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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 03:32























"Néolibéralisme version française"

Auteur : François Denord

Editeur : Demopolis, 2007

Mot de l’éditeur

Voici la première histoire du néo-libéralisme français.

À l’encontre des idées reçues, le néo-libéralisme n’est pas venu tout droit de Grande-Bretagne et des États-Unis dans les années 1980.

Son histoire s’enracine dans le bouillonnement intellectuel et politique de la France de l’entre-deux-guerres. Des économistes, des patrons et des hauts fonctionnaires jettent alors les bases d’un libéralisme nouveau et élaborent un art de gouverner.

En s’appuyant sur des documents d’archives inédits, ce livre retrace la longue marche du néo-libéralisme des années 1930 à aujourd’hui.


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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 03:37


Par Michel Lasserre

 (9) L'endettement et ses limites

 
La Banque de France fournit un indicateur statistique qui s'appelle "Endettement Intérieur Total" (EIT), et qui regroupe tous les crédits aux entreprises, aux administration publiques et aux ménages. Contrairement aux agrégats bancaires précédemment cités (M1, M2 et M3), l'EIT regroupe toutes les formes de crédit, aussi bien celles provenant du système bancaire que des marchés financiers. 

Le graphique suivant montre l'évolution de l'EIT, ainsi que celui de ses trois principales composantes. (sources : BdF, Insee, Observatoire de l'endettement des ménages)


 

Sur les douze dernières années, on constate que l'endettement intérieur total est passé de 142 % à 182 % du PIB. Une telle croissance de l'endettement en si peu de temps est énorme, et pourtant elle est juste à la hauteur de la croissance du crédit et des actifs financiers qui en sont les contreparties. Même si cette croissance peut paraître faible par rapport à celle d'autres grandes puissances économiques (USA, Japon), ceci n'a rien de rassurant, bien au contraire.

En 12 ans, l'endettement des entreprises (sociétés non financières) est passé de 60 % à 72 % du PIB. Celui de l'État de 48 % à 63 %, et celui des ménages de 26 % à presque 40 %. La plus importante croissance concerne donc les ménages dont l'endettement a augmenté de plus de 50% en 12 ans.

Les ménages ne sont pas une entité homogène, et quand on parle de l'épargne ou de l'endettement des ménages il est bien évident que l'on considère deux catégories différentes de ménages. D'un côté les ménages riches qui possèdent un patrimoine financier, et de l'autre les ménages pauvres qui ont recours à l'endettement pour financer leur logement ou  leur consommation. Dans ce système, les premiers s'enrichissent grâce au crédit et aux intérêts qui leurs sont versés par les seconds.


Les limites du système

Si l'on observe le système du seul côté du crédit et des prêteurs, il est difficile de voir une limite à la croissance du crédit. Ce système reposant sur la possibilité de croissance illimitée du crédit peut alors apparaître durable, mais le paysage n'est pas le même vu du côté de la dette et des emprunteurs. Pouvoir créer indéfiniment du crédit revient à pouvoir créer indéfiniment de l'endettement, or aucun des trois grands acteurs économiques ne peut s'endetter indéfiniment.

Au fur et à mesure de la croissance de son endettement, il devient de plus en plus difficile à une entreprise de trouver de nouveaux fonds. Si certains États arrivent à supporter un taux d'endettement très élevé, comme le Japon avec un taux proche de 180 % du PIB, il n'y a personne pour trouver cette situation saine et durable. Quant aux ménages, il existe des limites à partir desquelles on parle de surendettement, et qui aboutissent à des procédures juridiques.

La crise des crédits "subprimes" résulte de ce besoin inhérent au système de devoir toujours créer de nouvelles dettes. Pour pouvoir prêter toujours plus, on en arrive à devoir prêter à des ménages dont on sait pertinemment qu'ils ne pourront pas rembourser leur dette.

Le système monétaire et financier actuel présente d'énormes avantages par rapport à un système fondé sur la monnaie métallique, hélas, tel qu'il est conçu actuellement il repose sur une incohérence technique. Du fait de l'intérêt de l'argent, et de l'accumulation de capital financier qui en découle, la logique interne de ce système implique une croissance illimitée de l'endettement. 

Cette logique interne abouti à deux défauts majeurs :

- le premier est d'ordre moral, le droit privé à l'intérêt de l'argent est générateur d'inégalités socio-économiques croissantes. C'est un privilège pour les plus riches, qui leur permet de s'enrichir au détriment des plus pauvres. 

- le deuxième est d'ordre technique, et rend ce système insoutenable à terme. L'impossibilité de la croissance illimitée de l'endettement rend impossible la croissance illimitée du crédit, ce qui ne peut alors conduire qu'à une rupture systémique, dont la crise issue des crédits subprimes n'est qu'un élément avant-coureur.

Le droit privé de prêter contre intérêt  n'a rien de naturel, mais relève de conventions sociales et de lois écrites par des humains. Cette pratique, déjà dénoncée dans la Grèce antique par Aristote, a été interdite en France pendant un millénaire. La durabilité d'un système de "monnaie de crédit" passe par une abolition de ce privilège. 

La monnaie et le crédit pourront alors devenir des "biens communs", gérés par des institutions bancaires publiques, non plus au service des seuls intérêts particuliers des plus riches mais à celui de l'ensemble de la société. 

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 03:33


Par Michel Lasserre

(8) La croissance du crédit


La monnaie et le crédit sont deux éléments indispensables à tout développement économique. Dans un système de monnaie métallique reposant sur les métaux précieux, la quantité de monnaie disponible dépendait de la quantité de métal existant. La création monétaire, et la croissance économique qui s'y associe, dépendaient alors en grande partie des possibilités d'extraction de métaux précieux. 

