Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
« L’homme connaît les OGM depuis qu’il crée des hybrides, c’est à dire depuis le néolithique.” Cette affirmation sortie tout droit de la bouche de scientifiques, lors d’émissions de radio ou télévision, a de quoi surprendre dans le climat ambiant où le maïs transgénique MON810 vient de se voir récemment interdire en Allemagne. Afin d’aborder un sujet aussi passionnel, je vous propose de commencer par quelques notions essentielle.
L’hybridation est la fécondation croisée de l’ovule d’une plante par du pollen d’une autre plante de la même espèce. Celle-ci peut être provoquée par l’homme mais peut aussi se produire naturellement.
Les biotechnologies permettent, en laboratoire, d’introduire un ou plusieurs gènes d’une espèce dans le génome d’une autre espèce, sans passer par les contraintes régulatrices de la fécondation. On obtient une plante transgénique ou OGM.
Vous l’aurez compris, la notion de fécondation est centrale dans ce qui différencie une espèce hybride et une plante transgénique. Le processus de fécondation se déroule par un dialogue entre gènes qui impose de fait le respect de l’organisation du génome. (Voir définition gène* et génome** en fin d’article).
Les subtilités et la complexité des connaissances scientifiques sont l’arme absolue des lobbyings, amenant doucement mais sûrement l’idée que tout cela est une affaire d’experts. Le scientisme est à l’œuvre. Un positionnement tout aussi surprenant qu’inquiétant apparaît : la critique des OGM n’émane pratiquement pas du milieu scientifique, ce qui donne au débat public un air exagérément manichéen avec d’un côté les obscurantistes et de l’autre les adeptes du « tout changement est un progrès ».
Les OGM ne sont que le partie visible de l’iceberg. En effet, les plantes transgéniques cristallisent à ce point les passions car elles posent des questions qui concernent d’autres débats : l’appropriation du vivant dans le futur, le niveau respectif de l’engagement du privé et public dans certains types de recherches, ainsi que la notion de responsabilité à long terme.
La mise en place d’un débat est évidemment pertinente en amont, non quand les protagonistes se sont enracinés sur des sols où chacun défend bien sûr son point de vue mais aussi et surtout sa crédibilité. Le temps déraisonnable qu’a pris le gouvernement à mettre en place des système d’étiquetages sur les produits a fait basculer un certains nombres d’acteurs comme les associations de consommateurs qui étaient à l’origine ouvertes au débat. Celui-ci aurait eu le mérite de pouvoir répondre aux questions que se posent les gens, en terme de sécurité sanitaire par exemple.
La faiblesse de nos gouvernements face aux lobbyings nous conduit aujourd’hui dans une situation où l’on voit plus de 70 % des Français opposés au OGM et une ministre de l’agriculture qui vote au niveau Européen pour une réglementation autorisant 0,9 % d’OGM dans la composition de produits labellisés biologiques.
Le devoir de la science est également un travail de critique. La voix de celle-ci que l’on peut qualifier d’inaudible sur le sujet fait gravement défaut en ce début de 21ème siècle.
* Gène :désigne une unité d’information génétique transmise par un individu à sa descendance, par reproduction sexuée ou asexuée)
** Génome : ensemble du matériel génétique d’un individu ou d’une espèce