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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 03:25

http://goudouly.over-blog.com/article-science-et-conscience-112440809.html

 

carte postale de Nourddine Ouberry

Édition Ville de Roubaix - Service Culture / (é)

Nourddine Ouberry
Trans... Roubaix, 1998.

Membre de l'association Oeil - Roubaix
Sans diaphragme fixe

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.072 - décembre 1998 - Roubaix
special "Art à Roubaix"

 

140 scientifiques français signent une lettre ouverte suite à la levée de boucliers suscitée par l'étude de Mr Séralini sur les OGM :


Science et conscience



Devant l'incroyable levée de boucliers suscitée par la publication de Gilles-Eric Séralini et de son équipe dans le journal Food and Chemical Toxicology, nous, membres de la communauté scientifique, tenons à affirmer les points suivants:

D'une part, les scientifiques qui se sont exprimés sur ce sujet l'ont fait en leur nom propre et ne peuvent prétendre représenter la communauté scientifique dans son ensemble. Le fait qu'un groupe d'une douzaine de personnes prétendant représenter six académies ait décidé d'un communiqué commun sans débat est contraire au fonctionnement normal de ces institutions et interroge sur la vision de la science et de la technologie (et de leur utilité sociale) ayant présidé à une telle décision (au contraire, par exemple, du débat organisé par l'Académie des sciences dans le cadre de la polémique sur le changement climatique, à l'issue duquel la responsabilité de l'homme a été avérée). Nous saluons sur ce point la réaction salutaire du seul statisticien de l'Académie des sciences, Paul Deheuvels.
D'autre part, le protocole suivi dans cette étude présente des défauts qui font débat au sein de la communauté scientifique. Mais en tout état de cause, disqualifier le protocole suivi dans le cadre de cette étude revient à disqualifier du même coup les données ayant fondé les décisions d'acceptation des OGM par les experts. Il est remarquable de voir ces mêmes experts accepter (même s'ils le critiquent parfois) un protocole expérimental quand il donne des résultats qui vont dans le sens de l'acceptation d'une technique et le démolir aussi ardemment quand les résultats vont dans le sens opposé. Ceci est à notre avis totalement contraire à toute déontologie scientifique. Nous affirmons donc que, si les observations en débat méritent d'être confirmées par des expériences de plus grande ampleur, cela s'applique également aux tests qui ont servi à autoriser toutes les plantes transgéniques actuellement sur le marché. Si toute cette histoire aboutit au moins à ce résultat, elle aura été utile.
Nous sommes profondément choqués de l'image de notre communauté que cette polémique donne aux citoyens. L'expertise des risques pour la santé humaine ou l'environnement est une activité difficile qui doit faire face à de nombreuses incertitudes. Beaucoup des menaces qui pèsent sur notre planète ont été révélées par des scientifiques isolés puis confirmées par des études nombreuses venues de la communauté scientifique. En l'occurrence, il serait bien plus efficace de mettre en œuvre des recherches sur les risques sanitaires et environnementaux des OGM et des pesticides, d'améliorer les protocoles toxicologiques utilisés pour leur mise sur le marché et de financer une diversité de chercheurs dans ce domaine que de créer des affrontements entre deux camps nourris de préjugés et d'idéologies. Nous pensons que notre communauté doit garder le souvenir d'erreurs passées, concernant l'amiante par exemple.
Enfin, nous tenons à assurer à nos concitoyens qu'il existe également, dans la communauté scientifique, un nombre important de chercheurs qui sont convaincus qu'il faut prendre au sérieux les risques associés aux technologies et qui estiment que, si les chercheurs d'une part, et les applications sociales de la science d'autre part, sont par construction liés à des idéologies, des croyances et/ou des intérêts, la démarche scientifique doit, elle, s'efforcer de rester aussi indépendante que possible pour jouer pleinement son rôle dans la société.
Signataires
Andalo Christophe MC UPS Toulouse ;
Arnaud-Haond Sophie Chercheuse IFREMER ;
Atlan Anne CR CNRS ;
Auclair Daniel DR INRA ;
Austerlitz Frédéric DR CNRS ;
Barot Sébastien DR IRD ;
Bancal Marie-Odile MC AgroParisTech ;
Becker Nathalie MC MNHN ;
Bellé Robert Pr UPMC ;
Bérard Sèverine MC U Montpellier 2 ;
Blondel Jacques DR CNRS ;
Boëte Christophe CR IRD ;
Boistard Pierre DR INRA ;
Bonhomme François DR CNRS ;
Bonhomme Vincent Institut Français de Pondichéry ;
Bonnet Timothée Doctorant U Zurich ;
Bonneuil Christophe CR CNRS ;
Bonnin Isabelle CR INRA ;
Bosc Pierre-Marie Chercheur CIRAD ;
Boudouresque Charles Pr U Aix-Marseille ;
Bourdineaud Jean-Paul Pr U Bordeaux ;
Boyen Catherine DR CNRS ;
Brèthes Daniel DR CNRS ;
Casas Jérôme Pr U Tours ;
Cézilly Franck Pr U Bourgogne ;
Chabert Michèle MC EPHE ;
Champagnon Jocelyn Post Doc ;
Charpentier Anne MC U Montpellier 2 ;
Charmantier Anne CR CNRS ;
Chikhi Lounès DR CNRS ;
Cochard Hervé DR INRA, Correspondant de l'Académie d'Agriculture ;
Colas Bruno MC U Paris Diderot ;
Combes Claude Pr U. Perpignan, Membre de l'Académie des Sciences ;
Da Lage Jean-Luc DR CNRS ;
David-Benz Hélène Chercheuse CIRAD ;
Darlu Pierre DR CNRS ;
De Decker Sophie Post-Doctorante, NOAA, US ;
De Foresta Hubert CR IRD ;
De Reviers Bruno Prof MNHN ;
Dedeine Franck MC U François Rabelais Tours ;
Delesalle Bruno MC EPHE ;
Destombe Christophe Prof UPMC ;
Devaux Céline MC U. Montpellier 2 ;
Djikeussi Eléonore CH Niort ;
Dorin Bruno Chercheur CIRAD ;
Dufumier Marc Pr AgroParisTech ;
Dugue Patrick Chercheur CIRAD ;
Dulcire Michel Chercheur CIRAD ;
Dutech Cyril CR INRA ;
Elias Marianne CR CNRS ;
Enjalbert Jérôme CR INRA ;
Fabre Pierre Chercheur CIRAD ;
Fady Bruno DR INRA ;
Ferdy Jean-Baptiste Pr U Toulouse 3 ;
Ferrière Régis Pr ENS Ulm ;
Figuié Muriel Chercheuse CIRAD ;
Frascaria Nathalie Pr AgroParisTech ;
Fort Philippe DR CNRS ;
Gautier Christian Pr U Lyon ;
Gavotte Laurent MC U Montpellier 2 ;
Gerber Sophie CR INRA ;
Grandcolas Philippe Prof MNHN ;
Goldringer Isabelle DR INRA ;
Gouyon Pierre-Henri Pr MNHN ;
Hautekeete Nina MC U Lille 1 ;
Heams Thomas MC AgroParisTech ;
Herbette Stéphane MC U Clermont-Ferrand ;
Henry Claude Pr Columbia University ;
Heyer Evelyne Pr MNHN Hospital ;
Frédéric DR INRA ;
Huet Sylvie DR INRA ;
Humbert Jean-François DR INRA ;
Jeandel Catherine DR CNRS ;
Jarne Philippe DR CNRS ;
Joron Mathieu CR CNRS ;
Juffé Michel Pr PontsParisTech ;
Kjellberg Finn DR CNRS ;
Lachièze Rey Marc DR CNRS ;
Lançon Frédéric Chercheur CIRAD ;
Laurans Marilyne Chercheuse CIRAD ;
Laurenti Patrick MC U Diderot ;
Lavigne Claire DR INRA ;
Lemeilleur Sylvaine Chercheuse CIRAD ;
Le Gall Line MC MNHN ;
Le Moguédec Gilles Chercheur CIRAD ;
Lévy-Leblond Jean-Marc Pr U Nice ;
Lipinski Marc DR CNRS ;
Loeuille Nicolas Pr UPMC ;
Londe Sylvain Doctorant UPMC ;
Lorand Isabelle Chirurgienne ;
Louchart Antoine CR CNRS ;
Machon Nathalie Pr MNHN ;
Mallefet Jérôme Pr U Catholique de Louvain ;
Mariojouls Catherine Pr AgroParistech ;
Maris Virginie CR CNRS ;
Mignot Agnès Pr Université Montpellier 2 ;
Millier Claude Pr AgroParisTech ;
Mirleau Pascal MC U Aix-Marseille ;
Moulia Catherine Pr U Montpellier 2 ;
Morin Edgar DR CNRS ;
Nabholz Benoit MC U Montpellier 2 ;
Nicolas Valérie IR INSERM ;
Nieberding Caroline Pr U Catholique de Louvain ;
Olivieri Isabelle Pr U Montpellier 2 ;
Paillet Yoan IR IRSTEA ;
Palka Laurent MC MNHN ;
Pape Moller Anders DR CNRS ;
Papy François DR INRA ;
Pasqualini Vanina Pr U Corse ;
Petit Éric MC U Rennes 1 ;
Poirier Florence IR U Paris 13 ;
Ponsard Sergine Pr U Toulouse ;
Potin Philippe DR CNRS ;
Quilichini Angélique MC détachée CNRS ;
Raymond Michel DR CNRS ;
Refrégier Guislaine MC UPS Orsay ;
Reynaud - Yann Post-Doctorant, NOAA, US ;
Rognon Xavier MC AgroParisTech ;
Rousseau Denis-Didier DR CNRS Ulm ;
Rousset François DR CNRS ;
Saatkamp Arne MC U Aix-Marseille ;
Saint-James Emmanuel MC UPMC ;
Salmona Jordi Doctorant U Lisbonne ;
Sartor Pierre CR CNRS ;
Selosse Marc-André Pr U Montpellier 2 ;
Sicard Mathieu MC U Poitiers ;
Shykoff Jacqui DR CNRS ;
Testart Jacques DR INSERM ;
Thomas Mathieu PostDoc INRA ;
Tully Thomas MC U Paris 4 (CNRS) ;
Valero Myriam DR CNRS ;
Van Vliet Geert Chercheur CIRAD ;
Vela Errol MC U Montpellier 2 ;
Velot Christian MC U Psud Orsay ;
Verlaque Marc CR CNRS ;
Verrier Etienne Pr AgroParisTech ;
Volovitch Michel Pr ENS Ulm ;
Vriz Sophie Pr U Paris Diderot ;
Warlop François CR GRAB ;
Weill Mylène DR CNRS.
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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 03:08

http://goudouly.over-blog.com/article-le-mariage-gates-et-monsanto-62442124.html

 

carte postale de Dominique Gigante & Tadlachance

Dominique Gigante
Sans titre 2009
D'après une Lithographie d'Henri de Toulouse-Lautrec
"Elles : Femme couchée - Réveil." 1896
Etape Nomade, association tadlachance, Cuges Les Pins

Avec le soutient de la ville de Cuges Les Pins et du Conseil Général Des Bouches du RhônecARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.255 - février 2010 - Paris
Mini série de 9 cartes

 

Le mariage Gates et Monsanto : attention, danger pour le planète

 

 La puissante Fondation Bill et Melinda Gates, dédiée officiellement à des projets philanthropiques, vient d’acquérir 500 000 actions de la société Monsanto. Grâce à un large réseau de connivences, c’est l’ouverture de nouveaux marchés pour le géant des semences agricoles génétiquement modifiées, et des menaces sur la sécurité alimentaire balayées par le grand vent des profits et de la spéculation.


Enquête.

Créée en 1994 par le fondateur de Microsoft, la Fondation Bill et Melinda Gates gère un capital de 33,5 milliards de dollars pour financer ses projets “philanthropiques”. Un joli pactole investi à hauteur de 23 millions de dollars dans l’achat de 500 000 actions de Monsanto, comme le révélait la Fondation en août 2010. Acquisition aussitôt dénoncée par le mouvement international Via Campesina1. Gates-Monsanto, union entre deux monopoles des plus cyniques et agressifs : 90 % de la part de marché de l’informatique pour la premier, 90 % du marché mondial des semences transgéniques et la majorité des semences commerciales du monde pour le second. Négation même du fameux principe du capitalisme de “concurrence de marché”.

Désormais, la Fondation Bill et Melinda Gates utilise son influence sur les politiques mondiales de développement agricole, et incite paysans et agriculteurs à utiliser les semences et produits agrochimiques génétiquement modifiés de Monsanto.

Si doute il y avait, il n’est plus de mise. La Fondation Gates vient de jeter clairement le masque de la “philanthropie”.

Pour mieux conforter son emprise, la Fondation Gates a engagé en 2006 une collaboration avec la Fondation Rockfeller, “fondation caritative” privée dotée elle aussi d’un statut fiscal privilégié et fervent promoteur des OGM à destination des populations pauvres.

Ces deux grands humanistes se sont donc alliés pour mettre en oeuvre l’Alliance for a green revolution in Africa (Agra)2, “Alliance pour la révolution verte en Afrique”, qui est en train d’ouvrir le continent aux semences OGM et aux produits chimiques vendus par Monsanto, DuPont et Dygenta.

Selon La Via Campesina, environ 70 % des bénéficiaires de l’Agra au Kenya travailleraient directement avec Monsanto et près de 80 % des financements de Gates dans le pays seraient dédiés aux biotechnologies, terme délicat auréolé d’esprit scientifique pour signifier les OGM chahutés par de mauvais esprits. Sans état d’âme, Monsanto réserve une part importante de son budget au financement des procès motivés par la toxicité de ses produits.

Son fameux agent orange, faut-il le rappeler, utilisé durant la guerre du Vietnam par les armées US, continue aujourd’hui encore ses effets sur les populations. Et son herbicide, le Roundup, représente un véritable danger maintes fois démontré, pour les humains et les générations futures, les animaux domestiques, la faune et l’environnement.

La Coalition du Kenya pour la biodiversité commentait sans détour : “Agra est un poison pour nos systèmes de production et moyens de subsistance. Sous la bannière philanthropique du développement agricole, l’Agra finira par ronger le peu qui reste de l’agriculture durable en Afrique.”

En Afrique du Sud, pour citer un exemple, le maïs génétiquement modifié a produit peu ou pas de graines en 2009, et des centaines d’agriculteurs ont été touchés, jusqu’à 80 % de leurs récoltes pour certains. Et si Monsanto a compensé les agriculteurs d’une certaine importance qui avaient acheté des produits défectueux, il n’a rien donné aux plus modestes qui avaient reçu gratuitement des sachets de mauvaises graines.

Encore un bel exemple de cynisme et de mépris pour les plus faibles. En 2008, 30 % du fonds de développement agricole de la Fondation Gates a servi à la promotion et au développement des variétés de semences OGM. Ce qui donne une idée des milliards générés et de l’intérêt des nouveaux marchés.

Sous couvert de dévouement humanitaire et grâce notamment à ses liens avec la Fondation Rockfeller, la Fondation Bill et Melinda Gates ouvre donc de nouveaux marchés à Monsanto.

Et comme ce n’était pas encore assez, la Fondation Bill et Melinda Gates s’est adjoint les ministres des Finances des USA, du Canada, d’Espagne et de Corée du Sud. Cette belle brochette a promis 880 millions de dollars pour créer un programme mondial sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, Global agriculture and food security program.

Lequel “programme” serait géré par la Banque mondiale pour prendre en compte le problème de la faim et de la pauvreté dans le monde. Premier “cadeau” annoncé en juin 2010 : 35 millions de dollars à Haïti pour favoriser l’accès des petits paysans aux “intrants agricoles, à la technologie et aux chaînes de productions”.

Le mois précédent, Monsanto faisait part de son intention de donner 475 tonnes de semences à Haïti... distribuées par l’Usaid, Agence américaine pour le développement international qui a soutenu les pires dictatures (Haïti : le cadeau mortifère de la société Monsanto, Golias Hebdo n°136, juin 2010). Petit détail qui en dit long : l’administrateur d’USAID, Rajiv Shah, travaillait auparavant pour la Fondation Gates, avant d’être recruté par le gouvernement américain en 2009. Et si on ajoute que Rob Horsch, ancien vice-président de Monsanto pour le développement international, est actuellement directeur du programme de développement agricole de Gates, on aura une idée des liens qui relient tout ce petit monde.

Ce “cadeau” de Monsanto à Haïti ressemble à s’y méprendre à une action de marketing bien rodée soutenue au plus haut niveau. Généreuse en diable, la Fondation Bill et Melinda Gates octroie également des fonds à Feed the Future, gérée par le gouvernement étasunien, qui pourrait se résumer par la recherche de nouvelles ouvertures pour les entreprises US.

Et s’il était utile de préciser davantage, le vice-président de Monsanto, Gerald Steiner, devait affirmer que “Feed the Future était une entreprise très intéressante, qui tient compte des impératifs du marché dans lequel Monsanto et d’autres compagnies doivent opérer”.

Pour Haïti, déjà victime du séisme du 12 janvier 2010 (Haïti : les arrière-plans d’un séisme annoncé, Golias Hebdo n°122, mars 2010), du déferlement des mercenaires de la foi (Comment la scientologie prospère sur les ruines d’Haïti, Golias Hebdo n° 139, juillet 2010) et d’une épidémie de choléra, l’aide humanitaire a de curieux accents.

Les semences Monsanto ? Seule la première génération est fertile et il est impossible de réensemencer les champs à partir de ces graines. Pour continuer, reste à acheter régulièrement de nouvelles graines à Monsanto.

Déjà, la destruction programmée de l’agriculture et de l’élevage, en faveur des produits étasuniens, avait cumulé d’immenses bénéfices et favorisé la dépendance alimentaire de Haïti. Désormais, Gates, Monsanto et consorts achèvent le travail.

D’après l’Onu, 75 % de la diversité génétique des plantes du monde a disparu à mesure que les paysans abandonnaient leurs semences natives pour utiliser les variétés génétiquement modifiées. La Via Campesina, pour sa part, maintient que la meilleure façon d’assurer une alimentation saine, de revitaliser les économies rurales et de mettre en oeuvre des politiques de souveraineté alimentaire est l’utilisation des semences natives.

L’homogénéité génétique rend les paysans plus vulnérables aux changements climatiques brusques, au contraire des semences natives adaptées aux différents microclimats. Une prise de conscience s’affirme, ponctuée notamment par le documentaire sur les méfaits des produits Monsanto diffusé le 3 juin 2010 dans la salle paroissiale de l’église catholique de Hinche (Haïti), à l’inititative du Mouvement paysan Papaye.

Le blé, base traditionnelle de l’alimentation des deux tiers des habitants de la planète, n’est pas à l’abri. Des chercheurs britanniques viennent de publier cette année une ébauche de son génome, “étape pour améliorer la production de cette céréale clé de l’alimentaiton mondiale”. Les génomes du riz, du soja, du maïs avaient été séquencés, mais pas le blé qui éveille dès à présent de nouveaux appétits. Monsanto se frotte déjà les mains... L’idée était dans l’air, puisqu’en 2008, la Fondation Bill et Melinda Gatesavait attribué la somme de 26,8 millions de dollars à l’université de Cornell (état de New York) pour des recherches sur le blé et 1,6 million de dollars aux chercheurs de l’état de Washington pour développer des variétés de blé OGM résistant à la sécheresse.

La Fondation Rockfeller a investi pour sa part plus de 100 millions de dollars ces trente dernières années dans la recherche génétique. Et comme on n’est jamais assez prévoyant pour amasser encore plus, Monsanto, les fondations Gates, Rockfeller et Syngenta (multinationale basée en Suisse, spécialisée dans les OGM et les semences agroindustrielles) participent à coups de millions de dollars dans la construction d’une banque des semences, dans l’archipel norvégien de Svalbard.

Il est prévu d’y stocker jusqu’à trois millions de variétés de semences provenant du monde entier afin de “garantir la préservation de la diversité des produits agricoles pour le futur”. Ces semences sont pourtant déjà protégées, en plusieurs exemplaires, dans différentes banques de semences qui existent dans le monde. Mais en cas de catastrophe climatique, il suffira de les vendre très cher aux agriculteurs. “Nous voulons faire le bien dans le monde, mais nous voulons aussi satisfaire nos actionnaires”, déclarait dernièrement Gerard Steiner, de Monsanto. On le croit volontiers dans sa volonté de satisfaire les actionnaires. Quoi qu’il en coûte à l’équilibre de la planète et peut-être à sa survie.

Eva Lacoste
29.11.1020

1. Via Campesina : 150 organisations, 70 pays, cinq continents. Mouvement international, il représente les paysans, les travailleurs agricoles sans terre, les pêcheurs, les paysannes, les jeunes et les peuples autochtones.
2. Le conseil de l’Agra est présidé par Kofi A. Annan, ancien secrétaire général des Nations-Unies. Le président est le A. Namanga Ngongi, ancien directeur génénral adjoint du Programme mondial pour l’alimentation des Nations-Unies. L’Agra travaille notamment avec le soutien de la Fondation Rockfeller et de la Fondation Bill et Melinda Gates, du Département pour le Développement International du Royaume-Uni. Se reporter au site www. agra-alliance.org ou tout ce qui n’est pas dit explicitement sur les nouvelles voies pour améliorer les cultures africaines.




Article publié dans le numéro 160 Golias Hebdo semaine du 25 novembre au 1er décembre 2010






Le crime organisé

Le rapprochement Gates Monsanto annonce le mariage entre deux monopoles parmi les plus cyniques de la période contemporaine et démontre une fois de plus l’alliance du pouvoir et de l’argent.

Derrière l’image d’une société propre et verte décrite par la propagande publicitaire et les grands discours, un projet hégémonique qui menace la sécurité alimentaire de la planète et son équilibre écologique. Véritable machine de guerre qui dispose de nombreux moyens de pression, sait jouer de la corruption et n’hésite pas à se débarrasser de ses opposants d’une manière ou d’une autre.

Défavorisés par des échanges internationaux inéquitables, l’accaparement des terres et la production d’agrocarburants, les pays du Sud sont l’objet de nouvelles pressions qui illustrent la logique implacable des grandes multinationales.

Dévastée par un tremblement de terre, abattue par le choléra, Haïti fait l’objet d’“attentions” qui ne pourront que conforter malnutrition, maladies et violences.

Le détournement de l’aide humanitaire à des fins commerciales et la privatisation des politiques alimentaires est certainement un des plus grands scandales actuels. Au risque de nouvelles déstabilisations, sous le regard complice des grands Etats et des organismes internationaux.

Habitués à dicter leur loi aux gouvernements, Monsanto, Gates, Blackwater et alliés avancent comme un rouleau compresseur à l’assaut du monde et de ses habitants. Jusqu’à quand ?

Golias



Article publié dans le numéro 160 Golias Hebdo semaine du 25 novembre au 1er décembre 2010









Véritables machines de guerre : Blackwater, Monsanto, Gates

Dans une entreprise comme Monsanto, quelques gros bras ne sont pas inutiles.

La plus grande armée de mercenaires du monde, la compagnie Blackwater (ajourd’hui appelée Xe Services) agit pour son compte, et par conséquent pour celui de ses alliés. C’est ce que révélait l’article de Jeremy Scahill, Blackwater’s Black Ops, “Les opérations secrètes des Blackwater”, paru dans l’hebdomadaire américain The Nation du 15 septembre 2010.

De nombreux militaires et anciens officiers de la CIA travaillent pour Blackwater, bien connue pour ses massacres de civils en Irak, spécialiste de l’information, du renseignement et de l’infiltration, jusqu’au lobbying politique et la formation paramilitaire. Selon Scahill, les affaires avec les multinationales comme Monsanto, Chevron, deuxième compagnie pétrolière US, les géants de la finance comme Barclays et Deutsche Bank, sont conduites par deux sociétés appartenant à Erik Prince, fondateur de Blackwater en 1997 et actionnaire majoritaire : Total Intelligence Solutions et Terrorism Research Center, dont les fonctionnaires et administrateurs ont en commun Blackwater. Directeur de Total Intelligence et homme de la CIA connu pour sa brutalité, Cofer Black était entré en contact avec Monsanto en 2008 pour espionner et infiltrer les organisations de militants des droits des animaux et des anti-OGM.

