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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 08:15

Les 10 stratégies de manipulation de masse

texte attribué à Noam Chomsky

http://goudouly.over-blog.com/article-les-10-strategies-de-manipulation-de-masse-110958401.html

 

 

Ce texte , qui circule sur le net , a été attribué à Noam Chomsky.

J'attire l'attention des lecteurs sur l'article de Bricmont, paru dans " Le Grand Soir", qui a interrogé Chomsky sur ce texte.

( lien en fin de billet ).*


Je précise que je maintiens ce texte, parce qu'il me semble intéressant sur le fond, quel qu'en soit l'auteur. 


1/ La stratégie de la distraction

 Elément  primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à  détourner l’attention du public des problèmes importants et des  mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un  déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La  stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher  le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les  domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la  neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public  distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des  sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé,  sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres  animaux. »


2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette  méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée  d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine  réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des  mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se  développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants,  afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de  la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter  comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement  des services publics.


 

 3/ La stratégie de la dégradation

Pour  faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer  progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette  façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles  (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage  massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant  plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une  révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.


 4/ La stratégie du différé

Une  autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la  présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du  public dans le présent pour une application dans le futur. Il est  toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice  immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite.  Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que «  tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité.  Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du  changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.


5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La  plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours,  des arguments, des personnages, et un ton particulièrement  infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur  était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à  tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ?  « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans,  alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine  probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique  que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses  pour guerres tranquilles »


 6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire  appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter  l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus,  l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à  l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des  pulsions, ou des comportements…


7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire  en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et  les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité  de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre,  de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes  inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par  les classes inférieures.


 8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

 Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…


 9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire  croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause  de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses  efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique,  l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état  dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans  action, pas de révolution!…


10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au  cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont  creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles  détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie,  la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est  parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois  physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux  connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela  signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand  contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus  eux-mêmes.  "

 

Extraits de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


Lien vers le texte de Bricmont: ICI

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 21:08

http://goudouly.over-blog.com/article-dernier-espoir-63627353.html

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 03:57

http://goudouly.over-blog.com/article-jose-saramago-52680966.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

José Saramago

 

José de Sousa Saramago est un écrivain et journaliste portugais lauréat du prix Nobel de littérature.

Il est né le 16 novembre 1922 à Azinhaga dans la région de Ribatejo au Portugal dans une famille pauvre, petit-fils de paysans analphabètes, apprenti serrurier et autodidacte

Il est mort le 18 juin 2010 à Lanzarote dans les Îles Canaries en Espagne en exil à l’âge de 87 ans d’une leucémie.

Saramago dérangeait y compris dans son propre pays. En 1992, le gouvernement portugais l’accuse de « porter atteinte au patrimoine religieux des Portugais » et censure son roman « l’Évangile selon Jésus-Christ ». C’est ce dernier point qui le poussa à l’exil.

 

La liste de ses écrits est longue voici ses romans :

  • Terra do pecado, 1947
  • Manual de pintura e caligrafia, 1977
    • Manuel de peinture et de calligraphie, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, Paris, 2000, 252 p. (ISBN 2-02-036736-X)
  • Levantado do chão, 1980
  • Memorial do convento, 1982
    • Le Dieu manchot, trad. par Geneviève Leibrich, présentation Pierre Léglise-Costa, Métailié et Albin Michel, coll. « Domaine portugais » et « Les Grandes traductions », Paris, 1987, 397 p. (ISBN 2-226-02868-4)
  • O ano da morte de Ricardo Reis, 1984
    • L'Année de la mort de Ricardo Reis, trad. par Claude Fages, Le Seuil, Paris, 1988, 377 p. (ISBN 2-02-010347-8)
  • A jangada de pedra, 1986
    • Le Radeau de pierre, trad. par Claude Fages, Le Seuil, Paris, 1990, 312 p. (ISBN 2-02-011541-7)
  • História do cerco de Lisboa, 1989
    • Histoire du siège de Lisbonne, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, 1992, 318 p. (ISBN 2-02-012203-0)
  • O Evangelho segundo Jesus Cristo, 1991
    • L'Évangile selon Jésus-Christ, trad. du par Geneviève Leibrich, Le Seuil, Paris, 1993, 376 p. (ISBN 2-02-018172-X)
  • Ensaio sobre a cegueira, 1995
    • L'Aveuglement, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, 1997, 302 p. (ISBN 2-02-028952-0)
  • A bagagem do viajante, 1996
  • Cadernos de Lanzarote, 1997
  • Todos os nomes, 1997
    • Tous les noms, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, Paris, 1999, 270 p. (ISBN 2-02-034188-3)
  • A caverna, 2000
    • La Caverne, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, Paris, 2002, 346 p. (ISBN 2-02-049390-X)
  • O homem duplicado, 2002
    • L'Autre comme moi, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, Paris, 2005, 282 p. (ISBN 2-02-061296-8)
  • Ensaio sobre a lucidez, 2004
    • La Lucidité, trad. Geneviève Leibrich, Le Seuil, coll. « Cadre Vert », Paris, 2006, 384 p. (ISBN 2-02-079066-1)
  • As intermitências da morte, 2005
    • Les Intermittences de la mort, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, coll. « Cadre Vert », Paris, 2008
  • As pequenas memórias, 2006
  • A Viagem do Elefante, 2008
    • Le Voyage de l'éléphant, trad. par Geneviève Leibrich, Le Seuil, coll. « Cadre Vert », Paris, 2009

Essais, poésie, contes et nouvelles, articles de journaux, pièces de théâtre font partie aussi de son œuvre.

 

Il a participé activement à la révolution des œillets de 1974 qui a renversé la dictature salazariste.

Il exprimait souvent son indignation et son dégoût quant au sort fait aux opprimés sur cette terre.

Il défendait la cause palestinienne. Ses livres sont boycottés par Israël.

Il est le seul Portugais décoré du Grand-Collier de l'Ordre de Sant'Iago de l'Épée (ordre portugais) et reste à ce jour l'unique auteur lusophone à avoir reçu le prix Nobel.

Il aimait à dire : « Les gens disent de moi : il est bon mais c’est un communiste. Maintenant, ils disent, c’est un communiste, mais il est bon ». Cette phrase il pourrait encore la dire dans sa tombe, certainement avec un certain délice.

 

 

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 03:12

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carte postale de Del Arco

Nuitgrave
Photo d'atelier, Del Arco, Paris

Sur The cARTed Picture Show

Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.188 - décembre 2004 - Paris

 

 

Flottille de Gaza :

les citoyens du monde doivent réagir là où les gouvernements ont échoué

 

Par Stéphane Hessel,

survivant de l’Holocauste, militant des droits de l’Homme, diplomate

 

15 juin 2010, traduit de The Huffington Post

 

L’attaque illégale et immorale d'Israël contre le convoi d’aide humanitaire de la Flottille de la Liberté, qui a fait au moins neuf morts et des dizaines de blessés, a, à juste titre, stupéfié le monde. Le convoi entièrement civil de 6 bateaux transportait plus de 10 000 tonnes d'aide humanitaire cruellement nécessaire, et près de 700 citoyens de 40 pays. La Flottille était une tentative ambitieuse de briser le siège imposé par Israël depuis 2007 à 1,5 million de Palestiniens de la bande de Gaza occupée. Avec à son bord d’éminents parlementaires, chefs religieux, écrivains, journalistes, un Prix Nobel de la Paix et un survivant de l'Holocauste, le convoi humanitaire visait non seulement à fournir des secours à Gaza ; il cherchait à attirer l’attention internationale sur la crise humanitaire imposée aux habitants de Gaza et sur l'impératif d'y mettre fin. Il est indéniable que ce dernier objectif a réussi, mais avec des conséquences tragiques.

L'attaque israélienne contre le convoi d'aide non armé dans les eaux internationales a été « une violation [flagrante] du droit international humanitaire, du droit international maritime, et [selon la plupart des interprétations] du droit pénal international », pour reprendre les mots de Richard Falk, professeur de droit international et rapporteur spécial des Nations Unies sur les Droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés. Il est triste de constater que les gouvernements du monde sont devenus depuis trop longtemps complices ou apathiques envers les crimes d'Israël et ont renforcé sa culture de l'impunité, sous le bouclier de soutien incontestable des États-Unis. Malgré sa condamnation initiale, le gouvernement des Etats-Unis a fait pression sur les membres du Conseil de Sécurité de l'ONU, à nouveau, pour adopter un langage ambigu qui allège Israël de toute responsabilité et renvoie dos à dos l'agresseur et la victime.

Typiquement, le gouvernement israélien a accusé les victimes de son raid d’avoir attaqué les soldats israéliens, prônant la « légitime défense ». L'éminent expert juridique et directeur du Centre de droit international de Sydney à l’Université de Droit de Sydney, le professeur Ben Saul, réfute carrément l’affirmation d'Israël en argumentant : « Juridiquement parlant, les forces militaires gouvernementales qui arraisonnent un bateau pour le capturer illégalement ne sont pas traitées différemment d’autres criminels. Le droit à la légitime défense dans de telles circonstances est du côté des passagers à bord: une personne a légalement le droit de résister à sa propre capture, enlèvement et détention illégaux. » Il ajoute que « si les forces israéliennes ont tué des gens, ils n’ont pas seulement enfreint le droit humain à la vie, mais ils peuvent aussi avoir commis de graves crimes internationaux. Selon l'article 3 de la Convention de Rome pour la répression d'actes illicites contre la sécurité de la navigation maritime de 1988, c’est un crime international, pour toute personne, de saisir ou d’exercer un contrôle sur un navire par la force, et c’est aussi un crime de blesser ou tuer une personne dans le processus. »

Malgré la déclaration du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon appelant à mettre fin au siège illégal de Gaza par Israël, le Conseil de sécurité n'a pas réussi à appeler à la fin inconditionnelle du blocus, autorisant ainsi Israël à commettre en toute impunité de graves crimes de guerre, également bien documentés dans le rapport Goldstone des Nations Unies.

L'absence d'action significative de la part des gouvernements pour rendre Israël responsable devant le droit international laisse ouverte une voie pour les citoyens de conscience : celle de prendre eux-mêmes cette responsabilité, comme cela a été fait contre l'apartheid en Afrique du Sud. Les initiatives non-violentes menées par les citoyens, dont la Flottille et les multiples campagnes de boycott et de désinvestissement dans le monde entier sont des exemples, présentent la façon la plus prometteuse de surmonter l'échec des gouvernements du monde à résister à l'intransigeance et au comportement débridé d'Israël. En attaquant de façon flagrante le bateau humanitaire, Israël a provoqué par inadvertance une prise de conscience et une condamnation sans précédent non seulement de son siège fatal de la bande de Gaza, mais aussi du contexte plus large des pratiques de l'occupation israélienne dans les Territoires palestiniens, de sa négation des droits des réfugiés palestiniens et de sa politique d'apartheid contre les citoyens indigènes « non-juifs » d'Israël.

La Flottille de la Liberté rappelle le genre d'initiatives de solidarité de la société civile qui a mis fin aux lois de ségrégation aux États-Unis et à l'apartheid en Afrique du Sud, une analogie impossible à ignorer. Comme pour le régime d'apartheid en Afrique du Sud, la réaction d'Israël a été de qualifier cet acte non-violent de « provocation intentionnelle ». Comme dans le cas de l'Afrique du Sud, l'appel à la solidarité internationale, sous forme de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) provenait d'une écrasante majorité de syndicats et d’organisations de la société civile palestinienne en 2005, et est en train d’être adopté par des citoyens de conscience et des mouvements sociaux du monde entier. L'initiative BDS appelle à isoler efficacement Israël, ses institutions complices économiques, universitaires et culturelles, ainsi que les entreprises qui profitent de ses violations des droits de l'Homme et de ses politiques illégales, aussi longtemps que ces politiques continueront.

Je crois que l'initiative BDS est une stratégie morale qui a démontré son potentiel de réussite. Plus récemment, la Deutsche Bank allemande a été la dernière de plusieurs institutions financières et grands fonds de pension européens à se désinvestir du fabricant d’armes israélien Elbit Systems. La semaine dernière, deux chaînes majeures de supermarchés italiennes ont annoncé un boycott des produits provenant des colonies illégales israéliennes. Le mois dernier, les artistes Elvis Costello et Gil Scott-Heron ont annulé leurs représentations en Israël. Inspirée de la lutte populaire anti-apartheid sud-africaine, la génération actuelle d'étudiants dans les campus universitaires appelle activement leurs administrations à adopter des politiques de désinvestissement.

Je soutiens les mots sincères de l'écrivain écossais Iain Banks qui, en réaction à l'attaque atroce d'Israël de la Flottille de la Liberté, a suggéré que la meilleure façon pour les artistes, écrivains et universitaires internationaux de « convaincre Israël de sa dégradation morale et de son isolement éthique » est « tout simplement de ne plus rien avoir à faire avec ce gouvernement criminel. »

 

Stéphane Frédéric Hessel est un diplomate, ancien ambassadeur, résistant français et agent du BCRA. Né en Allemagne, il obtint la nationalité française en 1937. Il a participé à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 03:22

http://goudouly.over-blog.com/article-un-conte-sur-le-capitalisme-52341613.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un conte sur le capitalisme

Jordi SOLER ALOMA

Sur la planète Ómniun vivaient quatre habitants seulement. Chacun d’eux possédait une zone de la planète. Ils n’avaient pas de besoins physiques, car leur organisme était un circuit clos.

