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En campagne

7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 05:58

Lors de la campagne des élections au Parlement européen de mai dernier, on nous avait promis un pas décisif vers la résorption du « déficit démocratique » qui — chacun en convient — caractérise l’architecture et le fonctionnement des institutions communautaires. Le remède miracle était le suivant : chaque formation politique paneuropéenne désignerait un chef de file unique pour l’ensemble de ses composantes nationales, et le chef de file du parti ayant obtenu le plus grand nombre d’eurodéputés deviendrait le futur président de la Commission européenne.

En somme, en votant pour un parti dans son pays, l’électeur ne se prononcerait pas seulement en faveur d’une ligne politique et de candidats qui la défendent, mais également sur le nom du président de l’exécutif bruxellois. C’est ainsi que les partis sociaux-démocrates désignèrent l’Allemand Martin Schulz, les conservateurs le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, les libéraux-démocrates le Belge Guy Verhofstadt, les Verts l’Allemande Ska Keller et le Français José Bové, et la gauche radicale le Grec Alexis Tsipras.

A en croire le discours tenu par la plupart des dirigeants, en particulier ceux se réclamant de la social-démocratie et même de certains segments de la gauche dite radicale, cette innovation du traité de Lisbonne permettrait de combattre l’abstention en « politisant » l’élection du Parlement et les orientations de la future Commission. Jusqu’alors, en effet, et quels que soient leurs résultats, les élections européennes débouchaient immanquablement sur un pacte entre la droite du Parti populaire européen (PPE) et la social-démocratie du Parti des socialistes européens (PSE) pour une alternance à mi-mandat à la présidence du Parlement et pour la répartition des présidences de commissions parlementaires. Pour la première fois, les clivages politiques nationaux entre, pour l’essentiel, la droite et la gauche pourraient, nous disait-on, trouver leur légitime traduction à Strasbourg et à Bruxelles…

Avant même la tenue du scrutin, il était évident que cette argumentation relevait de la mystification. Pas plus que l’on ne saurait demander à un zèbre de rugir, on ne peut attendre de la Commission qu’elle soit « de gauche » [1]. Quelle que soit en effet sa couleur politique personnelle, son président est tenu d’agir dans le cadre des politiques néolibérales qui figurent en toutes lettres, et plutôt deux fois qu’une, dans les différents traités européens, et qui interdisent toute autre orientation. En d’autres termes, l’intervention politique des citoyens peut porter sur tous les sujets… sauf sur ceux sanctuarisés par les traités, c’est-à-dire les plus fondamentaux. Le néolibéralisme n’est plus alors une option de société parmi d’autres, mais un socle aussi intouchable que le suffrage universel ou la présomption d’innocence.

Par ailleurs — petit détail oublié dans le débat — la composition du collège bruxellois échappe à son président : les 27 autres commissaires sont désignés par leurs gouvernements respectifs et, dans l’hypothèse fantaisiste où il voudrait prendre des libertés avec les dispositions des traités, il se retrouverait complètement isolé.

Au lendemain des élections de mai, ce qui ne faisait pas l’ombre d’un doute, sauf chez les vrais ou faux naïfs, s’est effectivement produit : la continuité dans la cogestion du Parlement et dans l’appui à la Commission et aux traités par le PPE et le PSE. Appuyés par les libéraux-démocrates du groupe ALDE, ils se sont mis d’accord pour reconduire Martin Schulz à la présidence du Parlement et pour porter Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission où il succèdera à un autre conservateur, José Manuel Barroso. Dans un grand moment de sincérité, et au-delà de leurs ambitions personnelles concurrentes, les deux nouveaux présidents élus nous avaient prévenus avant le scrutin : interrogé sur ses divergences avec Jean-Claude Juncker, Martin Schulz avait déclaré le 9 avril dernier « je ne sais pas ce qui nous distingue » [2].

Nous sommes en plein déjà-vu, un déjà-vu qui tourne en dérision les promesses (plus précisément les illusions) de choix possibles entre orientations européennes différentes, et qui revient à cautionner le carcan des traités. On peut s’étonner que, en désignant également un candidat à la présidence de la Commission — Alexis Tsipras —, la plupart des partis de la gauche radicale européenne — dont les eurodéputés siègent dans le groupe GUE/NGL — aient initialement accepté de légitimer une règle du jeu qui les banalise. Après coup, ils se sont cependant « rattrapés » en votant contre la candidature de Jean-Claude Juncker [3].

Voilà qui, en France, a dû décevoir Ensemble, nouvelle composante du Front de gauche rassemblant plusieurs de ses personnalités et de ses courants précédemment non organisés en son sein, et dont un des responsables avait préconisé un vote positif [4]. Son argumentation peut se résumer ainsi : le Parlement européen qui élit le président de la Commission, dont le nom lui est proposé par le Conseil européen (les 28 chefs d’Etat et de gouvernement), doit imposer en amont à ce dernier la seule désignation que lui, Parlement, acceptera ensuite de ratifier. C’est là une interprétation audacieuse du traité de Lisbonne qui prévoit seulement que, dans sa proposition, le Conseil « tiendra compte » des résultats de l’élection du Parlement. Et c’est cette interprétation qui constituerait une avancée démocratique !

On ne voit pourtant pas en quoi un Parlement élu par seulement 44 % des électeurs inscrits serait plus légitime que des gouvernements issus de scrutins législatifs où les taux de participation ont été très nettement supérieurs. D’autant plus que les élections européennes sont en fait une juxtaposition d’élections nationales mesurant en premier lieu des rapports de forces nationaux. Si l’on ajoute à cela le fait que les noms des chefs de file européens, lorsqu’ils existaient, ne figuraient pas sur les bulletins de vote nationaux, il est extravagant de prétendre que même les électeurs du PPE se sont prononcés pour Jean-Claude Juncker. Il en serait évidemment allé de même pour le chef de file de tout autre parti arrivé en tête du scrutin.