L’actualité américaine liée aux élections sénatoriales incite à un petit arrêrt sur la personnalité d’Erik Prince. Né en 1969 à Holland dans le Michigan, au sein d’une famille très fortunée, Erik Prince passe notamment par le très conservateur Hillsdale College, fait campagne pour la candidature présidentielle de Pat Buchanan, concurrent de droite de George Bush père, et intègre le Family Research Council de Gary Bauer, mouvement ultra conservateur dédié “aux valeurs de la famille”.

Erik Prince fait partie du Conseil secret de la politique nationale, club très fermé d’une centaine de conservateurs industriels, hauts fonctionnaires ou personnalités des médias. Fondamentaliste affirmé, il est tout naturellement un ferme soutien du Parti républicain. L’une de ses soeurs a été secrétaire générale de sa section locale du Michigan à deux reprises, et son époux n’est autre que le PDG d’Amway Dick DeVos, personnalité républicaine et fils du très riche Richard Devos dont Forbes chiffrait en 2007 la fortune à 2,4 milliards USD. Dans un tel contexte, on a comme une petite idée des contre-pouvoirs en action aux Etats-Unis.
E. L.



Article publié dans le numéro 160 Golias Hebdo semaine du 25 novembre au 1er décembre 2010




Révolution verte la couleur du dollar

“Révolution verte”, verte comme la couleur du dollar, remonte à février 1945 au Mexique, lorsque la conférence panaméricaine de Chapultepec définit les nouvelles bases de l’ordre mondial et met en place l’hégémonie économique des USA. Poste avancé de l’empire US, la Fondation Rockfeller installe au Mexique un centre de recherche agronomique et développe des variétés “améliorées” de céréales avec l’aide de Henry A. Wallace, fondateur de Pioneer Hi-Bred Seed Company, première entreprise mondiale de semences de maïs F1 (rachetée ensuite par DuPont, géant de la chimie). Wallace a été également ministre de l’Agriculture de 1933 à 1940 et vice-président des USA en 1940.

La révolution verte a été vendue à l’opinion publique comme la solution pour résoudre les problèmes de la faim dans le monde, à commencer pour les pays test, Mexique, Inde, Philippines... Comme l’ont démontré par la suite les analyses économiques et politiques, la “Révolution verte” n’a été rien d’autre qu’une opération marketing permettant de développer une activité mondiale d’agrobusiness qui permettrait à Rockfeller de détenir une position de monopole comme l’avait fait dans l’industrie pétrolière US le grand-père Rockfeller.

Si l’année 1961 voit le triomphe de l’élite globaliste dans son rêve de contrôler l’alimentation des peuples, une voix discordante se fait entendre. Deux ans avant son assassinat (1963), John Kennedy commence à remettre en question la dictature des cartels de l’agrochimie. Sans doute influencé par l’ouvrage de Rachel Carson, Printemps silencieux, qui a sensibilisé l’opinion américaine aux problèmes environnementaux.

E. L.



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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 03:59

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carte postale de Jean-Christophe Alix

jean-christophe alix
"amours canines"

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cARTed Series n.243 - mai 2009 - Marseille

Le vivant, les brevets, OGM et l'écologie politique

 

Sommaire :

 

  1. Les outils d'une main mise et leur ressort interne
  2. Arrivée des biotechnologies et privatisation du vivant
  3. Le rôle de l'OMC : un arbitre dévoué
  4. F1/OGM : une logique commerciale implacable s’est mise en place
  5. La question de la faim
  6. La production agricole
  7. La santé face aux PGM (Produits Génétiquement Modifiés)
  8. La pollution due aux PGM / impacts sur l’environnement
  9. L’économie des PGM (Produits Génétiquement Modifiés)
  10. Des solutions sont possibles, mais uniquement dans la globalité !
  11. Les positions libérales de la France et de l’Europe sur les PGM (avec textes complémentaires)
  12. Quelques propositions concrètes pour une agriculture de qualité
  13. Conclusions

 

 .../...


10. Des solutions sont possibles, mais uniquement dans la globalité !

 

Certains éléments agricoles ont été abordés dans les textes précédents, d’autres sont à étudier aussi ; et, en premier, une révision profonde de la gestion et le rapport au foncier. Aujourd'hui, sa répartition est absolument injuste. Il est accaparé par les grandes fortunes ou par les entreprises internationales avec en particulier un mouvement en Afrique d’accaparation par ces transnationales. Mais là encore, il faut toujours revenir aux bases fondatrices du paradigme de l'ère industrielle, l'économisme, qui postule que la vie n'a pour seule finalité que la production, le travail-salarié et (ce qui nous intéresse ici) le capital-propriété. Ainsi, s'attaquer à cette répartition des terres n'est pas une simple mesure, c'est une remise en cause fondamentale du paradigme qui gouverne nos sociétés depuis 200 ans sur la question du rapport existentiel à la propriété et à la terre. Il s'agit donc, derrière cette question, d'un véritable projet alternatif de société et non d'une simple mesure visant à mieux répartir les terres (mesure qui ne pourra qu'être un échec faute d'avoir compris la globalité du problème).

 

Ensuite, une répartition plus équitable de la production par une relocalisation des choix d’exploitation des surfaces traitées permettrait déjà une autre vision du monde agricole qui n’aurait pas pour orientation le profit.

Un autre domaine qui demande à être exploré est la revitalisation des semences paysannes enfermées dans la législation toujours plus contraignante en faveur des semences certifiées (à ne pas confondre avec les semences fermières qui sont des semences issues de la récolte de semences certifiées achetées à un semencier, uniquement possible pour les plantes autogames).

La semence paysanne est un concept récent mais trouvant son fondement dans une réalité ancestrale. Plusieurs pays (Brésil : maïs, Syrie : blé, France : maraîchage,...) sont revenus sur la recherche en ce qui concerne les semences paysannes.

Un combat violent se livre à cet endroit entre les porteurs des ces lignées anciennes reconstituantes de la biodiversité et des tenants d’une agriculture standardisée et aseptisée. Ainsi, comme déjà affirmé plus haut, la relocalisation de la production associée à la relocalisation des centre de décisions serait un levier exemplaire pour redynamiser la production agricole afin qu’elle répond à ses missions de production, d’environnement et de lien social.

 

La revitalisation, dans ce schéma là, de la production biologique en indépendance des centrales de distribution serait d’un apport bénéfique.

Comme pour les produits « équitables » sous label officiel, la production bio actuelle a tendance à suivre les marchés de la grande distribution qui lentement, mais sûrement, impose ses critères de sélection jusqu’à acquérir ses propres terres pour assurer la production en monoculture des articles qu’elle souhaite distribuer. En ce sens, les habitudes alimentaires insufflées par une propagande ventant immanquablement les productions issues de l’industrie alimentaire posent de véritables problèmes de structuration des familles. Ainsi, l'écologie politique montre donc que la question agricole ne trouvera pas de solution isolée, mais une solution dans un projet de société dans lequel la réforme de l'agriculture ira de pair avec la question d'un savoir libre d'accès, avec la question de l'autonomie de l'individu et avec la prise de conscience qu'il faut lutter contre le consumérisme et sa propagande psychologique (c'est à dire interdire la publicité qui s'impose à l'individu sans son consentement explicite).

 

11. Les positions libérales de la France et de l’Europe sur les PGM

 

Au même titre que l’énergie ou l’eau, les semences sont un enjeu économique fort pour le contrôle des populations par la sphère économique.

En ce sens, le consensus de Washington (1989) au niveau mondial, suivi au niveau européen par la stratégie de Lisbonne (2000) et de la dernière mouture de Traité Européen (en 2007, dit « traité de Lisbonne »), s’applique dans sa partie économique aussi aux questions agricoles dont à la possession des semences.

La concentration des entreprises de biotechnologies dans le monde (Monsanto, Bayer CropScience,  Pionner, BASF, Syngenta Dow Agro-Science sans oublier la coopérative française Limagrain) qui pour la plus part produisent aussi des pesticides, en lien avec les processus politiques mis en œuvre au niveau mondial pour imposer une vision libérale de notre monde impose des législations qui vont dans le sens de cette concentration.

 

Au plan Européen :

 

Les grands principes en ce qui concerne la coexistence entre les OGM et le non OGM au niveau européen ont été établis en 2003 (suite à la directive 2001/18 sur les OGM) et comprennent :

-         L’évaluation environnementale et sanitaire des OGM intervient lors de l’examen des demandes d’autorisations

-         La coexistence doit être réglementée par les Etats membres

-         Les lois qui organisent la coexistence doivent être « proportionnelles », car « les mesures de coexistence doivent éviter tout fardeau inutile pour les agriculteurs, les producteurs de semences, les coopératives et les autres opérateurs associés ».

-         La responsabilité de la coexistence se décline ainsi : « les questions relatives à la compensation financière ou à la responsabilité pour les dommages économiques sont de la compétence exclusive des États membres ».

 

En 2010, la commission européenne a admis qu’il est « évident que la production biologique nécessite des efforts supérieurs de séparation », car jusqu’à cette date il n’a pas été envisagé la coexistence entre cultures conventionnelles et cultures biologiques.

 

En 2003, la Commission Européenne recommandait de ne pas adopter de règles de coexistence qui iraient au-delà de ce qui est nécessaire pour garantir des contaminations inférieures au seuil d’étiquetage établi politiquement à 0,9%. En 2010, la Commission recommande qu’elles soient « proportionnées à l’objectif poursuivi (protection des exigences particulières des agriculteurs conventionnels ou biologiques) », et donc que les mesures de coexistence nationales puissent garantir un seuil de présence d’OGM inférieur à 0,9%, pour les producteurs biologiques ou certains producteurs conventionnels (on pense aux productions « sans OGM », aux AOC et à certains labels dont le cahier des charges exclut les OGM).
De même, ces nouvelles lignes directrices reconnaissent la possibilité, pour certaines zones géographiques particulières de se déclarer « zone sans OGM » afin d’éviter des contaminations. Cependant, la Commission européenne précise que « de telles exclusions devront reposer sur la démonstration par les États membres que, pour ces régions, d’autres mesures ne suffisent pas pour atteindre des niveaux de pureté suffisants ».

Aucun contenu n’est fourni en ce qui concerne la démonstration…

 

Ces nouvelles lignes directrices ont été assorties d’une proposition de modification de la réglementation : permettre aux Etats d’accroître la liberté d’interdire la culture des OGM autorisés. Sauf que ce principe va s’opposer à un principe supérieur inclus dans les textes vus en introduction : la concurrence libre et non faussée.

 

L’Europe met en application le principe de subsidiarité afin de donner plus de chance localement aux OGM de s’implanter, sur le principe du renard libre dans un poulailler libre.

La personne chargée de ce dossier en 2010 au plan européen est le commissaire européen à la santé, John Dalli.

 

OGM : la Commission présente officiellement ses plans
par Anne Furet, juillet 2010

 

Aujourd’hui, 13 juillet 2010, le commissaire européen à la Santé, John Dalli, commentait en conférence de presse les options retenues par le collège des commissaires sur le dossier OGM. La volonté affichée par la Commission est d’accroître la liberté des États d’interdire la culture des PGM, mais pour les ONG européennes, c’est davantage un déblocage de l’épineux dossier des autorisations à la culture qui est recherché.

 Plus de pouvoirs aux États ou statu quo ?

« Le système basé sur la science existe, existait et existera toujours » annonce John Dalli. Il ne s’agit donc pas de modifier la procédure européenne actuelle d’autorisation des OGM. Mais le commissaire à la santé déclare vouloir, une fois les OGM autorisés, « accorder aux États membres la liberté de restreindre ou d’interdire la culture des OGM ». Or, dans les faits, il apparaît que les propositions de la Commission ne modifient pas sensiblement le pouvoir des Etats sur la culture. Voyons le détail.

Le collège des commissaires a adopté deux mesures. Premièrement, il remplace la recommandation sur les lignes directrices sur la coexistence, de 2003, par une nouvelle recommandation « plus souple ». Les anciennes lignes directrices, prises en application de la directive 2001/18 sur les OGM [1], étaient en effet assez restrictives mais comme toute recommandation, elles n’étaient pas contraignantes et les États pouvaient déjà prendre des mesures plus restrictives sans être inquiétés par des poursuites devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) (l’Autriche, la Hongrie ou la Bulgarie appliquent déjà des règles de coexistence très strictes). La nouvelle recommandation n’est pas d’avantage contraignante.

Deuxième mesure : la Commission propose au Conseil et au Parlement d’ajouter un article à la directive 2001/18. Le nouvel article 26 ter prévoit que les autorisations de commercialisation d’OGM « ne devraient pas affecter la possibilité pour les États membres d’adopter des mesures, interdisant, et empêchant la culture de tout OGM ou d’un OGM, y compris les OGM mis sur le marché ». Mais cette possibilité de restriction ne doit ni se baser sur des aspects sanitaires et environnementaux (déjà évalués par l’UE dans le cadre des procédures d’autorisation), ni sur des questions de préventions des contaminations (déjà couvertes par l’article 26 bis et les recommandations sur la coexistence). On parle donc d’interdiction d’un ou de plusieurs OGM mais on se demande sur quoi pourront se baser ces nouvelles possibilités d’interdiction s’il ne doit pas s’agir d’éléments faisant partie de l’évaluation ou de la prévention de la présence d’OGM dans d’autres produits.
A cette question, Dalli répond que les États pourront s’appuyer sur des raisons éthiques, mais également sur des mesures plus larges. La communication de la Commission accompagnant les mesures détaille que cela pourrait permettre aux Etats d’interdire les OGM pour des raisons agronomiques, ou du fait de l’impossibilité de garantir la coexistence, ou bien pour préserver le marché du « sans OGM », ou encore pour protéger des zones naturelles. Les raisons pourraient donc être d’ordre plus politique. Or une note juridique commandée par les Amis de la terre Europe et Greenpeace Europe explique quant à elle que seules des motivations purement éthiques pourraient potentiellement être invoquées sur ce fondement. Selon les avocats, aller au-delà exposerait les États membres à des poursuites devant la CJUE [2]. A noter que les arguments éthiques peuvent déjà être invoqués dans le cadre des Traités : la Pologne avait avancé l’argument en 2009, mais la Cour l’avait écarté car il était intervenu trop tard dans la procédure [3].
Par ailleurs, la note juridique souligne que la proposition est « criblée d’incertitudes juridiques ». Cela conduit les Amis de la terre Europe à qualifier les mesures de « vides » et de « dangereuses » [4].

 Volonté de débloquer l’épineux dossier de la culture des PGM en Europe

Depuis 1998, l’Union européenne n’a autorisé que deux PGM pour la culture : le maïs MON810 en 1998 et la pomme de terre Amflora en mars 2010. La Commission peine à rassembler l’appui politique nécessaire à l’autorisation de la culture de nouvelles PGM. Les moratoires se multiplient : France, Allemagne, Luxembourg, Autriche, Hongrie et Grèce interdisent la culture du MON810. Pour la pomme de terre, le Luxembourg et la Hongrie se sont déjà positionnés contre.

En parallèle, au Conseil environnement de juin 2009, treize États, parmi lesquels l’Autriche et les Pays-Bas, ont formulé la demande d’avoir plus de pouvoir sur la culture des PGM. Face à ces difficultés, la Commission, même si elle s’en défend [5], a vu dans la demande la possibilité de troquer plus de subsidiarité sur la culture contre un appui politique plus fort en amont des autorisations. C’est aussi l’analyse des Amis de la Terre et de Greenpeace Europe qui estiment que la Commission souhaite accélérer les procédures d’autorisation des OGM [6]. Le risque est donc de voir se multiplier les autorisations de la culture des PGM : quatre PGM pourraient ainsi être autorisées sous peu.

 Quelles suites ?

John Dalli présentait le 13 juillet après-midi la proposition à la Commission environnement du Parlement européen. La prochaine étape est la mise en œuvre de la procédure de codécision sous la présidence belge. Le Conseil sera saisi des questions en septembre et octobre. Tous les États ne sont pas favorables à la proposition : la France, l’Espagne [7] et la Belgique ont déjà fait part de leurs réticences.
S’en suivra un débat au Parlement, qui risque de déclencher des discussions fort intéressantes sur la politique menée par la Commission sur le dossier OGM.

[1] Selon l’article 26 bis de la directive 2001/18 relative à la dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement : « Les Etats membres peuvent prendre les mesures nécessaires pour éviter la présence d’OGM dans d’autres produits. »

[2] http://www.foeeurope.org/GMOs/docum... 

[3] Affaire C 175/08, Cour de justice de l’Union européenne

[4]  http://www.foeeurope.org/press/2010... 

[5] « Nous n’allons pas échanger cette réforme contre l’assurance qu’ils seront plus souples concernant les autorisations », a ainsi affirmé Dalli au Monde (Le Monde du 14 juillet 2010).

[6]  http://www.foeeurope.org/press/2010... 

[7]  OGM - UE : La France et l’Espagne ne veulent pas du calendrier de la Commission

 

  •  

 

La position de la France :

Le 7 février 2008, le gouvernement français a interdit la culture de la seule plante génétiquement modifiée (PGM) autorisée à la culture en Union Européenne, le maïs MON810. Cette interdiction repose sur l’avis rendu par le comité de préfiguration de la Haute autorité sur cette PGM. Dans le même temps, la France a informé la Commission européenne de l’interdiction, en notifiant la mise en œuvre de la « clause de sauvegarde » de la directive 2001/18. La « clause de sauvegarde » est un article de la directive qui permet à un Etat de l’Union européenne de suspendre une ou plusieurs utilisations d’un OGM autorisé sur le territoire de l’Union européenne, lorsque cet Etat a des « raisons précises de considérer qu’un OGM (...) présente un risque pour la santé humaine ou l’environnement ».

Toutefois :

La fin du moratoire français sur la culture des OGM ?
par Anne Furet, Christophe Noisette, et Guy Kastler, Réseau Semences Paysannes juillet 2010

 

Le 20 juillet, à la demande de plusieurs entreprises semencières [1], le ministre de l’Agriculture, Bruno Lemaire, a inscrit au catalogue français 36 variétés de maïs génétiquement modifié Mon810 et deux variétés de maïs GM T25 [2]. L’inscription des deux variétés de maïs T25 pourrait signifier la fin du moratoire français sur la culture commerciale des OGM, et l’entrée dans les champs européens de cette plante tolérante à un herbicide. Inf’OGM demande que toute la transparence soit faite sur cette affaire.

Les maïs Mon810 et le T25 ont été autorisés à la culture en 1998 en Union européenne et font aujourd’hui l’objet d’une demande de renouvellement qui prolonge leur autorisation. Depuis 2008, la France a interdit la culture du Mon810 de Monsanto. L’autorisation de commercialiser ces 36 variétés ne remet donc pas en cause cette interdiction de culture, mais elle fait automatiquement accéder ces dernières au catalogue européen. Les entreprises françaises peuvent ainsi en commercialiser les semences dans les pays où le Mon810 n’est pas interdit [3].

Plus préoccupante encore est l’inscription des deux variétés de maïs T25 appartenant à deux sociétés françaises Orsem Hybrides et Maïsadour. Tolérant aux herbicides à base de glufosinate d’ammonium, l’évènement transgénique T25 de l’entreprise allemande Bayer [4] n’est pas cultivé sur le territoire européen. Interrogée par Inf’OGM, la Commission européenne précise qu’aucune variété de maïs T25 n’a été inscrite au catalogue européen. En effet, une autorisation de mise sur le marché de semences GM est subordonnée à l’inscription de variétés sur le catalogue. L’arrêté du ministre de l’Agriculture du 20 juillet pourrait donc conduire à ce que le T25 puisse être désormais cultivé sur l’ensemble du territoire européen. La France n’a pas déposé de clause de sauvegarde sur cet événement transgénique, contrairement à l’Autriche [5]... Cela marquerait donc la fin de l’interdiction des cultures commerciales des OGM en France.

Interrogé sur ce point le 29 juillet, le ministère de l’Agriculture n’a pas encore répondu à nos questions. De son côté, le semencier français Maïsadour ne nous a pas indiqué si ces variétés pourraient être commercialisées lors des prochains semis et dans quelles régions.

Il convient de rappeler que l’usage du glufosinate d’ammonium n’est pas homologué sur le maïs en France, retirant de fait tout intérêt agronomique spécifique à la culture du maïs T25 pour les agriculteurs français. Il est en revanche autorisé pour désherbage avant mise en culture, ce qui permet de douter de la capacité de l’administration à contrôler le moment exact de son éventuel usage. Par ailleurs, une éventuelle multiplication de semences de T25 destinées à l’exportation pourrait être envisagée même sans utilisation de glufosinate d’ammonium. Comme les homologations des pesticides varient d’un pays à l’autre, l’utilisation de cet herbicide total sur le maïs pourrait être autorisée dans d’autres pays de l’UE. Mais nous n’avons pas réussi à savoir dans quels pays un tel usage serait éventuellement permis.

Il demeure difficile de connaître les raisons précises de l’inscription des ces variétés au catalogue. Mais cela pourrait être à rapprocher de la volonté des semenciers de valoriser au plus vite leurs obtentions OGM dans les pays où elles peuvent être cultivées. Par ailleurs, le Mon810 et le T25 attendent le renouvellement de leur autorisation de culture au niveau européen, doit-on y voir un lien ? S’agirait-il d’un pas pour faire faire homologuer le glufosinate d’ammonium sur le maïs et autoriser à la culture d’autres OGM résistants à l’herbicide total ? On pense notamment au Bt11 et au TC1507 actuellement dans les tuyaux des institutions européennes, et tout deux tolérant au glufosinate. De nombreux éléments doivent donc être éclaircis, mais aucune culture commerciale ne devra avoir lieu, en France, sans l’information du citoyen, comme l’exige l’article 10 de la loi de 2008 sur les OGM [6].

 

[1] Monsanto associé à Delkab et Asgrow, Pionner, KWS, mais aussi de sociétés françaises comme Limagrain ou Maïsadour associé à R 2n

[2] http://www.legifrance.gouv.fr/affic...

[3] L’Allemagne, l’Autriche, la France, la Grèce, la Hongrie, et le Luxembourg interdisent la culture du Mon810

[4]  http://ec.europa.eu/food/dyna/gm_re... 

