Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
Chronique d'une catastrophe planifiée
AUTEUR: Arun Shrivastava, 8 octobre 2006.
Traduit par Pétrus Lombard et révisé par Fausto Giudice
La vérité émerge lentement. Un rapport du Ministère (indien) de l'Intérieur sur les morts par suicide, indique que, jusqu'à 2003, environ 100 000 fermiers se sont suicidés en six ans en Inde. Le 18 mai 2006, Sharad Pawar, le ministre indien de l'Agriculture a présenté les données à la Chambre Haute (Rajya Sabha), en ajoutant que les enquêtes des gouvernements des États (de l’Union indienne) sur le désarroi agraire démontrent que la principale « cause de suicide est l'endettement». Grâce à l'ingéniosité des statistiques déshumanisées, le ravage total de 100.000 familles de fermiers morts, avec des femmes, des enfants et des anciens, a été tranquillement balayé sous le tapis épais et moelleux du Parlement indien.
L'Inde, avec sa pluviométrie suffisante, son climat chaud, son immense diversité biologique, et ses excellentes pratiques agricoles traditionnelles, n'a aucune raison d'affronter une crise agraire et, étant donné la générosité de la nature, ses fermiers n'ont aucune raison de se suicider. Cet article traite de la manière dont le règne d'une compagnie britannique et de ses boucaniers a entamé en 1760 un processus qui continue à ce jour, ravageant les fermiers du sous-continent, et comment les fermiers indépendants sont en tous lieux de la terre menacés d'extinction.
Les fermiers indiens avant le « régime de la compagnie »
Au début du 19ème siècle un paysan indien moyen gagnait sensiblement plus que son homologue britannique, et il n'y avait aucune différence alimentaire importante entre un paysan et un riche propriétaire indien. Plus révélateur, la tradition voulait que nourrir les étrangers passe en premier, y compris des mendiants, avant la famille attablée pour manger. Les riches ménages ne vendaient pas de lait ni de produits laitiers ; ils étaient distribués librement au sein de la communauté, une pratique qui continua jusqu'aux années 1960 dans beaucoup de régions. La destruction de l'agriculture indienne et la misère de ses fermiers est l'histoire de la cupidité d'une compagnie et de la nature absolument impitoyable d'un petit groupe d'individus en Europe et aux USA qui n'apprécient pas les êtres humains : blancs, bruns, jaunes, ou noirs. Plus vite nous réaliserons cela et prendrons des mesures efficaces, mieux ce sera pour nous et les fermiers.
La genèse de du malheur agraire
La désolation agraire commence avec la colonisation de l'Est de l'Inde par une compagnie britannique, la East India Company, vers 1760, avec son système d'impôt foncier exorbitant, qui a forcé les fermiers à accroître l'agriculture de rente (surtout l'indigotier et le coton) sur les meilleures terres, sans payer à leur juste prix les productions. Ils ont systématiquement détruit un système agricole viable, qui nourrissait des millions de gens depuis plus de 6000 ans, et ils ont introduit ensuite des prêteurs sur gages et des extorqueurs de loyers exorbitants pour piéger les fermiers dans la dette.