Le caractère absurde de cette pratique a été mis en évidence par un ancien eurodéputé centriste, Jean-Louis Bourlanges, l’un des plus fins analystes français des questions européennes : « Le fait d’arriver en tête avec 25 % des voix dans un système multipartisan n’est absolument pas créateur de légitimité démocratique. Il me paraît extravagant de considérer un homme, qui n’a pas été choisi par 75 % des votants, comme élu démocratiquement. Arriver en tête dans une élection comprenant un nombre important de candidats n’est pas du tout le signe que l’on est le préféré du corps électoral en question  » [5]. La conclusion de l’auteur est sans appel : « Contrairement à ce que tout le monde a voulu faire croire, il ne s’agit pas d’une logique démocratique mais « partitocratique », qui méconnaît les pouvoirs du Conseil européen et ceux des parlementaires, qui se sont condamnés à voter pour un homme imposé par une minorité d’entre eux » [6]. On ne saurait mieux dire.
Dans leur obsession anti-étatique, certains secteurs de la gauche radicale en sont venus à laisser entendre que ce n’est pas le capitalisme qui « porte en lui la guerre, comme la nuée l’orage » (Jaurès), mais la nation et le principe de souveraineté. Aussi se cramponnent-ils à toute « avancée » post-nationale — en l’occurrence la désignation de chefs de file à l’échelle électorale des Vingt-huit — pour postuler, contre toute évidence, l’existence d’un espace public européen, alors que cet espace reste confiné aux tractations entre gouvernements et appareils partisans à Bruxelles et à Strasbourg. Il n’y a pas lieu de s’en féliciter : il faut d’abord prendre acte de cette inexistence pour la surmonter à terme car le wishful thinking (prendre ses désirs pour des réalités) ne constitue pas une politique.

Si l’UE venait un jour à se transformer en communauté politique de citoyens, les anti-étatistes de la gauche européiste se trouveraient placés devant une contradiction existentielle que Frédéric Lordon a parfaitement identifiée : « Il serait donc grand temps de mettre un peu de conséquence dans las appels angoissés à l’ « Europe », rivés à des postures de dépassement dont jamais les conditions de possibilité ne sont analysées – et encore s’agit-il de faux déplacements, puisqu’ils conduiraient en fait à un simple redéploiement du principe de souveraineté à une échelle territoriale étendue… c’est-à-dire à la reconstitution, fût-ce sous la forme fédérale — mais ceci n’est qu’une différence seconde — du principe même qu’ils vilipendent quand ils l’observent dans la limite du territoire des actuelles nations ! » [7].

Le fiasco de l’opération « chefs de file », qui a débouché sur la reconduction de la « grande coalition » PPE/PSE, a au moins eu le mérite de rappeler que, face au bloc constitutionnel de traités ultra-libéraux, il reste seulement aux citoyens une souveraineté limitée aux apparences d’une « démocratie » européenne [8].

 


Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

Notes

[1] Lire « L’illusion d’une Commission européenne de gauche ».

[2] Lire « Elections européennes : quand socialistes et conservateurs font cause commune ».

[3] Jean-Claude Juncker a obtenu 422 voix, soit nettement plus que la majorité absolue requise (376). Les voix « contre » s’élèvent à 250 et las abstentions à 47.

[4] https://www.ensemble-fdg.org/thèmes/europe

[5] https://www.contexte.com/bourlanges-lelection-de-juncker-est-le-fruit-une-procedure-perverse

[6]  Ibid.

[7] Frédéric Lordon, La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique, Les liens qui libèrent, Paris, 2014.

[8] Lire Bernard Cassen, Hélène Michel et Louis Weber, Le Parlement européen pour faire quoi ?, Editions du Croquant, Broissieux. 73340 Bellecombe-en-Bauges, 2014.

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 06:23

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carte postale de Annette Griesche & Christophe Monterlos

... die ich liebe. annette

lennart christian jean-pierre monterlos
* 26.06.2006 / 17h08 / 3850g / 54cm

annette griesche & christophe monterlos

 

Sur The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture

cARTed Series n.211 - août 2006 - Siouville

Contrat tacite des gens qui dorment 

 

Mes chers amis,
 
Le 11 septembre marque le triste anniversaire d'une catastrophe hautement symbolique pour l'humanité.
 
Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l'approbation tacite d'une sorte de contrat passé avec chacun d'entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu:
 
 
1) J'accepte la compétition comme base de notre système, même si j'ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l'immense majorité des perdants.
 
2) J'accepte d'être humilié ou exploité à condition qu'on me permette à mon tour d'humilier ou d'exploiter quelqu'un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale.
 
3) J'accepte l'exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que la prise en charge de la société a ses limites.
 
4) J'accepte de rémunérer les banques pour qu'elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu'elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits (qui serviront a dévaliser les pays pauvres, ce que j'accepte implicitement). J'accepte aussi qu'elle prélèvent une forte commission pour me prêter de l'argent qui n'est autre que celui des autres clients.
 
5) J'accepte que l'on congèle et que l'on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s'écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année.
 
6) J'accepte qu'il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère qu'on le fasse lentement en ingérant ou en inhalant des substances toxiques autorisées par les états.
 
7) J'accepte que l'on fasse la guerre pour faire régner la paix.
J'accepte qu'au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la défense. J'accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d'armes et faire tourner l'économie mondiale.
 
8) J'accepte l'hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu'il s'agisse d'une énergie coûteuse et polluante, et je suis d'accord pour empêcher toute tentative de substitution s'il s'avérait que l'on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l'énergie, ce qui serait notre perte.
 
9) J'accepte que l'on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états décrètent qu'il s'agit d'un ennemi et nous encouragent à le tuer.
 
 
10) J'accepte que l'on divise l'opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l'impression de faire avancer le système. j'accepte d'ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu'elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux.
 
11) J'accepte que le pouvoir de façonner l'opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd'hui aux mains d'affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis convaincu du bon usage qu'ils en feront.
 
12) J'accepte l'idée que le bonheur se résume au confort, à l'amour, au sexe, et la liberté d'assouvissement de tous les désirs, car c'est ce que la publicité me rabâche toute la journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai: je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie.
 
13) J'accepte que la valeur d'une personne se mesure à la taille de son compte bancaire, qu'on apprécie son utilité en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu'on l'exclue du système si elle n'est plus assez productive.
 
14) J'accepte que l'on paie grassement les joueurs de football ou des acteurs, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l'éducation et de la santé des générations futures.
 
15) J'accepte que l'on mette au banc de la société les personnes agées dont l'expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète (et sans doute de l'univers) nous savons que l'expérience ne se partage ni ne se transmet.
 
 
16) J'accepte que l'on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et combien j'ai de la chance de vivre en occident. Je sais qu'entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous.
 