[5]  OGM - La Commission européenne désavouée par les Etats-membres, les moratoires sont donc maintenus 

[6] Article L.663-1 du Code rural

 

 

 

 

 

 

12. Quelques propositions concrètes pour une agriculture de qualité

 

 

  1. Interdire les importations d’OGM agricoles en France et en Europe (en ayant recours au Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la Convention sur la diversité biologique)
  2. Interdire les expérimentations en plein champ
  3. Interdire les cultures actuelles d’OGM
  4. Mettre en place une réglementation rigoureuse sur l’étiquetage des produits contenant des OGM
  5. Soutenir le boycott des produits contenant des OGM
  6. Accroître l’effort de recherche pour comprendre le monde du vivant
  7. Considérer les résultats des recherches comme des biens communs inaliénables de l’humanité et accessibles à tous
  8. Se retirer de l’AGCS et de l’OMC, et développer une recherche plurielle, multidisciplinaire et indépendante, en particulier par rapport aux intérêts des multinationales
  9. En finir avec la prétendue neutralité scientifique et créer un dialogue permanent entre les chercheurs et la société afin de décider les objectifs et priorités des recherches, et mettre la recherche directement au contact des citoyens en formant les chercheurs à une compréhension du monde où ils vivent.
  10. Interdire tout brevet sur le vivant : se retirer de l’Accord sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC) de l’OMC et faire abroger la directive européenne 98/44
  11. S’inspirer du régime de propriété intellectuelle « copyleft » pour garantir une juste rémunération de tous les acteurs économiques.
  12. Revoir les protocoles d’évaluation des risques, dont certains datent des années 1970 ; évaluer le niveau de risque acceptable en fonction de l’intérêt général avant usage d’une nouvelle technologie hors de la « sphère de la recherche » (où celle-ci peut être utilisée pour les seules finalités de la recherche).
  13. Ne plus restreindre ces évaluations aux seuls critères scientifiques ou financiers : le principe de précaution doit être appliqué, le Protocole de Carthagène doit primer sur l’OMC pour préserver l’environnement, les générations futures et les autres activités humaines.
  14. Garantir l’absence de toute augmentation des coûts pour le producteur et le consommateur qui refuse les OGM
  15. Garantir l’accès à des produits sans traces d’OGM, et dont aucun ingrédient n’est issu d’OGM ; dénoncer l’accord commercial avec les Etats-Unis qui empêche l’Europe de produire une alimentation sans OGM pour son bétail
  16. Rompre avec les pratiques agricoles productivistes et de la grande distribution
  17. Développer de nouvelles pratiques agricoles pour faire accéder les populations les plus pauvres à l’autonomie alimentaire et préserver la biodiversité
  18. Développer l'apprentissage des pratiques alimentaires dans les populations (réapprendre à cuisiner, libérer du temps, mettre en place des filières courtes, etc. )
  19. Etendre la responsabilité civile à l’ensemble de l’environnement et permettre aux victimes de demander réparation à l’auteur du dommage causé par des OGM
  20. Faire participer des citoyens aux prises de décision, au contrôle de leur mise en œuvre et à leur évaluation. Il est possible de s’inspirer des conférences de citoyens telles que pratiquées au Danemark. Elles ont démontré la capacité des « profanes » à s’approprier un dossier complexe pour donner un avis digne des assemblées politiques et scientifiques.
  21. Reconsidérer l’attribution du foncier pour :

a-      préserver ou rétablir les équilibres biologiques et écologiques ;

b-     recenser les ressources naturelles et d’en assurer une sage gestion ;

c-      sauvegarder ou restaurer les espaces naturels, les paysages et les sites ;

d-     prévenir et combattre les pollutions ;

e-      développer et réaliser des établissements humains et les équipements de façon que soit assuré un équilibre entre les régions et dans chacune d’entre elles ;

f-       organiser les établissements humains, ruraux et urbains dans le souci du développement de communautés vivantes et responsables, et dans celui de l’épanouissement physiologique des personnes qui les constituent ;

g-      favoriser le développement économique ;

h-      définir les règles d’affectation du sol et des richesses naturelles et d’en assurer la maîtrise collective chaque fois que celle-ci doit favoriser la réalisation des objets ci-dessus définis ;

i-        de former les hommes et d’organiser les collectivités de façon qu’elles assument pleinement leurs responsabilités.

  1. Créer les conditions d’une revitalisation des échanges locaux en promouvant une véritable politique de relocalisation des espaces de décisions

 

Tant que toutes ces conditions ne seront pas remplies et que la charge de la preuve de l’innocuité et de l’utilité sociale n’incombera pas à celui qui veut introduire une nouvelle technologie, le moratoire doit être renforcé et les OGM doivent rester en milieu confiné.

 

 

Les projets au-delà des OGM (biotech, nanotech, biologie moléculaire,...)

L’industrialisation de la biologie, et donc de la biologie synthétique, suscite une frénésie d’investissement porté par de nouveaux marchés purement spéculatifs comme l’énergie, avec la production de biocarburant et la bourse des émissions de CO2 décidée par l’accord de Kyoto, la chimie, la pharmacie, la détection des substances (organismes sentinelles) ou la décontamination de l’environnement.

Les questions liées à ces technologies sont les même que celles posées par les problèmes liés aux OGM : sont-elles utiles socialement, quel est le coût social de ces technologies et qui le supporte ? La transparence est-elle de rigueur dans ces domaines ? Un contrôle autre que commercial est-il exercé ?

 

L’industrialisation de notre monde, la course à la croissance, qui aujourd’hui s’apparente exclusivement à une croissance financière, éloigne les centres de décisions de notre quotidien.

 

 

13. Conclusions

 

            Les familles

La famille, au centre de tout et déjà combattue comme cercle structurant, est l’enjeu de toutes les batailles. Et sur le cas des OGM aussi ! puisque les questions de santé, de faim, d’utilité sociale passent obligatoirement par la structure familiale qui est le lieu où le lien affectif, la transmission, l'échange, résiste encore au paradigme dominant qui tente de réduire la totalité des rapports à ceux purement économiques.

Aussi, un des objectifs du néo libéralisme est de déstructurer la famille, c'est à dire ce dernier bastion de la richesse humaine, afin que la propagande productiviste puisse faire son œuvre aisément afin de commercialiser les produits qu’elle juge utile de diffuser pour son exclusif bénéfice, prolétariser (c'est à dire domestiquer !) les individus dès leur plus jeune âge et pousser les catégories économiques toujours plus loin, en faire des valeurs dans les rapports humains les plus intimes.

 

            La préservation de la planète

La préservation de la planète ne concerne pas nos élites qui sont des esprits dominés psychologiquement par le paradigme de l'ère industrielle. Nous avons pu le constater lors de Cop15 à Copenhague, et la démonstration sera encore faite pour la préparation de Cop 16 à Cancun au Mexique du 29 novembre au 10 décembre 2010 où les intérêts industriels et libéraux seront aux avants postes pour empêcher tout frein à la logique d'une machine qui mène le monde au bord de la rupture sociale, éthique, environnementale.

Voir :

http://www.ufal.info/developpement-ecologique-et-social/cop-15-quel-bilan/391

 

            Le combat anticapitaliste

 

Le productivisme qui guide le capitalisme est-il viable pour l’avenir de la planète et de ses occupants ?

La réponse est clairement non.

Notre combat passe donc par une remise à plat de tous les paradigmes inculqués surtout dans le domaine économique. Or, la question centrale est bien là ! Car, de fait, la problématique de l'agriculture interpelle, celle du rapport au culturel, au vivant, celle de la santé, celle de l'accès au savoir, celle de l'autonomie de l'individu et celle de la propriété des terres. Or, tous ces aspects ne peuvent trouver d'articulation qu'au travers d'un projet alternatif qui s'appuie non pas uniquement sur une analyse socio-économique, mais sur la compréhension des mécanismes du productivisme, c'est à dire sur la remise en cause de la mécanique propre au paradigme de l'ère industrielle qui impose ses outils de pensée depuis le XIXème. Il n'y aura donc pas de projet alternatif viable hors un modèle alternatif de paradigme économique; projet qui pourrait reposer sur la transmission, l'abondance et le libre accès, le bien être et l'autonomie ; en lieu et place du trio capital-propriété, travail-salarié, production.

 

L’objectif est de remettre l’humain au centre de nos préoccupations. Les solutions proposées au chapitre précédent dans les domaines incriminés sont des pistes de travail qu’il convient de bien exploiter.

 

Dominique Mourlane

 

 

 

 

 


 

Notes de lectures

 

Société civile contre OGM : arguments pour ouvrir un débat public

Collectif

Editions Yves Michel

 

Plantes et aliments transgéniques

Jean-Marie Pelt

Pocket Fayard

 

La bio piraterie ou le pillage de la nature et de la connaissance

Vandana Shiva

ALiAS etc

 

Les OGM en guerre contre la société

Attac

Mille et une nuits

 

La guerre au vivant

Dirigé par Jean Pierre Berlan

Agone

 

L’agriculture talon d’Achille de la mondialisation

Jacques Berthelot

L’Harmattan

 

Graines suspectes

Robert Ali Brac de la Perrière et Franck Seuret

Enjeux planète

 

Santé, mensonges et propagande

Thierry Souccar et Isabelle Robard

Seuil

 

Ces OGM qui changent le monde

Gilles-Eric Séralini

Champs / Flammarion

 

Vers un commerce équitable

Minga

 

Utopie foncière

Editions du Linteau

 

Agricultures africaines et marché mondial

Marc Dufumier

Fondation Gabriel Péri

 

 

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Published by Rue Goudouly - dans -*- OGM
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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 03:52

http://goudouly.over-blog.com/article--le-vivant-les-brevets-ogm-et-l-ecologie-politique-1-55572555.html

 

carte postale de Jane Alexander

FIN DE SIECLE A JOHANNESBURG
NANTES 17-25 OCTOBRE 1997

Arborescence Sud-Africaine. Des artistes en fin de siècle.
South African Arborescence. End of the century's artists.
CRDC NANTES - FRANCE

Jane ALEXANDER
Man with TV.
Technique mixte. 1995.
Programmation : Marylin Martin
Photo © Jane Alexander

Avec le soutien du Crédit Municipal de Nantes

cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.050 - octobre 1997 - LU Nantes
special "Fin de Siècle à Johannesburg"

 

 

Le vivant, les brevets, OGM et l'écologie politique

 

Sommaire :

 

  1. Les outils d'une main mise et leur ressort interne
  2. Arrivée des biotechnologies et privatisation du vivant
  3. Le rôle de l'OMC : un arbitre dévoué
  4. F1/OGM : une logique commerciale implacable s’est mise en place
  5. La question de la faim
  6. La production agricole
  7. La santé face aux PGM (Produits Génétiquement Modifiés)
  8. La pollution due aux PGM / impacts sur l’environnement
  9. L’économie des PGM (Produits Génétiquement Modifiés)
  10. Des solutions sont possibles, mais uniquement dans la globalité !
  11. Les positions libérales de la France et de l’Europe sur les PGM (avec textes complémentaires)
  12. Quelques propositions concrètes pour une agriculture de qualité
  13. Conclusions

 

 

1. Les outils d'une main mise et leur ressort interne

 

Le brevet est un titre de propriété industrielle qui confère à son titulaire non pas un droit d'exploitation, mais un droit d'interdiction de l'exploitation par un tiers de l'invention brevetée.

Comme on le voit c’est un « droit négatif », interdisant à des tiers d'utiliser, produire, importer ou vendre l'invention couverte par le brevet sans le consentement du titulaire. En ce sens, elle s'inscrit parfaitement dans une problématique bourgeoise dont la culture est dominée par la crainte, la sécurité et la conservation de ses biens.

 

Et si l'objectif premier des brevets a été de favoriser les développements techniques et industriels en accordant des droits aux inventeurs qui ainsi sont censés divulguer leurs résultats à la communauté permettant de dégager des moyens financiers afin de promouvoir la recherche et le développement, il s’avère que de nos jours le brevet est une source de spéculation sur l’avenir, une séquestration du savoir qui engendre un appauvrissement de la recherche et de la production de savoir dans le sens de l’utilité sociale et du développement des individus. Aujourd'hui les accords de l'OMC sur le secteur pharmaceutique et les accords sur les ADPIC (propriété intellectuelle) stipulent que la durée de validité d'un brevet est de 20 ans.

 

Une « invention » est brevetable selon les trois critères suivants et une condition supplémentaire :

 

            1- L’invention doit être nouvelle, c'est-à-dire que rien d'identique n'a jamais été           accessible à la connaissance du public, par quelque moyen que ce soit (écrit, oral,   utilisation, ...), où que ce soit, quand que ce soit.

            2- Sa conception doit être inventive, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas découler de         manière évidente de l'état de la technique, pour une personne connaissant le domaine           technique concerné.

            3- Elle doit être susceptible d'une application industrielle, c'est-à-dire qu'elle peut être             utilisée ou fabriquée de manière industrielle (ce qui exclut les œuvres d'art ou           d'artisanat, par exemple).

           

            Une quatrième clause retient que la description complète de l'invention et de la            manière de la reproduire doit être incluse dans le brevet, de manière à ce que le        contenu technique soit disponible lors de la publication de la demande, et à ce qu'à l'expiration du brevet cette technologie soit effectivement disponible dans le domaine   public.

 

La législation des nations et les règles internationales sur le sujet des brevets est pléthorique, même si la meilleure façon d’éviter un brevet est une publication officielle dans les supports autorisés, la quantité de brevets déposés à travers le monde est en perpétuelle augmentation car la démarche consiste à breveter tout et n'importe quoi dans des termes de plus en plus flous qui permettent de s'approprier et de se garantir des secteurs de découvertes. La problématisation en écologie politique montre que le rapport à la connaissance est donc parfaitement similaire à celui d'un terrain que l'on achète dans le but, hypothétique, d'en tirer un jour profit.

 

Malgré ce, la réflexion sur les brevets touche tous les secteurs de recherche et de développement en ce qui concerne leur utilisation et leur utilité sociale. La problématique des logiciels (logiciels libres, open source, copyleft,..) et du coût réel des logiciels n’en est qu’un exemple. Dans les domaines de la protection de l’environnement, du traitement des déchets ou de l’énergie par exemple, des sociétés ont mis à disposition d’une plateforme dite Eco-Patent Commons (EPEC) une trentaine de brevets les jugeant utiles à la société dans son ensemble.

 

2. Arrivée des biotechnologies et privatisation du vivant

 

Dans le vaste monde des brevets, le domaine des biotechnologies fait l’objet d’un débat éthique qui a émergé dans les années 90 avec le développement des organismes génétiquement modifiés (OGM) et le séquençage de l’ADN.

Si le monde du vivant a été longtemps exclu du brevetable, c’est Louis Pasteur qui en 1873 obtint le premier brevet pour un organisme vivant (une souche de levure utilisé dans la fabrication de la bière) ouvrant ainsi la porte à la brevetabilité du vivant. En 1930, aux Etats-Unis avec le Plant Patent Act, et en 1960 en Europe avec le système des Unions de Protection des Obtentions Végétales (UPOV), des règles se sont installées en ce qui concerne plus particulièrement le domaine des variétés végétales. Les variétés végétales sont protégées par les certificats d’obtentions végétales (COV) distincts des brevets par des exceptions aux droits d’exclusivité de l’obtenteur : recherche expérimentale, élaboration de nouvelles variétés, production de semences dites « de ferme » à partir de la récolte de l’année précédente.

A partir de cette période, les possibilités de brevetage vont s’étendre rapidement avec la brevetabilité des procédés microbiologiques et des produits obtenus à leur issue (1963, convention de Strasbourg), puis la brevetabilité des micro-organismes, et enfin le brevet sur les bactéries modifiées qui permet de s’approprier les organismes pluricellulaires (animaux).

 

Les législations nationales, forts diverses, sont de plus en plus soumises aux accords sur les droits de la propriété intellectuelle liés au commerce au plan international (ADPIC) crée en 1992 par les accords de Marrakech qui ont préparé la création de l’organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Même si les textes de l’ADPIC, difficiles à interpréter, tendent à exclure du domaine du brevet « toute invention dont l’exploitation serait contraire aux bonnes mœurs, les procédés de modification de l’identité génétique des animaux de nature à provoquer chez eux des souffrances ou des handicaps corporels sans utilité pour l’homme ou l’animal, ainsi que le corps humain et ses éléments en leur état naturel », la brevetabilité aussi des gênes humains est en cours de route en différents points de la planète (voir le projet de génome humain).

A cela, il faut rajouter pour la partie qui nous intéresse le Codex Alimentarius créé en 1963 par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) et l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) afin d'élaborer des normes alimentaires, des lignes directrices et d'autres textes, tels que des Codes d'usages, dans le cadre du Programme mixte FAO/OMS sur les normes alimentaires. Les buts principaux de ce programme sont la protection de la santé des consommateurs, la promotion de pratiques loyales dans le commerce des aliments et la coordination de tous les travaux de normalisation ayant trait aux aliments entrepris par des organisations aussi bien gouvernementales que non gouvernementales. Ce codex, sous un aspect philanthropique, est le bras séculier en bout de la chaîne alimentaire, pour normaliser (entre autre !) nos habitudes alimentaires sous prétexte et au nom de notre santé.

Là encore, la considération de cette privatisation du vivant comme une « simple » lutte économique et sociale est extrêmement réducteur. Le paradigme actuel, en vigueur depuis 200 ans, s'attache à imposer comme filtre que le rapport économique est le seul valable face à la totalité du réel, qu'il est le seul rationnel, celui qui est logique et qu'il est le seul à être porteur de sens et d'objectivité. Par rapport économique, il faut entendre que l'utilité, la fonction, l'intérêt d'une chose, quelle qu'elle soit, n'existe que sous l'angle économique, et que les seules finalités du développement personnel et collectif sont le capital-propriété, le travail-salarié et la production. Ces trois concepts, majeurs dans le paradigme bourgeois, sont la finalité du monde. Voilà pourquoi, l'écologie politique explique que la démarche de privatisation du vivant, de sa réduction à un bien et une propriété, relève d'une démarche éthique et culturelle propre au paradigme de l'ère industrielle, qui se traduit dans le productivisme.

Contrecarrer cette privatisation du vivant (ou d'autres choses) ne trouvera de solution que dans la sortie de ce prisme sous lequel sont pensés le rapport à soi, le rapport à autrui, le rapport au monde.

 

3. Le rôle de l'OMC : un arbitre dévoué

Avec les règles et législations qui dirigent le monde du vivant et le partage des connaissances, l’OMC est la grande organisatrice de ce monde par, en particulier, l’instance qu’est l’UPOV et de son outil le COV.

L’UPOV, organisation intergouvernementale qui a son siège à Genève a été établie par la Convention internationale pour la protection des obtentions végétales. La Convention a été adoptée à Paris en 1961, et celle-ci a été révisée en 1972, 1978 et 1991. L’objectif de la Convention est la protection des obtentions végétales par un droit de propriété intellectuelle.

 

Le COV garantit au sélectionneur :

  • la protection de la dénomination de l'invention,
  • le monopole quasi exclusif sur la vente des semences pendant une durée de 20 à 30 ans.

Pour l'agriculteur, le COV laisse le droit de prélever une partie de sa récolte pour la ressemer, en payant un montant réduit ; c'est ce qu'on appelle le privilège de l'agriculteur.

De plus, la mise au point d'une nouvelle variété à partir d'une variété protégée par un COV est permise, et cette nouvelle variété peut être mise sur le marché sans que son inventeur ne doive rien au détenteur du COV. Il faut cependant que la nouvelle variété puisse se perpétuer indépendamment de la première variété. C'est l'exemption en faveur de l'obtenteur.

Il faut encore mentionner l'exemption de la recherche qui permet aux chercheurs d'utiliser gratuitement la variété protégée dans leurs travaux.

Ces caractéristiques distinguent le COV du brevet car, tout en reconnaissant la performance intellectuelle de l'inventeur et en garantissant à celui-ci un retour sur investissements, il met le savoir à disposition de tous.

Ce bel optimisme de façade cache une réglementation, sous couvert de sécurité alimentaire (codex alimentarius) et d’identification des semences (catalogue officiel des espèces et variétés) qui porte atteinte à la biodiversité.

Le coût d’inscription d’une variété au catalogue officiel des espèces et variétés est de l’ordre de 10 000 euro par variété inscrite. Cet aspect financier des choses pointe le fait que seules les variétés de grande diffusion seront enclines à être inscrites faisant ainsi obstacle aux petites productions locales et donc à la biodiversité.

 

Cet exemple montre dans la réalité comment d’un texte général (le COV), indiquant la volonté, entre autres, de préserver la production de semences de ferme, l'aspect financier tend à empêcher la réalisation de ce vœu pieux.

L’amplification de ce phénomène est compété par un nouveau système appliqué à ce jour dans la sylviculture : la provenance certifiée. Ce système, n’en doutons pas, a un bel avenir qui se traduira bientôt en termes juridiques dans bien des domaines.

 

4. F1/OGM : une logique commerciale implacable s’est mise en place.

 

Les hybrides F1 sont des variétés issues de croisement de parents choisis par des sélectionneurs sur la base de leurs qualités précises. Ces croisements cherchent à marier les différentes qualités sélectionnées pour donner un avantage à la nouvelle génération (effet hétérosis) : vigueur accrue, qualité gustative, rendement, précocité...

 

Les plantes issues de semences de variété F1 sont homogènes et toutes identiques : taille, goût, couleur, comportement, résistances, conservation...

Par contre les qualités des semences hybrides sont perdues par leur descendance ce qui impose un rachat par le paysan de semences d’une année sur l’autre.

 

Sur le principe qu’ « on ne peut vendre à quiconque ce qu’il produit ou ce dont il dispose déjà à satiété » au début du XIXème siècle des gentilshommes-agriculteurs anglais imaginent, suite à leurs observations et à la mise au point de la technique de l’isolement, le système commercial de vente des semences aux agriculteurs en faisant perdre à ces derniers leurs compétences de sélectionneurs pour se l’approprier exclusivement. Au XXème siècle la technique de l’hybridation met au point cette approche de l’isolement au détriment de la l’approche de l’amélioration, instituant une technique de l’expropriation dans la mesure où les caractéristiques individuelles d’une génération à la suivante ne sont pas conservées (dépression consanguine). Il s’agit simplement d’une mystification scientifique sur laquelle le monde des semenciers s’est constitué au détriment des paysans, rendant l’achat des semences au fil du temps obligatoire. Cette démarche est très exactement la même que celle des semenciers actuels ! Elle est le prélude à l’arrivée des Organismes Génétiquement Modifiés !

Un OGM est défini par la règlementation européenne comme « un organisme dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ». La modification en question consiste en le transfert d’un ou de quelques gènes depuis un autre organisme (de la même espèce ou d’une autre espèce), ou l’inactivation de gènes.

En croisant des plantes, comme Mendel ses petits pois et Morgan ses mouches, l’homme transfère depuis longtemps des gènes d’un organisme à un autre. L’hybride F1 serait-il donc un OGM qui s’ignore ? Pas tout à fait, car, à la différence du F1, l’OGM a été obtenu non par reproduction, mais par modification ciblée de son génome grâce à une intervention humaine hors de toute mécanique de reproduction et de croisement. C’est donc essentiellement la méthode qui fait la différence, et non le but atteint.

Quelles sont les conséquences de cette différence de méthodes ? Dans le cas du croisement naturel faisant intervenir la reproduction, ce sont des milliers de gènes qui sont échangés de façon aléatoire. Il y a donc tout un travail de sélection au fil de génération.

Pour l’OGM, l’expérimentateur choisit le ou les quelques gènes à insérer dans le génome. Pour introduire un caractère dans une variété et répondre à des besoins et des environnements particuliers, il fallait donc une dizaine d’années ou plus au sélectionneur pour croiser et recroiser les différentes générations jusqu’à obtenir le résultat voulu, alors que quelques mois suffisent pour obtenir un OGM.

Autre conséquence biologique grave : l'OGM permet de s’affranchit de la barrière entre espèces. Le sélectionneur ordinaire ne peut marier que des variétés d’une même espèce, ou des espèces proches : un des critères qui définit l’espèce (mais qui est sans cesse remis en cause) est justement l’étanchéité du matériel génétique de chacune l’une envers l’autre. Mais pas le généticien qui fabrique un OGM ! La technique a su s’affranchir de la barrière interspécifique en trouvant le moyen de placer directement dans un génome un gène d’une autre espèce. Ceci a des conséquences graves car la mécanique biologique par reproduction comporte des principes d'équilibre, de rejet, de viabilité, autant de mécanismes que la fabrication d'OGM ignore complètement !

Les techniques sont également très différentes. Pour modifier génétiquement une plante, on n’agite plus une fleur sur une autre. Une méthode a été développée dans les années 60. On repère un caractère susceptible d’améliorer une variété de maïs, la résistance à un parasite par exemple (la pyrale, le plus connu, qui a la fâcheuse habitude de forer des galeries dans les tiges de maïs. Une larve de pyrale sur une tige altère le rendement de 5%. Vingt larves = zéro rendement !). Après avoir localisé le gène en question, on l’intègre dans le plasmide d’une bactérie. Le « plasmide » est un morceau d’ADN circulaire distinct de l’ADN du chromosome de la bactérie, et qui se multiplie de façon autonome.

Une fois l’ADN intégré dans le plasmide, on offre à la bactérie le milieu de culture qui assurera une multiplication optimale du gène étudié (ou bien le multipliera par une technique particulière, sans bactérie, la PCR). On récupère ensuite tous les plasmides, que l’on introduit dans une autre bactérie, qui a la propriété d’injecter de l’ADN de plasmide dans les cellules de plantes, et permet ainsi de produire des OGM. Mais ce n’est qu’en voyant pousser la plante que le sélectionneur-généticien saura si le gène a bien été intégré au sein du génome de son OGM et si, par d’autres mises en culture, le gène s’exprimera dans la descendance comme il l’a fait dans sa plante d’origine.

Car le problème posé par les OGM est le suivant : si rigoureuses que soient les techniques utilisées, le résultat est une affaire de probabilité ; nul ne sait dire de quelle façon le gène transféré s’intègre ni comment le site (toujours au hasard) de son intégration influe sur son expression... Il faut donc faire le bon choix parmi la collection d’OGM produits, ce que le sélectionneur, en principe, sait faire.

