qui font miroiter aux autres leur improbable nantissement de demain). Mais on l’enverra surtout paître en lui faisant observer, expériences désormais suffisamment nombreuses à l’appui, que les fonds de pension DC font et les salariés exploités et les retraités miséreux tout simplement parce que les très nombreux intermédiaires de la division du travail financier se payent sur la bête en prélevant d’effarantes commissions.

Là où les travaux statistiques mesurent les coûts des fonds de pension en proportion du total de leurs actifs, donc compte-tenu de tous les effets de capitalisation, pour aboutir à des ratios très modestes entre 0,75% et 1,5%, la BBC s’est livrée à une enquête beaucoup plus rustique mais combien plus parlante en rapportant les fees prélevés aux sommes versées par les épargnants. S’ils allaient y voir de plus près, les pauvres pensionnés britanniques en auraient les yeux qui dégringolent des orbites à découvrir les proportions phénoménales dans lesquelles se sucrent les principaux gestionnaires de leurs fonds, le pompon revenant à HSBC qui pour 40 années de versements mensuels de 200£, soit un total de 120.000£ (96.000£ plus les avantages fiscaux) se sert sans mollir une commission de… 99.900£, soit un modeste 80% [13] ! L’occasion pourrait incidemment être saisie d’une comparaison avec l’extraordinaire efficacité-coût de la répartition, pourtant réputée ringarde à souhait et promise à être bazardée : c’est que, se passant de l’accumulation financière en organisant directement les transferts redistributifs de la solidarité intergénérationnelle, elle ne supporte que des coûts administratifs proportionnellement très modérés et n’a nul besoin d’engraisser la cohorte des consultants, des stratégistes, des asset managers, des brokers, etc., et toute cette chaîne du parasitisme financier qui vit d’être directement branché sur la fructification de l’épargne.

Mais il y a par-dessus tout que le salariat désormais – et à son corps défendant – mouillé jusqu’aux yeux dans la logique des marchés voit se fermer toute possibilité d’entrer frontalement en conflit avec la finance pourtant l’instance de toutes ses oppressions. Gageons qu’ainsi caparaçonnés de l’indestructible alibi des pensions, spéculation, plus-values et bonus vont devenir autrement plus faciles à défendre que par les anciennes contorsions qui devaient sans cesse inventer de nouvelles histoires racontant les bénéfices pour la croissance de la libéralisation financière. A tous les amis de la mondialisation qui ont vécu pendant trois décennies sur le maigre viatique argumentatif de la « compétitivité » pour opposer une fin de non-recevoir à toutes les demandes de progrès social, ne sera-t-il pas mille fois plus aisé désormais de renvoyer dans les cordes le moindre projet de desserrer l’emprise de la finance en y voyant un attentat à la retraite des vieux ? Et – ce sera le pire – non sans raison.

L’idée de faire prendre les pertes financières par les actionnaires et les créanciers lors de la prochaine crise, se heurtera inévitablement au fait que les actionnaires et les créanciers de dernier ressort ne sont autres que d’ordinaires salariés impliqués dans la finance par le truchement de leurs fonds de pension et de leurs fonds mutuels. Si par ailleurs il est exact que le sérieux d’un projet de régulation se mesure aux diminutions de rentabilité qu’il fait connaître aux institutions financières [14], comment penser l’arraisonnement de la finance quand ces réductions de rendement seront intégralement transmises à l’épargnant final qui ne sera plus exactement le prototype du possédant auquel on a envie de faire rendre gorge ? Telle est donc la perversité intrinsèque du capitalisme financiarisé, amorcée avec toutes les escroqueries de l’épargne salariale mais portée à son comble avec la captation des retraites : par un diabolique effet de court-circuit, le salariat se trouve placé aux deux extrémités de la chaîne, ainsi devenue boucle, et le schème linéaire du face-à-face du capital (financier) et du travail perd toute consistance pour s’évanouir presque complètement : bien sûr les salariés continuent d’être sous l’emprise de la contrainte de la finance... mais en fait de la « finance », abstraction intermédiaire puisqu’en bout de ligne, la « finance »… c’est eux ! Le fond de private equity qui entre dans telle entreprise pour la restructurer au yatagan ou le fond de pension qui en exige un redressement de rentabilité des capitaux propres n’est pas le bout de chaîne, le clair ennemi de classe. Car il lui est toujours possible d’exhiber ses mandants ultimes, d’ordinaire invisibles par un effet de dissémination mais susceptibles d’être « montrés » à tout instant pour les besoins de la justification, petit peuple de salariés-épargnants totalement ignorants de ce qui est fait de leurs avoirs, et par là d’ailleurs exclusivement (et compréhensiblement) concernés par la rentabilité de leurs placements – et tant pis si c’est l’entreprise de leur voisin qui est restructurée, de toute façon ils ne le sauront pas.

