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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 05:28

http://goudouly.over-blog.com/article-petition-contre-le-financement-public-de-civitas-112991421.html

Pétition contre le financement public de Civitas.

 

L'officine intégriste CIVITAS, qui se définit elle-même comme un « lobby catholique traditionaliste », synthèse de l'intégrisme catholique lefebvriste et du nationalisme identitaire, incite au financement de ses méfaits en sollicitant des dons de la part de particuliers et de sociétés, dons qui bénéficient d'une déduction fiscale sous la forme d'une réduction d'impôt. L’État, et donc l'ensemble des citoyens, finance ainsi CIVITAS en renonçant à percevoir 60 ou 66% du montant des dons au travers de la réduction des impôts acquittés par les donateurs.
Le reçu délivré par CIVITAS permet aux particuliers de déduire de leur impôt sur le revenu 66% du montant de leur don, et aux entreprises de déduire 60% de leur don de leur impôt sur les sociétés.
Rappelons que cette déductibilité des dons est sensée être réservée aux associations d'intérêt général ou d'utilité publique.
Ainsi, pour permettre cette réduction d’impôt, l'administration fiscale considère donc que l'association CIVITAS fait œuvre d'intérêt général.
En tant que citoyens, nous ne pouvons pas accepter cette forme de financement public d'une association qui s'oppose ouvertement à l'intérêt général en organisant des manifestations hostiles à l'égalité des droits et à la liberté d'expression, n'hésitant pas à utiliser la force et à troubler l'ordre public. Après les manifestations contre la pièce de théâtre de Romeo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu ou contre la pièce de théâtre de Rodrigo García Golgota picnic, CIVITAS a franchi un pas en justifiant les graves violences qui ont eu lieu à l'encontre des FEMEN et de la journaliste Caroline FOUREST lors de la manifestation qu'elle a organisée le 18 novembre contre le projet de loi pour le mariage pour tous.
Nous demandons donc à Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, de prendre sans délai toute mesure nécessaire pour que l'association CIVITAS ne puisse plus bénéficier de la possibilité d'émettre des reçus cerfa N°11580*03 au titre des article 200 et 238 bis du code général des impôts, rendant ainsi impossible toute déduction fiscale sur les dons qui lui sont faits, c'est à dire toute compensation financière puisée dans les ressources de l'État en direction de CIVITAS.

 

Signez : ICI

 

Pétition initiée par l’Union des FAmilles Laïques

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 06:04

 

 

 

logo_ufal_09.jpg

 

L’UFAL de l’Ariège soutient toutes les formes de familles

 

La question de l’union volontaire de deux personnes est pour tout un chacun une question importante qui concerne autant la volonté d’exprimer un amour et un engagement commun libre et consenti, que l'obtention de droits et la réflexion en termes de transmission patrimoniale.

La situation actuelle laisse sur le pas de la porte un grand nombre de couples.

L’institution du mariage qui relève historiquement, mais pas exclusivement, du fait religieux, a été sécularisée le 20 septembre 1792 et est entrée dans le code civil en 1804. Faut-il rappeler que le mariage civil, célébré en mairie, est l'un des deux seuls acte juridique, avec le Pacs, reconnaissant une union profane et patrimoniale ?

Toute autre forme d'union est libre et non reconnue par la République.

Notons au passage les propos d'Henri Peña-Ruiz en février 2004 : "Dans une communauté de droit, comme la République, la loi politique, émancipatrice, vecteur de l'intérêt général, permet de soustraire les rapports des hommes à l'empire multiforme de la force. La laïcité réalise une telle exigence, car elle promeut l'autonomie morale et intellectuelle des personnes, la pleine égalité de leurs droits, sans discrimination liée au sexe, à l'origine ou à la conviction spirituelles. La séparation juridique de la puissance publique d'avec toute Eglise et tout groupe de pression, qu'il soit religieux, idéologique ou commercial est pour cela essentielle."

L’évolution de notre société dans le cadre d'une République, sociale et laïque exige que la loi s’adapte. C’est pourquoi le gouvernement actuel présente un projet la loi pour élargir le mariage aux couples homosexuels.

Le lobby clérical (dominé par l’épiscopat catholique), soutenu par l’opposition politique de droite et –malheureusement– repris par la majorité des associations familiales représentées à l’UNAF, s’oppose frontalement au projet de « mariage pour tous ».

Que chaque culte ouvre ou non le mariage religieux à tous les couples, c’est son affaire – affaire privée. Que la République mette en place le mariage civil pour tous, c’est une affaire publique, dans laquelle les dogmes religieux particuliers ne peuvent d’aucune manière intervenir.

Nous considérons, UFAL Ariège, que le mariage n’est plus en mesure de répondre aux évolutions de la société telles qu'elles s’opèrent sous nos yeux.

En effet, alors que le mariage tombe en désuétude, le Pacs  initialement destiné aux couples de même sexe, est majoritairement souscrit par des couples hétérosexuels. Pourtant, les droits des « pacsés » sont encore loin de ceux des couples mariés : patrimoine, protection du partenaire le plus faible en cas de séparation, décès (pension de réversion), adoption, recours à la procréation médicalement assistée, etc..

L’UFAL Ariège regrette donc que le projet gouvernemental ne prévoie pas l’élargissement du Pacs, par l'égalité des droits du mariage notamment en matière d'adoption et d'accès à la procréation médicalement assistée. Nous considérons qu'il ne va pas au bout de sa démarche.

Compte tenu de la diversité actuelle des formes de familles, nous devrions adopter un principe de statut commun unique pour ce qui concerne l'ensemble des unions. Cela implique une égalité de droits et de devoirs pour toutes et tous dans la formation du couple.

L’UFAL Ariège, de concert avec l'UFAL nationale, continuera donc son combat pour une égalité en droits de tous les couples (mariés, pacsés, concubins, et en union libre), et des enfants, légitimes, naturels, reconnus ou adoptés par la mise en place d'un contrat unique d'union civile.

De la même manière, dans notre République française qui devrait être une et indivisible, nous regrettons les dérogations qui seront applicables à la Nouvelle-Calédonie, à Wallis-et-Futuna, et à la Polynésie française.

L’UFAL Ariège tient cependant à saluer l’introduction dans le Projet de loi d’une modification de l’article L.211-9 du Code de l’action sociale et des familles qui obligera l'UNAF à reconnaître des couples mariés homosexuels parmi les adhérents des associations familiales. C’était en effet une des revendications qu’avaient formulées nos représentants aux Ministres. Cette revendication s’inscrit dans un combat plus large visant à en finir avec les modalités rétrogrades de comptabilisation des adhérents au sein de l’institution familiale qui faisaient perdurer la survivance d'un « suffrage familial » d’un autre âge.

L'UFAL Ariège considère que le débat sur le sujet du mariage, de l'adoption et de la procréation médicale assistée doit continuer car il est la garantie de l'évolution de notre société. Nous notons au passage que les associations majoritaires de l'UNAF seraient bien plus crédibles dans leurs débats de société si elles mettaient de côté les a priori et idées toutes faites comme elles l'ont fait dans ce débat particulier. Aussi nous souhaitons que l'UDAF Ariège puisse organiser un débat public serein sur ces sujets.

Nous y serons présents pour défendre l'égalité des droits pour tous les couples et toutes les familles.

UFAL Ariège

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 05:41

http://goudouly.over-blog.com/article-la-laicite-c-est-la-liberte-112220838.html

 

L'UFAL lance sa campagne "La laïcité, c'est la liberté" !

agir_semaine_laicite_2012.jpg


Cette année, l'UFAL nationale a souhaité harmoniser la communication des diverses manifestations des UFAL locales, organisées à l’occasion de la Semaine de la laïcité, à travers une campagne nationale de communication !

Celle-ci permettra de promouvoir ces initiatives dans toute la France et surtout d’améliorer leur visibilité autour d’un slogan et d’un visuel commun : "La laïcité, c'est la liberté"


Ainsi, pour communiquer au niveau local, vous aurez à votre disposition :

 

affiche_semaine_laicite_2012.png

• Des affiches aux couleurs de la campagne (format A2)

• Des tracts resto/verso (format A5) que vous pourrez personnaliser au dos avec vos manifestations locales

• Une brochure pédagogique illustrée "Qu'est-ce que la laïcité ?" (8 pages au format A5) à distribuer au grand public lors de vos événements

• Des drapeaux UFAL, pour être visible lors de l'événement (en tissu, 80x80 cm)

Télécharger l'affiche
(elle est également disponible en haute définition à la demande)


La campagne sera également relayée sur la lettre d'information UFAL Flash envoyée à près 37 000 abonnés, et sur les réseaux sociaux.

Conférences, projections-débats, activités ludiques ou pédagogiques, expositions, banquets républicains, plantations d’arbres, représentations artistiques, etc. du 3 au 9 décembre 2012, mais aussi avant et après...
N'oubliez pas de faire remonter vos actions au siège afin qu'elles soient référencées en ligne dans le programme national de la semaine : http://www.ufal.org/laicite-2012


La matériel habituel de l'UFAL peut également vous être utile : plaquette de présentation de l'UFAL, brochure "Centenaire de la loi 1905", derniers numéros du journal UFAL info, affiches classiques, plaquette de présentation des livres de la boutique militante, etc...

Contactez le siège de l'UFAL : ufalsiege@ufal.org / 01 46 27 09 25

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 05:40

 

out-of-the-box.jpg

 

Regards de Femmes

Le 14 juin 2012

 

L’association Regards de Femmes s’associe avec joie à l’association « Cirque de Femmes en Tout Genre » de Toulouse pour accueillir en notre ville de Pamiers un collectif du Cirque des Femmes de Melbourne


les 4 et 5 juillet prochains

à la Salle du Jeu du Mail.