La technique s’étant améliorée, le paysan se retrouve encore plus éloigné de sa profession, n’ayant plus aucune ressource pour reproduire ses semences. La démarche commerciale n’ayant aucune limite (et une seule éthique : le productivisme) elle associe à une PGM (plante génétiquement modifiée) un ensemble de produits phytosanitaires issus de la même firme produisant la PGM.

Le paysan devient de plus en plus un simple technicien de surface agricole dont il ne maîtrise plus rien, c'est à dire « qu'il n'en connaît plus rien » non seulement sur sa compétence, mais également sur son existence, sa vie et la maîtrise qu'il en a. En d'autres termes : il perd son autonomie au sens où il perd sa capacité critique à l'égard de sa propre existence... nous retrouvons bien ici la problématique de la privatisation du savoir comme un élément indiscutable du fonctionnement du productivisme ; élément qu'il est fondamental de relier à ce qu'est, par définition, un brevet, et au fait que la prolétarisation en écologie politique n'est pas seulement une perte de compétence technique se traduisant par une perte de rapport de force politique, mais il s'agit surtout d'un phénomène de domestication des individus dans le but de les asservir psychologiquement.

Dans la suite de cette série de documents, il sera essentiellement question des PGM. La recherche sur les OGM d’une manière générale et l’utilisation d’OGM dans le secteur de la santé pour la reproduction de médicaments, ou bien le séquençage du génome humain et de la thérapie génique ne sont pas pris en compte et méritent d’autres développement qui sortent du champs investi ici.

 

5. La question de la faim

La question de la faim est l’argument majeur utilisé pour faire accepter les nécrotechnologies (biocides) rebaptisées par les entreprises internationales du secteur de l’agro busines « sciences de la vie ». A la date de juillet 2010, la planète compte 6.8 milliards d’humains et l'on peut estimer que ce chiffre atteindra les 9 milliards dans quarante ans (2050).

Cette annonce régulière sur l’expansion démographique interroge et suscite beaucoup de craintes que les agro-semenciers utilisent pour mettre en avant leur savoir faire auprès des instances internationales telles l’OMC, la FAO, l’OMS etc. Cette approche par le domaine de la faim a permis au dernier G8 en juin 2010 d’aborder la question en ces termes : « la santé des femmes ». Ce thème dissimule en réalité une réflexion sur la planification des naissances. Car il faut enrayer la croissance démographique. Certains lobbys ou leaders politiques sont déjà sur ce terrain en réclamant par exemple en France que les allocations familiales soient inversement proportionnelles au nombre d’enfants, récompensant les familles à enfant unique.

Décidément, les allocations familiales seraient la panacée à bien des problèmes dans notre pays. Il y a lieu à se poser la question des familles dans nos sociétés et ce que nos dirigeants veulent en faire !

Nous nous retrouvons dans une configuration à double détente où d’un côté les agro-semenciers tentent et obtient les feux verts pour diffuser leurs produits afin de participer à l’alimentation mondiale, et d’un autre côté les instances internationales profitent de l’occasion pour mettre en place discrètement une régulation des naissance.

Dans la réalité, l'expérience montre que l’alphabétisation et l’éducation des populations, et en particulier des femmes, sont une bien plus sûre manière de venir à bout d’une croissance démographique déraisonnable pour que la terre puisse s’en accommoder dans le niveau de vie que nous nous sommes fixés. Car pour battre en brèche certains apôtres « d'une forme de décroissance à tout craint » vantant un néo-malthusianisme, il y a mieux à penser en terme de bien-être, d'autonomie, d'abondance et de démocratie, car la faim naît de la pauvreté des gens du Sud, alors que la production mondiale est aujourd'hui suffisante pour satisfaire largement l’ensemble de la population au-delà de 10 milliards d’habitants sur la terre (il faut 200 kilos d'équivalent céréales par an pour nourrir un habitant, et la production mondiale totale est déjà de 330 kilos par habitant, les 130 excédents actuels allant vers les usines d’aliments pour bétail ou bien vers les bio-carburants).

Mais pour cette ligne de pensée productiviste, la pauvreté est à l’origine de la faim, et il faut donc augmenter les rendements et améliorer les variétés en particulier dans les pays pauvres. Sauf que l'écologie politique a pu montrer que l’amélioration variétale, telle que proposée par le modèle productiviste (sous forme capitalisme ou soviétique), nécessite toujours plus d'engrais de synthèse (d'où pollution, efforts industriels énormes, etc. ) et une protection phytosanitaire engendrant des coûts monétaires et environnementaux en pleine explosion avec une dépendance accrue envers la pétrochimie (industries, pression sur les ressources, etc. ) et les nécrotechnologies. On le comprend : le système productivisme, né du paradigme de l'ère industrielle, produit bien plus de dégâts collatéraux qu'ils ne résout de problèmes concrets. Ainsi, son poids sur les populations, les sociétés, les individus et le monde ne peut être que croissant. La leçon est simple : il ne peut pas être « moralisé », « réorienté » ou « mieux maitrisé » puisque c'est bien son fonctionnement intrinsèque et sa finalité éthique (l'économisme) qui est à revoir complètement.

Ainsi, le système actuels des bourses d’aliments et des subventions allouées va d’abord profiter aux productions mécanisées laissant sur le bord de la route les paysans du Sud et en particulier de l’Afrique où la production d’aliments de première nécessité n’est pas en progression. Les multinationales sont présentes pour inciter à la mono production exportatrice diminuant ainsi le nombre d’agriculteurs et faisant grossir les villes côtières créant plus de misère. Le même phénomène existe en Asie, et en Amérique du Sud.

Si on prend le cas de la France, par l’intermédiaire d’une redistribution foncière il y aurait création d’emplois si le monde agricole revenait à une production fermière rémunératrice et adaptée aux contraintes modernes. Les solutions sont donc ailleurs dans un autre modèle de production, et donc un autre modèle de société.

 

6. La production agricole

 

Changer de modèle implique d’observer les modèles déjà connus et de les divulguer, même si ils vont à l’encontre des agro-semenciers. Donc de changer le rapport au savoir, c'est à dire de refuser la privatisation pour aller vers le libre accès (qui permet, en agriculture, l'autonomie intellectuelle et technique du paysan).

 

L'énergie alimentaire que nous dépensons, vient du soleil, via le mécanisme de la photo-synthèse, avec l'aide du carbone de l'air.  Idéalement, il faudrait faire en sorte que pas un rayon de soleil ne retombe à terre. Il faut aussi que la plante soit correctement alimentée en eau et pas trop exposée au vent. Il faut donc des haies, des arbres d'ombrage pour créer un micro-climat qui permette de poursuivre le plus longtemps possible la photo-synthèse.

 

Ensuite, on se nourrit aussi de protéines végétales. Pour cela, il faut de l'azote que l'on trouve dans l'air ou dans les légumineuses (trèfle, luzerne, haricot, arachide, soja, acacia), qui sont capables de fixer ce gaz pour fabriquer des protéines végétales.

 

Enfin, on a aussi besoin d'éléments minéraux, dans le sol, qui sont moins renouvelables. Certaines plantes sont capables d'aller chercher ces minéraux en profondeur dans le sol, pour les recycler ensuite dans la couche arable en éléments fertilisants. L'acacia, par exemple, permet de créer un micro-climat très fertile.

 

De fait, il faut travailler en circuit court, sur la gestion des cycles de l'eau, du carbone, de l'azote et des éléments minéraux. Donc, en oubliant la monoculture, la « chimisation », les tracteurs, mais en travaillant sur l'association des variétés pour faire une agrobiologie renouvelable. Il est nécessaire de recréer des zones de haies, des associations variétales complémentaires, re-localiser la production, mais aussi les centres de décisions, voilà des orientations qui en plus de créer de nouveaux emplois, préserveraient la terre et modifieraient qualitativement notre alimentation en se soustrayant aux dictats des enquêtes d’opinions et des grandes surfaces de distribution.

L’objectif et la vocation de l’agriculture, c'est de faire de « bons produits », bons aussi pour la santé, en revenant aux principes fondamentaux de l'agronomie. Dans les urgences françaises, il faut reconstituer l'humus de nos sols, remettre de l'azote dans la terre par les légumineuses et rediversifier nos agricultures. Voilà un schéma qui va à l’encontre de l’agrochimie et des OGM.

Mais « bons produits » veut également dire des produits qui ont du goût, du caractère, c'est à dire des produits qui forment le goût, éduque les sensations et ainsi forment le psychisme des individus, car il n'y aura pas de société Républicaine sans individus aptes à remplir pleinement leur rôle de citoyen. Or, le citoyen est un être éduqué, sensible, nourri et enrichi par des goûts et des perceptions qui sont des élément essentiels dans son apprentissage de la vie. Il n'y a pas de citoyen pensable hors de l'apprentissage du savoir, mais aussi hors de l'expérience du sensible ; et l'alimentation, en tant qu'expérience vécue dès le plus jeune âge, est un élément indispensable dans la constitution d'un individu équilibré.

 

7. La santé face aux PGM (Produits Génétiquement Modifiés)

 

Les risques des PGM pour la santé (individuelle et/ou publique) peuvent se lister ainsi :

 

1. Risque toxique lié à l'ingestion des pesticides par le consommateur

Aucune étude indépendante n’a pu aller jusqu’au bout pour garantir l’innocuité des PGM sur la santé. Une grande étude sur les risques ou l’absence de risque serait très utile pour les consommateurs.

 

2. Risque lié à l’ingestion d’insecticide fabriqué par certaines plantes OGM (dit insecticide protéique, qui n’a  jamais été évalué)

Là aussi, aucune étude n’a été réalisée sur l’ingestion du principal trait de caractère que porte les PGM de grande production : un insecticide

 

3. Risque microbiologique avec une aggravation possible de la résistance aux antibiotiques (transférée par des gènes marqueurs)

Là le sujet a été si flagrant que la nécessité de supprimer les antibiotiques comme marqueur génétique de l’avantage inséré est nécessaire.

 

4. Apparition possible de nouveaux virus pathogènes par recombinaisons virales.

Des études sont nécessaires là aussi.

 

5. Effets allergisants des OGM, très sommairement étudiés.

Des cas ont été répertoriés lors de consommations publiques sur certains produits allergènes telle la tomate Flavr Savr qui a été retirée de la consommation (résistance à un antibiotique la kanamycine), mais on constate que dans les états où les OGM sont utilisés depuis longtemps (USA et Canada par exemple) la proportion d'individu souffrant d'allergies graves aux féculents est en forte augmentation.

 

6. Effets des OGM non prévisibles, ou « l’effet Pusztai » (risque de modification de l’expression habituelle des gènes).

Là, les effets ont été constatés

 

7. Risques des OGM liés au franchissement délibéré de la barrière des espèces

De nombreuses études existent et ont imposé des barrières de protection concernant la production en pleins champs de PGM.

 

 

8. La pollution due aux PGM / impacts sur l’environnement

 

Les risques de pollution et d’atteinte à l’environnement sont beaucoup plus connus que les questions liées à la santé, car le bon sens paysan permet de voir les choses. A cela, il faut ajouter que le poids financier de la séparation des filières (PGM et non PGM) incombe à la filière non PGM, car les risques de pollution d’un non PGM par un PGM est plus grand lors du transport des graines moissonnées.

 

Peuvent être répertoriés les éléments suivant en ce qui concerne les risques pour l’environnement :

 

1. réduction de la biodiversité due à l’agressivité des caractères compétitifs que les plantes OGM (dites PGM) expriment vis à vis de la flore et de la faune.

 

2. dispersion des transgènes par voies de pollinisation, avec risque de dissémination de gènes de résistance à des herbicides par exemple. Des « mauvaises herbes » résistantes aux herbicides totaux apparaîtront alors qui nécessiteront l’emploi de pesticides encore plus toxiques pour s’en débarrasser.

 

3. se pose aussi la question de la coexistence de différents systèmes agraires puisque des cultures n’utilisant pas d’OGM peuvent être polluées.

 

4. adaptation des prédateurs aux toxines transgéniques qui deviendront inefficaces et destruction d’insectes auxiliaires utiles.

 

5. modification possible de microorganismes du sol

 

6. accentuation de la pollution par les pesticides

 

Rappels : 71%  des OGM sont des plantes prévues pour supporter des traitements herbicides et 28% sont des plantes prévues pour sécréter leur propre insecticide : 99% des plantes OGM sont donc des « plantes à pesticides » ! En effet, les plantes OGM ont été présentées au public comme étant des plantes appelées à résoudre, outre la faim dans le monde, les problèmes de pollutions par les pesticides, en réduisant l’emploi de ceux-ci en agriculture.

Or, les firmes de l’agro-industrie ont vu, avec l’exploitation agricole industrielle des OGM, la possibilité d’augmenter la vente de certains pesticides par la commercialisation de plantes OGM résistantes à ces herbicides particuliers, comme le fameux « Round Up ».

Le principe est simple : quand des semences sont tolérantes à un herbicide, elles sont les seules à le supporter et le produit tuera donc toutes les autres « mauvaises herbes » du champ. Pour les firmes, le bénéfice est double car elles vendent à la fois leur semence OGM (plus chère que la semence classique) et leurs pesticides. La culture du soja transgénique résistant au Round Up aux Etats-Unis a conduit à une augmentation des ventes de cet herbicide de 72% depuis 1997.

 

9. L’économie des PGM (Produits Génétiquement Modifiés)

 

L’économie politique sur les PGM peut se résumer en utilisant un article de Jean-Pierre Berlan (paru dans « le Passant ordinaire » en 2001), article où peu de choses ont été modifiées pour l’actualiser :

 

Qui produit des PGM ?

 

Un petit nombre de firmes transnationales dominent maintenant les deux domaines jumeaux de la biologie appliquée, celui de l'agriculture (de la génétique agricole pour être précis) et celui de la santé. Ces firmes chimiques et pharmaceutiques cherchent à se reconvertir dans les « sciences de la vie » parce que les résistances sociales à l'emploi des produits chimiques dangereux pour les hommes, les animaux et la vie en général se multiplient, que les coûts de la recherche et de l'agrément de nouvelles molécules croissent, et que la rentabilité de ce secteur baisse. Elles veulent donc reconvertir leur capital dans le domaine qui offre, de leur point de vue, des profits illimités, celui du « vivant ». Pour paraphraser Descartes, elles veulent se rendre « comme maîtres et possesseurs du vivant ».

Ces firmes produisent des pesticides, des fongicides, des herbicides, des bactéricides, des gamétocides. Leur technologie emblématique est Terminator, une transgénèse qui permet de produire des plantes qui produisent un grain stérile.

Quelques noms de producteurs de PGM :

ADVANTA, ALTADIS, ARVATIS, AVENTIS, BASF, BAYER, BIOGEMMA, CFS, DOW AGROSCIENCES, DU PONT DE NEMOURS, GNIS, LIMAGRAIN, MAISADOUR, MERISTEM THERAPEUTICS, MONSANTO, PIONEER, SYNGENTA ...

 

Pour quels objectifs ?

 

Maximiser le taux de profit : c'est la règle suprême !

Comment ? En agriculture, plutôt que d'OGM, il s'agit pour l'instant de variétés génétiquement manipulées (VGM). Pour gagner de l'argent avec une VGM, il faut en vendre les « semences » à l'agriculteur, ce qui n'est possible que si l'agriculteur ne peut plus semer le grain qu'il a récolté. Plutôt qu'aux sciences de la vie, ces transnationales s'intéressent avant tout à la non-vie.

En bref, tant que les plantes et les animaux se reproduisent et se multiplient dans le champ du paysan, le capital ne peut ni se reproduire, ni encore moins se multiplier au bilan de l'investisseur des « sciences de la (non-)vie » Aussi invraisemblable que cela paraisse, l'objectif final de notre société et de SA science est d'interdire aux plantes et aux animaux de se reproduire dans le champ du paysan...

Les moyens pour arriver à un tel résultat sont multiples : au XXe siècle, les « hybrides » (des variétés qui ont la propriété de s'auto-détruire dans le champ du paysan) ont été la voie de recherche privilégiée, parfois exclusive, de la recherche agronomique (publique) et de la génétique agricole. Ceci au nom d'un phénomène inexplicable, « l'hétérosis », un mythe créé de toutes pièces dès 1914 pour justifier par la nature la mise en œuvre d'une technique de stérilisation du vivant. Mais de plus en plus les firmes prêtèrent aux « hybrides » coûteux et inefficaces le droit de brevet permettant de socialiser les coûts de faire respecter le privilège qui leur serait ainsi accordé. Elles disposent aussi de la technique Terminator qui permet de rendre stériles les semences de deuxième génération.

 

Avec quelles conséquences ?

 

D’un point de vue économique (en fait, du simple bon sens), toute entrave à la faculté fondamentale du vivant de se reproduire et de se multiplier est un gaspillage qui revient à nous forcer à fermer nos portes et fenêtres pour permettre aux marchands de chandelles de lutter contre la concurrence déloyale du soleil. Pour tout libéral, un tel privilège est un anathème.

Ce même libéral s’élèverait de façon véhémente contre la menace pour nos libertés publiques qu'entraîne un tel privilège. Le faire respecter implique une société policière, comme le montre l'exemple de Monsanto avec les détectives Pinkerton chargés de débusquer les agriculteurs « pirates » ou les détectives qui circulent déjà en France dans les vergers pour y faire des prélèvements à l'insu des agriculteurs.

 

Les transnationales veulent faire du paysan un « pirate » !
Le masque est levé, le « néo-libéralisme » actuel n'est qu'une forme vulgaire du libéralisme. Ainsi, le miracle orwellien du terme « néo » permet-il qu'une doctrine politique cohérente et respectable, même pour ceux qui ne la partagent pas, devienne le moyen de justifier son contraire.

Enfin, toute notre expérience historique dans ce domaine montre que :

la privatisation du vivant (« hybrides », le précédent de la « sélection continue » au XIXe siècle, et dans le domaine animal, les Livres des Origines instaurant un monopole sur le « sang » des animaux) freine le progrès génétique ;

l'existence de puissantes firmes privées entrave le développement de recherches plus utiles mais qui ne leur sont pas profitables. Même lorsque l'idéologie officielle est celle du service public de la recherche, ces firmes canalisent l'effort de recherche publique et en capturent les fruits. A fortiori, lorsque c'est celle de son asservissement comme maintenant. Les carences en matière de recherches agronomiques sur des formes d'agriculture respectueuses de l'environnement, de la santé des producteurs (combien d’intoxications mortelles ou invalidantes d’agriculteurs, de leur famille et d’ouvriers agricoles dues aux pesticides ? Le voile commence à se lever), et du public, vers lequel il convient de s’engager résolument pour éviter le désastre annoncé en matière d’environnement et de santé publique n'a pas d'autre cause.

Si nous suivons cette logique mercantile les transnationales sont en train de s’approprier le vivant, déjà elles se sont accaparé l’eau, demain elles taxeront l’air que nous respirons, après demain elles nous interdirons l’accès au soleil.

 

Selon quels moyens ?

 

Ils sont connus, classiques, mais bien perfectionnés depuis que Georges Orwell les a décrits en 1946. C'est la propagande en novlangue : les effets d'annonce, « percées » et autres « avancées significatives » dans la « maîtrise du vivant », les promesses d'un monde d’abondance, écologique, débarrassé des grandes endémies (en réalité sociales et politiques) que sont l'obésité, le cancer, les maladies mentales, l'alcoolisme, etc. Elles veulent nourrir la planète en protégeant l’environnement !2 Le rideau de fumée du meilleur des mondes dissimule la réalité totalitaire du monde plus profitable qu'il s'agit d'imposer. Les biologistes ne voient pas plus loin que les quelques crédits et quelques postes pour lesquels ils pourront concourir grâce au « partenariat » transnational maintenant obligatoire. Certains rêvent de quelque « percée significative » débouchant sur un brevet et qu’ils pourront déposer en leur nom et commercialiser grâce à la légalisation récente d’une forme inédite de corruption du service public. Dans ces conditions, ne vaut-il pas mieux être employé par l'Etat qui permet de privatiser une « percée significative » que par le privé qui la confisque pour ses actionnaires ?

 

Un exemple de novlangue : « le privilège de l'agriculteur », semer le grain récolté, l'acte fondateur de l'agriculture de nos civilisations. Les hautes autorités en discutent doctement. Où est le privilège ? Respirer ou jouir de la lumière du soleil sont-ils des privilèges ? Prenons garde, ils le deviendront un jour par un tour de passe-passe sémantique. L'histoire ne démontre-t-elle pas avec constance qu'aristocrates et investisseurs ont toujours préféré le privilège de récolter ce qu'ils n'ont pas semé au labeur du paysan de semer ce qu'il a récolté ? Que signifie cette inversion du langage si ce n'est que le vivant appartient aux investisseurs et que ceux qui l'utilisent sont irrémédiablement piégés ?

Observons que dans un pays comme les Etats-Unis, 50 % au moins de la population souffre de formes diverses de malnutrition, obésité surtout, maladies cardio-vasculaires, cancers, carences diverses. Partis après la guerre avec un handicap dans la course au « progrès », les pays européens mettent les bouchées doubles (si l'on peut dire), pour rattraper leur retard dans le domaine de l'obésité qui prend des proportions alarmantes chez les jeunes.

 

La cause principale de ces maladies est connue : l'agriculture industrielle et son prolongement, l'alimentation industrielle. A qui fera-t-on croire que ces problèmes seront résolus avec des OGM, qui marquent au contraire une fuite en avant dans la prise de contrôle de notre alimentation et de l'agriculture par ces quelques firmes ? A qui fera-t-on croire que les OGM, Terminator par exemple, contribueront à résoudre le problème de la faim et de la malnutrition dans le Tiers-Monde ? Amartya Kumar Sen économiste, prix Nobel d’économie en 1998, a démontré avec précision ce que nous savions intuitivement depuis longtemps : ce sont les démocraties, inséparables d'une plus grande égalité de revenus et donc d'une répartition pas trop inégalitaire des moyens de production (la terre en particulier), qui nourriront le Tiers-Monde, non les transnationales qui soutiennent depuis toujours les régimes les plus réactionnaires. Ajoutons que des progrès historiquement inouïs des rendements agricoles depuis la guerre reposent sur la libre circulation des connaissances et des ressources génétiques, en quelque sorte sur leur mondialisation. Les transnationales en veulent la cartellisation. Nouvel exemple de novlangue préparant une formidable régression dont on connaît, depuis le traité de Tortesillas (1494) partageant le monde entre l'Espagne et le Portugal, les funestes conséquences.

 

Ces transnationales venues de la chimie opèrent selon les principes de la persuasion clandestine consistant à manipuler les personnes qui ont la confiance du public, les hommes politiques, les scientifiques, les « régulateurs », de façon à ne pas apparaître en première ligne. Les argumentaires différents, mais grosso modo les vieilles ficelles du Progrès, de l'emploi, de l'écologie (le « Greenwash »3) continuent de servir. Cet argumentaire préparé par des firmes de relations publiques est alors relayé par les media, lesquels sont tenus d’ailleurs par les annonceurs - les mêmes transnationales4 Quant aux scientifiques, circonvenus par les contrats qu'ils sont incités à signer avec ces transnationales, ils se taisent. Ces dernières achètent au coût marginal (la puissance publique supportant le coût des investissements lourds et des salaires) les résultats d'années de recherche et d'accumulation de compétences, et surtout, ces résultats provenant d'une recherche publique possèdent une légitimité sociale et économique qu'ils n'auraient pas s'ils avaient été produits par les firmes. Par exemple, les « hybrides », ces variétés ayant la fantastique propriété de s’autodétruire dans le champ du paysan, soulèveraient beaucoup plus de résistances s'ils avaient été proposés par des entreprises privées. Le paysan aurait des soupçons. Mais comme la recherche « publique » (novlangue, toujours) les proposait au nom de l'intérêt général et qu'il s'agissait d'un nouveau triomphe de la Science...