En 1971, le président Nixon a décroché la valeur du dollar de celle de l'or, et le crédit est devenu l'unique support de la création monétaire. Ce décrochage a entraîné une explosion de l'offre de crédit, et les banques et marchés financiers ont pris une ampleur jusque là inconnue. Il est à l'origine d'une véritable révolution monétaire et financière, dont résulte le système monétaire et financier décrit dans les fiches précédentes.


Ce système est une véritable machine à fabriquer du crédit :


 

  - d'une part par la création monétaire, toujours croissante.

 

  - et surtout par les facilités offertes aux particuliers pour placer leur épargne. Que ce soit par l'intermédiaire du système bancaire, ou par celui d'autres établissement financiers opérant directement sur les marchés.


 

Rappelons que l'épargne des ménages, placée dans les banques ou sur les marchés financiers, constitue l'essentiel du capital financier. Ce sont des particuliers qui possèdent les actifs financiers, soit directement, soit par l'intermédiaire de banques ou autres institutions financières. Même les fonds propres des banques appartiennent en premier lieu à leurs actionnaires.

 Le système monétaire et financier est conçu pour faciliter le crédit, et il n'y a alors rien d'anormal ou d'étonnant à ce qu'il prenne une ampleur sans limite apparente. Ampleur d'autant plus facilitée que l'épargne des ménages est soumise à une logique d'accumulation.

 

L'accumulation de l'épargne

 Prenons l'exemple d'un ménage qui aurait une épargne de un million d'Euros, exemple finalement assez banal puisqu'il existait 260 000 ménages millionnaires en France en 2006. Bien sûr, vu l'ampleur de la somme, il ne s'agit pas d'une simple épargne de précaution, mais de ce qu'on appelle pudiquement une "épargne patrimoniale", c'est à dire de capital financier qui rapporte du profit.

Supposons que ce million d'Euros soit placé en actifs qui rapportent 8 % d'intérêts par an, soit 80 000 Euros.

Ce ménage ayant probablement d'autres sources de revenus que ses placements financiers, il se peut très bien qu'il n'ait pas besoin de ces 80 000 Euros et en accumule la totalité à son million d'Euros, ou qu'il en dépense simplement une partie.

Mettons qu'il dépense 20 000 Euros, et qu'il en épargne 60 000.

Cette épargne nouvelle s'accumule alors à son épargne déjà placée, et le million d'Euros devient 1,060 millions d'Euros. L'épargne du ménage aura ainsi augmenté de 6 % en une année. A ce rythme, elle aura plus que doublé en une douzaine d'années.

 

C'est ce mécanisme d'accumulation qui fait que les ménages riches s'enrichissent toujours plus, et que le capital financier est soumis à une dynamique de croissance. A cause de l'intérêt, il y a toujours plus d'épargne, et son placement entraîne une inévitable croissance des actifs financiers, donc du crédit.

 

Seulement, si le crédit correspond à de la richesse pour une minorité de ménages, il présente une autre face qui croît en parallèle, et qui s'appelle endettement ...

 

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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 03:31


Par Michel Lasserre

(7) Capitaux et marchés financiers.


Si le système bancaire a le privilège d'être le créateur monétaire, il n'a pas le monopole du crédit qu'il partage avec des organismes financiers, des entreprises et des ménages. "La banque" a longtemps joué un rôle majeur dans la quantité de crédit en circulation, mais elle a vu ce rôle diminuer dans les dernières décennies. Aujourd'hui une grande partie du crédit se traite directement sur les marchés financiers, et les banques y servent alors de simples intermédiaires.

Les marchés financiers sont les lieux où se négocient le capital financier. Concrètement ce sont les bourses, mais ce sont surtout des marchés virtuels où les transactions se font par internet. La monnaie s'y loue, s'y échange contre des titres négociables appelés aussi actifs financiers ou capitaux financiers.

On distingue différents marchés plus ou moins spécialisés, où se vendent des titres divers dont les plus communs sont les obligations et les actions.


Les obligations : ce sont des titres de créance émis par les entreprises ou l'État. Acheter une obligation de 100 Euros, émise par une entreprise, revient à prêter 100 Euros à cette entreprise. 

Les obligations sont rémunérées par un taux d’intérêt, et sont remboursables au terme prévu. Il en existe de différents types : à taux fixes ou variables, indexées, convertibles en actions, etc.  

Si l'émetteur ne rachète généralement pas ses obligations avant leur terme, leur possesseur peut s'en séparer en les revendant sur le marché.

 

Les actions : les actions ne sont pas des titres de créance, mais des titres de propriété d'entreprise, et chaque actionnaire est le propriétaire d'une partie de l'entreprise qui a émis ces actions. A ce titre, il bénéficie d'une part de ses profits, qui lui est distribuée sous forme de dividendes.

La valeur d'une action est déterminée par la bourse, en fonction de l'offre et de la demande. Cette valeur dépend certes des dividendes versés par l'entreprise, mais est surtout largement conditionnée par les perspectives de profits à venir. 

Contrairement aux obligations qui ont une durée de vie déterminée, et dont le capital est remboursé à expiration, les actions ne voient leur vie limitée que par celle de l'entreprise. 