 

Ce cirque  a été créé en 1991 à l’initiative de Donna Jakson pour accompagner des femmes en reconstruction suite à des violences conjugales et abus sexuels. Au fil du temps, et devant son succès il s’est ouvert à toutes les femmes quels que soient leur âge, taille, horizons, morphologie, expériences artistiques et sportives.

Le « Women's Circus »  qui se présente comme une école pour amateures, accueille aujourd'hui une centaine de femmes chaque année, avec depuis le départ, l'idée de promouvoir l'autonomie des femmes et de proposer un espace où, à travers la pratique du cirque, des femmes entre elles se sentent fortes et mieux dans leur corps.

De magnifiques vidéos sont disponibles  sur le net,

« Tele-debout » lien  http://teledebout.org/index.php?page=cirque

 

 

Le Mercredi 4 Juillet à 20 H vous pourrez découvrir leur spectacle « OUT OF THE BOX » (participation libre).
En première partie, Regards de Femmes jouera quelques unes des scènes de son cabaret annuel.
A la fin du spectacle, un temps d'échange convivial est prévu entre toutes et tous autour de la buvette.
L’association Toulousaine nous fera partager son exposition de photos sur place.

 

 

Le lendemain des ateliers d'initiation cirque seront animés par les circassiennes de Melbourne.

Nous vous invitons à venir nombreuses et nombreux à encourager l’originalité de ces démarches et partager dans la convivialité nous l’espérons de beaux moments !

 

Porteuses du projet : Le Cirque de Femmes en Tout Genre de Toulouse.

cftg.wordpress.com //cirquedefemmesentoutgenre@gmail.com


Partenaires sur l’Ariège : Regards de Femmes, regardsdefemmes09@orange.fr

Hérisson Bellor, Droit des Femmes et de l’Egalité, Planning familial 09, CIDF, VFA.


Contact : 06 87 96 75 26 ou 06 88 13 72 82 (Regards de Femmes)

 

photo.JPG

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 06:40

http://goudouly.over-blog.com/article-le-culte-du-veau-d-or-81826000.html


carte postale de Thierry Amarger

"Architecture de hasards" 2003
Thierry Amarger
(photo F. Pollard)

Sur The cARTed Picture Show

 

Le culte du veau d’or

ou le choix des marchés financiers contre les peuples

 

Si l’affolement des marchés financiers n’existait pas, il faudrait l’inventer. Pour « rassurer les marchés », et faire plier les peuples devant l’appétit des manipulateurs de la finance, voici venu le temps de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire.

L’entretien médiatique entre Merkel et Sarkozy nous en donne la preuve : le « couple européen » au service du grand capital veut nous faire les poches jusqu’au dernier centime et nous demande de leur faire crédit les yeux fermés.

Qu’ont-ils annoncé ?

-         harmoniser les économies européennes ? Nous qui croyions que le traité constitutionnel servait à cela, ne nous l’ont-ils pas assez dit !

-         mise à l’étude d’une « taxe sur les transactions financières » : pur affichage sans engagement concret, échéance, ni précision, le tout ayant peu de chance d'aboutir dans les caisses de l’état.

-         imposer « la règle d’or » pour interdire les déficits : cela ressemble à une manœuvre électorale concernant uniquement les élections présidentielles françaises. Constitutionnaliser « la règle d’or » pour interdire les déficits : c’est sacraliser la domination des marchés, autrement dit le culte du Veau d’or.

-         convergence fiscale entre l’Allemagne et la France : en continuant à alléger les impôts des plus riches et les cotisations sociales des grosses entreprises ?

Quant à la moindre solidarité monétaire pour défendre les pays attaqués, l’Allemagne s’y est opposée, et Sarkozy a suivi. Chacun pour soi, et que les plus riches gagnent !

 

Qu’on ne s’y trompe pas : « l’équilibre des finances publiques » n’est invoqué que pour restreindre les prestations sociales et supprimer les services publics, afin d’orienter la richesse créée par le travail vers la sphère financière et les marchés privés au dépend de la satisfaction des besoins. . Désormais, hors des marchés, point de salut : aucun autre financement de la dette publique n’est plus permis !

 

De cela les familles vont souffrir plus rapidement que prévu.

 

Les attaques contre la sécurité sociale, les retraites, la santé ou l’école publique, se multiplient depuis 2002, mais le capital financier et ses « agences de notation » exigent d’aller beaucoup plus vite pour repousser le moment de leur faillite.

Les mesures à prendre risquent de renvoyer à la galerie des souvenirs notre nouveau régime de retraite à 67 ans - une douceur à côté de la mer de larmes qui nous attend.

 

Quand la spéculation anonyme exige « toujours plus » de rendement, les gouvernants se plient à ses desiderata, ils écourtent leurs vacances pour les satisfaire, piochant dans des poches étatiques auparavant déclarées vides. Mais quand il s’agit de consolider un système de retraite ou de santé, ils restent sourds à des millions de personnes dans les rues et s’attaquent au principe de solidarité lui-même. Deux poids deux mesures…: pour nos gouvernants, certaines dettes sont plus acceptables que d’autres.

 

L’Europe se construit contre les peuples.

Depuis la campagne de 2005 sur le TCE les Français en ont pris conscience : ils attendent des programmes politiques au service des peuples.

 

Face aux mauvais coups qui se préparent, les familles peuvent compter sur l’UFAL pour défendre avec elles un avenir vivable. Elles doivent aussi compter sur elles-mêmes en venant renforcer l’UFAL : rejoignez-nous !

UFAL

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 06:57

http://goudouly.over-blog.com/article-une-imposture-intellectuelle-76623484.html

 

carte postale de Mystère Urbain

"Montplaisir n°1"
(photo : François Bonal)

Association "Mystère Urbain"

 

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.066 - juin 1998 - Quimper

UNE IMPOSTURE INTELLECTUELLE

 


Je le dis d'emblée : qu'une petite dizaine de membres d'Attac, se prévalant de leur appartenance à  son conseil scientifique, n'hésitent pas à signer un tel texte témoigne de leur conception dégradée du débat intellectuel, et déconsidère cette importante instance de notre association.

Je ne vais même pas parler du fond de leur texte, mais uniquement de la méthode employée, les deux étant intimement liés.

Les signataires dénoncent un /"concept à la fois superficiel et simpliste"/. Fort bien, et pourquoi pas ? Mais quel "concept" ? Il n'est défini nulle part.

Les lecteurs attentifs à la production éditoriale s'attendaient à une analyse critique, mais étayée, de deux livres très récents, dont le titre comprend le mot "démondialisation" . Il s'agit de celui de Jacques Sapir, /La Démondialisation/ (Seuil, Paris, 2011, 259 pages, 19,50 euros)  et de celui d'Arnaud Montebourg, /Votez pour la démondialisation/ (Flammarion, Paris, 2011, 87 pages, 2 euros, préface d'Emmanuel Todd). Or à aucun moment ces deux auteurs ne sont nommée et encore moins cités.

Si les signataires avaient pris la peine de lire ces livres - ce que j'ai fait - ou même seulement de les ouvrir, ils auraient constaté, d'une part, que Sapir et Montebourg ne donnent pas exactement le même sens au mot et n'en tirent pas les mêmes conséquences, et, d'autre part, que le contenu des deux textes en question n'a pas grand chose à voir avec le déferlement de caricatures qui tient lieu de "tribune". Dont l'inévitable et bien commode invocation du Front national.

Au lieu de faire le "minimum syndical" de lecture crayon en main, et d'expliciter le concept qu'ils prétendent dénoncer, les signataires s'inventent un "punching ball" virtuel sur lequel ils  cognent sans retenue avec des "arguments" ressassés.  On comprend qu'ils veuillent se donner l'apparence du sérieux en brandissant la pancarte "conseil scientifique". J'appelle cela une imposture intellectuelle.

Ceux des signataires qui exercent des responsabilités dans l'université ou la recherche ne tolèreraient pas - on l'espère - un tel tour de passe-passe chez un de leurs étudiants. Ils ne tolèreraient pas davantage la confusion mentale qui consiste à opposer démondialisation, internationalisation et coopération, alors qu'il s'agit de la même chose (1).

On peut légitimement se demander : mais pourquoi ce factum en ce moment précis ? J'y vois, d'un côté,  une fuite en avant des signataires  pour ne pas tirer toutes  les conséquences de leur dénonciation verbale ( et récente) du libre-échange et, d'un autre côté, leur volonté de diaboliser un concept dont ils pressentent la pertinence et l'impact. Encore un effort camarades pour vous mettre au clair avec vous-mêmes !

Bernard Cassen

(1) Dans un texte vieux de 15 ans, au titre explicite,  "Et maintenant... démondialiser pour internationaliser" publié dans /Manière de voir/, n° 32, novembre 1996, je proposais une définition simple de la démondialisation : /"Tendre à ce que le périmètre de la prise de décision démocratique coïncide le plus possible avec celui de la capacité de régulation des flux économiques et financiers"/. Ce qui n'est évidemment pas le cas au niveau européen et encore moins mondial. Pour plus de précisions, ci-dessous le lien vers ce papier :

http://www.medelu.org/spip.php?article688&var_recherche=démondialisation <http://www.medelu.org/spip.php?article688&var_recherche=d%C3%A9mondialisation>


*La démondialisation, un concept superficiel et simpliste*



06 Juin 2011 Par Les invités de Mediapart <http://blogs.mediapart.fr/blog/les-invites-de-mediapart>

Edition : Les invités de Mediapart <http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart>

*Geneviève Azam, Jacques Cossart, Thomas Coutrot, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Pierre Khalfa, Dominique Plihon, Catherine Samary *et*Aurélie Trouvé*, membres du Conseil scientifique d'Attac, s'inquiètent de la fortune rencontrée par la  «démondialisation», qui induirait la suspension des logiques de coopération nécessaires au progrès des droits sociaux sans résoudre aucune des crises actuelles.