17) J'accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent l'avenir de la vie et de la planète.
 
18) J'accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu'on me le signale explicitement. J'accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l'agroalimentaire de breveter le vivant, d'engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l'agriculture mondiale.
 
19) J'accepte que les banques internationales prêtent de l'argent aux pays souhaitant s'armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu'il vaut mieux financer les deux bords afin d'être sûr de gagner de l'argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s'ils ne peuvent pas rembourser les emprunts.
 
20) J'accepte que les multinationales s'abstiennent d'appliquer les progrès sociaux de l'occident dans les pays défavorisés. Considérant que c'est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu'on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de l'homme et du citoyen, nous n'avons pas le droit de faire de l'ingérence.
 
21) J'accepte que les hommes politiques puissent être d'une honneteté douteuse et parfois même corrompus. Je pense d'ailleurs que c'est normal au vu des fortes pressions qu'ils subissent. Pour la majorité par contre, la tolérance zéro doit être de mise.
 
 
22) J'accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l'agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances cancérigènes interdites en occident.
 
23) J'accepte que le reste de la planète, c'est-à-dire quatre milliards d'individus, puisse penser différemment à condition qu'il ne vienne pas exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d'expliquer notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives.
 
24) J'accepte l'idée qu'il n'existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé. Et si nous sommes doués d'une conscience et d'un langage, ce n'est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte.
 
25) J'accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu'aujourd'hui tout ceci n'existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous l'entendons sans cesse dans nos discours politiques.
 
26) J'accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées pour l'explication du mystère de nos origines. Et j'accepte que la nature ait pu mettre des millions d'années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants.
 
 
27) J'accepte la recherche du profit comme but suprême de l'Humanité, et l'accumulation des richesses comme l'accomplissement de la vie humaine.
 
28) J'accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de nos océans. J'accepte l'augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de poisons chimiques et d'éléments radioactifs dans la nature. J'accepte l'utilisation de toutes sortes d'additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c'est qu'ils sont utiles et sans danger.
 
29) J'accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu'elle nous mène vers une catastrophe sans précédent.
 
30) j'accepte cette situation, et j'admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l'améliorer.
 
31) J'accepte d'être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux pas mieux.
 
32) J'accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes soucis. J'accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez.
 
33) J'accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste matrice que vous placez devant mes yeux pour m'empêcher de voir la réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie.
 
 
Si vous êtes contre, vous pouvez toujours mettre en oeuvre les ressources de l'amitié et de l'amour, de la fraternité et de la responsabilité partagée, réfléchir, concevoir, oser et tisser, comme le permet l'Internet... tout retard rapproche du néant.
 
 
Fait par amitié sur la Terre, le 11 septembre 2003

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 05:47

http://goudouly.over-blog.com/article-les-dix-strategies-de-manipulation-de-masses-112576981.html

carte postale de Armand le Poète
 

Armand le Poête
"Mes plus beaux poêmes d'amour"
(extraits)
ed. Gros Textes

Sur The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.101 - juillet 2000 - Oëx & Genève

 

Les dix stratégies de manipulation de masses

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. »
Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.


3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.


4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.


5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…


7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…


9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…


10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 05:00

http://goudouly.over-blog.com/article-la-crise-pour-les-nuls-112357391.html

 

Home Collection Postcards Contacts

 

carte postale de Clara Auguste

Mon père est un artiste


Clara AUGUSTE
1993

 

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.004 - décembre 1993 - Equeurdreville
special "Club des Chi-Arts" - Mes parents sont des artistes

 

 

 

 

LA CRISE POUR LES "NULS"

Comment en est-on arrivé là?

(tout le monde va enfin piger) 

Trouvé sur le www et arrangé par mes soins      

 

Jef est propriétaire d'un bistrot. Il réalise soudain que tous ses clients sont des alcoolos qui faute de moyens ne peuvent plus fréquenter son bistrot.

Il imagine alors un plan marketing génial:

"Picole aujourd'hui, paie demain"

Il tient rigoureusement à jour son carnet de "poufs", ce qui équivaut donc à consentir un prêt à ses clients.

Chiffre d'affaires et bénéfices explosent et son bistrot devient vite, sur papier, le plus rentable de la citée.

Ses clients s'endettant chaque jour davantage, acceptent sans rechigner des augmentations régulières du prix du godet, gonflant ainsi (toujours sur papier) les marges du bistrot.

Le jeune et dynamique représentant de la banque de Jef, se rendant compte que ce tas de poufs sont en fait des contrats à terme (Futures) et donc représente un actif, propose des crédits à Jef avec les poufs en garantie.

Sa trouvaille géniale vaut au banquier visionnaire un plantureux bonus.

Au siège de la banque, un trader imagine alors un moyen pour se faire de belles commissions : il convertit les poufs en PICOLOBLIGATIONS.

Les Picolobligations sont alors "titrisées" (converties en paquets de titres négociables) afin d'être vendues sur le marché à terme.

Confiants à l'égard de leur banquier et avides de hauts rendements, les clients ne captent pas que ces titres qui leur sont fourgués comme "obligations AA", ne sont en fait que des poufs d'alcoolos sans garanties.

Les Picolobligations deviennent la star des marchés, on se les arrache et leur valeur crève tous les plafonds.

Un beau matin, un "risk manager" oublié dans les caves de la banque se réveille et signale qu'il est temps de demander à Jef que ses clients règlent leurs poufs.

Jef essaie, mais la plus part de ses clients ne bossant pas, ... broquette.

La banque exige alors le remboursement du crédit et le bistrot fait logiquement faillite, vire ses employés entraînant la faillite de ses fournisseurs en bibine qui, à leur tour, virent également leurs employés.

Le cours des Picolobligations chute brutalement de 90%.

La dépréciation de cet actif vaporise les actifs et donc les liquidités de la banque.

Problème : sa banqueroute ruinerait trop d'électeurs ("too big to fail" qu'on dit)

La banque est donc renflouée par l'Etat.

Ce renflouement est financé par de nouvelles taxes prélevées chez des employés, les classes moyennes et un tas de gens qui ne picolent pas et qui n'ont jamais mis les pieds dans le bistrot du Jef..

Compris ?

Continue de ne pas jouer en bourse !!!