Vu l'augmentation croissante d'épargne cherchant à se placer, les marchés financiers se sont fortement développés avec la mondialisation, et de plus en plus de produits y sont proposés. On peut ainsi acheter des créances diverses, correspondant à des prêts à des entreprises, à des administrations ou des ménages. Des créances peuvent être regroupées et vendus en tant qu'obligations (titrisées), comme les tristement célèbres crédits "subprimes".

Depuis les années 80, on assiste à une très forte montée en puissance des "produits dérivés", qui représentent désormais la majeure partie de l'activité des marchés financiers.


Produits dérivés 

Pour répondre au besoin d'un chantier, l'entreprise X a prévu d'acheter une grosse quantité d'acier dans 6 mois, or, elle craint une augmentation de la valeur de l'acier d'ici ce terme. Pour se protéger de ce risque elle va chercher, sur les marchés spécialisés dans les ventes à terme, un partenaire qui acceptera de lui vendre dans 6 mois de l'acier à un prix fixé à l'avance. L'entreprise n'avancera qu'une petite partie de la valeur de la transaction, dont la totalité sera payé dans 6 mois. 

Le contrat (produit financier) qui est signé est appelé "produit dérivé", car il repose sur la valeur d'un autre produit.

Ce type d'achat "à terme" induit une part de risque, non pas pour l'entreprise, mais pour son partenaire. Si le prix de l'acier monte, le partenaire perdra de l'argent, alors qu'il en gagnera s'il baisse. L'opération est pour l'entreprise une assurance, destinée à la protéger, mais pour son partenaire elle n'est que pure spéculation.

Dans cet exemple, volontairement simple, le produit dérivé repose sur une marchandise, mais l'imagination des participants à ces marchés est très large, et on peut ainsi acheter et vendre à terme des actions, des devises ou mêmes des indices boursiers. Les produits dérivés concernent bien souvent des taux d'intérêts ou des taux de changes, on les appelle alors des swaps.


Les intervenants sur les marchés financiers sont des "institutions financières" : les fonds d'investissement, les établissements de crédit, des compagnies d'assurances et bien sûr les banques. Les fonds de pensions sont chargés de gérer l'épargne-retraite de leurs clients. Les hedge-funds sont souvent spécialisés dans des placements à risque. Certaines de ces institutions, telles les hedge-funds et les fonds d'investissement, sont réservées aux ménages les plus fortunés qui ont de très grosses sommes à placer, ou à d'autres institutions financières attirées par l'espoir de profits supérieurs à la moyenne.

Ces intervenants sont des professionnels motivés par le seul appât du gain et stimulés par des primes, dont la préoccupation essentielle est de tirer le maximum de rentabilité des capitaux qu'on leur a confiés.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 03:24


Par Michel Lasserre

(6) Les agrégats monétaires

 

Définitions

Dans ses statistiques, la comptabilité nationale utilise la notion d'agrégat monétaire (ou masse monétaire) pour comptabiliser la monnaie et le crédit. C'est sur ces statistiques que s'appuie la Banque Centrale pour fixer les taux d'intérêts.

Il existe trois agrégats, appelés M1, M2 et M3.  M1 est inclus dans M2, lui même inclus dans M3. Voyons en premier lieu à quoi ces agrégats correspondent.


-   L'agrégat M1, regroupe le total des pièces et billets en circulation et des dépôts bancaires à vue (comptes courants). Pour la     France, il se montait à 593,9 milliards d'Euros en décembre 2006 (dont 122 milliards pour les pièces et billets), et à 3677 milliards pour la zone Euro.

 

-   M2 est égal à M1 plus le "crédit à court terme". Le crédit à cours terme concerne principalement les comptes sur livrets, ainsi que divers dépôts à terme inférieur à 2 ans. Pour la France, il se montait à 1 074,6 milliards d'Euros en décembre 2006, et à 6630 milliards pour la zone Euro. 





 
-  M3 égale M2 plus divers placements monétaires. Essentiellement des dépôts à terme d'une durée supérieure à 2 ans, et des OPCVM monétaires. L'agrégat M3 est l'indicateur le plus large concernant le crédit bancaire, mais non pas l'ensemble du crédit dont une partie passe directement par les marchés financiers. M3 s'élevait à 1 483,3 milliards d'Euros en décembre 2006, et à 7732 milliards pour la zone Euro. 




On remarquera que les deux composants de M1 (billets et comptes courants) sont de la "monnaie liquide", immédiatement disponible comme moyen de paiement. Par contre les composants supplémentaires qui forment M2 et M3 sont du pur crédit, des actifs financiers qui servent de réserves de valeur mais ne sont pas immédiatement utilisables comme moyens de paiement.

Toutefois, ces actifs sont très facilement transformables en monnaie par leurs déposants. Il suffit d'une simple opération bancaire pour qu'ils soient virés sur les comptes courants des clients, et redeviennent alors pleinement de la monnaie. Pour cette raison, on les appelle parfois des actifs semi-liquides.  

 

Évolution des agrégats monétaires

Les chiffres sur une année, tels que donnés ci-dessus, ne permettent pas de tirer de grands enseignements sur les agrégats monétaires. Il en est différemment si l'on s'intéresse à leur évolution.

Il est logique que ces montants évoluent suivant la croissance du PIB, car plus de production implique plus de revenus et une inévitable croissance de la monnaie et de l'épargne. Le tableau ci-dessous montre l'évolution des différents agrégats monétaires pour la zone Euro, calculés en pourcentage du PIB afin de compenser ses variations.