Il n’y a pas à aller chercher très loin les admirables collisions que peut produire cette logique perverse du refermement contradictoire sur lui-même d’un salariat fracturé par son implication financière. Ce printemps n’a-t-il pas vu l’opinion britannique s’insurger des pénalités dont le gouvernement étasunien a menacé BP ? C’est qu’en effet le cumul des amendes anticipées et des coûts de nettoyage du Golfe du Mexique a divisé par deux le cours de l’action BP… à la très grande fureur des retraités anglais loin des flaques de mazout – car BP est un poids lourd de l’indice Footsie et l’un des plus importants supports des pensions britanniques ! Sous le prétexte bien fondé des retraites capitalisées, les entreprises n’ont donc plus guère de mouron à se faire : elles peuvent exploiter tout leur saoul, polluer autant qu’elles veulent et pactiser avec n’importe quelle junte sans plus avoir besoin de payer un rapport de Bernard Kouchner.

Voilà donc le simplissime secret de ce qu’on pourrait appeler l’économie politique de la financiarisation : à quoi la finance carbure-t-elle en effet sinon… à l’épargne ? Et d’où viendra majoritairement l’épargne une fois les masses énormes des pensions jetées dans la bataille sinon… des salariés eux-mêmes ? Collectivement opprimés à leur frais comme salariés alors qu’ils essayent tous de défendre individuellement leurs intérêts comme pensionnés ! N’est-ce pas là manœuvre d’une suprême rouerie ? – et l’on comprend qu’Henri de Castries se morde l’intérieur des joues pour ne pas hurler de jouissance. La grande, l’immense intelligence stratégique du capital financier c’est de s’être retiré du rapport d’antagonisme frontal pour laisser se refermer sur elle-même la boucle salariale-épargnante et n’apparaître plus que comme un « simple » intermédiaire. Evidemment c’est le « modeste intermédiaire » qui organise tout le jeu, se branche sur sa circulation et se goinfre au passage, mais rien n’est plus simple que de renvoyer les éventuels récalcitrants à la contradiction objective des mandants fracturés, salariés sur-exploités par les pensionnés, pensionnés menacés par les salariés. Sitôt poussé cet ultime, et en fait décisif, verrou de la retraite financiarisée, quel espace resterait-il à des propositions de « réduction de la finance », comment seulement envisager une mesure comme le SLAM [15] dont la finalité est précisément de limiter par voie réglementaire et fiscale la rémunération des actionnaires quand, en bout de ligne, les actionnaires sont les futurs pensionnés ?

Voilà donc la finance sanctuarisée dans tous ses compartiments et au moment précis où tout devrait conduire à l’arraisonner brutalement : la finance des produits de taux – celle des subprimes et des dérivés de crédit… – qu’il deviendra « impensable » de réguler puisque réguler (sérieusement) c’est attaquer la rentabilité, et la finance actionnariale, pour les mêmes raisons génériques, mais avec pour particularité que cette finance-là, vivant sur le dos des entreprises, fait directement ses profits par la productivité des salariés, donc très concrètement par l’intensification sans limite de leur travail et la compression continue de leurs salaires. Si lointaine qu’elle semble parfois – le fonds de private equity est à New York ou le fonds de pension à Los Angeles quand l’entreprise est en Haute-Savoie – la finance actionnariale n’en est pas moins celle que les salariés ont à connaître de plus près parce qu’elle est celle qui pèse le plus directement sur leurs conditions d’existence. Celle-là à son tour devient intouchable. Et si, contre toutes les absences du commentaire médiatique ordinaire, il faut sans cesse rappeler ce que doit par exemple le triste destin des salariés de France Télécom à la privatisation, c’est-à-dire au passage sous logique actionnariale, il faut aussi imaginer ce proche avenir dans lequel les « rationalisateurs » n’offriront plus le visage grimaçant des mercenaires de la « création de valeur pour l’actionnaire » mais pleurnicheront d’humanisme que tous ces sacrifices, sans doute bien douloureux, n’ont pas d’autre sens que le devoir sacré des retraites maison à verser – et bientôt peut-être d’en appeler à la « solidarité », puisque le capitalisme n’a jamais fait l’économie d’une obscénité.