La violence de la crise mondiale et l'échec des politiques néolibérales aggravées font fuser de partout des propositions en apparence iconoclastes. La mondialisation néolibérale reposant sur la libre circulation des capitaux et la financiarisation du monde, les désastres provoqués par ces politiques ont suscité l'émergence à la fin des années 1990 d'un mouvement initialement qualifié par les médias d'«antimondialiste», qui, en mûrissant, s'est lui-même rebaptisé «altermondialiste». Mais l'apparition récente de la thématique de la «démondialisation» risque de nous ramener beaucoup plus de dix ans en arrière.

La «démondialisation» est un concept à la fois superficiel et simpliste. Superficiel parce que, à la racine de la financiarisation mondialisée, il y a les décisions de forces sociales et de gouvernements nationaux, décidés à remettre en cause partout les droits sociaux. L'oligarchie n'est pas étrangère, l'ennemi n'est pas le travailleur chinois. Simpliste car les réponses à la crise nécessitent «plus de mondialisation» dans certains domaines et «moins de mondialisation» dans d'autres, mais exigent surtout une mutation radicale de la logique même de la mondialisation (alter-mondialisation)...

D'un côté, il faut évidemment réduire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les systèmes productifs. Pour des motifs sociaux: stopper la concurrence entre travailleurs et paysans du monde, valoriser la diversité des savoirs et des pratiques sociales, nourrir les populations et assurer la souveraineté alimentaire. Pour des motifs écologiques: réduire les émissions de CO2, diminuer la pression sur les ressources naturelles et leur pillage. Pour des motifs politiques: retrouver des formes de démocratie proche des citoyens.

Mais, de l'autre, il faut plus de coopération européenne et mondiale dans bien des domaines à mutualiser: sauvegarde des écosystèmes, gestion et répartition des ressources rares qui font partie des biens communs (eau, terre, énergie, alimentation, savoirs, techniques, médicaments...), mondialisation des droits sociaux par l'application des conventions de l'Organisation internationale du travail... Les révolutions arabes, leur écho en Europe et ailleurs, montrent à nouveau la nécessité de l'internationalisation des luttes, portées partout par les mêmes aspirations à la justice et à la démocratie. Ce n'est pas «la mondialisation» que nous rejetons, mais la mondialisation néolibérale et capitaliste, telle qu'elle est organisée par les intérêts des firmes multinationales, les «marchés» et les grandes puissances.

Nous affirmons qu'il faut en finir avec cette idée absurde selon laquelle le FN poserait les bonnes questions (contre le «mondialisme») mais n'apporterait pas les bonnes réponses. Le FN ne propose pas les bonnes réponses parce qu'il ne pose pas les bonnes questions. Le retour à des régulations essentiellement nationales ne résoudrait aucun des problèmes qui se posent aujourd'hui à nous.

La crise sociale? Le chômage incompressible, la précarité généralisée, la destruction progressive du droit du travail, de la protection sociale et des services publics au sein des pays développés, ne sont pas d'abord imputables aux pays émergents mais aux politiques systématiques amorcées à la fin des années 1970 lorsque les classes dominantes ont entrepris de rétablir la rentabilité des capitaux. L'effondrement de la part salariale dans la valeur ajoutée s'est produit pendant la décennie 1980, bien avant que la Chine devienne l'atelier du monde. On ne renversera pas le dogme de la «création de valeur pour l'actionnaire» en commençant par des droits de douane contre la Chine mais par une redistribution des richesses dans nos pays et entre pays. La réduction des inégalités passe au plan mondial par l'annulation des dettes des pays pauvres et la reconnaissance de la dette écologique; à l'échelle européenne, par l'instauration de véritables transferts budgétaires vers les pays moins développés; au plan national, par une réforme fiscale instaurant un revenu maximum et une forte progressivité de l'impôt. La «démondialisation» n'apporterait rien à l'affaire.

La crise européenne? Certains économistes de gauche pensent que la solution passe par une sortie de l'euro et une dévaluation du franc retrouvé. Le FN rebondit sur ces propositions, adoptant le scénario et même le tempo proposés. Nous pensons que ces projets ne peuvent qu'accentuer les difficultés au lieu de les résoudre. Une monnaie nationale ne protège ni du néolibéralisme, ni de la spéculation, ni du productivisme: a-t-on vu quelque gouvernement britannique s'opposer au néolibéralisme du fait qu'il disposait de la livre sterling? Le franc, la livre ou la lire étaient-ils des boucliers contre les attaques spéculatives? Et le capitalisme appuyé sur les «États souverains» n'a-t-il pas produit un modèle de consommation destructeur, pillé les pays du Sud et creusé la dette écologique du Nord? La Banque de France, qui ne fait plus d'avances au Trésor public depuis 1973, mènerait-elle par nature une politique plus sociale que la Banque centrale européenne?

Surtout, à l'heure d'une crise aussi grave, le déferlement de politiques unilatérales tournerait le dos définitivement à une coopération entre les peuples. Une dévaluation unilatérale ne ferait qu'enclencher des mesures de rétorsion et une aggravation de la guerre économique entre pays européens. Au moment où les convergences des résistances et des initiatives populaires mettent au contraire en évidence la nécessité de décisions européennes fortes en matière de fonds tournés vers la recherche, l'éducation, la santé de base, les grandes infrastructures de transports publics, la transition énergétique...

Les partisans de la démondialisation présentent celle-ci comme la condition d'une réindustrialisation. Mais un véritable projet émancipateur ne peut se contenter de vouloir réindustrialiser sans examiner le contenu des projets industriels pour qu'ils s'insèrent dans une reconversion d'ensemble du modèle de développement. Il est impossible de revenir au capitalisme d'après-guerre, fondé sur des gains de productivité très élevés désormais hors d'atteinte et sur le pillage des ressources non renouvelables, surtout dans le Tiers-monde.

Nous ne croyons pas que le retour au national résoudrait la crise de la démocratie car celle-ci est profondément enracinée dans des mécanismes qui, y compris au niveau national, écartent les citoyens des décisions qui les concernent. La démocratie doit se construire partout où les pouvoirs de décisions déterminent notre existence, c'est-à-dire du local au mondial, même si évidemment le niveau national garde toute son importance.

S'il est urgent de «révolutionner» la maison Europe, il faut commencer par le commencement: s'attaquer au pouvoir du capital en restreignant sa liberté de mouvement, refonder la fiscalité, les services publics, la protection sociale, le travail décent; s'attaquer au productivisme et à ses variantes. Les mobilisations sociales contre l'austérité qui montent en Europe sont un levier pour engager une véritable transformation de la société. Il sera alors nécessaire, pour le ou les gouvernements voulant rompre avec le néolibéralisme, de briser le carcan des traités européens, au besoin en menaçant de faire voler en éclats cet euro-là, de manière concertée avec d'autres peuples et mouvements sociaux. Mais cela n'aura aucunement le même sens que le repli national qui se profile derrière la notion de démondialisation.

Nous tirons la sonnette d'alarme parce que les politiques d'austérité, aggravant la crise, mènent les sociétés au bord de l'explosion: Grèce, Portugal, Espagne, Irlande. Demain, Belgique, Italie, France? C'est dans ces moments d'extrême tension que les politiques brunes se fraient un chemin sous les déguisements les plus divers. La guerre commerciale et monétaire aggraverait la concurrence entre les États et détruirait l'idéal de solidarité que doit porter tout projet progressiste. Qui osera proposer la démondialisation et le repli national aux participants du Forum social mondial, aux jeunes en lutte sur la Place Tahrir ou à la Puerta del Sol? Bien au contraire, la conquête nécessaire de la souveraineté démocratique au plan national doit s'articuler à la construction de mouvements sociaux et citoyens européens et internationaux, qui seuls permettront d'éviter que les conflits sociaux ne soient détournés vers des logiques de rivalités nationales et identitaires.

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/060611/la-demondialisation-un-concept-superficiel-et-s

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 03:17

http://goudouly.over-blog.com/article-comment-la-laicite-a-ete-offerte-en-cadeau-au-front-national-70720836.html

 

carte postale de Editions du Mangeur

EDITIONS DU MANGEUR

PINOCCHIO (détail)
Photo : Richard Bugner

Sur The cARTed Picture Show

Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.044 - mai 1997 - Dole

 

Comment la laïcité a été offerte

en cadeau au Front national


Par Catherine Kintzler
Auteur de "Qu'est-ce que la laïcité", publié chez Vrin, 2007.
http://www.mezetulle.net

Qui aurait dit que la laïcité, réputée ringarde il n’y a pas si longtemps, deviendrait un objet « fashion »  convoité par les politiques ? Convoité ? Il vaudrait mieux dire instrumentalisé. Comme bien d’autres objets de pensée et de droit, la voici à son tour fardée pour un débat biaisé, une récupération cosmétique où on entend tout et n’importe quoi. 
Mais l’opération vient de plus loin, préparée par des années d’égarement politique – tant à droite qu’à gauche – enraciné dans une affligeante ignorance qui oscille en réaffirmant toujours la même double erreur : diluer la laïcité dans des accommodements déraisonnables (exemple : « et si on finançait les lieux de culte ? ») ou la durcir vers l’ultra-laïcisme (exemple : « et si on interdisait l’affichage religieux aux usagers des services publics? »).
Rien d’étonnant à ce que le Front national n’ait qu’à se baisser pour ramasser ce cadeau inespéré bichonné par de longues années d’aveuglement des politiques de gauche comme de droite.