 



On constate sur les dix dernières années une très forte augmentation des masses monétaires. La valeur de M1 passe de 26 % à 44 % du PIB,  M2 de 61 % à 80 %, et M3 de 71 % à 93 %. Une telle évolution n'est pas particulière à la zone Euro, mais se retrouve dans tous les pays développés

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 03:18


Par Michel Lasserre

(5) La création monétaire

 

Beaucoup de gens voient la monnaie comme un stock, c'est à dire qu'il existerait une certaine quantité de monnaie qui circulerait. Cette monnaie aurait été créée par la Banque Centrale, et, bien souvent, ces gens pensent que c'est en contrepartie des stocks d'or qu'elle détient dans ses réserves. Pour comprendre que ce n'est pas le cas, il suffit de voir que la valeur de cet or est bien inférieure à la valeur de la monnaie qui circule. 

A l'époque où les billets et pièces de la Banque de France représentaient la plus grosse partie de la monnaie existante, l'idée d'un stock avait encore du sens, mais avec la monnaie dématérialisée les choses sont bien différentes.


La Banque Centrale

Aujourd'hui, la Banque Centrale crée la "monnaie centrale". Cette monnaie reste sur les comptes des banques commerciales auprès de la Banque Centrale. Elle joue le rôle de réserves obligatoires, dont le montant est déterminé par la Banque Centrale, et sert à la compensation des paiements entre les banques.


 

La Banque Centrale ne possède aucun stock de monnaie centrale, cette monnaie est créée en contrepartie de titres de créances (bons du Trésor ou autres créances "de qualité") que lui confient les banques commerciales.

Les fréquentes opérations de refinancements des banques commerciales par la Banque Centrale sont autant d'occasions supplémentaires de création monétaire. Ces refinancements ayant une durée limitée, la monnaie créée ne l'est que pour un temps assez court, et disparaît une fois ce temps écoulé.



Les banques commerciales

Suivant le même principe que les banques du 17ème siècle qui créaient de la monnaie-papier en contrepartie d'effets de commerce, les banques commerciales créent aujourd'hui de la monnaie-dématérialisée en contrepartie de titres de créances.

Non seulement, les banques commerciales prêtent en totalité la monnaie qu'on leur a confiée, les dépôts font alors les crédits. Mais elles prêtent aussi de la monnaie qu'elles n'ont pas en dépôt, et ce sont alors les crédits qui font les dépôts

La réalité de la création monétaire par les banques commerciales n'est pas toujours facile à admettre pour le citoyen ordinaire. Que ceux qui doutent se posent alors la question de l'origine de la monnaie dématérialisée, d'où provient cette monnaie ?

En créant la monnaie centrale à la disposition des banques commerciales, la Banque Centrale joue bien un rôle dans la création monétaire, mais elle n'est pas pour autant à l'origine de la monnaie dématérialisée existante, celle que l'on trouve sur les comptes courants des clients. La monnaie dématérialisée relève donc d'un processus de création propre aux banques commerciales, et sans ce processus cette monnaie n'existerait pas.

Créer de la monnaie est très facile pour une banque commerciale, car cette opération se limite à un simple jeu d'écriture. La comptabilité d'une banque se décompose en un actif et un passif. 

- l'actif est ce qu'on doit à la banque, ce sont des "actifs financiers", des titres de créance, de la monnaie que la banque a prêtée et qui lui rapporte des intérêts. 

- le passif est ce que la banque doit à ses déposants, la monnaie qu'on lui a confiée et qui est inscrite sur les comptes de dépôt. 

Que se passe-t-il quand une banque prête 5000 € à un emprunteur ? 

- L'opération crée un titre de créance de 5000 €, comptabilisé en actif pour la banque.

- Ces 5000 € sont inscrits sur le compte de l'emprunteur, comptabilisés au passif de la banque. 

Au final, on peut constater que la banque inscrit la même somme à son actif et à son passif, et que sa comptabilité reste équilibrée. Y compris si la banque ne possédait pas ces 5000 € au préalable, et a profité de l'opération pour les créer



Cette création monétaire est parfois appelée "création ex nihilo", c'est à dire création à partir de rien. Cette qualification repose sur le fait que la monnaie ainsi prêtée à l'emprunteur n'existait pas au préalable. Pourtant cette monnaie n'est pas créée à partir de rien, mais à partir d'une opération bancaire qui l'a créée en contrepartie d'un titre de créance. L'usage du terme ex nihilo tendrait à faire penser que cette création serait sans contrepartie, et que les banques pourraient ainsi créer de la monnaie "gratuitement", ce qui n'est pas le cas.

Les 5000 € créés dans notre exemple ont une durée de vie limitée à la durée de cette créance. Ils disparaîtront au fur et à mesure des remboursements de l'emprunteur. L'existence de monnaie dématérialisée ne repose donc pas sur un stock de monnaie existante, mais sur des flux permanents de création monétaire par les banques commerciales. Si, pour des raisons diverses, les banques commerciales cessaient d'accorder des crédits créateurs de monnaie, la monnaie scripturale disparaîtrait. 

L'exemple choisi ci dessus n'est bien sur qu'un exemple pour montrer comment les banques commerciales créent de la monnaie, cette création aurait tout aussi bien pu concerner une opération d'escompte. Ce processus de création est global, et il n'est pas possible de savoir si un prêt de la banque a été financé par de la monnaie existant déjà sur des comptes de dépôt, ou par de la monnaie créée pour l'occasion.