 

Cette analyse des OGM agricoles vaut pour la santé, moyennant quelques modifications. La théorie génétique actuelle de la maladie avec ses prolongements de « médecine prédictive » ne vise pas autre chose que de faire de toute personne en bonne santé un malade potentiel et de prendre le contrôle de notre santé, comme ces firmes ont pris le contrôle du vivant en agriculture. Il est évidemment plus profitable de transformer des individus bien-portants en malades potentiels que des malades en personnes bien-portantes. C'est aussi plus aisé : chacun de nous est en effet porteur de dizaines de soi-disant « maladies génétiques ». Un tel projet exige que les coûts en soient socialisés et les profits privatisés : le projet génome humain et les différents projets de décryptage ne visent pas autre chose. Les « hybrides » et Terminator sont aussi le fruit de la recherche « publique ».

La maladie génétique nous vole de notre responsabilité individuelle et de notre responsabilité collective (c'est-à-dire politique) sur notre santé. Pour les « politiques », cette naturalisation et individualisation de la maladie sont un souci de moins. Puisque c'est génétique, confions les gènes aux transnationales. L'effondrement final de tout système de sécurité social est proche, ouvrant enfin la voie à un système privé dont le coût est, on le sait, inversement proportionnel aux performances (comparons Angleterre, France, Etats-Unis). Et continuons pour des raisons de profit, à multiplier les polluants, y compris les OGM, autour de nous. Tout ira ainsi pour le mieux, sinon dans le meilleur des mondes possibles, du moins dans le plus profitable.

 

.../...


Dominique Mourlane

 

 

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Published by Rue Goudouly - dans -*- OGM
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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 03:18
carte postale de L'Eveilleur Journal

CIL - Août 1997, Orange.

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et ses correspondances d'artistes en voyage...

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« Derrière les OGM, c’est un projet de mort qui s’impose »

http://goudouly.over-blog.com/article-derriere-les-ogm-c-est-un-projet-de-mort-qui-s-impose-47264601.html

Jean-Pierre Berlan


Sur Article XI


L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit - comme chaque année - aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et - de façon générale - le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on - enfin - expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot "transparence" a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère.

Secret ? Pas pour Jean-Pierre Berlan, ancien chercheur à l’INRA (aujourd’hui à la retraite). Il a réuni sur ces questions des textes passionnants, publiés en 2001 chez Agone sous le titre La guerre au vivant – OGM et mystifications scientifiques. C’est l’occasion d’une réflexion essentielle sur les biotechnologies, ces prétendues "sciences de la vie" qui porteraient selon lui bien mieux l’appellation de "nécrotechnologies".
Dans cet ouvrage, des chercheurs, scientifiques et "spécialistes" [2] reviennent ainsi minutieusement sur les OGM, traitant des risques de dissémination, des problèmes de santé, du manque d’"expertise" sur le sujet (puisque la plupart des études sont directement produites par les firmes qui en font commerce), de la question cruciale du brevetage du vivant, et du scandaleux pillage des ressources génétiques mondiales et de notre environnement par quelques firmes. Bref : de notre rapport d’apprentis sorciers à la vie sous toutes ses formes.
À travers un nécessaire retour sur l’histoire de la sélection variétale et l’industrialisation de l’agriculture à l’œuvre depuis deux siècles, Jean-Pierre Berlan montre au final l’importance cruciale (et le caractère éminemment dangereux) du projet de société qui transparait derrière l’application des principes marchands et de la logique industrielle au monde vivant.

Il a accepté de développer ici les raisons pour lesquelles les "clones pesticides brevetés" (les OGM) sont inacceptables, et en quoi ils ne sont en fait que la partie émergée d’un projet de société mortifère. L’entretien étant aussi long que passionnant, tu as droit à un premier jet aujourd’hui, à digérer avant de lire la deuxième partie qui sera publiée mercredi.

-

Qu’est-ce qu’un OGM ?

La première chose à dire est qu’il ne faut surtout pas utiliser le terme "OGM" ou "Organisme génétiquement modifié". Pour une bonne raison : ce terme a été inventé par Monsanto, à l’époque des premières manipulations génétiques. En 1973, en Californie, deux chercheurs, Cohen et Boyer, ont créé la première « chimère fonctionnelle » [3]. Puis le premier brevet a été déposé en 1980 [4].
À ce moment-là, on pensait pouvoir industrialiser la vie, en faire à peu près ce qu’on voulait. Pour un biologiste de cette époque, la vie n’était qu’un vaste meccano dans lequel il suffisait de transférer des gènes d’une espèce à l’autre pour avoir la fonction correspondante. A l’époque, donc, les chercheurs pensaient détenir avec les « chimères fonctionnelles » l’explication ultime de la vie : séquencer tous les génomes du monde allait permettre de comprendre ce que c’est qu’être vivant. Et partant, comprendre aussi ce que c’est qu’être humain : j’en veux pour preuve le fait qu’un type comme Walter Gilbert, prix Nobel de physiologie et de médecine, ait pu déclarer que le jour où on aurait séquencé le génome des humains, on saurait enfin ce que c’est qu’ « être humain ». C’est dire les illusions dans lesquelles on se berçait, et la propagande qui régnait à cette époque…

Le terme « chimère » vient de là, de cette véritable explosion autour d’un vivant qu’on croyait pouvoir maitriser et industrialiser à volonté. Sauf que parler de « chimère génétique » n’était guère appétant pour les entreprises qui se lançaient dans l’aventure, comme Monsanto. Leurs services de relations publiques - c’est-à-dire de désinformation - ont donc décidé, en accord avec les scientifiques eux-mêmes, qu’il valait mieux utiliser un terme beaucoup plus neutre et permettant de tenir un discours mensonger. C’est à cette période qu’on a commencé à parler d’ "organismes génétiquement modifiés".
À partir de là, tout se suit, puisque le discours retrouve une certaine (fausse) cohérence. Parce que l’humanité a toujours « modifié » la nature. Depuis dix mille ans et la révolution néolithique, depuis qu’on a inventé l’agriculture, la domestication des plantes et des animaux, on a toujours modifié génétiquement le vivant. Mais on oublie de dire qu’il a fallu attendre 1973 pour que la première « trans »-genèse ait lieu, et que cela représente une différence essentielle, spectaculaire, une véritable révolution.
Cette révolution pourrait faire peur à beaucoup de gens ; il faut donc la taire, imposer sur elle une espèce de black-out, afin que les populations ne se rendent compte de rien. D’où un discours mensonger, du genre : « Avec les Organismes génétiquement modifiés, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, ce n’est que la continuation de ce qu’on a toujours fait. En plus on le fait avec des méthodes beaucoup plus scientifiques, beaucoup plus fiables, on sait exactement ce qu’on fait... ». Ça fonctionne même avec certains de mes collègues. Particulièrement abrutis, ceux-ci pratiquent une désinformation totale, avec des discours du type : « La nature manipule plusieurs dizaines de milliers de gènes chaque fois qu’elle fait un croisement, alors que nous nous n’en manipulons que quatre ou cinq, une dizaine à tout casser. Nous sommes donc beaucoup plus précis, nous faisons les choses de façon beaucoup plus intelligente que cette nature odieuse. » C’est un discours de pure propagande, avec une apparence logique au départ mais qui ne correspond absolument pas à la réalité des faits.
En réalité, donc, les gens qui réalisent ces manipulations génétiques ne savent tout simplement pas ce qu’ils font. Et le terme d’"organisme génétiquement modifié" ne veut rien dire, il n’est destiné qu’à endormir la vigilance du public.

 [5]

Dans ce cas, quel terme faudrait-il utiliser ?

C’est un terme qui - curieusement – ne fait aucune référence à un phénomène biologique, que ce soit la transgenèse ou la manipulation génétique. Il s’agit du terme de « clone pesticide breveté ». Cela permet de rappeler que, depuis deux siècles, les sélectionneurs s’efforcent de remplacer les variétés, les caractères de ce qui est varié et la diversité par l’uniformité.

Au 19e siècle, on parlait de "races" de blé. "Race", parce que ces plantes avaient un certain nombre de caractères en commun, particulièrement visibles et éclatants : la couleur, le port, l’allure générale… C’était absurde : quand vous observez de près une prétendue "race", vous vous apercevez que le terme n’a aucun sens, que tous les individus sont différents et qu’il y a une énorme diversité à l’intérieur de cette "race" ou de cette "variété". Le terme « variété » signifiant, bien sûr, diversité, pour faire référence au processus de sélection leur permettant de survivre dans la nature, d’évoluer et de se perpétuer…
À l’heure actuelle - c’est très frappant - on cultive des variétés dans un sens très particulier : une variété moderne de blé, d’orge, d’avoine, de tomate ou de tout ce que vous pouvez imaginer sont des plantes copiées sur un modèle ayant fait l’objet d’un dépôt auprès d’instances officielles. Vous avez le "créateur" de variété qui dépose son obtention auprès d’un organisme officiel. Puis cette dernière doit être produite, donc copiée et multipliée à un nombre d’exemplaires suffisant pour pouvoir être vendue comme semence. Quand on parle de "copies", évidemment, c’est le terme "clone" qui vient à l’esprit. Et c’est bel et bien ça : les variétés modernes, ce qu’on appelle "variété" au sens moderne du terme, ce que cultive un agriculteur "moderne" aujourd’hui sous nos latitudes, ce sont des variétés au sens de "clone", c’est-à-dire très exactement le contraire d’une variété.
Il y a vraiment une mystification complète dans le langage utilisé pour décrire ces plantes. Nous sommes dans une société de communication, c’est à dire dans une société de mensonge organisé, dans laquelle les mots sont imposés par les dominants pour nous rouler dans la farine. User de ces termes nous empêche de penser la réalité : si vous utilisez le mot variété pour désigner des clones, comment voulez-vous réussir à penser correctement ? Les mots n’ont plus de sens, et vous ne savez plus à quoi vous avez affaire. Il est alors bien plus difficile de s’opposer à quoi que ce soit.

Ça fait donc deux siècles que nous sommes dans cette logique de clonage. A cet égard, la fameuse histoire de Dolly, le premier clone de mammifère, n’est que l’extension au monde animal de ce que l’on tente de faire – avec succès, d’ailleurs – pour les plantes depuis deux siècles. Il y a une logique, une véritable continuité dans le système industriel qui pousse, depuis les débuts de la sélection, vers cette recherche de clones, de l’uniformité, de la standardisation, de la normalisation.

« Nous sommes dans une société de communication, c’est à dire dans une société de mensonge organisé, dans laquelle les mots sont imposés par les dominants pour nous rouler dans la farine. »

Tout ceci est dans la logique de la révolution industrielle britannique : c’est en Angleterre qu’ont été mises pour la première fois en œuvre ces techniques aboutissant au clonage. Elles ont ensuite été codifiées : le raisonnement complet a été formalisé en 1936 par John Le Couteur, l’un de ces "agronomes" ricardiens, gentilshommes agriculteurs britanniques qui sont en fait des capitalistes investissant dans l’agriculture pour faire des profits. C’est-à-dire pour tirer profit de leur investissement en agriculture. Pour faire simple : ils se fichent pas mal de produire du blé ou autre chose. Pour eux, ce qui importe est d’appliquer les principes industriels au monde vivant.
Il s’agit d’un basculement : la logique industrielle n’est évidemment pas limitée qu’à l’industrie mais, pour la première fois, on la met en pratique et on la systématise réellement en ce qui concerne le vivant. C’est une nouvelle vision du monde qui s’impose, et ce même au sein de l’agriculture. C’est d’ailleurs aussi l’agriculture qui permet cette révolution industrielle, entre autres grâce aux profits et surplus qu’on peut tirer de la production agricole.
Ça fait donc deux siècles qu’on est dans une logique d’extension de l’uniformité, de standardisation et de normalisation du monde agricole. Et même si ces gens-là n’ont pas conscience de ce qu’ils réalisent, cela correspond tout simplement à l’application au monde vivant, à l’agriculture en l’occurrence, des principes industriels qui sont en train de bouleverser le paysage social, économique et politique en Angleterre.

Cette logique de clonage amène donc forcément à celle du brevetage du vivant ?

Ça y conduit nécessairement. On touche là au deuxième défaut de poids que rencontre le système économique dans lequel nous vivons : les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. Or, la gratuité est une horreur absolue, un véritable affront vis-à-vis de la logique économique. C’est la dernière chose que les industriels et les semenciers tolèrent. Il s’agit donc de lutter contre cette injustice de la nature. Comment ? Alors que dans le monde vivant, il n’est pas possible de produire sans en même temps reproduire, eux veulent séparer la production de la reproduction. C’est un projet mortifère, de fou furieux qui est en train d’être mis en place. Un projet de mort.

La plus belle preuve du caractère mortifère de ce projet consiste en l’invention d’une technique, qui est le plus grand triomphe de la biologie appliquée à l’agriculture depuis deux siècles. Il s’agit de Terminator, une technique de transgenèse permettant de fabriquer des semences qui, une fois devenues plantes, sont programmées pour tuer leur descendance. De fait, l’agriculteur récolte un grain stérile. Pour certains, c’est un rêve vieux de deux siècles qui se réalise. Ils ne le diront évidemment pas : un semencier ne va pas se présenter devant sa clientèle (les agriculteurs) en expliquant que la reproduction des êtres vivants est un grand malheur et qu’il faudrait stériliser les plantes ou les animaux pour faire augmenter leurs profits. Il ne va pas dire ça, il ne peut pas annoncer son projet mortifère. Il va donc plutôt raconter des bobards. Il y a dès lors une lutte contre « les enclosures du monde vivant ». Avec une volonté de nous exproprier, de nous ôter cette faculté merveilleuse de la vie, à savoir la capacité de se reproduire et se multiplier. Avec en arrière-fond le projet d’en faire un bien privé, qui est un projet aussi ancien que la sélection commerciale. Pour les animaux, c’est très facile à faire, et ça a été réalisé, toujours en Angleterre, à la même période. Au fur et à mesure qu’on cherchait à fixer des "races", à force de sélection de certains caractères au détriment d’autres, on a rendu les bêtes de plus en plus faibles, stupides, voire complètement débiles. Une vraie dégénérescence. C’est pareil au niveau des plantes.

« Les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. Or, la gratuité est une horreur absolue, un véritable affront vis-à-vis de la logique économique. »

Revenons-en aux brevets. Une variété est toujours "hétérogène instable" (selon les termes utilisés dans le langage semencier), ce qui veut tout simplement dire qu’elle varie. C’est logique : elle est vivante, elle varie… Mais c’est aussi gênant : vous ne pouvez pas imposer votre droit de propriété dessus puisque, d’une année sur l’autre, elle évolue. Vous ne pouvez donc pas définir ce qui est à vous. Tandis que le clone, lui, est "homogène" et "stable", vous pouvez le reproduire à l’identique moyennant un certain nombre de précautions et de procédures, d’une génération à l’autre. Il s’agit d’une sorte de mort-vivant. Et vous pouvez donc y associer un droit de propriété : il suffit d’observer le mort-vivant X, de voir en quoi il diffère du mort-vivant Y, et vous pouvez poser un droit de propriété dessus, puisqu’il est homogène et stable [6].

L’idée de base sur laquelle repose cette logique de clonage est imparable : si je peux remplacer ma variété, le caractère de ce qui est varié (la diversité), par une plante que je vais cloner et que je vais pouvoir reproduire à volonté, qui est supérieure à la moyenne de la variété, j’aurais un progrès. C’est une tautologie. Théoriquement il y a toujours un gain à remplacer une variété de n’importe quoi par le meilleur n’importe quoi extrait de la variété.

Mais est-ce que c’est réellement un progrès ?

On peut y opposer certaines réserves de taille, bien entendu : depuis une trentaine d’années (et la conférence de Rio), on sait que ce qui est logiquement imparable peut être biologiquement erroné. Il y a toute une redécouverte, qui est en train de se faire, sur la valeur en soi de la diversité. On peut prendre l’exemple d’un travail qui a été fait aux États-Unis il y a quelques années sur des systèmes de prairie, avec une, 5, 15, et jusqu’à 50 espèces différentes. Le résultat expérimental de cette étude montre que plus le nombre d’espèces que vous allez trouver dans ces systèmes de prairies est important, plus la production de biomasse est importante. Donc, en soi, la diversité est productive. De mémoire, la biomasse produite par un système à 16 espèces est supérieure de 42 % à la biomasse produite par l’espèce la plus productive en monoculture. C’est énorme !

Au fond, je suis persuadé que c’est une nouvelle révolution agricole qui se profile. D’une certaine manière, cette phase de l’agriculture industrielle - qui a donc commencé il y a deux siècles et s’est vraiment mise en place en Europe dans les années 30, et à la fin des années 50 en France - ne sera qu’une parenthèse dans l’histoire de l’humanité. Enfin… si l’humanité continue. Parce qu’il y a une contradiction absolue entre ces deux logiques, celle de l’industrie, qui est celle de la normalisation, de l’uniformisation et de la standardisation, et la logique de la vie, qui est celle de la diversité. Entre les deux, nous ne pouvons pas pour l’instant savoir laquelle va gagner.
Le problème du choix, à l’heure actuelle, se pose en ces termes-là : d’un côté, il y a le système industriel appliqué au monde vivant, c’est la mort ; de l’autre côté, la diversité, la vie. Du coup, on voit bien que les larmes de crocodiles des biologistes (dont mes chers collègues de l’INRA) sur «  la biodiversité qui fout le camp » ne sont rien d’autre que du vent. Bien sûr que la biodiversité fout le camp, vous cultivez des clones ! Vous êtes en monoculture monoclonale ! On ne peut guère faire pire d’un point de vue écologique, et donc du point de vue de la diversité.

Et en quoi sont-ils « pesticides », ces clones brevetés ?

Le terme "pesticides" est - en passant - utilisé par le président de la République, qui a parlé lors du Grenelle de l’environnement de "plantes pesticides". Il faisait simplement allusion au fait que quasiment toutes les plantes et semences transgéniques commercialisées dans le monde sont des semences et des plantes dites "a-pesticides" : soit elles produisent un insecticide, et toutes les cellules de la plante en produisent, soit ce sont des plantes qui absorbent un pesticide sans en mourir [7].

Historiquement, ces produits chimiques, aujourd’hui utilisés à doses massives dans le monde agricole (engrais ou pesticides), sont des substances militaires. Leur origine remonte directement à la Première Guerre mondiale et aux gaz de combats. C’est un certain Fritz Haber qui fut à l’origine de l’invention de la méthode de synthèse de l’ammoniac, élaborée en 1908 et adoptée dès 1909 par BASF. C’est grâce à cette production massive d’azote que la Première Guerre mondiale est devenue la première guerre industrielle. Fritz Haber a été un grand promoteur des gaz de combat réalisés grâce à son procédé, alors même que l’état-major allemand ne voulait pas en entendre parler. Pour une raison simple : l’état-major allemand savait qu’utiliser ces gaz entraînerait une même réaction de la France et de l’Angleterre (qui étaient à un niveau technique et scientifique à peu près égal à celui de l’Allemagne).
Haber a finalement obtenu que l’état-major allemand utilise ces gaz (à Ypres pour la première fois, d’où le terme "ypérite"). Quelques jours après (et sans même assister aux obsèques de sa femme, elle-même chimiste, qui s’était suicidée parce qu’elle supportait mal que la science se mette au service de la mort à grande échelle), il est parti sur le front russe pour superviser à nouveau l’utilisation des gaz de combat. Avec plus de réussite, puisque les Russes étaient à un niveau technique bien inférieur.
En 1918, Haber a eu peur d’être condamné pour crime de guerre, et il s’est réfugié en Suisse. Mais son inquiétude a été de courte durée : il a reçu la même année le Prix Nobel de chimie pour son invention de la synthèse de l’ammoniac, qui allait permettre de produire des engrais en quantités massives [8]. On n’avait pas produit un gramme d’ammoniac pour l’agriculture pendant cette période-là, évidemment… Ça servait plutôt pour produire des explosifs, mais la capacité de déni de la réalité, de la part des scientifiques, est quelque chose d’hallucinant.

De façon plus large, l’origine de toute l’agriculture moderne se trouve vraiment dans la Première Guerre mondiale : les chars de combat ont été reconvertis en tracteurs à chenille, les gaz de combat en engrais azotés, et des bases ont été posées, qui permettront la mise au point, plus tard, des pesticides… Toute la "révolution verte" a en fait une origine militaire. Jusqu’à l’approche du système agricole moderne, qui montre bien qu’« on fait la guerre ». Ainsi de ces célèbres photos de tracteurs ou de moissonneuses-batteuses, alignés comme à la parade, en Russie soviétique comme aux États-Unis : il y en a dix de front, c’est vraiment la charge de chars de combat, la lutte et l’acharnement contre la nature.

Mais les agriculteurs voyaient ça comme un progrès…

Tout à fait. Lorsque le DDT, les premiers pesticides et insecticides sont apparus à la fin des années 50, ça a été une véritable révolution pour les agriculteurs. On peut le comprendre. Pour des gens qui, pendant la guerre, faisaient la chasse aux doryphores un à un dans les champs de pomme de terre, se contenter du petit épandage d’un produit quelconque pour les tuer tous était absolument extraordinaire. Ça semblait si miraculeux que, sur le moment, personne n’a réfléchi aux conséquences de l’utilisation des pesticides. Personne n’a pensé que leur usage aurait des effets pervers. Mais si au début les insectes meurent tous, des résistances apparaissent immanquablement après un certain temps ; il faut alors utiliser davantage d’insecticide, passer à des doses plus élevées ; enfin il n’y a plus d’autre solution que de changer de drogue.

D’ailleurs, il faut comparer les pesticides à des drogues dures : il y a l’effet d’accoutumance et de dépendance. L’agriculture actuelle y est devenue accro, mais aussi l’agronomie et les agronomes - eux n’ont d’ailleurs rien eu à faire : c’est l’industrie qui s’est imposée, ils ont juste adapté les systèmes de production aux nouveaux moyens techniques. De fait, l’industrie, et en particulier l’industrie chimique, prend une place de plus en plus centrale dans le processus de production. Et les agriculteurs sont devenus complètement dépendants de ces produits, dans une logique de fuite en avant. Peu importe qu’on sache, depuis les années 60, que ces produits peuvent être dangereux… Depuis que Rachel Carson a écrit le premier livre dénonçant les effets nocifs des pesticides [9], les preuves se sont accumulées d’une façon incroyable. À tel point que l’industrie des pesticides cherche maintenant d’autres formes de pesticides : c’est ainsi qu’elle a inventé les fameux "organismes génétiquement modifiés". Les OGM, ce sont des plantes pesticides.

Il y a donc une forme de continuité ?

Bien sûr. Ces clones pesticides ne marquent pas du tout une rupture, sinon technique. La logique reste la même, celle de cette industrialisation du vivant menée tambour battant depuis deux siècles. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les firmes produisant les pesticides ont aussi pris le contrôle de l’industrie des semences - donc de la vie. Elles se prétendent "industrielles des sciences de la vie", pour tromper tout le monde ; mais en réalité elles ne produisent que des produits en -cide (fongicides, insecticides, herbicides…), soit des produits qui tuent. Ce sont donc, en fait, des industries des sciences de la mort. Et elles poursuivent ainsi leur projet mortifère par d’autres moyens, qu’on appelle couramment les OGM.

« Ces clones pesticides ne marquent pas du tout une rupture, sinon technique. La logique reste la même, celle de cette industrialisation du vivant menée tambour battant depuis deux siècles. »

Ce qui est intéressant avec les pesticides soi-disant OGM, c’est qu’il s’agit en fait de changer le statut des pesticides. Presque toutes les plantes transgéniques vendues dans le monde sont a-pesticides : soit elles en absorbent un sans en crever (c’est le cas des plantes dites Round Up ready, mais ça peut aussi l’être avec d’autres herbicides), soit elles produisent elles-mêmes un insecticide.
Dans ce deuxième cas, chaque cellule de la plante produit un insecticide, donc il passe évidemment dans la chaine alimentaire. Les fabricants prétendent que « la toxine insecticide n’a aucun effet », mais ils n’en savent rien, ils n’ont même pas été regarder ce qui se passait dans le tube digestif des ruminants. Encore moins dans notre tube digestif à nous… Il faut savoir que nous avons à peu près dix fois plus de bactéries que de cellules dans notre corps. Celles-ci sont symbiotiques avec nous, même si on les connaît très mal ; et ces gens des sciences de la mort qui vous disent qu’il n’y a aucun effet… C’est de la folie.
Revenons au premier type de plante, celles qui sont tolérantes à un herbicide. Comment ça fonctionne ? L’herbicide agit normalement en rentrant à l’intérieur de la plante, entre autres grâce à des adjuvants favorisant la pénétration de ce dernier. Les plantes rendues tolérantes à un herbicide neutralisent l’action de l’herbicide, mais elles ne le détruisent pas. C’est le cas de la plupart des plantes Round Up ready : il y a une neutralisation de l’herbicide, mais l’herbicide n’est pas détruit, ni même décomposé. Là-aussi, il rentre donc dans la chaine alimentaire.