Dans la zone où vivait Admetus il y avait de petits cailloux de couleur bleue, tous de même taille et de même forme, avec lesquels il faisait des mosaïques sur le sol ce qui lui procurait un très grand plaisir esthétique. Dryads faisait de même, mais avec des cailloux de couleur verte, et de son côté Nyx en faisait tout autant avec des cailloux rouges tout comme Syrinx avec des cailloux jaunes.

Un jour, Admetus rêva qu’il faisait une mosaïque avec des cailloux de différentes couleurs et ce rêve l’impressionna énormément. Il se réveilla tout bouleversé et réfléchit : comment puis-je me procurer des cailloux d’autres couleurs ? Il s’en alla voir Dryads et lui raconta son rêve qui impressionna ce dernier également beaucoup. Alors, il lui demanda quelques-uns des cailloux de couleur verte qu’il possédait. Dryads lui répondit qu’il devait aller les chercher dans une grotte et que cela lui prendrait un certain temps. Admetus lui répondit qu’il attendrait le temps nécessaire.

Dryads se dirigea donc vers sa grotte, mais en chemin il pensa que lui aussi il aimerait bien faire une mosaïque de plusieurs couleurs et que puisqu’il rapporterait à Admetus des cailloux, ce dernier pourrait bien en faire tout autant pour lui-même. Lorsqu’il fut de retour avec une douzaine de cailloux, il dit à Admetus qu’il voulait des cailloux bleus. Admetus fut d’accord et lui dit qu’il ne tarderait pas longtemps. Au bout d’une demi-heure, il revint avec douze cailloux bleus. Dryads resta songeur un moment. Il avait mis quatre heures pour rapporter douze cailloux alors qu’Admetus n’avait mis que trente minutes.

Dryads fit un rapide calcul et expliqua à Admetus que s’il avait obtenu 12 cailloux en 30 minutes, chaque caillou avait requis 2,5 minutes. De sorte que dans le temps nécessaire à Dryads pour obtenir un caillou vert, Admetus, lui, avait obtenu 8 cailloux bleus. Admetus, chagriné, convint qu’il avait raison et échangea 8 cailloux bleus contre 1 caillou vert. La première transaction économique de la planète Ómnium venait d’avoir lieu.

Ce que venaient de faire Dryads et Admetus c’était calculer la valeur de leurs cailloux respectifs en fonction du temps nécessaire pour les obtenir. Il était par conséquent établi que :

8 cailloux bleus = 1 caillou vert.

Du point de vue d’Admetus, les 8 cailloux bleus n’avaient pas d’autre valeur que le fait d’avoir investi un certain temps pour leur obtention, alors que le caillou vert possédait la valeur de pouvoir être utilisé comme élément innovant dans sa mosaïque : c’est-à-dire qu’il avait une « valeur d’usage ». Admetus voyait dans cette « valeur d’usage » le reflet de ses 8 cailloux bleus (c’est-à-dire, la « valeur d’échange » de ses cailloux bleus s’exprimait dans la « valeur d’usage » du caillou vert). Cette relation donnait à un caillou vert la qualité d’être l’équivalent de 8 cailloux bleus, c’est-à-dire conférait à un caillou vert la propriété d’être directement échangeable contre 8 cailloux bleus, d’être par conséquent le miroir dans lequel les cailloux bleus pouvaient voir l’image de leur valeur (invisible autrement).

Admetus avait, en outre, besoin de cailloux rouges et jaunes pour réaliser la mosaïque de son rêve. Il rendit donc visite à Nyx et à Syrinx avec qui il établit respectivement que :

4 cailloux bleus = 1 caillou rouge
2 cailloux bleus = 1 caillou jaune

Comme il leur manquait encore les concepts pour se référer à ces nouvelles situations qu’ils venaient de créer, ils nommèrent cette façon de mettre les cailloux bleus en rapport avec les autres cailloux pour fixer leur valeur « forme relative de la valeur », et la propriété que possédaient les autres cailloux de refléter la valeur (autrement invisible) des cailloux bleus « forme équivalente ». Désormais, ils possédaient une grille pour la valeur des cailloux bleus :

1 caillou vert
8 cailloux bleus = 2 cailloux rouges
4 cailloux jaunes

Ils nommèrent cette liste : « forme dépliée de la valeur » et ils nommèrent le procédé précédent pour le distinguer de celui-ci : « forme simple ».

Dès lors, tous les cailloux reflétèrent leur valeur en cailloux bleus. Cela convertit les cailloux bleus en l’équivalent universel, de sorte que chacun voulait posséder des cailloux bleus pour pouvoir les échanger sans aucune difficulté contre des cailloux d’autres couleurs. Ils nommèrent cette norme établie pour l’échange « forme argent » et les cailloux bleus commencèrent à prendre le nom d’« argent » au lieu de cailloux bleus.

Admetus finit sa mosaïque. Il n’eut plus besoin d’autres cailloux. Cependant, les trois autres étaient encore en pleine réalisation de leur mosaïque. Il advint soudain qu’Admetus ressentit une immense paresse et lorsque les autres vinrent échanger leurs cailloux il leur dit qu’il n’en avait plus en magasin, mais il leur proposa un marché : Admetus les autorisait à pénétrer dans sa zone pour y chercher des cailloux bleus, mais à deux conditions : a) : ils devaient le faire selon un horaire déterminé, et b) : ils déposeraient tous les cailloux dans l’entrepôt d’Admetus et lui, Admetus, leur remettrait des petits rectangles de papier portant inscrite la quantité déterminée de cailloux bleus qu’ils représentaient et, en outre, en guise de compensation, chacun d’eux devrait réaliser une copie de sa propre mosaïque dans la zone d’Admetus. On convint aussi d’une clause de sécurité : Admetus pourrait devenir propriétaire de la zone de la planète appartenant à celui qui ne respecterait pas ce pacte. Comme les papiers d’Admetus remplacèrent ses cailloux en tant qu’équivalent, on commença à leur donner le nom d’« argent » (alors qu’en réalité ce n’étaient que des bouts de papier rectangulaires avec un nombre imprimé dessus). L’action d’échanger des bouts de papier contre des cailloux fut appelée « acheter » et l’action d’échanger des cailloux contre des bouts de papier fut appelée « vendre ». Le fait d’utiliser les cailloux dans la mosaïque s’appela « consommation ». La quantité de bouts de papier (argent) que chacun recevait en échange de son action de ramassage de cailloux fut appelée « salaire ».

Admetus comprit l’énorme pouvoir sur les autres que lui conférait le fait d’être l’émetteur de l’argent et le propriétaire des cailloux bleus. Il commença à en user pour s’amuser aux dépens des autres. La première chose qu’il fit ce fut d’acheter tous les cailloux jaunes que possédait Syrinx et il les vendit plus cher aux autres. Il en fit autant avec les cailloux d’autres couleurs. Finalement, tous les cailloux de la planète aboutirent dans l’entrepôt d’Admetus qui les disposa sur des présentoirs avec un numéro qui représentait le coût de chaque caillou (ce numéro fut appelé « prix »). Admetus fixa arbitrairement des prix élevés pour tous les cailloux, en même temps qu’il baissa les salaires de sorte que les autres furent incapables de respecter la clause de sécurité si bien qu’Admetus devint le propriétaire de la totalité de la planète. Désormais, il possédait tout. Que pouvait-il désirer de plus ? Il ne lui restait qu’une passion : accumuler (même au prix de la soumission des autres à l’esclavage salarial).


Nota : le lecteur est libre d’imaginer les prolongements ultérieurs du conte.

Jordi Soler Alomà
Rebelión
http://www.rebelion.org/noticia.php...

traduit par Manuel Colinas pour InvestigAction http://www.michelcollon.info/

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 03:37

http://goudouly.over-blog.com/article-ecouter-la-le-on-de-l-anthropologie-52129963.html

carte postale de Pascal Navarro

Pascal Navarro
Garage (With Becher), 2005.

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.191 - mars 2005 - Les Montils

Ecouter la leçon de l'anthropologie

 

Carlo Ginzburg, historien, spécialiste du Moyen Age
LEMONDE.FR du 12.06.10


e désire avant tout exprimer ma reconnaissance à ceux qui m'ont invité à parler ici : un grand honneur, dont je suis tout à fait conscient. Je tiens toute de suite après à témoigner de la dette que j'éprouve à l'égard du grand historien auquel ce cycle de conférences est dédié. Ma rencontre avec les écrits et la figure de Marc Bloch remonte à plus de cinquante ans. Je dois à celui qui reste peut-être son livre le plus original et le plus novateur – je veux parler de Les rois thaumaturges – l'élan définitif qui m'a dirigé, alors que je n'étais qu'un étudiant aux premières armes, vers le métier de l'historien. Je me souviens encore de l'émotion avec laquelle j'ai commencé à feuilleter les pages de la première édition, celle de 1924 (il faudrait encore attendre pour la réédition anastatique et pour l'édition précédée de la lumineuse introduction de Jacques Le Goff). A l'émotion s'ajoutait la surprise : elle naissait du thème inusuel et de la manière dont il était affronté.
 

L'épigraphe ironique extraite de Les Lettres persanes"Ce roi est un grand magicien" – annonçait le dilemme méthodologique sur lequel s'ouvrait le livre. D'une part, affronter le thème des pouvoirs magiques attribués aux souverains sans se poser de limites d'espace ou de temps ; d'autre part, restreindre l'enquête à des sociétés reliées par des rapports attestés par des documents historiques. On sait que Bloch choisit la seconde voie : Les rois thaumaturges analyse le pouvoir de guérir les écrouelles attribué aux rois légitimes en France et en Angleterre. Mais avant de rejeter la comparaison ethnographique, qu'il associait au nom de Frazer, Bloch l'examinait comme une alternative légitime : une telle ouverture intellectuelle ne pouvait pas ne pas impressionner un jeune homme de vingt ans, qui venait (nous sommes en 1959) de tomber sur les écrits de Lévi-Strauss.

Les réflexions sur le rapport entre morphologie et histoire, que j'ai poursuivies pendant des décennies, sont nées à ce moment : de la lecture des Rois thaumaturges filtrée par l'anthropologie structurale. Ce n'est que bien des années plus tard, grâce à la préface de Jacques Le Goff aux Rois thaumaturges, que je me suis rendu compte que dans ce livre un nom brillait par son absence : celui de Marcel Mauss (qui fit un éloge chaleureux du livre de Bloch après sa publication). C'est vrai : Mauss ne s'était jamais occupé ex professo de la monarchie sacrée, le thème qui était au centre de la recherche de Bloch. Pourtant, il travaillait depuis longtemps à son Essai sur le don, qui parut en 1925, un an après Les rois thaumaturges. A travers une série de compte-rendus et de brefs essais, Mauss avait dessiné un projet ambitieux, basé sur une comparaison extrêmement vaste, qui portait sur des sociétés très lointaines dans l'espace et dans le temps, presque toujours dépourvues de liens historiques documentés. Mauss ne pouvait se targuer d'aucune connaissance directe de ces sociétés. L'expression armchair anthropologist, née avec une intention sarcastique, lui va comme un gant. Cet anthropologue qui a inspiré une grande quantité d'enquêtes sur le terrain, était avant toutes choses un lecteur extraordinaire. Voilà qui m'amène au thème dont je vais vous parler ce soir. Le titre que j'ai choisi – Lectures de Mauss – se réfère tout aussi bien à ce que Mauss (celui de l'Essai sur le don) a lu, qu'aux manières dont il a été lu. Comme j'essaierai de le montrer, à travers une série sélective et presque arbitraire d'exemples (un passage en revue systématique serait impossible et sans doute superflu) ces deux perspectives sont étroitement liées. Plus précisément, la première illumine la seconde : comprendre ce que Mauss a lu nous aide à comprendre, en positif comme en négatif, comment Mauss a été lu.


Mauss lecteur est un anthropologue qui fait de l'ethnographie par personne interposée. Depuis son fauteuil, il fait dialoguer des ethnographes qui ont travaillé de manière indépendante, même si cela n'a pas toujours été en ignorant le travail qu'ils accomplissaient les uns les autres. "Fait dialoguer", car c'est Mauss qui pose les questions à la documentation. Mais la documentation a été recueillie à la lumière de questions qui n'étaient pas les siennes et qui n'ont pu manquer, d'une certaine manière, de le conditionner. Prenons un cas macroscopique : le dialogue que Mauss instaure entre Malinowski et Boas, deux anthropologues qui ont travaillé dans des sociétés extrêmement différentes, éloignées de milliers et milliers de kilomètres l'une de l'autre. Le kula, l'immense circuit d'échanges gratuits analysé par Malinowski dans l'archipel des îles Trobriand, et le potlatch, cette compétition entre chefs basée sur la distribution ostentatoire des biens (poussée quelques fois jusqu'à la destruction) pratiquée par les populations indigènes de la côté du Pacifique nord-ouest étudiées par Boas, semblent avoir bien peu en commun. Et pas seulement : comme on a pu l'observer, le kula peut être inclus dans la catégorie du don au sens large, à laquelle en revanche le potlatch semble irrémédiablement étranger. Cette objection, formulée à plusieurs reprises, a été développée, il y a plus de dix ans, par Alain Testart, dans un essai intitulé Uncertainties of the "Obligation to Reciprocate" : A Critique of Mauss. Au long d'une argumentation qui serrait le texte de très près, Testart soutenait que l'obligation de répondre au don, que Mauss avait posé au centre de son essai, n'existe pas dans le cas du potlatch ; et que la possibilité de sanctionner l'absence de réciprocité dans le potlatch par l'esclavage, que Mauss avait attribué aux indigènes Kwakiutl, provenait d'une interprétation erronée d'un passage de Boas, qui de surcroît, ne se référait pas au potlatch.