Sur-fusion, révolution ? Retour à la table des matières

C’est en ce point précisément que tout vient se nouer. Car l’injustice intrinsèque de la présente réforme fait inévitablement coalescence avec la menace d’arrière-plan d’une destruction planifiée de la répartition, c’est-à-dire la mise à mort de l’un des principes fondamentaux de la société française d’après-guerre, mais aussi la promotion annoncée de la financiarisation définitive alors même que la crise en condamne absolument l’idée, le rejet d’un travail devenu épuisant, et pour certains haïssable, à force de pressions productives… celles-là mêmes que l’onction donnée par pensions interposées à la finance actionnariale va rendre inattaquables, peut-être même porter à un plus haut point encore.

Installés dans un parfait confort d’existence et tout à la jouissance du sort que leur fait un ordre social auquel ils n’ont décidément rien à redire, les pédagogues de la réforme feignent de ne rien comprendre, et probablement ne comprennent-ils rien vraiment, à cette sorte de sur-fusion où devait immanquablement conduire l’attaque des retraites. Aussi tombent-ils des nues, protestent-ils qu’on ne cesse de parler « d’autre chose » que du sujet imposé et tentent-ils de dénoncer comme confusion, pour mieux les discréditer, la variété des motifs de colère qui s’expriment en ce moment. Mais la confusion n’est pas du côté qu’on croit, et ce que ces tentatives de discrédit veulent faire passer pour des amalgames sans pertinence procède en fait des rapprochements les mieux fondés : à beaucoup, le travail est devenu insupportable, du fait même de la soumission de l’économie aux logiques de la finance, promises à l’éternité quand la répartition aura été méthodiquement détruite. L’emprise de la finance a rendu la vie de beaucoup de salariés odieuse. Comme si ça n’était pas suffisant, la capitalisation rampante en fera de même avec celle des pensionnés. La finance renflouée aux frais du public, fauteuse de récession, commanditaire de l’austérité, aussi arrogante que toujours, bonus en bandoulière, attend confiante la chute du pactole des retraites. Est-ce que par hasard ça ne commencerait pas à faire un peu beaucoup ?

Le capital, dont Marx rappelait qu’il était incapable de résister à l’appel de « ses intérêts les plus bornés et les plus malpropres », s’est donné avec Sarkozy le fondé de pouvoir le plus visible, le plus caricatural et le plus détestable – quand le choix de nos amènes socialistes étaient d’une bien meilleure rationalité stratégique de long terme : ceux-là n’ont-ils pas fait avancer la cause du capital dans une parfaite tranquillité au seul prix d’avoir à trémoler régulièrement « justice sociale » et « égalité » entre deux trains de déréglementation (et ne s’offrent-ils pas d’ailleurs à reprendre du service sur le même mode exactement) ? Mais voilà où mène l’hubris des possédants : à tout vouloir ils risquent aussi de tout perdre. La volonté de puissance déboutonnée par trois décennies leur a donné à croire qu’ils n’avaient plus à admettre de borne à leur désir d’accaparement et que Sarkozy était bien l’homme de cette situation-là. Mais la retraite est peut-être leur « pont trop loin », où se mêlent tout à la fois le refus d’une réforme inique, le rejet d’un pouvoir politique insupportable, mais aussi le dégoût absolu du spectacle de la finance, la contestation frontale sinon du capitalisme lui-même du moins de sa forme présente, et pour finir la défense d’une certaine forme de vie. On pouvait difficilement faire plus magistrale erreur de tir. Tragique erreur dans le choix des mots, dont Gérard Mordillat qui signe la préface d’une réédition du Capital  [16]) donne a contrario l’exacte formule : « La France n’a pas besoin de réformes, elle a besoin d’une révolution ».