Dans ces deux cas, vous voyez bien que le projet est complètement fou, puisqu’il s’agit de changer le statut des pesticides. Au lieu d’être des produits dangereux qu’il faut éliminer - autant que faire se peut – de la chaine alimentaire, on veut en faire des constituants de cette dernière. Nous rendre au final tolérants, nous aussi, aux pesticides. Voilà un enjeu qui est absolument colossal, pour les fabricants de pesticides. S’ils peuvent faire des pesticides des constituants de la chaine alimentaire, ils domineront toute la chaine alimentaire.

Mais c’est quoi, exactement, le Round Up ?

La molécule active du Round Up, la molécule herbicide, s’appelle le glyphosate. C’est une molécule qui a été "créée" par des chimistes suisses à la fin des années 40 ; Monsanto en a étudié les propriétés herbicides, et l’a brevetée à la fin des années 70. Monsanto est donc propriétaire du glyphosate breveté en tant qu’herbicide. C’est une molécule assez merveilleuse, puisqu’il s’agit d’un "herbicide total". Qui tue tout, réellement. C’est formidable pour la SNCF, pour les parcs et jardins, pour les bords de route, etc…
Le glyphosate a longtemps été considéré comme inoffensif, grâce à la propagande de Monsanto, qui protégeait la meilleure de ses vaches-à-profit. Mais quand certaines préoccupations écologiques ont commencé à émerger, les gens de Monsanto ont pensé que ce serait génial de pouvoir le transformer en "herbicide spécifique". C’est-à-dire de réaliser une manipulation génétique sur une plante pour la rendre tolérante à cet herbicide total. L’herbicide total deviendrait ainsi un herbicide spécifique : tout crèverait sauf cette plante, rendue tolérante à cet herbicide. A partir du moment où des plants de maïs, d’orge, de blé, d’avoine, de tout ce que vous pouvez imaginer, même des forêts entières, seront tolérants au glyphosate, celui-ci pourra être utilisé sur l’ensemble de la planète. Le but de Monsanto est là : maximiser l’utilisation de glyphosate. Et leur stratégie a plutôt bien réussi, même si elle se heurte à des résistances et à l’inquiétude d’une partie du public.

« Le but de Monsanto est là : maximiser l’utilisation de glyphosate. »

Le deuxième coup de génie de Monsanto a été de lier complètement l’achat de semences tolérantes au glyphosate à son propre herbicide breveté. Donc d’obliger les agriculteurs à n’acheter que l’herbicide de marque Monsanto. D’une certaine manière, c’est un moyen de prolonger la durée de vie du brevet, qui était d’environ 20 ans. A partir de 2000, en sortant ces plantes tolérantes à l’herbicide Round Up et puisque l’agriculteur est forcé d’acheter les deux en même temps, Monsanto fait coup double et peut continuer à vendre son herbicide au prix de marque, au lieu de le vendre au prix du générique.
Il s’agit donc de prolonger éternellement la durée de vie du brevet sur le glyphosate et d’arroser l’ensemble de la planète avec cette molécule. Les enjeux sont évidemment considérables : si Monsanto réussit, c’est la planète entière qui sera arrosée de Round Up, et l’entreprise qui fera des profits immenses. La firme est donc prête à tout pour que réussisse ce projet.

C’est une surenchère permanente…

Nous savons bien que ce sont des techniques parfaitement inutiles, que le système pesticide est profondément addictif. Il n’a d’avantages que pour les fabricants, qui créent ainsi leur propre marché. À partir du moment où vous mettez le doigt dans l’engrenage pesticide, vous ne pouvez pas éviter de suivre, puisqu’un pesticide sera un jour dépassé par les résistances qu’il aura suscitées, il en faudra un autre, et puis après un troisième. C’est ainsi qu’on est passés des organochlorés aux organosphosphorés, aux pyréthrinoïdes, aux nicotinoïdes…
C’est en effet une forme de surenchère complètement folle, avec - par exemple - les nicotinoïdes, qui sont maintenant utilisés à des doses de un ou deux grammes par hectare : ils sont d’une telle puissance qu’ils ne s’utilisent que par très petites doses et deviennent quasiment indétectables. Résultat ? Le tonnage d’utilisation des pesticides diminue, évidemment… Ces nouveaux produits vont pourtant empoisonner la planète encore plus sûrement que les anciens. C’est une fuite en avant permanente, qui crée et élargit son propre marché de façon constante. C’est la situation du drogué : on peut dire qu’on est dans une agriculture de drogué. Aux drogues dures.

Avec quelques firmes pour uniques dealers ?

Exactement ! Elles prétendent que l’humanité a toujours fait des transformations génétiques, depuis le début de la domestication des plantes et des animaux. Mais elles oublient de préciser qu’à cette époque, presque toute l’humanité était concernée, et que c’était une humanité de paysans, d’agriculteurs et d’éleveurs. Tandis que l’humanité voulant poursuivre la transformation entamée il y a 10 000 ans se réduit à une douzaine de firmes produisant des pesticides. Et c’est tout. C’est quand même une curieuse humanité… Celle-ci parvient pourtant à imposer ses suggestions, lesquelles sont reprises par la Commission européenne, et retranscrites quasi automatiquement dans le droit français. On est en train de confier la planète et son avenir biologique aux industriels des sciences de la mort, tout simplement. On marche vraiment sur la tête, c’est à se demander si les hommes politiques ont deux sous de jugeote.

Pourquoi les agriculteurs acceptent-ils de rentrer dans ce système ?

Parce que les 50 ou 60 000 fermes vraiment importantes et influentes en France sur le plan économique sont complètement entre les mains de ces entreprises. Tout simplement. C’est un simple prolongement du système industriel.
Une mise au point, d’abord. Il faut arrêter de parler d’agriculteurs : aujourd’hui, ça n’existe plus. Il y a deux générations, le paysan était un homme qui élevait ses chevaux de trait et les nourrissait avec l’avoine qu’il produisait dans son champ. Il produisait ses fourrages, réutilisait le fumier de ses animaux dans ses champs, semait le grain récolté et se nourrissait vraiment à partir des produits de sa ferme. Il vendait les excédents à l’extérieur, ce qui lui permettait d’acheter les quelques biens - industriels ou pas - qui lui étaient nécessaires, comme du sucre, du café, du tabac… C’était un homme qui avait un peu d’épargne, qu’il ne confiait d’ailleurs même pas au Crédit Agricole mais gardait sous son matelas. Bref, un individu autonome et indépendant.
À l’inverse, le technoserf actuel achète ses "chevaux de trait" à John Deere, "l’avoine" pour les nourrir à Total ou à BP, l’engrais à la Grande Paroisse (et on voit ce que ça donne, parfois ; comme à Toulouse… [10]), les semences et les pesticides à Monsanto, etc. Et il fait tout ça grâce à un prêt permanent auprès du Crédit Agricole, accordé parce qu’il vend à des chaines de grande distribution. Un tel individu n’a plus la moindre parcelle d’autonomie, il est complètement soumis au système de marché et a perdu toute forme d’indépendance.

« Il faut arrêter de parler d’agriculteurs : aujourd’hui, ça n’existe plus. […] Un tel individu n’a plus la moindre parcelle d’autonomie, il est complètement soumis au système de marché et a perdu toute forme d’indépendance. »

Ils sont finalement tellement dépendants qu’ils sont prêts, alors que le système pesticide montre bien qu’il est au bout du rouleau, à accueillir n’importe quelle prétendue innovation du secteur industriel par des cris de soulagement. Ils sont tellement engagés là-dedans… Et même s’ils se sont empoisonnés eux-mêmes avec des pesticides, ils veulent continuer à essayer d’y croire. On leur a toujours promis qu’il n’y avait pas de danger ni d’effet négatif, que le prochain pesticide serait bien meilleur. On ne leur dit pas qu’il faut 30 ans pour s’apercevoir qu’un pesticide a des effets particulièrement dangereux et nocifs, et eux sont tellement au bout du rouleau, sous pression, bouffés par cette constante fuite en avant, qu’ils sont prêts à croire et à prendre n’importe quoi… Ces braves gens sont pieds et poings liés ; du coup ils attendent comme le Messie que l’industrie leur offre un nouveau boulet magique qui va les sortir d’affaire.

En dehors de ces "technoserfs", il y a quand même des agriculteurs relativement autonomes, qui cultivent en respectant leur environnement…

Heureusement qu’il y en a encore ! J’aime par exemple beaucoup ce que font les biodynamistes, parce qu’ils ont vraiment compris qu’on ne cultive pas des plantes ni des animaux, mais qu’on cultive la terre, un sol, qu’il faut absolument associer le végétal et l’animal - les insectes également - et, globalement, qu’il faut donner à chacun sa part dans la nature. Ils ont saisi que le but de l’agriculture est d’abord d’avoir des sols en bon état, en bonne santé. A partir du moment où vous avez des sols en bonne santé, tout le reste suit.

Il y a en plus une dimension sociale chez les biodynamistes : il n’est pas non plus question de rentrer dans un système d’exploitation de la main d’œuvre. A l’inverse de l’agriculture biologique qui est en train de se dessiner, soit une agriculture biologique industrielle, avec des exploitations de 5 000 hectares, avec des agronomes et autres spécialistes d’entomologie chargés - par exemple - d’étudier la meilleure manière de placer des pesticides naturels dans un champ. C’est un système dont les biodynamistes ne veulent pas, et je pense qu’une bonne partie des gens qui sont en bio ont compris aussi que ce n’est pas ce vers quoi il fallait aller.

Il y a donc bien des agriculteurs du genre que vous évoquez. De plus en plus je pense, même. C’est normal : ils sont les premières victimes des pesticides - en particulier en viticulture, mais également en arboriculture - et c’est logique que certains se posent des questions sur ce système qui les tue à petit feu. Ils se rendent aussi compte du silence fait autour de cette question : il n’y a pas d’étude épidémiologique sur le sujet, ou alors les résultats sont tus. Les arboriculteurs qui ont épandu des pesticides en masse, pendant trente ans, ont pourtant payé un très lourd tribut aux pesticides, avec des maladies de Parkinson en veux-tu en voilà.
La situation est encore pire dans les exploitations de grandes dimensions, qui font venir des Marocains, des Espagnols, bref des travailleurs de l’étranger servant de main d’œuvre à bas coût. Pendant longtemps - et encore aujourd’hui - ce sont eux qui s’en sont d’abord pris plein la figure, rentrant ensuite chez eux avant de se découvrir un cancer. C’est donc aussi une façon de se défausser des maladies. Parce que ces ouvriers ne sont absolument pas suivis, ni chez eux, ni chez nous. C’est une situation invraisemblable. Un scandale.

Une fois de plus, pour revenir à ce que je disais, on voit bien que la chose la plus importante est de sortir de l’agriculture industrielle. De revenir à une certaine diversité. Et d’acter que le sol n’est pas, comme une bonne partie de la recherche agronomique le considère, un support linéaire, mais qu’il est simplement l’organisme vivant par excellence de la planète. C’est la petite pellicule de vie qui filtre tout, une espèce de peau par laquelle tout transite, par laquelle s’accomplissent les grands cycles de l’azote, de l’eau, des nutriments… Sur les 6 400 kilomètres de rayon de la terre, il y a 30 centimètres qui contiennent 80 % de la biomasse, c’est-à-dire de la masse vivante de la planète. Et cette toute petite pellicule de vie, on est en train de la détruire à toute vitesse. Avec l’agriculture industrielle, c’est tout simplement la désertification de la planète qu’on est en train d’organiser.
C’est tellement évident qu’une firme comme Evian paye même des agriculteurs dans le bassin d’infiltration de ses eaux de source pour qu’ils travaillent de façon biologique et/ou organique. De même sur les zones de captage, dans un certain nombre de villes en France, des municipalités payent les agriculteurs pour qu’ils travaillent proprement. Quand on en arrive à payer les gens pour qu’ils ne travaillent pas comme des cochons, c’est vraiment qu’il y a quelque chose qui cloche…

Notes

[1] À ce sujet, les documentaires Notre Pain Quotidien et We feed the world sont à voir absolument. Je ne t’ai rien dit, mais tous deux sont disponibles sur le net…

[2] Outre Jean-Pierre Berlan, Michael Hansen, Paul Lannoye, Suzanne Pons et Gilles-Eris Séralini ont participé à l’ouvrage.

[3] Soit le premier "OGM" fonctionnel.

[4] Jean-Pierre Berlan revient sur le brevetage du vivant dans cet article.

[5] Les illustrations utilisées dans cet articles sont toutes tirées des documentaires Notre Pain quotidien et We Feed the world.

[6] Concernant cette question du brevetage du vivant, cours immédiatement voir l’édifiant documentaire de Marie-Monique Robin (qui menait également l’enquête dans Le Monde selon Monsanto), Les pirates du vivant. Je ne t’ai toujours rien dit, mais ils sont tous deux disponibles aussi sur le net.

[7] La consommation de pesticides a ainsi clairement augmenté aux États-Unis depuis l’autorisation des plantes a-pesticides, en 1996.

[8] Haber a ensuite persisté dans cette "voie" : il a par la suite inventé le zyklon b, qui sera utilisé dans les camps de concentration.

[9] Silent Spring, paru en 1962, sensibilisa une bonne partie de l’opinion américaine à certains problèmes environnementaux, suscita une interdiction (aux États-Unis) du DDT et conduisit enfin à la création de l’Environmental Protection Agency, une agence nationale de protection de l’environnement indépendante du gouvernement américain.

[10] La Grande Paroisse est l’ancien nom de la société GPN, filiale du groupe Total. C’est le premier fabricant français d’engrais, notamment d’engrais azotés et d’engrais composés, vendus sous la marque AZF.

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Published by Rue Goudouly - dans -*- OGM
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 03:11


"Les cultures de plantes génétiquement modifiées sont techniquement en perte de vitesse aux Etats-Unis"

par le Dr. Mae-Wan Ho

 

http://goudouly.over-blog.com/article-les-cultures-de-plantes-genetiquement-modifiees-sont-techniquement-en-perte-de-vitesse-aux-etats-unis-46140422.html


"GM Crops Facing Meltdown in the USA" Traduction de Jacques Hallard

Sur Yonne Lautre


Les principales cultures avec des plantes génétiquement modifiées pour seulement deux caractères - tolérance aux herbicides et résistance aux insectes - sont ravagées par de ‘super mauvaises herbes’ et des ravageurs secondaires dans la zone principale des cultures OGM aux Etats-Unis, où les agriculteurs tentent de faire face dans une bataille perdue avec toujours plus d’intrants du même type ; un changement fondamental vers les pratiques de l’agriculture biologique peut être l’unique recours et la seule solution. Dr. Mae-Wan Ho

  Rapport de l’ISIS en date du 01/02/2010 S’il vous plaît, diffusez largement ce document, en gardant tous les liens inchangés, et communiquez-le aux élus et aux membres du votre gouvernement, en demandant la fin des cultures OGM et le soutien à l’agriculture biologique et sans OGM

Deux caractères représentent pratiquement tous les organismes génétiquement modifiés (OGM) cultivés dans le monde aujourd’hui : la tolérance aux herbicides (HT) conférée par une forme insensible au glyphosate du gène codant pour l’enzyme cible de l’herbicide, 5-énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase (EPSPS), provenant d’une bactérie du sol Agrobacterium tumefaciens, d’une part, et une résistance à des insectes due à un ou plusieurs gènes produisant des toxines et provenant de la bactérie du sol Bacillus thuringiensis (Bt).

Les mises en cultures commerciales de plantes génétiquement modifiées ont commencé vers 1997 aux États-Unis, qui est le berceau des OGM, et elles ont augmenté rapidement au cours des années. A l’heure actuelle, les cultures d’OGM occupent environ 85-91 pour cent des superficies cultivées aux États-Unis par les trois principales espèces qui sont le soja, le maïs et le coton [1] (voir tableau 1), et qui totalisent à elles trois près de 171 millions d’acres.

Tableau 1. Cultures de plantes génétiquement modifiées en 2009 aux Etats-Unis

En pour cent de la superficie totale

Plante Tous OGM HT Bt Gènes empilés
Soya Soja 91 91 0 0
Corn Maïs 85 68 63 46
Cotton Coton 88 71 65 48

La bombe à retardement écologique qui accompagne les cultures génétiquement modifiées a été mise en marche et elle est sur le point d’exploser.

Les cultures de plantes HT ont encouragé l’utilisation d’herbicides, d’où l’apparition de plantes adventices devenues résistantes aux herbicides et qui demandent toujours plus d’herbicides. Mais l’utilisation accrue d’herbicides toxiques et de mélanges d’herbicides mortels n’ont pas réussi à ralentir l’avancée des "super-mauvaises herbes" comme les amarantes de Palmer (ou ‘herbes à cochons’) dans les cultures d’OGM. Dans le même temps, des ravageurs secondaires sont apparus, telle que la punaise terne, contre laquelle la toxine Bt est impuissante : elle est devenue l’insecte le plus dommageable pour le coton américain.

Des plantes monstrueuses qui ne peuvent plus être détruites

C’est ‘The Day of the Triffids’, et non pas les plantes génétiquement modifiées elles-mêmes, comme cela est évoqué dans le roman de John Wyndham – mais les "super mauvaises herbes" qui ne peuvent plus être détruites et contrôlées dans les champs [2] : elles ont été créées par les mises en cultures successives de plantes HT [tolérantes à un herbicide] génétiquement modifiées, comme on a pu le voir sur les nouvelles de la chaîne de télévision ABC.

La scène se déroule au moment des récoltes dans l’Arkansas en octobre 2009. Des agriculteurs au visage sombre et fermé, confrontés à des scientifiques, parlent des champs infestés par des plantes géantes d’amarantes qui peuvent résister à l’herbicide glyphosate, quoi qu-on fasse pour tenter de les détruire.
Un agriculteur a dépensé 0,5 million de dollars en trois mois pour essayer de nettoyer en vain ces "mauvaises herbes" monstrueuses, qui bloquent les moissonneuses-batteuses et brisent les outils manuels.
Déjà, on estime qu’un million d’acres de soja et de coton se sont trouvés infestés dans l’Arkansas. L’amarante de Palmer, une adventice du groupe des ‘herbes aux cochons’, est la ‘mauvaise herbe’ la plus redoutée. Elle peut atteindre 7-8 mètres de haut, résister au flétrissement lors des fortes chaleurs et des sécheresses prolongées, produire des milliers de graines et elle a un système racinaire qui absorbe les éléments nutritifs qui ne profitent plus aux cultures.
Si rien n’est fait, cette adventice peut prendre le dessus sur les champs en une année.

Pendant ce temps, dans le comté de Perquimans, en Caroline du Nord, l’agriculteur et technicien de la vulgarisation agricole Paul Smith vient de trouver la ‘mauvaise herbe’ invasive dans son domaine [3], et il devra, lui aussi, embaucher une équipe d’émigrés pour supprimer ces ‘mauvaises herbes’ à la main. Ces mauvaises herbes résistantes devraient continuer par s’installer dans les comtés voisins. Elles ont déjà développé une résistance à au moins trois autres types d’herbicides.

La résistance aux herbicides chez les ‘mauvaises herbes’ n’est pas nouvelle. Dix espèces de ‘mauvaises herbes’ en Caroline du Nord et 189 espèces de ‘mauvaises herbes’ à l’échelle nationale des Etats-Unis ont déjà développé une résistance à certains herbicides.

« Il est peu probale que l’on sorte un nouvel herbicide », a déclaré Alan York, professeur de l’agriculture retraité de la North Carolina State University, l’Université de l’Etat de la Caroline du Nord, et expert national en malherbologie [la science des ‘mauvaises herbes’].

Des mauvaises herbes résistantes au glyphosate, à partir des cultures à grande échelle des plantes génétiquement modifiées

Le glyphosate est l’herbicide le plus largement utilisé aux Etats-Unis et dans le monde dans son ensemble. Il a été breveté et vendu par Monsanto depuis les années 1970 sous le nom commercial et sous une formulation exclusive, le ‘Roundup’. Sa popularité a cru avec l’introduction de cultures d’OGM HT [tolérantes aux herbicides]. Les données du Département américain de l’Agriculture [Ministère de l’Agriculture aux Etats-Unis] ; indiquent que l’utilisation du glyphosate sur les principales cultures a augmenté de plus de 15 fois entre 1994 et 2005 [4].

L’EPA [ Environmental Protection Agency, l’agence gouvernementale des États-Unis pour l’environnement] avait estimé en 2000-2001, que 100 millions de livres de glyphosate avaient été utilisés sur les pelouses et les exploitations agricoles chaque année [5], et qu’au cours des 13 dernières années, il avait été appliqué sur plus d’un milliard d’acres [6].

Il ne fallut pas attendre bien longtemps pour voir apparaître les ‘mauvaises herbes’ résistantes au glyphosate, tout comme des ‘mauvaises herbes’ résistantes à tous les herbicides utilisés dans le passé étaient apparues.

La Weed Science Society of America, l’Association Scientifique de Malherbologie des Etats-Unis, a signalé que neuf espèces de ‘mauvaises herbes’ résistantes au glyphosate ont été confirmées aux États-Unis ; on trouve parmi ces espèces : la petite herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia), une espèce voisine ‘waterhemp commune’ (Amaranthus rudis), l’herbe à poux géante (Ambrosia trifida), la Vergerette poilue (Conyza bonariensis), ‘l’herbe aux chevaux’’, horseweed (Conyza canadensis), le ray-grass italien (Lolium multiflorum), le sorgho d’Alep ou Johnsongrass (Sorghum halepense), espèce gynoïque donnant des plantes mâles et des plantes femelles, et l’amarante de Palmer (Amaranthus palmeri), appartenant au groupe de ‘herbes aux cochons’.

Les amarantes de Palmer ‘’mauvaises herbes’’ résistantes au glyphosate

Les amarantes de Palmer résistantes au glyphosate sont apparues pour la première fois à la fin de l’année 2004 aux Etats-Unis dans le comté de Macon, en Géorgie, et elle s’est propagée depuis vers d’autres parties de la Géorgie, ainsi qu’en Caroline du Sud, en Caroline du Nord, dans l’Arkansas, le Tennessee, le Kentucky et le Missouri [7].

En Géorgie, environ 100.000 acres de terrains cultivables sont fortement infestés par l’amarante et on a maintenant confirmé la présence de l’amarante résistante au glyhosate dans 29 comtés, selon le spécialiste des ‘mauvaises herbes’ ou adventices, Stanley Culpepper de l’Université de Géorgie.
En 2007, 10.000 acres de terre cultivables, infestées par l’amarante résistante au glyphosate, ont été abandonnées dans le conté de Macon.

Rick Cole, le manager du développement technique chez Monsante, a rapporté que le problème était "gérable". Il a conseillé aux agriculteurs des cultures de rechange, alternatives, et l’utilisation de différentes marques d’herbicides. Les représentants et chargés des ventes pour Monsanto sont amenés à encourager les agriculteurs à mélanger les herbicides : le glyphosate et de plus anciens, tel que le 2,4-D, interdit en Suède, au Danemark et en Norvège, en raison de leurs liens avec des cancers et des dommages neurologiques et pour la reproduction. Cette matière, le 2,4-D active est un composant de l’agent orange utilisé au Vietnam dans les années 1960.

Il a été signalé que des agriculteurs de l’état de Géorgie, aux Etats-Unis, sont revenus à des cultures conventionnelles avec des plantes non OGM.  Des spécialistes des ‘mauvaises herbes’ à l’Université de Géorgie estiment qu’une présence moyenne de deux plantes d’amarante de Palmer sur chaque longueur de 6 m d’un semis en ligne de coton, peut réduire le rendement d’au moins 23 pour cent [8].
Une unique plante adventice de ce type peut produire 450.000 graines. De nombreux champs dans les états de l’Arkansas, du Tennessee, du Nouveau-Mexique, du Mississippi et, plus récemment, de l’Alabama, sont également infestés.