La méthode coloniale d'utilisation de la terre a mené à de fréquentes ruines des fermes indiennes avec pour résultat la pénurie de nourriture, la famine, les morts en masse, la destruction des terres fertiles, et la destruction du système symbiotique séculaire de culture, d'élevage, et de sylviculture. Tout en ne faisant rien pour soulager la détresse agraire, les responsables coloniaux continuaient à répéter, comme des perroquets, qu'il y avait trop d'Indiens ! Le document de Henry Waterfield sur la comparaison de la densité de population de l'Inde avec celle de certaines régions européennes est des plus éclairantes : alors que la densité dans l'empire britannique des Indes était de 64 habitants au kilomètre carré en 1875, elle était de 173 en Belgique, 162 en Angleterre, 146 en Saxe, 112 aux Pays-Bas, 92 en Italie, 75 dans l'Empire allemand, 69 en Prusse, et 68 en Suisse. Seuls la France, le Danemark, l'Écosse, le Portugal, l'Espagne et la Grèce avaient une densité de peuplement inférieure à celle de l'Inde. (1)
Les Anglais ont fixé l'impôt sur la terre à cinquante pour cent de la moyenne du produit brut et ont collecté l'impôt en espèces (roupies), ce qui obligeait les fermiers à vendre d'abord leur production pour obtenir du liquide, et à payer l'impôt ensuite. C'était une expérience unique pour la paysannerie indienne. Les coûts de maintien des institutions culturelles et religieuses, les équipements de soins de santé, les écoles, l'infrastructure de l'irrigation, les routes, les serais (lieux où les itinérants pouvaient s'arrêter la nuit, un peu comme les auberges en Angleterre), etc., étaient prélevés en plus de l'impôt foncier, tout au moins pendant les huit premières décennies (1780-1860). Aucune pitié n'était montrée en matière de perception d'impôt : Si la récolte était inférieure à la normale, l'impôt pouvait atteindre plus de 100% de sa valeur. Si le prix des récoltes s'effondrait en raison de moissons exceptionnelle, le fermier perdait encore au profit du percepteur.
Des historiens de l'économie, comme Dharampal, ont calculé que, par exemple, à la présidence de Madras (État actuel du Tamil Nadu), de 1830 à 1840, environ un tiers des terres les plus fertiles, probablement d'une superficie plus grande que la terre cultivable disponible dans les principaux comtés d'Angleterre, sont sorties des cultures parce que, même avec la production vendue comptant à 100%, la demande d'impôt foncier ne pouvait pas être satisfaite. Les Anglais ont appelé ce fait un « déclin important du revenu. » (2)
Cet important déclin des revenus n'a pas arrêté leur expansion territoriale. John Stuart Mill a écrit en 1858 que pas un penny n'a été dépensé par les contribuables britanniques pour la conquête et le contrôle de l'Inde ni pour les régions s’étendant de Sainte-Hélène, sur la côte occidentale de l'Afrique, jusqu'à Hong Kong en Chine. Les ressources, tous les pennies, étaient extorqués aux fermiers de l'Inde. L'Inde était une incroyable vache à lait pour la compagnie.
Pour les fermiers indiens, endurer la faim ou même la sous-alimentation, était une expérience nouvelle, et ils ont exercé des représailles ; l'histoire de 1780 à 1858 offre une longue liste de soulèvements spontanés à travers toute l'Inde.
Les fermiers indiens recommencent à nourrir des millions de gens
La population indienne s'élevait à 238,4 millions en 1900. Les colonialistes disaient : « trop nombreux, on peut pas tous les nourrir » Elle se monta à 252,1 millions en 1911 et les colonialistes répétaient : «trop nombreux, on peut pas tous les nourrir» En 1947, quand l'Inde est devenue indépendante, les fermiers pouvaient nourrir les 325 millions d'Indiens. En 1991 ils étaient plus de 844 millions et les fermiers les ont alimentés tous ; aucune famine ni débâcle de l'agriculture comme cela arriva à maintes reprises à l'époque britannique. La détresse agraire et les suicides de masse depuis 1997 ont été provoqués par le fait que l'Inde a livré son agriculture aux entreprises étrangères à partir de 1991. Cela conduit à nouveau les fermiers indiens en enfer, et cette fois avec l'entier soutien du gouvernement indien, des responsables du ministère de l'agriculture, et de l’establishment AG-scientific (allusion à une firme US de médicaments). Cette fois, il y a de la méthode dans la folie.
Malheur agraire et Loi d'Entreposage
En 1945, en prévision de l'indépendance de l'Inde les économistes de la Reserve Bank of India ont étudié l'endettement des fermiers et fait quatre recommandations clefs :
(a) que les fermiers soient munis d'équipements de stockage scientifique des denrées, dans des entrepôts appropriés, pour réduire au minimum les pertes après les récoltes ;
(b) que des récépissés d’entreposage soient délivrés aux fermiers, qui pourront les utiliser pour emprunter du iquide par le canal bancaire normal, éliminant ainsi leur dépendance aux prêteurs sur gages privés qui font souvent payer un minimum de 60% d'intérêts ;
(c) que chaque entrepôt ait une équipe technique qualifiée travaillant en étroite collaboration avec des agronomes, fournissant des services annexes comprenant le conseil concernant les semences, les engrais, et le stockage scientifique des denrées ; et
(d) le directeur d'entrepôt conseillera les fermiers sur le moment de vendre leur produit afin de maximiser les revenus et éviter les ventes-panique.