"L'irrésistible inefficacité d'un classique" : la boutade ironique de Max Frisch sur Bertolt Brecht ne s'applique certes pas à l'Essai sur le don. Ce classique de l'anthropologie est, aujourd'hui plus que jamais, au centre de discussions acharnées : ou, plus précisément, de critiques corrosives qui entament non seulement ses bases ethnographiques, mais jusqu'à son armature conceptuelle. C'est bien ce qu'a fait Testart lui-même quand il a soutenu d'une part, que le potlatch ne constitue pas un exemple de l'obligation de la réciprocité du don, d'autre part quand il a nié que cette obligation à la réciprocité constitue un phénomène universel. Toute discussion à propos de l'Essai sur le don doit se mesurer à cette double critique.

 

Dans une première version, finalement écartée (je dois cette information à la générosité de Stéphane Bacciocchi) le titre de l'Essai était le suivant : Etude générale des /Formes et raisons de l'échange /Dans les Sociétés Archaïques //Du Don /Et en particulier /De l'obligation à rendre les présents.

Que ce dernier point, destiné ensuite à devenir le titre de l'introduction, ait consisté le point central de la recherche de Mauss est démontré aussi par l'essai bref et extrêmement dense, publié un an avant l'Essai sur le don : Gift/Gift. L'identité entre le mot qui désigne le don (en anglais moderne) et le poison (en allemand moderne), soulignée par Mauss, apparaît aujourd'hui comme un antidote préventif par rapport à la rhétorique envahissante, et souvent gratuite, sur la gratuité du don. La voie que Mauss avait l'intention de parcourir était différente, à la fois plus ambitieuse et plus radicale : comprendre, à travers le don, et l'obligation qu'il crée, comme la société – non pas telle ou telle société mais la société en tant que telle – est possible. C'est à la lumière de ce projet de recherches qu'il est possible d'essayer de comprendre la présence apparemment injustifiée du potlatch dans un essai sur le don.

 

Mais avant d'examiner la manière dont Mauss a réélaboré le matériel sur le potlatch il est indispensable de s'arrêter sur celui qui, entre tous, l'avait rassemblé : Franz Boas. Le travail ethnographique gigantesque que Boas a mené pendant des décennies, surtout parmi les populations de la côte Nord-Ouest du Pacifique, a fini par envelopper sa figure dans une aura de légende. Une légende ambivalente : la rigueur de Boas (comme l'a fait remarquer Lévi-Strauss) a légué aux anthropologues futurs un modèle inatteignable qui a fini par entraver la réflexion théorique. L'agnosticisme de Boas serait dérivé d'un modèle cognitif inspiré de la physique et de la géographie, les disciplines dans lesquelles il s'était formé. Dans ce jugement de Lévi-Strauss, où la critique se mêle à une profonde admiration, Boas se présente comme une incarnation, la plus haute, du positivisme. Mais sa biographie révèle une réalité plus complexe. La mère de Boas, Sophie née Meyer, avait vu le jour à Minden, une petite ville de la Westphalie, dans une famille juive ouverte à la culture moderne. Sophie développe très tôt une conscience aiguë de l'injustice qui caractérise les rapports entre les sexes : "un jour, dans quelques siècles peut-être", écrivait-elle à son ami Abraham Jacobi, "quand l'humanité toute entière sera reconnue comme humaine, le joug qui pèse sur les femmes sera lui aussi brisé". Dans ces aspirations à la reconnaissance, nous retrouvons le signe des idéaux radicaux de 1848.

Par Jacobi, la jeune Sophie avait connu le médecin Ludwig Kugelmann, ami et correspondant de Karl Marx. En février 1851 Jacobi envoya à Sophie et à sa sœur Fanny (qui devait plus tard devenir sa femme) la copie d'un opuscule récemment publié : le Manifeste du parti communiste. Telle est l'atmosphère intellectuelle et politique dans laquelle s'est formée Franz Boas. Avant d'émigrer aux Etats-Unis, il eut le temps d'écouter à Heidelberg les cours d'un des plus célèbres et des plus indépendants disciples de Hegel : Kuno Fischer, qu'il qualifia "d'absolument brillant". Plus tard, dans une lettre envoyée à sa sœur alors qu'il n'avait pas encore trente ans, Boas évoque "l'idéalisme allemand qui est en moi, qui est la force qui me pousse […] et pour laquelle nous devons tous les deux, toi et moi, être redevables à notre mère". Franz Boas, disciple de Ratzel, provenait d'une tradition qui remontait à Humboldt, et, par certains aspects, à Hegel.

Je ne suis pas en mesure de préciser la manière dont la formation intellectuelle de Boas a pu orienter son travail sur le terrain. Une chose est sûre : Mauss s'est penché sur la documentation recueillie et présentée par Boas en partant de ses propres questions. Voyons lesquelles.

Dans la section de l'Essai sur le don consacrée au potlatch Mauss évoque un mythe recueilli et présenté par Boas dans sa Tsimshian Mythology. Après avoir fait allusion aux grandes fêtes célébrées quand un nom est donné au fils du chef qui vient de naître, Mauss commente :  

Le potlatch, la distribution des biens est l'acte fondamental de la "reconnaissance" militaire, juridique, économique, religieuse, dans tous les sens du mot. On "reconnaît" le chef ou son fils et on lui devient "reconnaissant".

Dans ce passage des plus denses se trouvent côte à côte deux des significations en usage aujourd'hui du terme "reconnaissance" : la reconnaissance personnelle, légale, politique, et la reconnaissance comme gratitude. D'où vient cette double référence ? La réponse est presque évidente : de Rousseau. Soit : découvrir derrière Mauss la grande ombre de Rousseau n'a rien de surprenant, surtout après que Claude Lévi-Strauss nous a enseigné à reconnaître en Rousseau le fondateur des "sciences de l'homme". Mais de quel Rousseau s'agit-il ? Dans la liste des écrits mentionnés par Lévi-Strauss dans son essai, figurent, à côté du Discours sur l'origine de l'inégalité, le Contrat social, les Lettres sur la botanique, le Rêveries d'un promeneur solitaire. Manque l'Emile, qu'un passage mémorable de Tristes Tropiques consacré à Rousseau définit comme le livre qui "révèle le secret" du Contrat social.

Mais l'Emile peut aussi être lu comme une réflexion implicite sur le Discours sur l'origine de l'inégalité paru huit ans auparavant. Telle est, comme je vais essayer de le démontrer, la voie parcourue par Mauss lecteur de Rousseau.

 

Il n'y a pas besoin d'insister sur l'importance que Rousseau attribue à la "reconnaissance" dans le second Discours. Une citation suffira : "Concluons qu'errant dans les forêts sans industrie, sans parole, sans domicile, sans guerre, et sans liaisons, sans nul besoin de ses semblables, comme sans nul désir de leur nuire, peut-être même sans en reconnaître aucun individuellement, l'homme Sauvage sujet à peu de passions, et se suffisant à lui même, n'avoit que les sentiments et les lumières propres à cet état (…) Si par hasard il faisoit quelque découverte, il pouvoit d'autant moins la communiquer qu'il ne reconnoissoit même pas ses Enfants."

Dans cette situation, le sauvage ne connaît que ses "vrais besoins" : "son intelligence ne faisoit pas plus de progrès que sa vanité". A la reconnaissance réciproque entre les êtres humains, Rousseau attribue, dans l'Essai sur l'origine des langues, l'élan vers le langage : "Sitot qu'un homme fur reconnu par un autre pour un Etre sentant, pensant et semblable à lui, le desir ou le besoin de lui communiquer ses sentiments et ses pensées lui en fit chercher les moyens". En général, la reconnaissance réciproque représente pour Rousseau une étape décisive dans la voie qui mène à la civilisation: celle que parcourt Emile, savamment guidé. Ecoutons la voix de son éducateur :

"Ce ne sont point les philosophes qui connoissent le mieux les hommes ; ils ne les voyent qu'à travers les préjugés de la philosophie, et je ne sache aucun état où l'on en ait tant. Un sauvage nous juge plus sainement que ne fait un philosophe. Celui-ci sent ses vices, s'indigne des nôtres, et dit en lui-même : nous sommes tous méchans ; l'autre nous regarde sans s'émouvoir, et dit : vous êtes des foux. Il a raison, car nul ne fait le mal pour le mal. Mon élève est ce sauvage, avec cette différence qu'Emile ayant plus réflèchi, plus comparé d'idées, vû nos erreurs de plus près, se tient plus en garde contre lui-même et ne juge que de ce qu'il connoit."

Emile donc, est et n'est pas, un sauvage : c'est un "homme de la nature fait pour vivre dans les villes". Son éducation toute entière se déroule sous le signe d'une ambivalence paradoxale :

"Dans les éducations les plus soignées le maître commande et croit gouverner ; c'est en effet l'enfant qui gouverne (…) Prenez une route opposée avec votre élève ; qu'il croit toujours être le maître et que ce soit toujours vous qui le soyez. Il n'y a point d'assujettissement si parfait que celui qui garde l'apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même. Le pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne peut rien, qui ne connoit rien, n'est il pas à votre merci ?"

La liberté (une liberté apparente) se traduit par un assujettissement total. Et c'est ici qu'apparaît le don :

"L'ingratitude n'est pas dans le coeur de l'homme ; mais l'intérêt y est : il y a moins d'obligés ingrats, que de bienfaiteurs intéressés. Si vous me vendez vos dons, je marchanderai sur le prix ; mais si vous feignez de donner, pour vendre ensuite à votre mot, vous usez de la fraude. C'est d'être gratuits qui les rends inestimables. Le coeur ne reçoit des loix que de lui-même ; en voulant l'enchaîner on le dégage, on l'enchaîne en le laissant libre."

Paroles terribles (l'Emile est un livre terrible). D'une part, le don crée un lien, de l'autre, il crée l'impulsion à la réciprocité :

"Voit-on jamais qu'un homme oublié par son bienfaiteur l'oublie ? Au contraire, il en parle toujours avec plaisir, il n'y songe point sans attendrissement : s'il trouve occasion de lui montrer par quelque service inattendu qu'il se ressouvient des siens, avec quel contentement intérieur il satisfait alors sa gratitude ! Avec quelle douce joie il se fait reconnoître ! Avec quel transport il lui dit : ton tour est venu ! Voilà vraiment la voix de la Nature ; jamais un vrai bienfait ne fit d'ingrat."

"Avec quelle douce joie", le bénéficiaire " se fait reconnoître! " Et voici qu'à la reconnaissance se mêle la gratitude (reconnoissance) :

"Si donc la reconnoissance est un sentiment naturel, et que vous n'en détruisiez pas l'effet par votre faute, assurez-vous que votre élève, commençant à voir le prix de vos soins, y sera sensibile (…).
Pour le rendre docile, laissez-lui toute sa liberté, derobez-vous pour qu'il vous cherche, élevez son ame au noble sentiment de la reconnaissance, en ne lui parlant jamais que de son intérêt…"

A travers la liberté qui a produit son assujettissement, Emile est devenu un sujet : paradoxe destiné à une longue fortune qu'il faudrait interroger historiquement. Le passage décisif de l'éducation d'Emile est accompli. "Nous entrons enfin dans l'ordre moral" annonce solennellement l'éducateur. Jusque là, Emile n'avait regardé que lui ; mais les choses changent :

"Le premier regard qu'il jette sur ce semblables le porte à se comparer avec eux ; et le premier sentiment qu'excite en lui cette comparaison, est de désirer la première place. Voilà le point où l'amour de soi se change en amour-propre…"

Emile est entré (et nous avec lui) dans la civilisation, dans le monde de la compétition, dans la lutte pour la reconnaissance. Dans les pages de Boas sur le potlatch Mauss aura trouvé, ou cru retrouver, une réponse aux questions que sa lecture de Rousseau avait déclenchées.

 

Un élément indirect vient soutenir cette affirmation : il provient de La foi jurée, la thèse publiée par Georges Davy en 1922. Le sous-titre du livre, dédié à la mémoire de Durkheim et de Lucien Lévy-Bruhl, dessinait un domaine des plus vastes : Etude sociologique du problème du contrat. La formation du lien contractuel. Au cours d'une exposition rapide et parfois hâtive, Davy accordait une importance particulière au potlatch, qu'il décrivait sur la base des données recueillies par Boas, et réinterprétées par Mauss dans ses essais et ses comptes-rendus parus dans l'Année sociologique. Dans les pages de conclusion, Davy résumait sa propre argumentation en renvoyant à Rousseau (et à Léon Bourgeois) :

"La fonction sociale du contrat de Rousseau et celle du potlatch ne diffèrent pas au fond. Le potlatch n'est en somme, pris à ce point de vue, qu'un contrat social continué. Le contrat de Rousseau détermine une fois pour toutes l'ordre social. Le potlatch le détermine sans cesse. De plus le contrat de Rousseau se fonde sur l'égalité, le potlatch sur la hiérarchie, et sur une hiérarchie issue de la concurrence et non de l'hérédité, particularité qui explique que la besogne soit sans cesse à reprendre.