Cette possibilité de création monétaire n'est pas infinie, mais est limitée par le montant des réserves obligatoires auprès de la Banque Centrale, ainsi que par le "ratio Cooke" qui fait dépendre le montant total des prêts que peut accorder la banque du montant de ses fonds propres (son capital). Plus ses fonds propres sont importants, plus une banque peut prêter de monnaie, et donc en créer. Si la banque fait de mauvaises affaires et perd de l'argent, elle doit déduire ses pertes de ses fonds propres, ce qui peut alors l'empêcher d'accorder de nouveaux prêts et donc de créer l'indispensable monnaie.

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 03:09


Par Michel Lasserre

(4) Le système bancaire


Le système bancaire moderne se compose d'une Banque Centrale et de banques commerciales (appelées aussi banques secondaires, banques ordinaires, privées, ou tout simplement banques). Ainsi que nous allons le voir, chacune des deux parties a un rôle bien spécifique.

 

La Banque Centrale


 

 

Au cœur du système bancaire se trouve la Banque Centrale. La Banque de France, fondée en 1800 sous un statut privé, a été nationalisée en 1945 et est indépendante depuis 1993. Depuis le passage à l'Euro en 2000, elle travaille de concert avec la BCE (Banque Centrale Européenne) à laquelle elle a du céder la majeure partie de ses prérogatives. 

La Banque Centrale agit dans le cadre d'une mission, elle est chargée de veiller sur la monnaie, le crédit, et le bon fonctionnement du système bancaire

La Banque Centrale est la banque des banques, et toutes les banques commerciales y possèdent un compte qu'elles sont obligées de provisionner (réserves obligatoires). C'est à partir de ces comptes qu'elles vont pouvoir quotidiennement compenser les chèques et paiements électroniques de leurs clients. 

Si une banque commerciale n'a pas assez de liquidités (monnaie immédiatement disponible), elle peut s'en procurer sur le marché monétaire auprès d'autres institutions financières privées, ou directement auprès de la Banque Centrale. Un rôle important de la Banque Centrale est donc de refinancer les banques commerciales, c'est à dire de leur fournir des liquidités (de la monnaie scripturale) en "prenant en pension" des actifs en leur possession (bons du Trésor et créances privées de qualité). 

Ces refinancements sont le plus souvent d'une durée très courte, de un à quelques jours. La monnaie ainsi créée disparaît dès son retour à la Banque Centrale à  la fin de la prise en pension. 

Ce refinancement n'est pas gratuit, et son taux d'intérêt est déterminé par la Banque Centrale. Ce taux est fixé en fonction des risques concernant la stabilité de la monnaie, ainsi qu'en fonction des besoins de liquidités des banques commerciales. Une menace d'inflation incitera la Banque Centrale à remonter les taux, alors qu'un besoin de liquidités tendra à les faire baisser. 

En cas de crise de liquidités (manque de monnaie) sur le marché monétaire, la Banque centrale se doit de créer la monnaie nécessaire au bon fonctionnement du système bancaire. Elle est le prêteur en dernier recours. La crise des crédits "subprime" de 2007 a ainsi amené les Banques Centrales à refinancer massivement les banques commerciales. 

Si à d'autres époques la Banque Centrale a créé de la monnaie en compensation directe de titres du Trésor Public, ce n'est plus le cas de nos jours. L'État se finance maintenant sur les marchés bancaires et financiers.

 

Les banques commerciales




Les banques commerciales collectent les dépôts des ménages
(des particuliers), des entreprises et des administrations publiques. Ces dépôts sont en premier lieu les revenus des ménages et les rentrées d'argent des entreprises, le plus souvent directement versés sur les comptes de dépôts, ou payés par l'intermédiaire de chèques ou carte de paiement. C'est aussi l'épargne des ménages, déposée sur des "comptes sur livrets", ou d'autres formes de placements utilisés surtout par les entreprises en excédent temporaire de liquidités.

Cette masse de monnaie collectée n'est pas conservée stérilement par les banques, mais est bien sûr prêtée. Soit à leur clientèle habituelle, soit par l'intermédiaire des marchés monétaires ou financiers.

Une partie de l'activité des banques est de servir d'intermédiaire financier. Quand une entreprise ou l'Etat veut se refinancer, il émet des titres qu'il vend par l'intermédiaire des banques commerciales. Ces banques proposent ainsi à leur clientèle divers produits financiers, (actions de société, obligations d'entreprises, bons du Trésor, ... ), ainsi que des services de gestion de ces produits.

Un autre rôle des banques commerciales, beaucoup moins connu que les précédents, est de créer de la monnaie scripturale. 

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 03:01


Par
Michel Lasserre

(3) L'argent : monnaie et actifs financiers


Dans le langage courant on emploie parfois le mot argent. "Je n'ai pas d'argent sur moi", signifie que je n'ai pas de monnaie, pas de billet ni de pièces, ou très peu. Le mot argent a ici le sens de monnaie immédiatement disponible. Ce mot a-t-il la même signification quand on dit  : "Cette personne est riche, elle a beaucoup d'argent." ? 

Dans ce cas, on ne parle pas seulement de la monnaie que possède cette personne, dans sa poche ou sur son compte courant. On parle aussi d'une autre forme d'argent, qui n'est pas de la monnaie, car pas immédiatement disponible, mais qui joue pourtant le rôle de réserve de valeur. Cet argent peut prendre la forme de biens matériels (immobilier, fonciers, bijoux, ...), mais aussi immatériels, ce sont alors des actifs financiers. Nous laisserons ici de côté les biens matériels, pour nous intéresser aux actifs financiers.

 La monnaie que l'on conserve chez soi, ou sur son compte courant, ne rapporte rien. Pour qu'elle rapporte, il faut la "placer", c'est à dire la transformer en actifs financiers (en capital financier). Les actifs financiers, sont ce qu'on appelle aussi des "titres", ce peut être des titres de propriété ou des titres de créances.