Alors que les recommandations étaient excellentes, c'est seulement neuf ans après, en 1956, que la loi d'entreposage est passée au Parlement. De 1956 à 1971, pratiquement chaque État a construit un certain nombre d'entrepôts. Le personnel technique employé dans ces entrepôts était en général compétent et résolument motivé ; il travaillait avec les fermiers, les aidait, et apportait un certain degré de stabilité dans la communauté des exploitants agricoles ruraux.
À partir de 1971 le siège des sociétés d'entreposage a changé de place. Il a été permis que la disposition sur les récépissés d'entreposage tombe en désuétude pour différentes raisons, dont la corruption des sociétés d'entreposage et la pression des sociétés d'engrais et de produits chimiques, afin d'allouer plus d'espace à leurs produits. C'était un arrangement pratique : les compagnies obtenaient de l'espace d'entreposage fortement subventionné et les sociétés d'entreposage obtenaient un revenu assuré par le loyer, avec le confort supplémentaire de la paperasserie allégée et pratiquement aucun travail sur le terrain avec les fermiers. Ainsi, on a mis en échec une excellente stratégie pour sortir les fermiers du désespoir.
En 1966 la situation alimentaire était désespérée à la suite de trois sécheresses consécutives. Le gouvernement US refusa d'autoriser la vente de blé à l'Inde en raison du refus de celle-ci de se plier à la politique US en Asie.
Conformément aux conseils de MS Swaminathan, le gouvernement décida de rendre disponibles aux fermiers des engrais, des pesticides et des semences hybrides, par l'intermédiaire de ces entrepôts, pour le même loyer nominal demandé aux fermiers pour l’entreposage de leurs récoltes. C'est toujours vrai en 2006. Ainsi, de nombreuses entreprises publiques et privées de semences, d’engrais et de produit chimique, ont beaucoup plus bénéficié des équipements d'entreposage existants que les paysans indiens. Les gros propriétaires en ont aussi bénéficié.
Les aspects économiques de l'agriculture en Inde : une illustration simple
L'analyse suivante est basée sur les pratiques agricoles, de culture de la pomme de terre, de l'oignon et de quelques légumes, dans l'une des plus grandes régions (en gros 700 kilomètres carrés). La région est au Sud-Est de Patna et jouxte la plaine du Gange. La récolte de la pomme de terre se fait à trois mois et demi, et celle de l'oignon à environ cinq mois et demi aux alentours du mois de mai. Pendant la saison des pluies la région est inondée, donc les gens ont cessé de cultiver le riz. La plupart des fermiers ont oublié le rôle revigorant de la rizière : le développement d'algues sur l'eau stagnante est le procédé de fixation naturel de l'azote au sol. Un cerveau comme Sir Albert Howard a trouvé pourquoi les fermiers de la plaine du Gange ont pratiqué des cultures vivrières, saison après la saison, année après l'année, depuis l'antiquité. Il convient de noter que quand les Britanniques ont forcé les paysans indiens à cultiver le coton et l'indigotier sur les meilleures terres à rizières, ils ont aussi détruit le système de restauration de la fertilité, causant l'effondrement des récoltes d'hiver. Mais arrêtons-nous sur l’année 2004. J'ai constaté que cette année-là, les semences constituaient 20% des intrants, les produits chimiques (engrais et pesticides) environ 32%, le carburant (pour irriguer en drainant l'eau des couches aquifères souterraines) environ 10%, et la main d’oeuvre 38%. Ajoutez ou prenez quelques points du pourcentage, et vous aurez un effondrement des intrants, à la fois pour les récoltes de pommes de terre et d'oignon et cela est largement représentatif des coûts moyens des fermiers dans le Nord de Inde.