Le parallèle un peu rapide entre le contrat social de Rousseau et le potlatch dans un livre qui reprenait, fût-ce sous une forme simplifiée et délayée, l'enseignement de Mauss, ne saurait être ignoré. Le rapport entre Davy et Mauss, malgré la faible différence d'âge (onze ans) relevait de celui qui existe entre un disciple et son maître. Dans La foi jurée Davy déclarait sa propre reconnaissance à l'égard de Mauss, auquel il faisait remonter son initiation ethnographique : mais en même temps, il donnait aussi l'impression de vouloir envahir le terrain que Mauss avait cultivé pendant des dizaines d'années. Les aléas qui accompagnèrent la discussion puis la publication de la thèse de Davy accusent cette ambiguïté. Mauss, invité par Davy à faire partie du jury, ne put y participer en raison d'un empêchement. Marcel Granet, qui l'avait remplacé, accueillit la publication de La foi jurée avec une recension très sévère. Devant les plaintes de Davy, Mauss s'abstint de soulever des questions de priorité, mais il lui fit savoir de manière privée ses propres critiques. Mauss, confronté à la version gauchie et simplifiée de ses idées que La foi jurée mettait en circulation, aura décidé d'accélérer la conclusion, remise depuis plusieurs années, de ses propres recherches sur le don. En trois ans, il faisait publier l' Essai sur le don, présenté comme une partie de "la série de recherches que nous poursuivons depuis longtemps, M. Davy et moi, sur les formes archaïques de contrat". Comme on l'a vu, dans les pages de l'Essai consacrées au potlatch, la référence à Rousseau était présentée sous une forme implicite. Au lieu d'une référence évidente au Contrat social, Mauss s'inspirait tacitement de ce livre qui selon les mots de Lévi-Strauss encore "révèle le secret" du Contrat social : à savoir l'Emile.

 

Le rapprochement du potlatch et de Rousseau n'est qu'un des éléments qui font de La foi jurée un témoignage précieux pour déchiffrer l'Essai sur le don. L'autre concerne la chronologie de l'essai de Mauss. On peut supposer que la version publiée porte les traces de la dernière phase d'élaboration, celle qui suit la publication de La foi jurée. Il est vraisemblable que cette phase coïncide avec la conclusion de l'"Essai sur le don" (qui comprend entre autres choses, une critique, insérée dans une note, à la surévaluation du potlatch avancée par Davy dans la Foi jurée). Que les dernières pages aient été écrites en dernier est une affirmation à première vue banale, qui, cependant (comme je vais essayer de le démontrer), a des conséquences qui elles, n'ont rien de banal.

"Il est possible d'étendre ces observations à nos propres sociétés" : cette phrase sur laquelle s'ouvre la "Conclusion", indique une césure par rapport au très vaste dossier ethnographique et historique présenté dans les pages précédentes : ce dossier que Mauss avait accumulé et passé au crible pendant près de vingt ans. Le regard se tourne vers le présent. Le ton détaché de l'analyse fait place à une tonalité engagée et exhortative où l'on perçoit souvent une émotion contenue. Ecoutons en un exemple :

"Ce sont nos sociétés d'Occident qui ont, très récemment, fait de l'homme un "animal économique". Mais nous ne sommes pas encore tous des êtres de ce genre. Dans nos masses et dans nos élites, la dépense pure et irrationnelle est de pratique courante ; elle est encore caractéristique de quelques fossiles de notre noblesse. L'homo oeconomicusn'est pas derrière nous, il est devant nous ; comme l'homme de la morale et du devoir ; comme l'homme de la science et de la raison. L'homme a été très longtemps autre chose ; et il n'y a pas bien longtemps qu'il est une machine, compliquée d'une machine à calculer. 
D'ailleurs nous sommes encore heureusement éloignés de ce constant et glacial calcul utilitaire…"

De telles pages ont eu un poids important, déterminant peut-être dans la fortune de l'Essai sur le don. Je suis le dernier à vouloir nier leur importance. A près d'un siècle de distance, elles nous parlent avec une force inchangée, si non accrue. Mais le risque est grand de les lire hors du contexte qui les a vu naître. Récupérer ce contexte, c'est faire un pas en avant dans la compréhension de l'essai de Mauss.
Il y a vingt-cinq ans, Michele Battini avait proposé de lire l'Essai sur le don à la lumière d'un écrit de Mauss à peu de choses près contemporain: l'"Appréciation sociologique du Bolchevisme", paru dans la Revue de métaphysique et de morale en 1924. Il s'agissait d'une précieuse suggestion critique : il est désormais possible de l'approfondir grâce à l'indispensable recueil des Ecrits politiques de Mauss publiée par Marcel Fournier. Voyons de quelle manière.

 

Au moment de donner congé au lecteur de l'Essai sur le don Mauss se retourne :

"On voit comment on peut étudier, dans certain cas, le comportement humain social, la vie sociale toute entière…" Le cas du don, en tant que "fait social total", a en effet une valeur exemplaire :

"Des études de ce genre permettent en effet d'entrevoir, de mesurer, de balancer les divers mobiles esthétiques, moraux, religieux, économiques, les divers facteurs matériels et démographiques dont l'ensemble fonde la société et constitue la vie en commun, et dont la direction consciente est l'art suprême, la Politique, au sens socratique du mot."

C'est sur ces mots que s'achève l'essai. Le regard sur le présent débouche sur un éloge de la politique. Mais il s'agit d'un éloge paradoxal, comme le suggère l'allusion à "l'art suprême, la Politique, au sens socratique du mot". Mauss réélaborait, en les condensant, deux passages contigus de l'"Appréciation sociologique du Bolchevisme", qui font allusion respectivement à l'Œdipe roi de Sophocle et au Politique de Platon :

"Art des arts : ‘techne technes hyperpherousa', disait Sophocle de la tyrannie ; la Politique, au sens le plus élevé du mot, devra donc, non seulement rester très modeste, mais encore ne se jamais séparer de ses soeurs, la Morale et l'Economique, auxquelles elle est au fond identique.

Le vieux rêve de Socrate, du citoyen sage, économe, vertueux et gardien de la loi, surtout prudent et juste, fournit donc toujours le modèle de l'homme d'action."

Œdipe tyran, relu à travers Socrate, enseigne que la politique, l'art suprême, est un art de la mesure. Mauss pense par contraste aux bolcheviques : une des cibles implicites des pages conclusives de l'Essai sur le don. En abolissant le marché entre 1918 et 1922, les bolcheviques ont accompli un geste violent et éphémère. Mauss développa son jugement dans un essai paru en cinq livraisons, entre le 3 février et le 5 mars 1923 dans La vie socialiste. La première, intitulée "Fascisme et bolchevisme. Réflexions sur la violence" s'ouvrait par une attaque féroce contre Georges Sorel, reprise ensuite dans la dernière qui avait pour titre "Observations sur la violence. Contre la violence. Pour la force". Ecrites en même temps que l'Essai sur le don, ces pages l'illuminent d'une lumière vive – et inversement.

"Le crime et la faute du bolchevisme", écrit Mauss, "c'est de s'être imposé au peuple et d'avoir molesté même la classe ouvrière dont le gouvernement se dit issu, d'avoir meurtri toutes les institutions sociales qui eussent pu être la base de l'édifice.

Nous ne voulons donc pas de la force qui s'impose contre le droit ou sans le droit. Mais nous ne renonçons pas à mettre la force au service du droit".

La force est pour Mauss une composante inéliminable de la vie sociale : "Il n'y a pas de société sans discipline, sans contrainte, sans sanctions". Mais la force visible ne pourrait pas agir si elle n'était soutenue par celle qu'on ne saurait voir. Une des sections les plus discutées de l'Essai sur le don s'intitule justement "La force des choses". "Dans les choses échangées au potlatch, écrit Mauss, il y a une vertu qui force les dons à circuler, à être donnés et à être rendus". Nous retrouvons "l'obligation à rendre les présents" : la question dont Mauss était parti. Je reviens plus loin sur la réponse de Mauss.

 

En quelle mesure la genèse de l'Essai sur le don retracée jusqu'ici converge-t-elle avec les lectures qui en ont été proposées au cours de sa réception ?

Avant de répondre à cette question, il faut faire une remarque évidente: la richesse des thèmes traités par Mauss invitait à faire de l'essai des lectures unilatérales si non carrément arbitraires. Un exemple éloquent est offert par les réflexions de Georges Bataille développées à partir de l'essai "La notion de dépense", publié dans la Critique sociale en janvier 1933. Elles tournent autour du potlatch, en tant que phénomène anti utilitaire, où la compétition était poussée à l'extrême jusqu'au gaspillage et à la destruction. Un très bref commentaire que Mauss avait inséré dans une note en bas de page – "L'idéal ce serait de donner un potlatch et qu'il ne fût pas rendu" – déchaîna l'imagination de Bataille.

Ce qui l'avait émoustillée, ce n'était pas la réciprocité, mais l'impossibilité de la mettre en pratique. Bataille renvoyait à l'essai de Mauss, mais ensuite il suivait une autre voie, la sienne. Il s'agissait, dans son cas, d'un exemple d'appropriation explicite. Dans un autre cas, par certains aspects contigu, l'appropriation des pensées de Mauss fut en revanche implicite. On a plusieurs fois souligné l'affinité entre les pages de l'Essai sur le don consacrées au potlatch  comme don agonistique et l'interprétation de la dialectique du maître et de l'esclave dans la Phénoménologie de l'esprit de Hegel proposée par Alexandre Kojève dans son célèbre séminaire tenu à l'Ecole pratique des Hautes Etudes entre 1933 et 1939. Que de telles affinités impliquent un lien direct d'un texte à l'autre a été soutenu avec prudence par Remo Bodei, et puis, de manière indépendante et plus argumentée, par Bruno Karsenti, suivi par Alain Caillé. Il s'agit d'une thèse plus que vraisemblable: la familiarité avec l'œuvre de Mauss, et en général avec la sociologie française, allait de soi pour quelqu'un comme Kojève, qui depuis son arrivée à Paris en 1926, travaillait surtout autour de la philosophie de la religion (son écrit posthume,  L'Athéisme, qui remonte à 1931, s'ouvre sur un renvoi à Durkheim). Mais aux considérations extérieures s'unissent quelques éléments internes qui sont beaucoup plus probants. Regardons les de près.  

L'édition des leçons de Kojève sur la Phénoménologie, préparée par Raymond Queneau, s'ouvre sur une traduction, précédée d'un commentaire, de la section A du chapitre IV de la Phénoménologie. La fonction stratégique de ce texte aujourd'hui célèbre, déjà paru en 1939 dans la revue Mesures, était indiquée par le titre : "En guise d'introduction". Il suffira d'en citer quelques extraits :

"Pour que l'homme soit vraiment humain, pour qu'il diffère essentiellement et réellement de l'animal, il faut que son Désir humain l'emporte effectivement en lui sur son Désir animal (…) L'homme s'avère humain en risquant sa vie pour satisfaire son Désir humain, c'est à dire son Désir qui porte sur un autre Désir. (…) Désirer le Désir d'un autre, c'est donc en dernière analyse désirer que la valeur que je suis ou que je ‘représente' soit la valeur désirée par cet autre : je veux qu'il ‘reconnaisse' ma valeur comme sa valeur, je veux qu'il me reconnaisse comme valeur autonome. Autrement dit, tout Désir humain, anthropogène, générateur de la Conscience de soi, de la réalité humaine, est, en fin de compte, fonction d'un tel Désir. Parler de l'"origine" de la Conscience de soi c'est donc nécéssairement parler d'une lutte à mort en vue de la " reconnaissance ".

Sans cette lutte à mort de pur prestige, il n'y aurait jamais eu d'êtres humains sur la terre."

La "lutte a mort en vue de la ‘reconnaissance', cette lutte à mort de pur prestige" marque donc une étape décisive dans l'humanisation de l'homme : c'est là que commence le rapport entre maître et esclave, donc la société et l'histoire. Au nord-ouest américain, "perdre le prestige, c'est bien perdre l'âme" avait écrit Mauss, parce que "le potlatch, la distribution des biens est l'acte fondamental de la ‘reconnaissance' militaire, juridique, économique, religieuse, dans tous les sens du mot. On ‘reconnaît' le chef ou son fils et on lui devient ‘reconnaissant'". Chaque texte associe compétition, reconnaissance et prestige. Une lettre envoyée par Kojève a Tran-Duc-Thao le 7 octobre 1949 après que ce dernier avait rendu compte sur Les Temps modernes de son Introduction à la lecture de Hegel, jette une lumière indirecte sur cette convergence. A l'allusion initiale ironique fait suite une auto exégèse des plus sérieuses :

"Mon cours était essentiellement une oeuvre de propagande destinée à frapper les esprits. C'est pourquoi j'ai consciemment renforcé le rôle de la dialectique du Maître et de l'Esclave (…) Une petite remarque seulement. Les termes ‘sentiment de soi' et ‘conscience de soi' sont de Hegel lui-même qui dit expressément qu'à la différence de l'homme, l'animal ne dépasse jamais le stade du ‘sentiment de soi'. Le terme ‘lutte de pur prestige' ne se trouve effectivement pas chez Hegel, mais je crois qu'il s'agit là uniquement d'une différence de terminologie, car tout ce que je dis s'applique parfaitement à ce que Hegel appelle la ‘lutte pour la reconnaissance'."