Notes

[1] Conseil d’orientation des retraites (COR), en milliards d’euros 2006 dans la prévision de 2007.

[2] Challenges, n° 223, 9-15 septembre 2010.

[3] NBER : National Bureau of Economic Research. Robert Novy-Marx et Joshua Rauh, “The Risks and Liabilities of State Sponsored Pension Plans”, Journal of Economic Perspectives, vol. 23, n° 4, 2009 ; “The Crisis in Local Government Pensions in the United States, Working Paper.

[4] Le travail de Rauh et Novy-Marx examine 77 plans de pension de 50 agglomérations et comtés majeurs. Pour ne couvrir que 3% des plans municipaux, ils n’en concernent pas moins les 2/3 de la fonction publique municipale. Ces 77 plans de pension présentent une impasse financière (excès des engagements à payer sur la valeur des actifs réalisables) de 383 milliards de dollars, qui par extrapolation (sur la base de l’impasse moyenne par pensionné calculée pour les 77 plans) conduit à une impasse de 574 milliards de dollars pour la totalité du système des pensions municipales.

[5] John Detrixhe, « “Silent Heart Attack” for Pensions Driven by Yields », Bloomberg, 14 septembre 2010.

[6] La séniorité désigne le caractère prioritaire d’une dette. Plus une dette est « senior » plus elle vient haut dans la hiérarchie des créanciers d’une institution.

[7] Et en fait dans les deux cas à partir de la courbe des taux.

[8] Les fonds de pension dits « à prestations définies » (defined benefits, DB) sont les fonds de pension maison des entreprises (ou des entités gouvernementales, fédérales ou locales). Comme leur nom l’indique, ils s’engagent sur un certain niveau des pensions. Ils sont par conséquent les porteurs des divers risques de dévalorisation (des actifs) et de revalorisation (des passifs) et c’est à l’institution (l’entreprise ou l’administration) qu’il appartient d’ajuster ses propres versements à son fonds de pension pour y faire face. Par opposition, les fonds de pension dit « à contributions définies » (defined contributions, DC) ne s’engagent sur aucun montant de sortie de la rente capitalisée et renvoient le risque aux pensionnés eux-mêmes qui réajusteront leurs propres versements ou bien se débrouilleront avec une retraite amputée. Depuis le milieu des années 70, les entreprises étasuniennes ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour se débarrasser de leurs fonds de pension DB en les transformant en fonds DC externalisés, notamment sous le statut dit 401(k) – le gouvernement ayant béni cette conversion à l’aide de substantielles exemptions fiscales.

[9] Le PBGC, Pension Benefit Guaranty Corporation, est l’agence (para)gouvernementale d’assurance des pensions.

[10] Center for Retirement Research.

[11] Voir note 8.

[12] Pablo Antolin, « Private Pensions and the Financial Crisis : How to Ensure Adequate Retirement Income from DC Pension Plans », Financial Market Trends, OECD, vol. 2, 2009.

[13] BBC Panorama, « Customers losing thousands on pension fees, commissions », 4 octobre 2010, les informations ont été livrées par les fonds eux-mêmes au CFEB (Consumer Financial Education Body), 21 des 24 principaux fonds sollicités ont répondu, et si HSBC se distingue, il est suivi de près par exemple par Co-Op Individual Personal Pension (96.000£ de commissions) ou Legal&General (61.000£).

[14] Voir Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, éditions Raisons d’agir, 2008, et « Après la crise financière : réguler ou refondre ? Les insuffisances des stratégies prudentielles », Revue de la Régulation, n° 5, 2009.

[15] Voir « Une mesure contre la démesure de la finance : le SLAM », Le Monde diplomatique, février 2007.

[16] Karl Marx, Qu’est-ce que le capitalisme. Volume 1 : les mystères de la plus-value, préface de Gérard Mordillat, Demopolis, 2010.

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Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
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