Par quel processus la laïcité est-elle tombée dans l’escarcelle du Front national ?

Le président de la République et son gouvernement ont certes bien travaillé à ce transfert inquiétant en faisant un grand écart (du discours de Latran aux récentes déclarations de Claude Guéant) où chaque pied repose exactement hors-sujet. Mais la voie était ouverte de longue date par bien des « forces laïques » traditionnelles principalement durant les années 1980-90 (notamment partis de gauche et Ligue de l’enseignement) dans un grand désordre1.


Deux dérives symétriques et complices


Deux dérives symétriques et complices dans leur diamétrale opposition, auxquelles bien des « forces laïques » se sont livrées, ont en effet préparé depuis une trentaine d’années l’essentiel ce transfert politique. Pour caractériser ces deux dérives et les combattre, il faut inlassablement préciser et rappeler que la laïcité ne se confond, ni avec un « nettoyage » des manifestations religieuses dans la vie civile, ni avec une acceptation de ces mêmes manifestations partout. L’auteur de ces lignes l’a fait depuis de longues années, dans de nombreux textes et se contentera, pour ne pas lasser ses fidèles lecteurs, d’un bref rappel2.

Le régime de laïcité dissocie le domaine de constitution du droit et des libertés (domaine de la puissance et de l’autorité publiques rendant les droits possibles – il inclut notamment l’école publique) d’avec celui de leur exercice (domaine civil ouvert au public et domaine privé de l’intimité). Le premier domaine est assujetti au principe d’abstention (dit encore principe de laïcité), le second jouit des libertés au sens le plus large. Autrement dit, le régime de laïcité articule le principe de laïcité (valide dans le domaine participant de la puissance publique) et le principe de libre affichage des opinions notamment religieuses (valide partout ailleurs).
Sans cette distinction, qui ne se réduit pas à la confortable et souvent obscure opposition privé/public, la laïcité perd son sens : c’est précisément parce que la puissance publique et le domaine qui lui est associé s’astreignent à la réserve en matière de cultes que les libertés d’expression, d’association, etc. peuvent, dans le respect du droit commun, se déployer dans la société civile sous le regard d’autrui (par exemple : la rue, le métro, une boutique, un hall de gare…) et dans l’espace de la vie intime à l’abri du regard d’autrui. Ce déploiement s’effectue conformément au droit commun : l’exercice des libertés ne peut pas être contraire au droit d’autrui.

Les égarements politiques que nous observons depuis trente ans en matière de laïcité sont intelligibles à la lumière de cette disjonction, ou plutôt à la lumière de sa méconnaissance volontaire, ayant pour résultat l’affolement total de la boussole.

  • La première dérive a pris des noms variés, je l’appellerai la laïcité adjectivée (laïcité plurielle, ouverte, positive, raisonnable, raisonnée, etc. ). Elle consiste à vouloir étendre au domaine de l’autorité publique le régime de la société civile. Autrement dit, elle récuse le caractère neutre et minimaliste de la puissance publique républicaine, faisant de l’opinion religieuse une norme, autorisant les propos religieux au sein de l’Etat lui-même (et donc bientôt en son nom?) et aboutissant à légitimer la communautarisation du corps politique. Elle a été notamment désavouée par le vote de la loi de mars 2004 interdisant le port des signes religieux ostentatoires à l’école publique par les élèves comme par les personnels. Elle reprend de la vigueur ces derniers temps avec notamment le plaidoyer pour le financement des lieux de culte – on reviendra sur cette question dans un moment.
  • La seconde dérive, une forme d’extrémisme laïque, ou d’ultra-laïcisme, consiste symétriquement et inversement à vouloir durcir l’espace civil en exigeant qu’il se soumette à l’abstention qui devrait régner dans le domaine de l’autorité publique. Elle a marqué une partie de l’histoire de la IIIe République. Elle a refait surface récemment dans le cadre d’une réaction à la première dérive, et la déplorable affaire dite du gîte d’Epinal en 2007 lui a donné son moment critique. On a vu alors se former des groupes favorables à l’effacement dans l’espace civil de tout signe religieux, et qui ont diffusé récemment des thèmes non pas antireligieux généralement (comme cela serait cohérent avec leur principe) mais plus particulièrement anti-musulmans.
    Le pouvoir de nuisance de cette seconde dérive n’est pas négligeable : elle surfe en effet facilement d’une part sur l’opposition « privé/public » et de l’autre sur des opérations urbaines spectaculaires organisées par l’intégrisme islamique. Après avoir réalisé sa jonction avec l’extrême-droite à la faveur de l’opération « saucisson-pinard », elle vient de faire un groupie de plus en la personne de Claude Guéant, qui a déclaré récemment vouloir astreindre les usagers des services publics à l’abstention de tout affichage religieux. Pourquoi ne pas réclamer alors qu’on fasse taire les cloches et qu’on débaptise les communes portant le nom d’un saint ? Cette incohérence n’est pas un hasard.

Voilà comment ces deux courants se sont relayés et offert la laïcité à Mme Le Pen, l’un en désertant totalement le terrain du combat laïque pendant de longues décennies, l’autre en l’investissant avec des propositions durcies et réactives, les deux en épousant le fonds de commerce des politiques  d’extrême-droite, à savoir la constitution fantasmatique de « communautés » (en l’occurrence « les musulmans ») que les premiers révèrent en criant à la « stigmatisation » et que les seconds abhorrent.

Le mécanisme de balancier est facile à comprendre et à décrire.

A force d’amollir la laïcité, d’en nier l’essence au point d’introduire le discours religieux comme légitime dans le domaine de l’autorité publique, à force de consacrer le fractionnement du corps social en reconnaissance politique d’appartenances particulières, à force de dissoudre l’idée républicaine, on finit par réveiller ou par produire un mouvement réactif et rigide réclamant le « nettoyage » de toute présence du religieux dans l’ensemble de la vie civile et sa restriction à la seule vie intime -  autant dire qu’on réclame l’abolition de la liberté d’opinion. Une telle réaction campe sur l’ambivalence du terme « public », qu’elle interprète non pas comme ce qui participe de l’autorité publique, mais comme tout ce qui apparaît en public. Comment s’étonner alors que l’extrême-droite, criant à l’abandon de la laïcité, n’ait plus qu’à s’emparer d’un ultra-laïcisme aux ordres du nettoyage anti-religieux (que l’on réduit opportunément au nettoyage anti-musulman) ?

 

Faut-il financer les lieux de cultes avec l’argent public ?

A la lumière de ce cadeau insensé, on peut éclairer un sujet à la mode ces derniers temps, bien partagé à droite comme à gauche. Le non-financement public des lieux de culte est étrangement devenu une question alors que l’abstention de la puissance publique en la matière devrait aller de soi dans la France républicaine, où la puissance publique s’abstient de tout soutien à ce qui relève du religieux, de la croyance ou de l’incroyance, et en garantit la liberté précisément par cette abstention aveugle. C’est devenu une question parce que les tenants d’une laïcité adjectivée banalisent l’idée qu’il faut bien aider les cultes si on veut qu’ils soient libres. C’est devenu une question politique brûlante parce que les tenants de l’ultra-laïcisme brandissent un péril dit « d’islamisation » auquel le non-financement des lieux de cultes serait une réponse.

Or le non-financement public des lieux de cultes n’est pas un instrument politique dirigé contre les religions, ni a fortiori contre telle ou telle religion, ce n’est pas une arme à la disposition des tenants du « choc des civilisations ».
Il faut donc expliquer pourquoi le non-financement public des lieux de cultes est normal, pourquoi il est indissociable de la liberté des cultes, et pourquoi leur financement public serait en revanche un problème et pas seulement financier.
J’esquisserai une explicitation autant que possible en forme de réponse aux arguments que l’on entend, parfois même dans la bouche d’élus républicains qui tendent à banaliser l’idée d’une contribution publique aux cultes.


La liberté des cultes n’est pas un droit-créance


L’argument compassionnel est le plus fréquent : « si on ne veut pas de prières dans la rue, si on ne veut pas de prières dans les caves, il faut donner au culte musulman les moyens de sa liberté et de sa dignité ». Cet argument prend pour argent comptant ce qui pourrait n’être qu’une mise en scène : il faut donc vérifier si les phénomènes cités ne sont pas organisés sciemment. Mais il faut s’en prendre  au cœur de ce pseudo-argument en exhibant son fondement.
Son fondement est que la liberté des cultes doit non seulement être garantie par la puissance publique, mais que son exercice devrait être organisé et soutenu par elle – (on reconnaît ici une variante de la distinction entre droits formels et droits réels qui sert bien souvent à abolir les droits dits formels). Autrement dit, ceux qui soutiennent cette thèse font comme si le libre exercice des cultes était un droit-créance, alors qu’il s’agit d’un droit-liberté. Il faut insister particulièrement sur ce point car il permet d’embarrasser les « libéraux » qui par principe n’aiment pas les droits-créance (il faudrait en admettre un de plus?) et les gens « de gauche » qui, partisans traditionnels des droits-créance, devraient expliquer en quoi à leurs yeux les cultes seraient d’intérêt public. On ne peut même pas comparer les cultes à des clubs de foot ou de break dance car ils sont par principe exclusifs sur critère d’opinion.