Mais est-il vraiment possible de voir dans l'expression "lutte de pur prestige", comme le suggérait Kojève, un choix terminologique sans conséquences ? On a tenté de formuler une hypothèse différente : à savoir que le passage de l'Essai sur le don sur la "reconnaissance" avait déclenché dans l'esprit de Kojève son équivalent hégélien – Anerkennungen l'insérant dans le contexte de la " lutte de pur prestige". A travers l'Essai sur le don Kojève aurait récupéré, en philosophe, la profonde dette spéculative que Hegel, depuis sa jeunesse, avait contractée à l'égard de Rousseau. Un indice en ce sens nous est fourni, si je ne me trompe, par le passage immédiatement successif de la lettre de Kojève à Tran-Duc-Thao :

"Enfin, en ce qui concerne ma théorie du ‘désir du désir', elle n'est pas non plus chez Hegel, et je ne suis pas sûr qu'il ait bien vu la chose. J'ai introduit cette notion parce que j'avais intention de faire, non pas un commentaire de la phénoménologie, mais une interprétation; autrement dit, j'ai essayé de retrouver les prémisses profondes de la doctrine hégélienne, et de la construire en la déduisant logiquement de ces prémisses. Le ‘désir du désir' me semble être l'une des prémisses fondamentales en question, et si Hegel lui-même ne l'a pas clairement dégagée, je considère que, en la formulant expressément, j'ai réalisé un certain progrès philosophique."

"En effet" avait écrit Kojève "l'être humain ne se constitue qu'en fonction d'un Désir portant sur un autre Désir, c'est-à-dire – en fin de compte – d'un Désir de reconnaissance".

Ces mots renvoient à Hegel, mais ils pourraient, sans la moindre difficulté, s'appliquer à Rousseau. Kojève avait retrouvé Rousseau chez Hegel grâce à Mauss, qui avait lu Boas à travers Rousseau : le cercle (herméneutique) est bouclé.

 

L'hypothèse que j'ai formulée inscrit l'Essai sur le don dans la tradition de ceux qui ont essayé de comprendre la société à la lumière de ses déchirements : Hobbes, Rousseau, Hegel. Il ne s'agit pas d'une interprétation complètement neuve : Marshall Sahlins, dans un essai très important, après avoir qualifié Mauss de "disciple spirituel de Rousseau", analyse l'Essai sur le don à travers le philtre de Hobbes. Mais il s'agit d'une interprétation largement minoritaire. C'est l'interprétation de Claude Lévi-Strauss qui a dominé le terrain pendant des décennies, interprétation proposée dans le célèbre essai qui constitue un exercice magistral d'appropriation critique et que résume une phrase citée d'innombrables fois, qui décrit Mauss "comme Moïse conduisant son peuple jusqu'à une terre promise dont il ne contemplerait jamais la splendeur". Mais à quelle terre promise pensait Lévi-Strauss ? Et pourquoi Mauss n'avait-il pas pu la rejoindre ?

"En s'associant de plus en plus étroitement à la linguistique, pour constituer un jour avec elle une vaste science de la communication, l'anthropologie sociale peut espérer bénéficier des immenses perspectives ouvertes à la linguistique elle-même, par l'application du raisonnement mathématique à l'étude des phénomènes de communication" : en soulignant ces perspectives, Lévi-Strauss renvoyait d'une part à la cybernétique de Norbert Wiener et à la théorie mathématique de la communication élaborée par Shannon et Weaver, et d'autre part, il faisait une allusion discrète à son propre travail en évoquant l'introduction des mathématiques "dans certains domaines essentiels, comme celui de la parenté". L'Essai sur le don était défini comme "un événement décisif de l'évolution scientifique", comparable à la phonologie de Troubetzkoy et de Jakobson : "pour la première fois dans l'histoire de la pensée ethnologique" écrivait Lévi-Strauss, "le social… devient un système, entre les parties duquel on peut donc découvrir des connexions, des équivalences et des solidarités". C'est à la même conclusion qu'arrivait peu après Emile Benveniste, dans un essai paru dans un volume de l'Année sociologique dédié à la mémoire de Mauss : "Là [dans l'Essai sur le don] est le principe d'un échange qui, généralisé non seulement entre les individus mais entre les groupes et les classes, provoque une circulation de richesses à travers la société entière".

Dans ces deux lectures convergentes, "l'obligation à rendre les présents", le point de départ de l'enquête de Mauss, est complètement absente. L'échange généralisé dont parle Benveniste, la société comme système évoqué par Lévi-Strauss, permettent de "découvrir des connexions, des équivalences et des solidarités". Asymétries, constrictions et inégalités disparaissent de la scène.

 

Pour comprendre la signification de cette disparition, il est nécessaire d'examiner de près la partie la plus discutée de l'Essai sur le don : celle où Mauss explique l'"obligation à rendre les présents" à travers les catégories indigènes. Une de ces catégories, transmise par un informateur Maori, est le hau, que Mauss interpréta comme "pouvoir spirituel" situé dans la chose donnée. Nous savons aujourd'hui, grâce à une analyse détaillée fournie par Marshall Sahlins, que l'interprétation de Mauss était le fruit d'un malentendu. Mais au-delà du cas spécifique se pose ici un problème général, que Lévi-Strauss avait formulé avec la dernière énergie. Il s'agit du "risque tragique qui guette toujours l'ethnographe" : celui de projeter sa subjectivité dans la société qu'il étudie. La solution, répond Lévi-Strauss, doit être cherchée "sur un terrain, qui est aussi celui où l'objectif et le subjectif se rencontrent, nous voulons dire l'inconscient". Mauss n'a pas parcouru cette voie jusqu'au bout, parce qu'il est resté pris dans les catégories indigènes comme le hau. "Ne sommes-nous pas ici" commente Lévi-Strauss "devant un de ces cas (qui ne sont pas si rares) où l'ethnologue se laisse mystifier par l'indigène ? (…) Le hau n'est pas la raison dernière de l'échange : c'est la forme consciente sous quelle des hommes d'une société déterminée, où le problème avait une importance particulière, ont appréhendé une nécessité inconsciente dont la raison est ailleurs".

Le risque de projection subjective ne concerne pas seulement l'ethnographie. Mais dans quelle mesure peut-on étendre la solution envisagée par Lévi-Strauss pour l'anthropologie à d'autres sciences humaines ? Nous pouvons chercher le début d'une réponse dans l'essai, intitulé significativement "L'échange et la lutte des hommes", par lequel Claude Lefort intervint pour défendre "le 'vrai' Mauss" contre l'ensemble de l'interprétation de Lévi-Strauss. A propos de cette dernière Lefort faisait observer que "bien que le terme d'inconscient soit ici seul employé, c'est plutôt celui de conscience transcendantale dans son sens kantien qui s'impose en bonne logique". Pour ce qui concerne l'interprétation de Mauss, la thèse de Lefort était inattaquable : la lecture kantienne de l'Essai sur le don (et fût-ce sous la forme d'un "kantisme sans moi transcendantal", selon la formule de Paul Ricœur, reprise ensuite par Lévi-Strauss lui-même) nous mène très loin de la "lutte des hommes", du potlatch agonistique, de Hegel – et, ajouterais-je, de Rousseau. Sur un plan général, observait Lefort :

"Quand on a substitué à l'échange vécu, à l'expérience de la rivalité, du prestige ou de l'amour, l'échange pensé, on obtient un système de cycles de réciprocité entre les lignées A B C D : les sujets concrets de l'échange ont disparu."

 

Les anthropologues n'ont cessé de s'interroger sur le rapport entre vécu et pensé. Kenneth Pike, linguiste, anthropologue et missionnaire, a opposé le niveau emic (tiré de phonemic), qui renvoie aux catégories des acteurs et le niveau etic (tiré de phonetic), qui renvoie aux catégories des observateurs. Nous retrouvons le problème auquel s'étaient confronté Mauss et ses critiques. Claude Lévi-Strauss a ressenti le besoin de revenir sur ce thème en niant la légitimité de l'opposition :

"Une étroite collaboration entre les sciences humaines et les sciences naturelles permettra seule de récuser un dualisme métaphysique périmé. Au lieu d'opposer idéal et réel, abstrait et concret, 'émique' et 'étique', on reconnaîtra qu'irréductibles à l'un quelconque de ces termes, les données immédiates de la conscience se situent à mi-chemin, déjà codées par les organes sensibles et par le cerveau, à la façon d'un texte qui, comme tout texte, doit être décodé pour qu'on puisse le traduire dans le langage d'autres textes.

Il ne saurait y avoir de plus belle illustration de l'utopie scientifique grandiose de Lévi-Strauss. Mais l'observateur, chassé par la porte au nom de l'objectivité de la connaissance, revient par la fenêtre, à travers le renvoi au texte. Il va de soi que décoder un texte, signifie déchiffrer les rapports sociaux qui ont rendu possible sa production ; l'usage ou les usages pour lequel ou pour lesquels il a été produit ; le public actuel ou potentiel auquel il s'adresse ; les réalités extra textuelles qu'il évoque. Ce n'est que de cette manière qu'on pourra traduire le texte, c'est-à-dire l'interpréter dans une autre langue : celle de l'observateur. Mais la distinction, qui n'a rien de "métaphysique", entre observateur et acteurs fait irruption à un autre niveau, même celui du texte le plus élémentaire : une liste de noms propres.

Dans son grand livre Les Rois thaumaturges Marc Bloch sut aussi tirer profit de témoignages de ce genre. Il analysa d'un œil désenchanté la légende qui conférait aux rois légitimes de France et d'Angleterre le pouvoir de guérir les écrouelles. Mais il ne négligea pas les malades pour autant. Leurs noms et leur provenance, consignés dans des registres rédigés à cet effet, montrent que la foi dans le pouvoir surnaturel des souverains poussait des femmes et des hommes à entreprendre de longs et périlleux voyages pour se faire soigner. Démystifier la tromperie et saisir les émotions et les pensées de ceux qui en étaient les victimes ne sont pas, comme le démontre Bloch, deux objectifs incompatibles. Pour les historiens (mais aussi pour un anthropologue comme Mauss) la vérité subjective des acteurs peut et doit faire partie de la reconstruction globale qui naît des questions de l'observateur. La subjectivité de ce dernier doit être constamment corrigée, mais on ne saurait l'éliminer. C'est un poison, mais aussi une ressource – un don.

 

Carlo Ginzburg, spécialiste du Moyen Age, s'est penché sur le thème de la sorcellerie médiévale. Son prochain ouvrage, "Le fil et les traces", sera consacré aux rapports entre les sciences humaines et la littérature (Verdier).

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 03:16

http://goudouly.over-blog.com/article--et-si-l-on-s-inspirait-de-l-exemple-du-conseil-national-de-la-resistance-par-jean-claude-mairal-50790341.html

 
carte postale de Collège Barbey d'Aurevilly

Collège Barbey d'Aurevilly
Saint-Sauveur-le-Vicomte

Travail réalisé par Mathilde Desmares en 4e2,

gagnant du concours de cartes postales 2008-2009,

sur le sujet : "slogan poètique".

 

Sur The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture

 

 

Et si l’on s’inspirait de l’exemple du Conseil National de la Résistance...

Par Jean Claude Mairal

Sur lafauteadiderot.net                                                                                                  http://lafauteadiderot.net/spip.php?article414

Hier, face au monument aux morts de ma commune, Creuzier le Vieux, je pensais à mon père, lieutenant dans les Francs tireurs et partisans, à ses frères, fils d’immigrés espagnols, tous résistants au nazisme, et plus particulièrement à mon oncle Emile, capitaine Michel, qui, la libération de l’Allier effectuée, rejoignit l’armée de De Lattre de Tassigny. Je pensais à toutes celles et à tous ceux qui, au prix de leur vie, ont lutté pour la liberté et pour un monde de paix plus juste, plus fraternel, plus solidaire. Et qui ont permis, en 1945,dans un pays dévasté par la guerre, la mise en place d’importantes politiques sociales, comme par exemple l’instauration de la sécurité sociale, ou économique avec les nationalisations de grands secteurs industriels et bancaires. Propositions qui étaient au cœur du programme du Conseil National de la Résistance, programme qui dans l’instant présent mérite une relecture tant il est d’actualité puisque qu’au delà des nombreuses propositions qu’il formulait il indiquait qu’il fallait mettre en place "une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général". Vous avez bien lu : « La subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général" !!!


Tout le contraire de ce que nous vivons aujourd’hui où l’intérêt des actionnaires, des spéculateurs et des plus fortunés priment sur l’intérêt général. Et cela avec l’aval de celles et ceux qui nous gouvernent qui, sans même parler du programme du Conseil national de la Résistance, tournent aussi le dos à la Constitution française de la 5éme république qui dans son préambule indique : "Le peuple français proclame solennellement sont attachement aux droits de l’homme et aux principes de souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la déclaration de 1789,confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946". Que disaient ces deux constitutions :
-Celle de 1789 dans son article 1er indiquait : "Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit"

-Celle de 1946 indiquaient notamment : "Chacun a le devoir de travailler et d’obtenir un emploi", "tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir propriété de la collectivité." "La nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.",etc.


Je rajouterai à cela les différentes chartes et déclarations internationales signées par la France.


Comme par exemple la déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 qui indique dans son article 23 : "Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale..." ou dans son article 25 : "Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires..."


Comme également la Convention européenne des droits de l’homme adopté en 1950 à l’initiative du Conseil de l’Europe (à ne pas confondre avec l’Union européenne puisque le Conseil de l’Europe rayonne de l’Atlantique à l’Oural, projet cher au Général de Gaulle et comprend 47 Etats. Un Conseil de l’Europe dont l’action mériterait d’être réévaluée) et sa charte sociale européenne adoptée en 1961 et révisée en 1996 qui indique notamment : "Toute personne a droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale", "Tous les travailleurs ont droit à la dignité dans le travail", etc.