À ce coût, les fermiers obtiennent environ sept tonnes métriques [1 tm = 991 kg] de pommes de terre et le même poids d'oignon par bigha (en superficie, 1,59 bigha équivalent à un acre, soit 0,25 ha). Le prix moyen à la ferme et au quintal (100 kilogrammes), sur cinq ans dans les anciennes fermes, est d'environ 200 roupies pour la pomme de terre et 250 roupies pour l'oignon. La perte peut être fixée quelque part entre 10 à 40% à cause du dessèchement, du pourrissement, et des déperditions en transit (selon diverses évaluations du gouvernement). Si le fermier est chanceux, et répond aux prix du marché intelligemment, il peut faire en moyenne environ 2000 roupies la tonne pour la pomme de terre et l'oignon. En d'autres termes, en deux récoltes il peut produire un revenu d'environ 44.500 roupies l'acre par an (environ 1000 dollars). Avec des coûts de production d'environ 38.000 roupies l'acre, le rapport dans les anciennes fermes est d'environ 6500 roupies plus l'épargne sur les coûts de main-d'œuvre, réalisée parce que le ménage entier travaille dans ces fermes. Ce calcul n'inclut ni les pertes après moisson, dues au pourrissement, au dessèchement, et aux déperditions pendant le transport, ni le coût des capitaux empruntés.
Si les 14.440 roupies calculées pour les coûts de main-d'œuvre sont économisées, le revenu net du ménage peut atteindre 20.900 roupies l'acre par an, c'est à peu près le même que celui d'une famille de six personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. La majorité des fermes sont petites (moins de deux hectares) et les petits fermiers marginaux ont moins d'un hectare. Ainsi, un petit fermier marginal peut avoir un revenu maximum d'environ 50.160 roupies à l'hectare (20.900 roupies x 2,4 acres -- ou 1114 dollars par an et par hectare), en excluant le coût des capitaux. Les fermiers obtiennent rarement ce niveau de revenu hypothétique.
Si un fermier finance 50% de ses coûts de production par des emprunts, même à un intérêt de 36% (taux forfaitaire de 3% par mois), il se retrouve dans de graves difficultés financières. Beaucoup empruntent 75 à 100% de leurs intrants parfois à un taux d'intérêt de 40%. Invariablement au temps de la moisson, quand il y a surabondance, les prix s'effondrent. Les petits fermiers et les marginaux n'ont pas les ressources pour louer l'espace d'entreposage afin d'obtenir un prix meilleur plus tard. La vente-panique érode davantage la viabilité financière des fermiers. Ceux qui emmagasinent leur surplus finissent en perdant 10 à 20% du stock à cause de la détérioration et du rabougrissement par dessèchement, ce qui neutralise tous les gains à travers la fluctuation saisonnière des prix.
Si le prix du marché chute de 20%, même si le fermier n'a pas emprunté d'argent, il aura une perte de 2384 roupies (53 dollars) à l'acre. Pratiquement tous les trois ans, les prix s'effondrent d'au moins 30 à 50%, à cause en grande partie des manigances des commerçants, laissant les fermiers profondément endettés. Par conséquent, le discours sur l'aide aux fermiers avec un plus grand accès au marché, une promesse qui a été répétée par chaque politicien et chaque ministre de l'Agriculture depuis 1947, est peu susceptible de résoudre le problème du revenu minimum garanti. Comme montré ci-dessus, les fermiers marginaux ne peuvent pas tirer bénéfice de l'accès au marché ; c’est plutôt le marché qui agit à son gré contre l'intérêt des petits fermiers marginaux.
Cela démontre comment la méthode conventionnelle d'agriculture emprisonne les fermiers petits et marginaux dans la dette, un système de culture qui a été promu par Swaminathan, un établissement de Rockefeller. Swaminathan a exploité à fond la situation alimentaire désespérée en 1966 : sans évaluation critique de notre système de culture autochtone, il a vigoureusement appuyé les méthodes de cultures industrielles, piégeant les fermiers dans l'élévation en spirale des coûts de production financés par la dette. C'est ainsi que les petits fermiers indépendants US ont été décimés, pour être remplacés par une agriculture industrielle. Et c'est ainsi que les fermiers indiens sont détruits.