On peut en revanche comparer la liberté des cultes au droit de propriété : j’ai le droit de m’acheter une voiture de luxe, et si je n’en ai pas les moyens, il n’appartient pas à l’Etat de m’y aider : c’est en ce sens que les cultes sont « privés ». La liberté des cultes n’est comparable, ni au droit à l’instruction, ni au droit à la santé, ni à aucune prestation sociale, ni au droit au logement ou au travail. Une autre grande différence est que la liberté des cultes comprend aussi sa négative : ne pas avoir de culte est une liberté, c’est un droit (et donc le financement public ne financerait qu’un droit partiel au détriment d’un autre).
On ajoutera trois remarques de bon sens :

  • Lorsqu’une association manque de locaux, elle se tourne vers ses adhérents et leur demande une participation financière plus forte.
  • S’agissant d’offices religieux, il n’est pas exclu d’envisager d’organiser plusieurs services successifs en cas d’affluence.
  • La proposition de financement public fait comme si l’exercice d’un culte était une norme sociale et la transforme en norme politique. Or même s’il n’y avait qu’un seul incroyant, il aurait le droit d’objecter que la mesure est injuste et de récupérer son argent.

 

D’autres arguments accompagnent l’argument compassionnel

  • « Si on ne finance pas, le financement viendra de l’étranger ». En quoi cela serait-il fondamentalement mauvais ? Et un cadeau public n’empêchera pas dans son principe un cadeau privé. La législation fiscale des associations en revanche a assez de moyens pour contrôler les mouvements d’argent suspects.
  • « Il vaut mieux financer pour avoir un moyen de contrôle. » Il n’y a pas de contrat et encore moins de « deal » entre l’Etat et les citoyens, entre l’Etat et les associations. L’Etat détient une autorité qu’il n’achète pas. Le fisc ne paie pas pour exercer un contrôle, le juge non plus, le policier non plus. A ceux qui avancent cet argument, il convient de faire remarquer qu’ils traitent la République française comme un pouvoir maffieux. On peut d’ailleurs se demander à quoi rimerait un « contrôle » en matière de libertés religieuses.

L’argument du rétablissement de l’égalité entre religions


Il s’appuie sur le caractère historique de la loi de 1905 : les collectivités publiques sont propriétaires des lieux de culte principalement catholiques et se chargent de leur entretien. Mais d’autres cultes ne bénéficient pas de cette disposition… donc il faudrait rétablir l’égalité en injectant de l’argent public dans la construction de nouveaux locaux.

Une telle disposition, si elle était valide, devrait valoir pour toutes les religions, et prendre en compte rétroactivement tous les édifices cultuels construits entre 1906 et aujourd’hui…
On prétend qu’il y aurait un problème parce que l’islam s’est développé en France après la loi de 1905 (et donc aurait été pénalisé par une histoire dans laquelle il n’a pas été présent). Mais la loi de 1905, comme toutes les lois, a été principalement faite pour après sa promulgation ! Toute disposition juridique importante doit affronter la temporalité : « liquider » une situation antérieure, prendre des dispositions transitoires et fixer des délais à partir desquels elle s’applique pleinement. Cela a été fait clairement par la loi de 1905. Et jusqu’à présent aucune religion nouvelle n’est de nature à démentir cette loi fort bien faite : toutes peuvent parfaitement la respecter sans être atteintes dans leur essence religieuse.

Rappelons aussi que, s’agissant des bâtiments du culte catholique absorbés par la loi de 1905, il s’agit d’un patrimoine culturel soumis à des contraintes publiques : les lieux de culte peuvent aussi être affectés parallèlement à d’autres activités. Lorsque j’entre dans une église, personne ne me demande d’observer un culte ni même d’avoir des égards ou du respect pour lui, on ne me demande que de la discrétion comme dans tout édifice public. Lorsqu’une statue est restaurée, sa restauration profite à tous, et cela se fait sur une base historique et mythologique par des opérateurs qui ne sont pas liés organiquement au culte : c’est sur la même base qu’on restaure les frises du Parthénon.


La loi de 1905 et les lieux de culte


L’amendement dit de Vichy à l’article 19

Il faudrait à présent aborder le contenu de la loi de 1905. Je n’en ai pas la compétence, n’étant pas juriste, et je soulèverai seulement un point, celui de l’amendement dit «Vichy » à l’article 19, introduit en 1942 : « Ne sont pas considérées comme subventions les sommes allouées pour réparations aux édifices affectés au culte public, qu’ils soient ou non classés monuments historiques. » (c’est moi qui souligne).

Cet amendement  permet de contourner le principe énoncé par l’article 2 de la loi et c’est grâce à lui que certaines collectivités territoriales financent des bâtiments cultuels comme cela s’est vu récemment aux Lilas.

On peut s’interroger d’abord sur le recours dont cet amendement est l’objet par des élus qui se disent par ailleurs laïques.
On peut aussi s’interroger sur le bien-fondé de cet amendement. On devrait en toute rigueur plaider pour le retour à la formulation antérieure (« Ne sont pas considérées comme subventions les sommes allouées pour réparations aux monuments classés. »), mais ce serait ouvrir dangereusement la boîte de Pandore du « toilettage de la loi ». On peut en tout cas ironiquement le dénoncer et dire que s’il fallait la toiletter la loi, ce serait plutôt en la rendant partout conforme à son principe !


L’Alsace-Moselle


Enfin reviendra peut-être le prétexte de l’Alsace-Moselle. Là encore, je pense qu’il faut se garder d’ouvrir la boîte de Pandore et souligner qu’il s’agit expressément d’une exception qui ne saurait subvertir la règle. Il convient néanmoins à mes yeux de rappeler deux éléments.

  • Le régime concordataire est contraire à l’égalité dans l’exercice des cultes (car certains cultes ne sont pas reconnus) et à celle des citoyens en général, qui doivent payer pour des cultes qu’ils ne pratiquent pas ou qu’ils réprouvent. Il oblige de plus ceux qui veulent échapper à l’enseignement religieux de déclarer ce désir. Une récente proposition du Haut Conseil à l’Intégration suggère que la charge de la déclaration soit inversée et qu’elle incombe à ceux qui souhaitent cet enseignement. Cette mesure dont le coût est nul aurait une haute portée symbolique pour souligner l’anomalie d’un régime concordataire.
  • Le régime concordataire est contraire dans son principe à la liberté religieuse puisqu’il consacre la légitimité d’autorités que les Églises veulent bien lui désigner, et qu’il néglige nécessairement les cultes nouveaux : il lui faudrait sans cesse renégocier s’il voulait être à jour et étendre le financement public à des niveaux imprévisibles. Que se passerait-il en cas de schisme ? Où est la liberté des fidèles face à des appareils religieux désignés par le pouvoir politique, alors qu’ils devraient être seuls à les déterminer ? Le régime de laïcité, par son silence, laisse une entière liberté aux cultes, qu’il encadre par le droit commun.

Le jeu de l’oie à la mode : éviter la case laïcité en en parlant sans cesse

Ainsi, en peu de temps, on a vu les mêmes plaider pour une « laïcité positive » qui mettrait la puissance publique à l’ordre des religions, puis présenter le projet insensé de soumettre « les usagers » des services publics à l’abstention de tout affichage d’opinion religieuse, en passant par le projet de financement public des lieux de culte. Tout et n’importe quoi a été entendu et on peut s’attendre à de brillantes variations dans la suite de ce jeu de l’oie où le but est d’éviter systématiquement la case laïcité. Le Front national serait bien bête de ne pas ramasser la mise de ce gaspillage politique.

En l’absence de boussole, on va d’un extrême à l’autre, on passe d’une laïcité énucléée et dénaturée à un ultra-laïcisme liberticide : tout dans cette affaire respire l’affolement, rien n’y décèle la moindre once de pensée sauf à confondre la pensée avec la panique devant une calculette. Mais cette oscillation s’observe aussi chez d’aucuns qui se prétendent les adversaires politiques des premiers et qui dénoncent aujourd’hui leur fébrilité : la  différence est qu’elle est de plus longue durée, témoignant que l’obstination dans l’absence de pensée et de principes n’est pas une exclusivité.

© Catherine Kintzler, 2011

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 03:30

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carte postale de Stéphane Mroczkowski

Stéphane Mroczkowski
surface-réseau 2004

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.183 - octobre 2004 - Strasbourg


Débat sur la laïcité ?


Sérénité, attention et réflexion appliquées, recommandent les responsables de culte !

 


La Conférence des Responsables de Culte en France a été créée le 23 novembre dernier et elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du Judaïsme. Cette initiative est justifiée par la volonté d’approfondir notre connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société.

La laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble. Veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis. Il nous parait capital, pendant cette période pré-électorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation.

Nous signons ensemble cette tribune sans aucun esprit polémique ou partisan. Une parole commune nous semble néanmoins nécessaire. Notre cohésion au sein de la Conférence que nous avons fondée, est significative dans notre société française. Elle a été rendue possible grâce notamment au climat de coopération instauré entre les religions, que la "laïcité à la française" et ses évolutions depuis plus d'un siècle ont permis.