La matière active herbicide ‘paraquat’ est recommandée pour une utilisation dans des programmes de conservation avec des itinéraires techniques de travail du sol, en mélanges avec jusqu’à trois autres herbicides, chacun ayant un mode d’action différent.

Des scientifiques de l’Université de l’état du Tennessee, aux Etats-Unis, ont identifié, non seulement des ‘mauvaises herbes’ d’amarantes de Palmer résistantes au glyphosate, mais aussi résistantes vis-à-vis d’un autre herbicide de la famille des sulfonylurées : le trifloxysulfuron sodique.

La résistance au glyphosate se manifeste avec la plus grande facilité Des prédictions critiques avaient été formulées quant aux ‘mauvaises herbes’ résistantes au glyphosate, bien avant que les cultures de plantes OGM tolérantes à cet herbicide, HT, ne soient introduites, tout simplement en prenant en compte les pollinisations croisées entre les plantes cultivées HT et les espèces sauvages apparentées à ces ‘mauvaises herbes’.

Mais ils avaient négligé les mécanismes de la "fluidité du génome" qui peuvent altérer les génomes et les gènes en réponse aux stimuli environnementaux, permettant à la plupart des plantes de ‘mauvaises herbes’ de devenir résistantes aux herbicides, indépendamment des pollinisations croisées. J’avait attiré l’attention sur ces mécanismes dans mon livre Genetic Engineering Dream or Nightmare , the Brave New World of Bad Science and Big Business [9] , ‘Rêve ou cauchemar du genie génétique, le Brave Nouveau Monde de la mauvaise science et des grandes affaires’, publié pour la première fois en 1997/1998.

Des chercheurs, dirigés par Todd Gaines à l’Université de l’état du Colorado, à Fort Collins aux États-Unis, ont procédé à une enquête sur les populations d’amarantes de Palmer résistantes au glyphosate en Géorgie. Ils ont découvert que le gène codant pour l’enzyme EPSPS responsable de la métabolisation de l’herbicide glyphosate a été amplifié (multiplié) de 5 à 160 fois dans les plantes résistantes au glyphosate, par rapport aux plantes sensibles à cette matière active à effet herbicide [10].
Le niveau d’expression génétique est positivement corrélé avec le nombre de copies du gène. Ils ont montré par coloration fluorescente du gène concerné que les copies du gène amplifié étaient présentes sur chaque chromosome.

L’amplification génique est l’une des réponses physiologiques les plus courantes des cellules et des organismes vis-à-vis des agents ‘sélectifs’ présents dans leur environnement, et cela est connu au moins depuis les années 1980 [9].
La résistance au glyphosate a été confirmée chez 16 espèces de mauvaises herbes à partir de 2009.
Les mécanismes identifiés à ce jour comprennent la réduction de l’absorption de glyphosate, et / ou des mutations dans le gène EPSPS qui font qu’il est moins sensible à l’inhibition par l’herbicide.
L’amarante de Palmer résistante au glyphosate est le premier cas d’une résistance basée sur le mécanisme de l’amplification génique. Elle confirme la facilité avec laquelle la résistance aux agents désagréables et nuisibles présents dans l’environnement peuvent évoluer [9], et de l’inanité de cette "guerre chimique contre la nature".

La punaise terne est le ravageur le plus dommageable pour le coton

En 2008, la punaise terne a infesté 4,8 millions d’acres de coton des États-Unis [11], ce qui en fait le ravageur le plus dommageable pour cette culture. Un autre insecte, Halticus bractatus, le ‘fleahopper’, se place au 5e rang des ravageurs du coton et il a infesté 2,3 millions d’acres.

La ‘ceinture de coton’, vaste zone de production de cette espèce aux États-Unis, qui s’étend de la vallée de San Joaquin en Californie jusqu’à la Virginie du Sud, a largement écarté le charançon du coton et la tordeuse du tabac depuis l’introduction du coton Bt, qui représente maintenant 65 pour cent de la superficie cultivée en coton ( Tableau 1).

Mais, comme en Inde et ailleurs [12], [13]( Farmer Suicides and Bt Cotton Nightmare Unfolding in India , Mealy Bug Plagues Bt Cotton in India and Pakistan, SiS 45), les ravageurs secondaires posent de sérieux problèmes, notamment la punaise terne.

La punaise terne (TPB), Lygus lineolaris, a été l’un des ravageurs du coton, depuis que les documents de relevés d’observations ont été conservés.
Avant 1995, elle était contrôlée avec des insecticides ciblant d’autres insectes nuisibles comme la tordeuse des bourgeons de tabac et le charançon des capsules. Selon des chercheurs de l’Université de l’État du Mississippi, le Centre de recherche et de vulgarisation du Delta [14], depuis l’adoption généralisée de coton Bt et l’éradication du charançon du coton, moins d’insecticides ont été utilisés, et, comme conséquence, la punaise terne est devenue le principal insecte ravageur du coton.
Les coûts supplémentaires pour contrôler les insectes proviennent de l’augmentation des pulvérisations foliaires, de la hausse des frais de technologie et de la résistance des ravageurs, a déclaré Jeff Gore, entomologiste et chercheur à ce Centre de recherche, s’exprimant lors de la Conférence du Coton 2010 à Beltwide, dans l’état de la Nouvelle Orléans [15]
En 1995, la mise en culture d’un acre de coton coûtait de 12,75 $ à 24 $ ; en 2005, un semis de ‘Bollgard’, le coton ‘Roundup Ready’, avec un traitement des semences ‘Cadillac’, aurait coûté environ 52 $ l’acre. Or, en 2010, avec ‘Bollgard II’ et ‘Roundup Ready Flex’, les agriculteurs auront à dépenser 85 $ ou plus par acre.

« Dans l’état du Mississippi, nous avons des producteurs qui consacrent plus de 100 $ pour lutter contre les insectes du feuillage. Si vous ajoutez les frais technologiques et les traitements de semences, vous comprendrez pourquoi nos superficies de coton sont en baisse », déclare Gore.

Pour compliquer le problème, la punaise terne TPB est devenue résistante à plusieurs classes d’insecticides, notamment dans les régions du delta, dans les états du Cebtre-Sud des Etats-Unis [14].

Alors que la punaise terne TPB est un ravageur du coton tout au long de la saison de croissance, elle est particulièrement dommageable au cours de la période de floraison, quand le parasite se reproduit abondamment, de sorte qu’il y a à la fois des adultes et des stades immatures qui se nourrissent sur les plantes à ce moment.

L’alimentation des insectes se produit sur les pièces florales reproductrices. Les ravageurs insérent leurs pièces buccales dans les petites capsules. Il n’est pas rare que les punaises ternes TPB arrivent à causer la perte de la quasi-totalité de la culture, en l’absence d’un contrôle efficace dans certaines régions de production du Delta.

Les producteurs du Centre-Sud ont consulté Gore à propos de la plantation d’une variété non-Bt, en particulier avec la hausse des coûts de la technologie Bt [15]. « Nous avons quelques producteurs qui ont mis en place de petites superficies de coton non Bt et ils vont sans doute tirer un bon profit avec cela. »

« Mais si on commence à revenir en arrière et à adopter le coton non Bt, je vous promets que la tordeuse des bourgeons de tabac va revenir, et nous ne voulons pas être amenés à reprendre des applications foliaires contre la tordeuse du tabac devenue résistante, en plus des traitements contre la punaise terne. Le coût que nous aurions à dépenser [pour le contrôle des ravageurs] dans cette situation serait astronomique ».

La punaise terne TPB a été le ravageur numéro 1 dans le Centre-Sud au cours des quatre à cinq dernières années, et elle a conduit un grand nombre de producteurs de coton sur le delta du Mississippi, à ne plus pouvoir supporter le coût des pulvérisations insecticides.

Gore a aussi révélé que les tétranyques ont également su gagner une réputation de « briseurs de budget » dans le Sud, ainsi que les pucerons et les punaises. « Au cours des 15 dernières années, nous avons pratiquement doublé notre taux d’application avec le ‘Bidrin’ et triplé notre taux d’application avec l’acéphate. Donc, nous ne sommes pas seulement amenés à faire des pulvérisations plus fréquentes, mais nous appliquons des quantités plus élevées et qui coûtent plus cher », dit Gore. .

Il a souligné que l’un des effets secondaires résultant de l’emploi des insecticides du groupe des néonicotinoides pour le contrôle de la punaise, réside dans une certaine résistance qui s’est développée chez le puceron du coton. « Nous commençons à entendre de nombreuses plaintes auprès des consultants à travers le Centre-Sud ».

Futilité de la recommandation qui consiste à faire plus de la chose qui est elle-même à l’origine du problème

Il est cependant décevant et prévisible que les conseils académiques officiels uniquement donnés aux agriculteurs reposent sur les mêmes pratiques traditionnelles que celles qui ont créé les problèmes en premier lieu : traiter davantage et pulvériser plusieurs mélanges de différents types de pesticides, y compris ceux qui sont interdits en raison de leur trop forte toxicité. L’industrie des semences, quant à elle, est prête à vendre des variétés cultivées OGM avec des caractères génétiquement modifiés et empilés jusqu’à huit dans le même matériel, au double du prix des semences [16].

Décevant également est l’effort persistant de certains gouvernements et de scientifiques des services publics gouvernementaux pour promouvoir la technologie des OGM qui a failli, et qui, comme je l’ai précisé, était déjà obsolète depuis le début des années 1980 [9].

Un document Sciencexpress (indiquant une publication rapide, probablement sans examen préalable par les pairs), intitulé « La sécurité alimentaire : le défi pour nourrir 9 milliards de personnes » [17] co-écrit entre autres par le professeur John Beddington, un responsable scientifique au Royaume-Uni, bien que quelque peu dédaigneux des cultures actuelles d’OGM, contient néanmoins des promesses que nous avons entendues pendant plus de 30 ans.
« La prochaine décennie verra le développement de combinaisons de caractères désirables et l’introduction de nouvelles caractéristiques comme la tolérance à la sécheresse.
Au milieu du siècle, des options beaucoup plus radicales impliquant des caractères hautement polygéniques peuvent être faisables. Il y a en outre d’autres promesses “d’animaux clonés avec une immunité innée conçue par génie génétique pour des maladies“ » et plus encore.

Le glyphosate [matière active] et le ‘Roundup’ |spécialité commerciale], toujours annoncés comme « moins toxiques pour nous que le sel de table » dans une brochure du Biotechnology Institute, l’Institut de biotechnologie, faisant la promotion des cultures d’OGM, avec des plantes tolérantes à des herbicides décrites comme des « guerriers contre les mauvaises herbes » [18], sont en réalité hautement toxiques comme l’indiquent de nouvelles découvertes [19], [20] ( Death By Multiple Poisoning, Glyphosate and Roundup , SiS 42 ; Ban Glyphosate Herbicides Now , SiS 43).

Treize ans de cultures de plantes génétiquement modifiées aux Etats-Unis ont accru l’utilisation globale des pesticides vers 318 million de livres [21] ( GM Crops Increase Herbicide Use in the United States , SiS 45). La charge de morbidité supplémentaire pesant sur la nation, est à elle seule considérable.

L’Inde a appris les amères leçons du coton Bt Lessons from Bt Cotton [22] à travers une situation tragique concernant l’aggravation des suicides dans les milieux agricoles et, en commun avec ce qui est observé aux Etats-Unis, une catastrophe écologique avec les ravageurs principaux et secondaires chez le coton, des ravageurs devenus résistants, de nouvelles maladies, et surtout, avec des sols appauvris en nutriments et en micro-organismes bénéfiques, à tel point que ces sols pourraient cesser de soutenir la croissance des plantes et les récoltes dans une décennie.
Leur seul salut est un retour à l’agriculture biologique, qui s’est déjà révélée beaucoup plus durable et plus rentable que le coton Bt [12]. Ceci peut également s’appliquer aux Etats-Unis.

Un changement fondamental dans les pratiques agricoles est nécessaire de toute urgence

Le marché des produits biologiques est en plein essor aux États-Unis, malgré le ralentissement économique. Selon un nouveau rapport du Département américain de l’Agriculture, les ventes au détail d’aliments biologiques a augmenté pour atteindre 21,1 milliards de dollars en 2008, en partant de 3,6 milliards de dollars en 1997 [23] (voir fig. 1).
Le marché est si actif que les fermes biologiques ont lutté, parfois pour produire en quantité suffisante, afin de suivre la croissance rapide de la demande des consommateurs, conduisant à des pénuries périodiques de produits biologiques.

Traduction des produits indiqués dans le tableau ci-dessous, du haut en bas : Viandes, poissons, volailles. Condiments. Aliments à grignoter. Céréales, pains. Préparations alimentaires conditionnées. Boissons. Produits maitiers. Fruits et légumes. En ordonnées : valeur en milliards de dollars US.

Figure 1 Growth in US organic market 1997 to 2008

Croissance du marché américain de l’agriculture biologique de 1997 à 2008

Les surfaces cultivées en agriculture biologique certifiées ont plus que doublé, passant de 1,3 millions d’acres en 1997 à un peu plus de 4 millions d’acres en 2005 (soit 0,5 pour cent de toutes les terres agricoles aux États-Unis). Dans la même période, le nombre d’exploitations bio est passé de 5.021 à 8.493, et la taille moyenne des fermes certifiées biologiques est passée de 268 acres à 477 acres.

Alors pourquoi les agriculteurs américains ne tirent-ils pas profit d’un marché en pleine expansion ? On pense [24] que les agriculteurs biologiques potentiels peuvent choisir de continuer avec les méthodes de production classiques en raison de "pressions sociales venant d’autres agriculteurs proches, qui ont une opinion négative de l’agriculture biologique", ou en raison d’une incapacité de surmonter les effets de la baisse des rendements et des bénéfices au cours de la période de transition.

Cela n’est pas surprenant en raison de la propagande négative et persistante qui est menée par les partisans des OGM, y compris par les organismes gouvernementaux de réglementation, contre l’agriculture biologique. (Voir par exemple la récente tentative de l’Agence de normalisation des aliments au Royaume-Uni pour prouver que les produits de l’agriculture biologique ne sont pas plus nutritifs que les aliments conventionnels [25]( UK Food Standards Agency Study Proves Organic Food Is Better , SiS 44).

Les revendications habituelles sont que les rendements de l’agriculture biologique sont moindres et que cette pratique requiert plus d’énergie que l’agriculture conventionnelle, d’une part, et que les produits de l’agriculture biologique ne produisent pas plus d’éléments nutritifs pour une bonne santé, et qu’ils sont moins hygiéniques que les produits conventionnels, d’autre part ; toutes ces fausses allégations sont correctement réfutées dans le rapport de l’ISIS Now : * Organic * Sustainable * Fossil Fuel Free [26], avec des preuves tirées de la littérature scientifique publiée, ainsi que d’autres études.

Le plus pertinent pour les agriculteurs américains est une étude de Kathleen Delate de l’Université de l’état de l’Iowan et Cynthia A. Cambardella du Département américain de l’Agriculture, qui évaluent les performances des exploitations agricoles au cours des trois ans de transition qu’il faut pour passer d’une production classique à la production biologique certifiée [27].

L’expérience qui a duré quatre ans (trois années de transition et la première année d’agriculture biologique) a montré que, bien que les rendements aient diminué au départ, ils ont été égalisés lors de la troisième année, et à partir de la quatrième année, les rendements en agriculture biologique étaient supérieurs par rapport aux pratiques classiques, à la fois pour le soja et le maïs.

Notre rapport [28] décrit également l’énorme potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre - au point même de nous libérer entièrement des combustibles fossiles – grâce à l’agriculture biologique et des productions alimentaires relocalisées (et des systèmes d’énergies renouvelables).
C’est une combinaison unique des dernières analyses scientifiques, des études de cas et des recherches conduites sur les fermes, et en particulier des expériences et des innovations provenant des agriculteurs eux-mêmes et qui souvent peuvent confondre les scientifiques universitaires attachés à des théories dépassées et obsolètes, dont la technologie des OGM est un exemple flagrant.

À peu près en même temps que notre rapport a été publié, l’Evaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies pour le développement (IAASTD) a également été publié.
L’IAASTD est le résultat de trois ans de délibérations entre 400 participants scientifiques et des représentants d’organisations non gouvernementales, venant de 110 pays à travers le monde [29].
Ils sont arrivés à la conclusion que la petite agriculture biologique est la voie à suivre pour faire face à la faim, aux inégalités sociales et aux catastrophes environnementales [30].( "GM-Free Organic Agriculture to Feed the World ", SiS 38).

Un changement fondamental dans les pratiques agricoles est nécessaire, maintenant et de toute urgence, avant l’effondrement complet du secteur agricole.

The Institute of Science in Society, The Old House 39-41 North Road, London N7 9DP telephone : [] [44 20 8452 2729]

Traduction, définitions et compléments :

PDF joint

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.

Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles honoraire.

Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIS OGM GM Crops Facing Meltdown in the USA French version.3

[1] Adoption of genetically engineered crops in the U.S. : Extent of adoption. USDA Economic Research Service, 1 July 2009, http://www.ers.usda.gov/Data/biotec...

[2] Super weed can’t be killed, abc news, 6 October 2009, http://abcnews.go.com/Video/playerI...

[3] “N.C. farmers battle herbicide-resistant weeds”. Jeff Hampton, The Virginian-Pilot. 19 July 2009, http://hamptonroads.com/2009/07/nc-...

[4] Who benefits from gm crops ? The rise in pesticide use, executive summary, Friends of the Earth International, Amsterdam, January 2008.

[5] 2000-2001 pesticide market estimates : usage, U.S. Environmental Protection Agency, http://www.epa.gov/oppbead1/pestsal...

[6] Glyphosate-resistant weeds : can we close the barn door ? Weed Science Society of America, 18 November 2009, http://www.wssa.net/WSSA/PressRoom/...

[7] “’Superweed’ explosion threatns Monsanto heartlands”, Clea Caulcutt, 19 April 2009, http://www.france24.com/en/20090418...

[8] “Paraquat fights glypohsate resistant palmer amaranth”, 30 September 2009, http://paraquat.com/english/news-an...

[9] Ho MW. Genetic Engineering Dream of Nightmare ? The Brave New World of Bad Science and Big Business, Third World Network, Gateway Books, MacMillan, Continuum, Penang, Malaysia, Bath, UK, Dublin, Ireland, New York, USA, 1998, 1999, 2007 (reprint with extended Introduction). http://www.i-sis.org.uk/genet.php

[10] Gaines TA, Zhang W, Wan D et al. Gene amplification confers glyphosate resistance in Amaranthus palmeri. PNAS Early Edition 2009, www.pnas.org/cgi/doi/10.1073...

[11] ARS survey helps growers track two key cotton pests. PHYSORG.com, 1 December 2009, http://www.physorg.com/news17891235...

[12] Ho MW. Farmer suicides and Bt cotton nightmare unfolding in India. Science in Society 45 (in press)

[13] Ho MW. Mealy bug plagues Bt cotton in India and Pakistan. Science in Society 45 (in press)

[14] Catchot A, Musser F, Gore J, Cook D, Daves D, Lorenz G, Akin S, Studebaker G, Tindall K, Stewart S, Bagwell R, Leonard BR and Jackson R. Midsouth Multtistate Evaluation of Treatment Thresholds for Tarnished Plant Bug. 2009, Mississippi State University Extension Service, http://msucares.com/pubs/publicatio...

[15] “Insect control pushes cotton costs higher”, Elton Robinson, Farm Press, 15 January 2010, http://deltafarmpress.com/cotton/co...

[16] Benbrook C. Critical issue report : the seed price premium. The Organic Center. 2009 December. http://www.organic-center.org/repor...

[17] Godfray HCJ, Beddington JR, Crute IR, Haddad L, Lawrence D, Muir JF, Pretty J, Robinson S, Thomas SM and Toulmin C. Food security : the challenge of feeding 9 billion people. Sciencexpress, 28 January 2010/10.1126/science.1185383

[18] Weed Warrior Hebicide-Tolerant Crops, accessed 29 January 2010, http://www.biotechinstitute.org/res...

[19] Ho MW and Cherry B. Death by multiple poisoning, glyphosate and Roundup. Science in Society 42 , 14, 2009

[20] Ho MW. Ban glyphosate herbicides now. Science in Society 43, 34, 2009

[21] Cherry B. GM crops increase herbicide use in the United States. Science in Society 45 (in press)

[22] Ho MW. Lessons from Bt cotton. ISIS letter to Hilary Benn, UK Secretary of State for the Environment, 4 January 2010, http://www.i-sis.org.uk/lessonsFrom...

[23] Marketing U.S. organic foods : recent trends from farms to consumers. Carolyn Dimitri and Lydia Oberholtzer, USDA Economic Research Service, September 2009, http://www.ers.usda.gov/Publication...

[24] Marketing U.S. organic foods : recent trends from farms to consumers. Carolyn Dimitri and Lydia Oberholtzer, USDA Economic Research Service, September 2009, http://www.ers.usda.gov/Publication...

[25] Ho MW.UK Food Standards Agency study proves organic food is better. Science in Society 44, 32-33, 2009.

[26] Ho MW, Burcher S, Lim LC, et al. Food Futures Now, Organic, Sustainable, Fossil Fuel Free, ISIS and TWN, London, 2008. http://www.i-sis.org.uk/foodFutures.php

[27] Delate K and Cambardella CA. Organic production : Agroecosystem performance during transition to certified organic grain production. Agronomy Journal 2004, 96, 1288-98.

[28] Ho MW, Burcher S, Lim LC, et al. Food Futures Now, Organic, Sustainable, Fossil Fuel Free, ISIS and TWN, London, 2008. http://www.i-sis.org.uk/foodFutures.php

[29] International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development, IAASTD, 2008http://www.agassessment.org/index.c...

[30] Ho MW. “GM-free organic agriculture to feed the world”. Science in Society 38, 14-15, 2008


Les cultures de plantes génétiquement modifiées sont techniquement en perte de vitesse aux Etats-Unis

5 mars 2010
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 03:34
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La pomme de terre Amflora autorisée à la culture

http://goudouly.over-blog.com/article-la-pomme-de-terre-amflora-autorisee-a-la-culture-45929128.html

par Eric Meunier et Christophe Noisette


http://www.infogm.org/spip.php?article4372&var_mode=calcul

La pomme de terre transgénique Amflora, mise au point par l’entreprise allemande BASF, a été autorisée le 2 mars par la Commission européenne... Il s’agit de la première autorisation d’une plante génétiquement modifiée à la culture depuis 1998, date de l’autorisation du maïs Mon810.
La nouvelle Commission Barroso commence donc son mandat par une décision qui risque d’être largement impopulaire. Cette décision n’est pas surprenante pour autant, car dès le mois de janvier, des bruits dans les couloirs de la Commission circulaient annonçant que Barroso souhaitait en terminer avec le blocage sur le dossier OGM....
Cette autorisation, extrêmement controversée, s’accompagne de trois autres pour l’importation de trois variétés de maïs génétiquement modifiés : les variétés Mon863xMon810, Mon863xNk603 et Mon863xMon810xNk603.

La pomme de Terre Amflora (EH92-527-1) a été modifiée par transgénèse afin de contenir un taux d’amidon, sous forme d’amylopectine, plus élevé. L’amylopectine intéresse l’industrie pour la fabrication de textiles, béton ou papier. Selon le dossier déposé par l’entreprise, l’industrie du papier serait la principale destinataire de l’amidon produit par cette PGM. Autre caractéristique, la pomme de terre Amflora contient le gène nptII qui confère une résistance à l’antibiotique kanamycine. Or pour ce dernier, les experts sont en conflit : ceux de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA) considèrent que l’utilisation d’un gène de résistance à la kanamycine n’est pas problématique ; ceux de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en revanche, considèrent qu’il s’agit d’un antibiotique important en médecine qu’il importe donc de préserver en limitant la possibilité de création de bactéries résistantes par la diffusion du gène nptII.