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 05:33

http://goudouly.over-blog.com/article-pour-en-finir-avec-la-competitivite-112220808.html

carte postale de Christophe Meyer

Christophe Meyer
Atelier Volant

Maison/Home
http://dessindujourdechristophe.blogspot.fr/
http://www.christophemeyer.net/
http://twitter.com/christophemeyer
http://www.facebook.com/christophe.meyer

Sur cARTed Network

The cARTed Picture Show
Sculpture Amicale - Friendly Sculpture
cARTed Series n.254 - février 2010 - Paris

 

Pour en finir avec la compétitivité

(rapport Attac/Copernic)

 

Après avoir annoncé un nécessaire « choc de compétitivité » souhaité par la droite et le MEDEF, le gouvernement souhaite désormais construire un « pacte de compétitivité » sur l’ensemble du quinquennat de François Hollande, inspiré par les mesures préconisées par le rapport Gallois. La rengaine est connue : notre pays souffrirait d’un déficit de compétitivité dû, entre autres, à un coût du travail trop élevé. Qu'en est-il vraiment ?

(Consulter le rapport en PDF)


À travers ce rapport, Attac et la fondation Copernic se penchent sur les difficultés de l'économie française et sur les idées reçues autour de la compétitivité. Pour ses auteurs, la diminution du coût du travail, prônée par le rapport Gallois n'est en rien une solution à la crise, de manière globale, ni à la désindustrialisation en particulier. L'accent mis sur le coût du travail masque l'essentiel, notamment l'envolée des dividendes qui grèvent les investissement de R&D.


Les mesures annoncées par le gouvernement constituent un ralliement aux dogmes libéraux, selon lesquels les salaires et la protection sociale seraient la cause de nos difficultés, les dépenses publiques devraient diminuer, et la TVA anti-sociale serait une solution. Il est pourtant urgent de sortir de cette logique qui créé les conditions d’une concurrence de tous contre tous, d’un état de guerre économique permanent qui appauvrit les populations et détruit les équilibres écologiques.


Ce contre-rapport montre comment la compétitivité, tant vantée, s’avère en fait être une voie sans issue, économiquement absurde et socialement destructrice : c’est un autre modèle de développement qu’il faut aujourd’hui promouvoir tant pour des raisons écologiques que pour des raisons sociales. Ce nouveau modèle de développement doit être fondé sur les principes de la coopération, de la rupture avec un consumérisme destructeur, de la réponse aux besoins sociaux, de la réduction des inégalités et de l’ouverture d’une transition écologique.


Lire le rapport : Pour en finir avec la compétitivité, Attac / Fondation Copernic, 7 novembre 2012

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 05:47

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carte postale de NOF

"Pornographistes"
Extrait du projet "slogans®" - "sentences®" archives multimédia.

NOF
NANCY

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cARTed Series n.018 - juillet 1995 - Le Pré de Malon

 

 

Pourquoi rien ne change-t-il alors qu’on sait qu’il faut changer ?

Dominique Méda

5 novembre 2012

Sur Reporterre

 


D’abord parce que la crise nous tétanise et bloque les innovations possibles, alors que nous avons besoin de celles-ci plus que jamais. La crise sociale et de l’emploi nous garotte entièrement. Il y a une complète contradiction entre court terme et long terme : au nom du long terme, nous devrions changer radicalement nos modes de production, revoir le rythme de la croissance, consommer différemment et, à mon sens, moins. Mais à court terme nos gouvernants pensent qu’il faut plus de consommation, plus de production, pour avoir plus d’emplois et de revenus.


Désormais nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que le PIB est un indicateur qui nous mène dans le mur mais nous n’avons jamais autant réclamé plus de croissance...


Ensuite, nous sommes tétanisés par notre incapacité à savoir qui doit commencer et par où nous devons commencer. Pour qu’une action ait une chance d’avoir une certaine efficacité, il faut qu’elle ait obtenu un soutien européen mais nous ne parvenons pas à déterminer des alliances européennes.


Nos mouvements sociaux et écologiques en France sont fragmentés, les objectifs sociaux et écologistes apparaissent désormais comme contradictoires, en France et en Europe (on ne parle plus d’Agenda Vert, la Spring alliance bat de l’aile), il n’y a pas de revendications écologiques et sociales communes en Europe... Je pense que c’est un des points fondamentaux. Les mouvements sociaux et écologistes ne parviennent pas en Europe à proposer une alternative commune et claire, ni le chemin pour y parvenir.


Quant à la question de savoir qui doit commencer et si un pays peut engager seul sa transition (vers la transition écologique, les énergies renouvelables, la décroissance de certaines productions et consommations, la reconversion de certains secteurs), elle reste complètement irrésolue et bloquante. La concurrence généralisée qui s’est installée à l’intérieur de l’Europe et dans le monde empêche de développer de "bonnes" alternatives, le risque de perdre est trop grand. L’absence de coopération organisée est dramatique.


Et donc, alors que désormais nous savons que la menace de changement climatique nous contraint à prendre des décisons fortes dans une fenêtre temporelle trés étroite, nous restons tétanisés par manque d’une alternative crédible portée par une alliance de mouvements sociaux et écologistes, par exemple par une aillance des syndicats et des consommateurs pour un emploi de qualité et des produits de qualité.


Pour moi, la question la plus "bloquante" est celle de la croissance et de son indicateur : le PIB [produit intérieur brut]. Tant que nous resterons les yeux braqués sur cet indicateur nous ne pourrons changer ni les comportements des entreprises ni les politiques publiques. Il nous faut absolument changer d’indicateurs, adopter des indicateurs complémentaires au PIB pour mettre en évidence les erreurs auxquelles nous conduit l’adhésion exclusive à cet indicateur et pour dessiner un autre chemin, un autre modèle.


Il nous faut aussi sortir du langage exclusivement économique et monétaire et parvenir à décrire le monde que nous voulons avec un autre langage.


Enfin, susbsiste la question lancinante du chômage ; nous sommes en train de nous lancer dans un programme de flexibilisation du marché du travail alors que le chômage a de nouveau atteint des sommets et qu’il faudrait partager l’emploi.


 

Source : Courriel à Reporterre

Dominique Méda est titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales (Collège d’études mondiales /Dauphine).