Mais cette cohésion ne signifie pas pour autant uniformité ! Elle ne nous engage nullement en faveur d'un quelconque amalgame syncrétiste ou d’un nivellement de nos positions individuelles et celles des cultes que nous représentons. Nous travaillons ensemble dans la confiance, en intégrant nos histoires et identités respectives. Nous continuons à avoir des approches différenciées sur telle ou telle question, sans pour autant faire de nos différences des facteurs d'opposition. Nous sommes déterminés à réfléchir et à œuvrer ensemble sur la durée, en relation avec les autorités et les forces vives de notre pays, afin que le facteur religieux y soit un élément de paix et de progrès.

L'accélération des agendas politiques risque, à la veille de rendez-vous électoraux importants pour l’avenir de notre pays, de brouiller cette perspective et de susciter des confusions qui ne peuvent qu'être préjudiciables. Nous en sommes conscients. Cela ne doit pas nous dissuader pour autant de rappeler l'essentiel quand il le faut. Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions, dans le respect du cadre de la République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations voire des améliorations du cadre juridique et règlementaire de l’expression et de la vie des cultes en France. Nous ne manquerons pas d’être une force positive de propositions dans ce sens.

Faut-il dans le contexte actuel un débat sur la laïcité ? Le débat est toujours signe de santé et de vitalité. Le dialogue est toujours une nécessité. Il a un rôle majeur dans une société libre, démocratique et respectueuse de la personne humaine. Mais un parti politique, fût-il majoritaire, est-il la bonne instance pour le conduire seul ? Ce ne sont ni les débats, ni les travaux qui manquent dans ce domaine ! La Loi 1905 est déjà plus que centenaire. Elle a permis d’apporter depuis lors des solutions à des questions nées de nouvelles situations et des évolutions de notre société dans un monde de plus en plus rapide. Tous les cultes adhèrent sans réserve à ses principes fondamentaux tels qu’ils s’expriment en particulier dans ses deux premiers articles. Mais les modalités d’application de ces principes restent toujours perfectibles. Faut-il recenser tous les colloques et autres séminaires qui ont abordé en long et en large la question de la laïcité et de ses applications dans notre pays depuis des années? Faut-il rappeler, dans la période récente, les travaux étendus et exhaustifs de la Commission présidée par le Professeur Jean Pierre MACHELON qui ont donné lieu à un rapport sur les « relations des cultes avec les pouvoirs publics » remis au ministre de l’intérieur le 20 septembre 2006 ? Ce rapport avait abordé d’une manière approfondie les différents aspects liés à l’exercice du culte en France dont celui du « support institutionnel » de son exercice dans notre pays. Faut-il rappeler de même les travaux du « Groupe juridique inter-cultes » qui travaille depuis 2007, dans le prolongement des recommandations du Groupe MACHELON, au sein du Ministère de l’intérieur, et où siègent des représentants des principaux cultes ? Ce groupe a bien fonctionné et a permis la publication de plusieurs circulaires dont la dernière, du 23 juin 2010, conjointe aux Ministères de l’intérieur et des finances, aborde d’une manière détaillée à l’attention des préfets, des directeurs départementaux des finances publiques et des trésoriers payeurs généraux, les différents aspects liés au « support institutionnel de l’exercice du culte en France » ? Faut-il rappeler aussi la production intellectuelle abondante d’articles et d’écrits divers, ainsi que les nombreux ouvrages qui paraissent sur l’histoire, les fondements, la pratique et les perspectives de la laïcité en France ? La liste en sera longue. Elle illustre parfaitement toute la richesse et la profondeur de notre expérience française de la laïcité. Nous y reviendrons lors de la rencontre publique que nous comptons organiser en octobre prochain.

Secouée par des crises à répétition, politique, économique, financière et morale, la période actuelle manque de lisibilité mais sans doute pas d’espérance ! Le devoir de ceux qui sont « en responsabilité » consiste à éclairer le chemin et à élaborer des solutions conformes au bien de tous. N'ajoutons pas de la confusion dans la période trouble que nous traversons. Nous militons ensemble pour une laïcité de bonne intelligence.

La laïcité n’est pas séparable des valeurs fondamentales que nous partageons, en particulier de la dignité et du respect de la personne humaine et de sa liberté inaliénable. Ces valeurs qui ne peuvent s’épanouir que dans la confiance mutuelle source de paix pour notre société.»

SIGNATAIRES :

Cardinal André VINGT-TROIS, président de la Conférence des Évêques de France
Avec Mgr Laurent ULRICH, vice-président de la Conférence des Évêques de France
Pasteur Claude BATY, président de la Fédération protestante de France
Avec le pasteur Laurent SCHLUMBERGER, membre du Conseil de la Fédération protestante de France, président du Conseil national de l’Église réformée de France
Métropolite EMMANUEL, président de l’Assemblée des Évêques orthodoxes de France
Avec le Métropolite Joseph, secrétaire de l’Assemblée des Evêques orthodoxes de France
Et Mr. Carol SABA, porte-parole de l’Assemblée des Évêques orthodoxes de France
Grand Rabbin Gilles BERNHEIM, Grand Rabbin de France
Avec le rabbin Moshé LEWIN, porte-parole du Grand Rabbin de France
M. Mohammed MOUSSAOUI, président du Conseil français du culte musulman
Avec M. Anouar KBIBECH, secrétaire général du Conseil français du culte musulman
Révérend Olivier WANG-GENH, président de l’Union bouddhiste de France

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 03:48

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Hausse des prix des matières premières : les familles vont encore passer à la caisse

Par Dominique Mourlane

Vendredi 4 février 2011


Le buzz annonce une hausse en moyenne de 2 % à la caisse sur les produits alimentaires.
Si l’on s’en tient à ce seul aspect, que l’on met en face l’augmentation du prix des matières premières, cette hausse peut paraître justifiée.
Si l’on s’en tient au revenu des paysans, les vrais, pas l’agro business, il pourrait paraître juste aussi de participer au maintien de leur niveau de vie.
C’est sans compter sur la faible part du coût des matières premières payées aux producteurs dans les prix hors taxe assumées par les consommateurs. Les intermédiaires industriels, logistiques, marketing et financiers représentent de 50 à 90 % du prix hors taxe final.
En effet , les choses ne sont pas si simples. Cela fait plusieurs mois que l’industrie alimentaire et la grande distribution négocient et nous préparent à cette hausse des prix à la consommation.
Cela s’est conclu par une rencontre tripartite : grande distribution – industrie agroalimentaire – gouvernement.
Les représentants des consommateurs en ont été écartés.
La rencontre se passe en milieu clos, entre gens d’un même monde : celui de la finance.
L’augmentation du coût des matières premières est tout de même due, pour la majeure partie, à la spéculation, c’est à dire à l’acquisition par les grandes firmes multinationales de surfaces agricoles à travers le monde pour :

  • soit créer de la mono culture, et se positionner en entreprises monopolistiques de secteur dédié,
  • soit pour réorienter ces surfaces vers des agricultures à destination de la production de carburants.

En tout cas le but est toujours le même : faire évoluer le prix des matières premières agricoles vers le haut pour toujours plus de profits : la spéculation. Notons au passage que si bon nombre d’entreprises de l’industrie agroalimentaire accaparent des terres agricoles, la grande distribution s’est lancée aussi dans cette frénésie d’acquisition.

Il faut noter l’exception dans ce schéma, pour l’instant, du prix du pain. Car si leprix du blé a subi les incendies de cet été en Russie et a presque doublé sur les 8 derniers mois, il ne représente que 6% dans le prix de la baguette.

Que fait le gouvernement ?

Le gouvernement dans ce contexte agite les bras, menace et monte le ton : « vous allez voir ce que vous allez voir ! Il y aura des sanctions ».
Mais ne soyons pas dupe : ce gouvernement, défendra la concurrence libre et faussée dans un monde dérégulé, préservera ces deux secteurs d’activités qui s’envoient pour l’instant des amabilités du genre :
Les distributeurs aux producteurs : « Vous profitez de la hausse mondiale des matières premières pour augmenter le coût de certains produits sans la moindre justification. »
Les producteurs aux distributeurs : « Pas du tout. C’est vous qui voulez préserver vos marges… à tout prix. »
Le résultat est connu d’avance, car ce gouvernement ne regarde pas l’intérêt des familles. Sinon la chose aurait été simple, il aurait suffi alors d’associer les associations de consommateurs à cette discussion et de demander aux producteurs et aux distributeurs de bien vouloir rendre publique l’évolution de leurs prix de revient et de leurs marges bénéficiaires respectives sur quelques produits alimentaires essentiels.
Que faudrait-il faire ? Le gouvernement dispose – certes maintenant avec des effectifs réduits – de tous les moyens de suivi et de taxation des prix et des marges, en France comme à l’importation. Ces pouvoirs sont encore accrus pour tous les produits vendus au grand public pour la vérification de la non-nocivité et de l’étiquetage au point final de distribution et tout au long de la chaine logistique.
Il n’est que de demander aux préfets et aux maires de réactiver ces dispositifs sur tout le territoire et de revenir à la publicité des marges, notamment sur le grand commerce.
Plus prés de nous, un tel système était appliqué aux médicaments par la sécurité sociale au titre de son rôle de prescripteur de soins et de médicaments pour en maitriser le cout des remboursements. C’est ainsi, qu’il y a peu, la France était le pays ou les grands groupes pharmaceutiques faisaient les plus faibles marges.
Comment se fait-il que les prix au détail des grandes surfaces soient plus élevés en France qu’en Allemagne ?
L’état fait pression à la baisse des salaires et des prestations sociales. Qu’il fasse pression sur les prix du panier de la ménagère et de tous les services maintenant privatisés !

par Dominique Mourlane
 

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 03:56

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carte postale de à pierre vue

"Ombres engrangées"
Stéphanie Ferrat ; sans titre, bois, dents bovines

Association à pierre vue, été 2001
Photo Stéphanie Ferrat

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.124 - novembre 2001 - Besançon

Du démantèlement des politiques nationales

du logement à la crise du néo-libéralisme


Knut UNGER

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En matière de production et de répartition du logement social, le « néo-libéralisme » renvoie à une idéologie politique qui, depuis les années 1970, répond à la crise du régime d’accumulation fordiste par une stratégie de déréglementation et de privatisation des interventions sur le marché jusqu’ici réalisées par les États. Pour mener ces opérations, le néo-libéralisme s’appuie sur un pouvoir politique et économique toujours plus transnationalisé.