 Les titres de propriété sont des titres de propriété d'entreprises, plus communément appelés des actions. Nous y reviendrons sur la fiche n° 7. 

 Les titres de créance correspondent à du crédit. On prête sa monnaie et, en contrepartie, on reçoit un titre de créance qui rapporte des intérêts.  Cette opération peut se faire directement sur les marchés financiers, ou indirectement par l'intermédiaire de sa banque. Plus simplement, on peut prêter sa monnaie à la banque en la déposant sur des comptes sur livrets ou sur d'autres types de placements que les banques proposent à leur clientèle. La banque se charge alors de prêter cette monnaie, et de la transformer en titres de créances.

 Les actifs financiers sont des réserves de valeur, non pas des réserves stériles mais des réserves qui rapportent. Même s'ils sont souvent faciles à revendre, c'est à dire à échanger contre de la monnaie, les actifs financiers ne peuvent pas servir comme moyen de paiement, et ne peuvent donc en aucun cas être considérés comme de la monnaie.

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 03:59


Par Michel Lasserre

(2) Formes, natures et fonctions de la monnaie


Formes et natures

Parmi les différentes formes que la monnaie a pu prendre dans son histoire, on peut distinguer :

-   la monnaie marchandise : bétail, grain, sel, coquillages, tabac, fèves de cacao, thé, ...

-   la monnaie métal : sous forme de lingot ou de pièces de métal précieux, s'apparentant à de la monnaie-marchandise.

-   la monnaie papier : avec ou sans contrepartie métallique.

-   la monnaie dématérialisée : totalement inconsistante.

La forme de la monnaie est une chose, sa nature en est une autre. Si la nature coïncide avec la forme dans le cas des monnaies-marchandises, il n'en est pas toujours de même. 

La pièce d'or est faite d'une matière qui possède une valeur en elle même. Certes une valeur spéculative due entre autre à la rareté du métal (la totalité de l'or extrait depuis 6000 ans représente seulement le volume d'un cube de 20 m de côté), mais aussi une valeur minimum correspondant au coût nécessaire pour l'extraire. 

Les monnaies papier ou dématérialisée sont d'un tout autre type. 
L'or que l'on possédait chez soi résistait à toutes les crises, alors que la monnaie papier d'État est d'une nature qui ne résiste pas à une inflation galopante, et que la monnaie dématérialisée disparaît avec la faillite de la banque sur les comptes de laquelle elle est inscrite.

Si la nature de la monnaie métallique, ou équivalente à du métal, était suffisamment claire, il n'en est plus de même pour la monnaie papier ou dématérialisée. La valeur du billet de banque ne correspond pas à la valeur du papier qui le constitue. Dans le cas de la monnaie scripturale, simples signes codés, l'abstraction devient totale. 

Le système de création monétaire adopté par la Banque de Suède au milieu du 17ème siècle, qui consiste à émettre des billets contre des escomptes de traites, n'a pas fondamentalement changé depuis cette époque. Les Banques créent toujours la monnaie en contrepartie de créances, qu'elles rachètent avec de la monnaie fabriquée pour l'occasion. 
Excepté une petite part correspondant à l'or en possession de la Banque Centrale, la monnaie que nous connaissons a donc pour contrepartie des crédits à l'économie (des dettes), et c'est pour cela qu'on l'appelle "monnaie de crédit". 

Il n'est pas toujours facile d'admettre l'idée abstraite que la monnaie est la contrepartie de reconnaissances de dettes. Certains ont essayé de la concrétiser en précisant la nature des créances en question, ce sont des créances à "l'économie", c'est à dire à la production ou à la consommation. Ces créances à la production auraient, elles mêmes, une contrepartie bel et bien tangible. Elles correspondraient à une production marchande en cours de fabrication ou en attente d'être vendue. Les économistes considèrent donc que la monnaie moderne est le fruit de la "monétisation d'une production". 

On peut toutefois observer qu'une partie des créances en cours, soit presque ¼ de "l'endettement intérieur total", correspond à des créances aux ménages, c'est à dire à du crédit à la consommation ou à l'habitat, et que ce crédit ne correspond à aucune production en cours. Sa seule contrepartie est constituée de simples reconnaissances de dettes, sur un produit déjà fabriqué et parfois déjà consommé.



Fonctions de la monnaie

La monnaie n'est d'aucune utilité immédiate à un individu isolé, elle ne vaut rien en elle-même. C'est un bien privé, car elle appartient à des individus qui en disposent comme ils l'entendent, mais qui n'existe que par son rôle social. 

Ce rôle va de pair avec différentes fonctions, dont les trois le plus souvent citées sont : 

- unité de compte ou de valeur : c'est l'unité de mesure commune, l'indispensable étalon qui permet de fixer un prix, de déterminer une valeur marchande. Les prix sont annoncés en quantité de monnaie, et la richesse est estimée pareillement. 

- intermédiaire des échanges : la monnaie permet des échanges plus facile que le troc. C'est là la fonction la plus courante de la monnaie, elle est distribuée par l'intermédiaire des revenus, et chacun l'utilise pour l'échanger contre des biens ou des services.

- réserve de valeur : la monnaie rend possible l'utilisation différée dans le temps de la valeur d'échange qu'elle représente, car on n'est pas obligé de la dépenser immédiatement. La qualité de cette fonction de réserve de valeur dépend, bien sûr, de la stabilité monétaire (inflation).