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 03:20

 

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carte postale de La Sauce aux Sons

L'Orchestre à vingt centimes
Fanfare rurale de musicalité durable

Contact : Vincent Touret - La Sauce aux Sons

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cARTed Series n.162 - novembre 2003 - Bretteville Besançon Sète & Bourges
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Depuis 1998 et la première élection de Hugo Chavez au Venezuela [1], un nouveau cycle politique s’est ouvert en Amérique latine. Il se caractérise par l’émergence, dans une majorité de pays [2], d’une nouvelle gauche du progrès humain au pouvoir. Partout, elle s’est appuyée sur le développement d’un fort mouvement des idées et des luttes sociales contre les politiques néolibérales et les oligarchies inféodées à Washington. Elle a en commun, au-delà de la diversité de ses acteurs et des expériences en cours, d’avoir tiré le bilan de l’échec et de l’écroulement du communisme d’Etat, en même temps que de celui de la conversion aboutie de la social-démocratie en un social-libéralisme d’accompagnement et de rafistolage du système capitaliste globalisé. En Amérique latine, cette social-démocratie là s’est dissoute comme projet théorique et comme stratégie. Ayant renoncé au dépassement du capitalisme, et au nom d’une ruineuse stratégie d’accompagnement du système, elle a finalement permis, et même organisé, le démantèlement des sociétés latino-américaines. Elle s’est effondrée électoralement dans plusieurs pays. Enfin, elle s’est parfois même retournée contre le peuple (Caracazo de 1989 au Venezuela).

C’est le premier enseignement que nous offre le scénario latino-américain : les peuples écrasés par le rouleau compresseur néolibéral (démantèlement de l’Etat et des services publics, libéralisations et privatisations, austérité généralisée, etc.) peuvent renverser l’ordre établi qu’ils ne sont pas condamnés à subir. Il nous indique également comment des systèmes politiques et institutionnels établis depuis des décennies peuvent, dans certaines conditions historiques, s’effondrer rapidement en entraînant dans leur fulgurante chute des partis (conservateurs et sociaux-démocrates) incapables de résoudre les problèmes concrets des populations.

Les processus de transformation sociale et démocratique en Amérique latine nous montrent que – pour construire un rapport de forces durable dans la société contre les pouvoirs économiques et financiers et leurs représentants et divers relais qui subsistent largement en dehors du pouvoir d’Etat, notamment dans les sphères économiques, institutionnelles, médiatiques et internationales –, il faut poursuivre des objectifs qui s’inscrivent dans une radicalité concrète [3], elle-même rendue possible par la mise en place d’une méthode permanente : l’implication populaire.

Celle-ci passe, en premier lieu, par l’organisation de processus constituants pour refondre le système politique et le jeu démocratique, le développement et la multiplication des formes de consultation des populations (élections, référendum, référendums révocatoires, etc.), la démocratisation du spectre médiatique (soutien à la création de médias communautaires, renforcement de services publics de l’information, lois anti-concentration, etc.), le développement de l’éducation, le renforcement de la démocratie participative à tous les échelons (certains Latino-américains parlent de « démocratie protagonique »).

De ce point de vue, l’Amérique latine est loin des clichés médiatiques qui abondent sur les supposées dérives « autoritaires » des expériences en cours. Elle invente au contraire de nouveaux processus politiques historiques dans lesquels les forces populaires – et en particulier les pauvres comme sujet politico-social – construisent leur émancipation à travers la mise en place de politiques concrètes qui, progressivement, ouvrent la voie à une transformation plus profonde des structures de la société. Et ce, dans le cadre d’un vif conflit démocratique assumé dans lequel les forces associées aux régimes antérieurs continuent – avec de nombreux soutiens extérieurs et médiatiques – d’agir.

Dans ce bras de fer permanent, les positions des classes moyennes formées au cours des périodes passées – ou émergentes dans le cadre des processus actuels qui ont réduit la pauvreté et élevé le niveau global de richesse dans chaque pays – seront influentes pour observer l’évolution du rapport de forces et les perspectives d’approfondissement – ou de stagnation – des politiques de rupture.

Dans tous les pays où elle se déploie, la gauche latino-américaine construit l’Etat social lorsque celui-ci disparaît progressivement dans nos sociétés sous la pression de la globalisation et sous le prétexte de la crise. Cette gauche latino affirme – et c’est aussi un enseignement – que l’investissement dans des politiques de justice sociale constitue un facteur de progrès et de prospérité pour la société.

L’Amérique latine est la seule région du monde dans laquelle une fissure s’est produite dans l’hégémonie du néolibéralisme. L’ « autre gauche » latino-américaine fait la démonstration qu’il est possible de faire autrement lorsque la volonté politique s’installe, face aux marchés, au poste de commandement.

Et cette région n’est pas n’importe laquelle. Elle concentre en effet de formidables richesses convoitées dans le nouveau jeu géopolitique mondial à l’heure de la crise systémique du capitalisme. L’Amérique latine rassemble 1/3 des ressources mondiales d’eau potable, d’immenses réserves en hydrocarbures, en gaz, en minerais divers, en métaux rares, la plus grande biodiversité au monde, le plus important potentiel agricole, etc.

Dans ce contexte, elle est le laboratoire de nouvelles formes d’intégration régionale qui cherchent à bâtir la souveraineté et l’indépendance du sous-continent et de ses peuples face aux prétentions hégémoniques des puissances tutélaires traditionnelles de la région (Etats-Unis et pays européens). Qu’il s’agisse de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) crée en 2004, de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) fondée en 2008 ou de la Communauté des Etats de l’Amérique latine et de la Caraïbe (Celac) lancée en 2011, toutes ces initiatives et regroupements de pays conçoivent les voies de l’intégration régionale par des mécanismes qui ne consacrent pas le marché et le libre-échange au cœur des processus, mais les principes de coopération, de solidarité et de complémentarité.

C’est notamment pour toutes ces raisons que les progressistes du monde doivent s’intéresser à l’Amérique latine. Celle-ci est une source d’inspiration en ce sens qu’elle offre un terrain d’élaboration et d’expérimentation unique pour certaines politiques qu’ils promeuvent. Elle permet aussi d’en observer les contradictions, les limites et les réussites.

L’Amérique latine offre, par exemple, le cadre d’un débat inédit au sein de la gauche et des mouvements sociaux sur la question du modèle de développement qu’il convient de construire au-delà du post-néolibéralisme. Au cœur de celui-ci se trouve la question environnementale alors que le modèle de développement latino-américain se caractérise par le fait qu’il organise l’intégration des pays de la région aux marchés internationaux via une reprimarisation des économies [4].