Les différents États d’Europe occidentale ont successivement vu l’hégémonie néo-libérale s’imposer sur le plan du logement selon un processus contradictoire et conflictuel. En l’espace de trente ans, les interventions des politiques sociales de logement ont été démantelées, voire même alignées sur les lois du marché. En quelques générations, les patrimoines publics ont été irréversiblement dilapidés. La globalisation de la concurrence sur l’habitat a dégradé, parfois vidé des régions entières, tandis que, dans les métropoles économiques, les prix du logement flambent. L’hégémonie de la propriété privée à l’échelle mondiale – parallèlement au dumping salarial et à la réduction des prestations sociales versées par l’État – a aggravé la fracture sociale dans les villes et a jeté des millions de personnes dans la précarité. L’Union Européenne a mis fin à la souveraineté des États-nations en matière de politique du logement sans développer une politique de l’habitat cohérente. En un an et demi, le château de cartes des spéculations financières basées sur les hypothèques qu’avait érigé l’économie américaine s’est complètement écroulé. Des centaines de milliards d’euros sont partis en fumée, des banques européennes – notamment des institutions publiques – sont emportées dans la tourmente tandis que l’économie mondiale est menacée d’une nouvelle crise structurelle.

Pour les mouvements sociaux du logement, la crise actuelle - à la fois sociale, économique, politique, écologique et idéologique – du fonctionnement néo-libéral soulève les questions suivantes : à quoi pourrait ressembler une régulation post-fordiste et post-néolibérale et sur quelles bases sociales pourrait-elle s’appuyer ? Quels objectifs, quelles mesures et quelles conditions stratégiques doivent être discutés par les responsables européens de la politique du logement pour exploiter et approfondir la crise de légitimation du néo-libéralisme et pour que des alternatives émancipatrices et adaptées à la situation soient apportées ?

Un regard en arrière peut nous aider : dans quelles conditions, sur la base de quels rapports de force se sont déroulées les interventions des États dans leur politique du logement au cours du 20ème siècle ? Quels en furent les objectifs et les instruments déterminants dans la phase du fordisme ? Quels furent les facteurs de leur démantèlement ? Peut-on, doit-on revenir en arrière ?

De la demande en logement des classes bourgeoises à la politique d’urgence nationale

Marqués par l’abolition récente du régime foncier féodal et absolutiste en vigueur, les systèmes juridiques et administratifs développés par les États-nations au 19ème siècle accordent une place centrale à une garantie juridique de la propriété privée. L’industrialisation et l’urbanisation de ces États-nations donnent lieu à une gigantesque demande en logement de la part des classes prolétariennes. En réaction, les industriels, les responsables municipaux et une partie de la bourgeoisie, pour certains philanthropes ou simplement préoccupés, inscrivent l’hygiène sociale au centre des débats, ainsi que de nouveaux concepts d’hébergement teintés de paternalisme, presque toujours en vue de servir l’hégémonie idéologique bourgeoise en s’assurant le contrôle du prolétariat. Sans la fin des privilèges de la propriété privée ni l’intervention massive sur le marché de l’immobilier, les tentatives au niveau infranational et celles de la société civile ne seraient restées que le rafistolage partiel d’une urbanisation sauvage. Et de fait, il faut attendre les premières crises à l’échelle nationale pour que les États-nations interviennent contre les intérêts de la propriété immobilière.

L’exemple allemand

Sous la dictature du Haut Commandement Supérieur, lors de la « trêve » des sociaux-démocrates pendant la première guerre mondiale, l’Allemagne a basculé vers une politique nationale d’état d’urgence sur le logement en instaurant l’encadrement des loyers du bâti ancien. En raison du large intérêt qu’elle a suscité – des grands industriels jusqu’aux ouvriers en passant par une partie de la petite bourgeoisie – cette mesure a été maintenue après la Révolution allemande, a survécu au nazisme, a fait l’objet de lois dans les années 1960 et a en partie été retenue jusque dans les années 1980 en Allemagne de l’Ouest. Bien entendu, à l’origine, cette initiative n’était pas l’expression d’un mouvement social (pendant longtemps, les sociaux-démocrates « marxistes » n’ont pas pris la question du logement au sérieux) mais celle de la volonté de l’État militaire d’assurer à la « patrie » une puissance de défense, c’est-à-dire une production de guerre performante. Aujourd’hui encore, le droit des locataires doit à cette tradition ses traits paternalistes.

Ce n’est qu’après coup, dans les années qui ont suivi la Révolution allemande, que le mouvement radicalisé des travailleurs a adapté cette mesure en développant des directives de « socialisation du logement ». Comme toutes les autres tentatives dans ce sens, celles-ci ont été un échec. En réaction à ce fiasco, en complément des premières initiatives d’aide à la pierre, un mouvement pour la réforme de l’habitat s’est enclenché, œuvrant pour l’industrialisation des techniques de construction et le développement de nouvelles formes d’organisations autonomes (coopératives de logement pour la plupart). Encore une fois, ce nouveau – et cette fois progressif – coup d’essai de la « société civile » est resté bien en deçà de ce qu’aurait exigé une politique du logement cohérente.

Les nazis ont intégré aux directives existantes – réduisant à néant tout ce qu’elles pouvaient contenir d’émancipateur – les règles dictatoriales de la « Volksgemeinschaft » (1), ce qui a abouti à une standardisation de la construction. Ce sont encore les nazis qui, dans un marché du logement non orienté vers le profit, ont développé des mesures en vue de consolider l’État totalitaire : les logements d’« utilité publique ». Il a fallu attendre 1989 pour que celles-ci soient supprimées sous le gouvernement d’Helmut Kohl.

Dans un pays en ruine après la guerre, le gouvernement d’Allemagne de l’Ouest a développé sa politique de logement selon les trois piliers suivants :

  • La protection des locataires. Le contrôle des loyers du bâti ancien a été tout d’abord instauré, ce à quoi, naturellement, se sont constamment opposés les propriétaires. Après d’âpres combats, il a été remplacé dans les années 1960 par le droit locatif, fixant les loyers selon une moyenne locale.

  • La promotion de la construction de logements (c’est-à-dire la promotion du logement social) sous la forme de crédits à bas prix pour la construction, ce qui a généré des loyers généralement inférieurs aux prix du marché. L’accès à ces logements est restreint aux ménages aux revenus relativement limités, ce qui correspond en fait jusque dans les années 1980 à une large partie de la population. Tous les propriétaires fonciers pouvaient bénéficier d’une aide publique pour la construction de logements sous forme de crédits avantageux. En particulier après la guerre et dans les villes bombardées, beaucoup d’entre eux ont profité de cette aide pour reconstruire. Cela a été une gigantesque promotion de la propriété privée, les logements ainsi construits revenant sur le marché privé une fois les crédits à la construction remboursés. Soutenus par cette aide, les industriels ont recommencé à jouer un rôle moteur dans l’édification de cités ouvrières dès la seconde moitié des années 1950. En parallèle, les entreprises, sous l’impulsion publique ou syndicale, ont investi significativement dans la construction de grands ensembles.

  • Ces acteurs institutionnels, dont la vocation est davantage de faciliter l’accès au logement que de générer des profits, constituent le troisième pilier du logement allemand. Les réglementations de l’économie sociale du logement les favorisent fiscalement tout en limitant leur marge de bénéfices.

Ces trois piliers ont été au centre de la politique du logement pendant toute la période de croissance fordiste et ont été plus tard complétés pour réguler les marchés hypothécaires et ceux du crédit, en vue d’interventions urbaines et de promotions fiscales indirectes. Ils influenceront le processus de démantèlement qu’opérera par la suite le néo-libéralisme.

Ce dernier se déroule en Allemagne en quatre étapes principales : tout d’abord, la promotion de la construction est renforcée puis assujettie au marché financier. Des soutiens indirects viennent la compléter, tels que le versement d’aides à la personne qui, selon les périodes, peuvent être très réduites, généralement au profit de l’aide aux propriétaires. Ensuite, en 1989, le logement d’utilité publique, emblème d’un marché de l’immobilier non orienté vers le profit, est supprimé par le gouvernement néo-libéral dirigé par Helmut Kohl. Le système de logement socialisé de l’ex-Allemagne de l’Est est intégré sans transition à un système libéralisé, ce qui aura des conséquences catastrophiques. Dans la troisième phase, les sociétés immobilières profitent de la déréglementation du marché pour commercialiser leurs produits. Les communes les plus démunies financièrement, les entreprises publiques (chemins de fer, services postaux) et les sociétés immobilières liées à l’industrie cherchent à faire monter la valeur de leur patrimoine à travers des ventes, des densifications de leurs constructions et des délocalisations qui se heurtent à beaucoup de résistances. Au début de cette décennie enfin, la demande spéculative des marchés financiers déréglementés entraîne une vague de ventes massives sans précédent. Depuis 1999, si l’on considère seulement les ventes les plus importantes, plus de deux millions de logements locatifs ont été cédés par des propriétaires industriels ou publics à des investisseurs financiers internationaux ou à des intermédiaires régionaux. Le patrimoine de l’État fédéral, des Länder et de l’industrie lourde est aujourd’hui presque entièrement privatisé. De nombreuses communes ont par ailleurs vendu leur parc immobilier en partie ou en totalité. Initialement « bien social », l’habitat est devenu un « actif » dans la gestion de portefeuilles des stratèges de la globalisation.