Une quatrième fonction, le plus souvent omise par les économistes, est celle de moyen d'enrichissement. En effet, dans notre système économique reposant sur le droit de propriété privée des actifs financiers et industriels, la monnaie a le pouvoir de rapporter d'autre monnaie. Elle permet, à son propriétaire, de percevoir un revenu par le seul fait de sa richesse. Il lui suffit pour cela de transformer sa monnaie en actifs financiers, en la "plaçant". C'est à dire en la prêtant contre intérêt, ou bien en l'échangeant contre des actions de sociétés. 

Comme l'intérêt et le profit n'ont rien de miraculeux et proviennent forcément quelque part du travail d'autrui, en se transformant en capital financier la monnaie peut accorder à son propriétaire le pouvoir de capter une part de la richesse produite par le travail d'autrui. Par l'intermédiaire de l'intérêt et du profit, la monnaie joue donc le rôle d'instrument de captation et de transfert de richesse, et assure la fonction de moyen d'enrichissement privé.

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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 03:50

Monnaie et crédit

par Michel Lasserre

(1) Historique



La monnaie métal

La monnaie est un bien qui a pris différentes formes durant sa longue histoire. Dans l'Antiquité méditerranéenne, le bétail et le grain ont joué le rôle de monnaie tout autant que les métaux (cuivre, argent, or). L'or est un métal rare, malléable et inaltérable. Ces différentes qualités en font un moyen d'échange et de réserve de valeur reconnu depuis des millénaires. 

Les premières "pièces frappées" apparaissent vers la fin du VIIe siècle av JC. Elles portent une effigie qui apporte la garantie d'un souverain ou d'une communauté.  La frappe leur donne une valeur précise, valeur correspondant normalement au poids du métal (or, argent, cuivre) qui la constitue. Il n'est alors plus nécessaire de la peser pour connaître sa valeur. 

La monnaie métallique frappée devint pratiquement la seule monnaie utilisée pendant deux millénaires.

Au cours du Moyen-age, la monnaie circulait peu en Europe, il faut dire que le mode de production féodal ne la nécessitait guère. Les impôts étaient payés en nature, soit sous forme d'une partie de la production agricole, soit sous forme de corvée, et il en était de même pour une partie du paiement des travaux relevant de l'artisanat. Les communautés, essentiellement rurales, vivaient en quasi autarcie dans un système de relations sociales où le phénomène monétaire était secondaire. 
L'usure (prêt contre intérêt, crédit rémunéré) était contraire aux principes de la religion et officiellement interdite dans notre pays depuis 789 (Charlemagne), ce qui défavorisait nettement l'usage des pratiques monétaires. La monnaie d'or ou d'argent était principalement utilisée pour le commerce de biens de luxe, et circulait surtout dans les foires et dans les circuits internationaux. 

Des pratiques bancaires, qui existaient déjà dans l'Antiquité méditerranéenne, réapparurent dans l'entourage des marchands :

- au XIVe siècle la monnaie de papier fit son apparition avec la lettre de change , elle permettait d'éviter le transport du métal en s'y substituant temporairement. 

-  l'escompte, qui permet de se faire régler immédiatement une lettre de change  

- les compensations sur livre de compte permettaient aux banquiers de compenser leurs créances et dettes réciproques. 

Il est important de bien comprendre ces deux pratiques monétaires, car elles sont au coeur des systèmes bancaires d'hier comme d'aujourd'hui.

  

  Lettre de change : Un commerçant achète des marchandises. Au lieu de payer immédiatement en monnaie "sonnante et trébuchante", il fournit un document où il s'engage à ce que le fournisseur puisse être payé par son banquier ou toute autre personne désignée. 

  Ce procédé permet à un commerçant vénitien, qui se rend à Amsterdam ou sur une Foire pour effectuer des achats,  d'éviter d'emporter du métal précieux pour régler ses dépenses. Il créera une "lettre de change" que le fournisseur se fera compenser par son banquier. 

  Cette technique financière permet un délai entre la livraison et le paiement, délai qui peut être précisé sur la lettre "payable le....". Ce délai correspond à un crédit. 

  Le fournisseur pourra éventuellement transférer cette lettre de change à un de ses propres créditeurs pour régler une dette ou effectuer d'autre achats, elle pourra ainsi passer par plusieurs intermédiaires avant son règlement définitif.

  Le chèque d'aujourd'hui est une évolution de la lettre de change.

 

  Escompte :  Un producteur fourni des marchandises à un détaillant, ce dernier le règle par l'intermédiaire d'une lettre de change payable au terme de trois mois. Le producteur la porte à sa banque, celle-ci lui règle immédiatement la somme en question (moins sa commission). Le banquier récupérera lui-même cette somme auprès du détaillant à l'échéance de la lettre de change.



  Compensation sur livre de compte : Technique de règlement entre plusieurs parties débitrices et créditrices les unes vis à vis des autres, limitant l'usage des moyens de paiement au règlement du solde net de ces diverses opérations. 

  Prenons l'exemple de deux banquiers, l'un de Venise et l'autre d'Amsterdam. Plusieurs clients du banquier de Venise sont créditeurs ou débiteurs des clients d'un banquier d'Amsterdam, lequel a lui même des clients créditeurs ou débiteurs du même banquier de Venise.

 Ces deux banquiers n'auront pas besoin de se transmettre mutuellement la totalité des  fonds nécessaires à ces transactions, mais seulement le solde net. Si l'un doit globalement 200 000 Florins à l'autre, et que l'autre lui doit 190 000 Florins, ce ne sera pas un total de 390 000 Florins qui aura besoin d'être transféré, le premier fera seulement parvenir 10 000 Florins au second.