En dépit du fait que 70% des électeurs indiens sont des petits fermiers marginaux vivant dans 600.000 villages, et malgré le fait que chaque politicien fait une génuflexion selon les rites devant ces pauvres insignifiants à l'époque des élections, pas une fois le gouvernement de l'Inde, ou un quelconque gouvernement d'État de quelque tendance politique que ce soit, n'a fait montre de sérieux pour les sortir de la pauvreté, de la santé précaire, de la malnutrition, ou de l'analphabétisme.
L'échec des programmes de développement en Inde
Depuis 1951, l'Inde avait en apparence démarré ses plans quinquennaux pour le « développement planifié » sous influence soviétique, mais étonnamment sa politique agraire était directement sous contrôle et influence des Rockefeller, de la Fondation Ford et de l'USAID. Dans chaque plan quinquennal, l'agriculture et le développement rural étaient la priorité n°1 sur le papier, mais la réalité sur le terrain était fort différente.
• Les plus vieux fermiers se souviennent que dans les années 60, chaque responsable du développement agricole parcourait les villages en les encourageant à prendre le « kit gratuit » contenant des semences hybrides, des engrais et des pesticides. Au début, le rendement a augmenté de manière phénoménale. Par exemple, le rendement du blé a augmenté de 500% et celui du riz de 300%. Mais dans le processus de nombreux fermiers ont cessé de mettre de côté leurs graines et sont devenus lourdement dépendants de l'achat des semences hybrides, une politique délibérée pour déqualifier les fermiers.
• Des canaux d'irrigation ont été creusés pour les fermiers dans tout le pays, mais nombre de ceux-ci n'ont jamais obtenu d'eau ; même après trois ou quatre décennies la majorité sont à sec. Seuls quelques-uns, ceux creusés au Pendjab et en Haryana, ont de l'eau parce que les ingénieurs ont détourné les fleuves intarissables de l'Himalaya. Les départements de l'irrigation de la plupart des États sont maintenant faits une mauvaise réputation,privilégiant la corruption et le harcèlement des fermiers sur la construction de canaux qui fonctionnent.
• Le programme rural d'électrification, lancé en grande fanfare dans les années 70, soi-disant pour les fermiers, a été un fiasco. Villages après villages ont vu des poteaux et des fils électriques, certains depuis plus de trois décennies, mais les gens attendent toujours l'électricité. Ainsi les fermiers en sont arrivés à dépendre d'engins diesels pour tirer l'eau des couches aquifères souterraines. Comme ils tiraient plus d'eau, le niveau de l'eau est descendu, exigeant toujours plus de gasoil pour remonter l'eau. Il y a quarante ans, on pouvait atteindre l'eau à six pieds sous terre et construire un puits intarissable d'une profondeur d'environ 12 à 15 pieds. Aujourd'hui on a de la chance si on obtient de l'eau à moins de 120 pieds.
• Le plus grand programme de nutrition complémentaire du monde depuis 1974, dirigé par le gouvernement indien avec l'aide financière d'agences de l'ONU (FAO, Programme alimentaire mondial et UNICEF) et de la Banque Mondiale, censé alimenter 25 jours par mois les femmes enceintes, les mères allaitantes, les adolescentes et les enfants en dessous de 6 ans, fonctionna pendant quatre ou cinq ans dans la majorité des centres de distribution en Uttar Pradesh, l'État le plus populeux de l'Inde. L'alimentation souvent vendue aux commerçants locaux, finit par se transformer en nourriture à bétail dans les exploitations d'élevage industriel ou comme matière première dans l'industrie agro-alimentaire, ou termine dans l'approvisionnement de l'épicerie locale. Le cycle de malnutrition entre les générations s'est perfectionné à un tel point que les fermiers marginaux sont des squelettes ambulants dans la plupart des endroits.
