Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

On the road again !
C’était les vacances, mes enfants et moi partions vers d’autres cieux, pour changer d’air.
Marre du boulot, du patron et des collègues qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.
Et puis j’avais besoin d’amour.
Rien de mieux que de se retrouver avec les petits à câliner.
Le temps d’appeler la famille, pour voir si la maison familiale est libre pour ces vacances scolaires, et hop, on charge, et en voiture.
Le départ était super. Les enfants un peu excités et moi à leur écoute en même temps qu’attentive à la conduite.
Nous avions quelques cinq cent kilomètres à avaler et le plus simple paraissait être de prendre l’autoroute.
L’autoroute et ses péages et non ses paysages.
Mais rapide et sans soucis.
Mais onéreux.
En péage et en essence.
En pollution aussi.
En destruction d’emploi, en service public, en destruction de paysages,…
Mince alors ! Dans quoi me suis-je engagée ?
Me voilà en route vers le bonheur et c’est la réalité qui me rattrape.
Allez je reprends tout à la source de mon cerveau et de notre périple.
Premier péage : une borne impersonnelle qui vous distribue un ticket que vous savez devoir payer à l’arrivée. Et il vaut mieux ne pas connaître le prix de la vitesse.
Pourtant il y a bien eu une réflexion, il y a longtemps sur les parcours des routes à travers nos campagnes pour relier les « hommes » entre eux.
Il est pourtant possible encore aujourd’hui d’envisager de doubler ces voies et de détourner quelques villes ou villages pour conforter le tout automobile.
Mince, encore une idée, le tout automobile.
Pourquoi les routes sont-elles si nombreuses et les voies ferrées en démantèlement ?
Pourquoi je ne suis pas partie en train ?
Pourtant je pouvais le faire sans soucis, quitte à louer une voiture sur place. Même je n’en avais pas besoin. Pour se promener dans le village et alentour, besoin de rien.
Et puis la tuile, je crève.
Je savais que je devais changer les pneus.
Pas le temps, trop cher.
Là j’ai compris la douleur, sur le bord de la route, les gosses qui pleuraient dans la voiture, moi qui n’arrivais pas à dévisser la roue, en pleurs aussi, j’en venais à regretter le départ du père de mes enfants, l’appel à la borne téléphonique pour faire venir la dépanneuse tout en demandant à ma grande fille de surveiller les petits, le tarif prohibitif du dépannage, l’énervement, les vacances gâchées à peine commencées.
La totale !
Et puis le redémarrage avec deux heures dans la vue et un gros chèque et la gamberge qui reprend.
J’avais fait un stage de secrétaire auprès de la DRE (direction régionale de l’équipement) auprès de la personne en charge des réseaux routiers, un ingénieur sympathique et beau gosse, mais qui néanmoins prenait une prime à chaque kilomètre d’autoroute construit alors qu’il était censé représenter l’Etat.
C’était la période où les entreprises privées avaient des appétits sur les ASF qui étaient détenues à 95 % par l’Etat.
Les transactions allaient bon train, sans surprise sur les résultats attendus. Seul le montant des dividendes et l’ampleur des projets à venir était en question.
Tout cela dans la bonne humeur.
Quelques bons repas ou caisses de vins au passage pour huiler les bonnes relations.
Ils ont détruit le service public des transports pour permettre aux lobbies pétroliers de faire le plein.
Et je le sais tout ça. Malgré ce je me suis engagée sur cette autoroute, et j’ai payé plus que de raison.
Même en voiture sur la RN quelqu’un m’aurait donné un coup de main à changer ma roue.
Cela aurait rapporté un sourire.
Dans le train mes gosses auraient eu une liberté de mouvement, ils auraient échangé avec d’autres enfants.
Et moi j’aurais été plus détendue.
J’aurais dés le départ profité d’eux.
Tout cela n’est pas si loin.
Nous devrions nous occuper de notre avenir.
Aurore