L’Amérique latine permet enfin de comprendre comment les acteurs sociaux et politiques se mobilisent et se mettent en mouvement pour faire bouger les lignes dans des sociétés meurtries par les oligarchies et le néolibéralisme. Et ce, tandis que notre continent s’enfonce dans une crise économique, sociale et démocratique d’une ampleur jamais connue depuis les années 1930 et dont les principaux responsables sont les mêmes [5] qui ont saccagé les sociétés latino-américaines… avant que celles-ci ne se rebellent.

N.B : une version première de ce texte est déjà parue dans le journal A Gauche (octobre 2012).

Notes

[1] Ce dernier a été réélu le 7 octobre 2012 pour un nouveau mandat. Voir le dossier de Mémoire des luttes « Elections au Venezuela »

[2] Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Nicaragua, Paraguay (avant le coup d’Etat de 2012), Pérou, Uruguay, Venezuela.

[3] Il s’agit de politiques visant à organiser une réappropriation par la puissance publique des ressources nationales et des sphères économiques et financières abandonnées à la finance, à élargir le périmètre de la propriété sociale, à consolider l’accès des populations – notamment pauvres et indigènes – aux droits fondamentaux et à développer de nouveaux droits sociaux et environnementaux, etc.

[4] L’Amérique latine s’intègre à la mondialisation par le biais du développement considérable de ses exportations de matières premières, minières et agricoles vers les marchés internationaux, principalement ceux d’Asie et de Chine. La part des produits primaires dans la production globale des richesses augmente dans la plupart des pays de la région. Et ce, au détriment de la part des produits industriels et à haute valeur ajoutée. Lire Bernard Duterme (dir.) Etat des résistances dans le Sud. Amérique latine. Syllepse, coll. « Alternatives Sud », Paris, 2012 et Pierre Salama, Les économies émergentes latino-américaines.- Entre cigales et fourmis. Armand Colin, Paris, 2012.

[5] Fonds monétaire international, marchés financiers, auxquels s’ajoutent en Europe la Commission européenne et la Banque centrale européenne.

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 03:16
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carte postale de Jean-Luc André

Jean-Luc André

Valet de Trèfle

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Avec Le Monde diplomatique en español

 

Comme on pouvait s’y attendre, tous les dignitaires présents et passés des institutions européennes ont bruyamment salué l’attribution du prix Nobel de la paix à l’Union européenne (UE). Elle leur a permis, au moins pendant quelques jours, de se re-légitimer face à des opinions publiques de plus en plus eurosceptiques. Peine perdue : ces opinions sont largement restées indifférentes ou goguenardes, et parfois scandalisées, tant cette opération de communication leur paraissait à mille lieues de leur réalité vécue des politiques de l’UE. Et encore les médias ont-ils été relativement discrets sur le fait que le président du comité Nobel qui a attribué le prix, le Norvégien Thorbjorn Jagland (dont par deux fois le pays a refusé l’adhésion à l’UE), n’est autre que le secrétaire général de l’autre institution européenne, le Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 Etats, dont les 27 membres actuels de l’UE.

Il n’est sans doute pas anodin que cet exercice d’auto-promotion intervienne au moment où ce n’est pas la paix, mais un véritable climat d’affrontement social qui prévaut dans nombre de pays de l’UE. Ainsi, le 9 octobre, soit trois jours avant l’annonce de la décision du comité Nobel, Angela Merkel n’a pu se réunir à Athènes avec le premier ministre grec que sous la protection de 6 000 policiers, face à des manifestants qui brûlaient des drapeaux allemands et qui affublaient d’insignes nazis des portraits de la chancelière.

Deux semaines plus tôt, le 25 septembre, des milliers d’Indignés qui assiégeaient le Parlement avaient été violemment réprimés par la police : 60 blessés et des centaines d’interpellations. Le 15 septembre, plus d’un million de Portugais étaient descendus dans les rues des principales villes du pays pour dire « non » aux plans d’austérité du gouvernement de Pedro Passos Coelho. Parmi les slogans que l’on pouvait lire sur les banderoles des manifestants, l’un résumait bien le sentiment général : « Stop au terrorisme social ». Etaient visées non seulement les dirigeants portugais, mais aussi la funeste troïka - Banque centrale européenne (BCE), Commission européenne et FMI – qui constitue le détachement avancé d’une véritable et toute-puissante force d’occupation à laquelle l’UE a fait serment d’allégeance : la finance.

Pour que les choses soient claires, c’est cette « troïka » qui devrait se rendre à Oslo le 10 décembre prochain pour recevoir le prix Nobel, et non pas l’autre « troïka » prévue : les présidents de la Commission, du Parlement européen et du Conseil européen. Et il appartiendrait alors au « sauveur suprême » de l’Europe, Mario Draghi, de prononcer le discours d’acceptation du prix. Dans son allocution, le président de la BCE pourrait reprendre à son compte la célèbre déclaration du méga-spéculateur Warren Buffet, le deuxième homme le plus riche du monde, qui, le 25 mai 2005, affirmait à la chaine de télévision CNN : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».

A l’époque, ces propos étaient destinés au public américain, et ils avaient valeur de mise en garde car Warren Buffet craignait que le système capitaliste ne s’autodétruise par ses propres excès. Sept ans plus tard, ils s’appliquent parfaitement à la situation européenne. Derrière l’invocation obsessionnelle, par tous les gouvernements, de la nécessité de la « compétitivité » (traduction : baisse de la rémunération du travail et démantèlement de la protection sociale), c’est bien une violente guerre sociale qui est en cours dans l’UE. Et la mascarade du prix Nobel de la paix ne pourra pas dissimuler cette réalité.