Dossier d’autorisation


C’est en 2003 que l’entreprise BASF déposait un dossier de demande d’autorisation pour la culture, la transformation industrielle de cette pomme de terre GM et l’alimentation animale, selon la procédure 2001/18 (référence SE/96/3501).

En 2005, elle déposait une seconde demande, pour l’alimentation humaine et animale, selon la procédure 1829/2003 cette fois (référence UK/2005/14). Ce second dossier est pour le moins intriguant, la pomme de terre étant principalement destinée à la seule utilisation par l’industrie du papier. Rien à voir avec l’alimentation... Mais comme le souligne l’AESA dans son avis du 7 décembre 2005, « le pétitionnaire a conclu qu’il ne pouvait pas être exclu que cette pomme de terre transgénique et certains produits de transformation de l’amidon soient utilisés ou soient présents dans l’alimentation humaine » (1). Reconnaissant donc que les filières de production et de transformation des PGM ne sont pas étanches, la proposition d’autorisation formulée par la Commission européenne sur le dossier concernait donc également l’alimentation humaine mais, première dans l’histoire des autorisations , seulement en cas de présence fortuite ou techniquement inévitable, avec, dans ce cas, un plafond maximum de présence autorisée à 0,9% ! (2)
La décision du 2 mars de la Commission européenne porte sur les deux dossiers qui ont été gérés en même temps depuis la première proposition d’autorisation par la Commission européenne.
Il faut enfin noter que si la pomme de terre Amflora a reçu l’aval des experts européens, les Etats membres n’avaient eux pas réussi à s’entendre sur une décision puisque ni le comité des experts en décembre 2006, ni le Conseil des ministres en juillet 2007 n’avaient atteint une majorité qualifiée pour autoriser ou rejeter cette pomme de terre. Le dossier était donc revenu sur le bureau de la Commission européenne dont la décision finale était attendue depuis.

A quoi sert la fécule de pomme de terre ?


La fécule de pomme de terre est un amidon haut de gamme. Actuellement, au niveau mondial, la fécule de pomme de terre représente 5% de l’ensemble de la production d’amidon (derrière l’amidon de maïs et l’amidon de blé), mais elle est recherchée dans certaines utilisations spécifiques de l’agroalimentaire, de la papeterie-cartonnerie, de la chimie et autres industries diverses (adhésifs, textile, forages...).


BASF met la pression


Comme nous venons de le voir, depuis 2007, la Commission européenne a les « mains libres » pour autoriser cette pomme de terre transgénique. Cependant, du fait d’une opposition très forte des Européens aux OGM, la Commission européenne précédente n’osait pas autoriser une nouvelle PGM à la culture. Elle a donc repoussé ce dossier. BASF, et ses partenaires suédois - Plant Science Sweden AB et Amylogene HB – ont alors décidé en 2008 de faire pression sur la Commission européenne, en déposant une plainte le 24 juillet 2008, devant le Tribunal de première instance de l’Union européenne (3). cette plainte demandait au tribunal d’obliger la Commission à autoriser la pomme de terre étant donné que la votation des Etats membres n’avaient pas obtenu la majorité qualifiée requise pour rejeter l’autorisation. Pour BASF, la Commission a failli à ses obligations découlant des articles 18 de la Directive 2001/18 et de l’article 5 de la décision du Conseil 1999/468. La plainte visait aussi à faire annuler la demande de la Commission européenne à l’AESA le 14 mars 2008 au sujet de l’utilisation de gènes marqueurs de résistance à des antibiotiques dans la construction génétique de cette pomme de terre. Pour BASF, cette demande ne servait qu’à retarder l’autorisation et n’était pas fondée scientifiquement. Il ne s’agissait en effet pour la Commission que d’obtenir de l’AESA une « opinion consolidée » par rapport à l’usage de ces gènes marqueurs.

En moyenne, le Tribunal de première instance rend ses décisions dans les 2 ans et à ce jour, aucun jugement n’est encore intervenu.

En parallèle, BASF a organisé, en avril 2008, en Allemagne, une grande campagne de publicité pour la pomme de terre Amflora. BASF a fait publier dans les plus importants journaux allemands une lettre ouverte à Stavros Dimas, alors Commissaire européen à l’Environnement. Le titre résume bien la teneur de cette lettre : « Amflora est un produit sûr et respectueux de l’environnement qui offre des avantages aux agriculteurs et à l’industrie en Europe » (4).


Enfin, de façon plus informelle, BASF a menacé la Commission européenne et le gouvernement allemand de déménager ses activités de recherche si cette pomme de terre n’était pas autorisée avant la fin février 2010...


Les risques


Principal risque pour la médecine : rendre l’antibiotique kanamycine inopérant à terme. Concernant les impacts sur l’environnement, il est à noter que la pomme de terre GM n’avait été testée aux champs que dans un seul pays, la Suède, au moment du dépôt des dossiers d’autorisation (cf. dossier UK/2005/14). Si les essais en champs ont donc bien eu lieu, la question de leur exhaustivité est tout de même posée puisque la Suède ne peut que difficilement prétendre représenter l’ensemble des paysages de culture européens. Notons que des essais en champs ont été réalisés depuis dans d’autres pays, mais seulement après que les dossiers de demande d’autorisation aient été montés et envoyés...


L’Amflora n’est pas nécessaire


En Allemagne, un projet mené par Emsland Group et Europlant a permis la mise au point, par des méthodes de sélection conventionnelle, d’une pomme de terre qui possède le même intérêt que la pomme de terre Amflora, à savoir une haute teneur en amylopectine. Cette nouvelle pomme de terre est donc une alternative moins risquée, car sans transgène, à la pomme de terre Amflora (5).


Qui va cultiver cette pomme de terre en Europe ?


La question est donc désormais de savoir qui pourrait être intéressé par cultiver cette pomme de terre. D’après la Commission européenne, la culture de cette pomme de terre serait envisagée par BASF dès avril 2010, en République Tchèque et en Allemagne. Les années suivantes, elle pourrait avoir également lieu aux Pays-Bas et en Suède.

En Allemagne, BASF a d’ores et déjà organisé les cultures. D’après Simone Knorr, responsable de l’association allemande Informationdienst Gentechnik (6), quelques agriculteurs ont déjà déclaré aux autorités compétentes leurs champs comme accueillant des pommes de terre transgéniques pour être prêts au cas où l’autorisation serait délivrée avant les semis. Ces quelques agriculteurs sont proches de l’entreprise BASF.

A noter qu’en Allemagne, depuis plusieurs années, des essais en champ de pomme de terre Amflora ont eu lieu. Les derniers essais auraient ainsi servi à produire les plants nécessaires à mise en culture commerciale.

Par rapport à ces essais, l’opposition allemande a, à plusieurs reprises, déposé des questions au gouvernement, sur la localisation des parcelles d’essais, sur le niveau de productivité des pommes de terre GM testées, sur le devenir des pommes de terre issues de ces essais, et sur les conditions de sécurité et de contrôle de ces essais. Ces questions sont restées pour l’instant sans réponse.

En France, Inf’OGM a cherché à connaître la position des professionnels de la filière « pomme de terre » par rapport à cette autorisation imminente. Nous avons pu joindre seulement le responsable de la Chambre syndicale professionnelle nationale de la féculerie de pomme de terre qui nous a répondu, brièvement. Son organisation n’a pas de position particulière sur ce dossier, mais en tant que syndicat interprofessionnel, la priorité, précise-t-il, est d’être à l’écoute de ses clients, eux-mêmes à l’écoute des consommateurs. Ainsi, actuellement, il n’est donc pas question d’acheter des produits GM. Il ajoute : « La situation est bloquée et ça ne sert à rien de vouloir la débloquer quand elle n’est pas mûre ».


Une opposition citoyenne active


Le 1er mars 2010, à Berlin, 500 militants de Greenpeace ont formé une immense table dessinant, vue du ciel, un « Nein » (non) devant la Porte de Brandenbourg (7). A cette table était servi un repas de pommes de terre biologiques. Cette action visait précisément à dénoncer l’arrivée imminente de la pomme de terre transgénique Amflora.


1, http://www.efsa.europa.eu/EFSA/efsa_locale-1178620753812_1178620769736.htm
2, http://register.consilium.europa.eu/pdf/fr/07/st16/st16785.fr07.pdf
3, Affaire n°T-293/08, http://www.infogm.org/spip.php?article3640
4, http://www.infogm.org/spip.php?article3440
5, http://www.keine-gentechnik.de/news-gentechnik/news/de/20697.html
6, http://www.keine-gentechnik.de/
7, http://www.greenpeace.de/themen/gentechnik/presseerklaerungen/artikel/deutschland_sagt_qnein_zu_gen_pflanzenq/



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Inf'OGM ACTU, publication mensuelle électronique (de l'association loi 1901 Inf'OGM)

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 03:47



















Monsanto a falsifié des données scientifiques, affirme l’ancien directeur de la filiale indienne

http://goudouly.over-blog.com/article-monsanto-a-falsifie-des-donnees-scientifiques-45557526.html

Sur Contre Info


Tiruvadi Jagadisan, ancien directeur de la filiale indienne de Monsanto affirme que l’entreprise « avait l’habitude de falsifier les données scientifiques » transmises aux organismes gouvernementaux afin d’obtenir les autorisations de commercialisation pour ses produits. M. Jagadisan indique avoir démissionné de ses fonctions car il avait « le sentiment que la direction de Monsanto aux Etats-Unis exploitait notre pays ».


Par Dinesh C. Sharma, India Today, 9 février 2010


Le débat sur les variétés d’aubergines (brinjal) génétiquement modifiées continue de déchainer les passions. L’ancien directeur général de Monsanto Inde, Tiruvadi Jagadisan, est le dernier à avoir rejoint le camp des détracteurs de la variété brinjal Bt, et c’est sans doute la première personnalité de cette industrie à agir ainsi.

M. Jagadisan, qui a travaillé chez Monsanto pendant près de deux décennies, dont huit ans comme directeur général des opérations en Inde, s’est prononcé contre cette nouvelle variété lors d’une consultation publique qui s’est tenue à Bangalore ce samedi.

Lundi, il a précisé ses dires en affirmant que la société « avait l’habitude de falsifier les données scientifiques » transmises aux organismes gouvernementaux de réglementation afin d’obtenir les autorisations de commercialisation pour ses produits en Inde.

L’ancien patron de Monsanto indique que les agences de réglementation gouvernementales, avec lesquelles la société avait l’habitude de traiter dans les années 1980, s’appuyaient uniquement sur les données fournies par l’entreprise pour décider des homologations des herbicides.

« Le Bureau Central des Insecticides était censé donner son accord à partir de données spécifiques provenant de plantations et de variétés indiennes. Mais il acceptait tout simplement des données en provenance de l’étranger fournies par Monsanto. Ils n’avaient même pas un tube à essai pour valider les données et, parfois, les données proprement dites étaient truquées, » a déclaré M. Jagadisan.

« J’ai quitté la compagnie car j’avais le sentiment que la direction de Monsanto aux Etats-Unis exploitait notre pays », a précisé M. Jagadisan, aujourd’hui âgé de 84 ans.

« À cette époque, Monsanto entrait dans la filière des semences et j’avais l’information selon laquelle un gène « Terminator » devait être incorporé dans les semences fournies par la firme. Cela signifiait que l’agriculteur devait acheter au prix fort de nouvelles graines à Monsanto chaque fois qu’il mettait en culture », se souvient-il.

M. Jagadisan déclare que la société mère est par ailleurs revenue sur l’assurance donnée à Vasant Sathe, à l’époque ministre en charge des produits chimiques et des engrais, sur la création d’une unité de fabrication du butachlore en collaboration avec Hindustan Insecticides.

« Les négociations ont duré un an et pendant ce temps, Monsanto a importé et vendu des quantités importantes de ce produit et réalisé des bénéfices énormes, » note-t-il.

Prié de s’exprimer sur les affirmations de M. Jagadisan, un porte-parole de Monsanto a déclaré : « nous avons pleine confiance dans le système de réglementation indienne, qui est doté des contrôles et mesures pour s’assurer de l’exactitude et l’authenticité des données qui lui sont fournies. » Concernant l’approbation des cultures OGM, le porte-parole a déclaré que le processus réglementaire était rigoureux et qu’ « aucune plante « biotech » n’est autorisée sur le marché avant d’avoir subi d’importants et stricts contrôles de sécurité, suivant des protocoles scientifiques rigoureux »

 

Publication originale India Today traduction Contre Info

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 03:57

Evolution du secteur des OGMs aux Etats-Unis et de leur perception

http://goudouly.over-blog.com/article-evolution-du-secteur-des-ogms-aux-etats-unis-et-de-leur-perception-43002809.html

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61809.htm


Les agriculteurs américains ont largement adopté les cultures de plantes génétiquement modifiées depuis leur introduction en 1996 et ce en dépit des incertitudes concernant l'acceptation des consommateurs d'une part et les impacts environnementaux d'autre part. Néanmoins, des évènements récents indiquent une évolution de la perception des OGMs notamment au sein de certains groupes de consommateurs et d'industriels.

Après avoir passé en revue quelques données statistiques clés sur les cultures OGM pour deux plantes très représentatives : le maïs et le soja, nous évoquerons un récent projet de l'USDA qui vise à autoriser la culture "illimitée" de luzerne OGM, puis nous reviendrons sur les inquiétudes de certains industriels face à des produits issus d'OGM et présentant une menace potentielle pour leurs industries.

Tout d'abord, afin de mieux comprendre l'évolution du contexte aux Etats-Unis, voici quelques données fournies par le National Agricultural Statistics Service (NASS) sur les cultures des variétés de soja et de maïs OGM. Celles-ci sont présentées dans les graphiques suivants :



Les tendances sont très nettes : en 2000 la part des cultures de soja OGM était deux fois plus élevée que celle du maïs et aujourd'hui ces deux variétés génétiquement modifiées représentent chacune environ 90% des cultures totales de ces plantes. En ce qui concerne les variétés résistantes aux herbicides (figure 2), celles de soja sont largement plus répandues que celles de maïs.

Fin 2009, l'administration américaine a soutenu une extension des surfaces de certaines cultures génétiquement modifiées entraînant, entre autres, un soulèvement de la part des organisations de sécurité alimentaire. En effet, l'USDA (United States Department of Agriculture) a annoncé son avant-projet, le Environmental Impact Statement (EIS) autorisant les plantations commerciales illimitées dans tous le pays de luzerne génétiquement modifiée Roundup Ready. En réponse à ce projet, le Center for Food Safety (CFS), organisation nationale à but non lucratif fondée en 1997 qui oeuvre pour protéger la santé humaine et l'environnement, a annoncé mi-décembre 2009, qu'il allait créer une coalition regroupant des agriculteurs, des consommateurs et des environnementalistes pour rappeler à l'USDA sa responsabilité vis-à-vis des agriculteurs et des consommateurs.

L'USDA prévoit cependant de poursuivre ce projet malgré les données, de plus en plus nombreuses, mettant en évidence que la luzerne génétiquement modifiée pourrait constituer une menace potentielle pour les agriculteurs et les consommateurs adeptes du "bio" ainsi qu'un danger pour l'environnement. En effet, selon certaines observations d'exploitants de cultures biologiques, les abeilles dispersent le pollen sur des kilomètres ; il est donc inévitable que le pollen génétiquement modifié infeste la luzerne conventionnelle et "biologique", rendant ainsi, en quelques années seulement, quasiment impossible toute culture de luzerne non génétiquement modifiée.

Le CFS, avait déjà entamé un procès sur ce sujet et en 2007, une cour fédérale a statué sur le fait que l'autorisation de la luzerne génétiquement modifiée par l'USDA violait les lois environnementales dans la mesure où elle omettait d'analyser les risques, comme la contamination des cultures de luzerne conventionnelle et le développement de "super plantes" résistantes à l'herbicide de Monsanto, le Roundup. La cour a banni les plantations de luzerne OGM jusqu'à ce que l'USDA ait réalisé une analyse rigoureuse de leurs impacts. Mais l'USDA exclue la possibilité que la luzerne conventionnelle puisse être mise en danger par d'éventuelles contaminations par les plantes OGM.

Les répercussions peuvent être importantes, ainsi par exemple, pour que les produits laitiers soient commercialisés comme "biologiques", il faut que la luzerne utilisée comme fourrage soit elle aussi certifiée "biologique". Cependant, lorsque la contamination par les luzernes génétiquement modifiées devient très étendue, les agriculteurs de produits laitiers biologiques ne sont plus capables de fournir cette garantie.

Selon Andrew Kimbrell, le directeur exécutif du Center of Food Safety, l'annonce de l'USDA est "comme toujours une simple question de business pourvoyant aux intérêts de Monsanto au détriment des agriculteurs et des consommateurs". Selon lui, il s'agit là d'une grande déception concernant la politique de l'administration Obama qui s'était engagée à de nombreuses reprises à soutenir les fermes familiales et à assurer une meilleure traçabilité des produits pour les consommateurs.

Cette recrudescence de l'échelle des cultures OGM n'inquiète pas uniquement les associations de consommateurs adeptes du "bio", certains industriels commencent à les considérer comme une réelle menace. En effet, en février 2009, la perspective d'une mise sur le marché d'une nouvelle variété de maïs génétiquement modifiée à destination de l'industrie des biocarburants a entraîné un soulèvement de certains industriels. Il s'agit de l'entreprise Syngenta AG qui a mis au point un plant de maïs contenant une enzyme lui permettant de convertir directement l'amidon en sucres simples. Cependant, les industriels utilisant l'amidon de maïs dans la confection de leurs produits s'opposent à la mise sur le marché d'un telle variété, craignant la contamination de leurs propres réserves. Ainsi, ils ont demandé à l'USDA de retarder la mise sur le marché du maïs conçu par Syngenta en soutenant le fait que le gouvernement ne disposait pas des données scientifiques nécessaires pour statuer sur l'impact de ces cultures OGMs sur les produits alimentaires. Des études ont donc été menées par l'APHIS (Animal and Plant Health Inspection Service) et il a été établi récemment que ce maïs génétiquement modifié et son amylase ne constituait pas un risque.

Ces données nous montrent qu'aujourd'hui pour le soja et le maïs, aux Etats-Unis, la quasi-totalité des cultures sont des OGMs. Soutenue par l'administration américaine, une majorité d'agriculteurs est déjà bien engagée dans le développement de ce type de cultures et poursuit ses efforts dans ce sens. Malgré cette tendance générale favorable aux cultures OGMs, de plus en plus de consommateurs, voire même d'industriels, s'interrogent sur les impacts de ces produits sur leur santé, sur l'environnement ainsi que sur la pérennité de leurs activités économiques. La prise de conscience des effets et des impacts potentiellement négatifs des OGMs gagne du terrain aux Etats-Unis.


Pour en savoir plus, contacts :
Site du Center for Food Safety: http://www.centerforfoodsafety.org

Source :
- USDA again aims to allow unlimited planting of genetically engineered alfalfa - 15/12/2009 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/ubeCb

- Hard Choice on Syngenta's Controversial Biotech Corn for Ethanol Awaits Vilsack - Organic Consumer Association - 11/03/2009 -
http://www.organicconsumers.org/articles/article_17211.cfm

- Plant Pest Risk Assessment for Event 3272 Corn - USDA - 09/06/2009 -
http://www.aphis.usda.gov/brs/aphisdocs/05_28001p_pra.pdf

- Adoption of Genetically Engineered Crops in the U.S. - ERS/USDA - 01/07/2009 -
http://www.ers.usda.gov/data/biotechcrops/

Rédacteur :
Magali Muller, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org; Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org

Origine :
BE Etats-Unis numéro 190 (8/01/2010) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT -
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61809.htm


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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 03:22



Les pratiques commerciales de Monsanto sur la sellette

Une nouvelle pierre dans le jardin de Monsanto. Une enquête de l'Associated Press montre comment le semencier américain évince la concurrence, contrôle des sociétés plus petites et protège sa suprématie sur le marché des organismes génétiquement modifiés aux Etats-Unis.


Alors que les gènes brevetés de Monsanto sont présents dans 95% du soja et 80% du maïs cultivés aux Etats-Unis, la firme s'efforce de limiter la capacité des nouvelles sociétés de biotechnologie à distribuer leurs propres produits, révèle cette enquête. Une politique d'affaiblissement de la concurrence qui pourrait faire grimper les prix de l'alimentation aux Etats-Unis.

Les méthodes commerciales de Monsanto sont exposées dans des accords de licence confidentiels, auxquels l'AP a eu accès. La firme a utilisé ces contrats pour diffuser sa technologie, octroyant à quelque 200 sociétés le droit d'introduire des gènes Monsanto dans leurs propres variétés de maïs ou de soja. Mais ce droit a un coût et il est assorti de nombreuses conditions.

Une clause interdit par exemple aux entreprises indépendantes de cultiver des plantes contenant à la fois les gènes de Monsanto et de firmes rivales -sauf autorisation écrite préalable-, ce qui permet au semencier d'exclure la concurrence de la vaste part de marché qu'il contrôle déjà.

Les pratiques commerciales de Monsanto font actuellement l'objet d'une enquête du département américain de la Justice et de deux Etats (Iowa et Texas), pour déterminer si elles violent les lois antitrust. Des plaintes au civil ont déjà été déposées contre la firme par des concurrents.

Le géant des biotechnologies basé à Saint Louis juge infondées les critiques sur ses accords de licence. Un avis que ne partagent pas certains de ses rivaux et des semenciers plus petits.

"Nous estimons désormais que Monsanto contrôle jusqu'à 90%" des OGM, ce qui est "presque incroyable", souligne Neil Harl, un économiste en agriculture de l'université de l'Iowa, spécialiste de l'industrie semencière. "Le résultat est un renforcement de l'emprise de Monsanto et la possibilité pour la firme d'augmenter ses prix sur le long terme. C'est ce que nous avons déjà observé ces cinq dernières années."

Monsanto a augmenté le prix de certaines variétés de maïs de 25% l'an dernier, et une hausse supplémentaire de 7% est prévue pour les semences de maïs en 2010. Les prix des sojas Monsanto se sont envolés de 28% en 2008 et seront stables ou en hausse de 6% en 2010, selon la porte-parole de la société Kelli Powers.

La controverse autour de Monsanto soulève une question essentielle: quel contrôle une entreprise peut-elle avoir sur les semences, qui sont à la base de la production alimentaire? Les accords de licence ont fait de la technologie de Monsanto l'une des plus largement et rapidement diffusées dans l'histoire de l'agriculture américaine. Aujourd'hui, lorsqu'un fermier américain achète des sacs de semences aux noms commerciaux obscurs, comme AgVenture ou M-Pride Genetics, il paye en fait pour des produits sous licence Monsanto.

Une clause de ses contrats pour le maïs a aidé Monsanto à acheter 24 sociétés semencières indépendantes aux Etats-Unis ces dernières années: elle stipule que si une entreprise change de propriétaire, son stock contenant des gènes Monsanto doit être "détruit immédiatement". Selon un porte-parole de la firme, cette disposition n'aurait plus cours.

Une autre clause figurant dans des contrats remontant à plusieurs années aide aussi à comprendre la croissance rapide de Monsanto. L'un des contrats offrait à un semencier indépendant des rabais importants s'il s'engageait à ce que les produits Monsanto représentent jusqu'à 70% de son stock total pour le maïs. Dans une plainte déposée en 2004, et qui s'est soldée par un règlement à l'amiable, la société rivale Syngenta a qualifié cette pratique de "politique de la terre brûlée" pour l'exclure du marché.

Les contrats examinés par l'AP interdisent aux semenciers d'en discuter les termes, et Monsanto se réserve le droit de les annuler, et du coup de priver une entreprise de son stock, en cas de violation des clauses de confidentialité.

Les semenciers indépendants ont théoriquement la possibilité de rompre leur contrat pour recommencer à vendre à vendre des semences conventionnelles, mais en pratique ils expliquent que ce peut être ruineux financièrement.

Le gène de résistance à l'herbicide Roundup de Monsanto est en effet devenu la norme dans l'agriculture américaine, et les petites entreprises craignent de perdre des clients si elles y renoncent. En outre, ces sociétés ont souvent investi du temps et de l'argent pour adapter les produits Monsanto à leurs besoins, et leur abandon peut donc être coûteux.


AP

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