De nos jours, les banques commerciales compensent quotidiennement leurs avoirs réciproques à partir de leur compte auprès de la Banque Centrale.



La monnaie papier (monnaie fiduciaire)

En 1609, la Banque d'Amsterdam prend en dépôt les différentes monnaies métalliques que lui apportent les commerçants, et met en circulation des billets. 
Le montant de billets émis correspondait à la valeur du métal déposé à la banque, les billets se substituaient simplement au métal et n'étaient pas une véritable monnaie qui s'ajoutait à celui-ci. 
Le métal précieux déposé était la contrepartie des billets, et ces derniers étaient détruits quand le déposant récupérait son or ou son argent. 

Les choses changent en 1656 quand la Banque de Suède adopte une nouvelle technique, elle émet toujours des billets contre la valeur du métal précieux qu'elle prend en dépôt, mais elle émet un supplément de billets qui sont utilisés pour escompter des "effets de commerce".

  Effet de commerce : Titre de créance remplaçant un paiement en monnaie. Cette créance peut être payable à vue ou à terme. La lettre de change, la traite, le billet à ordre, le chèque sont des effets de commerce.

 

La pratique de l'escompte était déjà utilisée par les banques, mais jusqu'à cette date la banque rachetait les effets contre de la monnaie métallique, et non contre un simple papier. Les billets de la Banque de Suède restaient toujours convertibles en métal auprès de la banque, mais, pour la première fois, une banque émettait officiellement plus de billets qu'elle n'avait de métal en réserve
Les billets émis ne se substituaient pas à la monnaie métallique mais s'y ajoutaient, et de la monnaie supplémentaire était ainsi créée. La contrepartie de cette monnaie n'était plus seulement du métal précieux, mais du crédit sur des effets de commerce. 
Cette pratique se répandit au cours du XVIIIe siècle et se généralisa au cours du XIXe siècle.

La Banque de France fut créée par Napoléon 1er en 1800. C'était une banque privée dont Napoléon était lui même actionnaire. Elle utilisait bien entendu les méthodes de la Banque de Suède, d'autant plus que le prêt contre intérêt était devenu légal depuis la Révolution. Les billets émis étaient d'un montant élevé, et destinés à circuler pour effectuer de gros règlements. Ils étaient convertibles en or aux guichets de la banque, mais n'avaient pas "cours légal" (ce qui signifie que nul n'était obligé de les accepter en paiement).

Pendant la grave crise économique et sociale de 1848, le gouvernement proclama le "cours légal" (obligation pour tous d'accepter les billets en paiement), et le "cours forcé" (la banque n'échange plus les billets contre de l'or), il y mit fin en 1850. 
En 1870, le cours légal et le cours forcé sont à nouveau proclamés. La convertibilité est rétablie en 1878, mais le cours légal est définitivement instauré. 
Le cours forcé sera rétabli en 1914 , et il durera jusqu'en 1928 où une convertibilité très partielle (seulement contre lingots d'or de 12 kg) sera instaurée jusqu'en 1936. 
Depuis 1936, le billet de la Banque de France a cours légal et forcé.

La montée du billet de banque n'empêcha pas la référence à l'or pendant de nombreuses années, on peut d'ailleurs constater une augmentation régulière de sa valeur en équivalent monétaire :

- le Franc germinal de 1803 équivalait à 322, 58 mg d'or,
- le Franc Poincaré de 1928 équivalait à 65,5 mg,
- le nouveau Franc de 1959, soit 100 anciens Francs, à 180 mg,
- la dévaluation de 1969 le descendit à 160 mg.

Depuis 1969 la valeur du Franc n'a plus jamais été déterminée par rapport à l'or, qui fut officiellement démonétisé en 1976 lors des accords de Kingston. Toute référence à l'or pour exprimer la parité des monnaies devint alors interdite. 
On peut remarquer que si quelques banques centrales ont vendu une partie de leur réserve d'or, elles en conservent néanmoins une grande quantité : environ 2 800 tonnes pour la France et 32 000 tonnes pour l'ensemble des Banques centrales. Cette quantité est très importante vu que l'on estime que seulement 150 000 tonnes ont été extraites par l'homme, et dont 10 000 se seraient perdues. 
Si l'or a officiellement perdu sa place en tant que valeur monétaire, l'existence de ces stocks montrent néanmoins qu'il reste toujours une valeur financière de réserve.

Si de nos jours, la valeur de la monnaie n'est plus directement reliée à un poids d'or donné, on peut toujours acheter de l'or, mais c'est alors en tant que "matière première", et non en tant que valeur monétaire. 
La valeur de l'or de la Banque de France correspondait à  42,2 milliards d'Euros en décembre 2006, alors qu'à la même date la quantité de billets et pièces en circulation s'élevait à 122 milliards d'Euros, et l'ensemble des dépôts bancaires à 1249,6 milliards d'Euros. L'or ne représente donc qu'une petite partie de la contrepartie de la monnaie existante.

 

La monnaie dématérialisée (monnaie scripturale)

La deuxième moitié du XXe siècle voit apparaître de nouvelles pratiques monétaires : l'utilisation du chèque et celle de la carte bancaire entraînent une dématérialisation croissante de la monnaie. Désormais, sa majeure partie n'existe plus que sur des disques durs d'ordinateur.

 


[1] Si les historiens ne s'accordent pas tous sur cette primauté de pratique de la Banque de Suède, ils font en général remonter "l'officialisation" de cette pratique à la même période historique.


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