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 03:12
carte postale de Muriel Falhun

"Ils rêvaient qu'ils volaient"

MURIEL FALHUN

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Avec Le Monde diplomatique en español

 

A ceux qui l’ignoraient encore, la crise révèle que les marchés financiers sont devenus les acteurs principaux de l’actuelle conjoncture économique en Europe. Ils incarnent un changement fondamental : le vrai pouvoir – jusqu’à présent détenu par les politiques – est passé entre les mains des spéculateurs boursiers et d’une cohorte de banquiers tricheurs.
Chaque jour, les marchés mobilisent des sommes colossales. Leur action collective peut renverser des gouvernements, imposer des décisions politiques et soumettre des peuples. Ces nouveaux « maîtres du monde » ne s’embarrassent de nul souci du bien commun. La solidarité n’est pas leur problème. Encore moins la préservation de l’Etat providence. Une seule rationalité les motive : l’appât du gain. Mus par l’avidité, spéculateurs et banquiers en viennent à se comporter comme des mafias avec une mentalité de chacals. Ils agissent dans une totale impunité.
Depuis le début de la crise, en 2007, à cause de leur comportement rapace, aucune réforme sérieuse n’est parvenue à réglementer les marchés, ni à discipliner les banquiers. Malgré l’ampleur des critiques formulées contre l’ « exubérance irrationnelle » du système, le comportement des acteurs financiers n’a pas changé. Il demeure vénal et cynique.
Certes, les banques jouent un rôle clé dans le système économique. Et les risques liés à leurs activités traditionnelles – stimuler l’épargne, fournir des crédits aux familles, financer les entreprises, soutenir le commerce – sont limités. Mais depuis la fin des années 1990 et la généralisation du modèle de « banque universelle » qui a ajouté toutes sortes d’activités spéculatives et d’investissement, les dangers pour les épargnants ont explosé. Ainsi que le nombre de fraudes, de tromperies et de scandales.
On se souvient notamment de la « tricherie du siècle », réalisée par la puissante banque d’affaires américaine Goldman Sachs qui domine aujourd’hui l’univers financier. En 2001, elle avait mis tout son savoir-faire au service du gouvernement conservateur grec pour aider Athènes à maquiller ses comptes [1]. La Grèce put ainsi remplir - en apparence - les critères exigés par l’Union européenne (UE), intégrer la zone euro et disposer de la monnaie unique.
Mais quelques années plus tard, en pleine convulsion économique, la découverte du trucage provoqua une véritable déflagration qui allait faire trembler l’ensemble de l’Union européenne. Résultat : « Tout un continent plongé dans la crise de la dette souveraine ; un pays, la Grèce, mis à genoux ; récession, licenciements massifs, chute du pouvoir d’achat des salariés ; liquidation des avantages sociaux ; coupes budgétaires, misère… » [2]
Quelles sanctions pour les auteurs d’une telle fraude ? Mario Draghi, ancien vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe, et donc au courant de la tricherie, fut promu à la tête de la BCE… Quant à Goldman Sachs, elle perçut, pour ce maquillage des comptes, une prime de 600 millions d’euros… Confirmant ainsi un vieux principe : en matière de grandes fraudes organisées par les banques, l’impunité est la règle.
Les petits épargnants espagnols peuvent en témoigner. L’an dernier, ils avaient acheté des actions de Bankia le jour de l’entrée de cette banque en Bourse. Ignorant alors que cet établissement financier n’avait nulle crédibilité et que la valeur de son action, selon les agences de cotation, était déjà proche des obligations pourries…
Les épargnants faisaient confiance à Rodrigo Rato, le président de Bankia et ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Celui-ci n’hésitait pas à déclarer, quelques jours avant d’être obligé à démissionner et peu avant que l’Etat espagnol soit contraint d’apporter 23,5 milliards d’euros au capital de Bankia pour en éviter la faillite : « Notre situation est d’une très grande solidité en ce qui concerne notre solvabilité et aussi du point de vue des liquidités [3]. »…
Il est vrai que, moins d’un an auparavant, en juillet 2011, Bankia avait apparemment réussi les « épreuves de résistance » réalisées par l’ European Banking Authority (EBA). Bankia avait en effet obtenu un Core Tier One Capital (niveau de fonds propres) estimé à 5,4%, alors que le minimum exigé n’était que de 5% [4]. Ce qui donne une idée de l’incompétence et de l’ineptie de l’EBA, organisme européen chargé de garantir la solidité des banques…
D’autres personnes peuvent également témoigner de l’impudence des banquiers. En particulier, les victimes, en Espagne, du scandale des « participations préférentielles », des titres très complexes et très risqués qui ont siphonné l’épargne (environ 26 milliards d’euros…) de quelque 710 000 familles… [5] Les banques leur ont fait croire qu’il s’agissait de placements à revenus fixes à risque zéro. Alors que ces « participations préférentielles » ne sont pas protégées par le fonds de garantie des banques. En cas de manque de liquidités, celles-ci ne sont donc pas obligées de rendre le capital initial, ni même les intérêts.
Ce « scandale du siècle » a démontré que les victimes espagnoles de tromperies bancaires ne peuvent compter ni sur la protection de la Banque d’Espagne, ni sur celle de la Commission nationale du marché des valeurs (équivalent de l’Autorité des marchés financiers) [6]. Ni, bien entendu, sur celle du gouvernement de Mariano Rajoy, qui continue d’aider massivement les banquiers tout en poursuivant une politique austéritaire très brutale avec les citoyens.
Mariano Rajoy a même demandé à l’Union européenne un crédit d’environ 100 milliards d’euros destiné à étayer le système bancaire menacé de banqueroute. En même temps, les banques espagnoles favorisaient la fuite massive de capitaux à l’étranger. De janvier à septembre 2012, quelque 220 milliards d’euros ont ainsi officiellement fui l’Espagne [7]… Une somme deux fois supérieure à l’aide demandé à l’UE pour sauver le système bancaire espagnol.
Au cours des derniers mois, à l’échelle internationale, les scandales financiers n’ont pas cessé. Rappelons, pour mémoire, quelques uns des plus marquants : la banque HSBC a été accusée de blanchir les colossales sommes d’argent de la drogue des narco-trafiquants du Mexique. Lancée dans des spéculations démentielles, la JP Morgan a pris de tels risques qu’elle a perdu environ 7,5 milliards d’euros et ruiné des centaines de clients… C’est également ce qu’a fait la Knight Capital qui, en une seule nuit, a perdu 323 millions d’euros à la suite d’une spéculation automatique à haute vitesse pilotée par ordinateur.
Mais le scandale qui provoque la plus grande colère à l’échelle mondiale est celui du Libor. De quoi s’agit-il ? L’Association des banquiers britanniques propose chaque jour un taux interbancaire appelé « London Interbank Offered Rate  » ou Libor. Le calcul de ce taux est effectué par l’agence Reuters qui, quotidiennement, demande à une vingtaine de grandes banques à quel taux elles ont obtenu un crédit. Et elle établit une moyenne. Comme c’est le taux auquel se prêtent des liquidités les banques entre elles, le Libor devient une référence fondamentale pour l’ensemble du système financier mondial. Il sert notamment à déterminer les taux (variables) des crédits immobiliers auxquels empruntent les familles (en zone euro, l’équivalent du Libor est l’Euribor, calculé sur la base de l’activité d’une soixantaine de grandes banques).
Toute variation du taux du Libor – aussi petite soit-elle – peut entraîner des conséquences gigantesques puisqu’on estime que, à l’échelle de la planète, le volume des crédits liés au Libor dépasse les 350 000 milliards d’euros…
Quelle était la fraude ? Plusieurs des banques qui servent de référence pour établir le Libor se sont concertés et ont décidé en commun de mentir sur leurs taux, faussant ainsi tous les contrats dérivés, soit notamment les crédits accordés aux familles et aux entreprises. Et cela durant des années.
Les investigations en cours ont démontré qu’une dizaine de grandes banques internationales – Barclays, Citigroup, JP Morgan Chase, Bank of America, Deutsche Bank, HSBC, Crédit Suisse, UBS (Union des Banques Suisses), Société Générale, Crédit Agricole, Royal Bank of Scotland – se sont organisées entre elles pour manipuler le Libor.
Cet énorme scandale montre que la délinquance se trouve au cœur même des finances internationales. Et que, probablement, des millions de foyers ont payé des intérêts de crédit immobilier faussés. Nombre de familles ont dû renoncer à leurs logements. D’autres en ont été expulsées parce qu’elles ne parvenaient plus à payer des intérêts artificiellement manipulés [8].
Une fois encore, les autorités chargées de veiller au bon fonctionnement des marchés ont préféré fermer les yeux. Nul n’a été condamné, à l’exception de quatre comparses [9]. Toutes les banques impliquées poursuivent leurs activités comme d’habitude.
Jusqu’à quand les démocraties pourront-elles supporter une telle impunité ? En 1932, aux Etats-Unis, le président Herbert Hoover chargea Ferdinand Pecora, fils d’immigrés italiens devenu procureur de New York, d’enquêter sur la responsabilité des banques dans les causes de la Grande Crise de 1929. Le rapport de Pecora fut dévastateur. Il qualifia les banquiers new-yorkais de « banksters  » (banquiers gangsters). Sur la base de ce rapport, le président Franklin D. Roosevelt prit la décision de protéger les citoyens contre les risques de la spéculation financière. Il sanctionna l’ensemble du secteur bancaire en lui imposant le « Glass-Steagal Act » qui établit (jusqu’en 1999) une incompatibilité entre deux sortes d’activités : les banques de dépôts et les banques d’investissement.
Qu’attendent les gouvernements de la zone euro pour adopter une mesure identique ?