Les rapports de force mis en jeu dans les politiques fordistes du logement en Europe occidentale

Si leur configuration et leur pondération sont variables, trois éléments sont communs à tous les États d’Europe de l’Ouest ayant développé une politique d’État-providence : un secteur incluant des opérateurs de logement publics ou à vocation sociale, un système d’aides financières fournies par l’État et des mesures visant à limiter le prix des loyers et à assurer des droits contractuels sur l’ensemble du marché.

Pendant la phase fordiste de la croissance industrielle, le logement social est assez consensuel pour l’ensemble des acteurs : tout d’abord, pour les industriels, aux yeux desquels l’hébergement de la main d’oeuvre est un moyen d’éviter d’augmenter les salaires et de gagner en discipline ; pour le capital financier ensuite, qui mise lui sur la hausse de la productivité ; pour les partis politiques de la petite bourgeoisie qui projette ainsi son mode de vie sur de nouvelles formes d’habitat et bénéficie d’aides à la construction ; et enfin pour l’industrie de consommation, pour qui l’équipement de ces logements conçus au service de la voiture promet d’importants débouchés. Avec cette coalition hégémonique, un partenariat social basé sur un compromis de classes se conclut entre les syndicats et les partis, conduisant à la machinerie disciplinaire de la construction des grands ensembles.

Étant donné ses conséquences destructrices, le retour de ce modèle n’est ni souhaitable, ni même possible après la progression du capitalisme mondialisé qui est intervenu entre temps. Le consensus entre les différentes classes à l’échelle d’un Etat national ne peut désormais plus exister.

Les facteurs de la crise du fordisme

La crise de la politique du logement fordiste a commencé dans les années 1970, parallèlement à plusieurs ruptures de ce large consensus :

  • Avec la crise du plein emploi, l’intérêt de l’industrie vis-à-vis de la construction de grands ensembles diminue puis disparaît. C’est plus tard que l’immobilier sera redécouvert comme un secteur d’investissement à même de produire des profits substantiels.

  • L’individualisme croissant et la saturation de la consommation aidant, l’application du modèle fonctionnaliste fordiste à l’habitat et à l’urbanisme gagne en impopularité. Son effet normatif et son inhumanité apparaissent au grand jour, des mouvements urbains dénoncent les conséquences de la course à la croissance fordiste pour l’environnement et pour la qualité de vie. Dans de nombreux pays d’Europe de l’Ouest enfin, l’urbanisme du tout fonctionnel n’arrive plus à faire face aux résistances qu’il soulève.

  • La demande en logement des couches aisées de la population s’accroît, accompagnée de nouvelles exigences en matière de qualité, auxquelles le marché de l’immobilier régulé par l’État répond par une offre différenciée. Les classes les plus pauvres quant à elles, et les immigrés en particulier, doivent s’accommoder des logements bon marché des grands ensembles. Ces « immeubles sociaux » sont de plus en plus stigmatisés et, à travers eux, la politique du logement social dans son ensemble.

  • L’écroulement du système de Bretton Woods et l’augmentation des taux d’intérêt qui en résulte fragilisent la capacité financière des États et conduisent à l’augmentation du prix de la construction. Finalement, le secteur financier s’émancipe de plus en plus de son rôle moteur dans la production de logements de masse et se met à transformer le peu qu’il reste de patrimoine, de terrains et de logements, en objets de placement sur le marché international.

Depuis les années 1970, tels sont les arguments auxquels recourent systématiquement les troupes de choc du tournant néo-libéral pour imposer leur vision du monde - de façon évidente déjà sous le gouvernement de Margaret Thatcher : une société de propriétaires privés, lavée de toute forme de collectivité sociale, assurée par les fonds de pension et les gains de la spéculation. On trouve parmi ces propriétaires une majorité de petits-bourgeois qui, parce qu’ils ne veulent plus endosser les coûts de la solidarité envers la société de production, constituent la base de l’avènement de « l’industrie financière ».

Aujourd’hui, c’est l’échec de cette alliance hégémonique qui pose la question d’un changement de système : en même temps que l’industrie financière, la société de propriétaires qui s’est constituée sur les crédits est à son tour en faillite.

Des contretemps dans le démantèlement des politiques du logement en Europe

Depuis 1958, l’union douanière de la CEE stabilise l’économie des États et, par ce biais, leurs politiques de logement spécifiques. Lorsque le plein emploi et les autres points d’ancrage du fordisme disparaissent, les stratégies pour faire face à la crise s’enclenchent dans les différents États de façon désynchronisée. Ces décalages sont amplifiés par la fin du système de Bretton Woods et par l’offensive du démantèlement néo-libéral, qui à son tour ne touche pas tous les États au même moment. Les États-nations voient apparaître différentes formes de résistances, qui génèrent des compromis et des solutions qui leur sont spécifiques.

Suite au processus de déréglementation et de mondialisation, le logement devient un enjeu de l’économie globale et se met à dépendre de l’évolution des salaires et de la conjoncture. Alors, la répartition de plus en plus inégale des richesses, l’augmentation du prix du logement et l’exclusion croissante des populations à son accès mettent en évidence la dimension européenne de l’agenda néo-libéral sur le marché du logement. À partir du traité de Maastricht et de l’union monétaire, il devient impossible d’ignorer les conséquences de l’intégration économique européenne sur la politique du logement.

La baisse du budget des États, du moins lors de la récession du début des années 1990, réduit les moyens disponibles pour l’aide au logement. L’Allemagne est temporairement l’exception du fait de la réunification. Le logement devient dépendant de la politique financière. Les politiques du logement des États-nations se désagrègent, ne laissant place qu’à des fragments de politiques : les aides spécifiques au logement et l’action sociale deviennent les nouvelles armes pour lutter contre la pauvreté, la priorité de loger les « plus larges couches de la population » est soumise aux lois du marché libre.

Quelles réponses européennes ?

Jusqu’à aujourd’hui, les discours et les programmes européens répondent à la crise du logement sans remettre en question le lien entre politique du logement et politique d’État. Avec la chute de la politique interventionniste, les actions sur le logement se fragmentent : travail avec les sans-abri et action sociale d’une part, « Quartiersmanagement » (2) et mise en valeur des quartiers d’autre part, libéralisation du marché financier et privatisation de la protection sociale enfin.

Dans le même temps, le décalage entre les conséquences de « l’intégration négative » sur la situation du logement et le manque de compétence au niveau européen pour y remédier rend la situation insupportable. Étant donnés les investissements que nécessitent les nouveaux pays de l’Union et les protestations dans les métropoles touchées par la crise du logement, le refus de mener de front une politique du logement au niveau européen, s’il s’explique aisément du point de vue du néo-libéralisme, n’est plus tenable à l’heure où les compétences nationales en terme de logement sont en conflit. Que les lobbyistes du logement social exigent à Bruxelles la fin du règne de la concurrence sauvage, que le Parlement européen instaure une charte donnant les principes sur la politique du logement ou qu’une brèche soit ouverte dans les fonds structurels pour le renouvellement des grands ensembles en Europe de l’Est, le tabou de la compétence de l’Union Européenne sur la question du logement n’a de cesse de se fissurer. Une question simple se pose : compte tenu de son actuelle constitution, sous quelles formes l’Union Européenne peut-elle développer sa politique du logement ?

Sur trois points décisifs – l’exclusion sociale résultant de la libéralisation du marché du logement, les fluctuations des marchés financiers plus que jamais libérés et les exigences écologiques – les problèmes et les rejets vont sans aucun doute empirer. Face à la gravité de ces prévisions, les réponses formulées par l’Union Européenne lors du sommet de Lisbonne sont le renforcement des plus forts et le transfert des responsabilités vers une locale et précaire « société civile ». Cette stratégie vise la poursuite de la fragmentation et la privatisation de la politique publique, des espaces et des sociétés.

(1) Communauté du peuple
(2) Note du traducteur : en allemand, le « Quartiersmanagement » désigne l’activité de bureaux de quartier intervenant dans des secteurs urbains ayant des besoins spécifiques de développement dans le cadre de la politique de la ville allemande.

 


  

dossier

Europe : pas sans toit ! Le logement en question

Notes

Knut Unger est porte-parole de l’association des locataires de Witten www.mvwit.de, du Forum des locataires de la Ruhr www.mieterforum-ruhr.de et du groupe de travail Habitat au sein du Forum Environnement et développement www.habitants.de.

Il est aussi coordinateur du projet « Les grandes entreprises du logement », porté par le Forum des locataires de la Ruhr et le Deutscher Mieterbund.

Il travaille enfin sur le projet international Reclaiming Spaces www.reclaiming-spaces.org

Contact : unger (at) mvwitten.de

Traduction de l’allemand : Yasmina Ikkene, avec l’aide d’Elodie Vittu

Mieter Innenverein Witten - Schillerstr. 13, 58452 Witten, DEUTSCHLAND - Tel.: - Allemagne - www.mvwit.de - kontakt (@) mvwit.de

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