Que nous sommes loin dans la France de 2010 de la mise en œuvre de ces droits énumérés dans la Constitution et dans les conventions et chartes internationales signées par la France ! 8 millions de personnes vivent au dessous du seuil de pauvreté, 2 millions de travailleurs sont pauvres, 3,5 millions de personnes sont mal ou pas logées, des suicides au travail de plus en plus nombreux, etc. Et à l’autre bout de la société quelques dizaines de milliers de personnes qui vivent dans l’opulence et la richesse, bénéficiaire des largesses du capitalisme quand l’immense majorité de nos concitoyens en sont les victimes.


Et l’on nous parle d’un tour de vis supplémentaire pour les salariés, les artisans, les retraités, les sans emplois, etc. Nicolas Sarkozy met en application cette phrase d’Alphonse Allais : "il faut prendre l’argent où il se trouve, c’est à dire chez les pauvres. Bon d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent mais il y a beaucoup de pauvres".


Bien sûr on disserte sur la crise financière et la mondialisation, sur la Chine et les USA et que face à cela il n’y a pas d’autres alternatives que de se serrer la ceinture pour retrouver de la « compétitivité ».


Vous avez dû noter comme moi que ces journalistes et ces économistes bien en cours, ces grands patrons, ces ministres et ces parlementaires qui, à longueur d’antennes, déversent leur idéologie libérale ne parlent à aucun moment,eux, de faire des efforts, par exemple de diminuer leur propre rémunération. Mais c’est connu les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Je me demande cependant si on ne devrait pas demander à ces apôtres de la rigueur de rendre public leur patrimoine et leur rémunération !!!


Les grands patrons et les spéculateurs peuvent dormir tranquille, ils n’ont rien à craindre de ce gouvernement. Et les références du "grand communicateur" Nicolas Sarkozy à Guy Mocquet et à la Résistance ne changent rien à cette réalité : Le Président de la République, par son action concrète, tourne le dos aux idéaux affirmés par le Conseil national de la Résistance. Il est entrain de refermer définitivement (les précédents gouvernements avaient déjà commencé à le faire) la parenthèse ouverte en 1936 avec le front populaire, qui s’était accélérée en 1945, de mise en œuvre de politiques publiques pour le plus grand nombre, en particulier pour les plus faibles. La grande bourgeoisie d’affaires qui dans sa grande masse avaient été exclue du champ politique à la Libération pour collaboration avec Pétain et les nazis se retrouvent désormais au cœur du pouvoir d’Etat.


Face à cette dégradation sociale et économique et à l’aggravation qui s’annonce, face au recul de civilisation qui se profile il est plus que temps de réagir. Comme cela a pu se faire dans les années 30 face à la grande crise et dans les années 40 face au nazisme. Certes les situations sont différentes mais l’expérience peut servir aujourd’hui.


Retour sur le Conseil national de la Résistance. Si son programme était extrêmement innovant pour l’époque, sa constitution l’était également puisqu’il regroupait tous les mouvements de résistance, les partis et les syndicats qui étaient dans la lutte contre le nazisme et le régime de Pétain. Par delà les différences et les divergences des uns et des autres, malgré les contentieux très puissants qui pouvaient exister, ils ont su les uns et les autres s’unir sur des objectifs communs et un programme à mettre en œuvre au lendemain de la Libération.


Dans une situation économique, sociale et politique aussi grave n’est-il pas temps de s’inspirer de l’exemple du Conseil national de la Résistance ? On ne va pas me dire qu’il est impossible que toutes les forces politiques, sociales, syndicales, associatives,etc qui se reconnaissent dans les valeurs de justice, de solidarité, de dignité humaine, d’égalité, d’équité, de laïcité, de citoyenneté, de paix et de coopération, ne se retrouvent pas pour construire du commun dans la riposte mais aussi pour une politique alternative au libéralisme ? L’heure étant grave il est temps de sortir de l’esprit de « chapelle », de cette atomisation mortifère pour notre démocratie. Je partage l’idée exprimée par certains de construire un nouveau Front populaire, mais cela doit se faire sans exclusive, ouvert sur toutes les forces de la transformation sociale qu’elles soient associatives, politiques et syndicales et bien entendu sans esprit de pouvoir. Par une telle démarche soyons en certains nous redonnerons espoirs à nos concitoyens.


Il est donc temps pour le politique de se tourner vers la société civile, de faire confiance à celle ci, de construire avec elle et d’arrêter de ne jurer que par l’élection présidentielle, simple expression d’une monarchie républicaine qui n’a rien à voir avec une démocratie citoyenne, indispensable pour faire face aux enjeux sociaux et économiques auxquels notre pays est confronté. L’avenir d’une Nation ne dépend pas d’un seul homme, ou d’une seule femme mais de la participation et de l’intervention de tous. C’est ce qui fait la force d’une Nation. Comme ont su le démontrer les forces de la Résistance il y a plus de 65 ans Malheureusement à droite comme à gauche, alors que l’orage dévastateur gronde au dessus de nos têtes certains sont déjà branchés sur 2012, année de l’élection présidentielle, preuve là aussi que pour un certain nombre d’homme et de femmes politiques l’ambition personnelle a remplacé l’intérêt général. Ayons le courage de remettre en cause l’élection au suffrage universel du Président de la République, monarque des temps moderne et de proposer une 6éme République solidaire et citoyenne faite par et pour le peuple ! Loin du règne des élites et des experts.


Décidément 65 ans après le Conseil National de la Résistance et son programme sont d’une extraordinaire modernité.


9 Mai 2010


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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 03:23





Mandela la légende : Du matricule 46664 au prix Nobel

http://goudouly.over-blog.com/article-mandela-la-legende-du-matricule-46664-au-prix-nobel-45407809.html

Chems Eddine CHITOUR
Sur Le Grand Soir


« Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales (...) C’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
Nelson Mandela

 

Ce 11 février 2010, l’Afrique du Sud, le monde occidental, fêtent les vingt ans de la libération de Nelson Mandela. Quel bilan pouvons-nous faire de l’Afrique du Sud et de l’action de Nelson Mandela ? Avant toute chose, l’information qui nous est distillée par les médias occidentaux parle d’une réussite exemplaire de l’Afrique du Sud qui a réussi l’intégration et à créer, selon le bon mot de Mandela, une « nation arc-en-ciel » Nous allons d’abord montrer que la libération de Mandela, le 11 février 1990, ne fut pas un cadeau et qu’elle a été, par la force des choses, imposée au pouvoir raciste d’Afrique du Sud par cet Occident qui avait soutenu pendant des décennies le pouvoir. Cet Occident qui a compris que le vent de l’histoire avait tourné et qu’il valait mieux composer avec l’ANC plutôt que de tout perdre. Souvenons-nous « l’ex-président sud-africain Nelson Mandela et son parti politique, le Congrès national africain, étaient sur la liste noire des organisations que les Etats-Unis considèrent comme terroristes ». Durant tout son mandat en tant que Président élu de l’Afrique du Sud, il ne fut pas reconnu et jusqu’en 2008, il était toujours sur la liste des terroristes ainsi que tous les dirigeants de l’ANC. Il a fallu attendre le 1er juillet 2008 pour que le président américain George W. Bush signe une loi en vue de retirer l’ancien président sud-africain Nelson Mandela ainsi que son parti d’une liste américaine répertoriant des terroristes.

10.000 jours de prison

La détention de Mandela pendant 10.000 jours fut l’objet d’un processus qui s’est accéléré en 1989. Le régime de l’apartheid a offert à six reprises de libérer Mandela. Ce dernier a d’abord refusé, jugeant les conditions du gouvernement inacceptables. Mais, vers le milieu des années 1980, le gouvernement de l’apartheid est aux abois. Isolé sur la scène internationale, il peine à réprimer les rassemblements anti-régime dans les townships. Le président P.W.Botha consent enfin à proposer à Mandela une solution politique négociée que l’ANC réclamait depuis toujours. Mandela rencontre en secret le président Pieter Willem Botha en juillet 1989. Le chef de l’ANC parle des Afrikaaners et de la guerre anglo-Boer, ce qui séduit le président. En détention à Robben Island, Mandela a appris la langue des Afrikaaners, il s’est penché sur leur histoire, et a lu leurs poètes. (...) Frederik de Klerk succède à Botha en août 1989. Mandela le rencontre en décembre. On le fait entrer en cachette, par le garage. Le détenu est accompagné, mains libres, dans le bureau de Frederick de Klerk. Le président sud-africain le reçoit en compagnie du chef des services secrets. C’est la première fois que De Klerk voit Mandela. « C’est donc lui, l’icône mondiale de la lutte contre l’apartheid ! », se dit de Klerk. Il avoue dans ses mémoires avoir été impressionné par le calme, la courtoisie, et la confiance en lui de Mandela. De Klerk souhaite aller vite. Il sait que son parti politique est du mauvais côté de l’Histoire. Le mur de Berlin est tombé. Le gouvernement de l’apartheid ne peut plus prétendre s’opposer à l’ANC pour enrayer l’expansion communiste. Le 2 février 1990, De Klerk annonce la libération de Mandela. Le 11 février, ce dernier franchit à pied les derniers mètres de sa « longue marche vers la liberté ». (1)

L’impérialisme colonial est toujours présent malgré les décolonisations. La seule décolonisation dit-on réussie est celle de l’Afrique du Sud avec un pouvoir blanc toujours présent et avec lequel Mandela a composé. Cette Afrique n’a d’Afrique que la couleur. La mentalité est encore occidentale. Ce pays est, dit-on, développé et dispose de l’énergie nucléaire. Peut-être parce qu’il n’est pas musulman.

Pourtant la situation n’est pas aussi rose que l’on veut bien nous le faire croire. Les plaies sont encore béantes. Ecoutons ce qu’écrit Kholofelo Mashabela du journal The Sunday Independent : « Nelson Mandela a été libéré le 11 février 1990. Malgré les bouleversements survenus dans la société, les blessures infligées par le régime raciste restent vives et difficiles à résorber. C’est comme si c’était hier. Le 11 février 1990, des milliers de personnes avaient envahi les rues du Cap pour apercevoir la personnalité qui s’était battue si longtemps pour la liberté. (...) On ne sait pas très bien qui a écrit le scénario, mais cela a marqué le début d’une tendance à gérer le processus politique par l’hystérie. La dernière manifestation en est la fièvre qui entoure l’organisation de la Coupe du monde de football, qui aura lieu du 11 juin au 11 juillet 2010. Avant, il y a eu la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codessa) et ce qu’elle a apporté. Il y a eu la violence dont ont été victimes les communautés noires. Il y a eu les révélations sur les activités du Bureau pour la coopération civile (CCB). Bien sûr, il y a eu la Vlakplaas [unité secrète antiterroriste pendant l’apartheid]. Il y a eu aussi l’établissement de la Commission électorale indépendante, qui a ouvert la voie aux premières élections démocratiques, peut-être le résultat le plus significatif de février 1990. Puis sont arrivées la reconnaissance internationale et l’acceptation de l’Afrique du Sud en tant que pays dirigé par des Noirs. Il y a eu aussi la Coupe du monde de rugby, en 1995... En somme, un mélange de bon et de mauvais. Tous ces événements ont, chaque fois, produit le même effet sur notre peuple : celui de réveiller l’hystérie collective. A ce moment de notre histoire, la communauté internationale s’est bousculée pour faire de Nelson Mandela un citoyen du monde. Le régime de l’apartheid et le Congrès national africain (ANC) s’étaient autoproclamés les acteurs les plus importants de l’accord négocié qui devait suivre ».


« Dans l’accord négocié qui a suivi, la question de la terre fut éludée. Il fut décidé que les terres dont les Noirs avaient été dépossédés avant 1912 ne leur seraient pas rendues et que celles qui leur avaient été prises après 1912 ne seraient restituées que sur la base d’un contrat de vente volontaire. C’est probablement en partie pour cela que la société sud-africaine est aujourd’hui l’une des plus inégalitaires au monde en termes socioéconomiques. Car, après février 1990, la réconciliation est devenue une priorité. Si le concept était noble en soi, cela signifiait cependant que la justice ne serait pas rendue. Les personnes coupables de violences institutionnelles envers les Noirs ne seraient pas traduites en justice. Toujours dans ce désir de réconciliation, Nkosi Sikelele Afrika, l’hymne africain de l’espoir, a été mis sur le même niveau que Die Stem, un chant qui célèbre les objectifs de la rébellion [boer] de Slagtersnek [1816]. On a fusionné les deux chants pour créer l’hymne national sud-africain, que la plupart des gens semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir chanter dans son intégralité. (...) Au moment où les élus prenaient leurs fonctions et où nous apprenions combien ils gagnaient, nous avons vu que l’éthique était jetée aux orties et que les graines de la corruption avaient été semées. Si le contenu de cet article met le lecteur mal à l’aise, c’est peut-être parce qu’il est temps que quelqu’un fasse remarquer que le roi est nu. Mais ces propos auront-ils le moindre effet, compte tenu de l’hystérie qui entoure le vingtième anniversaire de ce fameux mois de février 1990 ? » (2)