 

Notes

[1]  Lire Greg Smith, Pourquoi j’ai quitté Goldman Sachs, JC Lattès, Paris, 2012. Lire aussi un entretien avec l’auteur : http://madeinusa.blogs.nouvelobs.com/un-ex-banquier-accuse-goldman-sachs-plume-les-clients.html

[2]  Página 12, Buenos Aires, 13 mars 2012.

[3]  El País, Madrid, 2 mai 2012.

[4]  En se basant sur ce déplorable rapport, certains « analystes » espagnols affirmaient – il y a à peine quinze mois – que le système bancaire espagnol figurait parmi « les plus solides du monde  »… Voici, par exemple, ce qu’écrivait, à cet égard, un « journal de référence » : « En fait, les grandes banques espagnoles remplissent largement les exigences en matière de capitaux propres, ce qui leur permet de résister à toute éventuelle dégradation extrême de la conjoncture économique au cours de deux prochaines années. » (El País,15 juillet 2011.)

[5]  http://lexpansion.lexpress.fr/.../epargnants-espagnols-ruines-par-des-produits-toxiques

[6]  Plusieurs associations ont mis à disposition des victimes leurs services juridiques. Par exemple : l’Asociación de Usuarios de Bancos, Seguros y Cajas de Ahorro (ADICAE) (adicae.net), et l’Unión de Consumidores de España (www.uniondeconsumidores.info).

[7]  Cinco dias, Madrid, 21 octobre 2012.

[8]  L’Espagne possède l’une des législations les plus dures en la matière. En cas d’impayés, la restitution du logement ne suffit pas à clore le dossier. La banque exige que la famille continue de payer le crédit jusqu’au bout… Depuis 2008, les juges espagnols ont ordonné plus de 400 000 expulsions, jetant des dizaines de milliers de familles à la rue.

[9]  La banque Barclays a été condamnée à payer une amende de 365 millions d’euros. Elle a licencié son président Marcus Agius. Son directeur général, Bob Diamond, considéré comme l’un des principaux responsables de la fraude, a été contraint à la démission… moyennant des indemnités estimées à 2,5 millions d’euros.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 20:24

 

Grande manifestation unitaire le 30 septembre !

 

Soumis à ratification tel qu’il a été signé par Nicolas Sarkozy, le Pacte budgétaire est un véritable Traité d’austérité qui aggrave davantage les politiques néolibérales. Nous demandons qu’un large débat démocratique ait lieu afin que les citoyen-es puissent se prononcer sur ce sujet décisif. Une grande manifestation unitaire à Paris le dimanche 30 septembre, 13h30 à Nation

A l’appel de Aitec-IPAM, AC !, ANECR, Attac, CADTM, Cedetim-IPAM, CDDSP, CGT FINANCES, CNDF, Les Économistes Atterrés, Fondation Copernic, Front de gauche – Parti communiste français – Parti de gauche – Gauche unitaire – FASE – République et Socialisme – PCOF – Convergence et Alternative – Gauche anticapitaliste, Jeunes Communistes, Les Alternatifs, Mémoire des luttes, M’PEP, Marches Européennes, NPA, Réseau Éducation Populaire, Résistance Sociale, SNESUP-FSU, Sud BPCE, Transform!, UD CGT 93, 94, 75, 77, Union des FAmilles Laïques, Union Syndicale de la Psychiatrie, Union syndicale Solidaires.


Ce contenu a été publié le Pacte par Collectif pour un audit citoyen.

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Published by Rue Goudouly - dans -*- politique
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