• Le programme d'alphabétisation des adultes, amorcé dans les années 50, a échoué ; trente ans plus tard le nombre d'adultes illettrés a en fait doublé en Inde. En 1988 a été lancée une autre « Mission Nationale d'Alphabétisation », mais en 1993 elle était moribonde. Pendant que beaucoup de régions renvoyaient des chiffres truqués, le recensement de 2001 indique en fait que la majorité des ruraux indiens sont toujours illettré. Dans certains villages aucune femme ne sait lire et écrire. Les ressources ont été détournées mais aucun responsable n'a été poursuivi. La communauté agricole reste illettrée.
• La majorité des fermiers n'ont aucun accès à une eau potable sûre. Le programme d'eau potable approvisionne maintenant en eau de pluie régénérée classique, récoltée dans des structures au niveau de la communauté, mais seulement du réservoir d'eau dans la majorité des villages. Une pompe électrique pour tirer l'eau souterraine et des canalisations chères ont été posées, bénéficiant aux fabricants de ces articles. Les couches aquifères souterraines sont contaminées par des pesticides infiltrés qui les rendent impropres à la consommation. Puisqu'il n'y a pas d'électricité et que la crise énergétique a déjà atteint des proportions explosives, plusieurs de ces ressources deviendront bientôt inexploitables. Par conséquent, les maladies et l'intoxication chimique portés par les eaux sont endémiques en Inde, et ce sont les fermiers qui en souffrent le plus.
• La majorité des villages n'ont aucun système sanitaire. Dans certaines régions, 93% des ménages ruraux n'ont pas de toilettes. Pendant la Campagne d'Hygiène Totale du gouvernement indien, des toilettes ont été construites dont les eaux usées sont évacuées dans les rues. Des solutions simples comme des toilettes à compostage ont été ignorées. En fait, ces toilettes constituent le plus grand désastre hygiénique du monde.
À quelques rares exceptions près, la même histoire se répète à travers à travers toute l'Inde.
Un point commun à presque tous les programmes indiens de développement rural est qu'ils ne bénéficient ni au peuple, ni aux communautés locales. En fait, ces programmes ne font que causer un colossal gaspillage d'argent du contribuable ; ils créent en réalité des conditions de mort lente par ignorance, saleté et maladie, pour le plus grand profit des grandes entreprises.
Ainsi, tous les programmes cherchant à alléger la misère rurale, à instruire la paysannerie, et à créer l'infrastructure rurale sont faits pour échouer mais aucun fonctionnaire ni aucun politicien ne peuvent être tenus responsable de l'échec. L'administration fonctionne avec des règles qui s'assurent que les individus investis de pouvoir ne peuvent jamais être tenus pour responsables des échecs. Il y a certainement d'excellents fonctionnaires et des politiciens efficaces, mais ils sont invariablement marginalisés. La méthode à l’œuvre dans ce pays est telle que peu de gens peuvent la combattre.
Les machinations du Nouvel Ordre Mondial
Pourquoi les dirigeants élus et les professionnels du service public de la plus grande démocratie du monde gardent-ils délibérément 70% de leur peuple, les fermiers marginaux, dans une dépendance servile continuelle ? Quelque chose de très sinistre se passe ici en Inde, quelque chose d'aussi méprisable que ce qui est arrivé en Union Soviétique il y a environ 70 ans, et qui est arrivé aux USA au cours des 100 dernières années : La décimation totale du fermier indépendant.
Selon John Coleman, « l'une des opérations principales mais peu connues de la Fondation Rockefeller ont été ses techniques de contrôle de l'agriculture mondiale. »
Son directeur, Kenneth Wernimont, a établi des programmes agricoles contrôlés par Rockefeller dans l'ensemble du Mexique et de l'Amérique Latine. Le fermier indépendant est une grande menace pour l'Ordre Mondial, parce qu'il produit pour lui-même, et parce que sa production peut être convertie en capital, lui donnant l'indépendance. En URSS, les Bolcheviks ont cru être parvenus au contrôle total du peuple ; ils furent consternés de constater que leurs plans étaient menacés par l'indépendance obstinée des petits fermiers, des koulaks. Staline ordonna à l'OGPU de saisir toute la nourriture et les animaux des koulaks pour les affamer.