Dans le même ordre visant à montrer que tout n’est pas rose et net, on apprend que la mentalité d’apartheid est « exportée » vers les voisins avec justement l’assentiment, à l’époque, du gouvernement...Mandela et on l’aura compris avec cet Occident qui continue à perpétuer sa tyrannie. Ecoutons Michel Chossudovsky, professeur d’économie à Montréal : « (...) Forcés de renoncer à l’odieux régime qui les avait mis au banc des nations, les fermiers blancs sud-africains se redéploient en direction du Mozambique et de l’Angola. Fer de lance de la nouvelle puissance régionale, ils prétendent s’emparer des meilleures terres agricoles et mettent en danger, avec l’aide de la communauté internationale, la survie des communautés locales. Créer un "couloir agroalimentaire" de l’Angola au Mozambique, tel est le projet d’une organisation de la droite sud-africaine blanche, le Front de la liberté. Avec le soutien de la Chambre sud-africaine pour le développement de l’agriculture, la Sacada, l’agrobusiness afrikaner voudrait ainsi étendre sa mainmise sur les pays voisins en investissant massivement dans l’agriculture commerciale, l’industrie alimentaire et l’écotourisme. (...) Le Front de la liberté est dirigé par le général Constand Viljoen : cet ancien commandant en chef de l’armée au temps de l’apartheid fut jadis impliqué dans l’assassinat de militants anti-apartheid. Si son parti semble modéré, comparé au groupe d’extrême droite de Eugène Terreblanche, l’Afrikaner Weerstandebeweging (AWB), il n’en est pas moins un mouvement politique raciste fidèle à l’idée d’un Etat afrikaner. Paradoxalement, l’initiative commune de la Sacada et du Front de la liberté bénéficie du soutien politique de l’ANC, notamment de la bénédiction du président Nelson Mandela ». (3)

« (..) Pour 0,15 dollar l’hectare, les fermiers afrikaners se verront en particulier concéder les meilleures terres agricoles de la province mozambicaine de Niassa : un véritable cadeau. (..) Les grandes banques sud-africaines, la Banque mondiale et l’Union européenne soutiennent cette entreprise. (...) Si la communauté internationale a soutenu (tardivement) le combat de l’ANC contre l’apartheid, elle aide maintenant financièrement les organisations racistes afrikaners de développement. Autrement dit, les pays occidentaux donateurs contribuent à l’extension de l’apartheid aux pays voisins de l’Afrique du Sud. L’Union européenne a ainsi financé la Sacada dans le cadre d’aides octroyées à Pretoria au titre du programme de reconstruction et de développement. Un responsable de Bruxelles considère l’initiative de la Sacada comme la meilleure nouvelle pour ce continent depuis trente ans ». (3)

 

Soutien à la Palestine


Ce que nous retenons de Mandela, c’est aussi ses prises de postion courageuses contre l’ordre occidental, contre la guerre en Irak et son soutien sans faille à la cause palestinienne. Dans une lettre adressée à Thomas Friedmann il écrit : « Aujourd’hui, dans le monde, noir et blanc, reconnaît que l’Apartheid n’a pas d’avenir. En Afrique du Sud, il s’est terminé grâce à notre propre action de masse décisive, pour bâtir la paix et la sécurité. Cette campagne massive de défi et autres actions ne pouvait qu’aboutir à l’établissement de la Démocratie. Il est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus spécifiquement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid. (...) Le conflit palestino-israélien n’est pas qu’un problème d’occupation militaire et Israël n’est pas un pays qui a été créé "normalement" et qui s’est mis à occuper un autre pays en 1967. Les Palestiniens ne luttent pas pour un "Etat" mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud.(...) Israël ne pensait pas à un "Etat" mais à une "séparation". La valeur de la séparation se mesure en termes de la capacité d’Israël à garder juif l’Etat juif, et pas d’avoir une minorité palestinienne qui pourrait devenir une majorité, dans l’avenir. Si cela arrivait, cela forcerait Israël à devenir soit un Etat laïque ou binational, soit à devenir un Etat d’apartheid, non seulement de fait, mais aussi de droit. »


« Thomas, si vous suivez les sondages israéliens au cours des 30-40 dernières années, vous verrez clairement un racisme grossier, avec un tiers de la population qui se déclare ouvertement raciste. Ce racisme est de la nature de "Je hais les Arabes", et "Je souhaite que les Arabes meurent". Si vous suivez également le système judiciaire en Israël, vous verrez qu’il y a discrimination contre les Palestiniens, et si vous considérez plus particulièrement les territoires occupés en 1967, vous verrez qu’il y a déjà deux systèmes judiciaires à l’oeuvre, qui représentent deux approches différentes de la vie humaine : une pour la vie palestinienne et l’autre pour la vie juive. De plus, il y a deux approches différentes pour la propriété et pour la terre. La propriété palestinienne n’est pas reconnue comme propriété privée puisqu’elle peut être confisquée (...) Les soi-disant "Zones autonomes palestiniennes" sont des Bantoustans. Ce sont des entités restreintes au sein de la structure de pouvoir du système israélien d’apartheid. L’Etat palestinien ne peut pas être un sous-produit de l’Etat juif, juste pour garder la pureté juive d’Israël. La discrimination raciale d’Israël est la vie quotidienne de la plupart des Palestiniens. Parce qu’Israël est un Etat juif, les Juifs israéliens ont des droits particuliers dont les non-juifs ne bénéficient pas. Les Arabes palestiniens n’ont aucune place dans un Etat "juif". L’apartheid est un crime contre l’humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d’inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants. Les réponses de l’Afrique du Sud en matière de violation des droits humains provenant des politiques de déportation et des politiques d’apartheid ont mis en lumière ce que la société israélienne doit nécessairement accomplir avant que l’on puisse parler d’une paix juste et durable au Moyen-Orient et de la fin de la politique d’apartheid. » (4)

Pour Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali, « Mandela est un grand homme. Un homme de conviction et de courage qui a su libérer son pays. Nelson Mandela est aussi un grand homme qui a su quitter le pouvoir au moment opportun. Cela est important, parce que les héros des luttes de libération nationale qui s’accrochent à leur projet finissent comme Mugabe (...) Aujourd’hui, on cherche à faire la comparaison entre Mandela et les dirigeants africains actuels. Je ne poserai pas le débat dans ces termes. Parce que l’histoire de l’apartheid et la nature du combat ont changé. Aujourd’hui, nous avons affaire à un ennemi invisible. Avec l’apartheid, vous êtes en face de l’oppresseur. Vous êtes maltraité du fait, tout simplement, de la couleur de votre peau ». « L’apartheid est maintenant mondial ». (5)


Que peut-on retenir en définitive de la légende Mandela ? Il a fait honneur à l’Afrique et à l’humanité. Il n’existe pas de personnages qui ait marqué son époque au XXe siècle comme le Mahatma Gandhi ou son héritier spirituel, Nelson Mandela. Au XIXe siècle il y eut un grand consensus pour désigner l’Emir Abdelkader comme l’une des personnes ressources de l’humanité. Curieusement, l’Occident si prompt à donner des leçons de droits de l’homme, n’a pas vu émerger en son sein des hommes de la trempe de ces géants qui nous font espérer en la condition humaine.


Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique enp-edu.dz


1. Nicolas Champeaux - Les coulisses de la libération de Nelson Mandela - 10 février 2010

2. Kholofelo Mashabela - The Sunday Independent ; 11.02.2010

3. Michel Chossudovsky - Quand l’apartheid s’exporte Le Monde Diplomatique - Avril 1997

4. Lettre de Nelson Mandela à Thomas L.Friedman, March 28, 2001

5. Aminata Traoré : Et si Mandela... http://www.alterinter.org/article23... 22 juillet 2008

 

PS : Allez voir Invictus, franchement.

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 03:42


Quelques extraits de la prochaine publication de Michel Onfrey à paraître en septembre.

Avec l'aimable autorisation des éditions Galilée.
 
Avec tous mes remerciements
à Michel Onfrey et aux éditions Galilée.

Dominique Mourlane




 LE POST ANARCHISME EXPLIQUÉ À MA GRAND-MÈRE

http://goudouly.over-blog.com/article-le-post-anarchisme-explique-a-ma-grand-mere-42949958.html

                        Le Principe de Gulliver

                                              

par

                                              

           Michel Onfray

 

 

  Le terme post anarchisme parle peu en France alors qu’aux Etats-Unis il caractérise une pensée qui, inscrite de manière dialectique dans l’histoire, conserve un certain nombre des idéaux de l’anarchisme classique mais les dépasse au profit de la construction d’une pensée extrêmement riche en potentialités libertaires contemporaines.

 

 

1

                                                 

          SITUATIONS

 

        La plurivocité anarchiste

 

  L’histoire de l’anarchisme reste à écrire… On y trouve trop souvent un banquet dans lequel on associe sans souci de pensée  surplombante des visions du monde  contradictoires : ainsi, l’individualisme radical d’un Stirner côtoie le collectivisme d’un Kropotkine, l’éloge de la violence révolutionnaire d’un Bakounine se partage la table des matières avec le pacifisme non violent de Sébastien Faure, l’anarchisme chrétien de Tolstoï voisine avec l’anticléricalisme de Jean Grave, le millénarisme apocalyptique de Godwin coexiste avec le pragmatisme de Proudhon, la pruderie de ce dernier cohabite avec le projet ultra hédoniste de Fourier ou l’éloge de la camaraderie amoureuse d’Emile Armand, les uns font de Ravachol leur héros et justifient les poseurs de bombes , les auteurs d’attentats qui tuent (des innocents…) pendant qu’Alexandre Jacob, gentleman cambrioleur, le modèle d’Arsène Lupin, s’active dans la « reprise individuelle » sans jamais faire couleur le sang (même de possibles coupables du genre notaires, agents immobiliers, huissiers…).

.........

 

  Au-delà des dogmes

 

 

  Rapide tour d’horizon de quelques-uns  de ces dogmes : « l’Etat incarne le mal absolu » – même quand il agit en machine à redistribuer de façon égalitaire et libertaire, équitable et juste, les fruits de l’impôt ? « Les élections sont toujours des pièges à cons » – même quand Proudhon s’y présente ou qu’à la façon de Murray Bookchin on peut imaginer un communalisme libertaire, ou qu’on peut, en votant, établir un rapport de force politique qui n’est pas idéal, certes, mais plus favorable à l’idéal libertaire ? (par exemple dans les cas concrets de l’interdiction du travail des enfants, de l’abolition de la peine de mort, de légalisation de l’avortement, du remboursement de l’IVG, de la réduction du temps de travail, de l’extension du pouvoir syndical, du RMI, du PACS, en attendant le mariage des homosexuels, la reconnaissance de l’homoparentalité, etc…).

..........

 

                                                                                

      2

 

                                         CONSERVATIONS

 

                  Une historiographie dominante

 

  L’histoire de l’anarchisme est un immense chantier  dans lequel règne le plus grand désordre. L’historiographie ici n’a pas à envier, là, celle de la philosophie que je me propose de déconstruire depuis plus de sept ans à l’Université Populaire. L’historiographie anarchiste reproduit les mêmes lieux communs, les mêmes approximations, les mêmes contre vérités que les autres, parce que leurs (rares) auteurs se contentent d’écrire les histoires d’aujourd’hui en compilant celles d’hier, sans se référer aux textes, sans lire, sans aller voir directement qui a dit quoi, quand, comment, et dans quel contexte. Ainsi, une erreur plusieurs fois martelée devient, ici comme ailleurs, une vérité révélée et une parole d’évangile.

...............    

 

       Droit d’inventaire

  

  Le corpus anarchiste est une immense carrière à ciel ouvert dans laquelle on trouve des pépites pourvu qu’on effectue un droit d’inventaire sur ce monde magnifique. A l’évidence, une éthique minimale conduira à refuser et récuser phallocratie, misogynie, homophobie, antisémitisme, bellicisme, colonialisme.

...............

 

        

      L’anarchie positive

 

  Qu’est-ce que l’anarchie positive ? Ce qui, dans le corpus anarchiste, ne relève pas de la critique, de la négativité, de la déconstruction, du ressentiment, d’un désir de vengeance, d’une soif de haine, d’une envie de rancune (Nietzsche a superbement analysé ce mécanisme à l’œuvre dans l’engagement des socialistes, des communistes, des anarchistes…). Ce  qui propose, ouvre des  perspectives, crée des ouvertures, annonce des issues, sort des impasses. Ce qui permet, selon l’expression de Nietzsche, d’«  inventer de nouvelles possibilités d’existence ». Contre la pulsion de mort et la loi de la vengeance, passion triste à souhait, le post-anarchisme instaure le règne de la pulsion de vie, il veut la loi de la plus grande jubilation du plus grand nombre.

  ...................

 

L’Alphée anarchiste

 

  

  La Commune a saigné le génie anarchiste français, proudhonien pour une grande partie. Les attentats et les bombes envoyées dans les restaurants ont discrédité la cause libertaire, y compris chez de nombreux anarchistes. La Bande à Bonnot, dévoyant l’idéal jusque dans le crime crapuleux, a associé pour longtemps le beau mot d’anarchisme aux agissements mafieux d’un rassemblement de petites frappes.  La Première Guerre mondiale a brisé le rêve anarchiste par son impuissance à la Grève Générale. Le triomphe du marxisme a laminé le génie libertaire par les pires moyens. Qui s’est réclamé de l’anarchisme au XX° siècle en ayant ajouté au corpus des valeurs nouvelles ?

............... 

       3

 

                                             DÉPASSEMENTS

 

 

      Généalogies du post anarchisme

 

  Fort des enseignements d’un XX° siècle riche en événements historiques (deux guerres mondiales, fascismes, nazisme, stalinisme, shoah, Hiroshima, Goulag, génocides, puis, depuis 1989, chute des totalitarismes de l’Est, mondialisation libérale, globalisation des enjeux, tyrannie de la machine informatique, périls écologiques…), le post anarchisme propose de réfléchir à partir des acquis d’une pensée majoritairement française et de proposer une sortie du nihilisme en regard d’un corpus philosophique relativement récent.

  ............

               Permanence de l’antiphilosophie

 

  Cette philosophie baptisée « Pensée 68 » par ceux qui incarnaient la revanche politique anti-Mai 68 a produit un double effet : version cynique, la contamination libérale du Parti Socialiste au pouvoir  qui, via Mitterrand à l’aide dans les habits de Machiavel, impose dès 1983 une gestion libérale de la nation  tout en continuant à s’affirmer socialiste ; version franche , l’accès de Nicolas Sarkozy au pouvoir en 2007 avec un ralliement d’une grande partie de l’intelligentsia aux thèses antiphilosophiques ( pour reprendre une expression datée du XVIII° siècle qui nommait le courant opposé aux Lumières) et contre-révolutionnaires (pour nommer une franche opposition à Mai 68 qui, à défaut d’un chambardement politique, fut incontestablement une révolution idéologique). Une antiphilosophie contre révolutionnaire dont les Nouveaux Philosophes s’étaient d’ailleurs fait les précurseurs aveugles…

  ...............

 

     Le nietzschéisme libertaire

 

  A Royaumont, Foucault intervient sur une triade appelée à laisser des traces : Nietzsche, Freud, Marx. C’est le titre de son intervention dans laquelle il propose un Nietzsche herméneute et perspectiviste. C’est toujours le nôtre… Pour sa part, Deleuze intervient sur la volonté de puissance et l’éternel retour, ce qui lui fournit l’occasion de cheminer en compagnie du philosophe fou, d’avancer au bras du penseur masqué, puis de forcer le texte en récusant le déterminisme (manifeste dans le texte du philosophe) au profit d’un volontarisme  sélectif (inexistant dans l’œuvre) qui ouvrait la voie à un nietzschéisme gauchiste : il s’agissait en effet de vouloir les jouissances qu’on désirait voir se répéter sans cesse – ce qui aurait laissé Nietzsche pantois…

   ....................... 

 

4

 

                                        PROPOSITIONS

 

 

     Un antilibéralisme radical

 

 Le post anarchisme suppose donc la réactivation de la pensée critique issue de Mai 68 et de Vincennes. Il vise également à reprendre la main sur le terrain intellectuel après la domination des Nouveaux Philosophes dans les années 80, suivie de son remplacement par l’Individualisme Démocratique dans la décennie suivante. Ces forces conservatrices, sinon réactionnaires,  ont amplement contribué à la propagation du libéralisme en politique et à ses corrélations : déconsidération de la gauche radicale, instrumentalisation de l’extrême droite, destruction des valeurs républicaines de solidarité et de fraternité, assimilation de la Nation issue de 1792 au nationalisme belliciste et guerrier , substitution d’un modèle de valeur tocquevillien,  prolifération de l’abstentionnisme, fétichisation de l’Europe libérale transformée en solution à tous les problèmes, célébration du marché régulateur en tout…

 

  ........................

 

Un socialisme libertaire

 

 

  Si l’on veut éviter à la fois le libéralisme de droite , sa formule jumelle à gauche et le communisme type XX° siècle, alors il faut nourrir le concept de post anarchisme en affirmant un contenu substantiel qui récuse avec une même détermination le libéralisme et le communisme, autrement dit le capitalisme libéral et le capitalisme des soviets. Le socialisme libertaire, sinon le projet d’une République libertaire, trouvent leur sens dans cette récusation radicale de la thèse criminelle selon laquelle le marché fait la loi.

  ..................... 

 

 

  Une République immanente

 

 

  La République en question n’a plus grand chose à voir avec le modèle dominant et transcendantal communément entendu par ce signifiant. Elle ne tombe pas du ciel des idées de la philosophie politique, sur le mode de la divinité rayonnant sur la terre, mais elle monte de terre et provient du peuple. Elle renoue ainsi avec l’étymologie : res publica, chose publique. Il faut désacraliser la république divinisée par le culte laïc issu de 1789 et lui donner sa dimension immanente et horizontale.

.................. 

 

 

  Une politique nominaliste

 

   Qu’est-ce que le nominalisme en politique ? Le refus de faire primer l’Idée, le Concept sur le réel ; la récusation du kantisme qui, lui, est doctrinaire et idéologique, sans souci de la nature plastique de la réalité ; le dépassement de la vieille façon militante de croire que la doctrine  est plus vraie que la vérité. On connaît la boutade célèbre de Brecht qui, dans son poème La solution, commente l’insurrection du 17 juin 1953 (au cours de laquelle les travailleurs s’étaient soulevés comme les exactions anti-ouvrières du régime communiste de la RDA, le pouvoir marxiste avait alors tué une centaine de manifestants…), propose sa fameuse solution : dissoudre le peuple et en élire un autre… Le doctrinaire pense selon ce principe : dissoudre le peuple… Le nominaliste agit en regard de la situation concrète et privilégie le réel sur le dogme …

  .....................                                                

                                                                    Une éthique conséquentialiste

 

  Le post anarchisme pense la théorie en regard de la pratique, et vice versa. Il ne soumet pas le réel à la doctrine, mais agit, incarne, travaille sur le terrain, il tâche de réaliser son idéal anarchiste, puis il adapte, modifie, précise les contenus de la doctrine en fonction de la résistance du monde à l’application des pensées. Il suppose donc le conséquentialisme : la pensée et l’action ne constituent pas deux mondes séparés, imperméables, hétérogènes, mais deux univers qui se nourrissent mutuellement.

  .............................

                                                                      Une pensée nourrie d’action

 

   Que ces militants posent leurs mégaphone et agissent, même modestement, qu’ils construisent, même petitement, qu’ils s’activent dans la positivité, même six mois, qu’ils délaissent les banderoles   pour travailler dans une association où ils incarneront leur idéal libertaire, même humblement, qu’ils frottent leur idéal anarchiste au cuir épais du réel et du monde, même quelques heures, alors ils verront que l’idéalisme du croyant dévot vaut le leur, car le monde n’est pas fait de concepts mais de forces qui résistent, de flux de violences déraisonnables, de passions irrationnelles, d’individus conduits par leurs pulsions et loin de leurs raisons,  car le monde n’obéit pas aux raisonnements et à la dialectique, aux rhétoriques et aux démonstrations, fussent-elles anarchistes.

........................... 

 


 

  Au-delà de la servitude volontaire

 

  Le principe directeur du post-anarchisme ? Son impératif catégorique ? Son utopie, autrement dit son idéal de la raison ? Son point vers lequel tout doit tendre ? Sa maxime directrice ? Sa formule ? Cette sublime phrase de La Boétie qui constitue le cœur de la pensée politique du Discours de la servitude volontaire : « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres ». Car la libération ne vient pas d’ailleurs que du vouloir de ceux qui la désirent. Elle  n’est pas une affaire qui suppose un demain, un Grand Soir mythique, elle ne tombe pas du ciel en cadeau offert par les exploiteurs.

.......................

 

          L’utopie concrète

 

  A cette invitation à ne plus servir afin de devenir libres, La Boétie ajoute : « Jamais à bon vouloir ne défaut la fortune ». Autrement dit, si la résistance est vraiment déterminée, si le refus de la servitude se soutient par une franche volonté, elle aboutira … Cette invite définit une utopie, non pas sur le registre fantasmatique d’un Fourier (qui envisage la copulation des planètes , la transformation des océans en vaste étendue de limonade ou l’avènement d’anti-girafes…), mais sur le registre du principe d’action : cette utopie fonctionne en gnomon, en poteau indicateur de la direction à suivre, en signe du cap à prendre.

  ........................

                                                                      

           Décembre 2009

L'intégralité du texte à paraitre en septembre aux Editions Galilée

 

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 03:24




Commémorons, commémorons !

Le Mur de Berlin – Encore un mythe de la Guerre Froide

http://goudouly.over-blog.com/article-encore-un-mythe-de-la-guerre-froide-38901076.html
William BLUM
(LGS : extrait d’un article déjà publié, republié ici pour marquer à notre manière la "commémoration")
Le Grand Soir

D’ici quelques semaines, on peut s’attendre à ce que les médias mettent en route leurs moulins à propagande pour commémorer le 20e anniversaire de la démolition du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. [ La mise en route a eu lieu, en ce qui concerne France Inter et la RTBF, dès les tout premiers jours d’octobre. N.d.T.] Tous les clichés de la Guerre Froide sur le « Monde Libre » opposé à la tyrannie communistes vont revenir parader, et la fable simpliste racontant le pourquoi de l’existence du mur sera répétée à l’infini : En 1961, les communistes de Berlin-Est ont construit un mur pour empêcher leurs citoyens opprimés de s’échapper vers Berlin Ouest et la liberté. Pourquoi ? Parce que les cocos n’aiment pas que les gens soient libres ni qu’ils apprennent la « vérité ». Quelle autre raison pourrait-il y avoir eue ?

Pour commencer, rappelons qu’avant que le mur soit construit, des milliers d’Allemands de l’Est faisaient quotidiennement la navette entre Berlin Est et Berlin Ouest pour leur travail, c. à d. rentraient chez eux tous les soirs. Ils n’étaient donc aucunement retenus à l’Est contre leur volonté. Le mur a été construit principalement pour deux raisons :

1. L’Ouest était en train de harceler l’Est par une forte campagne de recrutement de professionnels et d’ouvriers hautement qualifiés, qui avaient été éduqués aux frais du gouvernement communiste. Cela finit par provoquer à l’Est une sérieuse crise de la production et de la main d’oeuvre. À titre indicatif, le New York Times notait, en 1963 : « L’érection du mur a fait perdre à Berlin Ouest à peu près 60.000 ouvriers très qualifiés, qui se rendaient chaque jour de leurs domiciles de Berlin Est à leur lieu de travail de Berlin Ouest ». (9)

2. Pendant les années 50, les « guerriers froids » américains de Berlin Ouest ont déclenché une brutale campagne de sabotages et de subversion contre l’Allemagne de l’Est, dont le but était de détraquer sa machine économique et administrative. La CIA et d’autres services militaires d’espionnage US ont recruté, équipé, entraîné et financé des activistes, individuellement ou par groupes, tant à l’Est qu’à l’Ouest, pour exécuter des actions qui, couvrant tout le spectre des possibilités, allèrent du terrorisme à la délinquence juvénile : n’importe quoi qui pût rendre la vie difficile aux citoyens d’Allemagne de l’Est, et affaiblir le soutien qu’ils apportaient à leur gouvernement, n’importe quoi qui pût donner des cocos une mauvaise image.

Ce fut une entreprise remarquable. Les États-Unis et leurs agents utilisèrent les explosifs, les incendies criminels et les court-circuits provoqués, ainsi que toutes les méthodes propres à endommager les centrales électriques, les chantiers de constructions navales, les canaux, les docks, les bâtiments publics, les postes d’essence, les usines à gaz, les transports publics, les ponts, etc. Ils firent dérailler des trains de marchandises, blessant sérieusement des cheminots, mirent le feu à douze wagons d’un train de fret et détruisirent les tuyaux à air comprimé de beaucoup d’autres, se servirent d’acides pour endommager l’équipement mécanique de certaines usines, introduisirent du sable dans les turbines d’une autre avec pour résultat de l’immobiliser complètement, mirent le feu à une fabrique de tuiles, provoquèrent des ralentissements de travail dans d’autres unités de production, tuèrent 7.000 vaches d’une coopérative laitière en les empoisonnant, ajoutèrent du savon à du lait en poudre destiné aux écoles d’Allemagne de l’Est ; certains étaient en possession, quand on les arrêta, d’une grande quantité de cantharide qui devait servir à empoisonner des cigarettes ; ils firent exploser des bombes puantes pour perturber des meetings politiques, tentèrent de saboter le Festival Mondial de la Jeunesse en envoyant de fausses invitations, de fausses promesses d’hébergement, de fausses annulations, etc., sans se priver d’attaquer les (vrais) participants à coups d’explosifs, de bombes incendiaires et d’équipement perce-pneus ni de fabriquer et distribuer de grandes quantités de fausses cartes de rationnement, afin de provoquer de la confusion, des pénuries et du ressentiment ; ils expédièrent aussi de faux avis d’imposition et toutes sortes d’autres directives gouvernementales, pour engendrer de la désorganisation et de l’inefficacité dans l’industrie et dans les syndicats... tout cela et bien plus encore. (10)

Tout au long des années cinquante, l’Allemagne de l’Est et l’Union Soviétique ont déposé des plaintes à répétition auprès des ex-alliés occidentaux de l’URSS et auprès de l’ONU, sur des faits spécifiques d’espionnage et de sabotage et elles ont appelé à la fermeture des officines établies en Allemagne de l’Ouest qu’elles en estimaient responsables et dont elles fournirent les noms et les adresses. Leurs plaintes sont tombées dans l’oreille de sourds. Inévitablement, les Allemands de l’Est ont commencé à rendre moins facile l’entrée dans le pays en provenance de l’Ouest.

N’oublions pas que l’Europe de l’Est est devenue communiste parce que Hitler, avec la bénédiction de l’Ouest, l’avait utilisée comme un boulevard devant l’amener à la conquête de l’Union Soviétique et à la liquidation définitive des bolcheviks. Après la guerre, les Soviétiques étaient déterminés à fermer le boulevard.

En 1999, USA Today écrivait « Quand le Mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme ». (11)

À peu près au même moment, un nouveau proverbe russe voyait le jour : « Tout ce que les communistes vous ont dit du communisme était faux, mais tout ce qu’ils vous ont dit du capitalisme était vrai. »

William Blum

extrait présenté par LGS de l’article http://www.legrandsoir.info/Gueriss...

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